Histoire : Le musée du rire

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Histoire


Histoire ajoutée le 28/10/2020
Épisode ajouté le 28/10/2020
Mise-à-jour le 31/10/2020

Le musée du rire

Petite histoire sans prétention qui me trottait dans la tête comme souvent d'ailleurs. Le contexte est plus qu'absurde mais étrangement ancré dans le réel et je crois que c'est ce côté qui m'a séduite et convaincu de la poster ici. N'hésitez pas à me laisser un commentaire !

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  • Le musée du rire 


« Here’s a little song i wrote, you might want to sin git note for note. Don’t worry, be happy ! » Crachotait la voix de Bobby McFerrin à la radio, posée négligemment sur la table de la cuisine.

A peine quelques mètres plus loin, Charlie, 22 ans roulait des hanches au rythme des claquements de doigt de la chanson, les deux mains prises dans l’évier plein de mousse. Elle attrapa une assiette en fredonnant le refrain et commença à la frotter vigoureusement avec l’éponge.  Une fois qu’elle aurait terminé la vaisselle, elle irait se pelotonner dans son fauteuil avec un bon chocolat chaud. Elle souffla sur la mèche de cheveux crépue qui lui tombait sur le visage et releva la tête vers la fenêtre. La pluie frappait les carreaux depuis maintenant une heure. La journée avait plutôt mal commencé avec d’immenses et menaçants nuages gris et elle ne semblait pas prête de s’améliorer, ce qui ne présageait rien de bon pour les semaines qui allaient suivre mais Charlie ne s’en plaindrait pas. Voilà qui lui fournirait une excuse parfaite pour ne pas sortir. Sa petite vie de célibataire antisociale lui plaisait bien. Bien qu’elle aimait ses ami(e)s du fond du cœur et qu’elle ne disait pas non pour une petite virée de temps à autre, elle ne se plaignait pas de rester seule chez elle à lire parfois pendant quatre jours d’affilé (la durée de temps qu’elle pouvait vivre sur ses réserves) jusqu’à ce qu’elle soit de nouveau obligée de se frotter à la civilisation.

Elle acheva de laver le dernier verre, secoua ses grandes main d’un beau marron chocolat au dessus de l’évier, et fonça vers le placard chercher le cacao. A peine l’avait-elle ouvert qu’elle sentit quelque chose de doux et chaud lui chatouiller les mollets. Elle baissa la tête pour apercevoir une petite frimousse moustachue qu’elle ne connaissait que trop bien.

« Queen, je t’ai nourrie il y à peine une heure. » Soupira t- elle en caressant l’animal.

Celui-ci miaula pour manifester son mécontentement.

« D’accord, d’accord, je vais te donner mais après, ça ne sera plus la peine de réclamer ! »

La chatte se frotta affectueusement aux jambes de sa maîtresse. Charlie la prit brusquement dans ses bras.

« Rhaaaa, mais comment est-ce que tu fais pour être aussi mignonne ? » Grogna t- elle faussement, le nez noyé dans la fourrure du félidé.

Elle attrapa ensuite une boîte de pâté, la vida dans la gamelle destinée à cet effet, failli se lécher les doigts et ouvrit la poubelle pour la jeter. Charlie s’arrêta… Ah… La poubelle…. La fameuse poubelle qui aurait dû être descendue depuis maintenant une journée mais dont elle s’entêtait à tasser les ordures pour repousser le moment fatidique… Cette fois, plus question de procrastiner.

Elle saisit les ficelles jaunes et sortit le sac. Elle jeta la boîte de pâté puis remit un nouveau sac. Enfin, elle enfila ses claquettes « spécial dehors » et, la poubelle sur le dos comme la hotte sur le dos du père Noël, elle jeta un œil au judas afin de vérifier qu’il n’y avait personne dans le couloir. Elle resta ainsi de longues secondes. Aucun bruit, rien ne bougeait. L’immeuble semblait désert. En se reculant, un éclat vif attira son regard. Il s’agissait de son porte clef qui gisait, abandonné sur le meuble de l’entrée. Elle les attrapa. Elle irait au courrier en même temps.

Puis, rassurée, Charlie se risqua à se couler, elle, ses claquettes et son pyjama gris, sur le porche. Ceci fait, elle attendit encore un peu. Silence. Convaincue qu’elle était seule, elle descendit les escaliers d’un air assuré. Encore heureux qu’elle n’était qu’au rez-de-chaussée. Elle n’aurait pas beaucoup de distance à parcourir avant d’atteindre le local.

Elle poussa la porte de l’immeuble d’un pied et avança de quelques mètres puis, la porte du local étant restée ouverte, elle jeta la poubelle dans le contenair. Elle revint ensuite à l’intérieur et ouvrit sa boîte aux lettres. La facture d’eau semblait presque la narguer dans sa belle enveloppe toute blanche mais Charlie ne s’y attarda pas. Elle savait qu’elle devait arriver ce mois-ci de toute façon. Un prospectus dont elle ne saisit que les premiers mots à cause de la façon dont il était plié, à savoir : vous êtes invitée », l’accompagnait.

Intriguée, mais ayant entendu le grincement d’une porte dans les étages supérieurs, elle ne prit pas le temps de le lire. Elle ferma fébrilement sa boîte aux lettres et retourna ventre à terre dans son antre. Hors de question qu’on la voit dans cette tenue. Elle avait sa dignité tout de même !

Après avoir fermé la porte à clef, elle s’autorisa à souffler. Qu’est-ce qu’elle pouvait se ficher la frousse parfois ! Elle posa ses clefs et sa facture sur le meuble. Elle en avait déjà déduit le montant approximatif en faisant ses comptes quelques jours plus tôt, elle ne s’attendait pas à avoir de surprises. Elle s’occuperait de ça dans la soirée. Pour l’heure, elle était plutôt intéressée par le prospectus. Elle le déplia tout en continuant de marcher et poursuivit sa lecture à voix basse.

 

« Vous êtes invité(e)

Nous avons besoin de six volontaires pour se soumettre à une expérience tout à fait inédite dans l’histoire des musées.

Venez à la découverte de vos sensations, explorez de nouvelles perceptions et surtout amusez-vous ! 

Inscription nécessaire »

 

Et en bas, un numéro de téléphone ainsi qu’une adresse. Charlie arqua un sourcil. Informations floues concernant l’activité en question, aucun renseignement sur sa durée, pas de date et surtout pas de mail. Elle détestait devoir parler au téléphone. Elle se mettait à bafouiller, mélangeait des mots, en bref l’horreur. Quant à la structure en question, elle n’en avait jamais entendu parler. Se demandant s’il ne s’agissait pas là d’une grosse arnaque, elle se jeta sur son ordinateur portable et s’installa avec ce dernier dans son fauteuil. Elle tapa « Musée du rire » dans la barre de recherche et eu la surprise de voir un résultat s’afficher. Apparemment, il s’agissait d’un musée qui reprenait l’idée d’un parcours sensoriel mais en intérieur. Charlie hocha la tête. L’idée n’était pas complètement stupide. La plupart du temps, ce genre de chemin se faisait en extérieur mais avec un temps pareil, ça aurait été totalement absurde. Mais là, avec cette structure, les adeptes de cette drôle de pratique devaient être absolument ravis.

Charlie reposa donc son ordinateur et jeta le prospectus à la poubelle. Le musée du rire irait trouver ses volontaires ailleurs. Elle n’était pas intéressée, ni de près ni de loin. Elle essaya de s’imaginer quelques instants ce qu’il se passerait si elle décidait, dans un univers parallèle, de s’y rendre et frissonna. Non. Ce genre de choses, ça n’était vraiment pas « son truc ». Se mettre pieds nus sur un parcours sur lequel des dizaines de gens avaient déjà marché (étaient-ils tous propre seulement ?), très peu pour Charlie.

 

Elle se prépara donc son chocolat chaud comme prévu et se lova confortablement dans son fauteuil avec un livre sur les genoux. Tout en dévorant les pages, elle écoutait la pluie frapper sur les carreaux. Encore une journée parfaite pour Charlie. La suivante suivrait le même programme et celle d’après également. Etant en vacances, elle pouvait bien se le permettre. La pluie se fit plus forte. Bercée par le bruit des gouttes, elle renversa peu à peu sa tête en arrière et ferma les yeux. Comme c’était bon.

C’est ce moment précis que son cerveau choisi pour la faire culpabiliser. Allait-elle vraiment passer sa semaine vautrée dans son fauteuil à se nourrir de marshmallows, de m&m’s et de chocolat chaud ? N’avait-elle pas honte ? Elle secoua légèrement la tête. Non. Absolument pas. Ne pouvait-elle pas profiter de son temps libre pour partir à la découverte de nouveaux lieux ? Non. Elle n’était pas comme ça. Elle fronça les sourcils. Anaïs, sa meilleure amie, qui la poussait toujours à sortir était aussi la même personne qui l’encourageait à tester des choses qu’elle ne connaissait pas.

« Si tu restes sans rien faire, tu n’apprendras jamais rien ! Explore ! Sors de ta grotte, un peu ! » Lui répétait-elle souvent.

Elle s’imagina alors en vieille femme en train de faire le bilan de sa vie. Elle découvrait alors qu’elle n’avait rien fait de bien extraordinaire ni même d’ordinaire d’ailleurs durant son existence. Elle avait l’impression amère de ne pas vraiment avoir vécu.

Charlie ouvrit les yeux, agacée. Bon, c’était décidé, elle allait faire quelque chose. Mais c’était uniquement pour qu’on lui fiche la paix, du moins essayait-elle de s’en convaincre. Au fond, elle voulait se prouver qu’elle était capable de faire des choses.

Elle se leva d’un bon et fit les cent pas dans son appartement. Elle allait bouger. Elle était décidée. Mais que faire ? Une idée lui traversa l’esprit.

Elle fonça fouiller dans sa poubelle et récupéra le prospectus trop vite jeté. Elle allait se porter volontaire, se jeter dans le vide, comme ça sur un coup de tête. Son cœur se mit à battre plus fort. Cette façon d’agir, ça ne lui ressemblait pas. Elle devait absolument peser le pour et le contre et… Non. Il fallait qu’elle apprenne à se décoincer et la seule solution pour Charlie était de ne pas se poser de questions, de foncer, d’arracher la bande de cire d’un seul coup.

Elle attrapa son téléphone et composa le numéro. Sa respiration devint haletante. Chaque sonnerie résonnait dans sa tête.

« Musée du rire, Laura, bonjour ! » Chantonna soudain une voix.

Charlie sursauta. Une main sur le cœur, elle se traita intérieurement d’abrutie. Tous ses membres tremblaient.

« Mmmh, allô ? » Insista la dénommée Laura.

Charlie inspira longuement.

« Ou… Oui, bonjour ! J’ai reçu un prospectus dans ma boîte aux lettres. Je voudrais participer à l’expérience mais j’ai vu qu’on devait s’inscrire.

-Oui, effectivement ! Alors je vais tout de suite remplir un formulaire d’inscription. Vous n’aurez plus qu’à le signer en venant. J’aurais besoin de votre nom, prénom, lieu et date de naissance et de savoir si vous avez des douleurs, souffrez de problèmes cardiaques ou respiratoires. »

Charlie fronça les sourcils. Le nom et le prénom étaient des choses courantes demandées lors d’une inscription à un évènement. L’âge moins mais ça dépendait de l’activité. En revanche la questionner sur d’éventuels problèmes cardiaques ou respiratoires était plutôt bizarre.

« D’accord alors je m’appelle Charlie et… »

-C’est un très joli prénom ! Heureuse de vous rencontrer, Charlie.

-M…merci. Donc je disais, je suis Charlie Thompson…

-ça s’écrit avec ou sans « H » ?

-Avec.

-Merci, continuez, je vous en prie.

-Je suis née le 6 décembre 1998 à Annecy et je n’ai aucun des problèmes que vous avez cité. Enfin, je crois… Oui, je le saurais. » Rit-elle nerveusement.

Silence. Il lui sembla entendre quelqu’un griffonner à l’autre bout du fil.

« Bien ça sera tout ! Rendez-vous demain à 13H45 au musée du rire 9 rue Victor Hugo à Châtelois. C’est bon pour vous ? »

-Oui… C’est parfait… Merci.

-Merci à vous ! »

Elle raccrocha et souffla profondément. Ça, c’était fait. Châtelois. Il lui sembla qu’elle avait déjà vu ou entendu ce nom quelque part. En y réfléchissant bien, ça lui revint. Elle y était déjà passé il y a environ deux ans pour partir en vacances à la montagne. La ville comptait environ 3000 habitants et si ses souvenirs étaient bons, elle se situait à seulement quinze minutes de chez elle. Elle devrait partir un peu en avance. Ça, ça n’était pas un problème. Charlie était toujours en avance, même trop parfois…

Le lendemain, Charlie prépara soigneusement ses papiers, les rangea dans son porte-feuille qu’elle rangea à son tour dans sa banane. Ceci fait, elle embrassa Queen, prit ses clefs et sortit de son appartement en tenant fermement les bords de la capuche de son sweat pour qu’on ne la reconnaisse pas. Elle rejoignit à pas pressés sa smart vert pomme et après l’avoir ouverte, se jeta sur le siège conducteur. Ensuite elle déverrouilla son téléphone puis activa la fonction GPS. Avant d’entrer l’adresse, elle vérifia d’un rapide coup d’œil qu’elle avait bien une carte « papier » fourrée dans sa portière. Oui. On n’était jamais trop prudent. Elle inscrivit l’adresse, inséra la clef et démarra.

 

Comme prévu, quinze minutes plus tard, elle était arrivée. Le voyage avait été tranquille mais encore heureux, pas assez long pour être monotone. Arrivée en ville, elle s’était tout de même arrêtée pour demander son chemin à une dame assez sympathique qui la renseigna avec plaisir. Convaincue d’être dans la bonne direction, elle avait donc continué et n’avait pas tardé à déboucher sur un grand et long bâtiment bardé de fenêtres qui partageait la place du marché avec d’autres maisons à l’allure moyenâgeuse. Elle s’était donc garée sur le parking où quelques voitures se trouvaient déjà et était sortie, un œil rivé sur sa montre.

13H45. Pile à l’heure. Elle couru jusqu’aux grandes portes voûtées légèrement ouvertes et pénétra à l’intérieur. Elle débarqua dans le hall ou trônait un grand bureau sans pattes. L’accueil supposa t- elle. Elle regarda longuement de droite à gauche mais ne vit personne. L’endroit semblait mort. Elle fit quelques pas timides dans le musée et remarqua aussitôt le cordon rouge qui l’empêchait d’accéder à l’exposition. Elle avait rendez-vous à 13H. Comment était-elle censé faire pour retrouver la personne qu’elle avait eue au téléphone si elle n’avait pas le droit d’aller plus loin ? Peut-être devait-elle franchir la barrière… Ou peut-être que non justement. Peut-être devait-elle attendre  que quelqu’un vienne, quelqu’un qui pourrait la renseigner. Il y avait forcément quelqu’un dans le bâtiment, elle avait vu les voitures devant.

« Vous n’avez pas le droit d’aller là-bas, madame. Le musée n’est pas encore ouvert. » Déclara soudain une voix grave juste derrière elle.

Charlie, effrayée, fit volte-face. Elle tomba nez à nez avec un homme à la peau d’un beau marron chocolat exactement comme la sienne. Il portait un costume et son nom était visible sur un badge accroché sur sa poche gauche. Le vigile, sans doute. Son crâne chauve brillait à la lumière des projecteurs.

« Excusez-moi. Je ne voulais pas aller là-bas. Je cherchais juste quelqu’un qui pourrait m’aider. On m’a donné rendez-vous ici mais je ne sais pas ce que je dois faire. » Bafouilla la jeune femme.

-Mmmh, je vois. Je peux vous demander votre nom s’il vous plait ?

-Charlie Thompson.

-Bien, merci. »

Il porta la main à son oreillette et demanda poliment :

« Laura, est-ce que tu pourras venir s’il te plait ? Madame Thompson est arrivée. »

Il attendit quelques secondes puis lâcha à l’intention de Charlie en désignant un siège :

« Elle arrive. Vous pouvez vous assoir si vous voulez. »

-Non merci, ça ira. »

Quelques secondes plus tard, les claquements des talons de celle que Charlie supposât être Laura, résonnèrent dans le couloir. Une petite femme brune à la peau d’ivoire, un porte note calé sous le bras, ne tarda pas à apparaître. Ses quelques rondeurs la rendaient absolument adorable. Elle avait un petit quelque chose que Charlie n’arrivait pas à identifier mais qui lui donnait envie de lui faire confiance.

« Bonjour ! Vous devez être Charlie. » Gazouilla Laura.

Charlie reconnu la voix du téléphone.

« C’est moi… »

-Bien ! Suivez-moi ! »

Charlie la suivi silencieusement sans broncher. Du coin de l’œil, la jeune femme aperçu des chemins fait de bois, d’herbes, de flaques remplies d’adorables poissons et de rochers disposés élégamment dans la pièce à sa gauche. Plus loin, Charlie distingua une autre pièce du musée avec au mur des tissus de toutes sortes, de toutes les couleurs. Elle vit aussi qu’on y avait accroché des xylophones, des vieux téléphones, des manivelles, des roues de skates, tout autant d’objets hétéroclites sans couleurs qui se mariaient à la perfection avec la décoration spartiate du bâtiment. Toutes ces choses donnèrent à Charlie l’envie irrésistible de les toucher, de sentir leur textures sous ses doigts et alors elle comprit le plaisir que pouvaient avoir certaines personnes à faire ce type d’activité.

« Voilà, c’est juste ici. » Déclara la petite femme brune.

Charlie sursauta. Sa voix l’avait fait sortir de ses pensées un peu trop brutalement. Elle regarda ce qu’elle montrait mais ne vit qu’un mur. Quoique… En plissant les yeux, il lui semblât distinguer les contours d’une porte dépourvue de poignée. Comment était-elle censé s’ouvrir ? Elle n’eut pas le temps de poser la moindre question que Laura poursuivit :

« Je tiens à vous prévenir qu’une fois l’activité commencée, il ne sera pas possible de l’arrêter. Je vais donc vous en dire un peu plus et vous me direz si vous avez toujours envie de poursuivre, c’est d’accord ? »

Charlie hocha la tête. Laura sortit donc une minuscule télécommande de sa poche ou trônait un unique bouton gris aussi plat que discret. Elle pressa la touche et la porte s’ouvrit silencieusement. Charlie en découvrant ce qu’elle cachait, sentit un léger malaise l’envahir. Des sangles simples mais solides étaient ancrées sur la porte elle-même, sangles qui décrivaient un Y parfait ou Charlie pouvait presque dessiner en frissonnant, les contours d’un corps.

Tout en tentant de masquer son angoisse, elle recula d’un pas. Son cœur battait la chamade.

« La séance durera deux heures. Pendant ce temps, vous serez attachée à cette porte mais rassurez vous, personne ne vous verra car nous fermerons pour l’expérience. Vous serez en quelque sorte enfermée dans le mur. Cependant, et je pense que vous vous en serez doutée, vous vous retrouverez dans le noir. »

Charlie sentait ses membres trembler. Qui franchement accepterait ce genre de conditions absurdes ? Pas une personne censée en tous cas. Elle s’apprêta à tourner les talons mais changea d’avis. Elle n’avait pas brisé son après-midi tranquille pour bêtement rebrousser chemin. Elle voulait se prouver de quoi elle était capable. Et puis au moins, si le verdict de l’expérience était favorable, peut-être pourrait-elle en épater plus d’un.

« C’est une expérience pour se concentrer sur les sensations de son corps, c’est ça ? Plongé dans l’obscurité, le cerveau n’a pas d’autre choix que de se servir de ses autres sens comme l’ouïe et l’odorat. On se concentre sur les bruits aux alentours, on analyse les odeurs… » Lâcha Charlie en tentant d’arracher un peu plus d’informations à Laura.

-En quelque sorte. »

Bon, visiblement, c’était un échec.

« Êtes-vous sûre de vouloir participer ? Comme je vous le disais, vous avez parfaitement le droit de refuser ! » Relança la jeune femme.

Charlie pesa le pour et le contre et finalement, arrêta de réfléchir. Si elle s’écoutait, elle allait repartir.

« Oui, je suis sûre. »

-Bien ! Dans ce cas, pourriez-vous signer ce papier ? »

Elle tendit à Charlie un porte-notes avec dessus une feuille que la jeune fille s’empressa de lire en pensée.

« Moi, charlie, 22 ans, née le 6 décembre 1998 à Annecy participe volontairement à l’expérience menée par le musée du rire.

-Le volontaire s’engage à aller jusqu’au bout de la séance 

-Le volontaire a été prévenu avant qu’il lui était possible de renoncer.

-Le volontaire n’a aucun problème cardiaque ni respiratoire. En cas de mensonge, le volontaire endossera toute la responsabilité quant aux éventuelles conséquences, laissant ainsi le musée hors de cause. » 

Charlie ne fit pas attention à l’étrangeté du papier. De toute façon, depuis qu’elle était entrée, tout semblait totalement dénué de sens. Elle prit donc le stylo que Laura lui tendait et signa.

« Merci beaucoup ! Est-ce que vous voulez un verre d’eau avant de commencer ? » Demanda la petite brune.

-Non, merci, c’est gentil. 

-Bien, dans ce cas, je vais vous demander de vous placer dos contre la porte. »

Charlie, la gorge serrée, obéit. Laura déposa son porte-notes et la rejoignit doucement.

« Parfait, maintenant levez les bras. »

La jeune fille leva les bras sans broncher. Laura lui attacha donc les poignets et les coudes tout en lui demandant, à chaque fois qu’elle s’assurait que son bras ne bougerait pas, si ça n’était pas trop serré. A chaque fois, Charlie lui répondit par la négative. Puis la brune lui sangla les cuisses, les genoux et les chevilles.

« J’ai terminé ! Ça va, pas trop stressée ? » S’enquit-elle sincèrement.

-Un peu.

-Vous verrez, tout va bien se passer. »

Au moment ou Charlie cru qu’elle allait partir, Laura s’approcha délicatement de son sweat et commença à le soulever.

« Hey ! Je peux savoir ce que vous faites ? Lâchez mes vêtements tout de suite ! » Lui ordonna t- elle.

-Rassurez-vous, ça fait partie de l’expérience. Vous n’aurez pas mal. »

Charlie voulu étendre ses bras, cacher son débardeur qui commençait à apparaître mais réalisa avec effroi qu’elle ne pouvait plus bouger. Elle se maudit intérieurement, elle mais aussi Anaïs à cause de laquelle elle s’était dit : « Oh oui ! Tentons de nouvelles expériences ! Quelle idée merveilleuse ! ». Quelle imbécile elle avait pu être ! Elle était à présent totalement impuissante, embarquée dans une expérience dont elle ne savait presque rien.

Laura remonta son sweat jusqu’à sa poitrine et le retourna de façon à ce qu’il ne retombe pas. Puis elle s’attaqua à son débardeur coincé intelligemment dans le jean de sa propriétaire. Elle le pinça délicatement au niveau des côtes et le remonta de la même manière et rapidement, le joli ventre marron de Charlie se retrouva nu comme un ver. Elle tenta de dégager ses jambes pour l’envoyer valser mais il n’y avait rien à faire.

« Rhabillez-moi maintenant ! » 

-Je ne peux pas. Je vous l’ai déjà dit, ça fait partie de l’expérience.

-Ah oui ? Eh bien dans ce cas, je veux arrêter l’expérience !

-Je vous ai déjà posé la question avant, c’est impossible.

-C’est…C’est faux ! Vous ne me l’avez pas proposé ! »

Laura récupéra son porte note et lui désigna poliment le papier que Charlie avait signé à peine deux minutes plus tôt.

« Vous avez pourtant signé comme quoi vous aviez été prévenue qu’il vous était possible de renoncer… » Lui fit-elle remarquer.

Charlie ne trouvant plus d’arguments, elle se résigna silencieusement. Laura la quitta et pressa de nouveau la télécommande. Le mur se referma, emmenant avec lui une Charlie de plus en plus terrifiée. Ses baskets raclaient contre le sol lisse du musée. Rapidement, elle se retrouva comme promis par Laura, dans le noir total. Sa respiration s’accéléra. Tout à coup, elle perçu un bruit de glissement métallique et un petit cercle de lumière grillagé apparu au niveau de sa bouche. Dans quoi elle s’était embarquée ?  

De l’autre côté du mur, Laura s’occupait des dernières formalités. Devant elle, un cadre sans toile dont l’intérieur était dissimulé par une plaque en métal. Elle posa délicatement les doigts dessus et la fit glisser comme d’habitude vers la droite.  La plaque pénétra doucement dans le mur, laissant entrevoir l’intérieur du cadre qui n’était autre que le ventre sans défense de Charlie. A l’intérieur du mur, il régnait une chaleur d’enfer aussi le contact de l’air frais sur sa peau la fit frissonner.  Elle baissa aussitôt la tête pour voir ce qu’il se passait et aperçu une fenêtre de lumière juste au niveau de son ventre. Qu’est ce qu’ils pouvaient bien lui vouloir ? Et en quoi consistait cette expérience ? Charlie cru qu’elle allait devenir folle.

Elle leva les yeux dans l’espoir d’apercevoir n’importe quoi qui aurait pu porter sa voix vers l’extérieur mais le plafond était aussi sombre que le reste de sa prison. Même si elle hurlait « à l’aide », elle ne serait entendue que par les gens du musée, autant dire que cela ne servait à rien. Soudain, quelque chose de long et fin vint épouser la forme de son corps une dizaines de centimètres environ en dessous de son nombril. Elle tressaillit puis jeta un œil à ce qui venait de l’aborder. Une plaque de métal avait séparé son ventre de ses jambes. Dans quel but ?

Laura, en revanche, savait pertinemment ce qu’elle faisait. Il ne lui restait que trois plaques dans les bras. Elle en avait déjà glissé une, elle enfila donc la seconde dans l’étroite mais longue fente du cadre destinée spécialement à cet effet. La plaque termina sa course juste en dessous de la poitrine de Charlie qui se retrouva de nouveau seule avec le cercle de lumière, sa seule ouverture vers l’intérieur du musée.

 Laura acheva de glisser les deux autres plaques et se recula pour admirer son travail. Le ventre de la sixième volontaire était désormais « encadré » comme un tableau banal d’une exposition quelconque comme on pouvait en voir dans beaucoup de musées. La différence notable et tout à fait révolutionnaire était que ce tableau 3D offrait la possibilité aux visiteurs de se plonger à l’intérieur et même de le toucher. La petite femme brune se recula encore afin d’avoir un œil sur toute l’exposition. Les tableaux, fixés au même niveau, offraient un spectacle plus qu’insolite. Des ventres de toutes les tailles et de toutes les couleurs étaient exposés aux yeux du public. Le public. Laura jeta un œil à sa montre.  14h. Le musée du rire allait ouvrir ses portes.

Elle jeta un dernier œil à ce pan de mur si particulier et relu la phrase écrite en lettres d’or au dessus des tableaux : Chatouillez-moi !

Elle tourna les talons et s’installa à la bande d’accueil tandis qu’un de ses collègues s’occupait d’accueillir les premiers visiteurs.

Charlie tendit l’oreille. Il lui semblât entendre un brouhaha lointain mais qui avait l’air de dangereusement se rapprocher d’elle. Il fallait qu’elle sorte de là. Elle essaya d’arquer son dos dans l’espoir de donner plus de force à ses bras. Sans résultat. Son tronc était totalement immobilisé.

« Hey… » Chuchota t- on soudain.

Charlie sursauta. C’était presque comme si quelqu’un venait de lui murmurer à l’oreille. Sensation plutôt désagréable… Elle regarda partout autour d’elle lorsqu’elle l’entendit de nouveau :

« J’m’appelle Camille… Et toi ? »

La voix semblait venir de l’intérieur du mur, juste à côté d’elle.

« C…Charlie. »

-Tu sais ce qu’ils vont nous faire ?

-Non… Ils t’ont donné des infos sur comment ça allait se passer ?

-Non… Ils m’ont à peine attachée que je me suis retrouvée avec la tunique soulevée jusqu’en dessous des seins et bloquée ici… Je n’ai rien dit… Ils avaient le droit, j’ai signé.

-Pareil.

-Charlie ?

-Yep ?

-J’ai peur…

-T’inquiète, c’est un musée ! Ils ne vont pas nous saigner comme des cochons ! » Rit-elle nerveusement.

Du moins elle l’espérait.

Pendant ce temps, de l’autre côté du mur, un jeune homme de 26 ans à peine, le dépliant du musée à la main, arriva dans cette section fort particulière du musée. Il lu l’écriteau et sourit, amusé. Il rangea doucement le dépliant dans l’une de ses poches et examina attentivement les tableaux qui s’offraient à son regard. Un seul retint son attention. Il s’en approcha doucement. Le ventre exposé était pâle, grand, fin ( il semblait presque maigre à vrai dire mais ne l’était pas ) et criblé de tâches de rousseurs. Le jeune visiteur s’avança encore un peu et remarqua, perplexe, qu’il pouvait plonger la main dans le tableau, ce qu’il fit. De plus en plus surpris, il décida de suivre l’instruction des lettres d’or et gratouilla légèrement le ventre qui se tenait devant lui. 

Charlie, qui avait entendu des pas, avait dressé l’oreille. Soudain, un éclat de rire cristallin déchira le silence de la pièce.

Le jeune homme, amusé par le degré de réalisme du tableau, décida de poursuivre. Il glissa lentement sur les flans du corps encadré et remonta jusqu’à ses côtes. Les rires s’intensifièrent.

Charlie fronça les sourcils. Qu’est-ce qu’il se passait ici ? Etaient-ce les visiteurs qui avaient un bon gros fou rire ? Ou peut-être Laura ou quelqu’un du musée ? Non… Ce rire était différent de celui qu’on obtenait après avoir raconté une blague ou fait quelque chose de drôle…

« Arrêtez, je vous en prie ! C’est horrible ! » Gloussa une voix que Charlie connaissait.

« Camille ? » Appela t- elle. 

Silence.

« Camille qu’est-ce qu’il se passe ? » Demanda t- elle en haussant le ton.

Son rire était de plus en plus aigu.

« Au secouuhouhouhouhourahahahahahahahaha »

Qu’est ce qu’il lui prenait ? On aurait dit que quelqu’un la… Torturait ? Ça n’avait aucun sens… Charlie voulu croire à une mauvaise blague mais malheureusement, c’était bien la réalité.  Elle recommença à se débattre de plus belle. Elle jura à voix basse. Dans quoi s’était-elle embarquée ?  Se demanda                  t- elle pour la seconde fois.

De l’autre côté du mur, un second visiteur venait d’arriver dans la salle. Il s’agissait d’une femme :  Mei, 24 ans, de magnifiques yeux noirs en amande et des cheveux charbons qui contrastaient avec sa peau pale. Elle n’était que de passage à Châtelois, son train partait à 16h. Alors elle s’était dit : « Pourquoi ne pas visiter le musée en attendant ? » Et pour le moment, elle n’était pas déçue.

Cependant, en apercevant un peu plus loin le jeune homme en train de chatouiller le tableau, elle afficha une mine perplexe. Elle balaya rapidement la pièce du regard et remarqua entre chacune des … « toiles » ? La présence de petits guéridons sur lesquels trônaient une longue plume blanche.

Puis elle voulu essayer à son tour. Elle décida donc de s’avancer vers le ventre qui était le plus proche d’elle, c'est-à-dire celui de Charlie. La jeune femme, en entendant claquer ses talons, pria intérieurement pour qu’elle ne vienne pas dans sa direction. Elle ne savait pas ce qu’il se passait ici et elle ne voulait pas le savoir. Elle voulait juste qu’on l’oublie et qu’une fois les deux heures terminées, elle puisse se casser d’ici en vitesse et rentrer chez elle.

Mei s’approcha doucement du tableau et ne bougea plus. Ça faisait si vrai… Elle l’examina sous toutes les coutures pour voir « ou était le truc » mais ne trouva rien. Finalement, elle réussi à vaincre sa timidité pour poser sa paume en plein milieu du ventre de Charlie. Cette dernière, surprise par le contact, tressaillit. Elle n’avait pas rêvé, quelqu’un l’avait touchée. Mei recula. La peau était douce et chaude comme une peau humaine. Elle n’avait pas une texture synthétique.

A côté d’elle, le jeune homme était toujours en train de pincer les côtes sans défenses de sa victime qui riait à gorge déployée. Mei tourna légèrement la tête et ouvrit la bouche mais pas un seul son ne franchit ses lèvres. Le jeune homme, remarquant qu’il était observé, abandonna Camille pour faire face à la visiteuse.

« C’est tellement réaliste qu’on pourrait presque croire que ce sont des vrais ! » Déclara t-il.

-J’allais vous dire la même chose ! En quelle matière croyez-vous qu’ils soient faits ?

-Ah ça, j’en ai aucune idée… »

Il lui tendit la main :

« Ben. »

-Mai…

-Essayez, vous verrez ! C’est amusant. »

Mai se laissa donc prendre au jeu et fit doucement glisser son doigt sur le bas ventre de Charlie. La jeune femme sursauta. Son corps fut aussitôt parcouru de dizaines de frissons plus insupportables les uns que les autres et un sourire qu’elle n’arriva pas à réprimer se dessina sur ses lèvres.  Elle commença à secouer violemment la tête de droite à gauche en espérant que la sensation finirait par passer mais à chaque instant, il lui semblait qu’elle devenait plus forte. Elle commença sans le vouloir à glousser ce qui encouragea Mai à poursuivre.

Son doigt remonta doucement en décrivant sous le nombril de la jeune femme de longs et insupportables cercles. Charlie se mordit la lèvre, dévastée par l’envie d’éclater de rire. A force de se retenir, les larmes lui montèrent aux yeux. Elle songea une fois de plus au ridicule de la situation qui, bizarrement, ne semblait pas affecter son tortionnaire. Elle ne pouvait pas se permettre de lui donner ce qu’elle voulait. Elle avait déjà un peu craqué quelques secondes plus tôt, invitant celle qui était devenue son bourreau à continuer.  

Mai n’obtenant pas plus de réaction, glissa sur le flan de Charlie. Surprise, elle laissa échapper un cri qu’elle regretta aussitôt. Mai nota intérieurement pour plus tard qu’il s’agissait là d’une zone sensible puis entama son ascension paisiblement. Elle acheva sa course sous la poitrine de la jeune femme et comme sur son bas-ventre, y décrivit des lignes sans fin.

Charlie inspira profondément  dans l’espoir de retarder l’inévitable car elle savait qu’elle ne pourrait plus tenir longtemps. Elle songea alors avec horreur qu’elle allait devoir durer deux heures comme ça. Non, elle ne pourrait pas ou alors elle allait mourir. Elle devait faire quelque chose. Alors elle décida de tenter quelque chose. Au moment ou Mai joignit sa deuxième main sur ses côtes, intensifiant par la même occasion ses mortelles caresses, Charlie contre toute attente se laissa aller. Elle décida d’écouter ses sensations et ce que son corps lui criait depuis le début de la séance. Elle se mit à glousser, encore et encore sans réussir à s’arrêter.

Mai, heureuse que sa technique ai fonctionné, s’autorisa à appuyer un peu plus fort sur la peau de la jeune femme. Le résultat ne se fit pas attendre et les « gazouillis » de Charlie se muèrent aussitôt en un rire grave et saccadé. Bien sûr, elle riait contre son grès mais ça la faisait bien moins souffrir que si elle s’était retenue. Si elle avait essayé de tenir jusque là, elle était convaincue que ses poumons auraient éclaté. Les doux vas-et-viens de Mai lui arrachèrent petit à petit des rires de plus en plus forts. Si on lui avait dit qu’elle allait se faire bêtement chatouiller en participant à cette « expérience » aux informations floues, elle n’y aurait pas cru. Soudain, la torture cessa, laissant Charlie, bien qu’épuisée, avec un sourire béat sur les lèvres.

« Même les rires font réalistes ! » S’exclama Mai en se tournant vers Ben.

-Et encore, vous ne les avez pas entendus supplier !

-Ah parce qu’ils… »

Ben l’invita d’un geste à continuer. Mai, curieuse, recommença donc à frôler du bout de son doigt la peau à présent très réactive de Charlie.

« NOOOON ! Je vous ai donné ce que vous vouliez, maintenant laissez moi… » Débita la jeune femme.

Mai ouvrit de grands yeux et se tourna vers Ben qui fit un signe de la tête d’un air de dire : « Je vous l’avais bien dit ! »

Impitoyable, Mai décida de continuer mais cette fois-ci, en augmentant la cadence. Elle commença à gratouiller simultanément les flans de la jeune femme qui poussa un cri déchirant puis se jeta sur son ventre. Mai changea ensuite de technique et s’amusa à faire « vibrer » ses index sur ses côtes. Charlie cru que sa vessie allait exploser. Son rire dément rebondissait sur les murs du musée, faisant se questionner certains des visiteurs.

Sans s’arrêter, Mai attrapa d’une main la plume qui l’attendait sur le petit guéridon et la fit danser sur le bas ventre de Charlie qui explosa de rire. La sensation était si intense que désormais, elle n’arrivait même plus à penser. Puis Mai remonta tranquillement jusqu’à son nombril et y glissa sans scrupules l’élégant outil. Charlie hurla si fort que même sa tortionnaire recula, surprise par la puissance de son cri. Elle la laissa donc reprendre son souffle quelques secondes puis recommença plus doucement. Charlie, qui n’avait pas vraiment eu le temps de se remettre de ses émotions, se remit à glousser puis rapidement à rire de manière frénétique. Elle se laissa faire mollement, ayant abandonné depuis longtemps l’idée de se débattre puisque de toute façon, ça ne servait à rien.

Mai fit danser la plume un peu plus vite, amusée par l’intensité vocale du tableau. Elle voulait voir combien de temps il était capable de tenir. Le doux instrument tourna et retourna donc dans cette partie trop sensible de l’anatomie Charlie, n’en épargnant aucun recoin. Rapidement, elle se mit à supplier alors qu’elle s’était promis de ne pas le faire.

Tout en continuant de rire, car dans tous les cas elle était dans l’incapacité de s’arrêter, elle entendit d’autres cris retentir mais ça n’étaient pas ceux de Camille. Combien étaient-ils donc dans cette chambre des horreurs ? Huit… Ou peut-être six… elle avait dû le lire sur le prospectus à une époque qui lui semblait à présent trop lointaine.

La sensation était trop forte. Au moment ou Charlie commençait à sombrer dans l’inconscient, Mei tout en continuant de faire danser la plume, se mit à pincer délicatement le ventre de la jeune femme parfaitement au hasard, l’empêchant ainsi de s’adapter à la prochaine attaque. Charlie ouvrit grand les yeux. Ses rires qui s’étaient taris augmentèrent brusquement en intensité.

Finalement, et pour une raison qui resta pour elle obscure, on la laissa. 

Mai reposa la plume et réajusta son sac à main sur son épaule.

« C’était une expérience… plutôt unique. Heureuse de vous avoir rencontré, Ben, mais je dois partir. Je ne voudrais pas rater mon train. » Déclara t- elle en tendant la main au jeune homme.

Ben la salua d’une poignée de main vigoureuse.

« Vous permettez que je vous accompagne à la sortie ? »

-Pourquoi pas ? »

Ils quittèrent donc la salle ensemble, laissant tout le loisir à Charlie de souffler. A peine avaient-ils dévalé les marches du musée, qu’une femme les accosta. Elle portait un pull fin ainsi qu’un pantalon tous deux noirs qui mettaient en valeur sa longue veste beige. Derrière ses lunettes de soleil, Ben se plu à imaginer qu’elle avait les yeux vert car ils se seraient mariés à la perfection avec ses cheveux couleur de feu.

« Catherine Smith » Se présenta t- elle. « J’ai vu ce dont vous étiez capables tout à l’heure. Vous feriez d’excellents chatouilleurs. Si cela vous intéresse, voici ma carte. »

Mai l’attrapa, méfiante. Il n’y avait rien à part un numéro de téléphone.

Elle la retourna et remarqua qu’un éléphant noir était dessiné au dos de cette dernière. Ben le prit en photo avec son smartphone, juste au cas où. Puis Mai la rangea dans son sac et remercia poliment l’étrange femme en s’inclinant. Elle n’avait pas l’intention de donner suite à cette étrange rencontre mais ça n’était pas une raison pour se montrer grossière.

Pendant ce temps, Charlie, toujours « encadrée » faisait le point.

Ce qu’elle venait de subir avait été sans le moindre doute la chose la plus étrange de toute sa vie mais bizarrement, elle n’était pas en colère. Elle n’arrivait pas à décrocher ce sourire idiot de sur son visage. Elle avait commencé cette journée plutôt banalement, elle était même d’humeur assez maussade mais à présent, c’était comme si son cerveau était en ébullition. Ce rire qu’au départ elle refusait qu’on lui arrache, lui avait permit de synthétiser de la sérotonine, l’hormone du bonheur. Et même si elle n’aurait pas pu affronter une seconde séance, elle n’était pas mécontente, ou du moins, elle n’arrivait pas à l’être.

Quand on la détacha, elle ne se débattit pas. On lui proposa un verre d’eau qu’elle accepta sans broncher après quoi, bien qu’encore un peu « shootée », elle regagna sa voiture. Elle avait bien prit au préalable le soin de demander à Laura si le musée organiserait d’autres séances. Cette dernière lui avait assuré que oui et que si elle le voulait, un prospectus lui serait remit dans sa boîte aux lettres pour lui donner les informations nécessaires.

Charlie avait accepté. Elle avait quelque chose à faire découvrir à sa meilleure amie, quelque chose qu’elle avait enduré par sa faute et dans laquelle elle tenait à l’embarquer.

« Rira bien qui rira le dernier. » Sourit-elle malicieusement en agrippant le volant de sa voiture.