Histoire : La fondation de l'univers (Chapitre 4)

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Histoire
  • La fondation de l'univers (Chapitre 4)


Histoire ajoutée le 02/04/2012
Épisode ajouté le 02/04/2012
Mise-à-jour le 03/07/2021

  • Richard J. Williams Avatar
    Richard J. Williams - il y a 14 ans

    Merci à vous deux. Concernant French Domination, rassurez-vous je ne suis pas près d'abandonner son écriture. Le chapitre 8 prendra juste un tout petit peu de retard, et je m'en excuse au passage.
    Voici donc le prologue de cette nouvelle saga qui saura, je l'espère, développer un univers dans un tout autre registre que celui de FD. Bonne lecture ;)


    Prologue.

    Le dossier frappa le bureau d'acier d'un claquement sec.

    - Monsieur Wilson, vous nous faites perdre notre temps ! S'écria la jeune femme, les yeux luisants de colère, tentant de reprendre calmement son souffle.

    Sa voix avait résonné dans la pièce murée de gris dans un écho injonctif et colérique. La jeune femme, qui portait un costume des services militaires, se tenait debout face à un ouvrier en bleu de travail d'une cinquantaine d'années, au visage mal rasé et noir de terre. L'homme était assis derrière un bureau en acier, semblable à ceux qu'on trouve dans ces salles d'interrogatoires du FBI ou de la CIA à la télé. La jeune femme, elle, était brune. Elle était vêtue d'une jupe bleue marine serrée, d'une veste de costume militaire bleue elle aussi, les cheveux tirés en arrière en une unique queue de cheval. Sur ses épaules, on distinguait les épaulettes d'un lieutenant. La pièce, quant à elle, ressemblait beaucoup à une salle de débriefing, disposant un ameublement tout à fait minimaliste. Autour d'eux, trois hommes attendaient à côté de la porte, un fusil mitrailleur à la main.

    Rompant à peine la tension qui flottait dans la pièce, un homme en uniforme, visiblement plus âgé, entra précipitamment dans la salle.

    - Lieutenant Connor ! Qu'est-ce qui se passe ici, bon Dieu !? Le comité est en ébullition, c'est à peine si j'arrive à les tenir.

    L'homme parcouru un instant la pièce du regard, avant de se tourner résolument vers son subalterne.

    - Je veux votre rapport Lieutenant, immédiatement.

    La jeune femme se tourna vers lui, droite comme un I.

    - Mon Général. Nous avons reçu plus tôt dans l'après-midi un appel d'urgence d'un labo de l'armée situé au nord de New Shelton, nous demandant de l'aide pour une situation de crise dans leur secteur. Selon le radio, ils auraient subi des tirs ennemis sans sommation. Nous avons envoyé une équipe d'intervention par hélicoptère, mais lorsque nos hommes sont arrivés, le site était déjà en ruine. Tout ce qu'on a trouvé, c'est cet homme qui errait hagard dans les débris, mais il semble complètement aphasique. Selon la liste du personnel présent sur les lieux au moment de l'attaque, il manque actuellement une cinquantaine de personnes présentes à l'appel. Quant à ceux qu'on a pu retrouver...

    La jeune femme ferma les yeux, gravement.

    - Ils sont tous morts.

    Le général jeta un regard fugace à l'homme plus affalé qu'assis sur la chaise derrière le bureau, le regard errant, perdu dans le vague.

    - ... Et la balise souterraine ? Est-ce qu'on capte un signal ?

    La jeune femme secoua la tête.

    - Négatif. Ca fait plus de quatre heures qu'on a perdu le contact avec le moniteur du VIB, mon Général.

    L'homme retira ses lunettes pour se frotter les tempes entre le pouce et l'index.

    - Bon sang, Connor...

    Il se tourna vers elle, rajustant ses lunettes d'un air grave.

    - Faites parler cet homme. Je VEUX savoir ce qui s'est passé là-bas. Et surtout, envoyez-moi une équipe de reconnaissance avec des sondes explorer les sous-sols. Je ne veux aucune mission de sauvetage dans ce merdier avant de savoir précisément ce qui nous attend là-bas. Assez d'hommes ont perdu la vie aujourd'hui, je ne veux plus avoir de pertes à déclarer au comité, c'est compris ?

    - Oui, Général.

    L'officier quitta la pièce, son képi sous le bras. La jeune femme se tourna vers l'ouvrier, qui semblait reprendre vaguement des couleurs. Elle tapa du plat de la main sur le bureau, avec une impatience nerveuse manifeste.

    - Monsieur Wilson, je veux que vous vous resaisissiez. En tant que technicien de l'équipe de maintenance du site VIB-101, vous avez le devoir de coopérer. J'exige votre rapport sur les derniers évènements survenus avant l'attaque. Qui vous a attaqué ? Que voulaient-ils ?

    L'homme, recroquevillé sur sa chaise, avait les mains tremblantes. Il avait une plaie non traitée à la joue, et ses cheveux noirs étaient désordonnés et sales. Comme il se taisait toujours, la jeune femme s'appuya sur le bureau, pour le regarder dans les yeux en approchant son visage du sien d'un air menaçant.

    - Monsieur Wilson, écoutez-moi. Sur un effectif de 72 militaires, 9 techniciens et 13 membres du personnel d'entretien, vous faites partie d'une des rares personnes à avoir survécu à cet assaut. Vous devez me dire ce qui s'est passé. Qui vous a attaqué ? Quelle était la faille dans la sécurité ? Vous allez parler, bon sang ?!

    Un des hommes de confiance du lieutenant Connor lui retint respectueusement le bras.

    - Il est dans un état post-traumatique, Lieutenant. Le toubib pense qu'on devrait attendre qu'il reprenne ses esprits, on ferait mieux de le laisser se reposer...

    - Au diable le médecin ! Dit-elle en envoyant bouler un objet sur le bureau d'un revers de la main. On n'a plus le temps de jouer aux devinettes, alors vous allez nous dire ce qu'on veut savoir, MONSIEUR WILSON !

    L'homme qui paraissait complètement aphasique jusque-là, sembla soudain s'animer doucement.

    - Le VIB... Ca s'est passé tellement vite...

    Le Lieutenant et son second se regardèrent en silence. Wilson reprit, le regard dans le vague.

    - C'était une journée comme les autres, absolument rien d'anormal à déclarer... Ca s'est passé pendant la pause, je jouais aux cartes avec les autres gars du service de maintenance, quand tout à coup des vibrations infernales se sont mises à se répercuter jusque dans les fondations de la structure, et le plafond du bunker s'est mis à trembler....

    Il sembla s'arrêter un instant, le regard brouillé de larmes, puis reporta ses yeux sur l'officier.

    - Oh ça, je les ai vus... J'étais dans le hall quand c'est arrivé. Un premier mutant a explosé, puis une douzaine d'autres. Il en venait de partout... Les aliens entraient dans le bunker et explosaient les uns après les autres, répandant leurs entrailles tout autour d'eux dans de grands souffles brûlants. On était abassourdis devant une telle violence. Tout ce qu'on pouvait faire c'était se recroqueviller derrière les gravats et attendre que ça se passe. Les G.I., eux, tiraient dans tous les sens. Les aliens s'embrochaient sur les tirs de leurs fusils mitrailleurs sans la moindre once d'hésitation, répandant leur sang dans de grandes giclées de liquide verdâtre. Et quand ils arrivaient à les atteindre, ils les déchiquetaient à grands coups de griffes et de crocs, déchirant leurs armures de combat pour extirper leurs poumons et leurs boyaux à l'air.
    Quelques grenades ont fusé, et après ça je sais plus ce qui s'est passé. Tout s'est passé tellement vite. On n'a rien compris... on n'a rien compris du tout...

    L'homme se prit la tête dans les mains, éclatant en sanglots.

    La jeune femme le regarda d'un air compatissant.

    - Irwin , quels sont nos moyens d'approche dans l'immédiat ?

    Un des soldats s'approcha de l'officier.

    - Nous avons une équipe de cinq hommes prête à partir, Lieutenant. Mais elle est sous le commandement du capitaine Taylor.

    L'officier se raffermit et se leva énergiquement.

    - Bien, dans ce cas je vais faire mon rapport au Capitaine Taylor. Il faut partir maintenant, on n'a plus de temps à perdre. Jeff, Cameron. Suivez-moi.

    Elle se retourna vers eux d'un air décidé.

    - On a une mission à mener.


  • Richard J. Williams Avatar
    Richard J. Williams - il y a 14 ans

    Merci pour vos commentaires très flatteurs, je vois que vous avez l'oeil pour déceler mes influences en matière de science fiction. Si vous voulez un melting-pot de mes autres inspirations, ajoutez la planète des singes, The Thing (1982), les Asimov et surtout quelques Dan Simmons, et vous avez le cocktail :D

    Voici le premier chapitre qui devrait rappeler quelque chose à mes premiers lecteurs, les choses sérieuses commençant à partir du chapitre 2.

    Bonne lecture !


    Chapitre 1. Eveil et amnésie.

    Des bruits de pas résonnaient le long des plaques métallique du couloir adjacent. Des pas de course, de la précipitation, quelques coups de feu... et puis plus rien. Je grimaçai en tentant d'ouvrir les yeux, mais dû m'y résigner ; la tête me tournait, comme si j'émergeais brutalement d'un coma éthylique. Le silence s'effaçait peu à peu pour laisser place à des cris encore troubles et lointains, rompant progressivement l'engourdissement de mon cerveau. Je grimaçai, tentant d'ouvrir les yeux. Peine perdue. Je pouvais entendre vaguement de l'agitation, des pas précipités et des cris, tout près. Mais lorsque je parvins enfin à ouvrir les yeux, la seule chose que je parvins à distinguer, c'était des ombres, partout. Une immense pénombre, ponctuée de lumières floues. Je tentai de cligner des yeux, mais tout ce que je parvins à distinguer ne fut qu'un panel désordonné de lumières clignotantes.

    - Bon sang, où est-ce que je suis...

    Je tentai de se redresser, mais mes membres enquilosés ne réagirent presque pas. Ce n'est qu'en relevant la tête que je compris où j'étais. J'étais bel et bien allongé sur une table d'opération, nu comme un ver. Les entraves qui étaient sensées retenir mes bras et jambes contre la table, en revanche, étaient toutes ouvertes. L'esprit encore embrouillé, je tentai de regarder autour de moi, mais il ne semblait y avoir personne dans la salle. Apparemment, excepté quelques lampes auxiliaires qui projetaient leur lumière faiblarde et tremblotante sur le sol, l'éclairage principal était éteint. Encore trop embrumé pour m'inquiéter, mais suffisamment clair pour comprendre que je devais essayer de me souvenir de ce que je faisais là, je roulai sur le côté pour tomber à plat sur le sol. Je grommelai en me frottant le front. Les bruits filtrant de l'extérieur de la salle s'étaient faits plus nets. L'agitation et les bruits de pas précipités dans les couloirs indiquaient que des gens se battaient. Des coups de feu couvraient maintenant les bruits de course dans les couloirs. "Allez, allez !". Des voix me parvenaient, couvertes par un bruit de piétinements, et puis encore des coups de feu par-dessus. Qu'est-ce qui pouvait bien se passer, ici ?
    Je tentai de me relever en m'appuyant des deux mains sur le sol, et réussi à me redresser tant bien que mal, en prenant appui sur la table d'opération, titubant. Je regardai alors autour de moi. Des câbles jalonnaient le sol, reliant des machines à de grands écrans qui affichaient des chiffres et des diagrammes incompréhensibles. Autour de moi, il n'y avait que des machines et des papiers laissés ça et là, abandonnés précipitamment. Seules les lumières des quelques appareils encore allumés trompaient la pénombre ambiante, entrecoupée par une lampe qui projetait sa lumière électrique défaillante au gré des baisses de tension. Je semblai décidément seul dans ce que j'aurais dit être une espèce de salle de confinement.

    Je me passai une main dans les cheveux, me massant les tempes, tentant de me souvenir de ce qui m'était arrivé. Rien, le noir complet. Je m'approchai en titubant d'un des écrans qui irradiait une lumière électrique tremblotante dans la semi-obscurité de la pièce. Des radios et des résultats d'IRM s'affichaient, complétées d'une modélisation de cerveau humain en trois dimensions, qui tournait sur lui-même, avec certaines zones colorées en jaune. Plus bas, défilait un exosquelette humain, affichant en surbrillance la plupart des organes vitaux, reliés par des réseaux nerveux qui se contorsionnaient de l'un à l'autre, dans des sillonements tortueux. Ce qui était étrange, c'est que malgré le brouillard qui m'embrumait le cerveau comme une masse de plomb, ces écrans ne m'étaient pas étrangers. J'avais déjà vu de telles simulations auparavant. Pourtant, je n'avais pas la moindre fichue idée d'où j'étais.

    Je m'approchai en titubant de la table sur laquelle j'étais allongé quelques minutes auparavant. Les ustensiles avaient été laissés pèle-mêles sur le plateau, signes qu'ils avaient été abandonnés en hâte. Fiévreux, je passai mes mains le long de mon corps, mais rien. Aucune trace de sang ni d'opération. Pourtant, les entraves à moitié ouvertes ainsi que les intraveineuses qui pendaient la table indiquaient que j'avais bien été attaché ici. Je pris un ustensile sur la table, taché de sang, qui ressemblait à ces pinces qu'on utilisait pour couper des points de suture. Je le triturai un instant, en le faisant tourner devant mes yeux, comme si cette inspection allait me rendre mes souvenirs. Un nouveau cri me tira de ma torpeur. Plus lointain, plus distant. Comme si l'agitation que j'avais entendu tout à l'heure s'était éloignée, reléguée dans le lointain, me laissant dans une sorte de solitude silencieuse, au milieu de machines qui continuaient de tourner secrètement dans la pénombre.

    En fait, je commençais à prendre réellement peu à peu conscience de l'endroit où je me trouvai, au fur et à mesure que je retrouvais ses esprits et ses facultés mentales. Et ça n'avait rien de réjouissant. Cette salle était glauque au possible, et les bruits de pas précipités et les cris que j'avais entendu plus loin n'étaient pas du tout pour me rassurer. Au moins, mes jambes me portaient un peu plus, et je me sentais déjà moins mou physiquement. C'était déjà ça de pris. Je m'avançai en titubant vers la double porte automatisée dont les doubles battants étaient restés entrouverts, apparemment suite à une coupure ou un problème de l'alimentation électrique de l'endroit. Et à en juger par la température ambiante, je me trouvai quelque part en sous-sol. J'attrapai une des blouses médicales qui pendaient à des crochets le long du mur pour me couvrir un peu, et me frictionnai les épaules pour calmer les frissons qui me parcouraient l'échine.

    Il n'y avait plus à balancer, il fallait que je sorte de là. Je poussai la porte entrouverte pour me retrouver dans le couloir, dont les murs étaient relativement bien espacés. Au moins, pas de quoi faire une crise de clostro, pensai-je, amer, en les regardant se poursuivre dans l'obscurité, dont on distinguait à peine le bout. Des éclairages bleutés intermittents jalonnaient ce dernier, leur lumière se reflétant de façon fugace sur les épaisses plaques de métal qui formaient la structure du mur. Je m'avançai, m'appuyant sur une des parois pour ne pas tomber. Même si les vertiges avaient diminué, mes jambes flageolaient sous moi comme du coton, et ma nausée ne faisait qu'empirer à mesure que je reprenais conscience.
    En fait, excepté le faible écho de mon avancée dans le couloir sombre et les occasionnels bruits de grésillement qui semblaient provenir des murs, l'endroit semblait désert. Je m'arrêtai en face d'un carrefour. Je pouvais entendre le bruit du vent souffler dans les conduits d'aération.

    Je me retournai brusquement. J'avais entendu un bruit. Un tintement métallique. Suivi de plusieurs autres petits, plus légers, qui résonnaient à l'intérieur d'un tuyau. Je reculai en frictionnant mes épaules congelées, fixant le long appendice métallique dont semblaient provenir les bruits, comme si quelque chose de petit et rapide se déplaçait à l'intérieur en grattant les parois. Je frémis. Je n'étais pas seul ici. Je jetai un bref coup d'œil autour de moi ; le couloir finissait des deux côtés dans la pénombre, malgré les lumières électriques tremblotantes qui offraient une visibilité somme toute relativement réduite. Un nouveau bruit, semblable à du vent qui s'engouffrait dans un conduit d'aération, et encore des bruits métalliques à l'intérieur du conduit. Je n'eu pas le temps de reculer. Un sifflement strident me vrilla les oreilles, tandis qu'une masse informe jaillit de nulle part. Une douleur aiguë me saisit à la tête. Je sentis mes jambes céder sous son poids ; tout devint brusquement noir, puis je sombrai dans l'inconscience.


  • chatouillesdu92 Avatar
    chatouillesdu92 - il y a 14 ans
    Ca fait tellement du bien des persos pas cons ^^ Cette histoire est pour l'instant tout bonnement excellente. Meme apres quelques lignes on s'attache déjà ce qu'il faut aux personnages. Il y a de l'action, des idées géniales, des descriptions assez fournies mais pas trop pour que ce soit chiant. ... en fait mon commentaire est inutile, j'ai pas réussi à trouver une seule fausse note. Bonne chance pour la suite, et merci encore de nous faire partager ton talent !

  • nahognas Avatar
    nahognas - il y a 14 ans

    On attend la suite de cette histoire ainsi que de ton autre, French Domination, avec impatience. :D


  • Richard J. Williams Avatar
    Richard J. Williams - il y a 14 ans

    Bonsoir, tout d'abord merci à vous tous pour vos messages sympathiques et encourageants !
    Concernant ton commentaire Chdu92, je le trouve loin d'être inutile, au contraire :) C'est un vrai plaisir de voir que mon travail plaît et que le déroulement de l'intrigue vous plaît pour l'instant tout comme je m'intéresse pour ma part à écrire cette histoire. C'est d'ailleurs d'autant plus plaisant lorsque les points que tu relèves sont précisément ceux que je me suis attaché à travailler dans mon texte.

    Je te remercie également Nahognas pour ton commentaire sympathique, et ne t'en fais pas, je compte publier aussi le prochain chapitre de FD d'ici quelques jours ; je profite du temps libre dont je dispose en ce moment pour avancer ces deux projets, avant d'être à nouveau sollicité dans une période de travail particulièrement chronophage.

    Quant à ton message mophete, il est d'autant plus agréable à lire que les questions que tu te poses sont exactement celles autour desquelles je voulais créer un certain suspens. Content donc de voir que mon texte t'intéresse autant ; je développerai bien évidemment des éléments de réponse à chacun d'entre eux au fur et à mesure des chapitres. ;)

    En espérant que la suite vous plaira tout autant, la publication du chapitre 2 est pour demain soir.

    Bonne soirée à vous !


  • Richard J. Williams Avatar
    Richard J. Williams - il y a 14 ans
    Chapitre 2. Mission de sauvetage. - Il semble encore en vie, capitaine. J'entendais des voix et des personnes s'agiter tout près. Je tentai de battre des paupières pour habituer de nouveau mes rétines au réveil brutal de l'inconscience. Des silhouettes étranges s'affairaient autour de moi, dans un grésillement de compteur gégère. - Evaluez son taux de radio-activité. Neal, Russel, bloquez les entrées. Logan, tu viens avec moi. En émergeant progressivement de l'inconscience, je pus rouvrir les yeux. Immédiatement, je sentis deux poignes fermes me soulever et me plaquer contre un mur. Je clignai des yeux. Cinq individus en uniformes de camouflage noirs étaient devant moi, munis de masques à gaz et de lunettes intégrées comme de petites jumelles, sur lesquelles clignotait un voyant vert. Le reste de leur tenue était sombre, ressemblant aux uniformes de troupes d'intervention spéciales de Déimos. Le masque de l'un d'entre eux s'entrouvrit dans un bruit de pressurisation qui se libère. Il souleva les lunettes et détacha le masque à gaz pour révéler un visage de femme. Une femme blonde plutôt jeune d'ailleurs, qui devait avoir dans les vingt-six ans. Je la regardai, toujours ébahi et paniqué par la situation. Elle écarta des mèches de cheveux qui tombaient sur mon front ruisselant de sueur, braquant une lampe médicale sur mes pupilles. - Qui êtes-vous, et que faites-vous là ? Je clignai des yeux, complètement aveuglé. Elle répèta alors, plus sévèrement. - Déclinez votre identité ! Je planais totalement.
    - Je... je... je ne sais pas... Elle m'empoigna alors le menton pour tourner mon visage et observer ma tempe droite, souillée de sang séché, une blessure qui avait dû survenir lorsque j'avais été jeté par terre avant de perdre conscience. Quelque chose m'avait sauté dessus... j'en étais certain. Elle se tourna alors vers l'une des quatre autres silhouettes. - Ses iris semblent normales, Capitaine. L'homme s'approcha de nous, toujours sur la défensive. - Vous êtes sûre ? - Affirmatif, je ne détecte aucun signe de contamination. En revanche il semble souffrir d'une amnésie légère, probablement un symptôme dû à l'exposition prolongée aux radiations du sous-sol. L'homme à qui elle parlait retira son masque à son tour pour révéler un visage carré aux traits durs et forcés. Il me dévisagea des pieds à la tête, suspicieux. - Il porte une blouse de médecin. Il faisait partie du personnel ? - Négatif. Il ne porte pas de badge d'identification, et ses empreintes ne figurent pas dans la base de données du personnel, Capitaine. L'officier me regarda suspicieusement et broncha, sans me quitter des yeux. - Voyez-vous ça... L'homme sortit un objet de sa poche en me regardant, toujours avec méfiance. Je me massai les tempes nerveusement. - Ecoutez, laissez-moi partir... Je n'ai aucune idée de ce que je fais là, je veux juste partir avant qu'il se passe d'autres trucs bizarres ici. Sans prévenir, l'homme m'empoigna par les deux pans de ma blouse et me plaqua contre le mur, en approchant son visage du mien pour me regarder droit dans les yeux. - "Bizarre"... tu sais ce que je trouve bizarre, moi ? Dit-il d'un ton menaçant et brutal, ne me quittant pas des yeux. Je déglutis. J'étais dans un cauchemar, et j'allais me réveiller... oui, tout ça n'avait aucun sens... L'homme reprit en me regardant toujours suspicieusement. - Ce qui est bizarre c'est qu'on retrouve un type en train de dormir dans un étage sous-terrain qu'on a bombardé de gaz neurotoxiques il y a un peu moins d'une heure, et qui apparemment n'a aucune raison logique de se trouver là... Il referma sa poigne en me soulevant un peu plus contre le mur. - Alors vu qu'apparemment t'es pas du personnel... tant qu'on saura pas exactement ce que tu fais là on te gardera avec nous. Je me suis bien fait comprendre ? Ce con avait mauvaise haleine et me comprimait complètement la pomme d'adam avec sa poigne... Je déglutis. - Oui... oui. Il me relâcha, toujours sans me quitter des yeux. - Bien, on avance alors. Cooper, tu surveilleras nos arrières. Le marines rattrappa l'officier. - Attendez, on l'emmène avec nous, Capitaine ?? - Affirmatif. On n'a pas le choix, tant qu'on saura pas ce que ce type faisait là, on peut pas le laisser partir. - Cet homme va nous ralentir... Capitaine. Les hommes ne disaient rien. L'officier soupira et se retourna. - Allez, en avant. Le marines se tourna vers moi, sévère. - Hey vous. Si vous n'avez aucune formation au combat... tâchez de ne pas nous faire tous massacrer. La petite troupe se mit donc en route, progressant furtivement dans les couloirs. Ils étaient rapides, silencieux, marchant accroupis, et avec une souplesse et une rapidité impressionnante. Je tentai de les suivre de mon mieux, marchant le plus discrètement possible, jetant de temps à autre un oeil au dénommé Cooper qui avançait discrètement dans mon dos. Je soupçonnais d'ailleurs leur capitaine de l'avoir collé derrière moi pour s'assurer que je n'essaye pas de m'enfuir, ce que j'étais, il fallait le dire, assez tenté de faire. Je les regardai braquer leurs armes à chaque croisement dans les couloirs. Le silence qui régnait dans ces lieux était de plomb. Seul le bruit d'une goutte d'eau qui tombait rythmiquement dans un tuyau résonnait dans le silence du souterrain. Les marines, eux, braquaient les lumières de leurs fusils mitrailleurs chaque fois qu'ils passaient dans un couloir, balayant les murs et le sol de leurs faisceaux lumineux. Il fallait dire que l'électricité et l'éclairage du lieu étaient relativement défaillants, et n'arrangeaient pas la visibilité dans ces couloirs à moitié plongés dans la pénombre. Pour ma part je tentai tant bien que mal de les suivre, inquiet mais surtout frustré de ne pas savoir ce qu'ils cherchaient. Inutile de préciser à quel point suivre un commando de gens armés dans des couloirs sombres et inconnus n'avait rien de rassurant. Bien au contraire. Nous finîmes par arriver devant une porte à double battant verouillée. Les hommes autour de moi se déployèrent autour du sas de sécurité, tandis que l'un d'eux préparait un petit boîtier qui semblait contenir du C4. - Bien, nous voilà devant le poste de sécurité des souterrains. Russel, combien de temps pour ouvrir cette porte ? - Pas longtemps, Capitaine. Le marines fit entrer une faible dose de mastic écru dans le minuscule interstice entre les deux battants de la porte en acier. Les hommes se plaquèrent contre le mur, à quelques mètres de la porte. Russel lança la détonnation à l'aide d'une télécommande. Une légère explosion retentit, débloquant les deux battants de la porte qui s'entrouvrirent en coulissant dans un léger bruit de mécanique. En entrant dans la pièce, je me trouvai soudain face à de nombreuses machines qui ronronnaient le long des murs, mises en évidence par des éclairages subsidiaires. Sur le mur du fond, toutes les caméras étaient contrôlées sur de grands écrans quadrillés. Taylor retira ses gants, s'approchant des tableaux de contrôle d'un pas décidé. - Les gars, voici notre nouveau cantonnement. Je veux qu'on installe notre QG ici. On rejoindra les autres à partir de là. - Vous avez entendu le Capitaine ? Go go go ! Les soldats s'activèrent, sortirent un ordinateur portable d'un sac militaire, déployèrent une antenne transportable, apportèrent une table roulante pour poser des armes, courant à droite et à gauche. Je les regardai faire, éberlué, puis jetai un oeil à la pièce. Elle devait être alimentée par un générateur auxiliaire, vu la qualité d'alimentation en électricité comparé au reste de la structure. Je me demandai d'ailleurs comment toutes ces machines pouvaient encore tourner... Les marines, eux s'affairaient chacun dans leur coin à installer le matériel. Leur capitaine, lui, était absorbé par les écrans devant lui. Un homme s'était accroupi sous un bureau pour constater l'état des câblages sous des écrans éteints. L'officier passa derrière lui, s'enquérant de la situation. - Le tableau de bord des capteurs de mouvement est hors service, Capitaine. Je regarde ce que je peux faire. - Bien. Neal, Logan, vérifiez les archives du poste de sécurité. Je veux un rapport complet dans cinq minutes. - A vos ordres, Capitaine ! Je les regardai s'affairer en regardant autour de moi. Un uniforme du poste de sécurité pendait dans un placard. Je décidai de les requisitionner, voyant là une échappatoire à ma nudité trompée seulement par la blouse blanche que je portai. J'enfilai donc le pantalon, un peu grand pour moi, mais que je serrai avec une ceinture de cuir. Je retrouvais au moins un minimum de décence. Je troquai ma blouse pour un t-shirt noir, et enfilai les chaussures de cuir noir de l'uniforme. Tandis que les marines s'affairaient à faire fonctionner les machines et les écrans de contrôle, l'un d'eux chargeait son arme en me regardant d'un air méfiant. J'en avais marre de tout ce cirque. Je décidai de m'approcher de la jeune femme blonde qui prélèvait des échantillons de poussière sur le sol, en effectuant des mesures. - Dites... Qu'est-ce qui se passe ici ? Où est-ce qu'on est et qui êtes-vous, à la fin ? Elle me regarda du coin de l'oeil, ramassant un peu de poussière dans un tube hermétique qu'elle tenait avec des gants de caoutchouc. - On se trouve dans les souterrains du VIB-101, un labo de l'armée classé secret défense. On est arrivés ici il y a plus d'une heure suite à un appel d'urgence. On ne connait pas précisément leur secteur d'activité, mais on sait qu'ils sont placés en quarantaine depuis qu'ils ont été attaqués par des émetteurs inconnus... On est venus ici pour trouver et sauver les survivants des labos souterrains. Malheureusement, tout ce qu'on a trouvé pour l'instant, c'est des cadavres mutilés... Elle referma le tube transparent pour en sortir un autre de son sac, peinant manifestement à l'ouvrir. - Attendez, laissez-moi vous aider. Je m'assis à côté d'elle pour prendre l'objet et forçai sur le pas de vis de toutes mes forces. L'ouverture céda dans un léger appel d'air. Elle me jeta un bref coup d'oeil en prenant l'éprouvette. - ... Pour l'instant on doit rejoindre plusieurs membres de notre équipe. On a été séparés lors de l'atterissage à cause des perturbations météorologiques qui sévissent dans la région depuis plusieurs jours. Elle me montra l'officier du doigt, qui regardait un écran de contrôle derrière un de ses soldats. - Tu vois cet homme ? C'est le Capitaine Taylor. C'est lui qui mène l'opération, ici. Je le regardai d'un air attentif. - Il n'a pas l'air très accueillant... Elle rit. - C'est un homme un peu bourru mais très préoccupé du sort de ses hommes. Tu peux avoir confiance en lui. Je me massai le cou. - En effet... Elle me regarda avec plus d'attention. - Tu ne te souviens vraiment pas de ton nom ? Je secouai la tête négativement. - Non, pas du tout. Je... je ne me souviens de rien. Elle me sourit doucement. - T'en fais pas pour ça, on les récupère ces choses-là. Les cas d'amnésie rétrograde qui surviennent après un traumatisme crânien sont souvent rapidement réversibles. Ca reviendra avec le temps, tu verras. J'hochai la tête. Elle ne pouvait pas savoir que je m'étais réveillé sur une table d'opération dans un labo, déjà amnésique... et peut-être valait-il mieux que je ne lui dise rien à ce sujet pour l'instant. Voyant mon trouble, elle me sourit. - Au fait, je m'appelle Lara. Lara Bushnell, chercheur en xénobiologie pour le VIB. On échangea une poignée de main. - Enchanté Lara. Elle allait me répondre, quand soudain les autres se mirent à s'agiter autour de nous. - Capitaine ! Il y a eu un mouvement dans ce couloir. Cria un homme en pointant un écran de contrôle. L'officier s'approcha de lui. Rien à l'écran. Il se tourna vers un marines non-loin, qui pianotait sur un clavier de contrôle. - Russel, que disent les contrôleurs thermiques ? - Absolument rien... Tout a l'air en ordre, Capitaine. - Il n'y a donc aucune présence humaine dans ces couloirs... Le docteur Bushnell s'approcha de l'écran, époussetant son uniforme de camouflage. - S'il s'agit d'earthlings, pas étonnant qu'on ne détecte aucune signature thermique dans ces réseaux de souterrains, Capitaine. Leur métabolisme régule leur chaleur corporelle par des mécanismes eclothermiques, autrement dit ils ne produisent pas leur propre chaleur. Ca expliquerait qu'ils soient indétectables aux capteurs. Et s'ils se déplacent dans la pénombre des couloirs ou à l'intérieur des conduits d'aération, on n'a aucune chance de détecter leur présence avec des caméras. L'homme soupira lourdement, se passant une main sur le visage. - Bon sang, après avoir passé dix ans à fuir ces vermines, nous revoilà plongés au coeur de la fourmilière... Il se dirigea vers un des hommes de l'équipe. - Il nous faut confirmation. Neal, les détecteurs de mouvement, toujours hors service ? Un homme qui trifouillait les câbles dans le boîtier d'un des ordinateurs leva la tête. - J'y travaille, Capitaine. - On peut pas attendre plus longtemps... le Lieutenant Connor et ses hommes ont besoin de nous. Allez les gars. Il se tourna vers nous, armant son fusil mitrailleur d'un air décidé. - Préparez vos armes, on part au front.

  • chatouillesdu92 Avatar
    chatouillesdu92 - il y a 14 ans
    c'est juste excellent, nous mettre à fond dedans en deux chapitres j'ai juste un exploi !!!!! Et puis c'est génial le mec qui est à l'ouest complet et qui se fait limite agresser. Le pauvre ^^ On se croirait un peu dans un jeu vidéo ! Bravo vraiment et bonne chance pour la suite !

  • nahognas Avatar
    nahognas - il y a 14 ans

    Soldat, vous devez nous pondre une suite rapidement, Exécution !!! :hum2:


  • Richard J. Williams Avatar
    Richard J. Williams - il y a 14 ans

    Merci à tous les trois pour vos messages d'encouragement, content d'arriver à vous immerger dans cet univers futuriste que j'essaye de développer :) En espérant que ce nouveau chapitre vous plaira tout autant.


    Chapitre 3. Dans la gueule du loup.

    Une fois dans le couloir, l'escouade se déploya en demi-cercle autour de l'officier. Je jetai un regard fugace au dénommé Cooper, qui était resté pour superviser notre progression dans le complexe par le biais des caméras et des senseurs qu'ils avaient remis en service dans l'installation. Pour ma part je serais bien resté avec lui dans cette pièce au lieu de m'aventurer avec les autres dans des réseaux obscurs et inquiétants de souterrains qu'on ne connaissait pas, mais ça ne semblait pas être l'avis des autres, qui voulaient visiblement me garder à l'oeil. Armant son fusil mitrailleur, Neal semblait s'impatienter.

    - Comment on va s'y prendre, Capitaine ?

    Taylor rajusta son masque à gaz et ses lunettes de vision nocturne, attendant que sa combinaison de camouflage se pressurise d'elle-même, puis se tourna vers toute l'équipe.

    - Bien les gars. On va passer par le couloir A-12 pour atteindre le générateur. Selon le plan, il va falloir traverser les labos du secteur EST pour l'atteindre. Cooper, est-ce qu'on peut avoir le plan en visuel ?

    La voix du marines grésilla dans l'oreillette de l'officier.

    - Et voilà, Capitaine.

    Une carte du complexe s'afficha en trois dimensions dans les moniteurs visuels des marines intégrés au casque de leur combinaison ; je me sentais d'ailleurs un peu con d'être le seul à ne pas avoir l'équipement pour suivre ce qui se disait...

    - Vous n'êtes pas sans savoir qu'on a affaire à une présence earthling potentielle, commença Taylor, haranguant ses hommes avec son habituel comportement de leader. Si l'on en croit le rapport du technicien au 101 qui nous a été briefé ce matin, les choses ont commencé à se gâter ici après une coupure brutale du courant, qui aurait permis aux earthlings de s'infiltrer dans les sas de sécurité et d'attaquer le personnel chargé de la maintenance.

    Chacun l'écoutait, attentif.

    - Le problème, c'est que si on veut pouvoir progresser dans les couloirs sans risquer des ambuscades faciles, on doit commencer par rétablir l'électricité dans l'aile EST pour rejoindre le lieutenant Connor et ses hommes. Ensuite on passera les labos au peigne fin pour trouver toute présence alien, et on l'exterminera. Cooper nous assistera à travers nos oreillettes pour nous guider. Des questions ?

    Je regardai les marines qui restaient immobiles. Personne ne bronchait, comme si ce genre de missions était pour eux une routine. Embarqué malgré moi dans une situation qui me dépassait complètement, je décidai de me taire. Taylor épaula son arme, prêt à partir.

    - Bien, c'est partit alors. On fonce !

    Les marines ainsi que le Dr Bushnell rajustèrent leurs masques avant d'emboîter le pas de leur officier au pas de course. Je me mis à courir derrière eux pour les suivre comme je le pouvais.
    La petite troupe traversait les couloirs avec agilité sans le moindre bruit, faisant preuve d'une attention méticuleuse. Ils avançaient en se couvrant mutuellement, braquant leurs armes à chaque intersection, comme s'ils s'attendaient à voir des ennemis les attendre de l'autre côté. Visiblement, ils ne prenaient aucun risque. Pour ma part je les suivais en essayant de me montrer le plus discret possible. Gravissant les escaliers au pas de course, les marines atteinrent l'étage supérieur, poursuivant leur course jusqu'à une intersection où ils obliquèrent immédiatement à gauche en direction d'un couloir éclairé uniquement de néons muraux qui diffusaient une lumière électrique blanche et continue. Ce ne fut qu'au bout d'une dizaine de minutes que l'un de nous s'arrêta devant la porte d'un labo restée entrouverte. Retirant son masque, je la vis dégager ses longs cheveux blonds d'un geste de tête.

    - Qu'y a-t-il Bushnell, pourquoi vous arrêtez-vous ? Râla Taylor.

    La jeune femme observait la porte d'un air attentif.

    - C'est étrange, il y a de nombreuses traces de condensation sur les vitres de cette porte.

    Les autres s'approchèrent, intrigués.

    - Et alors ?

    Bushnell plissa les yeux, suivant du regard les traces d'éraflures sur le métal de la porte.

    - Et bien pour qu'il y ait condensation de ce côté de la vitre, il faut qu'il y ait eu récemment une source de chaleur plus importante dans ce labo. Or le courant est coupé de ce côté du complexe souterrain, ça ne peut donc pas provenir d'une machine.

    Taylor caressa machinalement le canon de son arme.

    - Vous pensez à une présence organique ?

    - Difficile à dire... mais mieux vaut rester sur nos gardes, Capitaine.

    L'homme fit un signe de tête à ses hommes.

    - Allez, on inspecte ça en vitesse et on continue.

    Les hommes entrèrent en trombe dans le labo, balayant le sol et les murs du faisceau de leurs fusils mitrailleurs. La salle semblait déserte. Seules des tables d'opération vides se trouvaient au milieu d'étagères métalliques en désordre, et du sang sur le sol avait séché près des tables aux sangles arrachées. Je m'avançai vers une de ces tables. Elle était en tout point identique à celle qui se trouvait dans le labo dans lequel je m'étais réveillé. Qu'est-ce que ça pouvait vouloir dire... ? Je me passai une main sur le visage, comme pour évacuer une soudaine douleur aux tempes.

    Un des marines, le dénommé Neal je crois, souleva un ustensile entre deux doigts.

    - Pouah, je sais pas ce qu'ils faisaient dans cette pièce, mais m'est avis qu'ils ne faisaient pas que jouer à la poupée ici...

    Je jetai un regard circulaire autour de moi. A en juger par les différents éclairages opératoires et les bras plafonniers qui entouraient les tables d'opération, l'endroit semblait avoir été en effet conçu pour mener des actes biomédicaux d'envergure. Pendant ce temps, Taylor et Logan inspectaient les étagères métalliques qui recouvraient les murs de la pièce, remplies d'accessoires et d'ustensiles de chirurgie. L'un des marines s'accroupi pour tirer quelque chose de sous une table d'opération.

    - Capitaine...

    Taylor se retourna vers lui. L'homme tenait entre deux doigts une couverture qui recouvrait le corps d'un homme inerte, contorsionné dans une position presque aberrante anatomiquement sans se rompre les articulations, le visage défiguré par une sorte de végétal d'un blanc cassé, plutôt malodorant.

    - Bon Dieu, qu'est-ce que c'est que ça... ?

    Logan s'approcha en se bouchant le nez.

    - Merde, t'es dégueulasse Russel... recouvre-le, c'est infect.

    Bushnell s'approcha du corps. Les marines la regardèrent s'accroupir à côté de lui, incrédules.

    - Qu'est-ce que vous faites ?

    Elle enfila des gants en caoutchouc, prenant des pincettes pour prendre un bout du végétal parabolique blanc et l'approcher de ses yeux. Russel la regarda, inquiet.

    - Qu'est-ce que c'est ? Ca vous dit quelque chose, Doc ?

    La jeune femme le retourna devant ses yeux, l'air concentrée.

    - C'est étrange... on dirait une forme de cordyceps unilateralis. C'est très étrange...

    Taylor la regarda, sceptique. Logan ricana en faisant tourner entre ses doigts un scalpel qu'il avait ramassé sur une étagère.

    - Et alors, ce type est mort d'une maladie de la peau, ils en diffusent tous les jours sur la CNN. Ma femme adore ce genre d'émissions débiles...

    Je m'approchai à mon tour du Dr Bushnell. Elle faisait tourner l'échantillon inconnu d'un air absorbé et parfaitement méticuleux.

    - Vous ne comprenez pas... Le cordyceps unilateralis n'est pas à proprement parler une maladie cutanée. C'est le nom d'un champignon parasite qui se développe généralement sur des végétaux en décomposition... Il infecte ensuite le cerveau des insectes qui s'y posent, et contrôle leur système nerveux pour les mener à la cime d'un arbre, là où il trouvera l'humidité et la lumière nécessaire pour proliférer et se propager à l'intérieur de son hôte.

    Logan fit une moue écoeurée.

    - Tu parles d'un destin...

    La jeune femme nettoya sa pince à l'aide d'un liquide aseptisant, écartant les paupières du cadavres pour examiner ses iris.

    - Ce qui ne colle pas, c'est que le cordyceps unilateralis n'infecte normalement que les invertébrés, et n'a aucun effet sur les êtres humains. Si le génome de ce parasite a muté pour s'en prendre aux mammiphères, alors nous sommes face à un danger biologique extrêmement grave...

    Le Capitaine Taylor, tout en écoutant la jeune femme, était entré dans une pièce à l'arrière du labo, où gisaient les corps de deux chercheurs déchiquetés, les entrailles à l'air, qui tombaient mollement sur le sol.

    - Ces deux-là, en tout cas, ne sont pas morts de contamination...

    Lara me passa devant pour rejoindre le capitaine.

    - Montrez-moi ça ?

    Moi, je regardai le corps qui gisait devant moi. Il semblait complètement décharné sous sa blouse médicale, et le champignon qui avait cru sur son visage semblait avoir complètement asséché sa peau, qui était devenue molle et lâche, pleine de minuscules croûtes cicatricielles. Une nausée me prit subitement. Je sortis du labo en coup de vent pour me retrouver dans le couloir, reprenant doucement ma respiration. Il fallait que je me calme... que je chasse l'image de ce maccabée de mon esprit. Quelle horreur...
    Pendant que je reprenais mon souffle, j'entendais les autres à l'intérieur partager leurs avis avec véhémence.

    - J'ignore ce qu'ils fabriquaient ici au 101, mais je pense que peu importe à quoi on a affaire ici, on ferait mieux de se dépêcher de rejoindre Connor et de décamper d'ici en vitesse. Tous ces bidouillages chirurgicaux... ça me dit rien qui vaille.

    Une voix lui répondit, que je reconnus comme étant celle de Neal.

    - Ce corps rongé par le champignon, c'était peut-être un cobaye pour développer une nouvelle arme biologique ?

    - Ca expliquerait la mise en quarantaine du secteur immédiatement après l'attaque... répondit Logan.

    - Non, je ne pense pas, répondit Bushnell. Si cet homme avait servi de cobaye humain ils l'auraient placé en chambre de confinement. Il semble avoir été contaminé accidentellement et caché sous ce lit à la hâte... comme s'ils avaient été surpris par quelque chose...

    - A quoi est-ce que vous pensez ? Des earthlings ?

    - Je ne sais pas... les traces sur les corps semblent contradictoires. Je n'ai jamais vu d'earthlings laisser un cadavre sans y toucher pour se nourrir. Ces gens semblent avoir été tués brutalement, sans aucun objectif nutritionnel. Ce n'est pas la manière de faire des earthlings...

    - Putain, j'ai pas signé pour me retrouver dans cet asile de malades, grogna Logan.

    Pendant que je les écoutais discuter à l'intérieur, j'entendis un bruit au fond du couloir. Un gratouillement le long d'une paroi, puis de légers tintements métalliques qui résonnaient le long d'un tuyau. Je tendis l'oreille. Qu'est-ce que... C'est à cet instant que Russel sortit du labo, soupirant en s'essuyant les mains. Il me jeta un regard amical.

    - Hey, cowboy.

    Je lui répondis d'un timide "hey". Je tendais toujours l'oreille, mais les bruits à l'autre bout du couloir semblaient avoir disparus. Le marines eut un sourire amer, jetant la serviette qu'il venait d'utiliser un peu plus loin dans le couloir. Il contempla ses mains, sans doute pour vérifier qu'elles étaient bien décontaminées, ce qu'il était de toutes façons impossible de vérifier à l'oeil nu.

    - Tu parles d'une prise de tête...

    Je le regardai sans rien dire. J'avais encore l'impression d'avoir l'odeur de ce corps défiguré dans les narines et dans le coeur. Je devais m'aérer et penser à autre chose... Mais, à en juger par la qualité de l'air, l'installation des systèmes de ventilation semblait plus ou moins hors service dans cet endroit... Je frémis.

    - Alors comme ça t'es complètement amnésique à ce qu'on dit... tu te souviens vraiment pas de ce que tu faisais ici ?

    Je le regardai un instant, toujours préoccupé par les bruits que j'avais entendu de l'autre côté du couloir.

    - Non...

    Il s'approcha de moi pour me donner une claque amicale sur l'épaule.

    - T'inquiète pas. Dès qu'on sortira d'ici il y aura forcément des gens qui auront signalé ta disparition... En attendant on navigue sur la même galère. Mais on va pas tarder à sortir d'ici... dès qu'on aura rattrappé le lieutenant Connor et ses hommes.

    J'allai répondre lorsque tout d'un coup, un nouveau bruit métallique tinta subrepticement à l'autre bout du couloir. Je sursautai.

    - Vous avez entendu ?

    Il tendit l'oreille.

    - Quoi ?

    Je lui fis signe de se taire.

    - Quoi, qu'est-ce qu'il y a ?

    - Chut ! Pas un bruit.

    Un nouveau cliqueti métallique retentit faiblement. Il l'avait entendu, cette fois. Il braqua son arme vers l'autre bout du couloir, qui finissait à moitié dans l'obscurité des lampes défaillantes. La tension me tiraillait les tripes. Il y avait quelque chose là-bas, tapis dans l'obscurité. Quelque chose qui nous épiait...

    Un nouveau tintement, puis cette fois un léger choc dans un objet métallique qui roula sur les plaques du sol, pour sortir de la pénombre dans notre direction... plus de doute. Quelque chose s'approchait. Russel avait son fusil braqué dans la direction de l'objet qui avait roulé vers nous, une goutte de sueur perlant le long de son front. Son doigt se crispa nerveusement sur la gâchette. Je l'entendais murmurer des choses pour lui-même, comme s'il essayait de se rassurer en insultant, dans sa barbe, un ennemi invisible.

    - Allez amène-toi espèce d'ordure... je t'attends... amène-toi...

    Je le regardai, rongé moi-même par la tension qui devenait presque palpable. L'attente était interminable. D'autres crépitements métalliques rapides se firent entendre, comme si de petites pattes couraient le long des parois d'un tuyau. Je plissai les yeux pour déceler un quelconque mouvement à travers l'obscurité qui tombait comme un voile sur l'autre bout du couloir, lorsque subitement, sans prévenir le moins du monde, un rat en jaillit en couinant. Je le regardai se faufiler entre les jambes du marines en retenant ma respiration, sentant encore mon coeur battre la chamade dans ma poitrine. Le doigt du marines s'était figé dans son mouvement alors qu'il allait presser la détente de son fusil dans un réflexe instinctif. Nous nous regardâmes un instant avant d'éclater de rire. Le soldat baissa son arme, se passant une main sur le visage, comme pour évacuer la tension qui nous avait rendu, l'espace d'un instant, presque paranoïaques. Il dégagea le rat du bout de sa botte de cuir, riant de bon coeur.

    - Petit con, tu sais que t'as failli me faire faire une crise cardiaque... ?

    Le petit animal le regarda de ses yeux ronds en agitant ses moustaches, puis se retourna subitement. Russel me regarda, interrogatif, regard que je lui rendis, tout aussi interrogatif. La bête sembla hésiter un instant, tourna la tête à la recherche de quelque chose en promenant son museau autour d'elle, puis se carapata en couinant, comme si elle avait soudain eu le diable aux trousses. Nous restâmes un instant à nous regarder sans comprendre, le silence regagnant peu à peu ses droits dans l'immensité déserte du couloir. Nous ne riions plus, comme de nouveau en suspens. C'est alors que nous l'entendîmes. Des crissements métalliques plus prononcés le long d'un tuyau dont on ne voyait pas le bout, et puis un bruit de respiration saccadé, renâclant dans le noir. Avant même d'avoir pu comprendre ce qui se passait, Russel braqua son arme vers l'obscurité en hurlant.

    - COUCHE-TOI !!

    Brusquement, jaillissant de nulle part, une silhouette fine et élancée fondit sur nous dans un cri suraigu et bestial. Un crépitement de détonnations retentit dans le couloir, tandis que Russel déchargeait son fusil mitrailleur sur la créature dans une salve de mitraille étouffée. La bête retomba sur le sol comme un pantin désarticulé, trouée en de multiples endroits, d'où s'échappaient un fludie verdâtre en ruisseaux sanguinolents. Je lui jetai un regard affolé.

    - Merde putain, qu'est-ce que c'est que ça... ?!

    Je jetai un oeil à la bête. Elle mesurait aisément un bon mètre dix de longueur en comptant un vestige de queue atrophiée. Mort, le corps convulsait encore nerveusement dans les membres, finissant de se vider de son sang. Je la parcourais des yeux à la tête, pétrifié. Montée sur six pattes, elle ressemblait à une sorte d'insecte géant. Son corps était formé de plaques rigides reliées par des membranes souples et résistantes, souillées par son fluide vital qui cessait maintenant progressivement de s'écouler par les trous forés dans sa carapace. La tête était munie d'une paire de mandibules, deux espèces d'appendices solides et coupants, complétés d'une paire de maxilles plus frèles, qui semblaient servir vraisemblablement à manipuler la nourriture. Ses yeux, rougeoyants dans les deux fentes de sa carapace pré-frontale, s'étaient éteints alors qu'elle trépassait. Je frémis.

    - Merde Russel, qu'est-ce que c'est... ?

    Le marines pâli jusqu'au vert, ne quittant pas le cadavre du viseur de son arme.

    - Un earthling...

    Taylor et les autres sortirent en trombe du labo derrière nous.

    - Qui a tiré ??! Qu'est-ce qui se passe ici, nom de Dieu ?!

    - Des earthlings, mon Capitaine. J'en ai abattu un qui venait de ce côté...

    Tous les hommes sortirent leurs armes, les braquant fiévreusement vers l'obscurité du couloir.

    De là où j'étais, j'entendis Cooper crier dans l'oreillette de l'officier.

    - J'ai de mauvaises nouvelles, Capitaine. Les senseurs indiquent une forte activité thermique dans votre secteur. De nombreuses biosignatures aliens sont en approche de votre position !!

    Taylor arma son fusil qu'il épaula immédiatement.

    - Bon sang de merde, préparez-vous à vous défendre, soldats. CODE NEUF, je répète, on a un CODE NEUF ! Vous avez ordre de tirer à vue !!

    De nouveaux cliquetis retentirent. Les marines pointaient toujours leurs armes vers l'autre bout du long couloir, attentifs et alertes au moindre mouvement. D'autres bêtes attendaient là-bas, tapies dans l'obscurité. Ca approchait...
    Regardant autour de moi, je cherchai quelque chose qui pouvait me servir d'arme. Il fallait dire que je n'avais rien d'autre que mes mains nues pour me défendre, et je devais avouer que je n'avais aucune envie de me retrouver au corps à corps avec une de ces créatures. Mais il n'y avait ni barres de métal, ni aucun autre objet qui aurait pu me servir d'arme pour me défendre. Je me tournai vers l'officier, qui scrutait attentivement l'obscurité à travers le viseur de son fusil mitrailleur.

    - Capitaine, donnez-moi une arme !

    Il me jeta un regard sceptique.

    - Quoi, tu sais te servir d'un de ces machins ?

    Quelques hommes rirent grassement à la remarque de leur supérieur. Je fulminai.

    - On n'a pas le temps de plaisanter, donn...

    Je fus coupé net dans ma phrase. Dans un choeur de cris stridents, une nuée d'earthlings jaillit de la pénombre, fondant sur nous comme des éclairs. Immédiatement, un crépitement de détonnations retentit à côté de moi, suivit de près par une pluie de mitrailles. Les balles sifflaient en criblant les monstres qui nous assaillaient. Les premiers rangs de créatures roulaient sur le sol alors que leurs carapaces volaient en éclats, explosées par les projectiles de l'escouade, dans des giclements de sang verdâtre. Leurs soeurs, imperturbables, continuaient de nous charger en s'approchant de plus en plus dangereusement. Alors que les marines continuaient de mitrailler les bêtes qui fondaient sur nous en hurlant, quelques-unes parvinrent à s'approcher suffisamment pour engager un corps à corps. Le premier choc fut d'une violence affolante. Les mandibules des earthlings frappaient et piquaient dans tous les sens, tandis que les marines, se protégeant à l'aide de leurs fusils, tentaient de reculer pour prendre de la distance. Un combat à mort venait de s'engager entre les marines de la Fédération et les aliens qui se battaient maintenant avec une férocité brutale et animale.

    Evitant les mandibules d'une de ces bestioles, Neal atteint la tête de son agresseur d'un coup de pistolet à pression bien placé. Son crâne explosa dans une gelée de cerveau et de liquide verdâtre qui allèrent s'étaler sur le sol derrière lui. Dans le même temps, Logan et Taylor avaient engagé un corps à corps avec plusieurs earthlings qui commençaient à les submerger. Les cris de fureur des bêtes et des marines étaient à peine couverts par le fracas du combat. Les coups s'échangeaient sans la moindre once de pitié, entrecoupés de tirs et d'injures qui rythmaient la cadence des échanges brutaux.

    Désarmé, j'étais perdu au milieu de cette bataille absurde et surréaliste. Je devais faire quelque chose, mais je n'avais aucune idée de comment m'y prendre. Je ne comprenais rien à ce qui se passait autour de moi... Mais rompant brusquement le fil de mes pensées, un earthling surgit d'un tuyau juste à côté de moi dans un cri féroce, déployant ses mandibules et sa mâchoire hérissée de dents pointues, au milieu desquelles une langue serpentine longue et effilée se dardait fièrement. J'esquissai un mouvement pour m'enfuir, mais elle m'envoya bouler d'un coup de patte, me projetant contre un mur. Retombant durement sur le sol, je sentais une douleur me lancer de la colonne jusque dans les bras, alors que la créature s'apprrochait de moi d'un air menaçant. Je grimaçai de douleur. C'était la fin... j'allais finir en pâture pour ces monstres aliens carnassiers...

    Alors que je me débattais entre les coups de l'animal, j'entendis un cri. Lara, qui se battait aux côtés des autres avec une certaine adresse pour quelqu'un qui, il fallait le dire, n'était pas un soldat, avait manqué de peu l'assaut d'une paire de mandibules affamée. Alors qu'elle achevait l'earthling blessé devant elle d'un coup de fusil, une autre bête surgie de nulle part fondit sur elle comme un éclair. La suite parut soudainement floue. La créature qui m'assaillait m'asséna un coup de mandibule que j'évitai d'un bond, me roulant sur le côté. Avant même de comprendre ce qui m'arrivait, je venais de tirer le pistolet du marines à côté de moi hors de son étui, m'étais retourné dans le même mouvement et avais tiré plusieurs coups. Mon corps avait réagi tout seul. Je venais d'exploser l'earthling en pleine tête au moment où il allait atteindre Bushnell, alors qu'une seconde balle s'était fichée avec une précision mathématique entre les yeux de mon assaillant, qui s'était figé dans son mouvement en s'écrasant au sol. Je restai un instant immobile. Regardant le pistolet comme s'il provenait d'une autre dimension, je vis les deux bêtes s'effondrer au sol, raides mortes. Les marines me regardaient tous des pieds à la tête, silencieux. Lara, elle aussi, me regardait avec incompréhension.

    - Comment t'as fait ça ? Me demanda Russel, éberlué. Je regardai toujours le pistolet, tout aussi effaré que lui.

    - Je... je sais pas.

    Coupant court à toute discussion, un hurlement immense se répercuta contre les parois du souterrain. Les marines braquèrent immédiatement leurs armes sur l'autre côté du couloir. Taylor s'épongea le front.

    - La cavalerie arrive, on dirait...

    Un sifflement strident me vrilla les oreilles. Le même que celui de tout à l'heure, avant que je ne perde conscience, et cette même douleur aux tempes... Une masse informe jaillit de nulle part, que j'évitai tant bien que mal en me jetant sur le côté. Avant même d'avoir eu le temps de me relever, la créature me faisait face de son corps menaçant, tout de muscles et de griffes, dardant sa langue serpentine hors de sa gueule aux mâchoires puissantes. Je regardai son faciès bestial, doté de chaque côté de mandibules articulées, s'affinant sur l'étranglement de l'appendice pour former deux lames de chitine acérées et légèrement recourbées. La bête était immense, mesurant pour le moins deux mètres vingt ou trente pour au moins tout autant de tissus musculaires. C'était bien la même gueule animale que j'avais vu juste avant de perdre connaissance. La créature reptilienne me fixait de ses yeux luisants. Elle renâclait l'air renfermé de l'endroit à travers ses narines taillées en biseau dans l'épaisse carapace de chitine qui recouvrait sa gueule menaçante, dont les crocs semblaient s'enfoncer comme des lames à l'intérieur de sa mâchoire luisante de salive.

    - Qu'est-ce que...

    Dans un cri strident la créature me chargea, s'apprêtant à refermer les faux de chitine de ses mandibules acérées sur moi, lorsqu'une détonation assourdissante se répercuta contre les murs du couloir souterrain. La bête fut projetée contre une paroi métallique dans une grosse gerbe de sang. Le capitaine Taylor se tenait derrière moi, le canon de son fusil à pompe encore fumant. Je le regardai avec une certaine panique pleine de reconnaissance. Mais alors, avec une vitalité véritablement inattendue, le monstre se redressa presque immédiatement, du sang rouge et épais s'échappant en bouillon d'un trou gros comme le poing qui avait traversé sa poitrine de part en part. Il poussa alors un hurlement terrible qui fit vibrer mes tympans comme des diapasons mal réglés.

    - TIREZ !! TIREZ BORDEL DE MERDE !!! Hurla Taylor, épaulant son fusil à pompe pour abattre la bête.

    L'escouade ouvrit le feu. Les balles fusaient dans tous les sens, criblant la créature qui se mit à charger les soldats dans un nouvel hurlement de fureur. Heurtant de plein fouet un marines qui fut projeté au sol, elle se retourna, ignorant complètement les balles qui l'atteignaient, lacèrant la jambe d'un autre marines avec l'une ses mandibules. L'homme tomba au sol en hurlant.

    - RUSSEL !! Hurla Logan, chargeant la bête en la mitraillant.

    L'homme tentait de se relever, tandis que les autres vidaient véritablement leur chargeur la bête avec un acharnement désespéré. Les balles rebondissaient sur les épaisses plaques de chitine qui la recouvraient ; seules quelques-unes l'atteignaient lorsqu'elles touchaient directement les muscles.

    La bête hurla une nouvelle fois en chargeant. Je l'évitai de nouveau de justesse, alors qu'elle s'en prenait déjà à l'un des marines derrière moi. Il parvint à l'éviter à son tour, lui vidant son chargeur dans le jaret. Blessée, la créature hurla de douleur et de rage, se mettant à fouetter l'air de ses mandibules et de ses pattes dans de grands mouvements désordonnés mais pourtant éminemment dangereux. Alors que je tenais cette énorme bête en joue, prêt à décharger le chargeur de mon pistolet sur elle, je vis l'un de ses membres se rapprocher de mon visage à une vitesse vertigineuse. Je n'allais pas avoir le temps de réagir. Je restais là, stupidement, regardant l'inéluctable se produire, lorsque je me sentis soudain poussé et projeté au sol. Le docteur Bushnell s'était étalée avec moi, me sauvant d'un sort funeste... Son visage à quelques millimètres du mien, elle me fit un sourire.

    - On est quittes, maintenant.

    Je la regardai un instant, incrédule, alors qu'elle se redressait en braquant son arme sur la créature, pressant la détente dans un crépitement de mitraille. Quelques balles fusèrent dans les articulations du monstre, qui trébucha dans un giclement de sang rougeâtre. Neal et Taylor rechargeaient leurs armes frénétiquement, tandis que notre ennemi reculait en sifflant avec sa langue. Mais après quelques pas maladroits, sans doute pour retrouver son équilibre, il se redressa d'un coup, poussant un rugissement de fureur de toute la force de sa cage-thoracique déployée, qui alla se répercuter contre le plafond et les murs, nous assourdissant littéralement. Alors que je me plaquai les mains sur les oreilles pour protéger mes tympans, je la vis charger l'un d'entre nous en lui assenant un furieux coup de mandibule qui le projeta violemment contre un mur.

    Esquissant un pas en direction de son soldat, le capitaine Taylor allait courir à son secours, mais la bête le plaquait déjà violemment contre le mur, et dans le même temps lui arracha un large morceau du cou de ses crocs vengeurs et acérés.

    - LOGAAAAAANN !!!

    Le capitaine se débattait furieusement pour se dégager de ses hommes qui le retenaient de toutes leurs forces pour l'empêcher de se jeter dans la gueule du loup.

    - LÂCHEZ-MOI ESPECES DE LÂCHES !! LOGAN !!

    - CAPITAINE ! Hurla le soldat Neal, essayant de faire retrouver ses esprits à son supérieur. C'est fini pour lui ! Il faut décamper d'ici EN VITESSE !!

    Ses hommes le lâchèrent alors qu'il reprennait son souffle. La bête tournait sa gueule dégoulinante de sang vers nous, dévoilant ses crocs acérés derrière son organe bucal en nous regardant de ses yeux rouges luisants.
    Taylor jeta un oeil hésitant sur la bête qui se redressait sur ses pattes arrières, prête à se ruer de nouveau sur nous. Il eut un moment de recul, jetant un dernier regard à la dépouille du soldat qui venait de périr sous son commandement.

    - Courez.... COUREZ BON SANG DE MERDE !!!

    Tout le monde se mit à courir en mitraillant la bête par intermittence qui nous suivait en se protégeant derrière la carapace épaisse de son crâne, et se servant de ses mandibules pour protéger ses yeux. Elle boîtait légèrement, ce qui la ralentissait substantiellement et allait peut-être nous sauver la vie. Je la regardai une dernière fois laisser de longues traînées de sang rouge derrière elle, tandis que les marines s'acharnaient à la canarder tour à tour en se repliant.

    Ce ne fut qu'en dépassant plusieurs couloirs qu'à bout de souffle, que nous parvînmes à lui échapper. Je sentais mes cuisses et mes poumons me brûler ; l'adrénaline qui avait envahit mon organisme m'avait permis de décamper de ce piège à rat avec les autres, mais maintenant qu'on était à nouveau en sécurité relative, je sentais mon corps souffrir brusquement de l'effort fourni. Je m'adossai contre le mur derrière moi en tentant de me calmer. Alors que chacun reprenait son souffle, épuisé, Neal donna un furieux coup de poing dans un mur.

    - Qu'est-ce que c'était ce truc bon sang ?!

    Les hommes essayaient de se calmer, hors d'haleine. Dans un mouvement brusque, le capitaine Taylor rechargea son arme. Il était noir de rage.
    Me laissant tomber sur le sol, j'essayais de reprendre mes esprits. Bon sang, combien fallait-il de balles pour venir à bout de ce monstre ? La panique semblait s'être répandue dans l'escouade comme une contagion. Alors que je tentai de retrouver un rythme cardiaque normal, je remarquai le regard méfiant du capitaine, qui ne semblait pas avoir apprécié ma "performance" de tout à l'heure. Il semblait d'ailleurs encore plus suspicieux à mon égard qu'auparavant.

    Préférant ignorer la tension qui planait sur le groupe, le Dr Bushnell, qui nettoyait une tache de sang sur sa tenue, déclara d'une voix douce.

    - C'est étrange, le sang de cette créature était rouge. Jusque-là tous les earthlings que nous avons rencontrés avaient un fluide vital de couleur verdâtre...

    Taylor la regarda, rechargeant rageusement les pistolets qu'il avait à sa ceinture.

    - Et alors ?

    - Je ne sais pas, il me faudrait un échantillon de sang pour l'analyser. Ce qui est certain, c'est qu'on n'a pas affaire à des earthlings habituels...

    - Tu parles d'une nouvelle...

    Un homme s'épongea le front.

    - Pardonnez-moi mon Capitaine, mais est-ce que je suis le seul putain de type sensé ici à trouver anormale la saloperie de taille de cette bête ??!!

    Un autre homme retira son masque de camouflage, s'ébouriffant les cheveux.

    - C'est vrai, j'en ai jamais vu d'aussi énorme... qu'est-ce que ce truc foutait là bon sang ?!

    Taylor les regarda durement, luttant probablement lui-même contre ses propres sentiments.

    - Reprenez-vous, soldats ! Vous êtes des marines de la Fédération de Déimos, nom de Dieu ! Nous avons été formés pour combattre dans tout type de situation. Ne laissez pas vos émotions interférer dans la mission !

    Les hommes tentaient de reprendre leur calme, en sueur. La confrontation avec un ennemi qui les avait mis en défaite et la perte d'un de leurs équipiers semblait avoir profondément affecté les membres de l'escouade, qui retournaient visiblement leur agressivité entre eux. Je sentais que je ne serais pas épargné, et la suite de la discussion me montra que j'avais raison. Russel, qui ne se calmait pas, m'apostropha violemment.

    - Et lui, Capitaine. Vous trouvez ça normal de le voir massacrer des earthlings avec un simple pistolet ?? Ce type nous cache quelque chose. Il se fout de notre gueule, CAPITAINE !

    - J'AI ENTENDU ce que vous avez dit, soldat. Nous nous occuperons de son cas plus tard. Pour l'instant tout ce qui compte c'est d'éviter des morts supplémentaires. Et si ce type sait se battre... alors autant l'avoir de notre côté pour l'instant.

    Les mains toujours plaquées sur la profonde entaille qui lui avait ouvert la cuisse, Russel me jeta un regard mauvais. Gênée par toutes ces disputes, Lara tenta de calmer le jeu.

    - Sans son intervention de tout à l'heure je serai morte, et vous aussi, Sergent Russel. Essayons de nous calmer...

    - Occupez-vous de vos éprouvettes Bushnell, renâcla Taylor qui lui jeta un regard autoritaire. Expliquez-nous plutôt ce que cette bête foutait dans ces souterrains. Je n'ai jamais vu d'earthling aussi énorme de toute ma carrière, bon Dieu de merde !

    La jeune femme fronça les sourcils, n'appréciant visiblement pas le ton que prenait l'officier avec elle. Elle décida néanmoins de faire profil bas.

    - Je n'en ai aucune idée... il faudrait déjà savoir ce qui a attiré les earthlings dans ce complexe militaire. S'il s'agissait d'une simple chasse pour trouver des proies et se nourrir, ils n'auraient jamais attaqué un endroit aussi difficile d'accès. Quelque chose a dû attirer leur attention ici...

    Russel, qui tâtait du bout des doigts la plaie qui saignait abondamment sur sa cuisse, grimaçait de douleur.

    - Vous pensez que cette merde était une reine... ?

    Lara Bushnell secoua la tête négativement.

    - Non. En fait, à en juger par les glandes exocrines à l'arrière de l'abdomen, ça pourrait bien être une gardienne.

    - Une gardienne ?

    - Les earthlings utilisent des gardiennes pour protéger leurs couveuses. Si cette créature en était bien une, ça signifie qu'il y a un nid ici...

    Elle regarda chacun des hommes présents dans l'équipe, moi y compris.

    - Inutile de dire que je n'aimerai pas être là lorsque leurs oeufs écloreront.

    Taylor soupira, retirant un éclat de carapace qui s'était enfoncé dans sa botte.

    - Vous n'avez pas de bonnes nouvelles à nous apprendre pour changer, docteur ?

    - Malheureusement non... Capitaine.

    Taylor soupira.

    - Ca aurait été trop beau.

    Il se tourna vers moi, l'air grave.

    - Toi, là ! Tu sais te servir d'une arme, apparemment.

    - Je...

    Il me tendit son fusil, d'un air froid et autoritaire.

    - Prends ça. Et n'hésite pas à faire de la charpie de tout ce qui ressemblera de près ou de loin à une de ces merdes à six pattes, c'est compris ?

    Je le regardai un instant, puis saisis l'arme. Il ne la lâcha pas tout de suite, me regardant droit dans les yeux, un air de détermination effrayante sur le visage.

    - Mais si tu essayes de nous trahir... je te jure que je ne donne pas cher de ta peau.

    Je déglutis. Je ne savais pas ce qui m'effrayait le plus à cet instant, entre ces créatures vicieuses qui semblaient vouloir notre peau coûte que coûte, et cet homme armé qui me tendait son arme en me menaçant ouvertement. Je finis par lui prendre le fusil des mains, soutenant son regard sans sourciller.

    - C'est noté... Capitaine.


  • nahognas Avatar
    nahognas - il y a 14 ans

    Aliens 1
    Militaires 0

    A quand la revanche ? :lol:


  • chatouillesdu92 Avatar
    chatouillesdu92 - il y a 14 ans
    Ce chapitre semble comme sortie d'un sénario de film ! C'est excellent bravo ^^

  • Richard J. Williams Avatar
    Richard J. Williams - il y a 14 ans

    Merci à tous pour vos commentaires, le chapitre 4 est en route en ce moment-même ; il devrait paraître dans quelques jours si tout va bien.

    Concernant le chapitre 3 et la tonalité choisie pour cette histoire, j'utilise en effet beaucoup de stéréotypies cinématographiques (découpage et intrication des évènements en brosse, personnage principal acteur et spectateur d'une action qui donne place subjectivement au lecteur dans la toile narrative, descriptions très visuelles ou au contraire très évasives qui miment les mouvements de caméra, ...).
    Cela dit je m'attache à développer une approche stylistique qui m'est personnelle et un scénario que j'espère original dans les idées qui y sont développées, aussi j'espère que la suite vous plaira tout autant :)

    Concernant l'aspect érotique de l'histoire en revanche je ne suis pas sûr d'y écrire de scènes de chatouilles avant un moment, mais c'est à réfléchir pour les chapitres qui arriveront après le n°5. J'ai d'ailleurs peut-être quelques idées qui pourront faire plaisir aux fans du genre, malgré leur côté sûrement un peu noir.

    Un mot pour finir à propos du titre que je pense changer prochainement, d'une part parce-que je ne le trouve pas tout à fait représentatif de l'histoire et puis surtout parce-que je l'ai choisi un peu à la va-vite, si vous avez des idées pour trouver un titre qui collerait mieux à l'histoire, le concours des idées vous est ouvert :D

    Amitiés


  • chatouillesdu92 Avatar
    chatouillesdu92 - il y a 14 ans
    Je veux voir un allien se faire chatouiller !!!! ... ...

  • Richard J. Williams Avatar
    Richard J. Williams - il y a 14 ans
    Chiche !

  • chatouillesdu92 Avatar
    chatouillesdu92 - il y a 14 ans
    Moi ? Ecolo ? .... ça vole haut !

  • Crok Avatar
    Crok - il y a 14 ans

    Je suis d'accord avec chdu92, on dirait vraiment un scénario de film. C'est dynamique, cette scène se déroulant dans un long couloir est pour le moins oppressante, et du coup ça fait aussi penser à un jeu vidéo type FPS, c'est cool. Et détail idiot, j'ai fait le rapprochement lorsque tu as parlé de reine et de gardienne, en fait, ce sont des fourmis géantes les earthlings ! ^^ Quoiqu'il en soit, ça se suit très bien. Et cette première bataille était pour le moins intense. à la rigueur, moi je m'ne ficherais qu'il n'y ait pas de chatouilles là dedans, ça enlèverait rien au plaisir de lecture ;)


  • chatouillesdu92 Avatar
    chatouillesdu92 - il y a 14 ans

    à la rigueur, moi je m'ne ficherais qu'il n'y ait pas de chatouilles là dedans, ça enlèverait rien au plaisir de lecture ;)

    Crok




    ... je trouve ce commentaire tout simplement glorifiant !!!


  • Richard J. Williams Avatar
    Richard J. Williams - il y a 14 ans

    Merci pour tous vos commentaires, qui sont un véritable plaisir à lire, et à relire lorsque l'envie d'écrire se fait capricieuse.

    Voilà la première partie du chapitre suivant que j'ai décidé de couper en deux, car bien trop long et riche en évènements pour tenir en une seule publication (la seconde suivra de peu, le temps de régler quelques détails).

    Un mot pour ton message Crok qui est en effet, comme le dit Chdu92, l'un des plus beaux compliments qu'on puisse espérer en écrivant une histoire de ce type.

    En vous souhaitant à tous une bonne lecture, et en espérant qu'il vous plaira encore plus que les précédents :D

    Amitiés,

    RJW


    Chapitre 4. Renforts, nous voilà !

    Concentrée, le Dr Bushnell désinfectait l'entaille sanglante qui balaffrait la jambe de Russel. Je la regardais presser des cotons sur la plaie qui se gorgeaient presque instantanément de rouge, tandis que de l'autre main elle tamponnait doucement la blessure avec un chiffon imbibé d'alcool. Le marines fermait les yeux, serrant les dents de douleur.

    - Alors ces horreurs étaient des earthlings... ? Demandai-je brusquement, encore sidéré par le surréalisme et la violence du massacre qui s'était déroulé devant mes yeux.

    La jeune femme, qui jetait un tas considérable de cotons usagés à côté d'elle, me regarda du coin de l'oeil.

    - Oui. Et vu leur taille il devait s'agir d'ouvrières... Le reste de la ruche doit se terrer plus profondément dans le complexe.

    Neal, qui suivait lui aussi les gestes du docteur, semblait avoir repris un certain contrôle sur lui-même. Il se frotta les tempes, comme pour tenter de freiner les évènements qui se pressaient beaucoup trop vite pour lui.

    - Attendez... Moi ce que je comprends pas, c'est qu'est-ce que ces saloperies d'aliens foutent là ? Ca fait un sacré moment qu'on n'avait pas vu d'activité earthling dans ce secteur pourtant...

    Bushnell lui jeta un rapide coup d'oeil, farfouillant de sa main libre dans une trousse de secours ouverte à la va-vite à côté d'elle.

    - Difficile à dire... les earthlings sont une forme d'hexapodes sociaux. Ils s'organisent autour d'une reine et d'une ruche, et travaillent à la survie de leur colonie en chassant des proies sur leur territoire. Quand la nourriture vient à manquer, ils migrent vers un nouveau territoire pour se l'approprier et s'y installer. Une colonie a peut-être réapparu récemment dans la région, et aura été dérangée par les vibrations sismiques provoquées par l'activité des réseaux souterrains du 101... ce n'est pas la plus plausible, mais c'est une hypothèse parmi d'autres.

    Russel réprima un cri de douleur, mordant dans un chiffon qui lui servait d'exutoire à la douleur qui devait lui brûler atrocement la jambe.

    - Putain de merde Lara, faites attention ! Pour l'amour de Dieu... vous me faites mal !

    La jeune femme ne répondit pas, continuant de tamponner la plaie avec son chiffon. Le marines serrait les mâchoires, réprimant un nouveau râle de douleur. Elle leva alors les yeux vers lui.

    - Je suis désolée, mais votre plaie est vraiment très profonde. Je suis obligée d'éponger tout ce sang pour y voir quelque chose.

    Elle attrappa alors une aiguille et du fil qui se trouvaient dans la trousse à côté d'elle, maintenant les cotons sur la plaie comme des éponges dégoulinantes.

    - Vous avez déjà beaucoup de chance que l'artère fémorale n'aie pas été touchée, vous savez. Vous vous seriez vidé de votre sang en quelques minutes et il n'y a rien que j'aurais pu faire pour vous. Tenez-vous donc un peu tranquille !

    Le marines grommela en regardant le docteur.

    - Oui... mais faites vite, ça fait un foutu mal de chien votre truc.

    Il fallait dire qu'un désinfectant à base de chloréxidine à même une plaie ouverte qui avait lésé les tissus musculaires et la couche de graisse ne devait rien avoir de très agréable. Et à voir la tête qu'il faisait alors que le chiffon tamponnait les tissus avec insistance, j'avais mal pour lui.

    Pendant ce temps Taylor, lui, ruminait des jurons inintelligibles dans sa barbe. Il semblait réfléchir à la suite de l'opération, cherchant vraisemblablement un plan de rechange. Il était clair que la situation devenait délicate. Avec un mort et un homme blessé sur les bras, il ne restait plus que Neal et lui-même de véritablement aptes au combat. Quant à Lara, elle semblait toujours très mal à l'aise avec une arme, et pour ma part je n'avais aucun souvenir d'en avoir déjà manié auparavant. Je ne savais pas comment Taylor comptait s'y prendre, mais la mission me semblait relativement compromise... Et surtout, si on devait retomber sur une bestiole telle que celle qu'on venait de fuir, je ne donnais pas cher de notre peau...

    Neal, lui, faisait les cent pas. Il savait qu'on devait décamper d'ici au plus vite si on ne voulait pas attirer d'autres earthlings avec tout ce sang qui se répandait sur le sol. Mais il était impossible de partir sans s'occuper de la blessure de Russel, qui perdait, il fallait le dire, son hémoglobine dans des quantités inquiétantes. Je regardai Lara préparer une seringue, tandis que Russel tenait lui-même les cotons sur sa blessure. Elle donna une petite tape sur la seringue pour éviter la formation d'une bulle d'air.

    - Bien, maintenant que la plaie est désinfectée je vais pouvoir recoudre tout ça... J'ai dû insister un peu pour éviter la présence de toxines résiduelles sur les bords de la lésion, ce qui est à craindre avec les espèces prédatrices d'earthlings comme celle-ci...

    Elle s'approcha de lui, laissant une goutte de produit gicler par l'aiguille.

    - Vous n'avez pas peur des piqûres au moins ?

    - Vous êtes hilarante, Lara, grommela Russel, qui ne trouvait pas l'ironie de la jeune femme à son goût dans ces circonstances.

    Elle sourit, plantant l'aiguille en amont de la plaie, pressant le piston pour laisser le liquide translucide disparaître sous la peau. Elle attendit quelques minutes, préparant ses ustensiles pour suturer l'entaille. Après quelques minutes elle se retourna vers lui, tapotant la plaie du bout des doigts, avant d'exercer quelques pressions progressives.

    - Ca fait mal ?

    - Non... Je ne sens plus rien.

    - Bien.

    Prenant le fil et l'aiguille, la jeune femme se mit en devoir de recoudre le marines qui s'épongeait le front. Neal, lui, s'impatientait, nerveux.

    - Ca va prendre encore longtemps... ? Si un groupe de ces saloperies revient, on ne pourra pas se défendre, cette fois.

    Lara releva la tête, contrariée.

    - Ne me brusquez pas, Neal. Je ne suis pas médecin, figurez-vous. Du moins... rarement pour les êtres humains.

    Le marines soutint un instant son regard puis se retourna, préoccupé. Je regardai autour de nous. Je ne me sentais pas plus rassuré que lui, il fallait le dire. Je serrai inconsciemment le fusil mitrailleur que m'avait donné Taylor contre ma poitrine. Si ces ordures revenaient... je devais être prêt à leur faire quelques trous de balles maison. Cette fois, j'étais armé.

    Après quelques instants, Bushnell se releva en époussetant les genoux du pantalon de sa tenue de marines.

    - Voilà. C'est fait un peu maladroitement, mais j'ai fait de mon mieux. A présent il faut surtout éviter de vous appuyer sur votre jambe. Vous pensez pouvoir y arriver ?

    Le marines se passa les mains sur le visage.

    - On va essayer...

    Lara fixa un coton avec un pansement sur la plaie, et l'aida à se redresser. Russel se mit alors en devoir de se relever en prenant appui contre le mur pour ne pas forcer sur sa jambe fraîchement pansée. Il lui jeta un regard penaud en retrouvant progressivement son équilibre.

    - Merci, Doc.

    Elle lui répondit d'un hochement de tête, rangeant ses ustensiles dans la trousse, non sans avoir désinfecté son scalpel et ses mains au préalable.

    - Faites bien attention à votre jambe, Russel. Je n'ai pas envie de m'amuser à la recoudre dans une demie-heure.

    L'homme sourit.

    - C'est vous le chef, Doc.

    Taylor, qui était resté assis sans rien dire tout le long de l'opération, se leva en tapant des mains énergiquement sur ses genoux.

    - Bien, puisqu'on est tous prêts à repartir...

    Tout le monde se leva à son tour, visiblement avides d'entendre les directives de leur supérieur.

    - Bien les gars, il semble que la situation ait un peu changé. On nous a demandé de trouver et récupérer d'éventuels survivants dans ces souterrains, mais jusqu'ici on n'a trouvé aucune trace d'humains encore en vie, et les seules formes de vie qu'on a trouvé ici ne laissent pas de grandes probabilités de trouver des survivants dans ce complexe...

    Jetant un oeil aux grenades accrochées à son plastron, il poursuivit.

    - Alors ce qu'on va faire c'est rejoindre Connor et rentrer faire notre rapport à la base. Rien à foutre que des enculés d'aliens grouillent dans les couloirs, on va pas tous crever ici pour le plaisir de quelques bureaucrates allongés sur des chaises longues sur Déimos toute la journée. Que chacun compte ses balles, on lève le camp !

    Alors que chacun vidait les chargeurs obsolètes de leurs armes pour les remplacer, Neal s'avança au-devant de nous les yeux luisants, droit comme un I.

    - Mon Capitaine !! On peut pas partir comme ça ! On doit trouver le nid de ces saloperies et le détruire ! Autrement rien ne les empêchera de remonter à la surface et de s'en prendre à nos femmes et nos enfants... Il est de notre devoir d'aller détruire les oeufs avant qu'il ne soit trop tard... !

    L'officier le regarda en retour dans les yeux, ferme.

    - Négatif, soldat. La mission a changé, je ne veux plus risquer la vie de mes hommes dans ce piège à rat. On en sait déjà suffisamment sur ce qu'ils fabriquaient dans ce labo, et la menace earthling est trop importante. On récupère Connor et on décampe d'ici.

    Neal serra les poings, hors de lui.

    - Pardonnez-moi Mon Capitaine, mais vous voulez dire que Logan est MORT, POUR RIEN ?!

    Stoïque, Taylor le toisa du haut de sa carrure faite tout de muscles et de cicatrices, apparemment peu enclin à tolérer une marque d'insubordination aussi manifeste dans ses rangs.

    - Ca fait partie des risques, et vous le savez aussi bien que moi ! Aucun de nos hommes n'a été formé pour combattre ces saloperies d'aliens ! Il y a des commandos au VIB qui sont formés tout spécialement pour ce genre de missions. Je ne risquerai PAS la vie de mes hommes dans ce merdier !! Prenez votre arme, soldat ! OBEISSEZ !

    Le marines peinait à se contenir.

    - Négatif, Mon Capitaine. J'irai tuer ces ordures seul s'il le faut, mais je jure qu'elles regretteront amèrement d'avoir traîné leur cul griffu jusqu'ici. Continuez sans moi si vous voulez.

    Taylor hurla alors, comme dans une sorte de colère froide et autoritaire, intransigeante. A cet instant, il était véritablement effrayant.

    - Veuillez OBSERVER LA DISCIPLINE, SOLDAT ! Vous êtes sous MON commandement et je suis responsable de chacun d'entre vous. Vous laissez vos sentiments interférer dans la mission ! Bon sang, reprenez-vous nom de Dieu ! On rentre au bercail et vous venez avec nous ! Ai-je été clair ?!

    L'homme soutint un instant le regard de son supérieur, visiblement peu enclin à coopérer.

    - Pardonnez-moi mon Capitaine, mais avec tout le respect que je vous dois... allez vous faire foutre !

    Le marines tourna les talons, s'apprêtant à partir, lorsqu'un cliqueti métallique tinta derrière lui. Taylor le tenait en joue avec son pistolet, pointé droit sur la région du coeur.

    - Je te l'ai demandé comme ton supérieur, ne me force pas à te le demander sous la menace d'une arme. On ne peut plus rien faire ici, Neal. On rentre.

    Le marines s'était arrêté net, serrant les poings. Lara et moi nous regardions avec appréhension. La situation dégénérait complètement, et on ne pouvait décemment pas intervenir sans risquer de les voir se retourner tous les deux contre nous ou pire, de se prendre une balle perdue. Ces deux-là étaient comme des fou-furieux, déployant une tension glaciale entre eux deux comme s'ils allaient se jeter l'un sur l'autre à tout moment. Ils se tenaient à quelques pas l'un de l'autre, mais à leur attitude, le son de leur voix et la tension qui se pressait entre eux, on aurait dit qu'ils étaient déjà prêts à se massacrer. Le loup et le mâle alpha, un classique... mais ô combien déroutant.

    - Neal, à la lumière de ce qui s'est passé ta réaction est compréhensible et je suis prêt à tirer un trait sur ton insubordination, mais bon Dieu reprends-toi et comporte-toi un peu en marines de la Fédération ! On ne peut pas faire n'importe quoi quand ça nous chante et vouloir tirer sur tout ce qui bouge dès que tout ne se passe pas comme prévu... Maintenant prépare-toi, on a encore du chemin à faire...

    Pâle de rage, Neal tournait toujours le dos à son supérieur, serrant les dents.

    - Mon Capitaine, vous savez très bien que Logan aurait fait la même chose pour nous. On ne peut pas se barrer comme ça sans leur faire payer ce qu'ils ont fait...

    Ne baissant pas son arme d'un millimètre, Taylor le regardait toujours, inflexible.

    - JE SAIS ce que vous ressentez, soldat ! Et n'ayez surtout pas la prétention de croire que vous êtes le seul à être affecté de la perte de notre camarade, ici ! Mais est-ce que vous croyez un seul instant que Logan aurait voulu qu'on aille se jeter tête la première dans la gueule du loup en criant à la vengeance ?! Vous avez reçu un entraînement pour ce genre de situations, comportez-vous donc en professionnel, bon sang de merde !!

    Russel s'approcha de Neal, posant une main ferme sur son bras.

    - Neal, arrête. On aura d'autres occasions de se venger de ces ordures... crois-moi.

    Les deux hommes se jaugèrent du regard un instant qui sembla durer une éternité, puis Neal baissa les yeux et se retourna vers nous, laissant retomber en une seconde toute la tension qui s'était accumulée dans l'air.

    - Je... vous avez raison...

    Il sembla hésiter un instant avant de marmonner en serrant les dents :

    - Pardonnez-moi, Capitaine.

    Les deux hommes se jaugèrent un instant. Taylor hocha la tête. Neal reporta alors son regard sur l'officier, visiblement toujours aussi déterminé.

    - Mais si on croise une seule de ces pourritures sur notre chemin... je jure que je lui laisserai pas le temps d'esquisser le moindre mouvement.

    Taylor hocha la tête.

    - On fera la peau à tous ceux qu'on croisera.

    Je jetai un regard à Lara, qu'elle me rendit en souriant. Tout semblait rentrer à peu près dans l'ordre... Quoiqu'il en soit à cet instant, je ne me serais pas hasardé à contredire Taylor. Le conflit semblait s'être tassé, mais les deux hommes restaient sur le qui-vive, et je plaignais sincèrement celui qui aurait l'audace de leur chercher des crosses dans les minutes à venir.

    L'escouade se remit donc en marche. Derrière nous Russel fermait la marche ; il marchait en boîtant, mais il marchait. A la manière d'un vieux lion il refusait toute aide, et d'ailleurs il ne semblait pas avoir perdu sa langue, bien au contraire. Je le regardai se cramponner rageusement à son arme. Il devait maintenant haïr les earthlings plus que tout au monde, et lui et Neal semblaient d'autant plus enragés à se battre après ce qui venait de se passer. Les earthlings qui hantaient ces couloirs obscurs n'avaient qu'à bien se tenir...

    Alors qu'on progressait silencieusement dans les couloirs, une voix grésilla dans l'oreillette de l'officier.

    - J'ai de bonnes nouvelles, Capitaine. J'ai pu rétablir le contact ; les détecteurs de mouvements sont à nouveau opérationnels. Comment ça se passe de votre côté ?

    - Tout va bien, Cooper. La situation est sous contrôle. On bouge vers le générateur, préparez-nous les plans de route.

    La voix grésilla de nouveau, comme si elle passait de loin, à travers un champ d'interférences.

    - Selon le plan vous vous situez près des bureaux de l'aile EST, Mon Capitaine. Le générateur se trouve juste un peu plus loin.

    - Bien reçu. Des infos sur les positions ennemies ?

    - Eh bien... les senseurs détectent quelques biosignatures disséminées dans certains locaux. J'intègre leur localisation à vos moniteurs personnels.

    Taylor se retourna vers nous, décidé.

    - Bon on va la jouer discret, les gars. J'ai pas envie de tuer une autre de ces bestioles et d'alerter toutes leurs petites amies par la même occasion. On va passer par les bureaux pour éviter de se faire repérer. Neal tu viens avec moi, on passe devant. Les autres, restez sur vos gardes.

    Il se tourna alors vers moi, m'apostrophant directement.

    - Tu te sens capable d'assurer nos arrières ?

    J'hochai la tête, silencieux. L'homme me regarda des pieds à la tête. J'étais déterminé. Il hocha la tête à son tour.

    - Bien, alors c'est partit.

    Il s'écarta un peu, avant de défoncer la porte du bureau d'un coup de pied. Neal et lui entrèrent en trombe, balayant les murs et le sol des faisceaux de leurs fusils mitrailleurs. Alors qu'ils avançaient dans la salle, nous entrâmes à leur suite, prudents. Le bureau était dans un désordre notoire ; des dossiers étaient renversés pêles-mêles dans les étagères, et des feuilles avaient été étalées par terre en pagaille. Des traces de griffures lézardaient les meubles, et des écrans d'ordinateurs défoncés parachevaient le tableau. Prudents, les deux marines progressèrent jusqu'à une porte entrouverte derrière le bureau, près de laquelle des traces de sang indiquaient qu'on avait traîné un corps. Il se tourna vers nous pour nous faire signe d'attendre. Ouvrant brusquement la porte d'un coup d'épaule, il entra en coup de vent dans l'arrière-salle. Je le vis alors baisser son arme, et nous faire signe de le rejoindre. Nous entrâmes tous dans la salle ; il s'agissait vraisemblablement d'un labo de recherche, particulièrement bien équipé. Des cuves réfrigérées encore en marche ronronnaient le long des murs. En s'approchant du tableau de contrôle, nous tombâmes nez à nez sur un homme à moitié vautré par terre, le dos contre le bureau, une main sur sa poitrine crispée sur une compresse qui empêchait maladroitement le sang de s'écouler par une énorme griffure qui lui avait arraché un énorme paquet de chair. La tête ballante contre sa poitrine, il semblait inerte. Nous nous déployâmes en demi-cercle autour de lui, regardant ce corps salement arrangé.

    - Pauvre type...

    Neal baissa son arme pour s'approcher et regarder le badge accroché sur sa blouse.

    - C'était un médecin... Docteur Ross Mitchell, il participait à des recherches sur les cellules souches, selon le fichier du personnel...

    L'homme, d'une pâleur cadavérique, semblait avoir perdu beaucoup de sang. Bushnell, qui s'était accroupie sur lui pour regarder sa plaie, se retourna brusquement vers nous.

    - Il n'est pas mort, Capitaine !

    - Quoi ?

    Elle pressa très doucement la carotide du scientifique pour prendre son pouls, avant de confirmer.

    - Cet homme, il est encore en vie !

    Taylor s'agenouilla à côté de lui.

    - Est-ce qu'il est sain ?

    Bushnell souleva les paupières de l'inconnu, braquant une lampe de poche sur ses iris dilatées.

    - Aucun signe de contamination... Il est juste inconscient.

    Alors que la jeune femme examinait les traces de contusions qui bleuissaient son cou, la main de l'homme saisi brusquement celle de Bushnell, qui ne put réprimer un petit cri. L'homme la regardait droit dans les yeux, complètement affolé et paniqué.

    - Qui êtes-vous... ? Qui êtes-vous, qu'est-ce que vous faites ?!!

    Apparemment habituée à ce genre de situations, Bushnell tenta de l'appaiser, calmement.

    - Rassurez-vous, nous ne vous voulons aucun mal.

    Complètement désorienté, l'homme ne semblait pas partager son calme. Il s'agitait au contraire, grimaçant de douleur en se tenant la poitrine d'un air hagard.

    - Vous... vous êtes les secours qu'on attendait ? C'est le Central qui vous envoie ?

    Elle sourit en posant les mains sur ses épaules pour l'inciter à ne pas bouger et à rester calme.

    - En quelque sorte.

    Mais l'homme se cramponnait à elle, livide.

    - Vous n'auriez pas dû venir ! C'est un piège à rat, ici... nom de Dieu ! Vous devez partir... vous devez vous sauver !!

    - Calmez-vous... Ross, c'est bien ça ? On va vous ramener à la surface. Pour l'instant gardez vos forces, c'est une sale blessure que vous avez là.

    Le généticien tirait sur l'uniforme de la jeune femme, terrorisé.

    - Non... ! Le générateur principal... Il faut tout couper ! Vite, vous n'avez pas le temps de vous occuper de moi !! Il faut tout couper avant qu'il ne soit trop tard !!

    La jeune femme, qui conservait un sang froid impressionnant compte tenu de la situation, essayait de raisonner l'homme qui cédait complètement à la panique.

    - Calmez-vous, l'alimentation est coupée dans toute la structure, il n'y a que les éclairages et les machines branchées sur le générateur auxiliaire qui fonctionnent actuellement. Tout va bien.

    - Non vous ne comprenez pas, le courant passe toujours... ces choses s'en servent pour alimenter les régulateurs thermiques et chauffer les salles de contention. Tout le labo... Tout le complexe est une véritable bombe en sommeil !

    L'homme tenta de se redresser, crachant un peu de sang dans un hoquet nerveux.

    - Quoi ? Attendez, n'essayez pas de bouger, on va s'occuper de vous. Neal, apportez-moi le protoxyde d'azote dans le sac... VITE !

    L'homme rejeta la main de Bushnell faiblement, grimaçant de douleur. Il était livide.

    - Non, il est trop tard pour moi ! Courez au générateur et coupez tout !!

    Il arracha une carte magnétique de sa blouse qu'il mit dans la main de la jeune femme, refermant ses doigts dessus.

    - Prenez ça, et servez-vous en pour entrer le code d'accès au système central. Vous aurez quinze minutes avant l'auto-destruction du complexe. C'est le seul moyen... pour empêcher ces saloperies de quitter le labo...

    Le regard de l'homme se brouillait, se faisant plus lointain, comme s'il n'arrivait plus à fixer un objet précis. Sa tête commença à glisser lentement le long du mur. Taylor l'attrapa par les épaules pour le secouer, ne voulant visiblement pas le perdre avant qu'il ne se soit expliqué.

    - Attendez, qu'est-ce que vous faisiez ici, exactement ?! Pourquoi les recherches menées au 101 sont-elles classées secret défense ?? Pourquoi les earthlings vous ont-ils attaqués... ? REPONDEZ !!!

    Le scientifique regarda l'officier un instant dans les yeux, son regard se perdant résolument dans le loingain.

    - On ne savait pas ce qu'on faisait... Dieu... nous pardonne...

    Sa tête s'appuya contre le bureau, et alors que ses muscles se relâchaient progressivement, ses yeux se figèrent dans l'infini. Il était mort.
    Bushnell baissa la tête, silencieuse. Hors de lui, Taylor se passa une main sur le visage, tentant de se calmer à son tour.

    - Qu'est-ce que ça veut dire ? Pourquoi est-ce que les earthlings voudraient chauffer les salles de confinement ? Qu'est-ce qu'ils cherchent ici à la fin, putain de merde ??!

    La jeune femme se redressa, interdite.

    - Si ce qu'il dit est vrai, ça expliquerait qu'on ait croisé une gardienne ici...

    Taylor maugréait rageusement.

    - Expliquez-vous.

    - Eh bien, le développement des oeufs earthlings dépend de la stabilité de nombreux facteurs homéostatiques. Dès l'état embryonnaire, les earthlings sont par exemple capables de rester en stase dans des milieux dont les températures sont inférieures à -253°, comme c'est le cas dans certaines régions polaires de Mars, par exemple. On retrouve ce phénomène chez certaines espèces de batraciens comme le crapaux par exemple, qui peuvent rester en vie des mois sous la glace dans un état de stase figé, où ils attendent d'être réveillés par une hausse des températures extérieures. Ce qui est redoutable chez les earthlings, c'est cette étonnante modification de la période de gestation en fonction de la température de l'environnement extérieur. Dans des conditions chaudes et humides, la durée de gestation peut chuter de l'état normal d'environ 3 semaines à facilement une dizaine de jours, avec un développement des larves extrêmement rapide si les conditions environnementales se maintiennent. D'où l'intérêt pour une colonie d'établir son nid en profondeur si elle se trouve dans ce genre de complexe, et si possible près des machines...

    L'officier s'épongea le front, commençant à envisager la situation sous un angle différent, mais non moins terrifiant.

    - Vous pensez... qu'ils cherchent à transformer cet endroit en une sorte de nid géant ?

    La jeune femme regarda l'officier d'un air grave.

    - Tout porte à le croire...

    Neal secoua la tête, comme s'il trouvait toute cette discussion absolument délirante.

    - Attendez un instant, ça n'a aucun sens ! Si ces choses peuvent réussir à détourner l'énergie électrique des réseaux d'alimentation souterrains, ça voudrait dire qu'elles peuvent comprendre le fonctionnement d'une machine conçue par l'Homme... ?

    Bushnell hocha la tête.

    - Les earthlings ont toujours montré des capacités cognitives et adaptatives très similaires à celles de l'Homme. Mais en effet si ce qu'a dit cet homme est vrai, alors...

    Elle se tourna vers nous, nous regardant chacun tour à tour, gravement.

    - ... Les earthlings pourraient bien être en train d'écrire une nouvelle page de l'histoire de l'évolution.

    Chacun se regarda gravement, préférant garder le silence. Si tout cela était vrai, alors nous étions face à un sacré merdier. Je commençais d'ailleurs à penser que plus je passais de temps avec ces gens, plus les choses s'empiraient autour de moi. J'avais beau être amnésique, je n'étais pas suffisamment fou pour vouloir m'aventurer avec ces malades plus profondément dans ce qui m'apparaissait n'être, de plus en plus, qu'un gigantesque tombeau creusé tout spécialement pour nous. Mais il fallait dire que pour l'instant, la seule idée de les laisser continuer pour me retrouver seul dans ces couloirs infestés d'aliens enragés me faisait valser l'estomac d'un bout à l'autre de mon anatomie. Dans l'intérêt de ma propre survie, il valait mieux que je continue de les accompagner. Du moins, pour le moment.

    Tournant distraitement cet état de fait dans ma tête, je regardai un peu partout autour de moi. Le laboratoire dans lequel nous nous trouvions était un vrai capharnaüm. Eparpillés parmi les piles de papier renversées sur le sol, de nombreux shémas et photographies d'anatomie earthling se trouvaient juste sous mes pieds. Sur les bureaux et les murs, on pouvait voir de nombreuses radiographies de thorax et de boîtes crâniennes visiblement tout sauf humaines. En parcourant un instant tout ce bazar des yeux, je tombai sur une rangée de cuves murales tout en hauteur, construites dans un matériau polymère transparent, au pied desquelles un liquide presque transparent lui aussi s'était répandu, donnant au sol un aspect collant et poisseux. Dans l'une d'elle, on pouvait voir un embryon flotter dans le même liquide transparent, dont les paramètres vitaux s'affichaient sur un écran juste à côté de la cuve. On pouvait y lire, affiché en caractères gras : "suivi du développement embryonnaire", précédant les mentions sur l'écran : "réplique d'ouvrière, phase diplogène". Plus bas, on pouvait lire le détail des injections réalisées dans le liquide symbiotique de la cuve, dans lequel se déroulait le développement contrôlé de l'embryon :
    Exposition aux agents mutagènes moléculaires : Jour 1 : Bromure d'éthidium, diéthylpyrocarbonate, solidifiants. Jour 2, 3 & 4 : repos. Jour 5 : observation et analyses préliminaires. Jour 6 : premiers tests sur l'embryon. Jour 7 : Bilan d'analyse du développement cellulaire et des mutations nerveuses.

    Je ne comprenais rien à tout ce charabia, mais je devais dire que ça me paraissait singulièrement malsain. Est-ce que les types qui travaillaient ici essayaient d'induire artificiellement des mutations dans le génome earthling ? Et puis d'abord, pourquoi tous ces labos de recherche, ces salles d'opération ? Qu'est-ce que je pouvais bien faire là moi-même ? Est-ce que tout ça avait un lien avec mon réveil récent dans une de ces salles pour savant fou ? Cet endroit, les earthlings, ma présence ici, tout ça avait un lien que je n'arrivais pas encore à saisir. Je m'appuyai sur une cuve, réprimant une nouvelle douleur aux tempes, plus légère cette fois.

    Me sentant observé, je me retournai brusquement. Bushnell se tenait juste derrière moi, regardant l'embryon flotter dans le liquide transparent de la cuve.

    - Eh bien, ils n'étaient pas en rade de matériel ici...

    Elle sourit, me regardant doucement.

    - Tu te souviens de quelque chose, n'est-ce pas ?

    Je lui rendis son regard, un peu perdu.

    - Pas vraiment... c'est encore confus pour moi, tout ça. Mais... chaque fois que j'essaye de me souvenir, j'ai de violentes douleurs à la tête.

    Voyant mon trouble, elle posa une main sur mon épaule.

    - Ne te torture pas trop avec tout ça... tes souvenirs reviendront, c'est une question de temps.

    J'hochai la tête sans décrocher mes yeux de la cuve devant moi.

    - Je ne suis plus très sûr d'avoir envie de me souvenir...

    Elle me regarda, interrogative.

    - Pourquoi tu dis ça ?

    Préférant éluder la question, je reportai mon regard sur un second écran, sali d'une poussière terne.

    - Tu comprends quelque chose à tout ça, toi ?

    Elle parcouru l'écran des yeux un instant, sur lequel s'affichait un texte adjoint à des shémas de ce qui semblait être des cellules organiques. Elle me regarda, dubitative.

    - Pourquoi je saurais ?

    - T'es chercheuse en biologie alien. Tous ces bidouillages génétiques ça doit te parler, non ?

    Elle sourit, rajustant la bandoulière de son arme sur son épaule.

    - Je n'ai pas la science infuse, tu sais. Mais soit, je veux bien essayer de t'expliquer si tu réponds à la question que je t'ai posée tout à l'heure.

    Je la regardai un instant, elle et son sourire espiègle.

    - Ca ira alors, c'est un sujet que je n'ai pas envie d'aborder, me contentai-je de répondre, soudainement refroidi.

    Elle me tapa sur l'épaule, autant d'amusement que de contrariété.

    - T'es pire qu'un gosse... Bon, laisse-moi voir ça.

    Elle se rapprocha de l'écran, lisant à voix haute.

    "Résultats d'analyse comparative du phénotype larvaire sauvage (génération F1 à F5) au phénotype larvaire muté.

    Mutations à effet maternel : m/+ x m/♀ ==> 25% de la génération F2 présente une mutation récessive du phénotype sous effet maternel.
    ♀m/m (non mutant) x +/+ ♂ ==> m/+ 100% mutant.

    Conclusion : les classes de phénotype 9, 8 et 7 affectent la mise en place de l'axe dorso ventral, créant un renforcement des tissus musculaires des zones 3 à 4 avec un développement sensible des tissus nerveux sous-cutanés et du système nerveux central."

    Elle se massa une tempe, tentant de réaliser ce qui se disait.

    - Je ne comprends pas tout, mais d'après ces résultats ils faisaient des recherches sur les probabilités d'obtenir des mutations dans l'ADN earthling en utilisant différents agent mutagènes... Apparemment, certains embryons de la seconde génération auraient survécu et développé certaines propriétés différentes de la génération parent. Selon les résultats, l'essentiel de ces mutations concernait la circulation de l'hémolymphe dans leur système circulatoire et le développement de certains tissus cérébraux... Je n'en sais pas plus.

    Je tiquai.

    - L'hémolymphe ?

    - Le sang des earthlings. C'est ce liquide verdâtre qu'ils traînent derrière eux lorsqu'ils sont blessés.

    Je regardai l'écran, interdit.

    - Des mutations des neurones et du sang ? Tu penses que ça a un rapport avec le géant qu'on a combattu tout à l'heure ? Son sang était presque aussi rouge que le nôtre...

    - C'est vrai, j'aurais dû faire le rapprochement plus tôt...

    Elle se tourna vers moi, soudainement inquiète.

    - Tu te rends compte que s'il y a effectivement un lien entre le sang de cette gardienne et les recherches menées ici, ça voudrait dire qu'il s'agit d'un prototype mutant qui se serait échappé d'ici...

    Elle regarda les cuves, dont seules quelques unes étaient encore en état de marche.

    - J'aurais aimé avoir l'occasion de prélever du sang de ce spécimen, car si son sang était rouge... ça signifie qu'on a induit des mutations dans sa chaîne ADN pour le coupler avec celui d'un mammifère...

    J'allai répondre quelque chose lorsque Taylor et les autres firent soudainement irruption dans l'arrière du labo, coupant court à toute discussion.

    - Vous regardez encore ces machines diaboliques, Bushnell ? Dépêchez-vous, on lève le camp. il faut partir d'ici avant que d'autres éclaireuses ne soient attirées ici par l'odeur du sang. C'est une véritable infection là-bas, dit-il en désignant d'un signe de tête la salle principale dans laquelle on avait retrouvé le scientifique mourant. Bushnell hocha la tête. Il était temps de partir.


  • nahognas Avatar
    nahognas - il y a 14 ans

    J'en dirais pas plus, Satori à tout dit ! :D


  • Richard J. Williams Avatar
    Richard J. Williams - il y a 14 ans

    Merci pour ton commentaire Satori, ça me touche beaucoup :) (et merci à toi nahognas !)
    En écrivant cette première partie j'avais un peu peur que les descriptions médicales en ennuient certains et ne soient sautées, car en réalité les explications sur la génétique earthling sont très importantes pour la suite :D

    Autrement la seconde partie est prévue pour dans deux ou trois jours, le temps de laisser à ceux qui n'en ont pas eu l'occasion de lire la première, et moi de corriger quelques bêtises dans la seconde. :D


  • poussino Avatar
    poussino - il y a 14 ans
    Vraiment toutes mes félicitations pour cette merveilleuse histoire oh combien passionnante. Ton style est professionnel, minutieux et frôle réellement la perfection. Il nous plonge en immersion totale dans ton univers si créatif et détaillé. Un vrai bijou littéraire doublé d'un scénario cinématographique de grande envergure. Un pur régal.

  • chatouillesdu92 Avatar
    chatouillesdu92 - il y a 14 ans
    C'est juste génial. Du début à la fin j'ai chercher un hic, sans en trouver. Personnellement je suis vraiment fan (dsl pour le temps que j'ai mis à lire d'ailleurs) ! Encore bravo pour ce chapitre avec des détails, des situations extremements réalistes mais pourtant doublées d'un cliché classe qui fait tout le charme ! Bravo et bonne chance pour la suite !

  • Naara Avatar
    Naara - il y a 13 ans

    Cette histoire est juste magnifique ! Manier aussi bien l'écriture de science fiction est juste merveilleux ! J'accroche vraiment à ce genre d'histoire ! Ca me fait penser à un remake d'Alien ! En tout cas, j'espère vraiment que tu vas faire une suite, même si ce sujet me semble à l'abandon.. J'ai vraiment une question qui me trotte dans la tête, comment vas tu faire pour inclure des chatouille ou autre fétichisme dans cette histoire ? Je pense à mon avis que ça va être difficile d'inclure tout ça, tout en finesse sans casser le fil de l'histoire, mais à mon avis, nul doute que tu t'en sortira très bien ! :D

    En tout cas, j'ai qu'une envie, avoir une suite ! :D
    Pareil pour ton autre histoire avec les deux soeurs ! (je ne me souviens plus du titre désolé. ^^")


  • Chinow Avatar
    Chinow - il y a 12 ans
    Comment, pas de suite ? Mais c'est cruel ! Cette histoire est vraiment formidable, très agréable à lire, et entretient un suspens magnifique ! Si un jour vous continuez, je crois qu'on sera nombreux à lire la suite avec un immense plaisir !