Histoire : Le château

Vous utilisez un bloqueur de publicités

Ce site diffuse uniquement des publicités non-intrusives et sont vitales pour son développement.
Auteur
Histoire
  • Le château


Histoire ajoutée le 16/01/2015
Épisode ajouté le 16/01/2015
Mise-à-jour le 03/07/2021

  • mickle Avatar
    mickle - il y a 11 ans
    Chapitre 3 : Le piège Le jour suivant se présenta comme une journée ordinaire d'été à la campagne. A leur grand étonnement, David et Teresa constatèrent la présence à nouveau de tous les invités, même ceux qui logeaient à l'hôtel étaient revenus. En revanche, les voisins avaient pris congé la veille, et quelqu'un avait raccompagné chez lui le patriarche, ses amis s'étant également absentés. Le comte souhaitait que les deux amants s'attardent chez lui quelques jours de plus. On apprit d'ailleurs par la radio qu'une voie de communication était provisoirement coupée suite à une chute de pierres sur la départementale qui ramenait à la nationale, et comme il n'y avait pas d'autre itinéraire possible pour rejoindre celle-ci, c'était compromis, il faudrait bien rester jusqu'au lendemain. David et Teresa décidèrent de faire une longue ballade dans les environs, et cela occupa toute leur après-midi. Enfin un peu d'intimité ! Ils ne se doutaient nullement du piège qui se refermerait bientôt sur eux... Lorsque le couple revint, au moment du dîner, la même ambiance de fête régnait dans la grande salle, non sans évoquer quelque chose de médiéval et de pesant dans les débordements carnavalesques auxquels pouvait jadis donner lieu ce genre de réjouissance. Beaucoup passèrent encore une partie de la soirée à s'enivrer. David, lui, n'était pas du genre à commettre d'excès, et le style réservé qu'il affectait comme à l'accoutumée lui valut une sorte de réprobation méfiante de la part des autres convives. Le comte, notamment, le tançait d'un air narquois. Le repas se poursuivit assez tard, après que les enfants furent se coucher. C'est alors que Ferrand engagea la partie contre celui qu'il entendait défier d'une manière bien particulière. « Croyez-vous en Dieu, mon cher duc ? » lui demanda-t-il inopinément. « Je suis de famille catholique », biaisa David, adroitement. « Moi, je suis sûre qu'il croit en Dieu», rajouta Teresa. Elle avait considérablement changé par rapport à la veille : cette fois, elle paraissait vouloir établir un rapport de confiance avec Ferrand, une sorte de complicité. David ne s'aperçut pas même de cette stratégie, ni du changement opéré dans son attitude. « Je n'y mettrais pas ma main au feu..., répartit le comte. Je ne serais pas surpris que ce soit un hérétique, héhéhé... » Il regarda les autres avec un rictus en coin. « Bon, je suggère qu'on procède à l'ordalie... pour vérifier... », commenta le bouffon. Un autre : «Ahaha ! C'te bonne blague !  Le jugement de Dieu !!!» Tout le monde y allait de son sarcasme. « Ouaip, c'est ça, les pals, les chaînes... Les bons vieux supplices à l'ancienne, quoi ! » « On devrait le... » «... lui rôôôôôôtir la plante des pieds à feu très lent, hahahaha !!! » « Oh, mais nous avons beaucoup mieux pour délier les langues... » La tablée s'amusait de l'inquiétude grandissante qui s'inscrivait sur les traits de David. Une gaité tonitruante s'emparait des mâles un peu avinés autour du jeune couple. Teresa riait avec les autres. Mais le comte reprit la parole : « Le duc n'a pas l'air de trouver ça drôle. (Vers teresa) Hé, il rigole pas beaucoup, ton copain. Ce ne doit pas être évident, de lui activer les zigomatiques. Il est toujours comme ça ? » « Mais oui, il est tellement sérieux, moi j'adorerais le voir rrrrrigoler pour de vrai», approuva Teresa, malicieusement, et non sans une pointe de cruauté. Le bouffon renchérit : « faudrait trouver un truc pour le dérider, je suis sûr qu'il demande que ça ». David aperçut alors le « henchman », qui était assis juste à côté du comte, se pencher pour glisser quelques mots à l'oreille de celui-ci. Ferrand esquissa un sourire complice, l'espace d'une seconde. Alors, il se leva, et dit d'une voix forte : « Mesdames et messieurs, mes chers amis. Vous connaissez tous la raison qui a amené ici ce couple de jeunes tourtereaux perdus en rase campagne. Je ne puis que m'en féliciter ! Et leur confirmer l'immense plaisir que j'ai à les accueillir. Que chacun lève son verre en leur honneur !» Un « ah » d'approbation s'ensuivit, et les couteaux tintèrent sur les verres. David était tout rouge, et Teresa riait de plus belle, un peu grisée par le vin. « Maintenant, poursuivit le comte, passons aux choses sérieuses. Ce gentilhomme (il désignait encore David) et moi avons choisi de régler à l'amiable notre petit différend, simple accident de « carrosses » (rires), car nos chevaux se sont emballés. Aussi le « duc » doit-il payer ! » « OUI ! Qu'il paie ! », s'exclamèrent certains, avec enthousiasme. « J'ai en outre le soupçon qu'il n'est pas tout-à-fait des nôtres encore, du moins tant qu'il n'aura pas confessé ses péchés » (rire général) « Qu'on le livre à l'inquisition ! » dit le Bouffon. « … Je propose donc, continua le comte, qu'on le soumette à la question. Qu'en pensez-vous, mes joyeux hobereaux ? » « Oh oui, oh OUI ! » « Qu'allez-vous me faire ? », dit David, dans le chahut monté en crescendo. Il avait toute l'assistance contre lui. Les femmes pouffaient de rire devant son air ébahi. « Oui, l'heure du châtiment a sonné, proclama Ferrand d'une voix soudain solennelle et d'autant plus comique. Pour ton forfait, tu vas payer... en nature ! Car nous allons disposer de ton corps en guise de dédommagement, comme au moyen-âge. » Et il enchaîna sans lui laisser le temps de réagir : « Emmenez-le dans la salle des tortures ! » Quelques hommes, déjà, s'étaient rapprochés, formant un cercle menaçant autour de leur proie. David voulut réagir : trop tard ! Assailli de toutes parts, il se débattit, mais trop mollement sans doute pour opposer une véritable résistance, car ils avaient pour eux la force du nombre. On lui empoigna les mains dans le dos. « Prends-lui les pieds ! » entendit-il. Deux gaillards se baissèrent pour saisir ses chevilles.
    Teresa ne protesta pas, car au fond elle ne parvenait pas à leur attribuer de bien méchantes intentions, mais elle s'adressa au comte avec inquiétude : « Qu'est-ce que vous allez lui faire ? » « On va le faire MOURIR DE RIRE », répondit le comte. « ... HAHAHAHA ! » David s'agitait, donnant des coups de pieds dans le vide pour se libérer, mais on lui rattrapait aussitôt les jambes, plus fermement maintenues. Puis on le porta comme un vulgaire fardeau, à l'horizontale, l'un par-dessous les bras, l'autre par les cuisses, le troisième lui tenant les mollets joints et tâchant, tant bien que mal, de contenir ses ruades désespérées. « Les salauds ! » pensa David, « me voici dans de beaux draps ! » Les convives, tous complices et apparemment informés des projets du comte et de ses hommes de main, suivirent le cortège. On fit traverser toutes les salles du château au prisonnier, puis on descendit, par une lourde porte en chêne massif que David n'avait encore jamais remarquée, un étroit escalier en colimaçon conduisant dans les sous-sols de l'une des tourelles du château. Là, il découvrit avec stupeur un sombre souterrain qui menait finalement à une salle « secrète », vaste, éclairée par des chandeliers. Lorsqu'ils entrèrent, son étonnement était comble. Il y régnait une forte odeur d'humidité mais aussi de bête et de foin, comme dans une grange. Des chaînes, des cordes, et toutes sortes d'instruments, harnais de fer, pals, pieux, fourches, roues, grilles de métal... étaient accrochés aux murs suintants et froids. Il y avait de la paille un peu partout sur les dalles de pierre, et une table en bois en plein milieu de la salle, comme disposée exprès pour le supplice. « Les cordes, amenez les cordes ! » réclama l'un. On détacha les rouleaux de cordes qui pendaient aux murs. « Allez, aidez-nous à le ligoter », dit un autre à ses compagnons. « Non ! Laissez-moi ! Laissez-moi !» (David se débattait encore en suppliant). La situation amusait tout le monde. Ce benêt s'apprêtait à payer sa « faute » en subissant la torture sous les yeux de sa copine, qui n'osait rien faire pour le sortir de là. Bien plus, même : Teresa éprouvait une intense curiosité pour la suite des événements, et se demandait à quelle espèce d'étranges facéties on allait soumettre son amant. Chapitre 4 : La torture Epuisé, en nage, et désormais réduit à l'impuissance, David n'avait plus la force de combattre. « Bon, on le déchausse ? » fit le « henchman », qui s'était mis à la tête du petit groupe chargé de l'attacher. On le mit debout et on commença à lui lier étroitement les poignets dans le dos avec de grosses ficelles de lin, et en même temps à défaire les lacets de ses chaussures afin de les lui ôter, puis on lui retira les chaussettes, l'une après l'autre, et l'on serra les liens aussi forts que possible, d'abord autour des chevilles, ensuite en enroulant le jeu de cordes autour des mollets et des cuisses. Concernant le haut, on lui garrotta également les avant-bras et la poitrine d'une corde épaisse. David fut allongé sans douceur sur la table. Là, on le saucissonna avec un nouveau cordage passé aux chevilles et autour des bras et des hanches, en nouant le tout à chaque pied de la table afin qu'il ne fût vraiment plus en mesure d'effectuer le moindre geste. Ses liens lui faisaient mal, il subissait douloureusement la tension des cordes à travers son jean étroitement resserré aux cuisses et aux mollets, et son T-shirt froissé par les multiples entraves se collait à la peau sous l'effet de la transpiration. Ficelé comme un jambon, c'était à peine s'il pouvait remuer les orteils ! Quant à Teresa, elle était partagée entre le rire et la gêne, ne sachant comment prendre la chose. Mais au moment où l'on était en train de soulever son amant déjà totalement ligoté pour l'allonger sur la table (il avait à cet instant précis l'aspect d'un gros paquet bien ficelé, songea-t-elle), la silhouette fugitivement aperçue, entre ses sursauts désespérés, de ses pieds nus qui s'agitaient dans l'air comme un vain appel au secours, décrivant une arabesque sinueuse, un éclat blanc à la forme ondulante et bien dessinée, avait produit en elle cette trouble impression dont l'effet ne tarderait pas à se développer. Maintenant qu'il était là, sous ses yeux, entièrement à la merci de ses bourreaux, sans qu'elle se doutât de quoi au juste il allait être question en matière de supplices, supplices qu'elle devinait raffinés et pervers autant que grossiers et même burlesques !, elle ne pouvait plus détourner son regard de ce corps livré, garrotté de toutes parts, pesant comme une masse, corps qu'elle désirait violemment, plus violemment peut-être que lui-même ne l'avait jamais désirée. David était dorénavant son objet. Mais un objet doté d'émotions, un objet doté du rire, un objet qui protestait, qui résistait, ce qui n'en rendait l'exposition que plus... émoustillante... Il lui sembla alors que les bourreaux de son amant ne servaient que son propre plaisir à elle, qu'ils en étaient l'instrument complaisant et spectaculaire. Et voici qu'elle pouvait librement contempler les pieds de celui qu'elle aimait, en admirer la plante cambrée, noircie de quelques tâches d'un fin dépôt de crasse et de poussière, toute une géographie de reliefs, de courbes, de dénivelés douloureux que surplombait en s'avançant, juste au-dessus du renflement supérieur, haute et massive, la rangée dis-harmonieuse des orteils, repliés sur eux-mêmes dans un ordre croissant, compact et irrégulier, des plus petits et ronds jusqu'au plus gros dressé comme une cathédrale en haut d'une colline, des orteils qui lui paraissaient à présent presque obscènes... C'est que les pieds ont toujours cet air de consternation honteuse et ridicule lorsque soudain révélés au grand jour par surprise, ils montrent leur comique pathétique, leur face bête et inexpressive de pieds. « Des pieds d'homme », pensa-t-elle. Elle se souvint de cette première fois où ils firent l'amour, peu de temps après leur rencontre. David avait commencé par la déchausser lentement, peut-être s'apprêtait-il à lui faire ce qu'elle lui allait lui faire, elle. Toujours est-il qu'aussitôt elle se mit sur lui, inversant ainsi les rôles, et profita de ce que, provisoirement aveugle à ses agissements, il était en train d'ôter sa chemise, pour lui rendre la pareille en retirant ses tennis, puis ses chaussettes, et avant même qu'il pût réagir, elle se mit à lui sucer le gros orteil, avec passion. Une légère odeur de bois mûr parvint à sa narine. Comme elle vérifiait que David, les yeux fermés, se laissait faire, elle parcourut de la langue les autres doigts du pied qui s'offrait à ses lèvres, curieuse de satisfaire les penchants inavoués de l'homme. De ses pieds, elle gardait comme un goût de sel, une délicieuse amertume au fond du palais. Elle en appréciait la forme à la fois rugueuse et raffinée des orteils, de longs orteils virils. C'était pour elle comme un continent obscur et accidenté, quelque chose comme la falaise escarpée du plaisir sous ses aspects les plus inexplorés. Mais ce plaisir ne s'avérait pas beaucoup plus intense que le suçottement des tétons, dont elle mordillait la pointe avant de lécher son beau torse imberbe ; ou que la fellation, qui lui donnait cette violente satisfaction, cette ivresse lorsque, caressant d'une main les couilles de David et pompant de l'autre le vît qu'elle engouffrait entre ses lèvres, elle entendait son râle sourd proche du gémissement dans la montée de l'orgasme masculin. En somme, elle aimait le dominer. Et quand il lui avoua un jour son fantasme de l'attacher, elle, c'est avec une perversité à peine dissimulée qu'elle lui répondit que « les fantasmes pouvaient se réaliser ». Perversité, car en réalité, elle prit là encore les devants, et c'est lui qu'elle attacha, avant qu'il pût le faire, aux barreaux du lit, bâillonné et disponible, et elle lui fit l'amour dans cette position, assise sur lui, en resserrant par moments les foulards qui le maintenaient captif. Mais cette fois, il en allait tout autrement. Elle était en train d'appréhender une jouissance absolument nouvelle, une jouissance au sadisme innocent et puéril, une jouissance d'enfant. Ferrand s'approcha et se pencha sur son prisonnier, imposant à celui-ci l'haleine fétide qu'il exhalait à chaque mot. « Hahaha ! Maintenant, tu es à nous, duc ! Nous allons te faire parler...oui, tu vas PARLER !!! » « Repens-toi, hérétique ! », dit le Bouffon en prenant le ton grandiloquent du Grand Inquisiteur. David, furieux, marmonna : « Je n'ai rien à vous dire. » « Allez! Crie : « vive le Roy ! » », continuait le Bouffon. « Oui, vive le Roy !, crie-le ! » surenchérit un autre. « L'ave Maria, dix fois, en latin ! » dit un troisième. « Crie, ou c'est nous qui allons te faire crier », insista un quatrième. « Excuse-toi pour le véhicule endommagé », dit encore un cinquième (mais l'affaire semblait oubliée depuis longtemps déjà...) « Silence », ordonna le comte, conscient du caractère grotesque des demandes, « tel n'est pas notre véritable propos mes chers amis. Car c'est un tout autre aveu que nous attendons du duc ! » (David s'interrogeait...) « …non, en réalité, continuait Ferrand, ce que nous voulons, c'est une déclaration solennelle : une déclaration d'amour ! » (David était de plus en plus dubitatif) « Oui : tu vas demander ta copine en mariage, héhéhé ! Ici même ! JURE ! Jure-lui fidélité, au nom du Roy, et par la grâce de Dieu !» L'autre demeura confondu : « non... » Le bouffon intervint : « Allez, dis-lui que tu l'aimes ! Regarde-là, la pauvrette... cela fait deux jours qu'elle ne pense qu'à ça... Tu ne vas tout de même pas négliger les sentiments d'une belle plante comme ça, non ? » « Oui, allez, une déclaration », reprirent les autres presque d'une seule voix, en choeur. Teresa baissait les yeux, avec un rire gêné. Et comme en réponse à la moue obstinément dédaigneuse de son captif, le comte poursuivit : « Ah, et bien, puisque Monsieur ne veut pas ouvrir la bouche, nous allons la lui ouvrir en grand. » « Ah oui, et comment ? » rétorqua David, qui persistait à leur tenir tête malgré son imminent péril. « ça, c'est ta jeune et jolie copine qui va nous l'apprendre. » Ferrand se tourna vers Teresa : «N'est-ce pas, ma mignonne ? Car je sais combien tu en rêves, oh oui ! comme tu aimerais le voir rire, ton copain, comme tu voudrais qu'on le fasse crever de rire ... » (David le regarda, horrifié) « … sous les chatouilles... » Plusieurs se frottèrent les mains dans l'assistance, accueillant la proposition avec enthousiasme. Le « henchman » devança Ferrand auprès de Teresa:  «  Allez, dis-nous : d'où craint-il le plus ? » « Non, Teresa, je t'en prie », supplia David, « ne les écoute pas ». Il s'attendait au pire... Mais ses supplications n'eurent pour effet que d'inciter sa maîtresse à adopter le parti de ses bourreaux (A moins qu'elle n'anticipât leurs intentions pour le préserver ? Mais le préserver de quoi ?) « Je pense qu'il craint sous les pieds », finit-elle par lâcher, souriant de sa propre cruauté, parfaitement consciente de ce à quoi elle condamnait son amant. « La salope ! » pensa David très fort, en fusillant Teresa du regard. « Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii... », s'exclama Ferrand d'une voix plus « chevrottante » que jamais, puis en détachant chaque syllabe pour souligner, «... la PLANte des PIEDS ! C'est sûrement là qu'est son point faible ! Pas vrai, les amis ? » A ces mots, certains s'approchèrent de David, et ramassèrent quelques brins de paille, qu'ils promenèrent délicatement sur la base de son pied nu. Il tressaillit dans ses liens, les dents serrées, parvenant difficilement à réprimer le rire qui montait du fond de sa gorge avec une force irrésistible, un rire d'autant plus douloureux que sous la plante du pied durcie par une après-midi de marche, la moindre caresse devenait une sensation intolérable. « guiliguiliguiliguili ! » faisaient ses tortionnaires. « Bon, et si on passait aux choses sérieuses ? » interrompit le « henchman » Le Bouffon : « oui, venons-en au fait ! », ajoutant : « et moi je dis qu'il ressemble à Fernandel, vous savez ? Dans « François premier »... » Et il se mit à bêler en guise d'explication. « Amenez le sel », fit le comte. On apporta un seau d'eau et un morceau de gros sel, avec lesquels on aspergea et frotta la plante et les doigts de pieds de David, qui se tordait pour échapper à l'insupportable chatouille que provoquait déjà le frôlement de leurs mains sous ses orteils. Les salauds prenaient un plaisir évident à le tourmenter et à le voir se tortiller dans tous les sens. « Grrrrrroumppppphhhhh... hihihi ! » A sa grande déception, David sentit que le sourire impérieux qui lui écartait les lèvres allait inéluctablement se muer en hilarité incontrôlable. C'est qu'il avait, sans l'avoir jamais su, la corne du pied très sensible. Et alors qu'il affichait jusque-là une posture de refus frontal au supplice, il ne pouvait plus longtemps lutter contre l'abandon soudain de tout son corps : il avait envie de rire ! Comme si c'était drôle ! D'un instant à l'autre, sortirait de sa bouche ce rire bête et implacable qu'il ne se connaissait pas encore, provoquant par contagion celui des spectateurs qui assistaient à la scène. Et en effet deux hommes étaient en train d'amener à grand-peine une vieille biquette sortie d'un recoin obscur de la salle, où elle attendait de faire son office. Sa petite barbiche évoquait celle de Ferrand. « NON ! Pas la chèvre ! » se dit David. « Hahaha ! fit le comte, voilà qui va te mettre enfin de bonne humeur : une langue de chèvre sous la plante des pieds ! » Lorsque la chèvre, une fois attachée aux montants de la table, eut le museau sous les orteils de David, celui-ci se redressa vers elle pour la regarder avec effroi, prêt à crier. Mais il ne pouvait décidément pas bouger la moindre partie de son corps, et comme il tâchait en vain de dégager ses pieds du museau en le repoussant, ce mouvement finit par intéresser la chèvre aux longs orteils qui s'agitaient, et elle entreprit, malgré sa réticence initiale, de lécher le haut de la plante du pied droit, d'une langue rapide et agile, par petits lapements furtifs. Il sursauta immédiatement. «Héhéhéhihihi... Ah ! Non ! Arrêtez ! Pas ça ! C'est vraiment odieux ! » Il pouvait encore s'exprimer, entre deux petits rires, mais ceux-ci se firent progressivement plus envahissants. « « Odieux » ? « Ô... Dieu » ?, répartit le comte, moqueur, « Tu blasphèmes, TRAITRE ! » « Teresa, dis-leur d'arrêter, hihihihihihi..., ... HOHOHAHAHAHA... AAAAAAAAAAAAAAH... » David se laissa aller, en un grand rire sonore : « HAHAHAHAHAHAAAAAAAAAAAAAA... !!! » La langue de la chèvre était froide et râpeuse. Elle balaya chaque recoin du mets qui lui était offert, faisant d'abord le tour du gros orteil, puis effleurant le creux de la plante, plus bas, en descendant, et lorsqu'elle remontait vers la partie plus charnue, sous les orteils, voilà que la barbichette s'en mêlait en le titillant horriblement à son tour ! Elle paraissait être partout à la fois, en couvrir toute la surface de ses mille picotements. Quelle sorte de jouissance la chèvre éprouvait-elle donc à lécher ces creux vulnérables, ces sinuosités tortueuses, ces longs orteils fragiles recueillant sa bave gluante et ses poils fins ? Les larmes aux yeux, David entendit sa voix monter dans les aigus, d'un éclat féminin dont seule une voix d'homme est capable : « HIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIHIHIHIHIHI !!!... » Son rire parcourait tout le champ des modulations possibles, se transformant en râle informe, en grondement d'orage guttural, ou en pluie fine déversée sur du cristal, une pluie de sel fin, une pluie de vin aux relents d'alcool rance. Un rire qui semblait ne plus faire qu'un avec la langue folle de la chèvre, qui semblait se confondre avec elle, et ne plus se distinguer d'un bêlement animal issu des entrailles de l'homme en proie au rire. Le rire était une chèvre. Teresa riait aussi, bien qu'elle eût préféré se contenir. Elle avait l'impression de humer, par les yeux et les oreilles plus que par l'odorat, une forte odeur de pieds qui s'agitent sous la torture, de pieds qui sentent le sel et le vin, de pieds qui sentent les pieds. Le rire contraint de son amant parvenait à ses oreilles comme une défaite et un aveu, et se mêlait à l'image de ses pieds en une inexplicable alchimie des sens. Cependant Ferrand harcelait toujours son prisonnier en observant ses réactions, ravi de constater l'effet de la torture. « Allez ! Avoue ! Avoue que tu l'aimes, ta copine, et prête serment au Roy, par la grâce de Dieu! Dis-le : TERESA, JE T'AIME !» « Et en y mettant le ton, je vous prie », commenta le bouffon. Mais David, hilare, n'était plus en mesure de proférer la moindre parole articulée : « Je... AH ! NON !!!... je ne... HAHAHA !... hihihi... HAHAHAHAHA... ! ...Vous vous vous... vous voulez rrrrrrire !!...HAAAAAAAAAAAHAHAHA ! » (mais la chèvre ne lui laissait aucun répit) Autour de lui, la joie était à son comble, une joie méchante et enfantine. Seule Teresa paraissait un peu gênée. Mais, voyant que sa victime ne saurait endurer plus longtemps l'odieux supplice, le comte ordonna enfin que l'on écartât la chèvre, puis se pencha à nouveau sur David : « Alors, tu ne veux rien nous dire ? ». Exténué, celui-ci reprit son souffle : il ne pouvait décemment pas déclarer sa flamme à Teresa dans ces conditions... elle comprendrait, sans doute... « Soit ! Nous allons te laisser méditer quelque temps, et lorsque tu seras assagi, peut-être que tu voudras bien nous confier quelque chose », dit Ferrand. On détacha la chèvre, et l'on quitta les lieux, non sans auparavant bâillonner le prisonnier d'un chiffon tordu. « Guiliguili... Héhéhé ! », lui chuchota en remuant les doigts, pour le narguer, le Bouffon au moment de partir. Livré à lui-même, David ressassait sa rancune envers Teresa. « La chienne ! Elle a bien pris son pied ! » « Ou plutôt mon pied », corrigea-t-il intérieurement, ce qui déclencha en lui une nouvelle vague d'hilarité, et aussitôt le souvenir cuisant de la chèvre, avec la sensation de la langue rugueuse allant et venant sous ses orteils, lui revint en mémoire.

  • Chinow Avatar
    Chinow - il y a 11 ans

    Ouf ! J'ai enfin réussi à en venir à bout ! Toi, quand tu es parti, on ne t'arrête plus ! :lol:

    Déjà, j'ai beaucoup apprécié l'effort. On voit que ce n'est pas trop naturel pour toi d'écrire en prose, et franchement, chapeau. Ce n'est jamais évident de sortir de sa zone de confort. Par contre, juste un petit bémol, essaye de faire des phrases un peu plus courtes, parfois. Tu utilises beaucoup les virgules, mais du coup, tes phrases sont parfois un peu mélangées. Essaye les points, non ? Mais ça reste sympa quand même, hein.

    Pour en venir au sujet lui-même... Je n'ai jamais été fan des chatouilles avec des animaux, et j'avoue avoir du mal à me sentir proche de tes personnages. Cependant, il s'agit uniquement d'une question de goût personnel.
    En fait, quand je te lis, j'ai l'impression de voir des tableaux, des scènes qui se suivent les unes les autres. Je n'arrive pas à savoir si j'apprécie ou pas, mais l'impression que j'en ai est saisissante !

    Continue, pour un premier jet, c'est pas mal du tout ! :) Ouf ! J'ai enfin réussi à en venir à bout ! Toi, quand tu es parti, on ne t'arrête plus ! :lol:

    Déjà, j'ai beaucoup apprécié l'effort. On voit que ce n'est pas trop naturel pour toi d'écrire en prose, et franchement, chapeau. Ce n'est jamais évident de sortir de sa zone de confort. Par contre, juste un petit bémol, essaye de faire des phrases un peu plus courtes, parfois. Tu utilises beaucoup les virgules, mais du coup, tes phrases sont parfois un peu mélangées. Essaye les points, non ? Mais ça reste sympa quand même, hein.

    Pour en venir au sujet lui-même... Je n'ai jamais été fan des chatouilles avec des animaux, et j'avoue avoir du mal à me sentir proche de tes personnages. Cependant, il s'agit uniquement d'une question de goût personnel.
    En fait, quand je te lis, j'ai l'impression de voir des tableaux, des scènes qui se suivent les unes les autres. Je n'arrive pas à savoir si j'apprécie ou pas, mais l'impression que j'en ai est saisissante !

    Continue, pour un premier jet, c'est pas mal du tout ! :)


  • mickle Avatar
    mickle - il y a 11 ans
    Salut Chinow, merci pour tes encouragements. C'est vrai que certains personnages (le comte, bien sûr) sont antipathiques, c'est volontaire, je voulais un personnage "beauf" un peu caricatural, pour pimenter un peu le côté "sadique" du personnage. Par contre, c'est vrai que la prose m'ennuie un peu, d'ailleurs ce n'est pas un premier jet, c'est en fait... un 5ème! j'ai au moins 5 versions de cette histoire, certaines encore plus longues. Mais bon, je n'ai pas très envie de continuer, parce que, encore une fois, je ne sais pas écrire en prose, je n'ai pas de style, et je préfère très largement la poésie. Peut-être que je posterai la suite de cette histoire (qui tourne au porno soft), mais je ne suis pas sûr que ça en vaille la peine. A + mickle

  • nahognas Avatar
    nahognas - il y a 11 ans
    Ca serait bien dommage je trouve, car je me demande ce qui pourra lui arriver par la suite, voire peut être imaginer une vengeance ou un traitement sur Teresa également. Car tout cela était très bien écrit, après si tu n'as plus l'inspiration et la motivation, je comprendrais.

  • mickle Avatar
    mickle - il y a 11 ans
    Salut Nahognas, merci beaucoup, Chinow et toi vous m'avez motivé à reprendre mon récit, et alors je me suis décidé à poster la suite. Attention, scène porno en vue + grande phrase proustienne vers la fin. Voici donc la fin de "Le château" Chapitre 5 : La comtesse Ce ne fut pas Teresa qui revint le chercher dix bonnes minutes plus tard pour le délivrer de ses liens, mais Marie, la femme de Ferrand. Elle avait assisté à la séance de torture, en se tenant bien à l'écart, et personne n'avait remarqué son air discrètement réprobateur pendant tout ce temps. Marie paraissait visiblement désolée de la tournure prise par les événements, et portait à la main les chaussures et les chaussettes de David, qu'elle avait ramassées en toute innocence. Elle ôta le bâillon et le mouchoir roulé en boule qu'on avait plongé dans la bouche de David, puis défit ses liens, avec douceur, prenant soin de ne pas le blesser, car la corde lui mordait douloureusement les chevilles et les poignets, y laissant des traces rouges. En se redressant sur la table, David massa longuement ses membres ankylosés. Le bois de la table était dur et froid. « Je regrette ce qu'ils vous ont fait. », dit-elle avec compassion. « Mon mari est un con. » Puis elle ajouta aussitôt : « Allez voir votre petite amie. Vous devriez lui parler, je suis sûr qu'elle n'attend que cela. Je crois qu'elle est triste. » « Cela ne s'est pas trop vu », grommela David. « J'ai parlé avec elle, hier. Elle vous aime, vous savez. Beaucoup. » David était partagé. D'un côté, il énumérait mentalement toutes les phases de sa relation avec Teresa, et, il le reconnut, il n'avait jamais envisagé jusque-là, pas même un instant, que celle-ci fût la femme de sa vie : il avait connu d'autres femmes, il en avait aimé plus passionnément, et cela même quelques mois, quelques semaines, avant leur rencontre. C'était sans doute ce qui l'empêchait de tomber éperdument amoureux malgré la puissance de son désir. Mais à présent, ses sentiments avaient changé, la situation était différente : Teresa avait encore une fois inversé les rôles. Il se voyait vu par elle au moment précis où on lui fit subir le supplice de la chèvre, il se sentit « objectivé », et il se perçut dans cette posture exacte de l'objet de jouissance, vu par l'autre. Voici qu'il adoptait la perspective de Teresa, et que celle-ci lui échappait, devenait évanescente, prenait d'autres apparences, révélait d'autres faces qu'il n'avait pas encore appréhendées. Sa perception mentale s'en trouvait radicalement modifiée. Teresa avait pris le pouvoir en lui, elle avait troqué les habits minables de la « petite aventure de passage » brève et sensuelle, du simple épisode ludique et divertissant (quoi que formateur et définitivement marquant en matière sexuelle) contre la cape vampirique et les bottes de dominatrice de la femme mystérieuse et inaccessible, qui observe le tourment de la victime sans s'y compromettre, parce qu'elle n'y est pour rien, avant de disparaître et de rejoindre l'univers opaque de ses désirs, de son histoire, de son passé, de ses fantasmes à elle. C'était elle, maintenant, qui occupait ses pensées, tandis que lui pouvait encore douter et se demander s'il occupait les siennes, sinon sous l'aspect d'un objet de plaisir furtif et amusant, une paire de pieds nus qui gigotent en l'air, de longs orteils qui remuent, et le corps tout entier soulevé par des hoquets de rire... Si David avait lu les philosophes, il se serait alors dit, comme le fait quelque part remarquer Nietzsche, que LE CHATIMENT EST UNE FETE ! Au lieu de quoi, lui vint l'image de Teresa revêtue de cuissardes noires... ce qu'il trouva parfaitement risible, parce qu'il lui sembla que rien au monde ne pouvait moins lui convenir que des bottes, ou pire encore, des cuissardes... « Vous en riez encore », fit Marie, amusée. « Oui, j'ai un fou-rire, je ne peux pas m'arrêter, c'est très désagréable... » Elle fut chercher un verre d'eau pour le calmer. Mais David était calme. C'était dans sa nature. Il prenait les choses avec humour, et n'éprouvait qu'un peu de rancune à l'égard de sa copine. C'est que la torture lui avait plu, en un sens, et il voyait déjà en elle une expérience érotique étrange, malsaine et troublante, dont la nouveauté le grisait vaguement. Lorsqu'il fut de retour au château, David put constater que nombre d'invités s'étaient couchés, et que d'autres étaient sur le départ. Il ne croisa que des couples dispersés dans les différentes pièces centrales du château. Par ailleurs, nulle trace de Teresa, ni du comte : où donc s'étaient-ils fourrés ? Et que manigançaient-ils encore ? Il monta dans la chambre : personne. Redescendit dans la grande salle : seuls s'y trouvaient le « henchman », le Bouffon, et quelques-uns qui avaient été parmi ses bourreaux l'instant précédent. Ils le regardaient sans méchanceté ni compassion, presque amicalement. Dans l'un des petits salons d'à côté, on dansait, et il y avait quelques rires insouciants : les derniers invités profitaient comme la veille d'une nuit qui était encore loin de son dénouement. « J'espère qu'on ne vous a pas trop humiliés, quand même ? » fit le « henchman », tout gentil. « C'était qu'une blague, après tout » ajouta un autre. « Non, tout le plaisir était pour moi », leur dit fièrement David, qui n'en avait cure. En revanche, il aurait aimé savoir où se trouvait sa compagne. Une main sur l'épaule le fit sursauter : Teresa ? Non, Marie. Cette fois, il remarqua ses cheveux châtain, cette coupe au carré qui lui allait si bien, encadrant un visage aux traits réguliers, et ces yeux brillants au regard intense... « Je vous ai cherché partout, dit-elle, où donc étiez-vous passé ? » « Vous dansez ?», fit-il, comme par obligation. Il était un peu gêné par la situation, sans comprendre pourquoi : non, cela n'avait rien à voir avec « la chèvre ». Elle accepta bien volontiers, puis au bout d'un moment (il sentait son sein palpiter sur sa poitrine, une respiration courte : que voulait-elle vraiment?), elle lui chuchota à l'oreille : « J'ai quelque chose à vous dire ». « Attendez, euh, non » (David avait retrouvé sa réserve), « où est Teresa ? » « Quelque part. Viens, on pourra mieux discuter dans ma chambre » (elle était passée du vouvoiement au tutoiement le plus intime et parlait avec une voix très douce, plus douce encore que tout-à-l'heure dans la grange, et contrastant avec le ton dur et grossier qu'elle avait eu dans la voiture, le premier jour, alors que David ne la « connaissait » pas encore). « et Ferr... euh, votre mari ?» « Ah lui, il est en train de se taper ma meilleure amie » (c'était certainement la quadragénaire que Ferrand draguait la veille).
    « Ah ? Bon.  » dit simplement David, comme si tout était normal. Ils montèrent tous les deux, sans que personne leur accordât la moindre attention (il faut dire que pas mal de couples, parmi les plus jeunes, s'étaient constitués pendant ces jours de fête, cette nuit-là comprise, et que l'on s'embrassait à droite et à gauche sans vraiment se soucier de ce qui se passait dans la maison). Une fois dans la chambre de Marie (celle du comte!), David eut une illumination soudaine : « mais si... si Ferrand est en train de niquer la copine de sa femme, alors... ce ne peut être... mais où Teresa se trouve-t-elle donc ? » Il n'avait pas fini d'achever de se formuler cette pensée, qu'il sentit les lèvres de son hôtesse se coller sur les siennes, comme pour lui « clouer le bec ». Il garda les yeux ouverts, ébahi. « Vous êtes plutôt joli garçon...» En même temps, elle fit descendre sa main sur les fesses de David, qu'elle palpa doucement, et fermement. David était troublé, mais étrangement, il lui rendit la pareille, avec douceur, avant de se raviser : « Attendez... Pourquoi vous faites ça ? » « A ton avis ? » Elle introduisit sa langue dans l'oreille gauche de David, provoquant en lui une érection immédiate et sans appel. Il la laissa faire, car il crut comprendre que tout ceci était parfaitement réglé et faisait partie des mœurs locales. David se sentait à présent l'âme d'un anthropologue perdu chez les pygmées. Il ne posait même plus de questions. « J'ai envie de toi » (Marie appréciait décidément beaucoup les allers-retours entre le « tu » et le « vous », comme pour souffler le chaud et le froid, mais en l'occurrence plutôt le chaud). Ils s'embrassèrent encore, prirent le temps d'un baiser profond et voluptueux. David lui caressait les cheveux, et la nuque, qu'elle avait frêle et blanche comme le cou d'un cygne. Mais elle se dégagea de son étreinte, et, sur un ton impérieux, ordonna : « à poil ! », en lui retirant son T-shirt fripé et imprégné de sueur. Cette initiative eut l'agrément de David, qui en retour défit les boutons du pantalon de sa « maîtresse » improvisée au ton maintenant légèrement dominateur. La situation était plus qu'étrange, mais il l'acceptait sans savoir comment ni pourquoi (« il doit s'agir d'un couple libertin » pensa-t-il à propos du Comte et de la Comtesse). Renversé sur le lit, dont les draps étaient défaits, David ne put encore une fois que se laisser faire, entre les mains de la comtesse, qui lui ôta son pantalon, puis le déchaussa, et enfin l'allongea et s'assit sur lui. Elle lui souleva les bras en maintenant ses poignets fermement plaqués sur le lit, de chaque côté de l'oreiller, et passa une langue frétillante sous l'aisselle de David, qu'elle lécha et huma longuement, et tandis que David entendait battre son cœur à une vitesse folle, elle se mit à lui mordre les tétons avec fougue, avant de descendre vers le nombril. Marie parcourait de la langue tous les recoins de son corps, jusqu'à ce que le sexe de David atteignît le point culminant de l'érection. Pour finir, elle en vint aux pieds, dont elle écarta chacun des doigts pour les lui sucer l'un après l'autre. Les sens chavirés, David était soumis à la plus vive tension, comme au bord de l'orgasme. Il n'avait gardé que son caleçon, mais ne pouvait plus rien dissimuler de son trouble. Craignant de jouir inopportunément, il se redressa et voulut déshabiller la comtesse, qui ne portait qu'une chemisette de soie, et un élégant pantalon d'été. Mais elle prit les devants et se déshabilla d'elle-même, découvrant d'adorables seins en forme de poire (David avait une prédilection pour les seins en poire), des seins moins petits qu'il ne l'aurait cru. Il les embrassa avec ferveur, faisant bander le téton de quelques coups de langue, et, mettant la main sur sa culotte en dentelle noire, commença à lui caresser la vulve, d'abord à travers le tissu délicat de la culotte, puis en introduisant un doigt. Le contact humide augmenta son excitation... « Attends », dit-elle, « je vais éteindre la lumière ». David en profita pour retirer son caleçon. Ensuite, Marie fouilla dans un tiroir, dont elle sortit une boîte de préservatifs. « Tu veux que je te la mette ? » demanda-t-elle à David en lui présentant une capote. « Vas-y » (c'était comme s'ils se connaissaient depuis toujours, pensa-t-il). Elle n'eut aucun mal à lui enfiler le morceau de caoutchouc, car il bandait énormément. David éprouva le désir de la prendre brutalement, par-derrière. Ce qu'il fit, sans autre préliminaire. Prise en levrette, la tête enfouie dans l'oreiller, Marie laissait échapper de petits « oui » brefs et profonds en rythme régulier avec les coups de butoir de l'homme. Celui-ci sut néanmoins retenir son éjaculation pour changer de position. Elle reprit sa posture initiale en s'asseyant sur lui. Cette fois, elle poussa presque aussitôt un cri très fort, au moment même où David releva la tête pour lui lécher les seins tout en maintenant un rythme de croisière, et le couple parti sur son élan faisait grincer les montants du lit, un lit assez grand, à l'ancienne. David eut honte, craignant que toute la maison ne les entendît, mais il ne pouvait s'arrêter. « Oh continue », disait-elle. Cependant, ils devaient de temps à autre faire une petite pause pour retrouver leur souffle, et c'était l'occasion de caresses plus longues, de mouvements plus calmes, plus espacés, plus concentrés. Ce fut comme un mouvement inertiel en ligne droite vers l'orgasme, à vitesse constante dans un espace que l'univers semblait avoir déserté, tout-à-coup. Lorsque Marie eut joui (et son cri étagé sur plusieurs intonations successives, ne laissa aucun doute possible à ce sujet), David put enfin éjaculer, la tête entre les bras caressants et affectueux de son amante. La comtesse passa une main dans les cheveux de David, en corrigeant sa mèche, et déposa un baiser sur son front. Une heure s'était probablement écoulée, mais David était disposé à reprendre. Leur nuit d'amour se prolongea jusqu'à l'aube. Chapitre 6 : Le dénouement Inutile de revenir sur les détails de la dernière journée que David et Teresa passèrent chez le comte : le réveil tardif et engourdi de David, la découverte qu'il fit alors d'être seul dans un lit où il n'avait encore jamais dormi, ses habits jonchant le sol d'une chambre qui n'était pas la sienne, mais celle du comte, puis ses retrouvailles au petit déjeuner, à trois heures de l'après-midi déjà, avec des invités moins nombreux que la veille, et surtout, lorsqu'il eut l'idée de s'aventurer dans la cuisine, sa rencontre inopinée avec Teresa, qui venait apparemment d'avoir une longue conversation avec Marie, laquelle restait là, un peu en retrait, le regard vague, fixé vers le bas, cherchant à éviter le sien le plus possible, elle qu'il eût interrogée en vain, et pour laquelle il éprouvait encore un peu de désir, car il venait à l'instant même de revivre par flashs rétrospectifs chaque minute de la nuit d'amour qui les avait unis de la façon la plus irrationnelle et incompréhensible qu'on pût imaginer, au point qu'il eût été en droit de se dire que tous ces événements n'avaient été qu'un songe après tout, au point qu'il eût été légitime d'en douter s'il n'était pas à cet instant précis en train d'en reparcourir la succession chronologique et d'en éprouver l'irréfutable réalité dont il faisait défiler toutes les sensations dans sa mémoire, chacune avec une exactitude et une vivacité telles qu'il espérait intensément qu'elles finiraient un jour par s'estomper, non par honte, mais au contraire parce qu'il sentait au fond de lui que cet amour que Teresa ne lui inspirait que sporadiquement, la comtesse en dissimulait peut-être la clef dans sa culotte en dentelle noire, soyeuse et humide sous la main. Inutile également de décrire ces moments d'ennui et de désœuvrement qui précèdent les adieux (on entendait au-dehors les voitures vrombir et s'éloigner sur le tapis de gravier, le temps s'était couvert comme pour indiquer la fin des festivités), ces silences, tant de silences, entre les gens, ces conversations banales du départ, ces non-dits entre lui et Teresa, qui paraissait disposée à parler de tout sauf de l'essentiel. « Mais où étais-tu ?», interrogea David, feignant d'ignorer que cette question, c'était bien plutôt à elle de la poser, au lieu de quoi Teresa fit une réponse évasive, quelque chose du genre : « J'étais sur le balcon, dehors, et après je t'ai cherché partout, on m'a dit que tu étais parti faire un tour avec Ferrand. On a parlé de choses trrès intéressantes, tu sais, avec ce garçon plutôt mignon, il est très gentil, il a beaucoup voyagé en Amérique Latine, et en plus, il a lu Nietzsche, tu te rends compte, NIETZSCHE, ...»  Or, tout ceci confirmait seulement deux choses, 1) que Teresa, même « la tête dans le cul », était toujours aussi volubile, et 2), qu'elle savait, qu'elle savait absolument tout, et qu'il n'y avait par conséquent plus rien à dire, mais juste à attendre, car désormais tout était bien fini entre eux, c'était certain, bel et bien fini, fi-ni, et David se répétait indéfiniment ces deux syllabes, « FI-NI », comme pour en épuiser tous les possibles...) et aussi ces derniers propos échangés avec le comte, qui auraient pu faire croire que David et lui étaient les meilleurs amis du monde (David ne doutait pas même de ce que le comte était au fait de son éphémère aventure avec la comtesse, et en revenait à se demander si Ferrand n'avait pas couché avec Teresa, finalement, car cela lui aurait paru non seulement logique, mais normal, dans l'ordre des choses, c'était en somme l'hypothèse la plus acceptable, au double-sens du mot « acceptable », le sens logique et le sens psychologique, psychologiquement acceptable), et dans une certaine mesure, il est vrai que David commençait à sympathiser avec le comte, qui lui faisait des confidences anodines sur ses voyages et les pays où il avait vécu quelque temps, toujours sous cet aspect un peu « lourdaud » qu'il arborait, mais cette fois sans surjouer, sans affectation, comme s'excusant presque de l'apparence qu'il donnait... Bref... Au moment où David et Teresa voulurent saluer leurs hôtes, le comte prit doucement David par le bras et l'attira à part pendant que Teresa faisait ses adieux à la comtesse dans une pièce voisine. « Alors, c'était bien, avec ma femme ? » « Et toi, avec la mienne ? » « HAHAHA !!! » : le comte eut ce rire grossier qui le définissait plus que tout autre chose, « mais tu te trompes, cher ami, moi j'ai baisé Henriette, tu sais, la meuf qui fait du 95D , tu te souviens ?» (David ne l'avait jamais remarquée et s'en moquait pas mal). «Sacrée Marie, ajouta Ferrand, c'est elle qui m'a introduit dans les clubs échangistes, il y a quelques années, avant ça j'étais un gentil garçon » (David n'en crut rien, ne pouvait accorder aucune crédibilité aux propos du comte) « Je suis tout de même assez contrarié qu'elle sorte avec des invités, moi, je suis plus délicat qu'elle, je ne couche qu'avec des connaissances, jamais des femmes de passage. Alors, tu vois, c'est pas moi qui aurais couché avec ta gonzesse. Et pourquoi tu me demandes ça, tu as des doutes ? » « Je n'en sais rien », dit David. Et Marie, qu'en pense-t-elle ? » (il se rendit compte, en formulant cette question, à quel point elle était saugrenue et déplacée). « Hééééé... on dirait qu'elle t'a plû, ma femme, hein ? Laisse tomber, elle ne t'apprécie pas plus que ça... Pour elle, tu n'es qu'un « bon coup »... De toute façon, t'inquiète pas elle... elle va payer, c'est bientôt son tour... », fit-il pour conclure. *** Quelques heures plus tard, David et Teresa avaient rejoint la route nationale. Un peu crispé au volant, David ne savait s'il avait envie de discuter de quoi que ce soit : il ne savait pas s'il avait envie de savoir, et il ne savait pas non plus si Teresa avait envie de savoir. Les deux amants restaient silencieux. David avait pensé quelques moments auparavant, que c'en était fini de leur relation. A présent, il n'en était plus certain du tout, il se sentait au contraire gagné par un étrange optimisme. Teresa fut la première à rompre le silence, prononçant ces mots simples, d'une voix sûre et sans hésitation : « Tu sais la nuit dernière j'étais dans la chambre du garçon dont je t'ai parlé... » (il s'agissait donc du beau gosse qui était leur voisin de table le premier soir, et qui avait lu Nietzsche) « Et ? » « C'est la première fois que j'ai eu envie de te tromper » « Ah, il te plaisait ? », s'enquit David sans parvenir à dissimuler un tremblement dans sa voix « Non. Absolument pas. » répondit-elle. Puis brusquement, elle se tourna vers lui : « Tu m'aimes ? » « Je ne sais pas . » Un nouveau silence s'établit, qui dura une éternité. David put même se concentrer sur les nouvelles à la radio, pendant cinq minutes. Teresa changea de sujet : « Les infos, c'est toujours déprimant ». « Ouais, surenchérit David, sans conviction. Silence, nouvelle éternité. Il eut envie de lui dire la vérité, la sienne, cette fois : « Tu sais, je... » Mais Teresa lui mit aussitôt la main sur la bouche. « chuuuuuuuuut, oui... fit-elle doucement. Tais-toi » Le sourire qui se dessina sur ses lèvres, donnant au visage de Teresa cette expression de mystère impénétrable dont elle était parfois coutumière, en dit plus long que tous les récits possibles. FIN

  • Chinow Avatar
    Chinow - il y a 11 ans

    Bon, voilà, on y est. C'est la fin.

    Déjà, tu as beaucoup pris en compte les remarques sur la forme, et cette fois-ci, le texte était décidément très agréable à lire. C'était fluide, c'était clair, et du coup, c'était beaucoup plus sympa.

    Pour le fond, par contre, je n'ai hélas pas trop accroché, mais pour une question de goûts personnels, en fait. J'ai vraiment du mal à rentrer dans tes personnages. Ils me sont trop flous, trop changeants d'un passage à l'autre. Je n'arrive pas à les saisir. Je n'arrive pas à les comprendre. Je n'arrive pas à les trouver sympathiques, attachants. Mais en fait, j'ai l'impression que tu écris un rêve. C'est très onirique, presque comme si, dans ce château, on n'était plus vraiment dans notre monde, mais dans un autre monde, avec ses propres règles.

    Je ne peux que te dire que c'était bien écrit, et que c'était agréable à lire. Mais ce côté onirique fait que je ne comprends pas les décisions de tes personnages, ni leurs motivations. Et ce qui fait que je suis réellement incapable de te dire si j'ai apprécié ou pas. Après, c'est aussi quelque chose que j'aime, dans un sens, car tes héros ne rentrent pas dans des cases, ne sont pas stéréotypés.

    Bref, franchement, bravo pour avoir finit tout ça, parce que c'était loin d'être évident, et qu'en plus c'est vraiment bien écrit. Si jamais tu te lances dans l'aventure à nouveau, je te lirai de même ;)


  • mickle Avatar
    mickle - il y a 11 ans
    Salut Chinow, Je te réponds tardivement, car cela fait un bail que je ne suis pas venu sur le forum. J'apprécie ton commentaire, et le côté onirique que tu pointes, bien que pas volontaire de ma part, me paraît du coup intéressant. Je crois que c'est à creuser. Car au fond, dans cette section (histoires inventées), on écrit forcément ses fantasmes, donc ses rêves. Si je devais écrire une nouvelle histoire, ce serait en creusant encore plus cette dimension onirique je crois. A propos, l'histoire de Rawhide sur Oscar de Jarjay, dans cette même section, me paraissait revendiquer franchement la dimension onirique, c'était une chose qui m'avait bien plu. Quant à mon titre "Le château", je voulais faire une allusion au Divin Marquis (de Sade). J'aimerais bien avoir un style et un univers plus proche de Sade, au fond. Voilà, à +