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- Echec et masques
Histoire ajoutée le
01/07/2014
Épisode ajouté le
01/07/2014
Mise-à-jour le
03/07/2021
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cootie - il y a 12 ans
Wow, juste, wow!
Ca c'est un début! J'ai été dedans tout de suite et je meurs d'envie de savoir la suite. C'est très bien écrit, l'univers reste flou tout en se dévoilant au fur et à mesure, ce qui nous permet de découvrir progressivement et c'est un très bon point. La qualité est toujours au rendez-vous, mais ça ne m'étonne pas venant de toi. Bref, bravo, et vivement la suite!
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Chinow - il y a 12 ans
Tiens, on reconnais bien là vos deux styles, et ils se mélangent très bien ! L'histoire est, littéralement, passionnante, et très prenante. J'aime beaucoup le développement des personnages, ainsi que la façon que tu as de décrire l'action, bien plus marquée que dans ton autre fiction.
J'ai hâte d'en savoir plus sur tes personnages, que ce soit celles qu'on a le plus vu jusqu'à présent, mais aussi sur Sasha et Monsieur Poker. De savoir ce que faisait cette doctoresse avec ces pilules-vampires (excellente idée, au passage !), mais aussi dans ce coin précis. Et qui est son compagnon ?
Qui est donc ce Joe, et quelle influence a-t-il ?
Bon, je pourrai continuer des heures avec mes questions et interrogations. Pour un début, tu commences vraiment fort, et j'adore ça ! J'ai vraiment hâte de lire la suite, et je suis ravie que tu continues finalement à écrire l'Archipel Saflots !
Bon, au niveau du style d'écriture lui-même, il est très, très bon. Et il me plaît. En fait, le fond comme la forme me plaisent énormément et se marient très bien. Bien sûr, malgré tous ces compliments, je garde une certaine réserve malgré tout, car il ne s'agit que du début, mais... Je vais suivre cette histoire de très près
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Blast - il y a 12 ans
Bonjour tout le monde, Merci pour vos retours, ça me fait très plaisir. Je poste à présent le second chapitre, de mon partenaire cette fois. Commentez comme d'ordinaire, il les lira et moi aussi bien entendu. Sur ce, bonne lecture ! Décidément, le jeu annonçait une possible victoire en sa faveur. Il avait toujours été bon, par ailleurs. Attrapant le cavalier, il lui fit décrire un L sur l’échiquier, contournant un obstacle embêtant, et la posa sur la case de destination. -Echec au roi, annonça-t-il simplement. En réponse à cela, la personne en face de lui saisit son roi, et le mit hors de portée de l’agression du cavalier. Seulement, il l’avait prévu. En conséquence, il attrapa le sien, noir, affublé d’un motif de flamme blanche, et sourit. Son adversaire fit la grimace, sentant un coup qu’elle n’avait pas prévu, ou du moins envisagé, arriver. Il traça une ligne droite, sans pièce ni obstacle apparente en vue, et alla donner une légère impulsion sur le pion se trouvant dans la trajectoire, entraînant la chute de celui-ci. Puis, sans lâcher son roi, il alla le replacer sur sa case initiale. Puis, il attrapa sa dame, et la plaça en face du roi, cette dernière étant protégée par son propre fou. -Echec et mat, dit-il doucement, arborant cette fois ci un sourire. -Rah, j’ai encore perdu… Décidemment, tu es trop fort à ce jeu. Sans se départir de son sourire, léger et amusé, il fit : -Tu es forte aussi, tu sais… Un certain nombre de nos parties ont été serrées. C’est juste que tu as tendance à t’emporter, un peu trop facilement d’ailleurs, quand les choses ne vont pas comme ta stratégie te le demande. -Désolé, votre altesse sérénissime, de ne pas être capable d’envisager le pire coup possible en une ridicule seconde que mon adversaire pourrait m’infliger, à votre image. -Ce ton… Est tellement hypocrite qu’il ne te va pas du tout. Remarque, tu n’es pas plus que cela à ça près, n’est ce pas… Elsa ? Elle éclata de rire, s’étira, balançant ses bras en arrière, puis les laissant retomber, et se leva de sa chaise. Elle avança dans la demeure somptueuse, qui transpirait un luxe existant, sans pour autant en devenir excessif. Elle alla regarder la fenêtre, regarda la cité civilisée avec un air indéchiffrable. Puis elle soupira très légèrement, et ajouta : -Et toi, Isaac, quoi de beau chez ta famille ? -Moi ? Rien de bien notable..., souffla Isaac. Voyant que le regard d’Elsa se fit davantage sentir sur lui, il se remit à sourire, amusé, puis ajouta : eh bien, père et mère ont ramassé un vilain qui traînait par chez nous. On se questionnait encore, au dîner, dans quel état on allait le renvoyer chez le bourgeois qui voulait nous espionner. Donc, comme je le disais, rien de bien notable. -Mais ça reste intéressant ! protesta Elsa. Pourquoi ce sont les détails qui se trouvent être les plus croustillants que tu cherche à me cacher ? -Tout simplement car dès que tu entends parler, tu te mets à t’exciter pour un rien. Je ne dis pas que tu dois aller contre ta nature, mais il ne faut pas exagérer non plus. -Nan mais tu exagère ! fit-elle avec une moue en haussant la voix bien plus qu’elle ne le réalisa. Je veux dire que… -Elsa, s’il te plait, même là, pas besoin de lire sur tes lèvres pour t’entendre crier… Tu ne pourrais pas baisser d’un ton ? intervint d’une voix sifflante une autre personne, qui se trouvait être assise sur le mur depuis le début. -Noah a raison, Elsa, dit Isaac d’un ton posé. Tu criais vraiment très fort, à l’instant. -Bande de traîtres…, bouda-t-elle, quoi qu’elle reconnut, bien qu’exclusivement en pensée, qu’ils avaient raison. Elle soupira de nouveau, avant d’aller se rasseoir. Elsa, qui venait tout juste d’arriver à ses dix huit ans, observa ses amis. Isaac, celui qui était considéré officiellement et officieusement comme le meneur de leur petit groupe, chose qu’il se voyait obligé d’accepter en public mais réfutait en privé, avait vingt ans, des cheveux bruns tirant sur le noir moyennement long, arrivant juste au dessus de sa nuque, et avait les yeux verts. Il était vraisemblablement considéré comme séduisant par un certain nombre de femmes de leur âge. Noah, lui… -« Les « modifiés »… », songea-t-elle. Allant de paire avec une génétique en constante et maladroite évolution, ce dernier était la parfaite illustration de ce que cette dernière pouvait apporter comme résultat à l’heure actuelle. Monstrueux. Sans vouloir le vexer, quoi qu’il s’en moque complètement. Il ne portait aucun vêtement sur lui, pour la simple et bonne raison que sa peau était intégralement recouverte d’écailles noires. Son visage était difforme, s’apparentant à une gueule triangulaire, un peu comme celle d’un serpent. Ses yeux jaune avaient une pupille fendue, par ailleurs. Une longue queue, tout aussi écaillée que le reste du corps, s’enroulait par plusieurs tours autour de sa taille, pour moins gêner son propriétaire dans ses déplacements. Il en allait de même avec son bras gauche. Il ne se terminait non pas par une main, mais après un prolongement excessif, lui aussi enroulé par plusieurs tours autour de son bras, d’une gueule de serpent. C’était en effet ce que cela semblait être : il avait été croisé avec un serpent. Elle ne se remémorait plus l’espèce exacte, mais elle se souvenait qu’il restait toxique. Et du coup, ceci impliquait cela… Détournant à nouveau son regard, elle le reporta sur Isaac. Lui, était vêtu du traditionnel vêtement blanc des nobles, qui présentait des motifs pouvant varier, selon les familles. C’était un genre de cape-robe, qui tombait jusqu’aux chevilles. Et bien qu’il ne soit pas particulièrement apprécié des jeunes de leur âge en raison de la mobilité réduite, en particulier pour celui des femmes, force était de reconnaître que cela lui allait à ravir. Elle, se trouvait avoir de longs cheveux noirs qui cascadaient jusqu’au milieu de son dos. Chose qui, avec sa peau plutôt pale, mettait son visage en valeur. Elle aussi pouvait se vanter d’avoir pris le cœur de certaines personnes par chez elle, mais comme aucun ne l’avait réellement intéressé, elle les avait laissés tomber. Tout simplement. Elle regarda le soleil qui commençait à lentement décliner sur l’horizon, et consulta l’heure. Il était temps pour elle de rentrer… -Bon, je vais y aller, sinon mon illustre famille va s’accord le malin plaisir de me sermonner… -D’accord, répondit Isaac, dans ses pensées, et pas plus déphasé que cela par sa remarque. N’oublie pas ton masque en partant. -Pff… Ça te tuerait de simplement me dire « bonne nuit » ? -Bonne nuit, fit alors Noah, tirant un sourire à ce dernier et Isaac. -Vous êtes irrécupérables… A la prochaine ! Et elle sortit, attrapant son masque, qu’elle se mit sur son visage. Noah poussa un soupir de contentement, retrouvant enfin une partie du silence qu’il affectionnait tant. Au moins, Isaac comprenait et mesurait à quel point il en avait besoin. Comme il savait et pouvait le faire, il avait en permanence des bouchons d’oreilles assez sophistiqués, ses oreilles se trouvant être particulièrement sensibles aux vibrations, et lisait en conséquence sur les lèvres. Comme un rituel lorsqu’ils se trouvaient être seuls, Isaac dit, en ne formant que les mots avec sa bouche, mais sans filtrer le moindre son : -Il va bientôt être l’heure du dîner Hochement de tête de la part de Noah, signifiant qu’il avait enregistré l’information. -Evite, ce coup-ci, de gober l’animal qui est servi. Démembre-le avant, au moins. Hochement de tête, puis paroles, sans nul son : -Je n’y peux pas grand-chose, il avait faim, fit Noah sans laisser filtrer quel timbre de voix que ce soit, tandis que le serpent de son bras gauche se relevait. Mais je verrais ce que je peux faire. Isaac eut un fin sourire, puis alla se laisser retomber sur son lit. Ainsi, ils savourèrent un certain temps le silence, sans échanger de paroles ni regards, le luxe que représentait le simple de se trouver ici. Puis, finalement, on toqua à la porte, ce à quoi Isaac dit d’entrer. Une servante fit son apparition, et dit : -Jeune maître, le dîner va être servi. Si vous voulez bien prendre la peine de vous rendre dans la salle du souper… -Dites à père et mère que nous arrivons tout de suite, fit-il en se relevant. Le voyant se diriger vers la porte, Noah se releva et le suivit, sans aucune expression sur le visage. Dès qu’ils sortirent de la chambre d’Isaac, la température perdit quelques degrés, et les décorations se firent plus riches. Si Isaac admettait que le luxe était bien pour décorer et avoir du confort, il estimait aussi qu’on avait très vite fait de tomber dans l’excès, comme la plupart des nobles. Fort heureusement pour lui, ses parents, bien qu’ayant malgré tout pris goût à tout cela, depuis leur plus jeune âge, ils restaient modérés. Le fait qu’ils dirigent des sociétés de génétique et soient des chercheurs n’étaient pas non plus étrangers à l’affaire. Noah, lui, n’en avait tout simplement rien à faire, et ne s’embarrassait pas de telles questions, estimant ce luxe inutile. Avisant ses parents, Isaac s’assit sur le côté de la table rectangulaire démesurément grande, face à ces derniers. Noah, lui, évitant soigneusement leurs regards, alla à l’autre bout de cette dernière, comme à son habitude. Et c’est dans une ambiance de silence lourd que s’entama le repas. Du porc laqué au miel. Evidemment, porc élevé et nourri à l’aide de produits entièrement naturels. Et cuisiné par leur chef personnel, qui s’avérait être un des meilleurs qu’Isaac connaisse, même après avoir goûté la cuisine de nombre de chefs engagés par des nobles. Au moins, il n’avait rien à contester dans le goût culinaire de ses parents. -Alors, mon fils, fit la mère d’une voix aigue, comment se portent tes résultats ? -Ceux-ci sont déjà en ligne, mère, répondit doucement Isaac, sans arrêter sa dégustation. Tandis qu’il dégustait l’animal, il y repensa. Il n’était, en soi, dans l’histoire, pas si éloigné, ce moment, où on craignait que la viande ne suffise plus à nourrir toute la population tellement la croissance devenait exponentielle. A cela, les scientifiques avaient réussi à synthétiser juste à temps de la viande, même si le goût était à l’époque franchement horrible. Ainsi, à l’heure actuelle, la viande se décline en trois catégorie de qualité, et le goût et le prix se faisant sentir sur chacun : la viande « scientifique », la moins chère, et qui comparée aux autres, avait un goût de station d’épuration, une « industrielle », dont les prix restait raisonnables pour un bourgeois et le goût se valait, puis enfin, celle « agricole », comme on disait, qui coûtait les yeux de la tête pour qui n’est pas noble, et avait un goût d’une qualité incomparable. -Eh bien, fit la mère d’Isaac, qui, avec son mari, s’était accordé le droit d’interrompre un instant son repas pour regarder les résultats du dernier examen, tu as eu tous les points à ton épreuve. -Félicitations, ajouta le père. Nous pouvons être fiers de toi. -Ce n’est rien, père, mère. Si il faut juste se placer en haut du classement pour réussir, je le ferais. -Cependant, grogna-t-elle, tu fais jeu égal avec ce petit idiot de Mearvin. Un fils de banquier purement insupportable ! Il ne faut pas que tu te fasses doubler par lui, tu entends ? -Il en va de soi, mère, soupira presque Isaac. -Sans vouloir vous manquer de respect, je doute que ce dernier soit en mesure de réussir quoi que ce soit demain. Tout le monde se tourna vers Noah, qui venait de parler, quoi que bas, de sa voix sifflante. Il y eut un instant de flottement, où Isaac enchaîna pour éviter une catastrophe : -Que veux-tu dire par là ? Pour toute réponse, Noah sortit un comprimé, tandis que le serpent de son bras gauche était en train de déguster une part de viande, et il l’envoya à Isaac, qui le rattrapa. -Amphétamine. J’ai pris une capsule qui doit se dissoudre dans un certain nombre d’heures après ingestion, soit, en faisant le calcul, pendant son sommeil. Son cerveau va réfléchir à toute vitesse pendant son sommeil, et si demain matin, il est capable de ne pas se rater sur l’examen écrit, je me mets à la diète. Tout le monde en resta sans voix. Puis Isaac reprit la parole : -Mais quand … ? -Pendant le cours de sport. Je suis passé par les égouts, et j’ai mis le comprimé dans sa gourde, qu’il a bu d’une traite. Maître, maîtresse, veuillez me pardonner si mon initiative était trop osée. -Eh bien…, fit la mère d’Isaac, prise de court. Si le résultat est là, je suppose qu’il n’y aura pas lieu de dire quoi que ce soit. -Mais pourquoi avoir fait ça ? demanda Isaac. -Une bête comme moi ne comprend pas ces us et coutumes, mais je veux son bien, donc ici, sa réussite. Alors qu’il s’agisse d’empoisonner discrètement une personne pour qu’elle n’arrive pas à réfléchir, ou bien d’étaler devant lui un nombre indécent de cadavres, je m’en moque. Je le ferais. -Ça reste un bon travail, fit le père d’Isaac en hochant doucement la tête. Personne ne t’as vu, au moins ? -Un bourgeois, répondit Noah. Qui est allé très vite nourrir les poissons. Avec assez d’ironie, il finira dans une des déchetteries qui servent de maisons aux serfs et aux vilains. Ne vous en faites pas, il a une blessure mortelle en soi, et mon venin dans le sang. D’ici quelques heures, si ce n’est déjà le cas, il sera mort. Et si par miracle, cela n’arrive pas, ce seront les bactéries des égouts qui s’en chargeront.
Tout le monde hocha la tête, enregistrant ce qu’il disait. Noah retourna alors à son repas, et resta silencieux jusqu’à la fin du souper. Même quand la mère d’Isaac, pourtant peu prompte aux compliments, fit : -C’est bien. Continue de nous prouver que nous avons raison de t’avoir fait tel que tu es. Personne ne prenait son silence mal. On savait qu’il voyait tout, même si il ne regardait pas directement la personne avec qui il conversait. Ses bouchons spéciaux avaient plusieurs niveaux d’obstruction du son, et si besoin, il pouvait même se balader dans un concert sans pour autant devenir dingue à cause de ce dernier. Une fois le dîner terminé, ils remontèrent dans la chambre d’Isaac, ou Noah manifesta sa satisfaction de retrouver un lieu plus chauffé que la salle à manger en poussant un son pour le moins… étrange. Et ainsi, une fois qu’ils furent réinstallés, Isaac sur son lit, et Noah sur le tapis qu’il trouvait décidemment et définitivement des plus confortables, l’échange silencieux reprit : -Pourquoi tu as fait ça ? Sans m’en parler, j’entends. -Car tu aurais refusé que je le fasse. Isaac soupira, n’ayant rien à y redire. De même, il aurait été tenté de lui demander ce qui l’avait poussé à balancer dans l’eau impie des égouts ce bourgeois vivant, mais il savait pertinemment ce qu’il lui aurait répondu : pour se divertir. Il soupira. Il ne pouvait pas lui en vouloir, après tout… Qui était-il pour juger de telles choses ? Il avait déjà conscience que le monde « civilisé » d’aujourd’hui n’était qu’une façade, et que certains et certaines luttaient en permanence pour ne gagner ne serait ce qu’une seconde de vie supplémentaire. Ça paraissait dur à croire au premier abord, surtout pour un certain nombre d’enfants et adolescents, voire certains jeunes adultes nobles que leurs parents avaient jugé préférable de préserver de la réalité, les enfermant dans une cage dorée. Il était conscient. D’un certain nombre de choses, même sans en avoir réellement fait l’expérience. Du haut de ses vingt ans, et de sa deuxième année de médecine, pour reprendre l’affaire familiale, qui possédait plusieurs firmes de recherche en la matière, et également, bien que de manière moins influente, la même chose pour les soins médicaux. Ses parents ne lui auraient pas pardonné si il était venu à avoir goût pour autre chose, et pour cause : ils voulaient un héritier. Heureusement, pour eux et pour lui, la génétique était un sujet qui le passionnait. De même que ce jeu de stratégie nommé échecs, qui avait légèrement évolué ces dernières années. Il aimait beaucoup faire des parties avec Elsa, même si, de l’aveu de cette dernière, il gagnait tout le temps, ou presque. Il repensa aussi à elle, cette fille qu’il avait croisé lors d’une de ces ennuyeuses soirées mondaines, et avec qui il s’était éclipsé, pour faire une partie qui, à la base un prétexte commun pour fuir l’ennui de ces réunions, s’est métamorphosée en une partie mémorable et endiablée, et qui s’était, au grand dam de cette dernière, soldée par la victoire d’Isaac. Depuis, ils avaient sympathisé, s’étaient revus, et il avait fini par lui présenter Noah. Qui était un peu LA personne qu’on ne pouvait voir sans risquer d’y laisser quelque chose si on avait le malheur de ne pas y être invité. A partir de là, la Elsa qu’il connaissait comme calme, intelligente et modérée, quoi que mauvaise perdante, s’était retrouvée être en privé une véritable gamine, avec les réactions qui convenait à une personne de cet âge. Heureusement que sa famille ne semblait pas avoir conscience de cela… -Noah ? -Oui ? murmura-t-il de manière inaudible, bien que la lumière fut à présent éteinte. -Tu feras à l’occasion une partie avec moi ? -La partie, je la fais tous les jours, Isaac. Sous tes ordres. Et je m’en tire mieux en tant que pièce sous tes ordres que joueur. Mais si ça peut te faire plaisir… -Il faudra que je t’apprenne à comprendre les gens, un jour… Peut-être que tu aurais moins de mal… -Je m’en moque, j’ai toujours été comme ça. Quand aux autres, s’ils ne sont pas tes amis, je m’en fiche éperdument. Ni plus ni moins. Dans la mesure où ils ne te cherchent pas des noises. Auquel cas ils auront très vite du souci à se faire. Et pas que pour une éventuelle réputation aussi sotte qu’insensée. -Et que veux-tu que je trouve à redire à ça ? Pas besoin d’aller aussi loin… Noah forma avec sa bouche les mots « rien » et « si », mais ne fit aucun commentaire de plus, replongeant la pièce dans le noir et le silence. Même s’il se doutait qu’il risquait ses cauchemars ou insomnie, il avait l’air paisible, lové contre lui-même, avec son apparence monstrueuse. Isaac, en se levant pour aller voir par la fenêtre la nuit, regarda l’horizon. Il y avait encore manifestement beaucoup à comprendre de ce monde en perdition. Un rictus amusé naquit sur ses lèvres. Ne disait-on pas, dans certains lieux « Qui vivra verra » ?
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cootie - il y a 12 ans
Encore un bon chapitre, avec un nouveau point de vue, très intéressant. L'univers se dévoile petit à petit, c'est bien. Seul bémol, il manque des mots, certaines phrases ont des fautes, c'est dommage. Mis à part ça rien à redire, si ce n'est: la suite!
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Chinow - il y a 12 ans
Oh oh ! Alors là, je suis vraiment fan !
Chacun écrit la même histoire, mais en utilisant les deux face d'un même monde ! Là où Blast écrit sur le côté pauvre et bidonville de cet univers assez futuriste, l'anonyme lui explore la monde tout aussi impitoyable de la noblesse.
On dirait un jeu dans lequel les deux parties se répondent. Diantre, c'est foutrement passionnant, cette histoire ! Bon, ce sont, à mes yeux, deux introductions, mais elles annoncent du lourd. Et je veux voir ça !
Bravo à tous les deux, et j'attends patiemment la suite
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Blast - il y a 12 ans
Merci pour ton commentaire ! Et tu as bien saisi l'idée une fois de plus, on ne peut rien te cacher. C'est effectivement une sorte de jeu, de partie. Mon partenaire affectionne surtout le terme "partie d'échec", et c'est rudement vrai. C'est une partie d'échec en public, où les spectateurs ont le droit de s'exprimer. Merci encore, et pour le rythme de publication, nous avions pensé à un chapitre par semaine. Le prochain sera donc publié dimanche, si tout va bien.
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Blast - il y a 12 ans
Bonjour à toutes et à tous, Je poste donc le chapitre trois, de moi cette fois. Bonne lecture Chapitre 3 Le soleil commençait à décliner dans le ciel quand Céleste et Coraline rentrèrent, la première toute sourire, la seconde chargée comme une mule sans que cela ne semble l'incommoder. Les deux jeunes femmes étaient en nage et sentaient fort la sueur. – Pas de souci avec la belle au bois dormant ? s'enquit Céleste en ôtant sa cagoule avec satisfaction. – Tu crois bien, répondit Jackson en se préparant à lancer les dés. Avec tout le chloroforme que tu lui as mis dans le nez, elle ouvrira pas les yeux avant demain midi. C'était même pas la peine de l'attacher. Et pour vous ? La meneuse s'approcha de la table de jeu improvisée qui avait été installée devant la porte de la première chambre et, écartant tout ce qui y traînait d'une main, y déversa le contenu de son portefeuille. – Sainte merde ! s'exclama Jackson en laissant s'échapper le cure-dent qu'il mâchonnait. – Deux noblets de deux-cent, un bourgeais de vingt et un serfin de cinq, plus quelques unis, pour un total de deux-cent-trente-trois unis. Alors, c'est qui la meilleure ? – C'est toi ! claironna joyeusement Sacha en gratifiant sa chef d'un pouce levé. Jackson considérait Céleste avec un mélange d'admiration et de fierté. Cette dernière, cependant, que la fatigue harassait littéralement, ne chercha pas à se vanter et partit s'enfermer dans sa chambre le temps de se dévêtir. – Y'a quoi dans ce sac ? demanda Jackson en rejoignant Coraline à l'entrée. Celle-ci ne parut pas comprendre avant que son ami ne désigne son fardeau du doigt, après quoi elle le laissa glisser de son épaule. Jackson et Sacha l'ouvrirent alors, et tombèrent sur un tas de pièces habilement démontées, qui devaient constituer le système d'alimentation primaire d'un véhicule type hybride solaire. – Me dit pas que vous avez été décortiquer la caisse de la toubib ? demanda Sacha, sincèrement étonnée. – Pas nous, elle, la corrigea Coraline en ôtant son gilet de combat. Z'auriez dû la voir, on aurait dit qu'elle avait fait ça toute sa vie. J'savais pas qu'elle s'y connaissais là-dedans. – Je suis une touche-à-tout, déclara Céleste en traversant le couloir, presque entièrement déshabillée, en direction de la salle d'eau. Je vais prendre une douche gelée, pensez à mettre l'argent en lieu sûr et à surveiller notre invitée. Après avoir barré la porte, la jeune femme termina d'ôter ses vêtements puis se glissa sous un jet d'eau glacial, ce qui lui fit un bien fou malgré le choc thermique. Même s'ils vivaient dans la précarité, au moins bénéficiaient-ils de l'eau courante, bien que non chauffée. Un jour, lui avait-on raconté, les nobles avaient ordonné aux bourgeois qu'ils réfléchissent à un moyen de priver les vilains de ce dernier luxe. Des forces armées avaient été envoyées en masse dans les bas-quartiers, et toute cette histoire s'était terminée dans un effroyable bain de sang. Les vilains, malgré leur manque de moyen, pouvaient compter sur leur cohésion, qui les unissait à chaque fois qu'une catastrophe les menaçait, et s'évanouissait aussitôt après. Mais, en dépit de l'horreur de cet évènement qui prouvait à elle seule la cruauté des nobles et la lâcheté des bourgeois, Céleste se surprit à sourire à son évocation. Peut-être parce que eux, petits vilains, tenaient aujourd'hui entre leurs griffes une représentante de la bourgeoisie ? C'était certain. Elle était un minuscule interstice dans la palissade qui séparait les purs des impurs, un infime défaut dans la cuirasse des hautes couches sociales qu'il était maintenant possible d'atteindre. Après s'être frottée au savon noir pour chasser toute odeur de transpiration, et une fois un court rinçage effectué, Céleste enfila une légère robe d'été de sa couleur fétiche, le rouge, et céda sa place à Coraline. La chef attrapa le sac qu'elles avaient ramené, le traîna jusqu'au vieux canapé et s'y assit pour en étudier mieux le contenu. Jackson la rejoignit, mais se contenta de l'observer, un petit sourire sur les lèvres. – Tu viens me complimenter sur mes connaissances en néomécanique ou sur ma robe ? finit-elle par lui demander en le dévisageant du coin de l'oeil, le regard espiègle. – Les deux, mais surtout sur tes talents de mécanicienne que tu nous avais cachés. Parce que pour la robe et ce qu'il y a en dessous, tu connais mon avis depuis longtemps. Céleste rit de bon coeur, elle en avait besoin. Et son équipier était l'homme de la situation. Reposant une résistance étrange qu'elle voulait examiner, elle ramena ses genoux sous son menton, et, après s'être tournée vers son camarade, lui dit : – Tu sais, ça ne fait jamais que cinq ans qu'on a formé ce groupe. Tu pensais pouvoir me connaître de fond en comble en si peu de temps ? – Ma foi, pour ce qui est des combles, plaisanta Jackson en tapotant le front de son amie de l'index, je viens de découvrir une nouvelle zone. Et c'est une fichtrement bonne idée de ne pas avoir vendu les pièces. Céleste voulut savoir ce qu'il en était du fond, après tout, cela faisait un petit moment qu'elle et le jeune homme n'avaient pas eu de petit moment d'intimité, mais elle fut coupée dans son élan. Trois coups marqués furent frappés à la porte d'entrée, ce qui fit taire toutes les voix et immobilisa tous les corps. L'eau de la douche cessa même de couler. Jackson et Céleste s'interrogèrent mutuellement du regard, avant que trois nouveaux coups ne retentissent, identiques. Ayant reconnu le signal, Céleste bondit de sa place et, de trois enjambées aussi souples qu'inaudibles, alla se poster devant la porte, prête à l'ouvrir. En un éclair M. Poker avait fait de même et, s'étant saisi du fusil, patientait à présent derrière sa meneuse, sur ses gardes. Céleste ouvrit donc la porte, s'appliquant à rester derrière elle et à n'en laisser dépasser que l'épaule et la tête. – L'arracheuse, c'est la merde ! glapit le petit homme qui se tenait sur le palier, sautillant d'un pied sur l'autre comme s'il était pressée d'aller uriner. – Expliques-toi, le pressa-t-elle, scrutant le couloir et la cage d'escaliers en même temps. – Cette nuit, va y avoir une attaque de police grand format ! On sait pas pourquoi, mais faites gaffe à vos miches ! Bon j'vous laisse faut que j'aille prévenir tout le monde ! Puis, aussitôt dit, aussitôt fait, l'énergumène disparut à l'étage supérieur à la vitesse de la lumière. Céleste avait déjà refermé la porte et finissait de la barricader, quand Sacha, qui était restée près de la première chambre, pointa le bout de son nez. – C'est super, gémit-elle d'un ton accablé. Après une si bonne journée, et crevante avec ça, on va se farcir une nuit blanche. Jackson approuva d'un hochement de tête, avant de demander à Coraline si elle avait bien entendu. Céleste, visiblement mécontente plus qu'inquiète, entreprit de ranger le salon, vite aidée par ses équipiers. Elle qui jubilait deux minutes auparavant, ne ressentait plus aucune joie. Un danger mortel arrivait, et qui plus est arrivait au mauvais moment. Cette nuit, pas de galipettes avec Jackson ou Sacha, pas de parties de cartes, de massages ou de moment lecture. Cette nuit, pas de petite nuisette sexy, mais un treillis, un gilet pare-balles et un fusil d'assaut. Cette nuit, il faudrait non pas vivre, mais survivre. Les ordres fusaient dans l'immeuble, entrecoupés parfois de coups de feu ou de cris. Depuis vingt-et-une heures déjà, l'attaque avait débuté, apportant avec elle son lot de peur, de sang et d'adrénaline. Tout le petit groupe patientait, installé au fond du couloir qui avait été, comme de nombreuses fois auparavant, transformé en planque. Sacha et Jackson, les meilleurs tireurs, étaient agenouillés derrière une table, le canon de leur arme tous deux pointés sur la porte d'entrée, à une dizaine de mètres environ. A leurs côtés, se trouvaient leurs camarades, chacun posté dans l'embrasure d'une des deux chambres qui se faisaient face, perpendiculairement au couloir. Ainsi, en cas d'intrusion, Tous pouvaient faire feu, et, dans le cas où l'assaut était de taille, il était aisé aux occupants de se replier par paire dans les chambres, faisant office de places fortes si on pouvait ainsi les qualifier. Personne ne parlait, tous les esprits étaient tournés vers l'intérieur de l'immeuble, où, à en juger par le son, les policiers peinait à se frayer un chemin. Ils n'arrivaient pas souvent au troisième étage, car ou bloqués plus tôt, ou plus simplement tués. Les vilains étaient chassés comme des animaux, et les animaux, lorsqu'ils sont acculés, deviennent subitement plus fort et plus rusés. L'attaque finirait comme toutes les autres, la police, constatant qu'il était inutile de se jeter dans les flammes, abandonnerait après avoir neutralisé trois ou quatre habitants de l'immeuble, puis s'en irait en investir un autre, ou alors retournerait en ville où ils pleureraient leurs morts en accusant les impurs de leur barbarie. Le temps passa, au fil duquel les invectives et les détonations se raréfièrent, jusqu'à disparaître tout à fait. Quelques dizaines de minutes, et la même bande sonore s'enclencha dans un immeuble voisin, à quatre ou cinq centaines de mètres d'ici. Le silence retomba alors dans l'appartement, seulement troublé par les lamentations des vilains blessés, et les sanglots ou malédictions de ceux et celles à qui les purs avaient volé un camarade. – C'est fini, prononça doucement Céleste en quittant sa position, d'un ton rassurant, comme si elle cherchait à apaiser le malheur qui venait d'inonder les lieux. Allez, venez. On va voir ce qu'on peut faire. Le petit groupe s'équipa avec le peu de matériel médical dont il disposait, la meneuse se morigénant de ne pas avoir pris le temps d'en voler au cabinet, la matinée même. Puis tous les quatre descendirent, ne faisant plus qu'un avec leurs semblables, pour un temps tout du moins. A l'instar des vieillards et des bons qui viennent secourir les leurs sur le champ de bataille après l'affrontement, ils allaient faire de leur mieux pour panser les blessures que leurs ennemis n'avaient de cesse de leur infliger. Jamais ils ne se sentaient aussi fier d'être restés des êtres humains. A moitié allongée sur le lit où gisait la doctoresse, Céleste attendait sagement le réveil de cette dernière. Une heure plus tôt, soit à neuf heures, Sacha était venue l'informer que leur captive commençait à s'agiter dans son sommeil, signe qu'elle en émergerait sous peu. Et elle avait eu raison. A présent, la jeune femme, toujours garrottée, bougeait beaucoup, et sa respiration prenait une cadence plus rapide. Céleste, pour tuer le temps, repensait à la veille, à l'attaque. Etant réputée dans l'immeuble, et même aux alentours, pour être la seule à savoir un tant soit peu soigner, on l'avait grandement sollicitée. Elle avait pu recoudre bon nombre de plaies ouvertes, et confectionner quelques éclisses de fortune, malheureusement, un groupe entier composé de trois hommes et deux femmes lui avait, comme on dit, claqué entre les pattes, tous mortellement fauchés. Au moins, la meneuse avait fait tout son possible. Elle pourrait obliger la bourgeoise à s'occuper des estropiés, elle s'en sortirait mieux, toutefois Céleste ne tromperait personne. On découvrirait rapidement, pour une raison ou pour une autre, sa position sociale, et elle serait pendue haut et court en un clin d'oeil, comme on le faisait pour les nobles. Tout à coup la prisonnière à ses côtés se mit à gigoter en tous sens, criant à travers son bâillon et tentant de briser ses liens. Lorsque ses yeux aux pupilles agrandies par la terreur se posèrent sur Céleste, elle se calma d'un coup d'un seul. – Bien dormi, doc ? demanda cette dernière en venant ôter le bâillon de la jeune femme. Celle-ci ne répondit pas, se contentant de fixer sa ravisseuse avec épouvante. – Tu ne rêves pas, tu as bien été enlevée. Et tu as même la chance d'être séquestrée chez nous, les vilains, c'est pas super ça ? – Qu'est-ce que vous voulez ? paniqua la médecin en s'écartant jusqu'à manquer tomber du lit. Céleste l'ignora, et, toujours avec sérénité et entrain, continua : – Mais ne te fais pas d'illusion, nous non plus on ne voulait pas de toi ici. Mais c'est ça ou rien, alors va falloir apprendre à se supporter pour au moins trois semaines. Elle vit la prisonnière qui frémit à cette nouvelle, mais ne lui laissa pas le temps d'extérioriser son effroi : – Tu es donc ici dans notre demeure, aussi je vais être limpide et t'expliquer les règles une bonne fois pour toutes. On est pas des monstres assoiffés de sang et torturant à tout va, comme tu le penses en général et encore plus maintenant. Mais on est pas des anges non plus, parce qu'ici c'est l'enfer et pas le paradis. Donc, sache que moi, et tous mes potes, on est armés, et qu'on hésitera pas à te loger une balle dans le genou si tu joues les héroïnes. Et si ça te suffit pas, on a une gentille fillette ici qui est capable de te faire découvrir de nouvelles articulations en un temps record, pigé ? Céleste laissa le temps à la doctoresse d'encaisser et d'assimiler le tout, après quoi, la voyant au bord de la crise de larmes et voulant lui prouver qu'elle était aussi humaine qu'elle, elle lui dit, d'une voix suave et sincèrement amicale : – Sinon, à part ça, bienvenue chez nous. Moi c'est Céleste, et, avec mes camarades, on a aucune raison de te faire du mal si tu te comportes bien. Et toi, c'est quoi ton p'tit nom ? – Tania... murmura la jeune femme dont l'esprit apeuré cherchait à s'accrocher à la gentillesse offerte de sa geôlière. – Ok Tania, contente de te connaître. Viens là que je te détache, ensuite je vais te présenter à tout le monde et te faire visiter notre palace cinq étoiles. A leur entrée dans le salon, Jackson, Sacha et Coraline se levèrent tous à l'unisson, et, alors que leur chef leur présentait Tania, ils tentèrent de paraître le plus sympathique possible, à l'exception de Coraline dont la froideur naturel ne la quittait pour ainsi dire jamais. La doctoresse, bien que toujours en proie à la peur, semblait un peu moins terrorisé qu'à son réveil. A l'inverse, elle observait tout avec incrédulité, considérant les membres du groupe avec circonspection. Et Céleste savait pertinemment pourquoi. Toute sa vie de bourgeoise on avait dû lui marteler que les vilains n'étaient que des créatures atroces et dépourvues de qualités humaines. Et, à force de diaboliser ainsi les "impurs", elle s'en était fait une image plus que négative, les imaginant peut-être avec la peau rouge, des cornes et se nourrissant de chair humaine. Et maintenant qu'elle commençait à découvrir la vérité, ses croyances se voyaient réduites en poussière, et son jugement, écrasé par l'évidence, se voyait obligé d'admettre l'inadmissible : Les vilains étaient bel et bien humain. Toutefois, Céleste gardait espoir. Les bourgeois n'étaient pas les pire, car, eux aussi connaissaient l'asservissement. Certes ils étaient cent fois, mille fois moins à plaindre que les vilains, mais le fait était là. Il y avait une chance pour que cette femme daigne accepter qu'elle avait été dupée. Mais en trois semaines ? Les dés en étaient jetés. Sacha n'en revenait pas : Sous le puissant faisceau de sa lampe dynamo, qu'elle tenait à bout de bras, gisait un cadavre. Ce n'était certainement pas le premier qu'elle voyait, ni le dernier à vrai dire, mais ce corps-ci était dans un très sale état. Quand elle avait rejoint le passeur, une heure plus tôt, pour l'aider à désencombrer les égouts, elle ne s'attendait pas à tomber sur un mort au milieu des déchets plus ordinaires. Le vieil homme non plus, mais lui avait de l'estomac, et il n'avait pas hésité à s'approcher pour étudier le macchabée de plus près. – Approche donc ! s'exclama le vieillard de sa voix si éraillée, projetant dans les galeries obscures des spectres bruyants. – Noël, merde, c'est dégueu ! se plaignit Sacha en obéissant pourtant. Les relents pestilentiels de la chair en décomposition la frappèrent, mais il y avait autre chose, quelque chose qui la dérangeait. Ces miasmes étaient légèrement trop acide, et, le corps lui-même se trouvait dans un état singulier. – Ah r'garde moi ça ! Sacha obtempéra et, tordant le cou pour avoir la même vue que le passeur, elle découvrit, au niveau de la gorge, une morsure aux dimensions effroyables. De la plaie surtout constituée de quatre perforations dignes des crochets d'un serpent, suintait une sanie noirâtre qui, teintée aux nombreuses bactéries qui séjournaient dans l'eau, en devenait encore plus horrible. – Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda Sacha à voix basse, l'estomac par trois fois replié sur lui-même. – Tu vois bien tiens ! C't'un serpent qui l'a mordu ! – Un énorme alors... Je savais pas qu'il existait des espèces pareilles par chez nous... Le passeur émit un reniflement puis, ayant enfilé ses épais gants de latex, entreprit de fouiller la dépouille sans une once de respect. – T'sais Pistole, expliqua-t-il à sa camarade tout en vidant consciencieusement une poche, c'te morceau de viande, nous vient tout droit du centre-ville, donc d'chez les nobles. Et on sait pas c'qu'ils fabriquent ces dingues, non, on sait pas. Mais tu vois un peu ce que ça donne. Les derniers mots de l'homme n'étaient pas arrivés jusqu'à Sacha dont la curiosité venait de prendre le pas sur le dégoût. Un objet luisant et noir, visiblement accroché à la veste du malheureux avait attiré son attention. Du bout des doigts elle le saisit, puis le tint dans la lumière pour mieux l'observer. Il s'agissait d'une écaille aussi noire que l'onyx, de la taille d'un demi-quartier de pomme. – T'vois bien, lança le passeur en se relevant, ayant fini sa collecte. Bon, partageons le butin mon gars. – Ne m'appelle pas comme ça ! Je te rappelle que je suis une femme ! s'emporta Sacha dont le timbre de voix si particulier venait de grimper dans les octaves. Le passeur haussa les épaules, occupé qu'il était à diviser équitablement les biens qu'il avait récupérés. Puis, tendant sa part à son amie, il s'excusa, un ton plus bas : – Scuse moi. C'est l'habitude qui revient quand j'y pense plus, c'est tout. – Merde, c'était un bourgeois à ce que je vois, constata Sacha, ayant déjà oublié la maladresse. Après avoir essuyé une quinte de toux grasse, le vieil homme s'éloigna un instant, pour revenir avec une bâche usée et des cordes aussi fraîches que lui. Sacha comprit qu'il était temps de libérer le passage et de retirer ce cadavre des égouts. C'était la partie désagréable du boulot, même si cela n'arrivait pas tous les jours, bienheureusement. Toutefois, durant toute cette sale besogne, jusqu'au moment où elle rentra à l'appartement, le souvenir de la morsure ne quitta pas son esprit. Il lui suffisait de tripoter l'écaille au fond de sa poche, pour que des images peu rassurantes s'insinuent dans ses pensées. Il n'était pas exagéré de dire qu'elle avait la frousse. Elle en parlerait aux autres, au moins pour ne pas avoir à conserver seule cette macabre découverte. En passant la porte de l'appartement, la première chose que Sacha vit fut leur captive qui, assise sur le canapé auprès de Jackson, souriait de toutes ses dents. Elle n'eut pas de peine à comprendre que Tania, aussi effrayée fusse-t-elle, n'avait pu résister au charme de Monsieur Poker. Les deux semblaient lancés dans une conversation drôle et endiablée, et, sans être au courant des circonstances qui l'avaient amenée ici, on aurait facilement pu croire que la jeune femme faisait partie du groupe. Quand la doctoresse aperçut Sacha, elle eut le sympathique réflexe de lui adresser un salut de la main, avant de visiblement réaliser qu'elle faisait peut-être une bêtise. Mais avant que son sourire ne s'efface, Sacha lui rendit son signe de main, et la belle brune parut plus en confiance encore. Avec douceur, le dos d'une main vint caresser le cou de Sacha, qui tourna la tête pour découvrir Céleste, avachie dans un siège, un livre ouvert sur le ventre et toujours vêtue de son éternelle robe rouge. – Tu empestes, fit-elle remarquer en posant l'index sur son petit nez. Je me demande ce qui t'attire au fond des égouts, vraiment. – Ce genre de choses, répondit Sacha en lui tendant l'écaille encore poisseuse. Considère que le corps sur lequel j'ai retrouvé ça avait une morsure de serpent taille XL sur le cou. Et elle tourna les talons, pressée d'aller se laver et se rafraîchir, devinant son amie perplexe derrière elle. A ce qu'elle savait, personne ne s'y connaissait en zoologie, et encore moins en ophiologie. Mais ce n'était pas à elle de se tracasser pour ce genre de choses. Ce n'était qu'une bizarrerie parmi tant d'autres. Néanmoins, Sacha avait l'étrange sensation que cette découverte qu'elle avait faite n'était pas totalement anodine. C'était au tour de Jackson de prendre le premier tour de garde cette nuit. Sans le faire sauter au plafond, il aimait bien ce créneau. De dix heures à minuit, c'était, disons, le moins pire. Il était encore assez éveillé pour rester vigilant, et surtout, lorsqu'on venait prendre la relève, il pouvait aller profiter d'une nuit de sommeil sans interruption. Néanmoins sa bonne humeur habituelle n'était pas totale. Certes il avait bien accroché avec leur prisonnière, l'avait grandement rassurée et était plutôt fier de lui à propos de cela, néanmoins il n'avait pas eu droit à sa partie de Poker quotidienne. Et ça, c'était inadmissible. Intolérable, insupportable, scandaleux même. Déjà qu'il avait dû s'asseoir dessus lors de l'attaque. Jackson souffla entre ses dents, sentant les ténèbres qui l'entouraient déteindre sur ses pensées. Soudain il perçut un frottement imperceptible dans son dos, et il se redressa sur sa chaise. Cela ne faisait pourtant qu'une demi-heure à tout casser qu'il avait débuté sa veille. A moins que... Ses lèvres s'étirèrent en un sourire sincère lorsqu'une main vint se poser sur sa nuque. Une seconde plus tard, Céleste s'asseyait comme elle le pouvait sur ses genoux, de côté pour pouvoir entourer un bras autour des épaules du jeune homme. Ni l'un ni l'autre n'était véritablement à son aise, mais c'était sans importance. – Notre bourgeoise a l'air de beaucoup t'aimer maintenant, susurra la meneuse d'une voix presque inaudible. – Jalouse ? railla Jackson en posant la main sur celle de son amie. Celle-ci demeura silencieuse un instant, laissant au jeune homme le temps de humer le parfum délicat qui se dégageait d'elle, d'apprécier son souffle sur son cou, et plus simplement, sa présence. – Ca se pourrait, finit par répondre Céleste en approchant ses lèvres de celles de son équipier. Tu te rends pas compte. En une journée, tu t'es mis dans la poche une femme à qui on a répété en boucle que les vilains n'étaient que des sous-êtres répugnants. T'as vraiment le chic. – Et, est-ce que ce chic aurait de l'effet sur vous, madame ? Pouffant de rire, Céleste posa son index sur la bouche de son camarade, pour l'interdire de la faire rire. Après quelques instants de silence, elle dit, l'air sensiblement plus grave : – Il se passe trop de choses en ce moment. Depuis seulement deux jours, c'est la folie. Un enlèvement qui se transforme en séquestration, une attaque inexpliquée de la Police, et sans parler du fait qu'on en a pour trois semaines à surveiller la toubib. Jackson approuva d'une légère étreinte sur la main de sa chef, ce qui voulait dire : "On te suit, Céleste, on croit en toi. On est fiers d'être sous tes ordres", et elle comprit tout cela. Néanmoins la meneuse ne parvenait pas à se décider concernant la découverte de Sacha. Etait-il avisé d'en parler aux autres ? Céleste pensait que cela n'apporterait rien sinon une inquiétude supplémentaires, et un tas de questions sans réponses. Et elle finit par pencher pour ce deuxième raisonnement. Cela resterait entre elle et Sacha. Après tout, il n'y avait pas mort d'homme, si on exceptait le bourgeois. Les lèvres de Jackson vinrent se poser sur celles de la jeune femme, la faisant brusquement revenir à elle. Le baiser fut long et langoureux, chaud et sucré. Cela faisait tellement longtemps qu'ils ne s'étaient pas retrouvés seuls. Et c'était pareil pour Sacha. Céleste se sentit tout à coup quelque peu coupable de délaisser ainsi ceux qu'elle aimait. – Tu te fais trop de souci, murmura Jackson après avoir reprit son souffle. Une chef, surtout, doit savoir décompresser de temps à autres. Idem pour ses soldats et soldates. Arrête de te prendre la tête, tu remplis ta fonction à merveille. – Merci, première classe Jackson... Puis ils s'embrassèrent à nouveau, plus fougueusement, et le temps disparut de leurs conceptions. L'amour était un droit que personne ne pourrait leur ôter, une chose miraculeuse capable de créer, de lier et d'apaiser sans qu'il faille user d'autre chose que de son corps. L'amour était quelque chose de pur, de noble, et pourtant seuls ceux et celles qui s'éloignaient à priori de ces qualités étaient capable de le goûter dans toute sa plénitude, d'en extraire la quintessence. Sacha contemplait l'énorme corps serpentin qui émergeait de sous son lit. Ses écailles étaient noires, et la chose semblait ramper lentement, comme si elle cherchait à quitter la chambre. Car c'était bien ce qu'elle paraissait vouloir faire, au vu du fait que le long tuyau noir luisant disparaissait au détour du couloir. Sacha remarqua également que son pied gauche était menotté à l'animal. Cela voulait donc dire qu'il fallait le suivre ? Elle se leva donc, découvrant pour la première fois la curieuse sensation du métal froid sur sa peau nue. D'un pas rapide elle se mit en marche, traversant l'appartement sans chercher à réveiller ses amis. Ils ne voudraient certainement pas voir ça. Il faisait nuit noire dehors, et une légère brise soufflait, faisant se soulever mollement les pans de la chemise de nuit de la marcheuse, qui sourit au contact de l'air frais. Sacha s'arrêta une seconde pour voir où le serpent voulait la mener. La ligne sombre se dessinait sur le bitume craquelé, traçant un chemin vers les égouts, et plus précisément là où travaillait le passeur. C'était logique. La jeune femme par décret finit par trotter, car le chemin était long, tout comme le serpent qui ne semblait pas avoir de fin. Ses plantes de pieds frappaient le macadam avec des bruits sourds, alors que la chaînette de ses menottes cliquetaient dans le silence nocturne. Tout à coup l'entrée des égouts apparut, avec le petit passage presque secret dans lequel le serpent s'engouffrait. Sacha s'arrêta net, sentant ses forces la quitter. En une fraction de seconde elle tomba et se retrouva sur le dos, le bras gauche étendu, la paume de la main vers le ciel. Alors le sommeil la gagna instantanément, et elle se réveilla. Sacha ouvrit les yeux, et aperçut le plafond de sa chambre. La lumière du jour naissant s'infiltrait à travers les avaries du volet, et baignait les lieux d'une clarté timide mais néanmoins suffisante. – Nom de Dieu... murmura-t-elle en se redressant sur un coude. Elle jeta un coup d'oeil circulaire et inquiet, mais tout semblait normal. La place à ses côtés était occupée par Céleste, qui dormait encore à poings fermés. Pourtant ce n'était pas un rêve. C'avait été bien trop réel. Tout à coup Sacha se rendit compte qu'elle sentait encore le métal des menottes à sa cheville et la poussière de l'asphalte sous ses pieds. Elle se leva, se contorsionna et chercha pendant plusieurs minutes. Mais il n'y avait rien, évidemment. Ni sur sa peau, ni dans le lit. – Je deviens folle... pensa-t-elle, éprouvant une subite envie de hurler à s'en briser les cordes vocales. Ce rêve, ce rêve avait été d'un réalisme frappant, à tel point qu'elle avait même l'impression d'avoir le souvenir physique de s'être déplacée. Mais le long d'un serpent, menottée à son corps infiniment long ? Impossible. Elle perdait la raison, ou alors sa trouvaille morbide avec le passeur l'avait troublée plus qu'elle ne le pensait. – Oui, ça doit être ça, s'empressa-t-elle de dire presque à voix haute, prête à croire n'importe quoi tant que cela n'impliquait pas de démence de sa part. Sacha s'en était presque convaincue, quand son regard se posa sur son avant-bras gauche. Alors ses yeux s'écarquillèrent de terreur, et elle dut faire appel à toute la volonté dont elle disposait pour ne pas crier. D'un geste brusque, elle arracha l'écaille noire qui s'était superficiellement incrustée dans son épiderme, le jeta au loin, et sortit en trombe de la chambre.
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Chinow - il y a 12 ans
Mon dieu, cette histoire prend vraiment aux tripes ! Je n'ai pas eu beaucoup de temps pour moi, mais je regrette quand même de ne pas avoir eu le temps de lire ce chapitre avant.
Je crois que j'ai vraiment tout aimé dans ce chapitre, que ce soit la description un peu plus précise des clivages entre nobles, bourgeois et vilains (au passage, j'ai adoré les termes "purs" et "impurs", je me demande si ils auront une importance plus grande par la suite, pour expliquer l'histoire de ce monde futuriste. Une maladie qui a tout décimé, peut être, ce qui expliquerait l'importance de la génétique et de la médecine dans cette histoire ?). Mais j'ai aussi beaucoup aimé le développement des personnages, de leurs histoires d'amour, cette doctoresse qui a l'air finalement assez sympathique, l'ambiance dans l'immeuble, entre défiance et entraide...
Mais surtout, j'ai vraiment été marquée par la découverte de Sacha. Nous, nous savons de quoi il s'agit, nous l'avons vu dans le chapitre précédant. Et je trouve que le fait de lier les deux mondes entre eux par ce meurtre sordide est très intéressant. Comme s'ils étaient réellement liés par ce qu'il y a de plus sombre en chacun d'eux... Bref, j'arrête là avant de me perdre en conjectures, mais c'est vraiment excellent.
J'aime beaucoup ! Continuez, s'il vous plaît
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Kenshira - il y a 11 ans
Et hop, un petit up ! Il se trouve que je suis le co-écrivain de cette fiction. Bon, évidemment, je n'ai pas remonté juste pour dire ça. Blast a disparu il y a quelques temps, donc je suis un peu bloqué, mais il se trouve que j'ai encore les trois chapitres suivants dans mon ordinateur. Donc le temps que je sois sur mon ordinateur personnel, le suivant arrivera, soit dans quelques jours.
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Kenshira - il y a 11 ans
Et me voici donc, avec le quatrième chapitre, de moi, donc. J'ai corrigé les fautes du mieux que j'ai pu, mais n'hésitez pas à me les signaler, si vous en apercevez. Sur ce, bonne lecture

Chapitre 4
Sentant les rayons de lumière se frayer un chemin à travers le rideau pour aller doucement effleurer son visage, Isaac remua, puis ouvrit les yeux en poussant un grognement pratiquement inaudible. En tournant la tête, du coin de l’œil, il vit que Noah était roulé en boule dans son coin, et semblait profondément endormi.
-« On dirait qu’il n’a pas fait de cauchemars ou d’insomnies… Tant mieux. »
Il se leva donc en prenant garde à ne pas réveiller Noah, et alla tirer davantage le rideau, qui, en plus du volet, protégeait la chambre de la luminosité. Puis ainsi, sans trop tarder car arrivait aujourd’hui cette chose ennuyeuse nommée « partiels », annonçant la fin d’une année scolaire, et montrant les résultats d’une année complète d’apprentissage, il alla se préparer dans la salle de bain, afin d’avoir une apparence irréprochable pour l’occasion. Quand bien même ces examens écrits l’ennuyaient au plus haut point, il n’avait aucune difficulté avec ces derniers, puisqu’il apprenait et écoutait régulièrement.
Une fois prêt, il passa prendre quelques viennoiseries dans la salle à manger en guise de petit-déjeuner, où il croisa son père qui lui adressa un hochement de tête en guise d’encouragement, lui étant en train de lire les actualités sur papier tout en sirotant un café.
Ainsi Isaac sortit de sa demeure, pour aller dans un des instituts où se tenaient les examens, tout son matériel dans son sac, et « l’uniforme noble » sur son dos, son masque au visage, comme à l’habitude. Dans le centre-ville, aussi nommé « la ville haute » par les nobles et les bourgeois, aucune trace de saleté n’était visible. La police avait une exigence stricte en ce qui concernait la propreté qui relevait proprement de la démence. Toute personne qui se voyait jeter quelque chose autre part que dans une poubelle risquait une amende avec un montant aussi exagéré qu’absurde, et cela se faisait savoir immédiatement, et là, la personne malheureuse aurait à avoir davantage peur de sa propre famille que de l’amende en question. Ici, tout est propre, et cela n’est en aucun cas discutable. Surtout avec les tournées gouvernementales, qu’elles soient nationales, continentales ou internationales, chaque ville haute se devait d’être parfaitement impeccable, ni plus ni moins. Ainsi, lorsqu’on pouvait se balader en cet endroit, on ne pouvait qu’admirer à quel point tout était pratiquement brillant, tant la blancheur de la noblesse resplendissait.
C’était dire, pour les bourgeois, s’occuper de l’entretien de la ville haute était considéré comme un honneur immense, là où dans leurs propres villes, cet exact même travail était dégradant au plus haut point. Isaac, dans ses pensées, haussa les épaules. Les jeux d’apparences des nobles étaient certes pénibles et souvent absurdes, mais les courbettes des bourgeois restaient ce qu’on faisait de mieux en la matière, chose qui en devenait presque hilarant, et divertissant au plus haut point.
Il arriva à destination, devant l’établissement dont les murs lui étaient à l’heure inconnus, et où il allait passer ses examens. Après cela, l’été serait ses vacances, avant de reprendre de plus belle sur une troisième année. Un certain nombre de personne s’était déjà amassé. Il secoua la tête devant le bruit qui persistait malgré tout, dû aux diverses bavardages eux-mêmes dus au fait que la porte n’avait pas encore ouvert ses grilles. Isaac s’avança, se frayant un chemin parmi les étudiants, le regard complètement neutre. Il finit par trouver Elsa, qui, une fois l’ayant à son tour repéré, s’empressa d’aller à sa rencontre.
-C’est le moment de vérité, dit-elle avec calme, une fois qu’elle l’eut rejoint.
Isaac avait toujours quelque mal à se faire à l’idée que la fille calme en apparence était bien plus immature en privé. Il secoua la tête, faisant abstraction de cette pensée intrusive.
-En effet, après cela, nous saurons quel sera le classement pour l’année prochaine. Et qui aura sa place là où il le veut…C’est la dernière épreuve.
-C’est un QCM, non ?
-Oui, dit Isaac en hochant la tête, mais vu la difficulté, je m’attends forcément à un coup tordu quelque part. Y aura plus d’un piège dedans, c’est forcément obligé.
-C’est sûr, oui… Mais à propos, tu n’aurais pas vu Malcène ? Ça fait un moment que je la cherche sans la trouver.
-Allons… tu sais bien qu’elle a passé cet examen plus tôt. On la reverra un peu après, quand tout sera fini.
Elsa se contenta d’hocher la tête, tandis que les grilles s’ouvraient enfin. Du coin de l’œil, Isaac repéra Maervin, qui semblait un peu dans les vapes, du fait de sa démarche un peu lente, et sa diction qui l’était également, entouré de ses amis. Pour un peu, ce dernier l’aurait presque plaint. Il ne l’aurait pas forcément voulu, mais c’était fait… Maintenant, il s’agissait de mettre à profit au mieux l’effort de Noah. Arrivant devant sa copie, assis à sa place, il attendit paresseusement que l’examinateur distribue les copies tout en vérifiant les cartes d’identités des personnes. Une fois qu’il fut devant sa copie, d’un geste de main, cette dernière fut retournée, et tandis qu’il notait son nom dans la case qui y était destinée, il commença à parcourir les questions en survolé. Facile. Il se concentra, ses yeux derrière son masque devenant un peu plus vitreux, à mesure qu’il cochait sans trop réfléchir aux cases des bonnes réponses par automatisme, recrachant les informations à l’exacte manière d’un disque dur.
Derrière lui, Maervin, la tête entre ses mains, ne comprenait pas pourquoi une fanfare jouait dans son esprit confus et embrouillé.
Il ouvrit les yeux, sa vision gênée par la lumière du soleil. Il s’était réveillé peu de temps avant, mais avait gardé les yeux fermés, car les rayons de soleil ne le gênait pas plus que cela, à ce moment. Mais maintenant, ça le gênait vraiment. Aussi décida-t-il de se lever et d’aller manger. Et son camarade du côté gauche était d’accord sur ce point avec lui : il avait faim. En descendant les marches d’une démarche serpentine, il arriva dans la salle à manger. Son maître étant attablé, toujours en train de lire un journal. Noah haussa un sourcil, ne trouvant pas courant de le voir ici à cette heure. Toujours en évitant soigneusement de faire le moindre bruit, il alla vers la pitance qui lui avait été servi quelques temps auparavant, et qui l’attendait depuis, comme chaque matin. Il s’installa discrètement, tandis que le père d’Isaac baissait son papier pour le regarder. Après un bref instant, il reprit sa lecture en disant :
-Te voilà donc, Noah.
-En effet, maître, siffla-t-il. Vouliez-vous me parler pour une raison quelconque ?
-Te rappelles-tu du vilain que nous avions ramené ici il y a quelques temps après l’avoir capturé ? questionna-t-il. Voyant que Noah hochait la tête, il enchaina : nous avons eu, il y a peu, toutes les informations dont nous avions besoin. Donc nous nous sommes dit que nous pourrions leur rendre les os.
-Vous voulez que je le mange ? demanda Noah, neutre.
-Oui, mais tu laisseras les os dans un coin. Et nous les voulons tous, pour le leur renvoyer.
-Et quand dois-je faire cela ? questionna-t-il après un bref échange sifflant avec son compagnon.
-Aussi tôt que possible, ce serait le mieux.
-Dans ce cas, je vais aller faire ça de suite, maître. Pourriez-vous dire à la servante s’occupant de nos repas de garder ce petit déjeuner pour le lendemain ? Je n’aurais pas assez faim pour manger tout cela maintenant.
-A ta guise, du moment que cela est fait, répondit-il simplement.
Noah acquiesça sans faire de bruit, puis prit congé de l’hôte de la maison dans laquelle il résidait. S’ils voulaient donner une leçon de peur à des bourgeois, et éventuellement des vilains, si d’autres étaient impliqués… Eh bien, pourquoi pas ?
Il avançait. Toujours sans que ses pieds ne fassent le moindre bruit, aussi infime soit-il en entrant en contact avec le sol. Comme partout, quand on a des secrets que l’on veut cacher, on les mets au sous sol. Donc à la cave, ici. Ceci dit, sachant cela comme étant un classique, ne valait-il pas mieux anticiper les choses et mettre tout ça dans un endroit un peu moins conventionnel ? Il haussa les épaules, n’ayant aucune réponse à cette question, et préférant de ce fait stopper la conversation ici-même. Il entra dans la dite cave. Cette cave, dont une portion servait à donner la question, ayant servi sur foule d’individus, en contenait justement un, en ce moment présent. Un vilain, donc.
Noah, sans émotion particulière, poussa la porte qui donnait sur la pièce contenant l’individu. La salle était petite, l’endroit étant construite en pierres de couleur noire. Sur le côté se trouvait divers instruments dont la seule utilité servait à justement servir la cruauté des hommes. Au centre se trouvait une table, sur laquelle était fermement sanglé un homme à moitié nu, qui était en bien mauvais état. Il se demanda toujours si ce dernier était conscient. Aussi alla-t-il prendre une chaise, et s’assit à hauteur du vilain, en tailleur, la main et son serpent agrippés à ses jambes. Puis il le regarda, sans rien dire, jusqu’à que ce dernier sorte des limbes de l’inconscience, puis le regarde, d’abord avec étonnement, avant de soupirer et sourire douloureusement :
-Putain, c’est quoi encore ce truc…
-Tu te doute de ce qui va se passer, non ? questionna Noah calmement.
-Evidemment… Je vais crever, pas vrai ? Ces salopards de trou du cul de nobles ont eu tout ce qu’ils voulaient de moi, je ne vois pas pourquoi j’aurais à rester vivant plus longtemps…
-En effet. Si tu veux le savoir, je vais te dévorer.
-Saloperie de monstre…., rigola-t-il, sur le ton de la plaisanterie.
-Oui, et donc ? questionna Noah. Je suis un monstre créé par les humains. Ils ont voulu que je sois un monstre, donc j’en suis un.
-Erf… J’aurais donc vu un monstre avant de mourir. Mais pourquoi veux-tu me taper la discute ?
-J’ai beau avoir plus ou moins une partie humaine, un certain nombre de choses que je ne comprends, que ce soit par paradoxe ou incohérence, je ne fais jamais que vous observer. Le « vous » incluant aussi les nobles.
-Et… pourquoi tu reste aux ordres de ces salopards ?
-J’obéis aux ordres du jeune maître, quoi qu’il arrive. Et c’est plus par conviction qu’éducation, même si les nobles résidant par ces lieux ne s’en rendent pas vraiment compte, dit Noah en allant chercher une épée, et revenant. Par contre, pour t’ingérer, je vais devoir te découper les membres. Tu veux mourir maintenant, ou après ?
-Après, tant qu’à faire, que je me grave ta sale tronche dans la mémoire.
-Sans problème, fit Noah en abattant l’épée du mieux qu’il pouvait, sectionnant le bras droit au niveau de l’épaule, et faisant hurler le malheureux. Mais ne t’en fais pas, je ne t’oublierai pas. Je n’oublie jamais ceux qui m’ont fait face, même sur le point de mourir et sur une table.
-Quel… honneur tu fais aux « vilains »…, articula-t-il avec difficulté et ironie.
-Tu l’as toi-même dit, je suis un monstre, et non pas un noble. Je ne vaux donc pas mieux que toi sur ce point, fit Noah en sectionnant le bras gauche, et que le serpent de son bras gauche avalait le droit pour assouvir sa propre fringale.
Tchac.
La jambe gauche en moins.
Tchac.
La jambe droite en moins.
Réduit au niveau d’homme tronc, que l’hémorragie causée par les amputations mettait de toute façon à mort, Noah fit :
-Nous y voilà donc. Je n’ai pas besoin de te décapiter pour t’ingérer. Ne veux-tu cependant pas que je t’achève maintenant ? La mort dans mon estomac est particulièrement douloureuse.
-Ouais... Là, tu peux me buter. Mais juste avant… tu peux me promettre un truc ?
-Dis toujours, répondit simplement Noah qui avait stoppé son mouvement.
-J’ai pas pu sauver les infos des mains de tes salopards de maîtres… Si jamais tu croise mes compagnons, dis leur au moins que je suis mort de manière classe, dit-il dans un rictus et une gerbe de sang.
-Entendu, fit Noah. Et si j’en juge des critères des gens « nobles », tu es resté « classe » tout du long de notre conversation. Ne t’en fais pas pour ça. Dis-moi juste ton nom.
-Salbin. Maintenant, grouille de me buter.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Noah transperça sa gorge de manière immédiate, sans la moindre douleur. Puis, toujours le regard neutre, il prit les trois autres membres restants du vilain et les avala successivement. Puis de sa queue, il entoura le tronc. Le soulevant et le portant à sa hauteur, en un instant, sa bouche s’ouvrit dans des proportions phénoménales, et avala aussi sec le reste du cadavre. Puis, portant une main à son estomac, il quitta la pièce, remontant.
-Pas mauvais, mais je suis sur que mieux cuisiné, ça aurait pu donner quelque chose d’encore meilleur…
En remontant, Noah fut légèrement surpris de croiser plusieurs invités : il y avait quatre adultes, que ce dernier savait comme comportant deux nobles et deux bourgeois, ainsi que leur progéniture respectives, aussi connus sont les noms respectifs de Malcène et Marc. Ne l’ayant pas remarqué, Noah s’avança quelque peu, avant de dire, mettant sa main, paume tendue, sur la poitrine, à la manière d’un majordome :
-Soyez les bienvenus parmi nous, fit-il, faisant sursauter et se retourner le petit groupe. Cherchez-vous mes maîtres ?
-Oui, en effet, répondit Gloriossa, la mère de Malcène. Nous devions les rencontrer aujourd’hui.
-Dans ce cas, je m’en vais les avertir expressément de votre arrivée et…
-NOOOOOAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHH !!!!
Noah se décala juste d’un pas pour esquiver ce qu’on pouvait réellement qualifier de missile humain, qui alla s’encastrer plus ou moins dans le mur le plus proche. Le père de Malcène soupira. Et cette dernière, s’extirpant du mur, fonça vers Noah à toute vitesse, pour le harceler de question :
-Comment tu vas ? Tes écailles sont toujours pareilles ? Pas davantage de cauchemars qu’avant ? Qu’en est-il de ta mue ? Et de…
Après un questionnement du regard aux parents de la concernée, qui acquiescèrent sans un bruit, Marc alla auprès de Malcène, et lui asséna un coup sur la crane, du tranchant de la main. Noah en profita pour se libérer, et à l’aide de sa queue, arriva en hauteur, à l’étage précédent. Les deux bourgeois avaient une expression amusée. Et même si elle avait une expression fermée, on sentait que Gloriossa était un peu amusée par les réactions de sa fille.
-Malcène, ce n’est pas une tenue, grogna le noble. Reste droite.
-Oui, père, fit-elle, dos à lui, en levant les yeux au ciel, de sorte qu’il ne puisse pas le voir. Mais… Noah, tu me semble un peu différent de d’habitude… il s’est passé quelque chose ?
-Je viens d’ingérer un vilain, répondit-il toujours suspendu à la balustrade, comme si il s’agissait de la chose la plus naturelle du monde.
-Oh, fit Gloriossa. Et qu’en pense ce cher Arcahn ?
-C’est lui qui m’a sommé de le faire, fit Noah simplement. Il ajouta juste après : Je vais vous chercher mon maître.
Et d’un balancement de queue, il se remit sur le tapis de l’étage supérieur, puis alla dans le bureau du noble, sans avoir au préalable signalé son arrivée. Le noble, en train de rédiger un document, leva les yeux vers lui et demanda :
-Que veux-tu, Noah ?
-Simplement vous informer que vos invités sont arrivés, maître.
Il fit un « ah » muet, avant de se lever, reportant sa rédaction à un autre moment, pour aller expressément et de ce pas accueillir ses invités, comme tout bon hôte se devait de le faire. Suivi par Noah, qui prit les escaliers cette fois-ci, chemin plus conventionnel. D’un signe de tête, Noah compris ce qu’il était demandé, et fit signe aux deux enfants des parents venus discuter de le suivre. Il les conduisit dans la chambre d’Isaac, désertée par son propriétaire à cause des examens. Noah alla simplement s’installer sur le tapis, dos contre mur, à sa place habituelle, laissant les deux autres prendre leurs aises.
-Alors, on attend quoi au juste ? demanda bêtement Marc.
-Qu’Isaac et Elsa reviennent de ces foutus partiels, bien sur, fit Malcène.
-D’ailleurs, pour quoi n’y es-tu pas ? pointa Noah, à peine curieux.
-Ah bah ça… va savoir, répondit-elle avec un sourire maniaque.
-Donc on va se tourner les pouces en attendant qu’ils arrivent ? renifla Marc.
-Pas pour longtemps, fit Noah, qui s’était redressé pour lorgner à travers la fenêtre. Ils arrivent.
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Chinow - il y a 11 ans
Le personnage de Noah est franchement fascinant. Il agit comme un enfant qui ne comprendrai pas vraiment les choses, en fait.
Sinon, j'avoue que cet univers "propre" et décalé fait vraiment froid dans le dos... C'est presque le fait de porter aux nues l'hypocrisie, et d'en faire une qualité. Ils ont tous l'air presque robotiques, et seul Noah, le "monstre", semble agir un peu de façon humaine.
J'aime bien, mais le passage du "repas" était un poil difficile à digérer pour moi
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Kenshira - il y a 11 ans
Le personnage de Noah est franchement fascinant. Il agit comme un enfant qui ne comprendrai pas vraiment les choses, en fait.
Sinon, j'avoue que cet univers "propre" et décalé fait vraiment froid dans le dos... C'est presque le fait de porter aux nues l'hypocrisie, et d'en faire une qualité. Ils ont tous l'air presque robotiques, et seul Noah, le "monstre", semble agir un peu de façon humaine.
J'aime bien, mais le passage du "repas" était un poil difficile à digérer pour moi
N'est ce pas ? Et il est tout autant interessant de le faire evoluer dans cet univers que celui des vilains, puisqu'il se demarque a sa facon (psychologiquement parlant), meme si c'est plus l'aspect physique qui va d'abord taper a l'oeil.
Quand aux nobles... ce ne sont pas des machines (j'aurais le temps de le developper plus tard sur certains personnages, mais je le dis car c'est general), mais ils doivent se comporter comme telles. Et il faut dire que l'education porte plutot bien ses fruits, notamment quand a la differenciation des valeurs e vies des purs et des impurs et la facon de se comporter.
Boh, allez, cette scene est surtout pour le finir, y a aucune cruaute dedans
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Kenshira - il y a 11 ans
Et voici donc le cinquième chapitre de cette fiction. Bonne lecture ! Chapitre 5 Céleste fut réveillée en sursaut par un mouvement brusque à ses côtés. Elle ouvrit les yeux et se releva, quelque peu désorientée, pour apercevoir un bref instant son amie qui quittait la chambre à toute vitesse. La meneuse s'extirpa des couvertures, l'incompréhension tournoyant autour de son esprit encore à moitié endormi. Quelle heure était-il ? Il était tôt, à en juger par la faible lumière que les volets laissaient entrer. Que s'était-il passé ? Sacha venait de partir à toutes jambes. Mais pourquoi ? Peut-être pour une envie pressante. Céleste se frotta les yeux plusieurs fois, puis son regard tomba sur les vêtements de sa camarade. Le doute l'assaillit et elle glissa un oeil hors de sa chambre, pour découvrir avec stupéfaction que les toilettes et la salle de bain étaient grand ouverts. – Merde ! souffla la jeune femme en bondissant sur les affaires de Sacha. Tous ses vêtements, ceux d'intervention y compris, étaient là. Mais quelle mouche l'avait piquée ? Que lui arrivait-il ? Céleste, retenant sa respiration mais sachant d'avance ce qu'elle allait constater, fit quelques pas dans le couloir : La porte d'entrée était elle aussi ouverte. Une alarme se mit à résonner dans l'esprit de la chef, qui se jeta sur ses habits de combat, et les enfila en quelques instants. Après avoir attrapé son fusil à la volée, elle tambourina à la porte d'en face, réveillant sans délicatesse ses équipiers. Elle fila ensuite vers la cage d'escalier, mais s'arrêta un instant à l'entrée de l'appartement, pour observer la chaise vide qui s'y trouvait. C'était à Sacha de garder, et elle avait négligé son tour. Ca ne lui ressemblait pas, mais alors pas du tout. Céleste commençait sérieusement à angoisser. – Qu'est-ce qui se passe ? demanda Jackson en faisant irruption dans le couloir, déjà recouvert de son gilet pare-balles et de son treillis. – Jackson ! Tu restes ici pour garder l'entrée, et Coraline surveille la doc ! Moi je cours chercher Sacha ! Je sais pas ce qu'elle nous fait, mais ça me fout les pétoches ! Puis, ses instructions données, elle fit volte-face et, sans prendre la peine de rassurer ses camarades totalement déboussolés, elle piqua un sprint dans les escaliers de l'immeuble. Jackson ne chercha pas une seconde à discuter les ordres, malgré que tout allait trop vite pour lui. A peine sa meneuse avait-elle disparu dans les entrailles du bâtiment qu'il avait refermé et barricadé la porte. Cela fait, il retourna dans sa chambre, pour voir comment leur captive allait. Tania était assise dans son lit de camp, les cheveux en bataille et les couvertures à moitié repoussées. Elle jeta au jeune homme un regard paniqué, ne sachant visiblement que faire. – T'en fais pas, la rassura-t-il avec un de ses sourires les plus désarmants. Rien de grave. Tu peux te rendormir si tu veux. L'intéressée eut l'air embarrassé pendant un instant, néanmoins elle finit par sortir de son lit, consciente de la tension qui stagnait dans l'atmosphère. Jackson, l'esprit tournant à plein régime, ne risqua même pas un oeil voyeur aux jambes de la doctoresse, qu'il trouvait pourtant fort séduisantes. Il se faisait du souci pour ses deux amies, à l'instar de Coraline qui venait de le rejoindre. Il espérait avoir une réponse rapidement. Céleste traversa la rue déserte comme si elle avait le diable aux trousses, courant aussi vite que ses jambes le lui permettaient. Soit avec vélocité, toutefois cela ne l'avait pas empêché de perdre Sacha de vue. Et il fallait la rattraper au plus tôt, car un individu presque nu et sans armes au milieu des bas-quartiers était une proie plus que facile. – Bordel mais qu'est-ce qui te prend Sacha ? se demanda la meneuse en pilant net, ne sachant plus où aller. Tout à coup elle aperçut deux hommes qui discutaient, dissimulés dans l'ombre d'un hall d'immeuble désaffecté, et s'élança dans leur direction. L'un d'entre eux se leva à son approche, apparemment pas plus surpris qu'impressionné par la tenue et l'arme de Céleste. – S'tu cherches ta copine, l'est partie par là, dit-il en pointant une direction du pouce. Magnes-toi de la rattraper la mignonne, s'tu veux pas qu'elle s'fasse violer. Céleste, trop consciente du danger qu'encourait son ami, remercia l'homme d'un geste et repartit à toute allure, penchée en avant comme une athlète et évoluant entre les rues qu'elles connaissaient comme sa poche. Mais elle avait compris où Sacha s'était rendue, c'était l'évidence même. Quand quelque chose la dépassait ou la chagrinait à un tel point que même ses camarades n'y pouvaient rien, elle se réfugiait toujours chez le passeur, son vieil ami. Et vu comment elle avait prit la fuite, la pauvre devait être bien plus qu'épouvantée. Dès qu'elle entra dans la loge du passeur, Céleste aperçut son amie, et elle en fut déjà grandement soulagée. Sacha était allongée, ou plus exactement recroquevillée sur le lit du vieil homme, la tête sur les jambes de celui-ci, le visage enfoui et tremblant de tout son être. Le passeur caressait tendrement les cheveux de la jeune femme d'une main, pendant que de l'autre il tirait sur ses cuisses les pans de sa chemise de nuit afin de la remettre en place, ce qui était vain à cause de ses violents tressaillements. Le vieil homme, absolument pas offusqué de l'intrusion de Céleste, adressa à cette dernière un regard inquiet et interrogateur. – Qu'est-ce qu'elle... t'a dit ? demanda la meneuse en reprenant son souffle. – Rien encore, répondit le passeur en frottant affectueusement le dos de Sacha. Elle vient juste d'arriver. Céleste se dirigea d'un pas lent vers le lit, puis s'y assit à son tour, posant les pieds de son amie sur ses genoux afin de les réchauffer. Elle ne l'avais jamais vu dans cet état, et cela lui faisait mal au coeur. Sacha était une battante, elle avait enduré des choses terribles et son âme recelait bien plus de turpitudes et de blessures qu'aucune de celles de ses équipiers. Ces épreuves lui avaient forgé une volonté de fer et taillé une ruse hors-du-commun. La voir ainsi, apeurée et ramassée sur elle-même comme un petit animal, était assurément un coup dur. – Vous voulez que j'vous raconte, pas vrai ? Céleste et le passeur sursautèrent, ils ne s'attendaient pas à ce que leur amie soit en capacité de prendre la parole. Pourtant c'est ce qu'elle venait de faire, et aucun sanglot n'étranglait sa voix, ce qui lui ressemblait déjà plus. – Tu n'es pas obligée, lui répondit Céleste en lui caressant le bas de la jambe. Mais ça te fera du bien, et à nous aussi par la même occasion. Alors Sacha prit une grande inspiration, et entreprit de narrer son étrange rêve, parlant sans discontinuer d'un ton bas et effrayé. Elle évoqua le serpent auquel elle avait été relié, la direction qu'avait pris celui-ci. Elle insista sur le réalisme de l'expérience, de la sensation sur sa peau et de sa découverte au réveil. – J'imagine que tu as fait un rapprochement avec l'écaille que tu m'as montré ? s'enquit Céleste qui, du bout des doigts et d'un geste mécanique ôtait les saletés de sous les pieds de son ami, dont la plante frémissait de temps à autres. – Oui... Mais dis-moi que tu ne l'a pas emmenée avec toi... En prononçant ces mots, Sacha avait enfin découvert son visage, et dardait à présent sur sa camarade un regard terrifié. Céleste secoua la tête, quelque peu décontenancée. Cet aveu sembla apaiser Sacha qui ferma les yeux et se laissa aller aux attentions de ses amis. Manifestement leur présence semblait lui être nécessaire, car elle reprenait peu à peu des couleurs et rechignait de moins en moins à s'exprimer. – Je détruirai cette écaille dès qu'on sera rentrés, promit la meneuse. – Non ! s'exclama Sacha, déstabilisant ses amis. Un silence pesa, durant lequel ni Céleste ni le passeur n'osèrent intervenir, pensant tous deux que Sacha ne s'était pas encore totalement remise du choc. – Je... Je m'en occuperai, finit par promettre cette dernière d'une toute petite voix. Oui, c'est moi qui le ferai. Le vieil homme et la chef échangèrent un regard joyeux, reconnaissant là un trait de caractère de leur amie, ce qui était bon signe. Elle reprenait du poil de la bête. Après une bonne vingtaine de minutes passées à cajoler Sacha, celle-ci parut remise sur pieds, et ses terreurs nocturnes reparties dans les tréfonds de sa mémoire. A vrai dire, ni Céleste ni le passeur n'avaient compris ce qu'il y avait de si bizarre dans ce songe, seul le comportement anormal de leur amie leur en donnait une idée. Et tous deux tenaient à elle. Avant de repartir, Sacha étreignit longuement le vieil homme, qui lui demanda de faire attention à elle, ce qu'elle lui promit. Après quoi, les deux camarades sortirent et regagnèrent leurs pénates à grandes enjambées, attirant des regards intrigués et concupiscents. Dix secondes ne s'étaient pas écoulées après que Céleste eut frappé les trois coups rituels que la porte s'ouvrait sur un Jackson blême et inquiet. Dès que celui-ci aperçut Sacha, il l'attira à lui et la serra amicalement. – Doucement, doucement, dit Céleste d'une voix basse en séparant les deux camarades et en entraînant son amie vers la salle d'eau. Tout va bien, ne vous en faites pas. Puis les deux jeunes femmes s'enfermèrent, sous le regard un peu perdu de Jackson et de Coraline. Céleste passa une bonne vingtaine de minutes à soigner les coupures et irritations de son équipière, alors que cinq auraient suffi. Mais la meneuse pensait que Sacha avait besoin qu'on la choya, et les piètre ressources dont elles disposaient demandaient que l'on s'applique un peu plus. Peut-être la doctoresse aurait-elle fait mieux, mais, pour l'aspect psychologique, c'aurait été négatif. Toutefois à cette idée, et alors qu'elle exhortait sa camarade à aller prendre un peu de repos, Céleste décida qu'il était temps que la grande discussion entre elle et la médecin ait lieu. Aucune mission n'appelait le groupe hors de sa demeure aujourd'hui, aussi avait-il tout le loisir d'en apprendre un peu plus sur Tania. Ayant revêtu sa robe fétiche, Céleste pénétra dans le salon et s'installa auprès de Jackson sur le canapé, faisant face à Tania, qu'elle ignora le temps d'expliquer à ses deux équipiers ce qu'il retournait de l'étrange comportement de Sacha. L'histoire du rêve plus que réaliste les interloqua, et le lien avec l'écaille dont elle ne leur avait guère parlé les fit frémir tous deux. Néanmoins leur chef leur assura que tout était rentré dans l'ordre, aussi la crut-on sur parole. Une fois que le silence fut retombé, Céleste remarqua que la doctoresse n'avait rien perdu de l'échange. Dans ses yeux brillait faiblement une étincelle d'intérêt, un intérêt tout professionnel bien entendu. – Bon, doc, et si on causait un peu ? Ce brusque revirement d'attention déconcerta la concernée qui sortit de ses pensées sans savoir quoi dire. De plus, quand elle vit que trois paires d'yeux étaient braqués sur elle, sa gorge se serra et elle se fit toute petite dans son fauteuil. De toute manière, il fallait bien qu'elle y passa un jour ou l'autre. – Je... Je... Très bien... Que voulez-vous que je vous dise ? – Parle-nous un peu de toi ? proposa Jackson d'un ton amène, comprenant qu'il lui incombait de mener la barque. Tania dévisagea un à un les trois amis, découvrant dans l'oeil de l'un une sincère sympathie, dans le regard de l'autre une avidité mal dissimulée et sur le visage de la dernière une absence totale d'émotion. Malgré cela, elle sentit que, sous couvert d'un interrogatoire pour le moment aimable, personne ne lui voulait de mal. Après avoir choisi ses premiers mots, elle se lança donc dans une présentation d'elle-même : – Je m'appelle Tania Conor, et j'ai 27 ans. J'officie depuis six ans en tant que médecin généraliste, mais j'aspirais à devenir un jour chirurgienne. – Pourquoi tu parles au passé doc ? la coupa Céleste, rejetée dans le fond du canapé. Dans trois semaines tu seras de retour chez toi, tu le sais bien. La médecin, comme si elle voulait qu'on le lui rappelle pour être sûre, hocha la tête avec un rien de gratitude. Puis d'un geste de la main, Jackson l'invita à continuer. – Hmm, eh bien... Je suis célibataire... Céleste et M. Poker tiquèrent, mais pour deux raisons différentes. – ...Et... Hmm... J'ai grandi dans le quartier Renaissance, dans le troisième arrondissement, assez loin de la haute-ville... Et... Eh bien je suis orpheline... Et je crois que c'est tout... Céleste jura mentalement, le lien qui raccrochait la doctoresse à la bourgeoisie se faisait d'un coup plus ténu. Une médecin généraliste sans réelle famille ne pouvait pas avoir beaucoup d'influence, mais en ce cas, la question revenait invariablement : Que fichait-elle avec une plaquette de pilule-vampires ? – Célibataire dis-tu ? J'ai peine à y croire. Nous pensions que l'homme avec qui nous t'avions trouvée était ton compagnon ? Tania observa un instant Jackson, la légère rougeur sur ses joues trahissant le fait que le compliment l'avait atteinte. Puis elle s'expliqua, ne remarquant pas que le jeune homme venait adroitement de l'attirer là où il le voulait. – Non, je... Je ne le connaissais pas à vrai dire... Il m'avait juste donné rendez-vous... Sa voix mourut, et elle se rendit compte qu'elle en avait déjà trop dit. Alors ses lèvres se pincèrent, et son regard devint distant. Après quelques instants, Céleste ouvrit la bouche mais la referma aussitôt quand son voisin lui enfonça discrètement un doigt entre les côtes. La meneuse obéit, faisant confiance à son camarade pour qui les arcanes des relations humaines avaient bien moins de secrets. Elle eut raison, car la doctoresse finit par sortir de son mutisme pour vider le fond de son sac, d'un air las et résigné : – Bon... De toutes façons... Il y a environ une semaine, j'ai reçu un appel de la part d'un certain... M. Cléandre, un grand bourgeois de mon arrondissement. Il voulait simplement consulter. Sur le coup, ça m'a fait tout drôle, on a beau faire partie de la même couche sociale, on appartient pas au même monde. Mais quand il est arrivé au cabinet, il m'a proposé un... service contre quoi il m'offrirait de l'argent et de la réputation. La jeune femme marqua une pause, ses yeux semblant dire : "Vous voyez, on a humainement ça en commun". – Donc j'ai accepté. Il fallait que j'attende la venue d'un soi-disant livreur dans la pharmacie de mon officine. Il est venu, je l'ai accueilli, et, quand on s'est retrouvés au fond de la réserve, il m'a remis une plaquette de médicament, que je devais remettre à M. Cléandre. Puis est venu le jour du rendez-vous qu'on avait fixé, on s'est retrouvés dans ce petit cabinet à moitié délaissé et... Vous connaissez la suite... Tania lâcha un profond soupir aussi tremblotant que ses mains crispées, et se tut. Les mots s'étaient bousculés dans sa bouche, les aveux s'en étaient échappés les uns après les autres, sans qu'il n'y ait eu la moindre place pour le mensonge. Jackson en était persuadé, il connaissait trop bien le bluff pour se laisser berner. Même si elle s'était livrée relativement vite, elle l'avait fait tout d'une traite, et cela ne laissait planer aucun doute. Les évènements pour elle s'étaient accumulés à vitesse grand V, bousculant sa routine et ses plus modestes aspirations. Et quand tout cela lui avait échappé, sa conscience avait souffert terriblement, pensant que ce qui lui arrivait dorénavant était entièrement de sa faute. Ainsi, voyant dans cette sorte d'interrogatoire une ultime manière de se laver les mains, de se décharger un tant soit peu de ce qui lui paraissait être une faute majeure, elle avait ouvert les vannes et laissé couler ses pêchés. C'était bien cela, Tania Conor venait de se confesser. – Je... Je savais pas que c'était des... Des trucs vampires... Je le jure... gémit la doctoresse devant le silence de ses ravisseurs, qu'elle pensait de mauvais augure. Céleste, de son côté, en était arrivée aux mêmes conclusions. Etait-ce par la peur qu'elle leur avait tout dit si limpidement ? Ou pour pouvoir s'en débarrasser une bonne fois pour toutes, pour s'assurer de pouvoir rentrer saine et sauve chez elle ? Peut-être pour tout cela à la fois, ça n'avait pas d'importance. Le fait était que la lumière venait d'être faite sur cette partie de l'affaire, et que de nouvelles pistes étaient maintenant à explorer. Des pistes bien plus larges qu'aucun n'aurait pu le croire. Joe s'était peut-être cru malin en leur refilant la pauvre petite doctoresse, mais au final, elle leur avait appris tout le nécessaire. La meneuse se pencha en avant, et saisissant la main de Tania, lui dit, avec une gentillesse non feinte : – C'est bien, c'est fini. Tu as bien fait de tout nous dire. Maintenant, il n'y a plus de sujet de désaccord entre nous. Tu n'as pas à avoir peur. – Oui, tu as fait le bon choix, assura Jackson en imitant sa chef. Tu as fait le bon choix, autant vis-à-vis de nous que pour toi. Dorénavant, tu es ici chez toi, en terrain ami. Ces deux marques de confiance parurent toucher la médecin en plein coeur, car ses yeux s'embuèrent de larmes. Ses épaules se relevèrent, comme si un poids en avait été ôté. Tania rendit leur étreinte aux deux amis, encore toute retournée. – Merci, merci beaucoup. Ce qui venait de se passer avait définitivement changé la façon de voir de la doctoresse, c'était évident. Sa perception des vilains s'effondrait petit à petit. L'angoisse qui ne la lâchait plus depuis plus d'une semaine s'envolait, laissant place à des sentiments plus grands, tels que la reconnaissance. Jackson, Céleste, et même Coraline en étaient persuadés, Tania Conor allait passer une journée, une nuit et même un séjour aussi instructifs que mémorables. Le reste de la matinée se passa sous le signe de la bonne entente et de la découverte mutuelle. Céleste et Tania s'étaient isolées pour que cette dernière puisse approfondir les connaissances en médecine de la meneuse, ce qui s'avéra facile et agréable. Les deux jeunes femmes s'entendaient plutôt bien, la doctoresse étant une bonne instructrice et Céleste une bonne élève. La soigneuse en herbe revit donc quelques leçons d'anatomie, de gastrologie, de pharmacologie et même de sophrologie, indispensable lorsqu'on manquait cruellement de matériel. Son savoir en la matière impressionna la doctoresse, qui ne comprenait pas comment une telle maîtrise avait pu se former chez un individu qui n'avait jamais fréquenté une école. Toutefois, en dépit de ses efforts pour percer ce mystère, elle n'en sut pas plus. Après ces petits cours privés que la professeure décida de renouveler à raison de deux heures par jour, tout le petit monde se réunit pour un repas animé et convivial comme il n'y en avait plus eu depuis longtemps. Chacun suppliait la médecin de raconter quelques anecdotes et histoires drôles, ce qu'elle se décida à faire au bout du compte, pour le plus grand bonheur du groupe dont les membres finirent le déjeuner en se tenant les côtes. Rire ainsi et goûter à un peu de fraîcheur et de nouveauté leur fit un bien fou. Même Sacha avait presque oublié sa terreur nocturne, se joignant sans retenue aux réjouissances. Sacha et Coraline s'éclipsèrent en début d'après-midi pour se rendre à leur entraînement de baston, dans un sous-sol voisin. Céleste, elle, s'enferma dans sa chambre pour retranscrire par écrit ce qu'elle avait appris récemment, s'appliquant studieusement afin de rédiger des ouvrages clairs et propres que d'autres vilains capables de lire pourraient consulter. C'était pour elle une tâche importante qu'elle se devait d'accomplir en tant que chef. Cela laissait donc le champ libre à Jackson, qui charma définitivement Tania en seulement quelques heures d'échange. Bourgeoise ou non, la doctoresse était dorénavant conquise par le vilain.
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Chinow - il y a 11 ans
J'ai bien aimé ce chapitre, qui creuse encore un peu plus les relations humaines des membres de la petite équipe (dont Tania donne maintenant l'impression de faire partie). La façon dont les préjugés de chacun se brisent petit à petit est astucieusement menée, et n'a rien d'artificiel, ce qui n'était pourtant pas gagné d'avance avec un sujet comme celui-ci. Après, ce chapitre, je l'ai plutôt vu comme un chapitre plus posé que les autres, avec moins d'action et plus... d'amour, en fait. On comprend réellement à quel point ils tiennent les uns aux autres, à quel point ils forment un groupe unis. Et c'est, il me semble, la première fois qu'on le voit autant. Céleste sait par exemple où Sacha se réfugiera. Par contre, finalement, Noah est encore présent en filigrane dans ce chapitre. Je finis par me demander s'il n'est pas un personnage beaucoup plus important qu'il ne le paraît, ou bien tout simplement un personnage plus "symptomatique" de tout les travers et maux du monde dans lequel ils vivent.
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Coco - il y a 11 ans
Il faut que je me motive pour rattraper mes 3 chapitres de retard et que je trouve la temps surtout, mais bientôt je commenterais ^^'
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Kenshira - il y a 11 ans
Bonsoir ! Me revoici donc, avec le dernier chapitre que j'ai actuellement en stock, pour le nouvel an ^^
Sans plus d'introduction, profitez bien, bonne lecture
Chapitre 6 :
Noah regardait sans piper mot les deux nouveaux arrivants traverser une partie du jardin pour rejoindre leur demeure, Marc et Malcène s’étant avancés à ses côtés pour voir à travers la fenêtre ce qu’il en était également. Ainsi attendirent-ils, dans l’expectative, qu’Isaac et Elsa ne les rejoignent. Toujours sans un mot ni bruit, Noah descendit du rebord de la fenêtre et sortit de la chambre pour aller à l’entrée. Il y eut un temps de flottement durant lequel les deux compères restants se regardèrent, réalisant qu’ils venaient de se faire doubler, puis se lancèrent à la suite de Noah.
Isaac soupira. Cet examen n’avait pas été si difficile, en fin de compte. Bon, il avait passé plusieurs journées à étudier pour en arriver à une telle maîtrise des connaissances, mais comme c’était le résultat qui importait avant tout… On pouvait aisément en conclure que cela valait le coup. Il releva la tête, tandis qu’il entrait dans sa demeure. Aussitôt, il vit un mouvement furtif sur sa gauche, et sut que Noah était là. Elsa, elle, en train de bailler, n’avait pas vraiment fait attention, aussi sursauta-t-elle quand ils entendirent la voix de Noah derrière eux :
-On vous attend dans votre chambre.
Ils se retournèrent, mais ne virent personne. La furtivité étant une des spécialités de Noah –ayant subi un entraînement particulier dans ce but, il ne pouvait qu’y exceller-, il ne s’en formalisa guère, et se retourna à nouveau, pour monter d’un air détaché dans le lieu indiqué. En montant les escaliers, ils virent que Malcène et Marc étaient là, leur faisant brièvement signe avant de s’engouffrer dans la chambre d’Isaac.
Ayant vu l’habit habituel des nobles en sortie sur le portemanteau –de luxe royal- en plus grande quantité que d’ordinaire, Isaac devina que Marc et Malcène étaient venus accompagnés de leurs parents respectifs. Peut-être que son géniteur avait quelque affaire à traiter avec eux ? Enfin, cela importait peu pour le moment, ce n’était pas ce que l’on pouvait appeler une priorité. Une fois arrivé dans la chambre accompagné d’Elsa, un fin sourire se dessina sur ses lèvres, et il retira son masque qu’il posa sur son bureau, sur la pièce spécialement conçue pour le soutenir. Malcène avait elle aussi retiré le sien, qu’elle tenait dans sa main.
-Eh bien, je ne pensais pas vous voir si tôt, fit Isaac, rompant le silence.
-C’est vrai qu’on est tout juste en vacances, désormais, sourit Malcène. Alors, ces examens ?
-Parfaitement réussi, comme je le pensais, répondit-il, tandis qu’Elsa répondait elle aussi par l’affirmative. Et toi, d’ailleurs, tu n’avais pas passé le tien un peu avant ?
-Si, et j’avais fait la sieste pendant, râla-t-elle. Sérieusement, leurs questions étaient trop simple, j’avais assez disséqué pour tout connaître.
Chacun réprima un rire en imaginant Malcène dormir pendant les prestigieux examens de médecine, pour ensuite récolter une note quasiment parfaite sous les yeux offensés des examinateurs. Quoi qu’en réalité, c’était à peu près ce qu’elle faisait chaque année.
-Au fait, reprit Isaac, vous savez pourquoi mon père voulait voir vos géniteurs ?
-Question d’affaires, de ce que j’ai cru comprendre, y a eu une histoire de fraude à la banque, et le maître veut faire tomber les personnes qu’il suspecte avec le concours des géniteurs de Malcène. Pour ce qui est de ceux de Marc, je crois que c’est à propos de la dernière attaque des forces armées sur le quartier des vilains.
-Ils sont quand même vachement cons, râla Malcène avec son habituelle délicatesse. Ça les avance à quoi de les attaquer pour ensuite les blâmer des morts ? C’est eux qui les attaquent en premier !
-Malcène, fit Isaac, je me demande quand même d’où te vient tout ce vocabulaire…
-Eh, tu crois que les vilains et serfs qu’on m’a fait disséquer pour les cours d’anatomie, ils disaient rien ? Je connais du vocabulaire dont tu n’as même pas idée, rigola-t-elle. Et entourant le cou de Noah de son bras, elle ajouta avec un sourire complice : et je suis sur que ce cher Noah a du en apprendre des belles à ses séances de tortures et excursions…
Le dit Noah se contenta de grommeler quelque chose de complètement incompréhensible, sans pour autant réfuter ce qu’elle venait d’affirmer.
-Enfin bref, soupira Isaac. Tu as raison sur ce point, leur but est bien de justifier une lutte contre des vilains, même si nous n’en saisissons pas le sens exact à l’heure actuelle.
-Je suis pas dans votre micmac, puisque je suis un bourgeois, fit Marc en se grattant l’arrière du crane, mais j’ai beau être pas fute-fute, ça m’étonnerait qu’il faille chercher une raison, ils veulent garder le pouvoir, car ils ont pas vraiment prise dans le quartier des vilains, quoi qu’ils en disent. D’ailleurs, Noah, tu n’est pas déjà aller fouiner de ce côté ?
-Si, intervint-il de sa voix sifflante. Et croyez-moi, vous ne devez surtout pas vous y aventurer, quoi qu’il arrive. Les nobles le cachent du mieux qu’ils peuvent, mais ils sont armés, et avec des fusils, pas des couteaux. Mes écailles ont beau me donner un semblant de résistance, face à un groupe armé, je ne donne pas cher de ma vie. Quand à vous… Vous seriez pendus haut et court, ou quelque chose dans le genre. Ces types ont la haine des nobles, et je pense qu’il y a de quoi.
Il laissa un temps de flottement, pour que chacun puisse assimiler les paroles qu’il venait de prononcer, les regardant tour à tour d’un air on ne peut plus sérieux.
-On y reviendra, fit Malcène en secouant la tête, curieuse malgré tout. Et pour ce qui est des nouveautés dans ton milieu, Marc ?
-Pas grand-chose, fit-il en haussant les épaules. La plupart continuent de servir de divertissement aux nobles, et je te parle pas des courbettes que certains font… Heureusement que sans exagérer, c’est un peu moins formel entre les nôtres…
-Donc, grogna Elsa, un peu déçue, à part notre affaire, il n’y a rien de bien notable ?
Marc secoua la tête de droite à gauche puis inversement, tandis qu’Isaac sortait son jeu d’échec, pour se mettre à enlever chacune des pièces, puis les replacer d’une façon précise, comme s’il avait un schéma donné en tête. Il sembla réfléchir, faisant tournoyer un cavalier entre son pouce, l’index et le majeur. Il poussa un grognement avant de poser la pièce à côté de l’échiquier.
-Il manque encore quelque chose pour que ce soit bon, grogna-t-il, songeur.
-Va falloir trouver quoi, fit Malcène, tandis que Noah s’était assuré que personne n’écoutait. A ce propos, tu as ramené le « tu-sais-quoi » ?
-Absolument, fit Isaac en sortant plusieurs sachets d’en dessous d’une dalle de sa chambre.
Il y avait plusieurs paquets, contenant ce qui semblait être des pilules. Tout était de couleur bleue.
-Commercialisé depuis très récemment, les derniers stéroïdes des laboratoires de ma famille. J’avais soufflé des idées aux chercheurs pour qu’ils orientent la conception dans un usage qui nous serait utile. Ainsi, on en a deux types principaux, fit-il en montrant les deux sachets, s’assurant qu’il avait l’attention d’absolument tout le monde, ce qui était sans nul doute le cas. Le premier s’axe sur les performances : c’est un truc classique qu’on attend absolument partout, les conséquences se font certes plus graves, surtout sur le long terme. C’est donc tout ce qu’il y a de plus parfait pour une compétition sportive, ou une attaque commando –après tout, ils n’ont pas besoin d’être informés des conséquence. Et sont, en toute évidence, indétectables par les contrôles anti-dopages… Mais ça, encore une fois, cela n’a pas besoin d’être su. Mais c’est surtout le second paquet qui nous intéresse, à l’heure actuelle. Pourtant, ces derniers ne sont pas plus performants que des stéroïdes classiques.
-Alors quel intérêt ? demanda Marc, ne suivant pas le fil.
-Eh bien, le but est ici, de non pas améliorer les performances, mais de réduire les conséquences, et ça, c’est absolument nécessaire pour mon plan. Ainsi, si on ne peut pas éviter quelques désagréments -après tout, même si on distribue des forces dans l’organisme, le but premier est de les tirer avant tout de ce dernier-, à part quelques nausées, il n’y a pas de conséquences.
Elsa siffla, assez impressionnée, puis demanda tout de même :
-Même sur le long terme ?
-Même sur le long terme… A ton avis, ils l’ont testé sur quoi ? Pas des rats, ça tu peux me croire…
-Et après, on a des droits humains, sourit Noah, passionné par ce qui se disait.
A ces mots, tout le monde éclata de rire. Puis après quelques minutes à rire de cette hypocrisie, sur plusieurs commentaires bien placés, Marc reprit la parole :
-Au final, Isaac, il serait peut-être temps de nous exposer enfin en quoi consiste ton plan, non ?
-En effet, fit Isaac, avec un sourire allant jusqu’aux oreilles. Voyant que tout le monde l’écoutait avec avidité, excepté Noah qui n’affichait pas d’expression particulière, il reprit : En fait, il faut compter plusieurs facteurs. Comme vous le savez, mon but n’est pas de changer le monde ou ce que vous voulez, je laisse ça aux rêveurs. Notre but premier est de grimper, à notre manière, dans cette société pour nous placer au dessus, et de tout le monde. Ambitieux, certes, mais avec nos moyens, pas irréalisable. Et pour cela, il faut éliminer la concurrence. Chose à laquelle j’ai réfléchi à un moyen de faire plus original que l’ont fait nos prédécesseurs.
-Jusque là, je te suis, fit Malcène. Cependant, quelle méthode adopter ? On sait très bien que le coup de faire tomber avec les scandales appartient au plus que classique, ça se fait démasquer très facilement.
-Eh bien, fit Isaac avec un sourire maniaque en reprenant le cavalier, et jouant de ce dernier entre ses doigts, je pense qu’il s’agit d’exploiter ce que personne n’a pensé à exploiter : les vilains.
-Pardon ? fit Marc, surpris, tandis que Noah levait un œil étonné, sans pour autant piper mot.
-De ce que l’on sait –merci Noah-, les vilains doivent passer chaque jour à faire des « missions » et compagnie pour trouver de quoi survivre. Donc, la moindre chose faisant partie de l’élémentaire, hors tout luxe quel qu’il soit, est susceptible de les intéresser. A partir de là, on peut espérer avoir leur services en échange de choses qui ne nous coûteraient presque rien. Cependant, il ne faut pas faire la même erreur que le peu d’autres nobles ayant déjà tenté de les prendre à leur service, et les traiter avec condescendance. Si cela vient à se produire, bien que gardant une réserve naturelle, nous nous devons de les traiter comme nos égaux, et au moins imaginer qu’il y ait des gens au moins, sinon plus intelligents que nous parmi eux –pas sur le plan des connaissances, hein. Ainsi, en ayant prédit le pire, on ne peut être surpris –en gardant une marge d’erreur qui va bien, cela va de soi.
-C’est bien beau de nous dire que tu veux utiliser les vilains, siffla Noah, mais concrètement, tu veux faire quoi ?
-En effet. Qu’importe les possessions, à l’exception des quartiers de vilains, quand tu remonte, tout appartient aux nobles. Dans un premier temps, je pense en faire attaquer certains du côté des serfs, surtout aux côtés des niveaux d’usines. Concrètement, et ce schéma est valable pour énormément de pays, du côté des serfs, on trouve des usines, qui appartiennent à des bourgeois hauts placés, qui sont les ordres de nobles. Chez les bourgeois, en plus d’un nombre impressionnant de boutiques de divertissement « bon marché » en tout en genre, on y trouve un certain nombre de banques. Si on prend une moyenne, ces banques, appartenant aux nobles, et étant donc dans le quartier bourgeois, on en arrive aux deux tiers des rentabilités d’un noble. Et dans la ville haute se trouve le reste des autres banques, qui se réserve le placement de nobles, et bien que moins nombreux, constitue tout de même un tiers des rentabilités. Et sinon, on retrouve surtout tout ce qui est recherche en médical et génétique, chez nous. Il y a certes un certain nombre de médecins chez les bourgeois, mais surtout des généralistes. Donc nous devons raisonner en termes de possibilités pour nos amis les vilains. Il est impensable de leur faire attaquer la ville haute, ce serait suicidaire, et tout le monde en est conscient. De même, faire attaquer le quartier bourgeois furtivement serait assez risqué à l’heure actuelle. Donc nous prendrons le plus accessible : le quartier des serfs. Évidemment, comme il nous faudra un bouc émissaire pour tout cela, il faudra qu’une société s’en tire bien mieux qu’une autre…
-Pas d’accord sur ce point, intervint Elsa. Il serait plus pertinent de faire attaquer au hasard, pour faire croire qu’ils attaquent les serfs de leur propre initiative.
Isaac arrêta de faire tournoyer sa pièce, penchant sa tête de droite à gauche, les yeux levés au plafond, en pleine réflexion, pesant le pour et le contre.
-Il y a toujours une probabilité qu’on s’axe sur le fait que cela puisse être organisé par quelqu’un « d’en haut », mais ça reste pertinent, oui.
Noah prit alors la parole, de sa voix déformée :
-Cependant, il ne serait pas mieux de faire un test pour voir si des vilains seraient prêts à nous suivre ? Évidemment, pas question de faire savoir qui est derrière cela…
-Un test ? répéta tout le monde, un peu surpris, minus Isaac, qui souriait.
-En effet, répondit Noah en hochant la tête. Je pense que nous devrions en premier lieu faire un repérage de qui serait prêt à envisager de « bosser » pour nous. Et il s’est passé la petite affaire dans le quartier des vilains qui m’a inspiré.
-Raconte nous ça ? demanda Malcène, soudainement encore plus intéressée par ce qui se disait.
-Eh bien, il semblerait qu’une certaine personne –bourgeoise, pas spécialement haut placée socialement- devait remettre une plaquette de pilules vampires à un client dont on n’est pas surs d’avoir vu le bout du nez chez les vilains, et que la petite dame se soit fait prendre, puis que les pilules soient remontés un peu plus haut. Le truc, ajouta-t-il, c'est que l'idée venait de notre très cher Isaac.
-Dans quel but ? Questionna Marc, qui avait du mal à saisir.
-C'était un test avec un appât un minimum conséquent, pour avoir une idée de comment ils réagiraient au vrai test. Avec un résultat aussi satisfaisant qu'escompté, fit Isaac.
Ce dernier venait de replacer son échiquier, et plus particulièrement, les pièces y résidant, puis, sous le regard de ses amis, joua plusieurs coups avec chaque couleur, d’un air extrêmement concentré. Puis finalement, un sourire triomphal s’afficha sur ses lèvres, tandis qu’il annonçait :
-Ça va le faire.
-Explique nous un peu ? demanda Elsa.
-En premier lieu, on va quasiment utiliser le même schéma que celui que Noah vous a présenté. On appâte un bourgeois quelconque avec une proposition de transit d’une de ces pilules contre rémunération dans ce lieu –donc nous sommes les gens à qui on doit remettre les comprimés-, mais dans le même temps, on s’arrange pour que plusieurs gangs de vilains soient au courant, et on propose de leur racheter les comprimés. Et en fonction de qui sera présent lors de cela, et qui aura bataillé pour les avoir, on pourra parler de tout ça.
-Pas mauvais, fit Noah. Mais il nous faut quelqu’un de sur pour aller proposer tout ça. Et quelqu’un qui ne risque rien, ou du moins, pas grand-chose.
A ces mots, toutes les têtes se tournèrent vers Marc, qui se mit à suer à grosses gouttes en murmurant qu’ils les détestaient et les maudissaient.
-Désolé, fit Malcène avec un sourire maniaque, mais tu es le plus à même de faire cela, ne serait-ce que de part de ta position, et les possibilités de t’éclipser. Nous, on se ferait descendre tout de suite, et pour ceux qui doivent connaître les modifiés, dans le meilleur des cas, c’est encore trop assimilé aux nobles.
-Non mais non…
-Si mais si, fit Elsa avec un grand sourire. On compte sur toi. Nous, on va se charger d’organiser l’échange, toi, tu devras être sur place pour regarder le micmac. Ça te changera pas de d’habitude, après tout… Et tu récupéreras les comprimés.
-Par sécurité, que les vilains y voient pas d’intérêts à les avaler, et les garder pour eux, on va donner celles qui ont des effets secondaires dévastateurs sans pour autant donner les meilleurs performances, fit Isaac en sortant un troisième petit sac, dans lequel reposait des pilules de couleur rouge.
Marc soupira, puis tout le petit groupe se regarda, avant d’hocher la tête. Alors qu’ils allaient ajouter autre chose, ils entendirent un son. On venait de toquer à la porte. D’un coup d’œil furtif à Noah, Isaac sut que ceux qui s’y trouvaient venaient d’arriver. Aussi se recomposa-t-il une expression neutre, cacha les pilules, et alla ouvrir pour tomber sur ses parents, et ceux de ses amis.
-Père, mère, salua-t-il. Que puis-je pour votre service ?
-Il est temps que nos invités regagnent leurs demeures, fit Arcahn. La journée a bien avancée, et la nuit ne va pas tarder à tomber.
Voyant que les parents de Malcène et Marc hochaient doucement la tête, ces deux derniers se levèrent, et allèrent les rejoindre. De même, Elsa, Isaac et Noah les suivirent jusqu’à la porte d’entrée, où ils revêtirent leur manteau de noble et leurs masques, pour la famille de Malcène. Après les avoir salué, la porte se referma sur eux.
-Elsa, très chère, fit la mère d’Isaac, allez vous rester pour cette nuit, ou bien allez-vous regagner aussi votre demeure ?
-Je ne puis souhaiter mieux que de pouvoir partager une nuit par chez vous, mais je me dois de demander expressément l’accord de ma propre famille pour cela.
-Soit, répondit-elle, va donc leur téléphoner, que nous sachons si nous devons ajouter un couvert pour le souper de ce soir.
Elle hocha respectueusement la tête, puis alla dans une pièce inoccupée pour passer un appel. La mère d’Isaac donna encore quelques directives aux domestiques, puis partit se retirer dans ses quartiers, laissant Isaac seul avec son père.
-Je pense qu’on te le redemandera au souper et je doute que tu dois n’avoir guère envie de parler de cela maintenant, cependant, comment s’est passé ton examen ? questionna Arcahn. Et qu’en est-il de ce cher Maervin ?
-Pour ce qui est de mon cas, je doute qu’il y ait le moindre problème à déclarer, tout s’est passé exactement comme il l’était prévu. Pour celui de Maervin, il semblerait que Noah ait réussi son entreprise avec succès. Pour un peu, je le plaindrais presque, quand sa famille recevra ses résultats.
-Bien, c’est toujours ça de fait, approuva Arcahn. Que dirais-tu d’une partie d’échec, mon fils ?
-Ma foi, pourquoi pas, père. Tu veux regarder, Noah ?
-Si vous m’y autorisez, maître.
-Je n’y vois aucun inconvénient, alors entamons-là.
-Et finalement, ça s’est passé comment ? questionna Elsa après le souper, dans le lit voisin de celui d’Isaac.
-Eh bien, ma technique commence à être vraiment bonne, mais mon père reste décidément extrêmement fort. Il a encore gagné.
-Ça viendra, tu peux encore progresser, lui, il est au sommet de son art.
-Mais quel sommet…, grimaça Isaac.
-En même temps, fit Noah, sur le tapis, s’il ne te ménage aucunement, je pense qu’il veut que tu deviennes encore plus fort que lui. Ça rentrerait bien dans sa logique.
-Reste plus qu’à voir pour plus tard, je pense…
-Il serait temps de dormir, non ? questionna Noah. On a du pain sur la planche pour demain, du coup.
Et ce fut sur ces paroles qu’une partie du petit groupe rejoignit le pays des rêves.
-Donc nous sommes d’accord, fit Isaac, la voix déformé par l’adaptateur qu’il tenait. Vous irez à l’endroit indiqué, et une fois là-bas, la transaction se fera, après quoi vous recevrez votre argent. Veuillez encore une fois nous pardonner de n’avoir pu organiser cela ailleurs. Oui, oui, j’entends bien… A très bientôt.
Et sur ce, il raccrocha. Noah le regardait avec un sourire amusé, et Elsa en faisait de même, même si cela s’apparentait plus à un rictus, dans son cas. C’était bon en ce qui concernait « l’appât », d’ici une poignée de jours, la personne concernée irait faire une transaction dans un lieu chez les vilains. Marc allait ensuite user de ses contacts chez les vilains pour faire tourner discrètement la rumeur comme quoi quelqu’un était prêt à payer « le prix fort » pour avoir ces comprimés. Par chance, Marc avait des amis vilains qui lui étaient pratiquement aussi loyaux que l’étaient ses amis envers lui. La partie délicate consisterait à faire l’échange sans accroche. Et ça nécessitait que quelqu’un, ici Marc, aille sur place, car ils avaient besoin de quelqu’un de confiance.
Mais cela mis à part, c’était assez brillant. Il n’avait qu’à faire miroiter certains objets de luxe pour s’assurer qu’une cohésion éventuelle n’ait jamais lieu entre la totalité des vilains, et ainsi, il pourrait les contrôler plus aisément. Même si contrôler s’apparentait ici davantage à « employer ». Isaac prit une carte, qu’il déplia sur la table, et fit signe à ses deux amis de venir, ce qu’ils firent, se penchant pour observer ce qui faisait l’attention.
-Donc, fit Isaac, il reste encore à réussir ce plan, mais dans l’optique où cela marche –sans vouloir passer pour prétentieux, ce dont je ne doute pas-, nous avons une compagnie particulière à faire couler chez les serfs. Il s’agit de la compagnie Thogord.
-Tu nous fait un topo ? demanda Noah.
-Bien sur. Il s’agit d’une compagnie assez populaire chez les serfs, puisqu’elle est « locale », comme ils disent, et n’est géré que par ces derniers. Ces derniers offrent en effet, en plus de cela, une qualité supérieure d’outils. Si les outils importés de chez nous ne le sont pas autant, c’est surtout de la crainte qu’ils s’en servent comme armes. Comme ça va arranger tous les nobles, on peut être certains qu’il n’y aura aucune enquête suite à cet incident. Et comme me disait Noah, je doute que les vilains fassent chipotent sur le fait de bien les ruiner. A vrai dire, il n’y aura même pas à leur dire, puisque c’est à cet endroit qu’on peut trouver les meilleurs outils, paradoxalement.
-Ça se tient, réfléchit Elsa. Mais bon, faut d’abord penser à la réussite des plans avec les comprimés. A ce propos, tu vas vraiment avertir tous les gangs de vilains ?
-En effet. Géographiquement, l’habitat des serfs se situe sur la partie Nord du pays, et le bidonville des vilains se situe sur la partie Sud. Le tout séparé de chacun au niveau est et ouest. Donc de toute façon, chaque partie sera au courant, ce n’est jamais qu’une question de jours. Nous nous sommes occupés du déplacement du bourgeois, Marc va se charger de mettre les vilains au courant à sa sauce, puis finalement, vu que ce dernier sera camouflé sur place, il pourra aller voir qui sera allé répondre présent à l’appât du gain. Pour ce qui est du justificatif, nous aurons juste à dire que nous mettons au point une stratégie pour mater deux trois imbéciles qui nécessite un entraînement intensif, ni plus ni moins.
-Cependant, pointa Noah, avec une telle stratégie, tu risque le bain de sang.
-Ce point-ci sert à tester l’intelligence des vilains. J’ai dit que « quiconque ramènera des comprimés aura une récompense », mais je n’ai pas dit qu’il fallait tout ramener, ou qu’ils ne pouvaient pas partager le tout pour prétendre à une récompense. Évidement, le nombre de comprimés ramené influera sur le montant… Mais les provisions ont déjà été commandées, et elles devraient arriver sous peu… Elsa, je compte sur toi pour faire taire le livreur sur notre commande.
-Pas de problème, sourit cette dernière. Compte sur moi.
-Et Noah, ça serait exagérer, si je mettais un générateur électrique dans le bordel ?
Noah croisa les bras, assis en tailleur, puis prit le temps de peser la demande. Puis il répondit finalement :
-Oui. C’est un luxe extrême, l’électricité. De même que l’eau courante. L’eau chaude, n’y pense même pas, je trouve ça vachement excessif, et je trouve que ça reste trop luxueux pour eux.
-Compris. On garde les provisions telles qu'elles sont, mais fait miroiter le truc. Et met dans le tas une viande qui se conserve facilement, et qui vaut un petit paquet d'argent, là-bas.
-A tes ordres, fit simplement Noah.
Marc souriait, le combiné du téléphone en main. La machine était lancée… Il ne restait plus qu’à attendre la réaction.
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Kenshira - il y a 11 ans
Pourquoi y a pas la suite de l'histoire ?
Tout simplement d'une part car j'ai publié le dernier chapitre y a une semaine, et d'autre part car comme dit, il s'agit d'une co écriture, on est donc deux dessus. Or, mon partenaire n'a pas fini son chapitre, il me le donnera quand ce sera le cas. Et il est hors de question qu'on se dépêche pour des histoires de rythme de parution.
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Hasana - il y a 11 ans
Nan mais c'est juste que j'aime bien l'histoire et que j'ai hâte de connaître la suite !
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Chinow - il y a 11 ans
Très sympa. On voit que finalement, les deux histoires se rencontrent, toujours dans les plans et les machinations de chacun. J'ai vraiment, mais alors vraiment hâte de connaître la suite. Après, le plan de Isaac est loin d'être sans faille, et je suis curieuse de savoir si Céleste saura les déceler...
J'aime beaucoup l’allégorie qui est faite tout du long avec une partie d'échec.
Continuez, les jeunes, c'est vraiment une histoire qui me plaît beaucoup !
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Kenshira - il y a 11 ans
Bien le [insérer ici le contexte temporel approprié] à tous. Voici donc le chapitre suivant, assez frais d'un temps relatif. En vous souhaitant bonne lecture ^^ Echec et masques Chapitre 7 : Il y avait un monde fou ce matin-là, au repère des loups. Coraline, en nage et le corps endolori de ses deux heures de baston intensive, peinait à se frayer un chemin à travers la foule. Celle-ci, composée des habitués, des guets et des mercenaires de toutes sortes, était bien plus dense qu'à l'accoutumée, ce que la vilaine ne s'expliquait pas. En revanche, malgré sa compréhension et sa logique limitées, elle ressentait pleinement la tension qui électrisait l'air, et cela dès son arrivée au petit matin. A vrai dire, ses adversaires aussi y avaient été sensibles, tout comme une grande majorité des hommes et femmes présents. Les coups s'étaient échangés avec une rare violence, les limites et les règles avaient été maintes fois dépassées, tout cela en dépit des maîtres et arbitres. En bref, quelque chose n'allait pas. Après avoir rudement joué des coudes, Coraline parvint enfin à s'extraire de la masse et à se glisser dans l'infirmerie, nom pompeux donné à une pièce de repos faite de bric et de broc, dont la taille n'excédait pas le salon de leur appartement. Celle qu'elle cherchait s'y trouvait, fidèle à son poste, penché sur un adolescent qui peinait à retenir des larmes de douleur. - Salut Cora, dit Céleste sans même se retourner, concentrée sur le bandage qu'elle était en train de confectionner. La femme ne répondit pas et se contenta de s'asseoir dans un coin, observant sa chef sans vraiment la voir, perdue qu'elle était dans ses pensées. Toute cette agitation, et le vacarme au-dehors commençaient à lui donner mal au crâne. - Voilà mon grand, c'est fini. Une semaine de repos au moins, alors fais gaffe. Puis, venant de trancher le reste du bandage d'un habile coup de ciseaux, Céleste déposa un baiser sur la joue de son jeune patient, qui rougit, avant de le laisser repartir. Bien évidemment, elle n'agissait pas de la sorte avec tous ceux et celles qu'elle soignait, heureusement. Mais, lorsqu'il s'agissait de personnes fragiles ou instables, ce genre d'attention était indispensable pour redonner un peu de volonté et de joie de vivre. Traiter le corps, l'âme et l'esprit, c'était ce qu'on lui avait appris, et cette méthode fonctionnait fichtrement bien. Au moins avait-on envie de revenir la voir. La médecin de guerre se tourna vers sa camarade, prête à lui rabattre le claquet si elle décidait encore de se moquer de sa manière de travailler. Mais c'est une coraline inquiète, presque maussade, qu'elle découvrit, le regard dans le vague et les mains crispées. Elle qui d'ordinaire riait aux éclats dès qu'elle la voyait embrasser un patient ne semblait même pas avoir remarqué la scène. Céleste laissa s'échapper un long soupir avant de se laisser choir sur un lit de camp. La situation n'avait donc échappé à personne. En même temps, il fallait être fou pour ne pas s'en rendre compte. - Qu'est-ce qui se passe, chef ? L'intéressée leva les yeux de ses pieds qu'elle contemplait bêtement. Coraline l'avait appelée "chef", ce qui n'arrivait pour ainsi dire jamais. Cela trahissait une grande anxiété chez elle, hélas Céleste n'y pouvait rien. Elle nageait elle aussi dans le flou et l'incertitude, n'ayant pas réellement eu vent de ce qui hérissait à ce point ses semblables. En tant que meneuse, elle se devait pourtant de savoir, mais son rôle de soigneuse passait avant tout, et elle avait dû réprimer sa curiosité et son inquiétude. - J'en sais rien, répondit-elle, démunie. J'en sais foutrement rien. Leurs regards se croisèrent alors, et l'angoisse qu'elles ne parvenaient pas à exprimer les traversa de part en part, froide, précise et viscérale : Quelque chose d'important se tramait dans l'ombre, quelque chose de dangereux. Un instant, Céleste imagina que cela avait un lien avec la récente attaque policière, mais cela n'avait pas de sens. Tenter une seconde offensive alors que les vilains avaient encore les nerfs à fleur de peau conduirait forcément à une riposte instinctive, de ce genre de charge irréfléchie et brutale que les bourgeois et même les nobles redoutaient. Et, c'était douloureux de l'admettre, les nobles au moins étaient loin d'être aussi stupides. Alors quoi ? Que se passait-il à la fin ? N'y tenant plus, Céleste prit sa tête entre ses mains et poussa un gémissement. La crainte en elle se muait peu à peu en peur à mesure que les possibilités se multipliaient dans son esprit. Tout à coup le rideau rapiécé de l'infirmerie glissa sur sa tringle, faisant sursauter Coraline et bondir Céleste de son lit. Il y eut un instant de flottement pendant lequel les deux amies dévisagèrent le nouvel arrivant. - Oh, Salut Melvin. Quoi de neuf ? Le salut coutumier de la jeune femme manquait d'énergie, ce qui surprit l'adolescent. C'était la première fois depuis cinq ans qu'il voyait Céleste sans son assurance et son sourire, et c'était troublant. Toutefois la raison qui l'amenait ici sembla le rappeler à l'ordre, aussi annonça-t-il d'une traite : - Mon père a une mission à vous proposer. - Encore ? s'étonna Coraline en fronçant les sourcils, à l'instar de sa chef. Cette dernière scrutait d'ailleurs Melvin de son regard pénétrant, tentant de lire en lui. Ses gestes nerveux, ses mouvements d'épaules et les gouttelettes de sueur qui apparaissaient sur son front étaient autant de preuve qu'il leur cachait quelque chose. - Quel genre de mission ? L'adolescent, visiblement embarrassé, déglutit difficilement. Ses yeux ne parvenaient pas à rester immobiles, et il dansait d'un pied sur l'autre alors que les iris envoûtants de Céleste le sondaient. Celle-ci, faisant fi du malaise ambiant, endossait avec joie son costume d'inquisitrice, son favori parmi tous ceux dont elle disposait. - Merde, j'peux pas vous l'dire ici vous savez bien... - Quel genre de mission ? répéta céleste d'une voix parfaitement calme. Les paupières du pauvre garçon se fermèrent, comme s'il cherchait à couper le contact visuel, mais l'atmosphère pesante qui les oppressait tous de plus en plus eu rapidement raison de ses frêles épaules. - La même que la dernière fois ou presque, y'a juste le lieu et la marchandise à intercepter qui changent, mais sinon c'est la putain de même mission. La perplexité de Céleste fut telle que son joli visage perdit toute la froideur dont elle l'avait affublé, pour refléter une réflexion des plus intenses. Ces deux missions se ressemblaient trop pour que cela soit le simple fruit du hasard, c'était évident. Mais il y avait autre chose que Céleste suspectait et commençait à entrevoir. Il fallait raisonner. En admettant qu'il s'agisse là d'une machination noble ou bourgeoise, ce qui était probable, la question à se poser était : Qu'est-ce qu'une telle combine pouvait bien apporter à un agitateur de fils caché dans l'ombre ? - Et quelle est la récompense cette fois ? s'enquit céleste d'un ton on ne peut plus grave. - Un sacré paquet de bouffe et de trucs sympas. Plus que la dernière fois en tout cas. Un sourire indéfinissable étira les lèvres de la meneuse, dont les idées s'imbriquaient tranquillement. Il y avait donc le même type de rétribution, soit une coïncidence de plus. La thèse du complot devenait donc de plus en plus plausible. Soudain une suggestion désagréablement pertinente frappa Céleste, qui demanda avec plus d'autorité qu'elle ne l'aurait voulu : - Melvin, c'est quoi ce bordel dans le repère aujourd'hui ? Le visage de l'adolescent devint livide, et la sueur se mit à y couler abondamment. De toute évidence impressionné par son interlocutrice et surtout par la flamme qui brillait au fond de ses yeux, il bégaya : - Je... je crois... Enfin on m'a dit que... que c'était la... La rumeur qui faisait ça... - La rumeur de quoi ? De la mission ? - Je... Je crois mais... mais c'est pas moi, j'te jure ! Les yeux comme deux gemmes en fusion, Céleste fit un pas en direction de Melvin, lequel paraissait sur le point de défaillir. Lentement, en prenant le temps d'articuler, elle demanda : - C'est toi qui a vendu la mèche ? - Non ! cria le garçon tout épouvanté, avant de fondre en larmes. j'te jure ! Céleste secoua la tête pour en chasser tout soupçon concernant l'être en pleurs qui se tenait devant elle, et qu'elle était sur le point de briser en deux à la seule force de sa volonté. S'il avait été coupable, il le lui aurait avoué, cela ne faisait pas l'ombre d'un doute. D'une main elle attira l'adolescent à elle et l'enlaça, pendant que de l'autre elle lui caressait doucement les cheveux et la joue. Elle aimait bien Melvin, et il ne fallait pas que les machinations d'un taré haut placé brisasse le lien qui les unissait. Ce gosse connaissait bien assez la misère, inutile de le faire souffrir inutilement. - Allez, t'inquiètes pas, lui susurra-t-elle. J'te crois. Je voulais juste être sûre. Voilà. sèche tes larmes et rentre chez toi, on est toujours amis. Consciente du mal qu'elle venait de faire et capable de le réparer, Céleste ponctua ses mots de consolation d'un petit bécot, avant de laisser repartir le garçon, fébrile mais rassuré. Cela fait, elle alla se rasseoir sur le lit de camp, et se remit à réfléchir, sous les yeux étonnés de Coraline. Maintenant, elle était persuadée que quelqu'un tirait les ficelles de ce conflit encore latent, mais qui finirait tôt ou tard par exploser. Et quelque chose lui disait que cela allait prendre de l'ampleur, peut-être même plus que les responsables ne l'avaient prédit. D'un geste mécanique, Danton glissa un nouveau cure-dents entre ses lèvres gercées, avant de jeter un rapide coup d'oeil à sa montre à quartz. Il ne restait plus que quelques minutes avant l'heure de l'échange soi-disant secret. Les bourgeois allaient avoir une drôle de surprise, quand les trois quartiers vilains qui patientaient dans l'ombre leur tomberait dessus. Toute une bande d'hommes et de femmes désespérés et prêts à n'importe quoi pour un peu de nourriture, armés et déterminés. La rumeur du rendez-vous et de la récompense s'était transformée en annonce quasi-officielle en moins de temps qu'il n'en avait fallut pour que le bruit fuite. Car oui, cette information initialement secrète s'était répandue telle la peste dans une partie des quartiers vilains, causant excitation, espoir, et, pour les plus perspicaces, méfiance. Si Danton savait une chose, c'était qu'une mission de ce type jamais ne parvenait aux oreilles de plus de quelques vilains ou bourgeois à double-face. or, ce n'était pas le cas, ce qui, aux yeux de ceux et celles capables de lire entre les lignes, signifiait une anomalie dans le processus. Partant de ce constat, il était aisé de deviner ce qui était en train de se passer : Une ou plusieurs personnes avaient tenté d'introduire une rumeur dans la machine vilaine, et, au vu de ce qui s'en était suivi, cette ou ces personnes ne savaient pas totalement s'y prendre. Certes il était encore bien trop tôt pour percer à jour les responsables, cependant Danton avait sa petite idée en tête. - Chef. On lui tapait sur le bras. Danton émergea de ses réflexions et se tourna vers son équipière, qui lui pointait quelque chose du doigt. L'homme regarda à son tour et découvrit, filant comme l'éclair, un commando vilain pénétrer dans le bureau de poste désaffecté. - Je crois qu'il est pas encore l'heure, fit remarquer Sonia sans hausser la voix plus que nécessaire. On intervient ? Calmement, Danton secoua la tête en signe de négation, avant d'à nouveau s'adosser au mur du petit appartement dont lui et ses camarades avaient investi le balcon du premier. De là ils bénéficiaient d'une vue plongeante sur le bâtiment qui les intéressait tant, et qu'ils pouvaient rallier d'un simple saut. De par ses deux mètres, Danton n'avait nul besoin de trop s'approcher du garde-corps afin de guetter, ce qui n'était pas le cas de son groupe. Le géant, meneur né grâce à son charisme et à sa voix tonitruante, ne parlait jamais pour ne rien dire. Pour lui, la langue était une arme aussi flexible que mortelle, dont on ne devait pas abuser lorsque la nature nous l'avait faite acérée. Avec elle, l'on pouvait rendre un ennemi docile ou un allié hostile, l'on pouvait unir ou diviser, l'on pouvait blesser les plus forts, avec elle, l'on pouvait faire bouger les choses comme on l'entendait. Et c'était cela, qu'il allait faire. Pour une fois qu'il en détenait la possibilité, il ne se gênerait pas pour frapper sans retenue les purs et leur ignoble morale. Danton n'en était pas à son coup d'essai dans cette séditieuse discipline, il s'était longtemps préparé, priant pour qu'un jour une faille s'ouvre devant lui. Et voilà que ses désirs étaient devenus réalité. Soudain tout alla très vite. Le commando qui était entré une minute plus tôt dans le bureau de poste réapparut, avant de se figer net. Trois autres escouades venaient de faire irruption dans la large avenue, ce qui faisait déjà une vingtaine de vilains. - Chef ! murmura Sonia sans chercher à dissimuler sa panique. Vous voyez ? L'intéressé acquiesça doucement, remuant son cure-dents de gauche à droite et de droite à gauche. Il n'y avait aucune raison de s'emporter. Tout se déroulait exactement comme il l'avait prévu. Plus que quelques instants et le destin allait prendre un brusque tournant. - Donnez-nous les plaquettes ! hurla un homme en contrebas, alors que les canons se braquaient pêle-mêle. - Vous donnez-les nous ! Ce dernier ordre, émanant d'un nouveau groupe, résonna comme un signal qui décida une dizaine d'autres équipes à tenter leur chance. Plusieurs tireurs pointèrent le bout de leur nez, postés qui sur un balcon, qui à une fenêtre brisée, qui sur un toit. La tension, palpable, était sur le point de faire disjoncter tous les hommes et femmes présents, de court-circuiter leurs priorités et de faire passer pour plus important une ration de survie que leurs semblables. Et c'est ce moment critique que choisit Danton pour entrer en scène. - Assez ! L'injonction, implicite et soudaine, fit voler en éclat toute l'animalité qui était en train de contaminer les vilains. Tous s'immobilisèrent, tous levèrent la tête, car tous connaissaient cette voix. Cet organe puissant qui avait sapé l'autorité de tant de fauteurs de trouble, qui avait su souffler les flammes de la furie quand celle-ci menaçait de déchirer le peu de cohésion existante, ce timbre si particulier qui sonnait à chaque fois comme un cessez-le-feu ou un ralliement, Danton était là. Son corps de colosse les dominait, il n'avait pas peur. Un silence religieux s'abattit subitement sur l'avenue, alors que sans discontinuer de nouveaux arrivants affluaient, ayant entendu cette voix profonde ou ne comprenant pas ce qui se passait. Une force implacable, se dégageant de l'homme sur sa tribune, rendait muets les bouches et les canons. - Mes amis ! s'exclama Danton en ouvrant les bras et en embrassant la foule grandissante du regard. Etes-vous conscients de ce que vous étiez sur le point de faire ? Alliez-vous réellement vous en prendre à vos frères et soeurs ? Les mots de cette harangue improvisée se détachait distinctement comme autant d'accusations portées, se suivant lentement pour que chacun les comprenne, et pour que le nombre impressionnant de vilains ait le temps de se masser dans l'avenue. Tel un frisson, une vague de honte commençait à faire frémir la multitude, baissant les yeux et serrant les coeurs. - Je ne suis pas là pour juger votre colère, car elle est légitime ! Mais je suis ici pour vous faire comprendre que vous ne la dirigez pas sur les bonnes personnes ! Puis, après avoir laissé quelques secondes de flottement, Danton rugit : - Vilains ! Vos frères et vos soeurs ne sont pas vos ennemis ! Vous partagez tous et toutes la même misère ! Ouvrez les yeux ! Ne voyez-vous donc pas que tout ceci n'est qu'un cou monté ? Un complot pour nous faire nous entretuer, nous fragiliser et nous abrutir ? Cette révélation eu l'effet d'une décharge dans l'assemblée. Les bouches se béaient, les esprits commençaient à saisir ce qu'on essayait de leur prouver. Danton, satisfait, brûlait de ce feu que seuls les grands orateurs et révolutionnaires pouvaient ressentir, ce qui n'affectait en rien sa lucidité. D'ailleurs, voyant là le moment idéal pour enchaîner, il reprit de plus belle : - Et qui, mes chers frères et soeurs, qui, je vous le demande, nous hait à ce point ? Qui est assez fourbe, assez mauvais et assez lâches pour nous attaquer de cette manière ? Qui encore, chercherait à nous nuire, à faire le plus de mal à nos enfants et à nos maris, nos épouses, sans risquer de se salir ? Qui ? Un grondement sourd émanait à présent de la foule toujours plus dense. L'avenue était saturée et d'autres gens arrivaient encore, se pressant pour écouter. La rage qui montait peu à peu était contagieuse. Le temps de prendre son souffle pour achever son discours, Danton maudit une énième fois les monstres qui lui avaient retiré sa famille. Aujourd'hui, il allait signer sa revanche. - Ce sont nos ennemis de toujours ! Les bourgeois ! Les nobles ! Les purs qui nous privent de la vie, nous réduisent et nous asservissent ! Soulevons-nous contre les despotes ! Montrons-leur, et unissons nos forces afin de leur reprendre les vies qu'ils nous ont volées ! En êtes-vous capables ? Un cri unanime et vibrant de fureur lui répondit. Les armes et les poings étaient brandis, les imprécations fusaient et les promesses de vengeance et de sang pleuvaient déjà avec force. Des coups de feu tirés vers le ciel, symbole erroné des hautes castes, retentirent, presque étouffés par les hurlements des vilains. Danton, fier de lui, croisa les bras et se tut. Il avait réussi, et pas seulement à faire réagir une foule décontenancée. Il contemplait les petits groupes qui se détachaient, encore chauds de ce court moment de patriotisme, et qui s'empressaient d'aller éveiller le reste des quartiers. - Bien joué chef, le félicita Sonia, les yeux brouillés de larmes. On va les avoir ces enfoirés. Le géant ne put se retenir de sourire. Il était décidément ridiculement facile de jouer avec l'esprit humain. Lui rêvait d'une révolution sanglante et sans pitié, il n'avait eu qu'à jouer de sa langue pour l'avoir. C'était encore mieux que de claquer des doigts. Ces odieuses pensées ne signifiaient pas qu'il n'était qu'un bête émeutier en quête d'insurrections, mais signifiait plutôt, selon lui, qu'il fallait bien une personne et beaucoup de sacrifices pour changer les choses. C'était là une loi immuable auquel les mortels n'échappait pas. Et les purs, malgré ce qu'ils pouvaient croire, n'étaient rien d'autre que des mortels. - Bien. L'attention générale du groupe convergea vers le chef. Ce dernier venait d'ouvrir la bouche, et cela ne souffrait aucune interruption. Sonia, et tous les autres le savaient de longue date. - J'espère que vous êtes en forme. Parce que nous allons arpenter les bidonvilles d'Est en ouest. Nos amis ici bas vont préparer le terrain, il ne tient qu'à nous de lever et de motiver les troupes. Puis, se redressant, il ajouta, changeant de cure-dents avec dextérité : - La guerre ne va pas se faire toute seule.
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Chinow - il y a 11 ans
Dieu que c'est classe, tout ça ! Voilà la brillante stratégie de Isaac balayée d'un revers de main par un certain Danton, révolutionnaire de son état (hum).
Franchement, j'ai beaucoup aimé. Le fait que notre bande de héros ne soient pas, justement, les héros du jour, me plaît beaucoup. En effet, ce n'est pas à eux de mener une révolution, ça ne leur ressemble pas. D'ailleurs, j'ai beaucoup aimé voir Céleste dans son rôle de soigneuse.
J'ai vraiment envie de voir la suite, là.
Votre partie d'échec est passionnante, les jeunes. Et Blast vient de jouer un joli coup qui n'était pas prévu, je crois. Je suis vraiment très curieuse de connaître la riposte de Kenshira !
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Hasana - il y a 11 ans
C'est impressionnant, j'aime bien la manière dont tu écrit et le style...
La suite, la suite, la suite !!!

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Kenshira - il y a 11 ans
Et je reviens de l'enfer !

Voici donc la suite, profitez bien ^^
(il est possible qu'il y ait quelques différences, j'éditerais peut etre un peu plus tard, pas sur)
Echec et masques
Chapitre 8 :
Quelque chose n'allait pas.
Isaac tapotait son doigt contre son bureau, tandis qu'il étudiait le programme de l'année suivante. Mais cela n'était qu'une manière comme une autre de garder son sang-froid. Car, en réalité, il s'était heurté à quelque chose qu'il n'avait pas prévu. Ou plutôt, tout du moins, une chose dont il pensait que la probabilité était négligeable.
Aucune réponse.
Impensable.
Il n'y avait eu aucune réponse à l'opération qu'il avait commandité plus tôt. Quatre jours s'était écoulés depuis le coup de téléphone de Marc. Puis deux autres, durant lesquels l'impatience tempérée d'Isaac s'était peu à peu muée en certitude : quelque chose avait échoué dans le processus. Mais quoi ? Avait-il sous estimé l'intelligence des vilains ? Ou surestimé la fiabilité des contacts de Marc ? Ou bien était-ce Marc lui-même qui avait fait une erreur ? Voir même lui-même, dans le plan en soi. Peut-être cela avait été trop similaire...
Marc était allé récupérer des informations sur ce qu'il s'était passé, et d'après son portable, il ne devrait pas tarder à arriver. Il arrivait fréquemment que le petit groupe se réunisse pour tout comme rien, donc cela n'étonnait les parents de personne, même si respecter l'étiquette restait de mise.
Maintenant, il y avait deux possibilités : soit quelque chose de clair et public était arrivé, et là Isaac le saurait rapidement, et pourrait agir en conséquence, soit c'était arrivé en comité réduit, et là, il aurait besoin d'être nettement plus prudent, surtout si les vilains cherchaient à contacter le commanditaire intermédiaire de la mission. Peu importe comment il le retournait, le second cas serait le pire. Il ne pouvait pas être percé à jour dès le début, si ?
-« Ce n'est quand même pas... »
-Isaac, intervint une voix faible mais nette, le coupant dans ses pensées.
-Qu'y a-t-il, Noah ? Demanda Isaac en se retournant vers lui.
Comme toujours, il était assis par terre, contre le mur, les bras croisés, et les jambes en tailleur. Il darda son regard sur le jeune héritier, puis dit :
-Tu ne devrais pas trop théoriser pour l'instant, c'est évident que cela te nuit. Ce ne serait pas bon si ça finissait par altérer ta gestuelle, ou pire, ton raisonnement. Attends que Marc revienne, il n'y a que ça à faire pour le moment. Et techniquement, même si le pire est à prendre en compte, il ne faut pas que raisonner dessus. Tu n'as pas eu d'information comme quoi tu étais découvert ou quoi que ce soit, que je sache. Alors détend toi.
Isaac le regarda en clignant des yeux, quelque peu surpris, puis sourit.
-Merci, Noah.
-De rien.
Il souffla, et se rassit plus confortablement dans sa chaise, plus apaisé. Il sentit ensuite son téléphone vibrer. D'un geste démontrant que sa dextérité dans le maniement de cet outil de la vie courante chez les purs n'était plus à faire, il le sortit de sa poche, et sourit en regardant le message qu'il venait de recevoir.
-Alors ? Demanda Noah tandis qu'il voyait un fin sourire s'étendre sur le visage d'Isaac.
-Marc arrive. J'appelle Elsa et Malcène pour leur dire de venir.
Noah ferma les yeux, puis ce fut à son tour de faire un semblant de sourire.
Le groupe était réuni à nouveau, et ils attendaient que Marc arrive. Elsa grommela :
-J'espère qu'il ne va pas tarder, non plus... Je suppose qu'il va y avoir de l'info à se mettre sous la dent.
-J'espère, commenta simplement Isaac, songeur.
-Oh, allez, monsieur le génie, sors toi de ta torpeur, railla Malcène. Tu nous tire une tête de poisson mort, là.
Le dit génie lui lança un regard on ne pouvait plus blasé. Et tandis qu'il s'apprêtait à ouvrir la bouche et dire quelque chose, on toqua à sa porte. Et pour le coup, il ouvrit effectivement sa bouche, mais dans l'optique de dire une toute autre chose qu'initialement :
-Oui ?
-Excusez-moi, jeune maître, fit la voix d'une servante. Mais votre ami est arrivé.
-Descendez donc lui dire que je m'en vais le rencontrer sous peu.
-Très bien, jeune maître.
Et tandis qu'on pouvait entendre le bruit de pas qui s'éloignaient, Isaac remit son habit de noble pour la sortie, même s'il savait qu'il allait retourner dans sa chambre à peine quelques minutes plus tard. Avec un soupir, il sortit sous le regard amusé de ses amis, et descendit pour voir Marc en train de discuter avec Arcahn tandis que la servante ôtait et rangeait sa veste.
-Te voilà, fit Arcahn en apercevant son fils. Vous avez encore votre propre business à traiter, où est-ce juste une rencontre pour se rencontrer ?
-Marc a du vous le dire, père, non ? Répondit prudemment Isaac en descendant les escaliers.
-Justement, répondit-il avec un très discret sourire amusé. Il m'a dit qu'il ne savait pas exactement pourquoi tu lui avais demandé de venir, juste de prendre quelques affaires qu'il a l'air de vouloir garder.
-Pour vous dire la vérité, père, je voulais parler de quelques plans que je prévois pour notre avenir, sourit Isaac, faisant légèrement sursauter Marc.
-Oh ? Fit Arcahn avec un faux air étonné. Scolairement, tu entends ?
-La tactique étant la majeure partie de la chose.
Arcahn ne dit rien de plus, faisant disposer la domestique, tandis que Marc montait avec Isaac, ce dernier lui donnant un moment un coup de coude dans l'estomac. Il les regarda avec un air indéchiffrable, les mains croisées dans son dos, puis repartit sans mot dire dans son bureau, repassant lui aussi par les escaliers.
-On a failli attendre, fit Elsa en voyant Marc et Isaac rentrer. Entendant le soupir du bourgeois, elle ajouta : il s'est passé quelque chose ?
-Il a croisé mon père, fit Isaac, posant ses affaires, les yeux fermés, un air neutre sur son visage.
-Oh, répondit-elle simplement.
-Faut faire attention à lui, vous savez qu'il ne faudrait pas qu'il finisse par apprendre quoi que ce soit, renifla Malcène, tendue.
-Si vous faites attention, ça devrait aller, fit Noah. Mais soyez prudents.
-C'est en effet le cas, répondit Isaac en hochant la tête alors que Marc avait une tête presque blasé. Qui était celui qui avait joué sur les mots tout à l'heure ? Il ferait mieux de ne pas le dire, ça ne ferait que rendre tout le monde plus tendu.
-Mais, ajouta-t-il ensuite, on t'attendait. Tu peux nous expliquer ce qui se passe ?
Tout le monde vint s'asseoir sur le tapis au centre de la salle, et tous se tournèrent vers Marc.
-Alors, c'est quoi ce bordel ? Grommela Elsa.
-Accrochez-vous, car c'est assez lourd, fit le bourgeois. Apparemment, la rumeur du lieu de rendez-vous s'est ébruitée chez les vilains... Au point que c'est devenu quasi public.
-Bande de triples abrutis...., marmonna Isaac en fermant les yeux, se pinçant le nez. Au moins, c'est un événement public, c'est moins grave que si quelqu'un avait compris la combine. Puis il ajouta : et finalement, ça s'est terminé comment ?
-Ce n'est pas normal que personne ne nous ait encore contactés malgré cela, renifla Malcène.
-C'est là le plus surprenant : ça n'a justement pas tourné en bain de sang, annonça-t-il, surprenant absolument tout le monde, quoi que Noah se contenta d'ouvrir un œil. Un vilain, manifestement connu pour ses talents d'orateur,a stoppé net la petite sauterie.
-Et qu'est-ce que ça a donné ? Demanda Elsa. Je n'imagine vraiment pas que ça puisse se stopper comme ça...
-Comme tu dis ! En plus de quoi, il a lancé les vilains dans son délire, qui l'ont suivi. Et tenez-vous bien, ça a été annoncé juste après : ils partent demain faire un raid sur les quartiers est et ouest des bourgeois !
Tout le monde écarquilla les yeux devant l'annonce des faits. Isaac demanda, ou plutôt pratiquement exigea immédiatement à Marc :
-Je veux tout ce que tu sais sur le vilain qui a fait ce discours.
-Eh bien, fit Marc, ayant déjà vu venir la question, on ne sait pas grand chose de lui, sinon qu'il s'appelle Danton, et qu'il est un très bon orateur. Il ne parle apparemment pas beaucoup en dehors de ses discours. Et, mais là, ça quitte les faits pour entrer dans l'interprétation, mais vu la ferveur qu'il avait pendant son discours, il ne serait pas étonnant qu'il ait de la rancune. Sinon, je ne sais vraiment rien.
Après qu'il ait terminé sa phrase, Isaac commença à ricaner. De plus en plus fort, pour en arriver à finalement éclater de rire, sous le regard perplexe de ses compagnons.
-Et c'est tout ? D'accord, j'ai compris. Ce type, au final, n'a fait qu'accélérer mes plans. Ceci dit, il va falloir y faire très attention, car si ses actions nous arrangent pour le moment, ça va très rapidement changer. Donc il va falloir le tuer aussi vite que possible. L'idéal serait ensuite de mettre un pantin à la tête de cette révolution, mais ça me semble assez impossible à mettre en place pour le moment. Peut-être plus tard. En tout cas, le plan ne change pas, mais je veux rester informé. Marc, le point fondamental reste que les vilains ne passent pas lors de leur raid les défenses. Peu importe les pertes des deux côtés, ils ne doivent pas passer.
-Je verrais ce que je peux faire, répondit ce dernier. De manière invisible, évidemment ?
-Absolument, fit Isaac en hochant la tête. Au passage, il n'est pas impossible que quelqu'un vienne nous réclamer la récompense pour les plaquettes, mais ça serait assez suspect, vu le focus apparent. Si ça arrive, il faudra faire très attention, ou dans le cas où ils sont un peu manipulables, les éliminer.
-Ca ne risque pas d'attirer l'attention ? Demanda Elsa.
-En fait, répondit Malcène pour Isaac, le fait est qu'ils ont été à deux doigts de s'entretuer pour ces plaquettes. Ca m'étonnerait que si quelqu'un venait à les récupérer, ils ébruitent cela. Ou alors, c'est qu'ils sont d'une bêtise insondable, et ce ne sera même pas la peine de répondre. De toute façon, dans l'immédiat, l'objectif est atteint.
-On fait quoi, concrètement, du coup ? Demanda Malcène, un sourire scotché aux lèvres.
-Retournez à vos occupations. Si possible, rassemblez des informations, mais pas d'initiative inutile. Ca sera pour bien plus tard dans le futur, mais je vais avoir besoin d'informations sur les modifiés qui sont dans la nature, et ceux qui sont chez des familles nobles. Particularité comme localisations, tout est bon. Marc, reste en contact avec les vilains, mais reste en retrait. Elsa et Malcène, continuez vos études, et entraînez-vous sur vos « spécialités ». Pensez aussi à entretenir votre forme physique. Quand à Noah, j'aurais quelque chose pour toi. Le meeting du jour est terminé.
-A tes ordres, répondirent-ils tous en chœur.
Et c'est sur cette touche que chacun prit ses affaires, et partirent, leur tâche respective en tête, Noah s'étant replacé dans sa position habituelle, contre le mur.
-Pas la peine de t'asseoir, Noah, on bouge, dit silencieusement Isaac.
-Où ? Demanda muettement ce dernier.
-Le dojo, on va s'entraîner un peu.
Noah se releva donc, hochant la tête. Isaac prit quelques vêtements faits pour le sport dans son armoire, puis ils sortirent de la chambre, ces derniers sous le bras, le regard sans expression ni émotion. Sur le chemin, ils croisèrent la mère d'Isaac.
-Vous allez vous entraîner ? Demanda-t-elle en voyant les vêtements.
-En effet, fit Isaac en hochant la tête. J'ai besoin d'entretenir mon corps.
-C'est bien, répondit-elle simplement.
-Dites aux domestiques que je ne veux pas être dérangé. J'ignore combien de temps on prendra.
-Je leur ferais dire sous peu. Dépense-toi bien.
-..., fit la seule intervention de Noah. Son regard était indéchiffrable.
Et c'est ainsi que se termina la conversation, chacun reprenant son chemin. Une fois arrivés dedans, ils se changèrent. Enfin, Isaac se changea, puisque Noah ne portait rien à proprement parler. Ils décidèrent aussi, puisqu'étant seuls, de parler en lisant les lèvres de l'autre, d'une part car Noah appréciait plus, et d'autre part car personne ne pourrait saisir la conversation qui se tiendrait, puisque les portes seraient fermées. Isaac se mit donc face à Noah, puis ils se saluèrent.
-On commence par quoi ? Demanda Noah.
-Un échange souple pour commencer, afin de s'échauffer. De la vitesse.
Noah hocha la tête. Il était nettement plus rapide qu'Isaac, mais avait un manque de puissance qu'il compensait par des mouvements violents. De même, il jouait souvent sur l'effet de surprise que permettait l'extension des serpents, sur son bras et en guise de queue. Ils se mirent chacun en garde, puis Noah s'avança sur lui, son serpent sur le bras enroulé pour former plus ou moins un membre aux dimensions normales. Il devait se battre comme un humain pour le moment. De son autre bras, Noah lança un coup, qu'Isaac esquiva en allant sur le côté, dos à son bras, l'attrapant avec sa main gauche. Puis, le tirant légèrement, il lui asséna de son autre bras, un coup de coude dans l'arrière du crâne. Noah tomba lourdement par terre, mais se releva immédiatement, faisant un semblant de mini roulade quasiment sur lui-même.
Ils continuèrent ainsi à échanger quelques temps. Puis, à la fin de quoi, Noah fit :
-Tu manques encore de puissance.
-Je sais, fit Isaac, se remettant à lentement enchaîner des mouvements, tout en sueur. Mais je dois faire attention à bien la doser, frapper excessivement fort me mettrait en danger également. Il n'empêche... Je t'envie, tu n'auras pas à prendre de douche après.
-Je suis ectotherme, faudra que je me mette au froid après, ce n'est pas forcément mieux...
Après quoi le jeune noble ricana silencieusement pour lui-même, avant de finalement dire :
-Je vais avoir une mission à te confier.
-De quoi s'agit-il ?
-Je veux que tu ailles assister à la fête que les vilains préparent. Qu'on soit bien clair, je te veux en dehors des combats, tu ne fais que regarder. Concrètement, je veux juste un aperçu de ce qui va se passer, car toi, tu es fiable à quasiment 100%.
-Ca reste risqué, mais pas infaisable, surtout si je reste en dehors des combats. Qu'est-ce que tu veux réellement, au juste ?
-L'idéal, ça serait que tu arrives à voir la tête de ce Danton, que tu puisses me faire un portrait robot.
-Autant te faire un rapport est assez simple en soi, autant ce que tu me demandes là est pratiquement impossible, pour ce que je sais maintenant. Les chances de le voir dans le carnage -à supposer que j'aille dans le bloc où il sera, est ou ouest- sont très minces, et ça demanderait de plonger dans la bataille, ce qui se contredit avec ta commande initiale.
-C'est pour cela que j'ai parlé d'idéal, fit Isaac en secouant la tête. C'est le jackpot, ça. Je tenais juste à que tu le saches. Mais la priorité reste la même. En outre, je doute que tu le vois. Car si c'est le cas, c'est que cette menace de révolution n'en est pas une.
-Bien. Et si je croise des gens malgré tout ?
-Tu les tues, aussi rapidement que possible. Par contre, je ne veux pas qu'on puisse y retrouver ta façon de faire.
-A tes ordres.
Et c'est sur ce, que les deux amis, qui s'entraînaient jusque là chacun de leur côté, leur conversation s'étant littéralement faite sans le moindre bruit, se remirent à batailler gaiement.
Noah, assit dehors, regardait le ciel, tandis qu'Isaac prenait une douche bien méritée. La température de l'air frais était exactement ce qu'il lui fallait pour réguler sa température corporelle. Ses pieds se balançaient dans la vide, puisqu'il était sur le toit du bâtiment. Ils ne s'en étaient pas rendus compte puisqu'ils s'étaient isolés, mais ils avaient fini par passer la majeure partie de l'après-midi, pour ne pas dire au complet, à s'entraîner dans le dojo.
-C'était sympa, ceci dit...., fit Noah pour lui-même. Puis il regarda autour de lui : En parlant de choses sympathiques... La nuit est toujours aussi paisible.
Il sourit brièvement pour lui-même.
Le lendemain, la journée sembla passer exagérément lentement pour tout le monde. Il devenait de plus en plus dur de ne pas laisser transparaître le fait qu'ils trépignaient littéralement. Heureusement, ou malheureusement, selon le point de vue, ils étaient en vacances. Ce qui faisait qu'ils étaient libre de sortir à volonté, que ce soit pour faire des achats divers, se divertir, ou simplement étudier. Ils pouvaient aussi s'entraîner. Elsa se livrait avec joie à son activité favorite, jouant avec le dernier jouet trouvé, côté hérité de ses parents. Marc planifiait et arrangeait les détails pour le soir, pour ce qu'il avait prévu. Malcène continuait à étudier l'anatomie, de manière plus ou moins conventionnelle. Bref, tout se déroulait normalement pour la situation dans laquelle ils étaient actuellement. Noah semblait quelque peu dans la lune, et Isaac lui avait trouvé un peu de matériel,ce dont ils étaient en train de discuter en ce moment.
-C'est bon, tu as tout, maintenant, fit Isaac.
-Je suis vraiment obligé de prendre cela ? Demanda Noah.
-Je sais que tu n'aimes pas trop, mais je préfère limiter au maximum les risques. Et faut que tu t'y habitues, ça deviendra bientôt un standard. En plus, on l'a fait spécialement pour toi dans ce genre d'occasions, tu sais.
-Je sais, je sais...
Noah, qui jouait à faire balancer ses jambes, rejeta la tête en arrière, contemplant le ciel à travers la fenêtre, tandis qu'Isaac faisait l'inventaire de ce qu'il allait embarquer, triant et jugeant précautionneusement. Le soleil commençait à décliner.
-Ca va être l'heure.
Noah sortit très prudemment par la fenêtre de la demeure, faisant attention à ne pas être vu, allant directement vers les égouts, une longue cape noire et ample à capuche le cachant presque intégralement. Ces derniers présentaient plusieurs niveaux : pour lui, qui passait pour changer « d'air », c'était quelque chose d'assez pratique. En effet, géographiquement, vu que la ville haute était plate, mais en hauteur par rapport au reste. Et l'altitude décroissait jusqu'au quartier des vilains. Et à chaque points cardinaux de la ville se trouvait un conduit. Pas seulement Nord, Sud, Est et Ouest, mais aussi ceux tels que Sud-Ouest, Nord-Est. Aussi emprunta-t-il celui de l'Ouest, puisqu'il s'agissait de sa destination. Le fait étant que pour quelqu'un de normal, ces égouts possédaient des conduits trop étroits pour permettre de remonter. Et même pour un bon nageur, si l'on décidait de faire de l'apnée, le contre courant était assez fort. Alors même s'il était possible de le remonter, il était impossible de monter avec un attirail sur soi, et des armes. Et passer sans armes n'était même pas envisageable. C'est pour cela que ces conduits n'étaient pas utilisés pour remonter. Sans parler des bactéries qui y régnaient, et les risques encourus pour une personne non vaccinée proprement.
C'est ainsi que les vilains ne le savaient pas, puisqu'ils ne remontaient pas par ici, mais les égouts ne reliaient pas directement la ville haute au bidonville, mais on pouvait s'en servir pour repasser en plein milieu bourgeois.
De toute façon, si un bourgeois le voyait... Il finirait dans les égouts. Ce n'était pas grave, et cela n'inquiéterait personne, quoi qu'il arrive.
Ainsi passa-t-il par ces derniers, se faufilant prudemment dans les égouts, afin d'arriver au district bourgeois. De nuit, il était très dur de le repérer, du fait de ses écailles noires. Ce qui faisait qu'il apparaissait nettement le jour, en contrepartie. Alors qu'il avançait le long de la muraille, délaissée pour l'instant par les gardes qui étaient de garde ailleurs, il se demandait toujours pourquoi de tels escaliers avaient été mis. Certes, faciliter le fait de monter était quelque chose de nécessaire, mais pas besoin de faire des escaliers, fait de la même pierre que le mur, sur dix mètre de large, si ? Les humains et leur démesure...
Bonne chose qu'il ait appris par cœur les rondes. Avoir les informations d'une famille noble pouvait s'avérer utile.
Bien. Ca avait été fait pour ça... Il descendit, faisant de l'escalade, tenant précautionneusement un chemin de briques dont il avait l'habitude et dans sa main, et dans la gueule de ses serpents pour s'équilibrer. Il avait beau avoir l'habitude, ça restait dangereux. Et très voyant en plein jour. Si d'aventure le jour se levait avant qu'il ne remonte, il resterait coincé. Sauf s'il arrivait à rejoindre un égout. Mais cela restait assez difficile, car on voyait souvent des vilains se baladant, et les tuer aurait vite fait d'en ameuter d'autre, surtout que la manière dont ils mourraient n'étaient pas... conventionnelle.
Ainsi alla-t-il se cacher sur la plateforme d'un rocher, dont le côté plat le cachait relativement bien. Et en plus, c'était un endroit difficile d'accès, et quelqu'un de normal aurait le plus grand mal à monter la muraille à partir de là, même avec du matériel, donc il était assez tranquille.
Le point d'observation idéal, en somme. Il devait juste tout de même faire attention à ne pas être vu.
A peine fut-il posé qu'il entendit une détonation. Il fut par ailleurs assez surpris, ce n'était pas encore l'heure. Avant de comprendre.
-Ah..., murmura-t-il pour lui-même.
Il eut un fin sourire. Alerter d'abord pour prévoir, donc ? Cela était une bonne manière de faire... Quand à lui... Il n'avait qu'à attendre. Il s'assit donc en tailleur, regardant paisiblement le paysage, attendant que les vilains lancent l'attaque prévue.
Un carnage. Il n'y avait définitivement que cela pour décrire la scène qui se déroulait sous ses yeux. C'est ce que Noah se disait, tandis qu'il grignotait paisiblement une barre nutritive. S'il était honnête avec lui-même, il devait avouer que l'odeur qui se dégageait du champ de bataille, qui ne serait bientôt plus qu'un charnier immense, aiguisait grandement son appétit. Il sourit en se léchant les babines. Dommage qu'il ne puisse en prendre quelques morceaux.... Mais la vie était la vie. Pour les humains, ça aurait été comme avoir quelque chose avec un goût et une addictivité comparable au chocolat. En avoir étendu sur des kilomètres de terre.. Appétissant.
Noah secoua la tête, amusé. Puis, se focalisant à nouveau, oubliant son appétit, il regarda à nouveau la scène. Le moins qu'on puisse dire, c'était qu'heureusement que les murs étaient là. A cause de cela, en grande partie, les vilains se faisaient décimer en masse à sa base. L'escalader était purement impensable, surtout avec les gardes qui leur tirait dessus. D'ailleurs, manifestement, les autorités avaient sous estimé l'ampleur de l'attaque. Sur le haut du mur, le sang coulait à flot. Manifestement, ils avaient des bons tireurs, malgré la nuit. Noah s'était par ailleurs couché sur le sol pour éviter toute déconvenue qui trahirait sa position. Excepté pour se nourrir, il n'avait pas bougé d'un millimètre depuis que l'attaque avait débuté, afin de ne pas trahir sa présence.
Techniquement, il n'y avait pas de forces de l'ordre en bas. Les vilains étaient tellement nombreux que même s'ils avaient eu le temps de faire des dégâts assez conséquents, dus à la différence des armements et leur protection, ils s'étaient fait massacrer à peine quelques minutes après. En conséquence de quoi, ça se jouait entre les forces de l'ordre qui recevaient constamment des renforts, puisqu'ils avaient compris l'ampleur de la menace, sur le haut des murs, et dans les meurtrières, ce derniers étant particulièrement ennuyant, puisqu'il était très dur de viser un ennemi qui se cache dedans, et les vilains, qui arrivaient en bas, et qui tuaient et mourraient comme des mouches.
Noah était quand même relativement étonné du nombre. Ils ne devaient en aucun cas passer. Ce qui était sur, c'est que sans la pré-intervention de Marc, avec ses explosifs, les forces de l'ordre auraient mis plus de temps à se mobiliser.
Mais il n'empêchait que des deux côtés, les pertes étaient considérables. Humaines avant tout. Le mur était un peu endommagé aussi, mais il n'y avait rien d'assez conséquent pour être inquiétant. Cela pourrait être reconstruit plus tard.
Quand on y pensait, cela était assez amusant tellement c'en était ironique : vilains et forces de l'ordre s'entretuaient dans un carnage des plus atroces, tombant comme des mouches, et lui, il regardait cela, à la fois proche et loin de ce bain de sang. Il ne suffirait que d'un peu pour que lui aussi soit pris dedans, et cela signerait très certainement sa fin. Cette sécurité relative avait quelque chose... d'excitant. Il n'arrivait pas à l'expliquer, sentant simplement son cœur pulser dans sa poitrine plus intensément qu'à l'accoutumée.
Le plus « drôle » restant le fait qu'il allait faire le rapport de ce qu'il voyait pour la personne qui était indirectement et involontairement responsable de ce qu'il se passait pour le moment. Encore que c'était dans ses plans, mais il ne l'avait très sûrement pas prévu de cette manière.
-Hé, les gars, on a un beau point de vue, ici ! Fit une voix derrière Noah, qui se figea, avant d'arrêter de faire le moindre mouvement.
Des vilains venaient de monter, armés jusqu'aux dents, fusils et gilets pare-balle. Lui, toujours couché sur le sol pour éviter une balle perdue, fis mine de faire le mort. Il soupira intérieurement. Il aurait tout de même voulu éviter que cela arrive, mais il devait faire avec. D'après les pas qu'il entendait, ils étaient trois, et lui avait toujours sa cape ample cachant son corps difforme. Et ils ne leur fallurent que quelques secondes pour le voir, les faisant braquer leurs armes sur lui.
-Qui t'es, l'encapuchonné ? Fit l'un d'eux, avec un accent notable.
Aucune réponse. Ils avancèrent prudemment.
-L'est mort, vous croyez ? L'était avec nous, ou avec ces enfoirés de bourges ?
Ils se regardèrent un instant. Noah, les yeux fermés, ne bougea pas d'un millimètre. Définitivement des vilains. Enfin. De toute façon, vilain ou non, n'importe qui l'ayant vu doit mourir, qu'il ait sa cape sur lui ou non. Donc...
-C'n'est pas très important, t'façon.
Et sur ce, accompagnant ses mots, il tira trois fois sur la forme de Noah, en plein sur le torse, surprenant ses compagnons.
-Voilà, l'est crevé, la question s'pose plus.
Les autres soupirèrent, puis avancèrent, constatant qu'on pouvait voir absolument tout d'ici. Pas étonnant que l'inconnu soit resté ici : c'est un lieu d'observation idéal, et une place forte, si on sait rester caché.
-T'm'étonnes qu'il ait campé ici... fit-il en shootant dans la tête de Noah, puis remontant la tête pour regarder le carnage. Il eut un sourire carnassier en pensant aux dégâts qu'ils pourraient causer.
Puis quelque chose s'insinua, pensée aussi toxique que le venin d'un serpent, dans son esprit.
Il n'avait pas saigné.
Il se figea, et à peine eut-il commencé à reporter son attention qu'il sentit une vive douleur dans sa jambe : à en juger de cela, il avait été sans conteste mordu. Et dans le même temps, il vit du coin de l’œil deux ombres se déployer et filer à toute vitesse de chacun de ses côtés.
-Finalement, cela aura été utile..., grommela Noah en se relevant petit à petit, tandis que sa victime tombait, une douleur atroce le vrillant. Je ne vous comprends pas. Vous tirez sur des gens en sachant que ce sont vos potentiels alliés ? C'est vraiment ça, la cohésion chez les vilains ?
Il tourna la tête, remarquant que les excroissances du corps qu'il n'avait pas remarqué difforme à cause de la nuit tenait chacun de ses deux compagnons par le cou, s'étant enroulé autour pour chacun, et dont le bout faisait face à leur tête. Ils avaient lâché leurs armes pour essayer de s'octroyer un minimum d'oxygène, qui commençait à drastiquement leur manquer. L'une des excroissances semblait sortir de... son derrière, et l'autre semblait être son bras en lui-même. Quand il termina de se relever, et qu'il put croiser son regard, la terreur pure le prit. Un œil reptilien. Jaune. Quelque chose d'impossible pour un humain.
-Espèce de monstre..., fit-il en titubant et bégayant. Relâche mes cam'rades, ou j'te fais la peau !
-Je ne dois pas les tuer comme d'ordinaire... Soit, je vais les relâcher.
Et sans prévenir davantage, avec un sourire, il serra la prise qu'avait le corps de ses serpents sur leur cou. Au point de sectionner, dans un bruit assez horrible, la tête du reste du corps. Aussitôt, tremblant, le vilain, malgré la douleur qui lui tiraillait la jambe, prit son fusil, et tira en plein sur le cœur de Noah, puis sourit. Avant de se rappeler quelque chose, qui l'avait pourtant alerté à la base. Il voulut viser sa tête, mais le serpent de son bras arriva par derrière et attrapa l'arme. L'autre le cloua au sol, arrivant par derrière, tenant sa tête dans sa bouche, sans pour autant le mordre. Noah s'avança ensuite. Par pure peur, il ferma les yeux, serrant les dents. Et le modifié prit, tant bien que mal, l'arme dans sa main « normale ».
-Décidément, j'ai beau ne pas l'aimer, ce gilet pare-balles est utile. En plus, non content d'être différent des classiques, fait sur mesure...
- 'Sale... sale monstre ! Va crever !
Noah soupira, se demandant pourquoi tout le monde le traitait de monstre une fois qu'ils étaient acculés. Il vint tranquillement s'asseoir sur sa future victime, puis dit lentement :
-Tu sais, je suis mauvais quand il vient au tir. Alors te descendre avec cette arme semblerait impensable. Mais de cette manière...
Et tandis que le vilain ouvrait de nouveau la bouche, Noah enfonça au moins cinq centimètre du canon du fusil dans la bouche, lui faisant écarquiller les yeux, et s'agiter encore plus.
-... Je ne vois pas comment je pourrais te manquer. Dis... Tu as tenté de me tuer. Je suppose que cela ne te pose de problème que je prenne ta vie, alors. Non ?
Et il pressa immédiatement sur la gâchette. Répandant la tête du vilain dans les alentours, et le mettant définitivement en arrêt. Noah soupira, alors. Il avait beau avoir le sang froid, littéralement, mais il sentait son cœur pulser comme s'il avait été à quelques centimètres de ses oreilles. Il prit le fusil, et tira de nouveau, cette fois-ci sur la jambe mordue, la mettant en charpie.
Puis il souffla, se laissant retomber sur le sol. Sans qu'il ne sache pourquoi, un rire nerveux le prit.
-... et ensuite ? Demanda Isaac.
-Ensuite, fit Noah, personne d'autre n'est venu, jusqu'à l'aube, le moment où les vilains se sont retirés définitivement. Je n'en jurerais pas, mais j'ai supposé qu'ils allaient revenir, au moins pour reprendre du matériel viable sur les cadavres, j'ai donc balancé les trois cadavres sur le reste du champ de bataille une fois qu'ils furent partis. Rien ne peut filtrer sur moi, il n'y a plus aucune marque de morsure sur les corps, et je n'ai pas injecté la moindre goutte de venin à celui que j'ai mordu. Idem pour mes serpents, ils n'ont rien fait de stupide. Puis ensuite, je suis revenu.
-Très bien. Il n'y a eu qu'eux comme victimes ? Demanda une voix féminine.
Isaac était content de pouvoir avoir un rapport tel qu'il l'avait escompté. Malcène était présente, aussi, et tous deux écoutaient minutieusement le rapport de Noah, en grignotant un en-cas. Elsa était tenue de participer à une journée mondaine, pour son plus grand ennui, et Marc... était occupé, comme perpétuellement depuis qu'ils avaient mis leur plan en place.
-En effet. En tout cas, ils étaient bien organisés.
-Tu penses qu'il soit plus doué que moi, stratégiquement ? Demanda Isaac, sans la moindre trace d'arrogance dans la voix.
-Je ne saurais dire, fit Noah en secouant la tête. Je saurais juste dire qu'il n'est pas bête.
-Dans le doute, je vais le considérer comme plus intelligent que moi, alors, fit Isaac, pensif. Je me demande... Est-ce vraiment le roi que je viens de débusquer, ou une pièce déguisée ?
-Ca promet d'être intéressant, commenta Malcène en rigolant doucement, puis faisant un câlin énorme à Noah. Dommage que tu ne m'aies pas rapporté quelques corps, j'aurais aimé disséquer les restes...
Noah grommela, un mélange d'un sentiment embarrassé d'un côté, par la proximité notamment, et d'un autre côté, un sentiment d'être... blasé. Par l'amour excessif de la scientifique pour les bizarreries. Un très beau cliché, en somme. Isaac ricana, et offrit un des très rares sourires amusé, et sincère, qu'il pouvait faire.
Puis, comme pour casser cette ambiance bon enfant, le téléphone de ce dernier sonna. Avec un soupir, il décrocha. Et il s'avéra que c'était Marc.
-Il y a un problème ? Demanda Isaac, soupirant. Il n'était pas censé le contacter aussi tôt. Abrège les détails superflus et autres formules, va droit au but.
-Quelqu'un vient d'entrer en contact avec nous pour la récompense des plaquettes ! Informa Marc.
Isaac écarquilla les yeux. Replia le majeur de sa main libre entre son pouce et son index. Puis le craqua.
-
Hasana - il y a 11 ans
C'est dégeulace comment il a tué les hommes, berk
Je crois que je n'aime pas Noah, j'avais un doute mais là je crois que je suis fixée, voyons si la suite me fera changer d'avis
En tout cas, je continuerai à te lire !
-
Kenshira - il y a 11 ans
Héhé, on est dans la réalité, Roxane, les gens ne règlent pas tous leurs problèlme en se chatouillant forcément

Voici donc le neuvième chapitre, enjoy !
Chapitre 9 :
Les préparatifs de guerre durèrent bien trois jours, trois jours pendant lesquels un vent de révolte avait soufflé sans discontinuer sur les vilains et leurs bidonvilles. Envolées les querelles, les inimitiés et les différences, la méfiance et les distances avaient fait place à un sentiment d'unification éclatant, tel une aura d'invulnérabilité éblouissante. Un seul être avait désigné un adversaire commun, et tous les autres oubliaient un temps les ennemis qu'ils avaient pu se figurer. L'on sortait volontiers les armes, les véhicules, les équipements et les vivres jalousement cachées, et on les partageait joyeusement avec ses voisins. C'était pour la bonne cause, les vilains ne formaient plus qu'une seule et même entité.
bien sûr, Danton et ses camarades n'étaient pas en reste, il ne s'agissait pas, comme l'avait dit le géant, d'enflammer la foule pour la laisser foncer bêtement sur les murailles bourgeoises. Le nouveau leader vilain avait traversé les quartiers inlassablement, motivant ses troupes, prodiguant des conseils militaires et pratiques, assignant des rôles et ordonnant la marche à suivre. Il semblait savoir ce qu'il faisait, on l'écoutait donc sans discuter.
Lentement l'offensive s'était construite. Les hommes et femmes les plus courageux et les plus robustes avaient été envoyés en première ligne, armés jusqu'aux dents et guidés par la stratégie dantonienne. Avaient ensuite été appelés les meilleurs tireurs, lesquels s'étaient vu confier les armes lourdes et de précision tels des snipers et des lance-roquettes. Ceux-ci avaient ordre de suivre et de se poster sur les flancs et hauteurs dès que l'assaut serait lancé. Ceux et celles sachant conduire avaient été dispersés entre les véhicules que les vilains avaient pu se procurer, soit par vol, soit via des combines plus astucieuses. On comptait parmi ces engins des voitures rapides comme des solaro-beam, machines nerveuses et maniables parfaites pour le ravitaillement et le soutien. Mais l'on avait également trouvé des chars légers et quelques autres blindés, qui seraient indispensables à la protection des généraux et à la progression dite pied-à-pied.
En bref, le monde vilain, d'apparence si désorganisée et délabrée, s'était, sous la volonté d'un esprit, transformé en complexe militaire discipliné et bien équipé. Et tout cela, en l'espace de trois jours à peine.
A l'aube du quatrième jour, les troupes vilaines marchaient sur les quartiers bourgeois Ouest. La gigantesque armada avançait lentement mais sûrement, au rythme des claquements de bottes et du crissement des roues et des chenilles. Les murailles étaient pour ainsi dire en vue, et les derniers éclaireurs revenaient de leurs différentes expéditions et escarmouches. La tension était palpable, mais la peur était moins forte que la colère qui animait les soldats de fortune. Danton le savait, il avait orchestré le moindre des détails de l'assaut, des préparatifs jusqu'à la phase finale. Les vilains étaient fin prêts à l'attaque, leur moral était sans nul doute très supérieur à celui de l'ennemi. Ce qui compenserait la différence d'armement et de places fortes, songea le meneur en s'installant plus décemment sur le siège de sa jeep militaire.
- Tout est ok, chef, informa Sonia en s'accrochant en route au côté du véhicule.
Le géant hocha imperceptiblement la tête, mâchonnant nonchalamment un cure-dents. A le voir, l'on aurait pu croire qu'il se fichait de ce que son équipière lui parlait, or il n'en était rien, et elle le savait pertinemment.
- Les troupes sont déjà postées à l'avant et attendent les ordres. Les bourgeois ont déjà improvisé une défense devant la porte, plus précisément une barbacane. Ils ont placé des fantassins autour, mais leur nombre est ridicule par rapport à nous.
Danton sourit, décidément il était aisé d'anticiper les mouvements bourgeois. Le manque de temps et d'habitude se faisait ressentir. La barbacane ne serait certainement pas un problème, la moindre force terrestre que les bourgeois pourraient leur opposer serait invariablement et facilement écrasée. Non, au sol ils étaient imbattables, en revanche ils ne passeraient pas les murailles du premier coup.
- En ce qui concerne les remparts, continua Sonia comme si elle lisait sur le visage de son supérieur, c'est beaucoup plus préoccupant. Les bourgeois ont une milice limitée en nombre, mais ils disposent de l'avantage du terrain et surtout d'un arsenal de qualité.
La quadragénaire jeta un oeil à l'horizon, sur lequel se dessinait timidement les contours des murailles. Puis, elle se retourna, et conclut :
- Les pertes vont être lourdes des deux côtés. Ils vont nous tirer comme des lapins, et on les dévorera comme des loups. Quels sont vos ordres ?
En fait d'informer, Sonia n'avait que confirmé ce qu'avait prévu Danton. Il se doutait que les bourgeois concentreraient leurs forces derrière les créneaux, or ils allaient être obligés de déployer l'infanterie devant les portes, auquel cas ces dernières seraient prises en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire. En bref, ne restait plus qu'à lancer la machine et à observer comment les rouage se comportaient.
- Mettez la première ligne en branle, ordonna Danton sans hausser inutilement la voix, faites la suivre par deux réserves et placez la première en soutien pour parer toute charge frontale adverse. Pendant ce temps, les tireurs et canonniers se posteront sur les flancs et hauteurs naturels, et feront feu dès que possible. Leur rôle est indépendant de notre infanterie, ils doivent fragiliser la muraille avec un feu nourri et à volonté toute la journée. nos unités au sol n'ont aucun souci à se faire en ce qui concerne les fantassins bourgeois. Exécution.
Sonia ne prit même pas le temps d'acquiescer et se laissa choir avant de s'élancer au pas de course vers les premières ligne. Danton, pour sa part, jeta son cure-dents brisé et en reprit un autre. Il n'avait pas habitude de parler autant, mais la situation l'exigeait. Pour le moment, il allait rester ici, histoire de superviser. Les différents commandants allaient venir recevoir ses directives, après quoi, le combat entamé, il enclencherait la phase secrète de son plan, dont il n'avait parlé à personne sinon son équipe.
Jackson épaula son arme, prit le temps de viser et projeta une roquette dans un bruit assourdissant, qui se perdit dans le tintamarre des autres explosions et coups de feu. Il regarda son missile éclater contre le bas de la muraille, creusant un peu plus le trou qui la défigurait. Cela faisait quatre heures que, posté sur le toit d'un bâtiment du faubourg, lui et plusieurs autres bons tireurs pilonnaient le tiers inférieur du rempart bourgeois. Il ignorait pourquoi ils devaient faire cela, car, de ce qu'il pouvait voir, tous les autres artilleurs avaient été astreints à la même tâche, hélas aucun de ses camarades n'avait pu le renseigner. On ne discutait pas les ordres des généraux.
A court de munitions, Jackson déposa son arme, puis s'assit au sol, les muscles en feu et la tête en bouillie. L'infirmier de leur groupe leur distribua de quoi se restaurer, ce que Mr. poker accepta avec satisfaction. Levant la tête, il scruta le toit d'une maison au loin, et crut apercevoir Sacha, laquelle le voyait sûrement, au contraire de lui. Même s'il avait une vue assez moyenne, Jackson demeurait un excellent tireur, fait qu'il ne s'était jamais expliqué mais qu'il acceptait volontiers.
Soudain deux brancardiers passèrent au trot, transportant un fantassin geignant. Chacun détourna le regard, soit par dégoût,, soit par respect. C'était pour cela que Jackson surveillait son amie, en contrebas, il craignait à chaque instant de la voir passer sur une civière, ensanglantée. Mais il se faisait encore plus de mauvais sang pour Coraline, laquelle combattait en première ligne. Le jeune homme, pourtant athée confirmé, s'était surprit à adresser une prière pour sa protection. Bienheureusement Céleste et Tania avaient d'office été réquisitionnée en tant que médecin, on en manquait cruellement.
En nage et couvert de poussière, Jackson se prit la tête entre les mains, dans l'espoir de calmer sa migraine lancinante. Tout avait été si vite, le discours de Danton, le soulèvement des vilains, puis les préparatifs. Evidemment leur immeuble aussi s'était porté volontaire, et ils avaient dû gracieusement contribuer à l'effort de guerre en se séparant de leurs vivres durement acquis. Refuser aurait été suspect et aurait incité les plus inquisiteurs à fouiller leur appartement. La nourriture et les armes étaient une chose, eux-mêmes en était une autre. Pour une fois, la notoriété de Céleste lui avait porté préjudice, et elle avait été forcée d'accepter de mettre ses compétences au service de tous, à l'instar ensuite de ses camarades, ce qui incluait Tania. La seule chose qu'ils avaient réussi à sauver était la solaro-beam, qui, bien dissimulée, les attendrait à leur retour, pour autant qu'ils survivent.
Jackson fut tiré de ses sombres réflexions par un bruit de moteur approchant. Il releva la tête pour voir un fourgon se garer face à eux, puis ouvrir ses portes pour les approvisionner en munitions. Le jeune homme soupira et se releva. C'était l'heure d'y retourner, bon gré mal gré. Il aurait préféré une bonne vieille partie de poker...
Le soir venu, et alors que le soleil commençait lentement à disparaître, les affrontements cessèrent peu à peu. Nul clairon n'avait sonné, mais la fatigue, la mort et la douleur rappelaient aux hommes et femmes leur condition de mortels, et, comme s'ils s'étaient concertés, les deux camps choisirent de se retirer. Les murailles se vidèrent doucement, les tireurs éreintés laissant place aux sentinelles pour la nuit. Au bas du mur, les vilains ramassaient les corps pour la plupart sans vie des leurs, à l'instar des très rares bourgeois qui s'aventuraient ici-bas. Les membres des deux armées exécutaient leur sale besogne côtes à côtes, s'ignorant par lassitude. un cessez-le-feu tacite avait été mis en place. Les pertes étaient effroyables et il était impossible de déterminer qui des vilains ou des bourgeois avait le plus souffert. Déjà l'on pouvait surprendre des charognards et des chiens errer sur le champ de bataille, se repaissant goulûment de la folie d'une race trop intelligente pour eux.
Jackson contemplait toute cette boucherie, incapable de se figurer quelle en avait été l'utilité. Des morts, des morts et encore des morts, et rien de plus. Un sentiment de deuil l'envahissait insidieusement, sapant son moral déjà précaire et pesant sur son corps endolori. Comme un automate il fit volte-face, se détournant de ce spectacle macabre, et descendit de son poste de tir. Ses lèvres formèrent l'esquisse d'un sourire lorsqu'il vit approcher Sacha, et tous deux s'enlacèrent affectueusement. Ils n'avaient rien à se dire, ils étaient seulement heureux de se retrouver.
Ils remontèrent le faubourg investi par les vilains, circulant au milieu des campements improvisés, des véhicules garés à la va vite et des autres hommes et femmes qui semblaient, tout comme eux, ne plus savoir exactement ce qu'ils faisaient ici. Un sentiment de désolation avait remplacé la motivation du matin même.
- Eh, tu saurais pas où on peut trouver Céleste par hasard ? demanda Jackson à une gamine ayant à peine l'âge de combattre.
Celle-ci, arborant un treillis et un fusil d'assaut, pointa un pavillon du doigt et s'en alla sans prononcer un mot. Les deux amis s'engouffrèrent dans la tente et virent, au milieu de tables et de brancards improvisés, deux médecins, Céleste et Tania.
A leur vue, Céleste rayonna et se jeta sur eux, les embrassant chacun avec amour.
- J'vous aurai détesté de crever sans me le dire, leur confia-t-elle en retournant prestement à sa tâche.
Il y avait des blessés partout, sur les tables, les civières, même sur le sol, et il était difficile de croire qu'ils vivaient encore tous. Des miasmes de sanie, de plaies ouvertes et de tissus nécrosés empuantissaient l'air du pavillon : C'était l'odeur de la mort.
- Ca va doc ? s'enquit Sacha en posant une main sur l'épaule de Tania, restée muette.
Celle-ci lui jeta un coup d'oeil morne, opina mollement du chef et continua à panser la plaie de son patient. Jackson, plus diplomate, comprit et lui dit :
- Je sais qu'on est en train de s'attaquer à ton chez toi, j'imagine que c'est dur. Mais on y est pour rien. Ca devait arriver un jour, tu t'en doutes.
- Je vous en veux pas, répondit la doctoresse d'une voix inexpressive qui alarma Mr. Poker. Je vous en veux pas. En fait... Je sais plus où me mettre. Je sais plus à quel faction j'appartiens. Elles me répugnent toutes les deux.
A ces mots, Céleste fronça les sourcils et voulut protester, mais un geste impérieux de la part de son équipier l'en dissuada. En haussant les épaules elle décida de se taire, tendant tout de même l'oreille.
- C'est normal Tania, ni l'une ni l'autre n'est belle à regarder. On ne vit pas dans un monde simple, il n'y a ni gentils, ni méchants. Il n'y a que nous, les humains.
Le jeune homme ponctua sa morale d'une tape sur l'épaule, sous le regard impressionné de ses camarades et perdu de la doctoresse. Cette dernière s'apprêta à dire quelque chose, mais elle parut changer d'avis et se concentra à nouveau sur ce qu'elle faisait. Elle avait besoin de temps pour accuser le coup, une fois encore.
Soudain une ombre massive apparut dans l'entrée, et les regards convergèrent vers elle, interrogateurs.
- Cora ! s'écria joyeusement Sacha en lui sautant au cou.
A la surprise générale, la soldate serra son amie dans ses bras, geste qui ne lui était pas habituel, et elle en fit de même pour tous, même pour Tania.
- Tu te sens bien ? questionna Céleste en examinant quelques éraflures et bleus assez impressionnants.
- J'voulais juste vous dire que ça allait avant d'aller dormir.
Ces mots furent les seuls que coraline prononça, car elle quitta ensuite le pavillon d'un pas lourd, laissant ses équipiers un peu perplexes. pourtant, ces derniers ne dirent rien de plus fameux, occupées qu'étaient les médecins. Les deux tireurs finirent également par se retirer, rejoignant une tente située dans leur secteur. Plus personne n'avait de force, ni physiquement, ni moralement. Les généraux avaient intérêt de prévoir un coup d'éclat, ou les vilains n'auraient bientôt plus la volonté de combattre.
- Parés pour le feu d'artifice, annonça Sonia en tendant un boîtier à son chef.
Celui-ci s'en saisit, et attendit, les yeux rivés sur la muraille bourgeoise. Elle avait subi des dégâts conséquents durant la journée dernière, grâce au travail de leurs artilleurs. Plusieurs brèches étaient apparentes, toutes situées autour des portes. Néanmoins, s'ils espéraient venir à bout d'une telle fortification à l'aide de roquettes, ce n'était qu'un fantasme. Les vilains seraient éradiqués jusqu'au dernier avant cela. C'était ce que devaient penser les généraux adverses, si généraux il y avait. Cela fit sourire Danton un peu plus.
C'était l'aurore, le clairon n'allait pas tarder à sonner. Et c'était des vilains faibles et peu motivés qui sortiraient de leurs tentes, chacun conscient que, au final, cette attaque n'était que pure folie. or, ce serait cet instant que Danton choisirait pour leur prouver le contraire, pour leur démontrer qu'ils étaient réellement commandés par un cerveau, et non par un général indifférent au sort des siens.
Tout à coup le clairon retentit, déchirant le silence de la nuit. Danton brandit l'objet qu'il tenait dans la main, sous le regard attentif de ses camarades. Autour de lui les soldats s'éveillaient, les officiers ordonnant le rassemblement. Le visage de ces hommes et femmes était maussade, leurs gestes étaient plus mécaniques que volontaires, leur démarche trahissait leur manque d'entrain et de vigueur. Alors Danton activa le dispositif.
Une explosion gigantesque, constituée de plusieurs déflagrations, apparut au pied de la muraille. Des cris de surprise fusèrent, les vilains n'écoutaient plus les directives de leurs officiers, lesquels observaient ce qui venait d'arriver avec des yeux ébahis. Un grondement sourd se fit entendre, de plus en plus intense, enflant alors que le sol se mettait à trembler. Les pierres du rempart se mirent à onduler, à glisser les unes sur les autres, puis à chuter par dizaines, entraînant des pans entiers de l'édifice. bientôt un nuage de poussière s'éleva, masquant l'écroulement d'une partie du mur, avant qu'un son titanesque ne résonne dans tous les environs. Et, celui-ci dissipé, l'on entendit plus que les exclamations euphoriques des vilains, qui, continuant de se préparer, brandissaient poings et armes en direction de l'ouverture qui venait de se créer. Les efforts et sacrifices de la veille payaient finalement, et ça, chacun le comprenait.
Heureux de cette démonstration de puissance et d'autorité, Danton se dressa sur son char, et dit, de sa voix la plus forte :
- L'ennemi est sans défense ! Vengeons-nous de tout ce qu'ils nous ont fait subir ! Préparez-vous à la véritable attaque !
Des hurlements de guerre répondirent à cet encouragement, et les troupes, de nouveau gonflés à bloc, s'équipèrent en hâte avant de suivre les ordres de leurs supérieurs. En un rien de temps les vilains étaient prêts à monter à l'assaut, rangés avec discipline et assoiffés de sang. Les moteurs vrombirent, les soldats se mirent en marche au pas, le fusil à l'épaule, progressant vite et efficacement.
Par la brèche l'on pouvait voir les premiers bâtiments bourgeois, desquels les civils fuyaient avec épouvante. Les tireurs perchés sur les remparts tentaient de s'organiser, essayant de se poster là où les fortifications étaient encore praticables. quant à l'infanterie, elle se rassemblait fébrilement, consciente qu'elle allait se faire littéralement écraser; une armée de démons marchait sur eux.
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Kenshira - il y a 11 ans
Bon, je sais que j'ai abusé sur le temps, surtout que je ne serais pas très disponible pour un certain temps, mais voici donc. Il est temps de commencer à bouger les pièces importantes. Chapitre 10 : Echecs et masques : Chapitre 10 : Quelques jours après l'attaque : Isaac n'avait eu vent de rien, quand à l'attaque des vilains sur le quartier bourgeois, qui avait été invadé deux jours auparavant. En attendant, il avait eu à s'occuper du problème de la personne qui l'avait contacté pour obtenir la récompense de la mission qu'il avait commandité, et qui pour le coup, était responsable de tout le bazar qui avait été mis dans la société. Ce dernier, toujours pensif, était adossé au dossier de sa chaise, faisant tournoyer la pièce maîtresse de son jeu favori dans sa main. Vu qu'il n'avait rien à faire, il se contentait d'étudier ses cours pour l'année suivante. Du coin de l’œil, reposant paisiblement contre le mur, étant fidèle à son habitude, Noah l'observait. -Quelque chose ne va pas, statua Isaac en se penchant en arrière, empêchant la chute de sa chaise du bout d'un de ses pieds. -Quoi donc ? Demanda Noah. Il est évident que quelque chose se trame. N'importe quel idiot pourrait le sentir. -Oui, mais il est frustrant de n'avoir aucune prise. Même si pour le moment, tout va à peu près comme prévu. Personne ou presque ne sort depuis le jour de la supposée attaque, donc on peut raisonnablement supposer qu'ils ont réussi à nous envahir. Du moins, sur le quartier bourgeois. Le quartier pauvre, je n'avais aucun doute sur cet état de fait, cependant, cette affaire risque de prendre une plus grande ampleur si ils venaient à envahir le quartier riche. Ce qui colle à la perfection avec la tension que l'on peut actuellement ressentir, vu que chacun serait occupé à mettre ses petites affaires en sécurité. En plus, on n'a pu voir personne depuis. Noah hocha doucement la tête, approuvant ce qui venait d'être dit. Il allait ajouter autre chose quand on toqua à la porte. Ce qui les sortit de leur ambiance, un peu comme dans un genre de transe. Isaac cligna brièvement des yeux avant de répondre : -Oui ? -Le souper est servi, jeune maître, parvint la voix d'une domestique. Vous êtes attendu. -Allez donc dire à père et mère que nous arrivons. -Oui, jeune maître. Les deux amis se regardèrent ensuite, Isaac haussant les épaules, et Noah levant un sourcil. Puis ils se levèrent, et se rendirent dans la salle à manger. Les parents d'Isaac étant déjà attablés. La mère d'Isaac avait une expression encore plus stricte que d'ordinaire, ce qui n'était pas forcément une mauvaise chose en soi, mais qui la rendait toujours plus désagréable. Quand à son conjoint, il n'affichait aucune émotion, sirotant tranquillement et lentement une soupe. Isaac et Noah s'assirent, et commencèrent à manger. Au bout d'un petit moment de silence parfait, Arcahn tapota la table d'une main, attirant l'attention. Tous les regards convergèrent vers lui, et après un instant, le temps de reposer sa cuillère sur la table, il prit la parole : -Isaac, il y a quelque chose dont nous devons t'informer. Noah, écoute aussi, ce sera pertinent à savoir pour toi aussi. -Nous vous écoutons, père, répondit Isaac, sachant pertinemment ce qui allait venir. -Voici donc. Il y a quelques jours, juste avant le changement d'ambiance générale qui n'a pas pu vous échapper, les vilains ont lancé une attaque de grande envergure sur le quartier Ouest bourgeois. -Et donc ? Questionna Isaac. Le fait que tout le monde soit aussi tendu signifierait-il que ces derniers ont réussi leur invasion ? -En effet, et c'est surprenant. Personne ne s’y attendait. Ce qui signifie que nous allons devoir être sur nos gardes. -Nous sommes censés ne rien avoir à craindre, dit calmement Noah sur le ton du constat. -En temps normal, oui, répondit Arcahn. Cependant, ils ont passé la muraille de la bourgeoisie. Ceci dit, je suis parfaitement conscient que tu as déjà du le deviner au vu de l’ambiance générale, Isaac. -Que va-t-il se passer pour la suite, père, finalement ? questionna ce dernier. Le patriarche leva quelques secondes la tête, regardant calmement le plafond, et ferma les yeux un instant. Puis il bougea de nouveau la tête. Quand il rouvrit les yeux, ce fut pour planter son regard acéré dans les yeux des autres personnes, tour à tour. -Si la résolution de ce cas ne tiendra qu’à moi, j’enverrais séance tenante les forces armées pour les annihiler. La priorité est donc de convaincre le conseil d’arriver à les convaincre. Et ensuite, nous apprendrons à ces déchets pourquoi ils vivent dans un dépotoir. Je serais plus à mon aise si tu restais aux côtés d’Isaac, mais selon la situation, il est envisageable que tu aies à joindre une unité, Noah. Sois préparé. -A vos ordres, maître. -Isaac, tu feras déplacer tout ce que tu pourrais avoir d’important chez Marc à chez nous. Et ensuite, tu étudieras comme si de rien n’était. Il n’y a pas grand-chose d’autre que tu puisses faire à ce niveau, donc occupe-toi intelligemment pendant ce temps, ne le perds pas à faire des choses inutiles.
-Oui, père, répondit Isaac en hochant la tête.
-Et tant que j’y suis, continue à jouer aux échecs pendant ton temps libre, même si je serais particulièrement occupé les temps qui vont suivre. Surtout sur le mode de réalité dimensionnelle. -Pourquoi donc ce mode, si je peux me permettre ? demanda Isaac, tandis que sa mère et Noah regardaient tour à tour les deux principaux interlocuteurs de la conversation, sans émettre un son. -Une intuition. Bien, terminons de faire honneur aux préparations de notre cuisinier.
Et ainsi, chacun termina le repas qui leur avait été servi dans le silence le plus religieux qui soit. Noah et Isaac rentrèrent dans la chambre de ce dernier, et le jeune héritier commença à se plonger dans ses livres. Chose qui dura un certain nombre d’heures, tandis que Noah somnolait, à moitié-conscient. A l’heure actuelle, chacun vaquait à ses occupations, aussi futiles puissent-elles paraître à ce moment, tel l’orage se préparant pour une tempête phénoménale. Occupés de façon similaire par leurs parents, l’immense majorité des jeunes nobles pensaient ainsi, ayant conscience ou non des événements. Bien que leur éducation leur imposait de garder un calme absolu en toutes circonstances, certains ressentaient une excitation arrogante à l’idée d’un événement brisant leur quotidien ennuyeux, tandis que d’autres, plus lucides, appréhendaient ce qui allait se passer dans un temps aléatoire. « Ce n’est jamais qu’une question de temps, à présent… » Isaac soupira, puis se retourna. -Noah ? -Oui ? demanda ce dernier d’une voix visiblement ensommeillée. -On joue ? Arcahn marchait d’un pas tranquille, mais ferme et assuré, vers la salle de réunion, son masque à l’expression neutre sur le visage, ses yeux perçants donnant au tout une expression implacable. Un conseil d’urgence avait été établi pour décider, entre les plus puissants, des décisions à prendre pour le bien commun. Même si le terme « conseil d’urgence » n’avait jamais été qu’une dénotation cynique de la part du patriarche à la tête des plus gros complexes médicaux des environs, que ce soit pour les soins ou la recherche. -« Tout ce qui reste à faire est de convaincre ces peureux que leur position ne craint rien, et ensuite, nous pourrons dégager tous ces problèmes. Je ne sais pas encore qui est à la tête de cette rébellion, mais peu importe ses griefs, il va amèrement regretter de m’avoir fait poser les yeux sur son cas. » Il avança dans la salle, refermant la porte derrière lui. -« J’aurais tout le loisir de penser à comment lui faire payer le fait de m’avoir dérangé dans mes projets plus tard. Restons focalisé sur le présent. » Dans le pays, tout ce qui était médecine était en haut de la hiérarchie, le « top » du luxe. Venait à cela s’ajouter les banques, finançant absolument tout, l’agriculture, dont, au vu de la géographie du pays, cette dernière était importée. Trois types de cultures existants, il était évidemment celle qui nourrissait les plus riches qui primaient quand à la question de la hiérarchie. Le représentant n’était respecté que parce qu’il était un natif de la ville haute, et que ce dernier avait un lien familial fort et direct avec les dirigeants incontestables de cette société. Puis venait le noble qui représentait les nobles gérants les bourgeois qui possédaient les industries dans lesquelles travaillaient les serfs. Avec cela, il y avait également un représentant des familles nobles qui n’avaient rien de particulier outre le fait de l’être, ainsi qu’un représentant de commerce, et un autre de divertissement. Ces deux derniers possédants également du pouvoir, à leur façon. Le conseil était ainsi constitué de sept personnes. Ironiquement ou non, le pouvoir était entièrement géré par les nobles, et bien qu’ils aient adopté un système similaire, il n’y avait pas de gouvernement à proprement parler. Cela avait l’avantage de leur afficher plus de transparence dans leur liberté d’action, puisqu’un gouvernement indépendant aurait de toute façon était factice et sans réel pouvoir, cependant, cela avait aussi l’inconvénient de permettre à certains de n’en faire qu’à leur tête. Arcahn, le représentant de la médecine. Mellvis, celui des finances. Laynes, celui de l’agriculture. Héphas, celui de l’industrie. Meiston, celui des entreprises de divertissement. Gorpes, celui du commerce. Et Ormas, de ceux… qui n’ont rien de particulier. Chacun avait évidemment son masque sur le visage. Comme à chaque fois, il revenait à Mellvis la tâche de présider le conseil. Celui-ci toussota avant de prendre la parole pour parler, une fois que tous furent en face de la chaise qui leur était personnellement assignée. -Bienvenue pour cette réunion extraordinaire. Comme vous en avez l’habitude, je vais présider cette réunion. Que tout le monde s’asseye. Il reprit la parole une fois que tout le monde se soit assis : -Aujourd’hui, nous allons traiter le cas des vilains, qui ont réussi à s’introduire dans les murs de la bourgeoiserie il y a quelques jours, et dont les forces de l’ordre combattent au moment où nous parlons pour une prise de position. -Excusez-moi, fit Meiston, mais est-ce que cela vaut vraiment la peine de s’attarder sur le cas de ces rats ? -Quand bien même ce sont des rats, tonna Arcahn, en voir par chez nous veut dire qu’il est temps de commencer la dératisation. -Du calme, fit Mellvis. Je propose d’écouter les opinions de chacun tour à tour, puis de décider quoi faire. Voyant que tout le monde hochait la tête, il commença : -Ormas, nous vous écoutons. Ce dernier se leva, et prit la parole : -Dans le cas qui est à traiter actuellement, la plupart des personnes de notre conseil s’accorde à dire que le problème doit être évidemment traité, mais de la manière la plus discrète possible. En dehors de cela, rien de bien important n’a été émis. -« Aucune personnalité, et bien qu’il représente les personnes le suivant, il ne donne aucune opinion. Un opportuniste pur et simple qui a peur de perdre sa place. » -Bien, fit Meiston en prenant note de ce qui avait été dit, vous pouvez vous rasseoir. Meiston, pourrions nous écouter votre opinion ? -Et bien, je pense que vous l’avez comprise lors de l’accrochage antécédent, il y a quelques instants. Nous ne pensons pas que les vilains poseront assez de problèmes pour que nous ayons à intervenir. Et personnellement, j’ai l’opinion qu’à part d’éventuelles donations de matériel militaire plus performant, il n’y aura guère à intervenir. Voici donc. Et il se rassit. Mellvis, lui, notait toujours. Il invita ensuite Héphas à donner son opinion : -Personnellement, et nous sommes tous d’accord là-dessus, quoi que je m’exprime plus en tant que leader de l’industrie que les mots exacts de la communauté en cet instant, qu’il serait bon de ne pas trainer à régler cette affaire. En effet, sur le long terme, il y a un sérieux doute quand à leur résistance. Cependant, il ne faut pas oublier que la production d’armement se trouve certes à l’opposé de la position –sacré coup de chance- que les vilains ont prises, mais il n’y a plus de murailles entre les deux pour opposer une résistance. Même s’ils venaient à prendre nos armes régulières, nous avons les plus avancées, mais je suis certain que tout le monde préférerait à ne pas avoir à en sortir aucune. Voici pourquoi il serait préférable de traiter ce cas rapidement, que nous puissions tous passer à autre chose, de très surement plus important, et moins imprévu que cela. Et sur ce, il se rassit. -« C’était un bon coup, songea Arcahn. Fondamentalement, dire que tout le monde veut passer à autre chose est tout à fait vrai. Mais il y a quand même ses propres intérêts, et il ne s’est pas vraiment mouillé, au final. » -Arcahn, nous sommes tout ouïe à votre opinion. Le concerné se leva, posant ses deux mains sur la table, et regardant tour à tour les autres personnes : -Chacun d’entre vous a participé à ce conseil depuis un certain temps, donc vous ne pouvez que connaître d’avance l’opinion que je vais vous exposer. Peu importe qui s’oppose à nous ici, qu’il soit vilain, bourgeois, noble ou je ne sais quoi, doit être éradiqué. Ceci n’a rien à voir avec la discussion d’utiliser ou non un fusil pour tuer une mouche, mais chaque adversaire, caché ou frontal, doit craindre la noblesse, car celle-ci sera impitoyable, peu importe l’adversaire. Je me fiche de m’engager personnellement pour cette attaque en temps que commanditaire, ou de potentiellement compromettre ma position si une opération venait à échouer. Une vermine, des rats, ou des ordures, peu importe ce qui vient sur notre chemin. Un nettoyage doit être fait, et le plus rapidement possible. Et ensuite, chacun pourra retourner sereinement à ses affaires, comme s’il ne s’était absolument rien passé. Mellvis hocha la tête une nouvelle fois, avant d’inviter Gorpes à parler : -Vous connaissez tous la situation de notre pays, et avant toute chose, peu importe ce qui se passe, nous devons être capable d’assurer notre quota d’exportation. C’est aussi pour cela que je serais d’avis de régler le problème le plus rapidement possible. Mais il serait bien d’éviter des dégâts matériels superflus. Mais je doute que cela soit aussi simple de faire ainsi, personnellement. Et tandis que le représentant des finances notait une fois de plus l’opinion donnée, Laynes se leva : -Bien. Autant vous le dire tout de suite, cette incartade va faire un trou dans nos réserves. Parce qu’il apparait évident qu’ils vont se servir dans ce qu’ils auront trouvé. Personnellement, je pense que pour pouvoir suivre notre schéma habituel sans trop se stresser, il serait bon de régler ce problème rapidement. Mais j’aimerais autant que vous essayiez de préserver ce qui reste comme réserves quand vous règlerez le problème. Et il se rassit, Mellvis terminant de noter ce qu’il avait dit, et prenant visiblement de l’avance en notant son propre speech. Puis il se leva : -Comme vous le savez, mon rôle est de tout coordonner au mieux possible pour qu’une entente soit possible, selon les besoins de la région et chacuns. Il est en effet impensable de laisser cette vermine grignoter nos réserves, nous devons donc nous en occuper avant que nous soyons embêtés dans nos activités par cela. Ceci est mon opinion. Pour ce qui relève du fait d’intervenir ou non, je propose de fournir du matériel de qualité supérieure aux soldats, et de juger par la suite. -Oui, parce que ce cher Arcahn nous aura trouvé une solution très simple à tout ce problème, railla Meiston. -En effet, j’ai quelque chose qui convient parfaitement à ces insectes, répondit calmement ce dernier. Les autres le regardèrent sans piper mot, mais à l’instant où ils virent la lueur s’allumer dans ses yeux, ils surent que, même à travers son masque, s’affichait un sourire sinistre. -Contre des insectes, je vous propose de l’insecticide. Tout simplement de les gazer. Et cette phrase lança une cohue générale qui prit cinq bonnes minutes à Mellvis de calmer. Puis ce dernier demanda, conscient que la moindre faute pourrait tout faire mal tourner : -Arcahn, nous te savions… radical, mais pourrais-tu développer cette pensée ? -Bien sur, fit-il en se levant. Mais avant toute chose, sachez qu’il s’agit de quelque chose dont j’ai déjà parlé avec mon conseil, et qui a été murement réfléchi, même si certains points sont encore sous examen. Nous savons que les vilains sont passés par un trou dans le mur qu’ils ont fait exploser pour envahir le quartier bourgeois dont ils occupent actuellement une partie. Avant toute chose, considérez que je ne compte pas lâcher la bombe là où des citoyens encore rescapés pourraient être bloqués. Car oui, il s’agit d’une bombe. -Une bombe ? s’étonna Héphas. Penserais-tu la faire exploser depuis un avion, hélicoptère, ou autre moyen de transport volant ? -Oui, répondit-il en hochant la tête. C’est le seul moyen viable. Il s’agit d’un gaz qui est à la base un concentré de monoxyde de carbone, et qui a été mélangé à une espèce chimique absolument fascinante dont vous vous moquez éperdument qui a eu pour propriété de condenser le tout, au lieu de se le faire disperser en tout les sens. -Et en langue française correcte, fit Meiston, ça donne quoi ? Et d’où vient cette fameuse espèce ? -Sécrétion d’un modifié. En langage très simple et courant, on peut dire que « ça explose », puis « ça se répand », et « ça reste un certain temps ». -A priori, cela ne devrait pas avoir d’impact sur l’environnement, fit Laynes. Mais que faire des personnes qui auront des masques ? On ne me dira pas qu’ils sont si peu équipés que cela s’ils ont réussi à faire exploser une muraille. -Ce n’est qu’un test, je ne vois personnellement pas cela comme une tentative pour les éradiquer. -Arcahn, je sais bien que tu as une des plus saine et affreuse horreur qu’on te dérange, surtout quand tu formentes quelque chose –ce que tu fais de manière évidente maintenant même-, mais tu sais combien devrait couter les armes de cette éradication ? questionna Mellvis. Et nous ne parlons guère de coût pour de vulgaires mitraillettes. -Nous avions juste pensé que cette occasion était la bonne pour tester de nouveaux produits, je ne le cacherais pas, répondit posément Arcahn. Et selon le courant que prendra cette dératisation, les bénéfices tirés pourront être soit d’un déficit catastrophique, soit faramineux. Voici donc ce que je vous propose… *** Arcahn sortit en soupirant, un sourire nostalgique sur le visage caché par son masque. -« Si les gens au dehors savaient à quel point le fait de se connaître finit par abolir les formalités, qu’on le veuille ou non… Finalement, je ne suis arrivé à rien pour le moment, mais j’ai semé le doute dans leur esprit. Il n’y a plus qu’à attendre. Et les forces armées recevront un supplément. » Il entreprit donc d’appeler un ascenseur, afin de descendre du bâtiment, et, à terme, de rentrer chez lui, retrouver sa famille. Et il songea, tandis qu’il regardait par la vitre le paysage, en descendant : [i:1u7ntr73]-« Vous n’êtes que des déchets. Cependant, ce qui fait de vous des déchets, c’est le fait de vous être retrouvés à vivre dans une décharge, votre incapacité à vous échapper de cette destinée misérable. Le sang est important, mais ne veut rien dire en soi. Et moi vivant, vous ne changerez pas d’un poil les choses telles qu’elles sont actuellement. Grimpez donc jusqu’au roi autant que vous le voulez, et le pouvez, la chute ne sera que plus dure. » [/i:1u7ntr73]

