Histoire : La Danse du Feu

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Histoire


Histoire ajoutée le 04/05/2025
Épisode ajouté le 04/05/2025
Mise-à-jour le 04/05/2025

La Danse du Feu


 

Deux tasses vides reposaient sur le plan de travail, souillées du chocolat chaud qu’elles avaient jadis contenu. La nuit avait plongé l’appartement dans les ténèbres, si ce n’était la lumière chaude du plafonnier qui brillait au-dessus des deux étudiants silencieux penchés sur leur travail.

Voilà trois bonnes heures qu’ils planchaient sur leurs révisions de chimie, en vue du partiel à venir qui promettait d’être particulièrement épineux. Adam avait lâché l’affaire depuis plusieurs dizaines de minutes, la faute à ses capacités de concentration limitées. Ce n’est pas pour autant qu’il s’ennuyait ; la jeune fille face à lui aurait pu le distraire une éternité entière. Sa voisine de palier, et amie, était un spectacle à elle seule.

Dès le moment où ils s’étaient cérémonieusement installés sur leur tabouret respectif, Lily n’avait pas bougé d’un pouce ; une statue imperturbable, figée dans une étude quasi-religieuse des formules que le commun des mortels ne pouvait comprendre. Depuis plusieurs jours, elle se montrait si concentrée dans ses recherches qu’elle en était devenue hors d’atteinte. Une pression pesait constamment sur ses frêles épaules ; il pouvait sentir son angoisse à chacun de ses soupirs, et ne savait comment l’en délester. 

A force de l’observer, le jeune homme s’était perdu dans sa contemplation. Il était fasciné par son petit nez qui se trémoussait parfois, signe d’une embuche qu’elle parvenait toujours à franchir. Il se délectait de la forme ronde de ses joues tapissées de ces
jolies tâches de son, de ses mains délicates qui survolaient le papier, de sa respiration qui soulevait régulièrement ses petites épaules ; elle était si absorbée par son livre qu’elle devait même l’avoir oublié.

Aujourd’hui, elle n’avait pas voulu s’embarrasser de son sweat-shirt habituel et lui avait préféré un t-shirt oversize, dégageant ainsi sa gorge ; le regard d’Adam avait suivi son encolure large, imaginant ce qui se cachait dans son ombre. Elle avait choisi de coiffer ses cheveux roux magnifiquement rebelles en un chignon parfaitement désordonné d’où plusieurs mèches s’étaient constituées démissionnaires. D’ailleurs, l’une d’entre-elles s’était aventurée dans son cou. Les yeux d’Adam s’étaient longuement attardés sur cette flamme séparée de ses sœurs, au point de la jalouser, elle qui glissait innocemment dans ces ténèbres qu’il rêvait d’explorer. L’envie de s’y brûler le consuma et bientôt, il se pencha par-dessus le plan de travail pour s’en saisir.

Ses doigts, en soulevant la mèche vagabonde juste devant sa gorge, effleurèrent par inadvertance la peau blanche de sa voisine. Tout son petit corps sursauta sur son siège et elle laissa échapper un hoquet tremblant. Outrée, elle chassa aussitôt la main de son vis-à-vis et se fit un bouclier de la sienne qu’elle plaqua sur son cou. Abasourdi, Adam la dévisagea, son bras encore suspendu dans l’air.

— On peut savoir ce que tu fiches ? cracha-t-elle d’un ton assassin.

— Dis, lâcha-t-il avec un sourire enjoué en se rasseyant comme gage de bonne foi, tu ne serais pas un peu
chatouilleuse, par hasard ?

Son nez tressaillit sous ses sourcils froncés avant qu’elle ne se replonge dans ses équations imbuvables.

— Qu’est-ce que ça peut bien te faire ? répondit-elle dans sa barbe en haussant les épaules.

Pourtant, elle laissa sa main en guise de protection et Adam eut le plaisir de voir le bout arrondi de ses oreilles rougir de gène. De quoi faire germer une dangereuse idée.

— J’ai besoin d’un petit café, prétexta-t-il en se levant. T’en veux un ?

— Grmf.

— Fort bien.

Une fois ce dernier fumant sous la bouche de la machine, il l’y abandonna et préféra passer innocemment dans le dos de la jeune fille. C’est ici qu’il frappa plus vite que l’éclair.

Sa main glissa sur le flanc de sa voisine et ses doigts dansèrent contre ses côtes. La réaction fut immédiate, le cri explosif. Elle bondit de son assise en le repoussant, dévoilant la blancheur de ses jambes dont son minuscule short en coton ne couvrait que la racine ; le tabouret chancela avant de perdre pied et de tomber magistralement sur le parquet. Le bruit de l’impact résonna dans l’appartement comme un gong annonçant un combat que ni Lily ni Adam n’avaient pourtant prévu de mener avant cet instant précis.

— Ne joue pas à ça, le prévint la petite rousse en pivotant sur ses pieds nus pour lui faire face, l’index dressé devant elle.

— A quoi ? s’amusa l’autre avec un sourire.

Il avança d’un pas, elle recula d’un pas. Ses jolis yeux gris se tintèrent d’hostilité.

— Tu sais très bien ce que je veux dire. Ne t’approche pas.

— Pourquoi ? poursuivit-il, faisant fi de son ordre. Je n’ai rien fait, pourtant.

Il leva ses paumes pour paraître inoffensif ; Lily n’était pas dupe. Elle faillit trébucher en se retirant encore, dans l’espoir que cette distance la sauverait. Le sourire en coin du garçon n’annonçait rien de bon, il fallait qu’elle désamorce la situation.

— Tu me déconcentres, annonça-t-elle en relevant le menton. J’ai encore du travail, je ne peux pas m’arrêter là.

— Je pense au contraire qu’une petite distraction pourrait t’être grandement bénéfique, rétorqua-t-il avec malice.

Lily déglutit, incapable de penser correctement. Il ne faisait que se tenir là, devant elle, sans rien faire d’autre, mais la menace était tangible. Son large torse faisait écran à la lumière, si bien qu’elle ne discernait qu’à peine les traits de son visage, alors que lui pouvait voir les siens en détail. Il gardait ses bras le long de son corps, ce qui ne la rassurait pas pour autant. Elle n’osait quitter ses grandes mains des yeux, de peur qu’elles ne fondent sur elle.

Lorsqu’elle fit un autre pas à  eculons, son dos heurta le mur ; elle eut soudain très chaud.

— Vraiment, ce n’est pas nécessaire, tenta-t-elle de l’amadouer en affichant son expression la plus ingénue.

Il pencha la tête légèrement sur le côté, comme un chat observant avec curiosité la souris dont il allait se faire un repas. La respiration de la jeune fille accéléra d’anticipation. Adam, qui avait marqué un temps d’arrêt -illusion d’une échappatoire, se remit en mouvement ; la cage se referma sur la souris.

— Stop ! s’écria, affolée, Lily en dressant une main dans l’air pour lui servir de barrage. Ne fais pas ça !

— Sinon quoi ? ronronna sa voix grave.

Lily avait l’esprit sens dessus dessous ; ses pensées se mélangeaient alors que son corps frissonnait.

— Sinon, je… je ne t’aiderai plus jamais en chimie, voilà !

Elle ferma fort les paupières ; elle n’osait plus le regarder. Il considéra une seconde sa menace. Elle se crut sauvée.

— Je prends le risque.

En ouvrant brusquement les yeux, elle eut juste le temps d’entrevoir les mains du garçon chercher à capturer leur proie. Pur instinct ou coup de chance, elle décela une faille sur le côté et se déroba d’une habile acrobatie de la hanche.

— Une vraie anguille…, se réjouit néanmoins Adam qui fit aussitôt volte-face.

Lily, le souffle court, trouva appui sur l’îlot central de la cuisine, sans se risquer à lui tourner le dos. Elle le toisa, les joues rougies d’appréhension. Elle avait le sentiment que peu importe ce qu’elle dirait, il trouverait toujours une réponse. Il n’y avait donc qu’une seule solution. Elle haïssait l’idée de s’avouer vaincue, mais ses
jambes flageolaient déjà ; elle ne résisterait pas à un nouvel assaut.

— S’il-te-plaît, Adam. Je t’en supplie. Je déteste ça.

Un éclat azuré pétilla dans le regard de son voisin. Il l’épia sans bouger, un rictus pendu à ses lèvres pleines.

— Tu détestes ça quoi, exactement ? se délecta-t-il, lui présentant une paume pour la prier de lui répondre.

— Les…, bafouilla-t-elle, incertaine. Les chatouilles.

— Ah oui ? Et tu peux m’expliquer pourquoi tu n’aimes pas ça ?

— Euh… Je…

Elle ne savait que lui répondre. Sans être foncièrement désagréable, la sensation n’en était pas moins incongrue. L’état dans lequel elle se trouvait présentement était déconcertant ; l’impression d’être désarmée la prenait aux os.

Tandis qu’elle tergiversait à l’intérieur d’elle-même, Adam reprit sa lente progression. Le reste de la pièce s’offrait à la jeune fille, elle avait l’espace d’échapper à ses attaques. Pourtant, elle se sentait tout aussi captive que lorsqu’il l’avait acculée contre le mur. A croire qu’il la tenait déjà.

Elle recula en miroir. Sa main quitta le soutien du plan de travail frais pour gagner le vide intangible qui avait le don de corrompre ses perceptions.

— Est-ce la surprise, qui te déplaît ? susurra-t-il.

Il fit un pas.

— Est-ce la sensation de mes doigts sur ton corps ?

Il fit un autre pas, levant l’objet des craintes de la petite rousse entre eux. Elle les fixa une fois de plus, ces battoirs qui avaient déjà fait naître d’insensés plaisirs et qui avaient parsemé d’étoiles son esprit. Elle en avait rêvé, elle les avait
désiré, et désormais, elle les craignait.

Elle les sentit soudain grouiller sur sa peau, courir sur sa taille, effleurer des recoins terribles ; ils étaient pourtant là, sous ses yeux, et ne faisaient rien d’autre qu’attendre leur heure. La mâchoire de Lily se crispa pour retenir une exclamation. Ses lèvres frémirent et elle remua sans le vouloir pour lutter contre les frissons. Il n’avait nul besoin de la toucher qu’il la titillait déjà.

Il l’observait depuis la cuisine, loin d’elle, en continuant d’avancer lentement, mais son regard joueur la parcourait toujours. Le corps de la jeune fille se tordit alors que des mains illusoires trituraient ses flancs. La menace se mua en tourment. Un rire nerveux gagna sa gorge mais elle le ravala douloureusement. Prise de spasmes anarchiques et ne sachant que faire de ses membres, si elle devait s’en faire une cuirasse ou un mur, elle ne parvint à rien du tout.

— Arrête ! s’écria-t-elle en plaquant une paume sur sa bouche pour étouffer son rire. S’il-te-plait !

L’effort fit remonter son diaphragme contre ses côtes ; elle y porta ses avant-bras comme soutien. Plus elle résistait, plus elle perdait le contrôle. Ses yeux s’emplirent brusquement de larmes chaudes qui lui brouillèrent la vue. Elle chercha désespérément à
reprendre son souffle.

— Non, sourit-il en ignorant ses implorations. Ce n’est rien de tout ça.

Il se pencha légèrement, dévoilant son regard bleu et la passion qui y brûlait.

— C’est parce que tu détestes te sentir vulnérable.

Son sourire lui promit d’infinis supplices. Un vertige la fit trembler et elle recula encore. Cette fois, ses mollets heurtèrent durement le rembourrage du canapé.

Elle était fichue.

Soudain, il était là, juste devant elle, et plus rien ne pouvait l’empêcher de la toucher. Perdue entre l’émoi de son corps, la sensation chimérique d’être assaillie partout à la fois et la faiblesse de ses jambes, elle bascula.

— Oh ! s’étonna-t-elle.

Prise par surprise, elle fut entraînée en arrière. La chute libéra son chignon qui ne tenait qu’à un fil et elle se retrouva l’instant d’après à fixer le plafond, étendue de tout son long sur les coussins moelleux. Pas le temps de se redresser, Adam, qui avait dû participer grandement à sa dégringolade, en avait profité pour la chevaucher et prendre en étau son bassin entre ses puissantes cuisses. Lily leva ses grands yeux humides vers son tortionnaire et son visage s’enflamma de gène.

Toute retournée, elle essaya aussitôt de le repousser, mais ses mains n’étaient rien comparées aux siennes. L’une d’entre-elles seulement lui suffit à s’emparer des deux poignets de sa prisonnière pour les plaquer au-dessus de sa tête, épousant la crinière flamboyante qui l’auréolait. Une panique primitive, sourde et intense, éclata dans ses pupilles tempétueuses.

— Euh…, bafouilla-t-elle fébrilement. Bon, écoute, je crois que les choses ont pris des proportions démesurées. Je propose qu’on en reste là, d’accord ?

Il se pencha à hauteur de son visage et elle prit une brusque inspiration avant de serrer les dents en se cambrant pour essayer de se dégager. Pas question de céder sans résister. C’était pourtant peine perdue, il était bien trop lourd et surtout, bien trop
fort. Elle grogna.

— Je t’ai connu plus combative que ça, constata-t-il. On dirait un chaton pris au piège. C’est mignon.

— Relâche-moi. Si tu continues, je vais vraiment m’énerver !

— J’ai hâte de voir ça.

Dans sa lutte, le t-shirt de la jeune fille remonta légèrement et dévoila traitreusement une fine bande de peau blanche, juste au-dessus de la ceinture de son short. Quand Adam le remarqua, il n’en détacha plus les yeux. Plus elle s’agitait, plus le tissu glissait à
son insu, jusqu’à découvrir une partie de son flanc gauche. Il vint y poser deux doigts de sa main libre, ce qui figea instantanément les mouvements de sa voisine.

— Adam, arrête ! supplia-t-elle. Ne fais pas ça !

Ses doigts s’infiltrèrent doucement sous l’ourlet du t-shirt, caressant tout ce qu’ils touchaient. Elle hoqueta lorsqu’ils passèrent sur sa taille où leur simple contact suffit à la faire gigoter. Il les laissa là, sans même les bouger, juste pour que l’idée fasse son chemin dans l’esprit de sa victime.

Lily se mordit violemment la lèvre, et d’autres larmes naissantes lui brûlèrent les yeux. Elle le regardait avec un mélange d’appréhension et de colère, visiblement très décidée à ne pas lui céder un seul sourire. Le jeune homme sentit tout son être frémir d’envie. Il poursuivit donc l’exploration de cette peau douce et chaude qui frissonnait à son passage. Elle tendit le buste pour tenter de lui échapper, de quoi l’encourager d’autant plus. Ses doigts ne rencontrèrent aucune résistance, même en glissant sur les côtes de Lily ; une chaleur insoutenable explosa dans son bas ventre quand il comprit, hébété, qu’elle ne portait pas de soutien-gorge.

— Tu vis dangereusement, souffla-t-il.

Il fit décrire à son index un cercle juste à cet endroit, sur le côté de sa cage-thoracique, ce qui tira un gémissement étouffé à la jeune fille, associé à de bien vaines ruades. Il recommença plusieurs fois, observant avec une certaine vénération son expression changer à chaque répétition. Elle luttait de toutes ses forces, astreignant ses lèvres à rester closes quoi qu’il puisse lui faire subir, ce qui n’avait rien de facile.

— N’oublie pas de respirer, lui conseilla le perfide prédateur.

Elle ne pouvait pas, sinon elle perdait la partie. Dans sa grande bonté, Adam stoppa son doigt diabolique un instant, sans toutefois l’éloigner. A bout de souffle, elle reprit une lampée d’air avec avidité. Sa poitrine se souleva et s’abaissa profondément pour remplir goulument ses poumons de l’oxygène qui lui avait fait défaut l’espace de quelques terribles secondes. De la sueur perlait sur son front ; tout son corps moite était épuisé.

Adam ne lui accorda que le temps nécessaire pour reprendre un peu de force, puis il recommença son manège infernal, cette fois en faisant décrire à ses deux doigts des cercles de plus en plus larges, jusqu’à frôler la courbe de son sein. Insoutenable ballet pour la petite rousse qui essayait toujours de se retenir et de fuir. Elle avait l’impression que sa raison allait lui échapper et qu’elle finirait prisonnière de l’enfer de ces mains qui l’exploraient, qui la retournaient, qui lui faisaient perdre la tête.

— Oh, Lily…, murmura le garçon qui sentait la limite approcher. Fais-moi entendre ta voix. Vas-y !

Un frisson ardent parcourut tout le coté de la jeune fille, électrisa ses nerfs et pressa son bas-ventre. D’un seul coup, il y en eut trop. La corde tendue sur laquelle elle oscillait depuis le début céda brutalement. A cet instant, malgré toute sa détermination, Lily craqua.

— …HOAH ! Hahahaha !

Une exclamation vive, libératrice. Sa bouche descellée, elle ne put contenir le rire qui lui chatouillait la gorge depuis trop longtemps. Sa voix s’éleva dans l’appartement sombre, ricocha sur ses murs et emplit l’air. Elle aurait souhaité que ce rire la soulage d’un poids, lui permette de mieux respirer, de retrouver ses sens, mais il ne fit que l’aliéner davantage. Ses éclats de rire résonnèrent partout autour d’eux, jusqu’à faire vibrer la cage thoracique d’Adam. De l’envoyer aux enfers, il était au paradis.

Elle s’agitait follement sous ses doigts, bougeait comme un ver sorti de terre. Il en profita pour glisser sa main plus haut et s’arrêta juste à la frontière de son aisselle tendue. La jeune fille se ressaisit brusquement, les yeux noyés de larmes.

— Je t’en supplie ! l’implora-t-elle en urgence, hilare. Si tu fais ça, je vais mourir !

Elle était très sérieuse. Elle avait la sensation nette de ne plus avoir accès à son propre corps ; qu’elle risquait de sombrer dans l’abîme.

— Non, tu ne vas pas mourir, lui promit-il en lui souriant avec une fausse compassion.

Il se pencha pour chuchoter au creux de son oreille.

— Mais on va essayer de s’en approcher, qu’est-ce que t’en dis ?

Ses doigts cruels caressèrent sa peau douce, à l’endroit le plus sensible. Les décharges parcoururent tout le corps de Lily jusqu’à la pointe de ses orteils. Son rire rugit de plus belle et elle lutta plus qu’un lion en cage, se cambrant contre lui, cherchant à soulever son poids sans y parvenir. Elle n’arrivait plus à penser, plus à parler, plus à respirer ; elle s’étouffa presque dans ses exclamations.

Ses joues et sa gorge lui faisaient mal et son ventre se contractait de plus en plus. Ses jambes battaient vainement l’air ; elle tenta de planter ses talons dans les coussins mais ils glissèrent. Elle n’avait aucun moyen de défense, aucun
recours. Elle était à la merci du grand loup qui lui faisait tourner la tête.

Ce dernier, pour sa part, continuait de pianoter gaiement sur ce curieux instrument dont il se ravissait de la musique. Il n’aurait jamais imaginé être un jour en mesure d’entendre carillonner cette délicieuse voix de la sorte. Il découvrait avec délectation ce rire franc et naturel, d’un tout autre registre que son attitude studieuse qu’il lui avait vue toute la soirée durant. Il connaissait sa préférence.

— A-Arrête ! cria-t-elle de toutes ses forces. Hahahahahaha !

Son bas-ventre frémit sous la pression et sa vessie menaça de la lâcher à tout instant. Elle ne voyait plus rien, n’arrivait plus à s’accrocher à la moindre pensée. La pauvre petite rousse remuait, riait, jusqu’à ne plus en avoir l’énergie. Ses jambes retombèrent et elle haleta.

Et, enfin, Adam la relâcha. Il écarta ses mains de la jeune fille, et se redressa juste assez pour qu’elle puisse respirer. Elle gisait sur les coussins, les bras engourdis, le souffle court et le regard dans le vague. Sa peau avait joliment rougie et sa poitrine se soulevait à un rythme rapide et régulier. Ses tâches de rousseur étaient maculées de larmes ; elle n’eut pas la force de le chasser lorsqu’il les essuya de son pouce.

— Oh désolé, sourit-il sans en penser un seul mot.

La pièce entière tournait comme un manège. L’air lui brûlait la trachée et une pulsation entêtante frappait ses tempes. Elle se sentait vidée de toute sa substance ; elle n’avait plus que du coton à la place des membres. Son voisin libéra ses hanches et le corps de la jeune fille se remit en mouvement instinctivement.

L’accoudoir. Il lui fallait gagner l’accoudoir pour s’échapper. Sa main chercha désespérément à l’attraper mais il lui paraissait si loin… Aidée de ses jambes, elle réussit miraculeusement à se retourner sur le ventre pour ramper sur les coussins.

Le garçon l’observait en silence s’extirper pathétiquement de sous lui, les bras comme tendus vers le paradis. Son cœur à lui aussi palpitait, battait délicieusement des ailes dans sa poitrine.

Avec un certain étonnement, il vit lentement ce short bien trop court céder progressivement sa place à la blancheur de ses cuisses nues, à mesure qu’elle tentait de lui échapper ; de quoi raviver l’appétit dévorant de l’insatiable loup. Monumentale erreur. Quel dommage. Et dire qu’il avait vraiment eu dans l’idée de la laisser partir…

— Non mais dis donc, vibra sa voix suave, tu crois pas que tu tends un peu le bâton, là ?

Démonstration par l’exemple, il laissa un de ses doigts effleurer sa peau fuyante, tel le crayon d’un sismographe sensible qui y dessinerait un chemin de lave. Un hoquet à demi-étouffé lui échappa, de quoi l’encourager davantage à s’empresser, autant qu’à précipiter sa chute en conduisant l’arrière de son genou sous le toucher critique. En ce creux, son tortionnaire eut le plaisir de découvrir un nouveau point faible dont il ne se priva pas de faire usage.

— Nom d’un chien ! s’écria-t-elle aussitôt en rétractant sa jambe.

Elle offrit ainsi sans le vouloir à son ennemi l’opportunité qu’il attendait. Sans hésitation, avec la vivacité du chasseur nocturne, Adam se saisit de cette cheville qui jaillit sous ses yeux, pour tracter ce pied nu à hauteur de son visage, totalement verrouillé dans sa poigne, parfaitement vulnérable.

— Ah ! lâcha-t-elle en se mangeant les coussins.

Il eut un vilain rictus.

— Fais tes prières.

De son majeur, il effleura une des nervures dessinées sur la plante exposée de ce timide petit pied laissé inconsciemment en sa possession. Un violent spasme saisit les muscles de la jeune fille qui se crispa sous le choc. Elle aurait voulu serrer les lèvres, se montrer plus forte que ça, ne pas lui faire ce plaisir, ne surtout pas déclarer forfait. Elle aurait voulu.

— Hiiii ! Hi hi hi hiiiii !!!

L’enfoiré ne lui épargna rien. Il explora son talon, traça de lents va-et-vients dévastateurs le long de sa voûte plantaire, fit usage de ses ongles pour chatouiller la peau fine de sa cheville, fit glisser ses doigts sous la base de ses orteils pour mieux les titiller ensuite. Comme il s’amusait ! à parcourir ce pied doux et divinement réceptif ! Jeu pour lui, supplice pour elle. La jeune fille se tortillait comme un beau diable, s’agitait vainement en tout sens, riait aux éclats jusqu’à en faire frémir les murs de l’appartement. De tout ce que lui faisait subir cette main cruelle, si on lui avait demandé ce qui était pire, elle aurait répondu tout. Une seconde durait une heure, dix en duraient cent. Elle eut l’impression que cela ne cesserait jamais, que cette torture allait se perdre dans l’infini ; qu’en tout cas, elle ne survivrait pas assez longtemps pour le savoir.

Dans un ultime effort, elle tendit un bras vers son traître de pied, source de tous ses maux, dans l’espoir
naïf et illusoire de stopper cette danse effrénée qui la foudroyait ; elle lui fit ainsi l’honneur divin de lui dévoiler son visage rouge de rire, baigné de larmes et sublimé d’un sourire rendu fou ; un visage libéré de toute autre préoccupation

Au début, Adam avait commencé ce petit jeu uniquement pour la taquiner et la détendre un peu. Elle qui était toujours si sérieuse et studieuse, elle avait bien besoin d’une sévère distraction pour se changer les idées. L’intention avait été noble, même s’il devait admettre en tirer un certain plaisir. Lily n’avait jamais osé se montrer démunie et impuissante. Elle paraissait toujours si forte et imprenable… La
découvrir à ce point vulnérable la rendait plus incroyable encore. Quelque part sous son armure, il y avait une jeune fille tout à fait normale, capable de
rire et de pleurer sous une simple caresse ; et elle lui avait accordé le privilège d’y assister. Ils avaient déjà partagé beaucoup de choses, mais le cadeau qu’elle lui offrait là était d’une intimité unique. Prête à tout pour lui résister, elle en devenait magnifique.

— Ne montre jamais ce visage à qui que ce soit d’autre, murmura-t-il.

Or, le loup était gourmand ; il en voulait plus encore. Il voulait la dévorer toute entière.

Le garçon écarta ses doigts impitoyables et porta lentement le pied de la jeune fille à son visage. Alors, de ses lèvres, il en effleura la courbure en guettant chacune de ses réactions.
Tout son corps se contracta sous le coup de cette nouvelle sensation et ses orteils se recroquevillèrent comme s’ils pouvaient lutter.

— Adam…, frémit-elle. Qu’est-ce que tu fais ?

Il sourit contre sa peau et ses canines ainsi dévoilées la chatouillèrent délicatement. L’air resta piégé dans ses poumons.

La sensation était différente ; elle dépassait tout ce qu’il lui avait fait subir jusqu’à présent. Lily avait certes envie de rire mais, au-delà même de ce besoin réflexe, il y avait le furieux désir qu’il ne s’arrête pas. Contrairement à tout ce qu’elle pouvait supplier, au fond, elle en voulait encore. Une chaleur douce et lancinante se déploya entre ses cuisses qu’elle pressa l’une contre l’autre.

Victime de ces pulsions, elle tourna son regard d’orage fiévreux vers le grand méchant loup pour croiser ses yeux bleus sensuels qui la transperçaient de part en part ; il avait l’air aussi échauffé qu’elle. Elle l’observa ensuite sourire davantage, avant de faire jaillir sa langue pour goûter son talon. La surprise lui arracha une exclamation et elle se mordit la lèvre lorsqu’une décharge électrique lui brûla le dos. Elle voulait l’implorer d’arrêter, et l’implorer de la toucher plus.

La langue chaude du garçon parcourut l’arche entière de son pied, embrassa sa concavité pour remonter jusqu’à ses petits orteils. Il en mordilla un.

— Ah ! s’écria Lily en se cambrant.

Elle saisit toutefois cette issue de secours, car en s’oubliant, Adam négligeait de la neutraliser. Faisant démonstration de sa combativité légendaire, la jeune fille rua brusquement et lui arracha sa jambe. Elle profita de l’effet de surprise, non pas pour s’enfuir, mais au contraire, farouche, pour se retourner et se jeter sur lui. Ils basculèrent sur le canapé jusqu’à ce que, d’un habile jeu de hanches, la redoutable petite rousse se retrouva au sommet, et lui au plus bas. Alors, d’une main ferme, elle s’empara du t-shirt d’Adam et le retroussa pour lui couvrir le visage.

Paniqué, le garçon se noya dans
le tissu, ses bras tendus ridiculement au-dessus de sa tête, prisonniers du t-shirt. Maintenant en position de force, la jeune fille n’hésita pas une seconde à se venger. Elle fit pleuvoir avec ferveur ses doigts sur les flancs de son ancien oppresseur, pinçant, mitraillant ses côtes pour lui faire subir au quintuple ce qu’elle avait enduré. Sous son assaut, son voisin éclata aussitôt de rire en s’agitant.

— Pfouha hahahaha !

Sa voix grave avait une tout autre sonorité que la sienne, plus forte et plus vibrante ; elle s’étonna de l’apprécier encore davantage.

— On fait moins le malin, pas vrai ? exulta-t-elle.

Cela ne dura qu’une seconde, le temps qu’il parvienne à se défaire de son vêtement, mais l’ardente jeune fille y prit un plaisir insensé. Dès l’instant où il dégagea son visage et que ses mains se retrouvèrent libres de s’emparer à nouveau d’elle, Lily bondit sur ses jambes.

— Viens ici ! ordonna
l’autre, tout essoufflé, en se redressant sur les coussins.

Il tendit un bras prédateur vers elle mais elle fila se réfugier plus loin.

— La prochaine fois, annonça-t-elle avec détermination, c’est moi qui te ferais pleurer !

La petite rousse, fière et digne malgré ses cheveux en pagaille et ses joues rouges, tira la langue au grand méchant loup, avant de s’enfuir par la porte d’entrée et de disparaître dans le couloir pour, sans l’ombre d’un doute, aller se barricader dans son propre appartement.

Adam, d’abord stupéfait, finit par passer ses doigts dans sa chevelure désordonnée et soupira d’aise.

— La prochaine fois, hein ?