Histoire : À quoi s' engage l' hiver ?

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Histoire


Histoire ajoutée le 06/11/2019
Épisode ajouté le 06/11/2019
Mise-à-jour le 06/11/2019

À quoi s' engage l' hiver ?

Écoutez-moi je vous en prie, je sais qu' on ne se connaît pas vraiment mais il n' y a qu' à vous que je puisse confier cette histoire, pas seulement en raison des chatouilles qu' elle recèle, mais aussi pour d' autres motifs que je ne peux décrire pour l' instant. J' espère qu' au fur et à mesure les mots viendront pour dévoiler ce qui s' est passé, et qui me poursuit.
J' avais songé poster dans la rubrique histoire vrai du forum, mais à quoi bon... cette histoire a autant sa place ici dans la section dédiée à l' imaginaire. En repensant à ce qui m' est arrivé j' ai parfois du mal à distinguer la réalité de la fiction. Je sais que j' ai trouvé des explications logiques à tout ce qui s' est produit, mais c' est un maigre réconfort. Lorsqu' on est réveillé par des bruits dans la nuit qui nous font penser qu' un intrus rode dans la maison, on a beau se dire que c' est juste le bois de cette vieille charpente qui craque tout seul, et c' est sûrement le cas, mais la peur disparaît-elle pour autant ? Je vais essayer de rendre compte de mon expérience le plus fidèlement possible, sans chercher à tricher, mais nous savons bien que nos souvenirs ne sont pas fiables. Le temps déforme les émotions, change les croyances. Nous regardons derrière nous pour en extraire certains moments et construire une histoire que nous désignons comme une réalité mais ce n' est qu' une interprétation conçu par l' esprit pour tenter de donner un sens au passé, afin de donner une signification à sa vie, dans le but d' échapper à la folie. Que savons-nous de ce qui nous est arrivé ? Une vague illusion qui s' efface peu à peu de nos tête.
J' avais réussi à relativement enfouir cette histoire, mais depuis que les cauchemars sont revenus, et d' autres phénomènes aussi, j' ai le sentiment qu' il me faut tout confesser maintenant et ici. J' ai du temps devant moi, installé au bureau je suis seul dans ma chambre aménagée dans les combles. Nous ne sommes qu' en fin d' après-midi mais il fait déjà tellement sombre. La neige recouvre les trois-quarts du velux mais en haut du carreau, par un espace que la neige a libéré en glissant, j' aperçois un ciel tout noir. Au dessus de ma tête le toit est certainement blanc, comme le reste. Cette drôle de matière blanche ni vraiment liquide ni vraiment solide transforme radicalement le paysage lorsqu' elle l' engloutit. Je dois finir avant la nuit. Mon dieu, la nuit ! Tout est différent une fois la nuit tombée ! Privé de ses couleurs divertissantes, le monde nous apparaît tel qu' il est. La lumière ne dévoile pas, elle cache. C' est lorsque que la lumière s' éteint que se révèle la vrai nature des choses. Je sais que je divague, je me demande parfois si je ne suis pas en train de devenir cinglé. Je vacille psychologiquement depuis cette histoire et aujourd’hui j' ai l' impression d' atteindre les profondeurs abyssales de l' égarement. Jamais je n' aurais imaginé que ma vie en soit là. Mais commençons du début...

Je fréquentais déjà le forum depuis un bail et je n' avais pour ainsi dire jamais reçu de message privé avant que celui-ci n' arrive. Je me souviens très bien le moment où j' en ai pris connaissance.
Mais je m' interromps pour revenir un peu en arrière. Je voudrais auparavant situé le contexte, ça va me coûter beaucoup mais vous comprendrez sûrement mieux l' état émotionnel dans lequel je me trouvais ou moment où cette histoire m' arriva. Cela expliquera peut-être mieux pourquoi j' ai cru voir ces choses.
Alors voilà, ne me jugez pas trop sévèrement mais j' ai trompé ma femme. Cela faisait plus de dix ans que nous étions ensemble lorsqu' une nouvelle fille arriva dans mon travail dans le cadre d' un contrat en BTS alternance pour deux ans. Oui, elle était beaucoup plus jeune que moi, elle avait vingt ans. Elle était vive, ouverte aux autres, drôle et très jolie, si bien que tous les mecs se mirent à lui tourner autour. Moi je restais en retrait, bien que je ne fus pas insensible à ses atouts, cependant je présume depuis longtemps que les filles canons comme elle ne s' intéressent pas aux types comme moi, et vice-versa. Je blaguais dès que je la voyais, car à l' époque j' avais beaucoup de bonne humeur, comme elle avait de la répartie et un sens certain de l' humour, nous nous rapprochâmes l' un de l' autre. Je tombai très rapidement fou amoureux. Elle avait des problèmes avec son mec, elle me les raconta, nous commençâmes à parler d' amour et d' Amour en nous confiant nos états d' âme. Moi aussi je songeais à quitter ma copine, et ce, même avant de rencontrer cette fille ( mais quand on a un enfant, ce n' est pas si simple ). Nous sommes tombés l' un sur l' autre au bon moment. Ha, ces cafés en tête à tête après le travail qui s' éternisaient ! Parfois juste assis sur un banc à discuter. Que de bons moments à cette époque ! Mon dieu comme tout cela paraît loin. Je ne veux pas m' étendre sur le sujet, ça serait trop long, sachez seulement que j' éprouvais ce que je n' avais plus éprouvé depuis si longtemps, je vivais une passion amoureuse, proche de l' obsession, je me levais en pensant à elle, me couchais en pensant à elle, bref j' étais passionnément amoureux d' elle. Il se trouva qu' elle partageait mon intérêt et ce qui devait arriver arriva. Les choses ne sont pas aussi claires et nettes dans la vie que lorsqu' on les raconte, ainsi je ne peux résumer en quelque lignes les premiers mois d' une relation naissante mais j' insiste sur un point, ce n' était pas que sexuel entre nous, d' ailleurs nous n' avons pas eu beaucoup de rapport. Soyez certain que mon investissement émotionnel était totale. Je me sentais si bien lorsqu' on se voyait ! Hélas, il n' a même pas fallu attendre la fin des deux ans de son BTS pour qu' elle rencontre quelqu' un d' autre. Un mec de sa classe. Elle s' éloigna petit à petit, gentiment, sans vouloir me faire de mal, comme elle l' avait fait avec son ex. Je souffris terriblement. Pendant des semaines et des semaines je vécu dans la jalousie, la colère, la médisance, la rancœur, jusqu' à en tomber malade. Je fis n' importe quoi pour me rendre intéressant à ses yeux, peine perdue. Mes SMS qui autrefois l' auraient amusée et auraient entraîné un échange de SMS jusqu' au bout de la nuit restaient désormais lettre morte. Je sentais avec horreur que ma présence devenait gênante pour elle. Je ne pouvais rien y faire ! Même quand elle travaillait on ne se voyait pas car je devins aigri et j' avais cette attitude bizarre qui consiste à mourir d' envie de lui parler lorsqu' elle n' était pas là et à l' éviter lorsque je pouvais la voir, comme si ça m' était égal. J' avais effacé tous nos messages de mon téléphone. Nous avons des réactions curieuses. La vérité, c' est que j' avais été abandonné, que j' étais encore fou amoureux, et que je souffrais. Je me mis à boire pas mal et quasiment tous les soirs. Juste avant qu' elle s' en aille définitivement de l' entreprise au mois d' août ( avec son BTS en poche ) nous nous parlâmes un peu, pour faire bonne figure, genre on se quitte honorablement. Comme un con je récitais les inepties qui convenaient à mon rôle. J' osais même des trucs comme "je suis heureux parce que c' est arrivé et non pas triste parce que c' est fini !" Bla-bla-bla.... que des conneries. Je jouais les forts, mais j' étais anéanti. Nous ne nous sommes plus jamais recontacté. Je restais avec ma femme, ma chère femme qui elle au moins m' aimait mais avec qui j' avais maintenant énormément de problèmes car durant tout ce temps mon comportement avait nui à notre relation, elle avait bien senti que j' étais bizarre, distant. Nous devions finir par nous séparer quelque temps après. Tout ça à cause de moi car elle a toujours été compréhensive et aimante. Pour vous dire, elle était rentée dans mon jeu en y prenant du plaisir, elle me laissait la chatouiller, j' avais ses jolis pieds à mon entière disposition. Je n' ose rentrer dans les détails de cette séparation, je pense que vous avez largement aperçu quel était mon état psychique après tout ça. Par chance tout allait bien financièrement et on décida de garder la maison jusqu' à la fin du crédit pour elle et notre fille, moi j' achetais une autre maison avec l' aide de mes parents. Le temps aidant, je tentais d' oublier cette peste qui m' a séduit, je me faisais à la douleur d' être séparé de ma fille, mais je me vautrais dans le spleen et la dépression, j' étais encore ravagé psychologiquement, je le sais. Je le suis encore.

Rien qu' à parler de ça, je vous avoue avoir dû faire une pause dans mon récit pour aller me chercher un verre. Vous constaterez que je parle à cœur ouvert en essayant de dire la vérité de la façon dont je l' ai vécu. Souvenez-vous en, car nous allons entrer maintenant dans mon histoire à proprement parler. J' espère y arriver ! Ce que j' ai déjà évoqué jusqu' à maintenant n' est rien à coté de ce qui va suivre. En replongeant dans ce souvenir, des sensations effroyables vont me saisir.
C' était la nuit, très tard. Chez moi j' étais seul devant mon ordinateur à tuer le temps sur internet en picolant un peu. On se sent moins seul avec un écran sur le monde. Je regardais sûrement un tas de choses qui ont marqué mon inconscient mais dont j' ai tout oublié, y compris des vidéos de filles payées pour se faire chatouiller impitoyablement. J' eus l' idée d' aller sur le forum voir ce qu' il s' y passait et c' est là qu' avec surprise je constatai avoir un message privé. J' ai encore sur mon ordinateur l' intégralité de la correspondance que nous échangeâmes par la suite durant plusieurs semaines. Je les regarde comme une preuve. Une preuve de quoi me direz-vous ? C' est vrai que ça à l' air stupide. Je ne sais pas... Regardez le premier, il date de la fin de l' été, le 29 Août 2017.


Bonjour,

Je te dérange pas ? Tu vas trouver que je suis entreprenante pourtant je suis quelqu' un de réservée. Si tu savais comment j' ai hésité avant de t ' écrire ! Depuis longtemps je regarde le forum sans y participer. Aujourd’hui j' en ai assez de le hanter je veux sortir de l' ombre. Là où j' habite au cœur des Vosges les distractions sont rares. Et si nous faisions connaissance ? J' aimerais en savoir plus sur toi. Réfléchi pour répondre, j' ai tout mon temps.

A bientôt j' espère.

Virginia



Non sans une certaine méfiance, je répondis avec ce que j' imagine être de l' humour.


Bonjour mystérieuse inconnue,

Je veux bien t' en dire plus sur moi, sauf mon numéro de carte bancaire bien sûr !
Si tu as lu le forum, tu en sais déjà pas mal, à un certain niveau. Le reste, ce sont des détails administratifs.
Tu as pourtant bien de la chance d' habiter les Vosges, c' est une belle région, la montagne est un endroit magique, été comme hiver. Mais dis-moi, qu' entends-tu par distractions ?



Voici sa réponse :


Merci pour ton message. Si tu avais passé autant de temps que moi à errer dans les forets vosgiennes tu comprendrais ! La montagne est sinistre des fois. Je voudrais m' amuser. J' aime beaucoup rire. Toi aussi je pense. Alors on pourrait rire ensemble. Comment tu t' appelles ?

Virginia



Voilà, je ne veux pas perdre du temps à copier-coller l' intégralité de nos échanges, il y en a une cinquantaine. Pour être honnête, c' est aussi parce que je ne veux pas les relire. Dieu sait quelle forme ils pourraient prendre aujourd’hui. Un jour je remarquai que tous ses mails étaient envoyés tard la nuit, souvent vers deux heures, trois heures du matin. Lorsque je lui en fis la remarque, j' appris qu' elle travaillait comme gardienne de nuit dans un hôtel. En définitive, après plusieurs semaines de correspondance je ne savais pas grand chose sur elle, il faut dire que moi aussi je cultivais le secret. Mais comment nier que cette rencontre raviva mes espérances, recolora mes journées, ceci dit je refusais de m' abandonner complètement, mais j' accueillais avec plaisir une petite lueur des les ténèbres de mon cœur et petit à petit l' inéluctable arrivait. Oui, peu à peu nous convergions vers la rencontre. C' est de cette rencontre dont je voudrais parler. Avions-nous parlé des chatouilles lors de nos échanges ? Un peu, nous nous sommes raconter quelques petites choses qui nous faisaient vibrer. Nous n' avons fait qu' effleurer le sujet. Lorsque nous avons émis l' idée de nous voir, il n' était nullement question de faire quoi que ce soit. Ce devait être une visite de sympathie, afin de nous voir en vrai, il n' y avait rien de prévu. Ne me regardez pas comme ça, je ne suis pas en train de mentir, je dis juste qu' à aucun moment dans le projet de se voir puis dans sa planification nous n' avons exprimer l' un comme l' autre le souhait de profiter de cette occasion pour nous livrer à la satisfaction de plaisirs chatouilleux. En revanche, puisque je n' ai plus rien à perdre, comment nier qu' au fond de moi je couvais l' ambition de chatouiller cette fille. J' avais beau tenté d' étouffer ces images, elles revenaient sans cesse. Et je supposais qu' elle aussi devait nourrir les mêmes dessins de son coté. Et c' est sans aucune intention particulière que je pris un billet de train pour aller la voir. On verra bien ce qui arrivera...

Il y aurait tant à dire sur mon état d' esprit durant le trajet en train, développer mes interrogations, mes inquiétudes, mes envies, mes délires. Hélas, en plus du talent, c' est le temps qui me manque. J' aimerais finir cette histoire ce soir et il fait déjà si sombre dans ma chambre que j' ai dû allumer ma lampe de bureau ainsi que la lampe de chevet près du lit. Cette lumière confère à la pièce une atmosphère inquiétante, il n' y a aucun bruit dehors, avec la neige qui est tombé depuis ce matin, tout est calme. J' ai l' impression d' être seul au monde. Et dire que la nuit n' est pas encore tout à fait pleine...
Il faisait déjà nuit lorsque j' arrivais vendredi soir dans un Colmar enseveli dans la brume et la neige. En fait, depuis les derniers kilomètres de train, je n' avais traversé que des paysages désertiques enneigés. Elle avait raison, il y a réellement un coté sinistre en ces lieux. J' avais un peu le vague à l' âme en arrivant mais les lumières de la ville, pour une fois, me firent me sentir mieux. Nous avions prévu de nous retrouver à Colmar pour y passer la soirée. J' avais une chambre dans un hôtel à coté de la gare. Virginia ( mais est-ce bien son vrai prénom ? ) devait venir me retrouver devant la gare avec sa voiture car elle n' était pas de Colmar même, elle habitait et travaillait au cœur du massif des Vosges.
À l' heure prévu, je me trouvais à l' endroit indiqué. Je dois maintenant évoquer notre première rencontre visuelle. En effet, nous n' avions pas échangé de photos. Lorsqu' elle s' était décrite, sans que je lui en fasse la demande, elle m' avait prévenu avec humour ne pas faire partie des canons de beauté mais avait tenu à me rassurer, elle n' était pas un monstre. Je sus immédiatement en voyant arriver cette ravissante fille au manteau blanc que c' était celle que j' attendais. En bon timide, j' avais le cœur qui battait fort en la voyant approcher. Je n' ai pas parler de son age car elle ne l' a jamais dit, si je suppose trente ou trente-cinq c' est parce qu' elle semblait parfois en avoir vingt, parfois en avoir plus de quarante ! Ça variait en fonction de l' angle selon lequel je la regardais, selon l' éclairage aussi, une lumière toujours artificielle puisqu' au final je ne l' ai jamais vu en plein jour. Son état d' esprit n' aidait pas davantage à la situer dans le temps. Une doudoune blanche ne suffisait pas à cacher sa minceur, la capuche dont le bord était recouvert de fourrure encadrait un visage à la peau lisse et pale. En arrivant, elle tira un peu la capuche en arrière, dévoilant de longs cheveux très noirs. Son visage avenant et angélique renvoyait un air serein, apaisé, mais qui pourtant semblait caché une certaine douleur. Ou peut-être est-ce sa voix qui me fit penser ça, car lorsqu' elle me dit bonjour et que nous commençâmes à parler, je me souviens avoir noter que son timbre de voix était plaintif, cette impression se confirma, c' est comme si elle était toujours désolée, même quand elle blaguait elle le faisait dans un murmure navré. Ses grosses bottes blanches avec de la fourrure entourant le bord supérieur qui arrivait à mi-mollet me plaisaient beaucoup. Elle me confirma qu' elle devait travailler ce soir et que nous avions juste le temps de prendre un verre comme c' était convenu. Elle était désolée, je lui dit que ça ne faisait rien car le voyage m' avait fatigué de toute façon. Nous sortîmes de la gare pour rejoindre sa vieille voiture toute pourrie, elle nous conduisit un peu plus loin, dans un bar à bière du centre-ville où nous passâmes une bonne heure sans nous en rendre compte. Et ce n' est pas tout ! Elle me raccompagna en voiture jusqu' à mon hôtel. Sur le chemin je lui proposai de nous voir demain après-midi mais elle déclina pour je ne sais quelle raison, elle ne pouvait pas être là avant le début de soirée mais promit qu' on irait dîner ensemble au resto. Je sentais bien qu' elle gardait ses distances, qu' elle voulait encore pouvoir faire machine arrière à tout moment, sinon j' aurais dès le départ réservé une chambre dans l' hôtel ou elle travaillait, c' est bien la preuve qu' elle souhaitait garder une forme d' anonymat. Je comprenais cela. Comme pour désamorcer cette distance et pour briser la glace, au moment de nous dire au revoir dans sa voiture, elle fit quelque chose d' extraordinairement érotique. Nous étions stationnés près d' un lampadaire qui éclairait du mieux qu' il pouvait l' intérieur de la voiture, il faisait nuit et la neige tombait tout doucement, épaisse et lente dans la lumière orange du lampadaire. Il n' y avait pas un chat. Une brume orange pale nous entourait. Elle me demanda d' ouvrir la boite à gants devant moi. Je m' exécutai et repérai tout de suite quel objet m' attendait dedans. Je sortis délicatement entre mes doigts une belle plume blanche, assez grande et très duveteuse. Il n' y avait pas de gêne dans la voiture, nous étions souriant et ravi de la présence soudaine de cette plume. Je ne vais pas vous apprendre le pouvoir que cette petite chose possède sur nos imaginaires. Je trouvais cette plume très belle et je le proclamai avec des yeux qui devaient sans doute pétiller autant que les siens. Mais ce n' est pas tout, elle tint à me faire un petit cadeau et a se faire un petit plaisir avant d' aller travailler. Elle ôta sa botte gauche, avec autant de grâce que sa position le permettait mais non sans mal ce qui fit durer un peu ce moment. Ha ce moment ! Qu' il est puissant ce bref instant de quoi... quinze secondes, quinze vrai secondes, durant lesquelles je tiens une plume dans ma main tandis que je la contemple se déchausser ! Elle posa son pieds sur sa cuisse afin de me présenter sa plante puis enlève sa chaussette blanche. Le monde autour de nous, à l' extérieur de la voiture, n' existait plus. Au dehors, c' était froid, lumineux, immobile, mort ; à l' intérieur de la voiture il faisait chaud, la pénombre nous liait dans son intimité, c' était vivant. Vas-y, me dit-elle, passe moi la plume, voyons à quel point je suis sensible. Je passai délicatement la plume sous son pied, tout du long, plusieurs fois, en observant les mouvements de ses orteils sous la torture, et les plissures que faisaient sa plante, puis je levais la tête pour regarder son visage. Elle tentait de résister, mais son expression trahissait une souffrance contenu. Pourtant elle ne retirait pas son pied, éprouvant le besoin de ressentir cette souffrance. Les deux sensations, souffrance et plaisir, avaient perdu leurs explications, ils étaient sans contenu et seule demeurait une autre forme de sensation qui elle, se passait de mots. Je me souviens pourtant avoir dit ces mots. Lorsque nos regards se croisèrent, sans interrompre le mouvement de la plume sous son pied, sans réfléchir, comme pour enfoncer le clou, je lui dis : Te voilà chatouillée.

Je ne sais pas ce qui m' a pris de vous raconter ça. Je cherche à me raccrocher aux bons souvenirs, pourtant même en y mettant du mien, l' évocation de ce moment ne me fait plus tressaillir. Oui, dans mon esprit cette soirée est devenue quelque chose d' obscurément vague, il n' en reste que le sentiment étrange que doit ressentir la souris en pensant à la délicieuse odeur du morceau de fromage lorsqu' elle convulse, à moitié coupée en deux par le piège qui lui prendra la vie sans qu' elle ne le sache venir. Mais à l' époque j' étais aux anges ! Cette fille si jolie que je connaissais à peine venait délibérément de mon montrer son pied et m' incitait à le lui chatouiller avec une plume. Vous comprendrez que lorsque je pris possession de ma chambre, j' eus quelques difficultés à trouver le sommeil. Je regardais la neige tomber par la fenêtre, tout comme je viens de le faire à l' instant en allant à la cuisine me chercher un verre pour me donner le courage de continuer mon histoire. C' est drôle, un homme seul regarde la neige tomber par la fenêtre à quelque temps d' intervalle. Tout est identique, c' est l' homme, une fenêtre, de la neige. Qu' est-ce qui change ? Que s' est-il passé pour que j' ai si peur aujourd’hui ? Je dois me remettre à témoigner car la nuit est là maintenant, et la neige s' est remise à chuter lourdement en recouvrant tout. Je me souviens avoir fait un drôle de rêve cette nuit-là dans ma chambre d' hôtel, à la fois érotique et très étrange, j' étais en train de chatouiller une fille dont je ne voyais pas le visage, ou plutôt elle n' avais pas de visage, mais ce n' est pas ça qui m' effrayait, ce dont j' avais peur c' était d' arrêter de la chatouiller car j' avais la conviction, dieu sait comment, que si je cessais de la chatouiller, alors je verrais son visage. Je ne sais pas pourquoi mais dans mon rêve, cela m' effrayait plus que tout, je ne voulais surtout pas voir son visage. J' avais la hantise que si son visage m' apparaissait il allait m' arriver quelque chose d' affreux. Je me souviens de m' être réveillé en pleine nuit. Le lendemain matin toute impression avait disparu, la neige brillait sous le soleil et le ciel bleu. Je suis sorti me promener en ville, la journée est passée vite, pas grand chose à dire, j' étais impatient mais en même temps au fur et à mesure que la soirée approchait une inquiétude grandissait en moi et quand la nuit tomba, accompagné d' une épaisse brume et des nuages qui promettaient de nouvelles averses de neige durant la nuit, c' est un vif sentiment d' anxiété qui me nouait la gorge. J' appelais ça le trac, j' avais quand même rendez-vous avec une fille au resto, après tout c' était explicable. Cette soirée arriva donc enfin, et je peux dire que cette nuit ne fut pas normal.

Tout se passait plutôt bien au début. Je veux dire par là que tout se déroulait dans les clous de la rationalité. Les émotions, les sensations, les événements, les objets même, tout cela intégrait le domaine du connu. Je ne dis pas que ce que je vécu fut sans niveau de qualité ni de quantité par rapport au reste de ma vie mais tout cela était classique, tout cela faisait simplement partie des normes codifiées et acceptées implicitement par la raison. Je ne peux pas vous raconter le restaurant, nous avons dîner dans une sympathique petite pizzeria, c' est tout ce que je sais, ça peut paraître surprenant mais je ne me rappelle d' aucun détail. Il se pourrait que je sois victime d' une amnésie rétrograde provoquée par ce qui c' est passé après. Je peux juste affirmer que rien d' étrange ne s' est produit, un dîner comme des millions d' autres dîners. En revanche je me rappelle trop bien les événement qui suivirent le resto, mais hélas la mémoire seule ne suffit pas à rendre compte. À quoi bon avoir toutes les pièces d' un puzzle si une fois assemblées comme il se doit, elles forment un dessin incohérent ?
Après avoir mangé, lorsqu' on se retrouva dehors elle et moi, debout sur le trottoir enneigé, nous devions répondre à la fatidique question de savoir qu' est-ce qu' on fait maintenant ? Il neigeait, il faisait froid, nous avions bu du vin, la réponse d' aller nous réfugier dans la chambre d' hôtel fut évidente. On se mit en marche puis d' un air gêné elle formula une requête un peu stupéfiante. Ce n' est pas tant la demande en elle-même qui m' étonna, mais la façon solennelle qu' elle eut de m' en faire part. Malgré qu' il neigeait, elle s' arrêta d' un coup sur le trottoir afin que j' en fasse autant et me regarda dans les yeux. Elle voulait mettre au clair les interdits concernant notre futur moment intime. Je l' écoutais donc fixer les règles du jeu, en étant prêt d' avance à tout accepter. Je me souviens avoir été charmé lorsqu' un petit flocon de neige se posa sur le bout de son nez. Elle ne voulait pas de sexe et je ne devais d' ailleurs la toucher qu' avec des plumes, aucune caresse chatouilleuse avec les mains, elle était prête à me livrer son corps entier à la condition que je ne le touche qu' avec des plumes. Évidemment ça ne me posait pas de problème mais elle insista expressément pour avoir ma promesse de ne pas me livrer à quoi que ce soit de sexuel, quoiqu' il arrive. Pire que ça ! Elle disait bien se connaître et elle savait que, poussée par un désir extrêmement violent qui ne manquerait pas d' arriver en subissant les chatouilles, elle pourrait exiger de moi que je satisfasse ses appétits sexuels. Elle fut formelle : même dans ce cas, je ne devais rien faire ! Même si elle me suppliait, je ne devait pas céder ! Pour prévoir à toutes ambiguïté, le mieux était donc qu' aucun contact direct ne soit autorisé. En gros je ne devais pas la toucher. Jamais et nul part. Seule la plume pouvait entrer en contact avec sa peau. La plume avait le droit à tout son corps, y compris les parties les plus intimes. J' acceptais volontiers, en pensant secrètement qu' elle exagérait. Les précautions qu' elle prenait, tel Ulysse s' attachant au mat du navire pour ne pas succomber aux chants des sirènes, me paraissaient excessif. Même si je comprenais que n' ayant pas envie de sexe maintenant elle préférait prendre les devants sachant qu' elle en aurait envie plus tard sous les chatouilles, j' avais du mal à croire qu' on ne puisse pas retenir ses pulsions à ce point. Surtout, c' est d' imaginer une fille me suppliant de lui faire l' amour qui me semblait assez cocasse. Elle avait peur que je le prenne mal et se mit en devoir de me rassurer en prétendant qu' elle me trouvait très bien. Si elle ne voulait pas que nous fassions l' amour maintenant ça n' avait rien à voir avec moi, promit-elle sincèrement. C' était touchant de voir qu' elle tenait à prendre soin de ce qu' elle croyait être une sorte d' ego de la virilité masculine. Elle craignait de me vexer. En réalité, je m' en fichais totalement. Après tout, quand on y réfléchit bien, à quelques exceptions près, l' ensemble des filles vivant sur la planète ne tient pas spécialement à faire l' amour avec moi, et cela pour des raisons finalement assez décousus. Je dirais que c' est dans l' ordre des choses. Elle me fit donc jurer, et je promis sans vraiment réfléchir, en pensant que je ne serais même pas confronté à cette situation improbable. Une précaution superflue croyais-je. L' idée de devoir faire preuve d' une force de caractère exceptionnelle pour faire face à des demandes insistantes de sexe me paraissait vraiment étrange et inconcevable. J' étais au fond de moi convaincu qu' elle ne me demanderait rien, et au pire je me sentais capable de résister, je donnai donc ma promesse de ne pas la toucher sous peine d' être damner. Croix de bois, croix de fer, si j' mens j' vais en enfer.

Faut-il vraiment que je vous raconte ce qu' il s' est passé dans la chambre d' hôtel ? Je crois que oui. Je ne sais pas s' il y a un lien entre ce moment et la suite des événements, mais je préfère ne pas occulter ce passage. Elle avait prévu un sac de sport dans le coffre de sa voiture, ce qui indique un certain niveau de planification. Cela m' enchantait tout en amplifiant ce que je nommais vulgairement la pression. J' étais ravi en songeant qu' on allait bien s' amuser, toutefois une appréhension ne me quittait pas, c' était différent de la simple crainte de l' inconnu et du désir inquiet que tout se passe bien. C' était une anxiété diffuse, sans objet particulier. Une fois dans la chambre, elle m' ordonna de m' asseoir sur la chaise pendant qu' elle se préparait. Je la regardais se déshabiller, elle enleva tous ses habits sauf les sous-vêtements assortis qui formaient un ensemble, un soutien-gorge et une petite culotte en dentelle blanche. Je n' en demandais pas tant ! J' essayais de ne pas trop la regarder de manière appuyée, pourtant elle ne semblait pas gênée. Sa peau aussi était blanche, elle ne devait pas voir le soleil bien souvent dans cette région. Il faisait chaud dans la chambre, de plus en plus chaud. En petite tenue, elle ouvrit le sac pour en sortir les attaches, c' était des bracelets en cuir revêtus de fourrure à l' intérieur. Je jetai un coup d' œil dans le sac, il était rempli de plumes diverses ! Elle sauta sur le lit, je la contemplais passer consciencieusement les bracelets autour de ses chevilles. L' unique moyen de les attacher se trouvait aux coins du lit, si bien qu' elle avait les jambes maintenues écartées. Le haut du lit, lui, avait des barreaux. Elle s' entoura les bracelets l' un après l' autre autour des poignets, puis s' allongea sur le dos. En tendant les bras au dessus de sa tête, elle fit passer autour d' un barreau verticale la chaînette de vingt centimètres qui pendait d' une menotte et clipsa l' autre menotte dessus. Si elle voulait se délivrer, elle pouvait le faire seule. Ça devait la rassurer mais aurait-elle envie de le faire ? Pas sûr ! Elle était prête, elle me regarda en souriant. Le spectacle qu' elle venait de m' offrir m' avait coupé le souffle, je dois dire que j' étais très excité en fouillant dans le sac pour en sortir tout un tas de plume, il y en avait de toutes les couleurs, de toutes les formes, des grandes, des petites, des rigides, des souples, c' était magnifique. Je commençai par prendre la plus grande et la plus touffu, elle faisait au moins toute la longueur du sac de sport ! Debout sur le coté du lit, je présentais mon arme en regardant ma captive d' un air amusé qu' on aurait pu prendre pour un air sadique, j' en conviens. Elle me répondit par un sourire mêlé d' excitation et d' appréhension qui s' intensifia tandis que j' approchai lentement l' extrémité duveteuse de son cou. Je lui passais la plume sur tout le corps, l' immense taille de l' outil de torture me permettait de rester debout immobile et de la caresser de haut en bas comme je le désirais. Ce fut le début d' une longue agonie pour elle. Et pour moi aussi, car j' étais très excité. J' utilisais plein de plumes, j' explorais tout son corps. Ses pieds étaient divins, exactement comme je les aime. Elle était chatouilleuse à souhait et même davantage. Vous le savez aussi bien que moi sa sensibilité était d' un autre ordre. Un quelque chose qui se rajoute à la sensation d' être chatouillé, ce truc qui fait qu' un passage de plume sur notre peau nous procure ces sensations charnelles et émotives si intenses. Elle ne dit pas grand chose, je crois même qu' elle ne prononça aucune parole pendant longtemps, mis à part des petits cris, des gémissement, des rires, mais son corps parlait pour elle et il fut bavard, elle gigotait, se trémoussait, se cambrait, frémissait, haletait, tremblotait, se cambrait, lâchait prise, abandonnait, résistait, se rendait, suppliait, implorait, s' indignait, s' étendait, se recroquevillait, s' alarmait, se débattait, s' insurgeait, en redemandait, s' échappait, se soumettait, se révoltait, et puis s' épuisait, s' épuisait, s' épuisait,....et pourtant elle faisait preuve d' une vigueur extraordinaire, elle semblait ne pas connaître la fatigue, au contraire les chatouilles semblaient la vivifier de plus en plus, lui donner de la force, et l' instant fatidique arriva. Je l' ai un peu cherché, j' avais entrepris quelque chose d' assez cruel, il faut le dire. Installé le long du lit, une plume dans chaque main, je me mis à lui en passer une sous l' aisselle tandis qu' avec l' autre je malmenais l' intérieur de ses cuisses, et c' est là que, puisque l' autorisation donnée aux plumes concernait tout le corps, je me mis en devoir de caresser sa culotte. Je sais, c' est sadique. Sa culotte était fine, et rendu d' autant plus transparente par l' humidité, chaque souffle de plume sur son sexe devait être un vrai supplice pour elle. De l' autre plume je torturais tout le haut de son corps, ses dessous de bras, ses seins, son ventre, tout y passait de ses flanc jusqu' à ses mains tandis que plus bas la plume perverse continuait son office. Elle perdit le contrôle et voulut aller plus loin, les yeux rougis par le plaisir elle me demanda de baisser sa culotte. Au départ, je pris cela comme un jeu, je lui répondis que je ne pouvais pas la toucher et j' intensifiai les mouvements de la plume pour qu' elle en ressente davantage les effets. J' étais pris dans le feu de l' action. Ses demandes se firent de plus en plus insistantes. Lorsque je lui rappelais notre pacte, elle prétendait avoir changé d' avis, elle me fit des propositions que j' ose à peine retranscrire ici. Mais attention, n' allez pas vous imaginez une chienne en chaleur complètement lascive et dévergondée, nous ne sommes pas dans un film X, elle parlait d' une voix apaisée et sereine, sûre d' elle. Il est facile de résister à quelqu' un qui n' a pas toute sa raison, qui parle sous l' emprise flagrante du désir un peu comme si cette personne s' exprimait sous l' emprise de l' alcool, mais quand on s' adresse à vous distinctement avec ce qui semble être une conviction bien pesée, la tentation de céder est encore plus grande. M' incitant à retirer mon pantalon, prétendant que j' avais certainement aussi envie qu' elle ( c' était si vrai ! ), détaillant les positions qu' elle pourrait prendre une fois détachée, me promettant de me donner du plaisir, et surtout insistant sur la nécessité de ne pas tenir compte de la stupide idée qu' elle avait eu, elle entamait violemment ma volonté. Sans compter ce puissant désir qui brûlait en moi. J' avais arrêté de caresser son sexe mais c' était trop tard, elle ne pensait plus qu' à ça, je ne savais plus quoi faire. Elle m' assurait qu' elle avait bien réfléchi, qu' il fallait que j' arrête de faire l' enfant et que je vienne la rejoindre sur ce lit où elle consentirait à faire tout ce que je voudrais. Mes réprobations devenaient de plus en plus faibles, je ne savais plus quoi dire, et ça, c' était pour l' extérieur car intérieurement j' avais déjà quasiment abdiqué, les seules images que j' avais en tête se bousculaient pour rivaliser d' érotisme. Je reculai. Elle changea de technique comprenant qu' elle n' aurait peut-être pas tout, tout de suite, elle tenta d' amender la promesse. Je t ' autorise à me lécher, me dit-elle, en plus de la plume tu peux utiliser ta langue. Mais je savais très bien où cela nous mènerait. Je connais trop ce jeu pour ignorer que l' escalade est inévitable. Debout au pied du lit, les bras ballants, la tête qui tournait, je l' écoutais me quémander tranquillement de lui rendre service en accédant à sa requête. Elle gigotait les doigts de pieds. Je n' avais qu' une envie, c' était d' écarter sa culotte et de la lécher, de reprendre la torture, de la faire jouir, de jouir moi aussi. Qu' auriez-vous fait, vous, à ma place ?
Je ne sais pas comment ça m' est apparu à l' esprit, il se peut que ça ne me soit même pas venu en tête. Bizarrement je crois qu' il y a des circonstances où la pensée ne précède pas le geste. L' acte s' accomplit sans qu' aucune idée ne soit venu auparavant. Je me suis enfui dans les toilettes de l' hôtel, entre parenthèse très bien entretenu. Là, je me suis soulagé, ça ne dura que quelques instants.
Après avoir repris mes esprits, j' hésitais pendant dix secondes la main sur la poignée, je me demandais dans quel état j' allais la retrouver. Et bien elle était assise sur le lit occupée à détacher les bracelets de ses poignets, ses pieds encore prisonniers. Elle me regarda en souriant, les yeux encore tout rouges, totalement radieuse. On fait une pause ? proposa-t-elle d' un air malin.

Si je vous ai raconté mon "acte de bravoure" ce n' est pas pour me jeter des fleurs, mais il se pourrait qu' avoir tenu ma promesse ait pu influencer le reste de la nuit, je ne sais pas...
J' aimerais bien faire une pause dans mon récit. En fait, je ne sais pas si j' ai envie de continuer. J' entends des bruits bizarres depuis tout à l' heure. C' est sûrement le vent, il souffle très fort dehors. Quelle idée d' habiter à la campagne dans un trou paumé ! La nuit a englouti le monde, j' ai peur, je n' ai plus envie de rester là, tout seul à écrire. J' ai envie de sortir, de m' enfuir dehors. Hélas je ne peux pas car au dehors, c' est pire. J' ai une horrible sensation, c' est bizarre à expliquer mais j' ai l' impression qu' il n' y a plus personne dehors, que tous les humains ont disparu. Il n' y a que le silence de cette neige qui recouvre tout, si je sors je ne trouverais personne, rien que la nuit. D' ordinaire, du jardin j' arrive à voir les maisons de mes plus proches voisins, je peux même distinguer les lumières du village au loin, mais avec la neige qui tombe et le brouillard je ne vois rien. Je pourrais courir au village mais s' il n' y a personne ? J' ai encore plus peur d' aller dehors, je préfère rester ici, je suis plus en sécurité ici. À cette heure, je ne vois pas à qui je pourrais passer un coup de fil. Je dois continuer de raconter ce qu' il s' est passé cette nuit-là, et alors peut-être j' y verrais plus clair. Car c' est à ce moment-là, après qu' elle se soit rhabillée et que nous soyons sortis de l' hôtel, que tout changea de manière radicale. Rien ne venait plus entraver l' état d' anxiété qui s' insinuait en moi, mais surtout, rien ne venait plus l' expliquer. Je ressentais une puissante inquiétude sans que je sache pourquoi. J' ignore si ce sont les choses qui ont changé d' aspect, ou si c' est ma vision de ces choses qui s' est trouvée altérée. Passé au travers du filtre de la peur, tout m' apparaissait différemment. À commencer par elle. Cette fille.
Elle ne semblait pas s' être offusquée de ma petite sortie impromptue. À ma grande surprise, elle me proposa soudainement d' aller chez elle pour le reste de la nuit. Un peu pris de court, j' acceptais. Ce fut à contre cœur car en réalité j' aurais aimé qu' elle parte afin de me retrouver seul dans ma chambre. N' y voyez pas de l' égoïsme, c' était bien plus profond que ça. Je me sentais mal, l' excitation passagère avait momentanément étouffé cette sensation oppressante mais à présent elle revenait comme décuplée. Comment puis-je expliquer ça ? Une fois lorsque j' étais enfant, on m' avait envoyé loin de chez moi passer les vacances de la Toussaint chez une tante et son mari. Peut-être parce que j' étais un enfant un peu introverti. Au bout de quelques jours je ne me sentais pas bien. Ce fut pire lorsqu' on reçu la visite de la mère de mon oncle que je ne connaissais pas. Son physique desséché de grande dame maigre aux cheveux courts et frisés accompagnée d' un tout petit chien avait eu raison de moi. Je passais encore une nuit et le lendemain matin je trouvais le courage de demander à rentrer chez moi. Les adultes ne comprenaient pas trop, ils faisaient tout un tas de suppositions pour expliquer mon humeur, il s' inquiétaient que je ne m' amuse pas ou que la nourriture n' était pas assez bonne...quant à moi, il m' était impossible de leur expliquer ce que moi-même je ne comprenais pas. Mais je voulais rentrer, c' est tout. Une sorte de mal-être. Une déclinaison de la peur. Une panique dans le cœur. Je ne voulais plus être là où j' étais, avec ces gens-là. C' est ce sentiments d' être effrayé sans raison qui me serrait au moment où je m' assis dans la voiture. Ça allait à peu près tant que nous roulions en milieu urbain, mais lorsque nous fûmes sortis de la ville, mon angoisse m' étouffait presque. Dans un souffle je lui demandais combien de temps il faudrait avant d' arriver. Vu les conditions météorologiques, encore au moins une heure. Le trajet fut vraiment bizarre, nous ne parlions quasiment pas. Je ne pouvais pas regarder le paysage, il n' y en avait pas. Autour de nous, rien qu' un épais brouillard, tout ce que je voyais c' était parfois des rambardes, parfois des arbres, parfois un panneau enneigé. La voiture roulait doucement sur des routes sinueuses qui tantôt montaient, tantôt descendaient, dans un mélange de nuit et de blancheur. Même la lumière des phares où s' agitaient des particules tourbillonnantes de neige semblait blafarde. Sa vieille voiture possédait encore un autoradio à cassette ! Quant à la radio, on ne captait strictement rien sur aucune fréquence à part des grésillements. Le bruit très espacé des essuie-glaces devint rapidement intolérable, mais impossible de s' en passer car il neigeait encore un tout petit peu, à moins que ce ne fût la brume qui s' amusait à se déchiqueter. De toute façon, même ce bruit lancinant finit par devenir partie intégrante du silence, un silence qui me terrifiait. Je la regardais parfois du coin de l' œil. Fixant la route, elle ne semblait pas troublée par le fait que nous ne disions rien, je supposais que même en ayant l' habitude de ces conditions météos elle devait sûrement être concentrée pour conduire. Pourtant son expression avait quelque chose d' autre, son teint semblait plus pâle que jamais, ses yeux n' avaient pas encore perdu la rougeur que le plaisir leur avait procuré et brillaient affreusement, elle arborait un étrange sourire, presque indécelable, à moins que ce ne soit mon imagination qui me jouait des tours. Durant tout le voyage, chaque fois que je lui jetais un regard, toujours cette même expression figée sur son visage, comme si j' avais une poupée à coté de moi. À quoi pouvait-elle bien penser ?
Moi je me demandais ce que je faisais là, en pleine nuit, avec cette fille que je ne connaissais pas, voyageant ainsi dans la brume sans trop savoir ce que je voulais. Je ne savais pas quoi faire, ni quoi dire. J' attendais sans un mot que l' on arrive je ne sais où, faisant défiler des idées noires, des souvenirs amers. Tout un tas de souffrances passées me revenaient sans savoir pourquoi. Je m' enfonçais. J' avais envisagé depuis un bon moment ce qu' il se passerait si j' ouvrais la portière pour me jeter dehors lorsqu' elle déclara d' une voix glaçante que la fin du voyage était arrivé. En effet nous passâmes devant un panneau cassé et partiellement recouvert par la neige et le givre sur lequel je pus malgré tout distinguer quelques lettres du mot Hôtel des …. ainsi que des étoiles. Le reste du nom était indéchiffrable, je me souviens d' un M et d' un T peut-être, mais pas sûr, en tout cas je m' étonnais, je pensais que nous allions chez elle et pas sur son lieu de travail ? Et bien il se trouvait qu' elle habitait là, sur son lieu de travail, dans l' hôtel. Nous nous arrêtâmes sur ce qui devait être un parking, enfin je suppose car le sol était recouvert d' un épais tapis de neige et aucune autre voiture ne s' y trouvait. Une rafale de vent me gela le visage au moment où, après quelque mètres à pieds, j' aperçus une immense bâtisse se détachant dans la brume. C' était un de ces hôtels que l' on trouve dans les coffrets cadeaux de type week-end de prestige, séjours insolite, une sorte de manoir ancien avec peu de chambre mais toutes différentes les unes des autres et d' un style particulier. Aucune lueur n' émanait des nombreuses fenêtres avec volets, mais à presque deux heures c' était compréhensible. Néanmoins je l' interrogeais pour savoir si nous ne risquions pas de déranger. Elle me répondit en riant de ne pas m' inquiéter, qu' on ne risquait pas de réveiller les occupants. À l' aide d' une clé sortie de sa poche elle ouvrit la double porte d' entrée très imposante avec des carreaux sur la moitié supérieur protégés par des barres métalliques en croix et nous pénétrâmes à l' intérieur d' un grand hall. Elle appuya sur un interrupteur et la lumière jaillit de deux vieux lustres, éclairant une salle au style ancien et raffiné. Du sol aux tapisseries en passant par les meubles, tout était d' époque. Il y avait quand même deux-trois éléments qui faisaient penser que des améliorations récentes avaient eu lieu, comme l' installation électrique. C' est le problème de ce genre de lieu, il faut satisfaire aux normes modernes tout en gardant le cachet. Je m' étonnais du froid qui régnait, comment se fait-il que ce ne soit pas chauffé ? Pour elle c' était normal mais que je me rassure, la chambre où nous allions était chaude. De plus en plus perplexe, et au vu du froid, je réitérais mon interrogation à propos des locataires et c' est là qu' elle m' apprit qu' il n' y avait actuellement aucun locataire dans l' hôtel, en fait il n' y avait personne sauf nous. Elle ne pouvait pas me le dire tout à l' heure à la place de sa réponse ironique ? Ça commençait à faire beaucoup de cachotteries. C' était surtout vraiment étrange que l' hôtel soit complètement vide, mais que pouvais-je dire ?
Je pris conscience que nous étions donc strictement seuls, elle et moi, dans ce manoir perdu en pleine nuit au milieu d' un nul part enseveli dans le brouillard et la neige. Ça ne semblait pas la déranger, moi j' étais mort de trouille. Se retrouver isolé dans un tel endroit était littéralement effrayant. L' immense demeure devait abriter des tas de pièces, des tas de recoins, tous plus sombres et glacés les uns que les autres. Au centre du hall, un large et majestueux escalier en bois devait desservir au moins trois étages, sans compter un éventuel grenier. C' est vraiment ici que la terreur me posséda corps et âme. Et puis je me mis à avoir terriblement peur d' elle. Pourquoi ? Je l' ignore, peut-être parce qu' elle était l' unique être vivant en ce lieu. La seule chose qui pouvait me nuire. À moins que...à moins qu' il n' y ait quelqu' un d' autre ? Ou peut-être plusieurs personnes ? Et si c' était un piège ? Et si des copains à elle m' attendaient dans une des pièces, là-haut, afin de me faire dieu sait quoi ? Les scénarios arrivaient en pagaille. Groupe d' ados voulant se faire ce qu' ils considéraient comme un malade sexuel, skinhead nazi, sataniste, adorateur de Cthulhu ou de Charles Manson, cinglés de banlieue ou cinglés de campagne perdue, pervers sexuels, où simplement des types qui n' avaient aucune raison de faire ça mais qui le faisait quand même, juste pour s' amuser. Tout cela existait, et si ça m' arrivait à moi, maintenant. Dans mon esprit le visage de ces gens, jeunes ou vieux, revêtait des expressions ignobles. C' était monstrueux, même le plus improbable me paraissait possible à ce moment là. Même des choses innommables. Tout concordait si bien, j' avais été amené ici, depuis le début elle m' avait conduit dans cet endroit solitaire. Peut-être l' avait-on obligée à le faire ? Postée sur les premières marches de l' escalier, en portant un chandelier dont elle avait allumé les cinq bougies, pour l' ambiance avait-elle précisé, elle interrompit mes atroces rêveries en m' invitant à la suivre par un "vient vite te réchauffer" que je ne pouvais pas refuser. Au cours de cette interminable ascension, marche après marche, je sentais mon cœur battre jusque dans mes tempes. Au troisième étage, enfin, j' avançais à la faible lueur du chandelier dans un large couloir avec tellement de portes closes de chaque coté que je croyais me trouver dans un cauchemar. Au bout de ce couloir, une grande fenêtre éclairait faiblement grâce à la luminosité neigeuse. La nuit et les nuages ne parviennent pas à vaincre la clarté que produit un monde recouvert de neige. Et puis nous arrivâmes devant la porte. J' éprouvais une étrange sensation dans mes jambes, je comprenais la signification de ces expressions "ne plus sentir ses jambes" ou "avoir les jambes qui tremblent", j' ignore d' où vient ce phénomène physique, je ne l' avais jamais ressenti avec tant de force, j' avais déjà eu les jambes cotonneuses lors d' examens mais là, mes jambes était véritablement vacillantes. Elle posa la main sur la poignée. S' il fallait se battre ou fuir j' en étais bien incapable, je pouvais à peine rester debout. Jusque dans ma chair je connaissais la peur, la vrai, celle qui n' a pas d' objet et qu' on ne peut pas combattre. La porte s' ouvrit sans que les gonds ne puissent s' empêcher de grincer. La trouille au ventre, je passai le pas de la porte en essayant de me donner une contenance et je scrutai la salle avec appréhension. Une chambre de taille moyenne sans nulle autre porte et avec une toute petite fenêtre, contenant un lit à barreaux, une grosse armoire, un bureau secrétaire, une chaise et une immense cheminé dans lequel brûlait un feu. Elle dut s' apercevoir de mon état, certes en le sous-estimant, car elle me proposa de me mettre à l' aise pendant qu' elle ravivait le feu. Je posai mon manteau sur le dossier de la chaise en l' écoutant à peine raconter aimablement des banalités qu' elle voulaient rassurantes. Mais ça ne me rassurait pas. J' étais paniqué, il fallait que je me reprenne, je ne pouvais pas rester ainsi, j' avais besoin de savoir, besoin de parler, d' agir. Rassemblant mon courage, j' essayais de la démasquer en lui posant des questions mais elle avait réponse à tout. L' absence des clients, l' absence des patrons, le fait de vivre ici toute seule, elle éluda tout ça en quelques mots, elle m' assurait qu' il y avait parfois beaucoup d' animation, que nous avions de la chance d' être tout seul, qu' il fallait en profiter et que je ferais mieux de me détendre. Chacune de ses réponses semblait avoir différents niveaux de sens, le simple conseil de me détendre recelait à mes yeux une menace cachée, et au lieu de découvrir quoi que ce soit j' étais de plus en plus incertain et de plus en plus apeuré. Il faut voir aussi le ton qu' elle employait. Je devais me faire une raison, l' énorme quantité de zones d' ombres qui entourait tout ça rendait impossible la découverte de la moindre vérité. Je ne savais rien d' elle, rien du tout. Elle ne m' avait jamais parlé de sa vie, c' est comme si elle n' en avait pas. Le peu qu' elle m' avait révélé pouvait fort bien n' être que mensonges. Elle sortait de nulle part. J' ignorais qui était cette fille, d' où elle venait et ce qu' elle voulait exactement, mais il y avait chez elle quelque chose de vraiment étrange qui ne m' avait pas frappé auparavant mais qui m' apparaissait maintenant avec clarté. En ce lieu elle avait sa place mais elle ne collait pas avec tout le reste. Je la revis hier soir et tout à l' heure au restaurant, sa façon de parler, de se déplacer, ses manières, elle faisait preuve d' une distance incroyable, comme si cela ne la concernait pas, comme si elle était d' un autre temps, d' un autre monde. Après avoir fait une flambée de tous les diables, elle se releva et se tourna vers moi pour me poser une question que je n' oublierais jamais. Elle me fixait, le feu éclairait son visage par en dessous en lui faisant des ombres qui lui donnaient un air proprement terrifiant. Articulant chaque mot elle me dit : Tu accepterais que je te chatouille ? J' ouvris la bouche sans qu' aucun son ne sorte et j' écartais légèrement les bras, comme pour signifier l' évidence. Évidence que j' avais du mal à croire moi-même. Je me trouvais dans une situation paradoxale, tout me semblait étrange mais si j' agissais en accord avec mon sentiment profond, c' est mon comportement à moi que je pourrais objectivement qualifier d' étrange. Elle me spécifia que je pouvais choisir de garder n' importe quel vêtement. J' étais vaincu. Je préférais jouer le jeu, j' ôtai mes vêtements pour rester en caleçon. Sur le lit je m' attachais à mon tour les bracelets autour des chevilles et des poignets, comme elle l' avait fait tout à l' heure. En haut et en bas, sur un des barreaux du lit, elle installa un tendeur muni d' un mousqueton pour maintenir la chaînette qui reliait les deux bracelets entre eux. Elle exigea que je m' allonge sur le ventre. Elle voulait d' abord me passer la plume sur mon dos, de plus elle déclara que les barreaux au pied du lit gênaient l' accès à ma plante de pied si j' étais sur le dos et elle voulait y avoir un accès total. Elle promit néanmoins que je serais retourné par la suite. Elle eut une autre requête qu' elle me fit comprendre en me présentant un masque de nuit. J' obéis, je me bandais les yeux et je me mis sur le ventre, tendant jambes et bras liés. Je la sentis clipser le mousqueton sur la chaînette entre mes chevilles, elle devait avoir une vue plongeante sur mes plantes de pieds plissées. Puis ce fut le mousqueton du haut qui se referma. Dans la manœuvre, nos mains se frôlèrent. Jamais je ne devais oublier ce léger contact. Sa main était atrocement froide, elle était gelée ! Ce ne fut qu' un léger effleurement mais un frisson glacial me parcouru la colonne vertébrale. Je réaliserai par la suite que ce fut le seul contact direct entre elle et moi, on ne s' est jamais fait la bise, c' est la seul fois où je l' ai pour ainsi dire touchée. Comme elle tout à l' heure, je pouvais éventuellement me délivrer seul mais cela ne me rassurait pas. J' étais attaché à sa merci. Davantage que l' incapacité de bouger, c' est surtout l' incapacité de voir qui me troublait. Je l' entendais qui faisait je ne sais quoi. Elle gardait le silence. Mais que pouvait-elle bien trafiquer ? Terrifié, je n' osais parler, tout à coup je l' imaginai en train de préparer une seringue, je ne sais pas pourquoi une telle idée me vint, certainement une peur enfouie qui refaisait surface, mais cela paraissait réaliste, c' était une folle, une folle qui allait me faire une piqûre contaminée, j' avais entendu parler de ça un jour, des gens séropositifs qui s' amusaient à propager le virus du sida. Elle allait m' empoisonner, ou m' endormir, et une fois l' aiguille enfoncé dans ma chair je ne pourrais plus rien faire, elle dévoilera ses intentions mais ça sera trop tard pour moi. Je serai foutu. J' essayais de chasser cette idée de mon esprit, d' autant plus qu' il y avait une certaine excitation à la situation dans laquelle je me trouvais, après tout. Oui, en d' autres circonstance tout cela aurait pu être follement érotique. Prisonnier, les yeux bandés, j' attendais mon supplice, mais qu' est-ce qu' elle faisait bon sang ? Enfin je la sentis approcher, elle posa des plumes sur moi, de mon cou jusqu' à sur ma plante de pieds. Elle déposa ces quelques plumes puis j' entendis sa voix me prévenir qu' elle allait sortir se changer, elle m' ordonna de l' attendre bien sagement, elle en avait pour une minute. Sans doute amplifié par mon aveuglement, sa voix terriblement suintante et insensible me fit l' effet d' un murmure d' outre-tombe.

Arrivé à ce stade de mon récit, vous devez sûrement penser que tout ceci n' est que le fruit de mon imagination. C' est normal, je m' en suis convaincu moi-même depuis lors. Et pourtant, même avec de rassurantes hypothèses réalistes, en écrivant ça ce soir seul dans ma chambre je ressens encore les émotions vécu là-bas, dans ce manoir perdu alors que j' étais attaché, et je me mets à avoir de nouveau des frayeurs. Voilà deux fois que je descends pour voir en bas si tout va bien, je crois entendre des bruits. Dans un sens, il est vrai que je n' avais plus toutes mes facultés de raisonnement là-bas. La peur est paralysante, et pendant un petit moment je restais ainsi sur le ventre, incapable de savoir quoi faire. M' enfuir ? Mais pour aller où ? Dehors, la nuit et le froid m' attendaient. Privé de la vue et attaché, mon ouïe restait le lien le plus direct avec l' extérieur. Soudain quelque chose d' horrible se passa : j' entendis le feu crépiter. Oui, ce simple fait provoqua en moi un état d' affolement car une déduction horrible prit naissance dans mon cerveau. Même si elle avait fait le feu avant de venir me rejoindre, depuis tout ce temps il se serait éteint... ça veut dire qu' on l' a entretenu... tout d' un coup s' abattit dans mon cœur et mon ventre la conviction inébranlable que quelqu' un d' autre était présent dans les lieux. Il ne pouvait en être autrement. Nous n' étions pas seul dans ce manoir, d' autres personnes se cachaient là, quelque part. J' en étais convaincu, rien n' aurait pu me faire penser autrement. Et elle, elle était forcement au courant, c' était si évident que ça devenait encore plus atroce. Fou de panique, je commençais à me détacher. La précipitation me ralentissait, il fallait faire vite, elle pouvait revenir d' une minute à l' autre. Dès qu' une main fut libre je me débarrassais du bandeau. Loin de me soulager, revoir l' endroit dans lequel je me trouvais décupla ma crainte. Les yeux fermés on peut relativement tromper l' esprit, mais à présent la réalité prenait vie devant mes yeux. Je finis de me détacher, faisant tomber les plumes au passage, puis je fonçais me rhabiller, je ne pensais plus à rien durant ce moment, je ne savais même pas ce que j' allais faire, mais c' était fini, peu importe cette fille, peu importe le monde entier, il n' y avait plus que moi qui comptait, je voulais me sauver, me sauver dans les deux sens du terme. Après avoir remis mon manteau j' ouvris la porte en tremblant, j' avais du mal à respirer, les larmes me montaient au yeux. Le couloir vide m' attendait, toujours éclairé par la clarté du dehors provenant de la fenêtre. Il faisait davantage nuit à l'intérieur que dehors ! Il fallait que je sorte, j' avais même envie de passer par la fenêtre ! Je me résolus à emprunter le couloir, sans réussir à me convaincre que ce sera moins dangereux, j' avançais comme dans un rêve, ne sachant ce qui pouvait m' attendre. J' étais presque arrivé à l' escalier, mais une lueur filtrait à travers une porte fermée. La lumière vacillante devait provenir d' un feu, elle passait tout autour de la vieille porte tordu et à travers le large trou de la serrure. Je ne sais pas ce qui m' a pris, j' aurais dû partir mais il fallait que je le fasse, c' était plus fort que moi, ce trou de serrure m' appelait. Mon hésitation ne fut pas brève, à mesure que j' approchais lentement de la porte elle dura tout du long. Plus j' approchais du raie de lumière qui transperçait la porte en transportant ce qui se trouvait à l' intérieur de la pièce, et plus mon hésitation grandissait. Et pourtant, mon œil s' avançait inexorablement vers l' indiscrète fente. M' incliner ne fut pas facile car j' étais encore chancelant sur mes jambes. Lorsque mon œil eut presque atteint son objectif j' entendis du bruit à l' intérieur, on aurait dit une voix mais c' était très indistinct. Au moment où le rayon lumineux frappa ma rétine, je retenais mon souffle avec difficulté. La scène qui se déroulait à l' intérieur m' apparut enfin, mon regard était limité par l' angle du trou de serrure mais la pièce semblait similaire à celle d' où je venais de m' enfuir. La serrure étant placée en face du lit, je vis qu' une personne s' y trouvait allongé sur le dos, sa plante de pied nu me faisait face. Ses pieds avait été passés sous le premier barreau du lit, car il y avait assez d' espaces entre le matelas et ce premier barreaux. Ses chevilles était entravés. Je n' arrivais pas vraiment à distinguer son visage au loin à cause de l' angle et de la mauvaise lumière qui le laissait dans l' ombre mais c' est sa voix que j' avais entendu et il s' agissait d' un homme j' en étais quasiment certain, il semblait plutôt âgé. Qui était ce vieil homme ? Bizarrement, alors que rien ne semblait le toucher, il riait doucement et suppliait de vagues demande de pité tant il semblait épuisé, on l' eut cru en train de pleurnicher de rire. Je ne saurais dire pourquoi mais sa voix me semblait familière. Juste à coté du lit, au chevet, un meuble qu' on appelle une coiffeuse, et assise devant en train de se regarder dans la glace, elle était là. Oui, elle. Je ne la voyais que de dos, son reflet m' était caché et de surcroît elle s' était changée pour arborer une sorte de longue et fine robe de chambre blanche en dentelle, mais impossible de ne pas reconnaître ses longs cheveux noirs. Elle se coiffait, et avec sa robe blanche on aurait pu croire à une mariée se préparant pour la noce. Soudain elle posa sa brosse et se leva doucement. Elle avança sans que le trou de la serrure me laisse voir au dessus de ses seins. Arrivée à hauteur des pieds du captif, elle s' accroupit pour contempler les semelles du pauvre homme qui protesta plus énergiquement, autant que ses forces lui permettait, tout en continuant à rire comme s' il était soumis à un enchantement maléfique. Dans le flot de ses protestations je distinguai plus nettement "non pas encore pitié !" et vraiment j' eus la sensation de connaître cette voix, même si c' était impossible. Légèrement décalée par rapport à lui, je pus voir qu' elle lui passa un doigt tout le long de sa plante de pied et il se mit aussitôt à repartir de plus belle dans un rire qui faisait penser que son supplice était insoutenable. Ensuite il y eut un court moment où rien ne se passa, l' homme agonisait en riant et suppliant tandis qu' elle restait accroupit devant ses pieds. Quant à moi, de l' autre coté de la porte je regardais ce spectacle lorsque tout à coup, alors qu' elle était encore accroupie elle retourna son visage dans ma direction par un mouvement brusque du cou, et je la vis, je jure que nos regard se croisèrent, comme si elle m' avait découvert à travers la porte. Son visage me terrifia, il était tout ridé, elle semblait avoir mille ans ! Sa peau souffrait de crevasse et se déchiquetait en lambeau comme sous l' effet d' une affreuse maladie. Je reculais, saisi de terreur, je crois que pendant un bref instant j' ai failli basculer dans la folie, si j' avais possédé une arme à ce moment là je pense bien que je m' en serais servie contre moi-même. Oui, un couteau à la main je me serais planté pour échapper à ça, j' aurais préférer mourir. Je me précipitai doucement dans les escaliers, je ne pouvais pas courir, d' abord parce que je suffoquais et puis instinctivement je ne voulais pas faire de bruit, j' espérais encore passer inaperçu, je voulais me faire minuscule, je voulais disparaître. Les marches craquaient malgré mes précautions, je devais sans cesse trouver le juste milieu entre me précipiter et faire le moins de bruit possible. J' écoutais si la porte s' ouvrais, chaque milliseconde qui passait sans le bruit de cette porte qui s' ouvre me soulageait tout en me jetant un peu plus dans la terreur de l' attente. En arrivant au palier du deuxième étage, je fis une pause car je ne pouvais plus avancer, j' avais du mal à reprendre mon souffle, je tremblais, j' avais envie de m' écrouler dans un coin, de me mettre en boule en me cachant le visage dans mes bras. Cette sensation de prostration m' accompagna jusqu' au palier du premier étage, mais j' étais presque arrivé, je retrouvais un peu d' espoir. Enfin je mis le pied sur la dernière marche de l' escalier, le hall était devant moi et tout au bout la porte d' entrée, ou plutôt la porte de sortie. À par mon propre bruit, il régnait un silence de mort autour de moi. Lorsque je traversais le grand hall plongé dans la pénombre, mes yeux rivés sur les carreaux de la porte d' où une lumière nocturne blanchâtre me faisait espérer, je ne pensais à rien. Il fallait que j' atteigne cette porte car dehors il y avait de l' air, du bon air à respirer, mon dieu comme j' avais envie de respirer cet air du dehors. Même s' il faisait un froid glacial, même s' il neigeait, peu importait. J' arrivai à un mètre devant la porte, les yeux toujours fixés dessus, lorsque je sus qu' elle était là. À ma gauche une porte ouverte donnait sur je ne sais où, et je compris sans même tourné la tête. Du coin de l' œil je savais sa présence. Elle était là, dans l' embrasure de la porte. Je tournai la tête doucement, et heureusement pour moi son visage n' avait rien de l' horreur que je venais de voir, pourtant elle était vêtu de cette même robe blanche qui, sans doute éclairée par la lueur du dehors, paraissait lumineuse dans l' obscurité. Totalement immobile, les bras le long du corps, son visage inexpressif ne me donnait aucun indice sur ses sentiments. J' ai cru que ma tête allait exploser sous les coups du battement de mes tempes. Son regard me fixait sans que je puisse discerner quoique ce soit, ni dureté, ni compassion, ni rien, elle ne clignait même pas des yeux, simplement elle me scrutait. Si elle n' avait pas été debout mais allongé, on l' eut facilement prise pour un cadavre. Je t' avais demander de m' attendre, prononça-t-elle enfin. Je ne sais pas si son intonation trahissait de la déception ou s' il s' agissait d' un reproche, mais je ne voulais pas en savoir d' avantage, j' ouvris la porte et je m' enfuis, je courus, courus, d' abord devant moi puis je tournais sans savoir pourquoi, je rencontrai rapidement la foret qui entourait le manoir, je m' engageai dedans, j' avançais difficilement dans la neige, je finis par trouver un gros arbre, je m' assis derrière avec les genoux pliés entre mes bras, je n' en pouvais plus.

Je restais là jusqu' aux premières lueurs du jour. Je ne peux pas raconter en détails les heures qui furent les miennes au pied de cet arbre, d' abord dans l' obscurité puis dans cette période que l' on nomme entre chien et loup. Comment traduire ce moment par des mots et surtout qui pourrait les comprendre ? Je ne crois pas avoir dormi, je pensais qu' avec ce froid je mourrai si je m' endormais. Je me souviens avoir pleurer, je me souviens avoir été hypnotisé de longues minutes par la buée qui s' échappait de ma bouche à chaque expiration. J' ai songé à ma vie, aux gens que j' ai connus, que j' ai aimés. Lorsqu' il a commencé à faire moins nuit, j' ai découvert juste devant moi les restes d' un animal mort, sans doute un renard ou un blaireau je ne sais pas, il ne restait qu' une maigre carcasse à moitié ensevelie par la neige, mais on distinguait nettement les os de la cage thoracique. J' avais lu un jour qu' il existe une pratique bouddhiste qui consiste à méditer devant un cadavre humain afin de prendre conscience de la répugnance du corps et de son impermanence. Je regardais cet os dans la neige et je comprenais que j' étais comme ça moi aussi, un squelette vivant. À chaque bruit je croyais la voir arriver, mais elle ne vint pas. La brume se dispersa peu à peu puis le jour se leva et avec lui un nouveau monde, hier appartenait désormais au passé. Je me levais et me dirigeais vers la sortie du bois, j' approchais de la demeure prudemment, encore sous le choc de la nuit. Il ne neigeait pas, le ciel dégagé de nuage prenait des couleurs qui promettaient une belle matinée. Un regain de vitalité s' empara de moi, surtout en constatant l' absence de sa voiture sur le parking. En plein jour et sans gros brouillard, l' horizon me laissait voir les traces de roue qui partaient rejoindre une route un peu plus loin. J' osai même me rendre devant la porte d' entrée et tentai de l' ouvrir, sans succès. Un coup d' œil à travers le carreau avec mes mains en porte-voix me dévoila un hall identique à celui que j' avais vu hier, à ceci près qu' il était moins effrayant, quoique... J' avais encore très peur, ma fatigue extrême n' arrangeait rien, à moitié dans les vapes je décidais de partir en direction de la route et c' est là qu' une dernière et effroyable terreur me transporta dans un état de semi-conscience. Je m' en aperçus en parcourant à l' envers les quelques mètres que nous avions fait hier soir, de sa voiture jusqu' à la porte. On voyait encore les traces de pas laissées dans la neige. Tout du moins je remarquai sans même y penser mes traces à moi, très nettement visible. Je continuais à avancer et soudain je réalisai qu' hier soir nous avions marché côte à côte, or je ne voyais pas ses traces de pas à elle ! J' ai cherché, oh oui je vous jure qu' à partir de cette découverte je me suis stoppé net et j' ai regardé tout autour de moi, mais tout le long du trajet seuls mes empreintes étaient visibles dans la neige qui restait désespérément immaculé tout autour. Elle n' avait laissé aucune empreinte dans la neige.
Je ne sais plus trop ce qu' il se passa ensuite, je couru, je marchai, j' alternais les deux, de toutes façon vu mon état physique et mental ma course ne devait pas ressembler à grand chose. Pour faire simple, je déambulais. J' avais rejoint la grande route, le froid et la fatigue me convainquirent de faire du stop. Je voulais rentrer chez moi. Coup de chance, un homme de la région qui se rendait au travail dans la banlieue de Colmar accepta de m' emmener. Dans la voiture, je somnolai en pensant à la nuit que j' avais vécu. Au conducteur je racontai m' être perdu en randonnant. Je ne sais pas s' il m' a cru mais il me reprocha mon imprudence en prétendant que plusieurs personnes avaient été retrouvé morte dans cette foret, et ce depuis toujours et encore récemment.

Voilà. C' est ici, ou presque, que finit mon histoire.
Ça m' a fait du bien de raconter ça, mais je vous avoue que ce soir, j' ai vraiment très peur qu' il m' arrive quelque chose. C' est sûrement à cause de la neige qui tombe à gros flocon depuis ce matin, les conditions me rappelle trop cette nuit. La même neige, le même brouillard, le même temps suspendu, et de me retrouver seul chez moi ce soir dans une maison isolée n' arrange rien. Vous allez rire, mais tout à l' heure, j' ai cru entendre frappé à la porte, en bas. Si vous saviez la trouille que j' ai eu ! Qui pourrait frapper à ma porte en pleine nuit par un temps pareil ?

Durant les jours qui suivirent cette histoire je n' arrivais pas à trouver le sommeil, je ne parvenais pas à oublier, je cherchais ce qui avait bien pu se passer. Je consultais parfois ma boite mail mais je n' ai jamais rien reçu de sa part, et c 'est bien ça le pire. Quant à moi il était hors de question que je rentre à nouveau en contact avec elle, de quelque façon que ce soit. Pourtant je furetais sur le net dans l' espoir de comprendre les événements de cette nuit. Malheureusement, n' ayant aucune idée du lieu précis de l' hôtel ni de son nom, il me fut impossible de retrouver la moindre trace de lui. Si je savais le localiser, je pourrais y retourner en plein jour et accompagné, et alors peut-être pourrais-je exorciser mes démons. Mais ce vieil hôtel perdu demeure un mystère, même si je retournais à Colmar je serais incapable d' en retrouver le chemin. Je ne me souviens de rien, ni lors du trajet en auto-stop où la route et les panneaux défilaient comme dans un mauvais rêve, ni lors du voyage aller dans la nuit brumeuse où toutes les routes se ressemblaient. En cherchant des informations sur les hôtels des Vosges, je tombai par hasard sur un site touristique évoquant les légendes vosgiennes, l' une d' elle relate l' existence d' une femme hantant les lieux appelée la fée Polybotte. Je constatai avec horreur de vagues similitudes avec ce que j' avais connu, alors je poursuivis dans cette voie et d' autres noms sont sorties. Les Banshee par exemple, créatures mythiques irlandaises souvent associé à la dame blanche, annonciatrices de mort. Mais surtout la Yuki-onna, issu du folklore japonais et dont l' apparence décrite sur sa page wikipédia m' a plongé dans une terrifiante stupeur tant la ressemblance est troublante. Ces découvertes n' ont fait qu' empirer ma folie. Se pourrait-il qu' il existe des êtres oubliés, vivants parmi nous depuis la nuit des temps, et dont l' existence même échappe à la raison humaine ?
Non je ne peux pas y croire, d' ailleurs il y a des explications à tout ça. Je crois que tout vient de moi, j' ai totalement perdu la raison, à commencer par cette histoire de feu dans la cheminé, vous vous souvenez ? Je fondais mon jugement sur ma propre expérience car j' ai un poêle moderne dans lequel on met des bûches de 33 cm. Le foyer est petit et si on ne le nourrit pas régulièrement il ne reste que des braises au bout de quelques heures, or cette configuration n' a strictement rien à voir avec une cheminé ancienne à foyer ouvert. Vu la taille des bûches et la quantité de bois qu' on peut y introduire, il est tout à fait possible que le feu ait tenu sans être alimenté par ailleurs. Quant aux traces de pas absentes, la raison en est toute simple. Beaucoup plus légère que moi, elle a laissé des empreintes moins profondes. Il est tombé de la neige entre le moment où nous avons laissé nos traces et celui où je suis revenu sur les lieux, suffisamment pour recouvrir totalement ses empreintes à elle mais pas assez pour les miennes. Dire que cela m' a échappé ! Je devais vraiment être dans un état second ! Et son visage soi-disant monstrueux, comment croire que j' ai pu voir autre choses à travers un étroit trou de serrure qu' une sorte d' illusion provoquée par la lumière chancelante du feu ? Et si elle s' est retrouvée en bas comme par magie, ce n' est certes pas une apparition spectrale, cette vieille baraque doit receler de nombreux passages, elle aurait emprunté un autre escalier qui conduit plus rapidement au rez-de-chaussé, voilà tout. Il y a malgré tout une chose que j' ai bien du mal à expliquer, c' est la présence de cet inconnu. Je suis persuadé que cette fille n' a pas la conscience tranquille, elle doit tendre des pièges à ceux qui comme moi sont assez idiot pour tomber dans ses filets. C' est aussi la raison pour laquelle j' ai décidé de tout vous raconter, afin de vous mettre en garde. Il se pourrait bien que ce soit une sorte de prédatrice profitant de jouir d' un endroit tranquille pour attirer les hommes et satisfaire ses désirs. À force de jouer, elle s' est retrouvée avec deux rencarts en même temps, ce qui expliquerait pourquoi elle ne voulait pas me voir durant la journée, c' est parce qu' elle fréquentait l' autre. Je ne vois que ça...oui, quand on y réfléchit, tout s' explique. Et pourtant... et pourtant certain jour, certaine nuit, je me mets à douter. En fait je navigue sans cesse entre la raison et des croyances surnaturelles. Tiens, je vais vous donner un autre exemple, et je vais finir là-dessus car raviver ces souvenirs me remplit l' âme d' une incontrôlable panique qui cogne en moi dans tous les sens. Je ne sais pas comment je vais réussir à terminer la nuit, la seul solution que j' ai trouvé, c' est d' aller me chercher une bouteille d' alcool. Je crois que je vais m' enivrer jusqu' à tomber raide, au moins la peur revêtira son masque de carnaval. Si je vous disais qu' en allant chercher cette bouteille à la cuisine à l' instant, j' ai senti comme une présence...
Bref...c' est à propos de la voix de l' inconnu attaché au lit. Je vous est dit qu' elle me semblait familière, et bien je me suis longtemps interrogé à ce sujet et je pense qu' il s' agit d' un effet d' identification. C' est une vidéo réalisée pour mon travail qui me fait dire ça. J' étais filmé en gros plan et je devais parler d' un projet d' entreprise. Figurez-vous qu' en écoutant ma propre voix sur cette vidéo, je fus effrayé de reconnaître



Et bien...tout ça me fait rire.
Bonjour c' est Virginia qui vous parle.
Notre ami m' attend sagement allongé sur son lit. Ne vous inquiétez pas je vais bien m' occuper de lui. Il ne pourra malheureusement pas conclure son histoire. On dirait que le mot de la fin est pour moi.
Vous vous demandez sans doute ce que je fais ici ? Peut-être que j' ai fouillé son manteau posé sur la chaise lorsqu' il était attaché chez moi avec les yeux bandés. C' est moche de faire ça. La curiosité. Dans la poche, son portefeuille, sa carte d' identité, son adresse. Ou alors peut-être que je suis une sorcière. Ha ha !
Moi qui voulais lui faire une surprise c' est réussi.
Vous croyez à son histoire vous ? Je serais une espèce de démone ? Que voulez-vous que je vous dise ? Que je suis bien une créature maléfique ? Me croiriez-vous ? Non sans doute. Que je vous explique de mon point de vue ce qu' il s' est réellement passé ? Je pourrais le faire. Me croiriez-vous ? Oui sans doute. Soyons honnête quoique je fasse vous ne pourrez jamais connaître la vérité.
Si ça se trouve c' est lui qui est fou. Et il vous entraîne dans sa folie.
Voyons voir...
Et si c' était le futur qu' il avait vu à travers le trou de la serrure ? Une vision d' un probable avenir. Et si cet inconnu âgé c' était lui ? Pas réellement. Évidemment. Le délire d' un schizophrène ? L' hallucination d' un homme malade en pleine crise de démence ? Et s' il était atteint d' un trouble de la personnalité ? Et si c' est lui qui écrivait en ce moment en se faisant passer pour moi ? Multiple personnalité vous voyez ? Et si rien de tout cela n' était arrivé ?
Je dois y aller. Ça fait une demi-heure que je me régale de cette histoire. Je ne voudrais pas le faire attendre davantage. Il a l' air impatient. Le temps est venu. Il est entre de bonne mains.
C' est moi qui ai donné le titre à l' histoire. J' espère qu' il vous plaira.

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