Histoire : Chatouilles et haute trahison HHH/FF

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Histoire ajoutée le 07/12/2025
Épisode ajouté le 07/12/2025
Mise-à-jour le 07/12/2025

Chatouilles et haute trahison HHH/FF

Chatouilles et haute trahison
Versailles, 1785. Le luxe était une armure, l'étiquette une prison. Au milieu du faste, Céleste de la M…n'était qu'une simple demoiselle de compagnie. Ses journées se passaient à naviguer dans les couloirs du Château, assistant ici et là, mais toujours discrète, presque invisible.
Sa seule particularité — celle que personne ne soupçonnait —, était une sensibilité exacerbée de ses pieds. Pour Céleste, le monde se ressentait à travers ses petites plantes délicates. Le moindre grain de sable, la plus légère variation de température, une pression trop forte... tout était une sensation amplifiée. Elle prenait grand soin de ses chaussons de soie, une nécessité plus qu'un caprice.
C'est dans l'ombre d'une fin de soirée, alors que les flambeaux s'éteignaient et que la cour sombrait dans une fausse quiétude, que l'histoire de Céleste bascula. Deux ombres, rapides et silencieuses, la cueillirent près de l'escalier des Ambassadeurs. Pas un cri. Pas de lutte. Juste un mouchoir pressé sur sa bouche, et le monde de marbre de Versailles fut remplacé par le roulis d'une sinistre voiture. Elle n'était pas une personne très importante, mais dans ces temps barbares et paranoïaques, l'erreur était souvent la première étape du complot.
Le voyage fut court mais terrifiant. Céleste fut jetée dans les profondeurs du Grand Châtelet, la sinistre forteresse-prison de Paris. La geôle qui l'accueillit était froide, l'air chargé d'humidité et d'une odeur de moisi tenace. Le choc et la peur l'engourdirent jusqu'à l'arrivée de son « interrogateur ».
Il n'était pas un bourreau, mais un homme aux traits banals, vêtu de sombre, portant une liasse de papiers et, plus étrange, un petit sac en toile. Le juge ne cherchait pas une confession publique ni une torture spectaculaire. Il cherchait un mot, un nom, un secret d’État que l’on croyait caché parmi les dames de la noblesse ou de leur entourage immédiat.
« Mademoiselle de la M… » dit l'homme d'une voix neutre. « Vous détenez un secret concernant l’affaire de M. de V... Parlez. »
Céleste, tremblante, n'avait aucune idée de qui était M. de V. Elle balbutia son ignorance. L'homme haussa les épaules, un geste qui signifiait que la pitié n'entrait pas dans le Châtelet.
« Fort bien. Vous ne parlerez pas le jour. Vous parlerez la nuit, loin des oreilles et des soupçons. »
Il fit signe à un geôlier. Quelques instants plus tard, Céleste était allongée sur une paillasse, ses chevilles fermement attachées. Le geôlier s'approcha, le sourire froid. Dans sa main, il tenait le contenu du sac en toile : une poignée de plumes d'oie blanches, longues et douces.
L'interrogatoire commença avec la tombée de la nuit, le vent glacial de décembre s'infiltrant par une lucarne.
Le supplice de Céleste n'était pas une violence sanglante, mais une lente et insidieuse destruction de la volonté. Pour ses pieds, si tendres et si sensibles, le contact léger et continu de la plume était une torture électrique.
Pendant des heures, le geôlier, se relayant avec le juge, appliqua les plumes, les faisant courir, les faisant frôler, les frottant délicatement sur ses voûtes plantaires, ses orteils, et surtout, ses talons. La sensation était insoutenable, la chatouille se transformant rapidement en une crampe nerveuse, puis en une crise d’hystérie incontrôlable.
« Où est le document ? » « Je ne sais pas ! S’il vous plaît ! » « Qui est le contact de l'Autriche ? » « Je n’ai rien à voir avec la politique ! Ah ! Arrêtez ! »
Céleste riait, pleurait, se tordait, suppliait. Le rire, né du réflexe et de l'horreur, se mêlait aux larmes de sa détresse. Le froid de la geôle amplifiait chaque frôlement, transformant la douceur de la plume en une aiguille brûlante. Ses petits pieds étaient d’une sensibilité si aiguë qu’ils étaient le seul point de rupture de son être. Elle aurait avoué n'importe quoi, même l'assassinat du Dauphin, si cela avait pu arrêter son supplice.
Mais l'interrogateur s'arrêta seulement lorsque les premières lueurs blêmes du jour filtrèrent à travers la lucarne du cachot. La jeune fille était épuisée, enrouée par les rires et les sanglots qui l'avaient agitée toute la nuit. Elle s'évanouit d'épuisement nerveux, ses pieds en proie à des spasmes douloureux.
Quelques minutes plus tard, la porte de la cellule s'ouvrit. Un autre homme entra, l'air grave, le juge supérieur, visiblement irrité.
« Libérez cette fille immédiatement ! » ordonna-t-il.
L'interrogateur et le geôlier s'exécutèrent. Le juge se pencha au-dessus de Céleste, qui reprenait péniblement conscience.
« Mademoiselle de la M…, » marmonna-t-il, un ton d'excuse forcée dans la voix. « Il y a eu… une regrettable erreur sur la personne. L'individu que nous recherchions porte une mèche de cheveux noirs. Vous êtes blonde. Je vous prie d'accepter nos excuses. »
Une mèche de cheveux noirs. Pour une mèche de cheveux, elle avait traversé l'enfer. L'enquêteur s'était fié à une source non confirmée, et la paranoïa de l'État avait fait le reste, sacrifiant la petite employée discrète pour gagner du temps.
Céleste fut relâchée. Elle sortit du Châtelet, le soleil matinal la frappant comme une agression. Elle portait ses souliers de soie, mais la peur s'était logée dans ses membres. Elle ne portait aucune marque visible – pas de sang, pas de cicatrice – et c'était précisément ce qui rendait son supplice si parfait pour l'époque : une torture sans trace.
En marchant péniblement sur le pavé irrégulier, la douleur psychologique s'alliait à la douleur physique de ses pieds meurtris par la tension et la sensibilité extrême.
Céleste de la M… retourna à Versailles. Elle continua son service, ne disant mot de la nuit passée, de peur d'être déportée. Mais le secret n'était plus celui de l'État. Le secret était dorénavant le sien : celui d'une faiblesse si intime et si humiliante qu'elle était devenue une arme. À chaque fois qu'elle retirait ses chaussures, le souvenir des plumes revenait, et une seule pensée la hantait : elle avait survécu à l'horreur, non pas grâce à sa force, mais à cause d'une erreur stupide sur une mèche de cheveux.
Dès lors, Céleste ne fut plus jamais la même. Elle était devenue une ombre silencieuse qui, sous l'opulence de Versailles, tremblait au moindre frôlement du vent. Elle avait appris que, parfois, la cruauté la plus raffinée était celle qui exploitait la plus simple vulnérabilité.
Si l'État avait commis une erreur avec Céleste, ce n'était pas par manque de rigueur dans l'enquête, mais par l'urgence d'une paranoïa qui rendait chaque blonde suspecte si elle se trouvait au mauvais endroit. La véritable cible du Juge n'était pas une innocente demoiselle de compagnie, mais Éléonore de V…, une comtesse récemment veuve et réputée pour son esprit vif, son réseau d'informateurs et son manque d'allégeance aveugle à la Cour.
Éléonore, contrairement à Céleste, était une joueuse d'échecs politique. Elle savait que l'information était une monnaie plus précieuse que l'or, et elle la vendait aux enchères au plus offrant, qu'il s'agisse de la faction Orléaniste, des émissaires autrichiens ou même de l'Angleterre. Elle portait ostensiblement une épaisse mèche de cheveux naturellement noirs, contrastant avec le reste de sa coiffure poudrée.
Elle avait senti le vent tourner quelques jours plus tôt, lorsque son banquier avait refusé une lettre de crédit apparemment anodine. Elle avait immédiatement préparé sa fuite, mais le réseau de surveillance du Châtelet, piqué au vif par l'erreur Céleste, avait redoublé d'efficacité.
C'est ainsi qu'un soir pluvieux, alors qu'elle tentait de quitter Paris déguisée en simple bourgeoise, Éléonore de Valois fut appréhendée. Point d'enlèvement brutal. Juste un ordre froid d'un agent déguisé, puis une voiture discrète vers le même lieu que Céleste : les geôles du Grand Châtelet.
La cellule d'Éléonore était identique à celle de Céleste, mais la comtesse, habituée aux trahisons et aux faux-semblants, ne ressentit pas la même sidération. La peur, oui, mais aussi une résolution froide. Elle avait des choses à cacher, des informations à protéger.
Le même juge morne et le même geôlier aux mains agiles entrèrent.
« Madame de V…, » dit le juge, cette fois avec une certitude implacable. « Nous savons que vous détenez le traité secret avec l'Espagne. Dites-nous où il se trouve. »
Éléonore sourit, un sourire mince et défiant. « Un traité secret ? Mon cher Juge, ma seule préoccupation est de savoir si ma chambre du Châtelet est assez chaude pour l'hiver qui vient. »
Le juge ne fut pas amusé. « Nous avons des moyens, Madame, de faire parler même les langues les plus verrouillées. Des moyens... discrets. »
Il fit signe au geôlier, qui s'approcha avec le même petit sac en toile d'où dépassaient les pointes blanches des plumes d'oie. Éléonore les regarda, son regard froid ne trahissant rien. Elle avait entendu parler de cette méthode, de ces « interrogatoires sans traces » qui brisaient l'esprit sans laisser de marques. Elle s'était toujours crue au-dessus de cela.
Elle fut ligotée de la même manière que Céleste, allongée sur la paillasse.
« Je dois vous avertir, Madame, » dit le juge, « cette méthode est particulièrement efficace sur les personnes de grande sensibilité. »
Éléonore haussa un sourcil. « Mes pieds, Monsieur, ont foulé les plus beaux parquets et les plus rudes sentiers. Ils ne sont pas des petites pattes de demoiselle. »
Mais Éléonore se trompait. Ou du moins, elle sous-estimait l'universalité de la sensibilité humaine. Comme Céleste, ses pieds avaient connu le luxe des chaussons de soie, la douceur des tapis persans. Ses pieds, sous leur apparence robuste, avaient aussi des nerfs, de la chair, de la peau.
Dès que la première plume effleura sa plante de pied, Éléonore eut un hoquet. La sensation était à la fois étrangère et insupportable. Elle essaya de contrôler son rire qui montait, un rire nerveux et presque hystérique.
« Où est le traité ? » « C'est ridicule ! Hahaha ! Je n'ai aucune idée... Aïe ! » « Qui sont vos contacts anglais ? » « Le Duc de… Non ! Arrêtez ! »
Éléonore, contrairement à Céleste, ne se contentait pas de subir. Chaque rire, chaque cri était aussi une forme de lutte. Elle essayait de mordre le geôlier, de donner des coups de tête, de se tordre avec une force inattendue. Sa voix était plus rauque, plus dure. Elle insultait, menaçait, puis implorait. Les plumes, ces instruments de torture discrets, lui arrachaient non seulement des rires mais aussi des imprécations venimeuses.
La nuit se déroula comme un duel. Éléonore était épuisée, son corps tremblait, son esprit était à la limite. Mais là où Céleste s'était effondrée sous le choc, Éléonore se battait. Elle laissa échapper des noms, des dates, des lieux, mais elle mélangeait le vrai et le faux avec une habileté désespérée, semant la confusion pour gagner du temps.
Elle mentionna une cachette dans sa bibliothèque, puis un complice à Londres, puis un message codé dans la doublure de sa robe. Elle désignait le vide, créant un labyrinthe pour ses tortionnaires. Le juge, frustré, notait chaque mot, mais ne parvenait pas à démêler la vérité.
Au lever du jour, Éléonore était dans un état d'épuisement comparable à celui de Céleste. Son corps était endolori, sa voix cassée, ses pieds douloureux. Elle avait l'impression d'avoir couru un marathon en riant.
Le juge, les yeux cernés, regarda sa prisonnière. Éléonore était vaincue par l'épuisement, mais pas brisée. Son regard, bien que voilé, contenait encore une étincelle de défi.
Le juge, frustré par l'air de défi d'Éléonore, ne s'en tint pas aux pieds. Il savait que pour briser une femme de cette trempe, il fallait attaquer ses points faibles les plus intimes et inattendus.
« Juge, mes pieds sont… habitués, » avait-elle menti.
L'homme sourit sinistrement. « Nous allons voir si votre corps l'est tout autant, Madame. »
Éléonore fut dégagée de ses lourds vêtements et maintenue allongée sur la paillasse humide, ses poignets et ses chevilles toujours attachés. Le geôlier et un second homme s'approchèrent, armés de plumes d'oie encore plus fines et de brosses à poils doux.
Le supplice commença par une ligne de plumes effleurant ses côtes. Éléonore se tordit immédiatement, un rire aigu et incontrôlable s'échappant de sa gorge.
« Non ! Ah ! Arrêtez ! C'est horrible ! »
La sensation monta rapidement en intensité. La chatouille, cette irritation nerveuse primitive, se transforma en une onde de choc qui parcourait son torse. Le geôlier commença à faire courir la plume le long de sa taille, remontant et redescendant, chaque passage tirant un sanglot mêlé de rire. Éléonore sentait ses muscles se contracter en spasmes involontaires.
« Par pitié ! Hahahaha ! Juge ! Je vous en prie ! Laissez-moi respirer ! »
Le juge se pencha, son visage impassible contrastant avec la souffrance hystérique de la comtesse. « Où est le document, Éléonore ? »
« Je... Je ne peux pas ! Hahahahaha ! C'est trop ! Arrêtez les chatouilles ! »
La vraie horreur vint lorsque les plumes, trempées légèrement dans une eau froide, se mirent à caresser délicatement la zone sensible de ses aisselles. Cette région, rarement exposée au monde extérieur et pleine de terminaisons nerveuses, réagit violemment. Le rire d'Éléonore ne fut plus humain. C'était une cacophonie de hoquets, de gémissements étranglés et d'un rire si forcé qu'il ressemblait à des cris de douleur pure.
Elle se cambra, l'échine décollée de la paillasse, tentant de se rouler, de se plier en deux, n'importe quoi pour éloigner ces instruments légers et insidieux. Ses poumons réclamaient l'air, mais le rire incessant lui coupait le souffle, la poussant au bord de l'asphyxie.
« Au secours ! Par la Vierge ! Laissez-moi ! Le Duc de… de Guise… a tout ! Ah ! Non ! C'est faux ! »
Le juge augmenta la pression. Le second homme utilisa de petites brosses dures pour frotter les zones sensibles des côtés de sa poitrine, tandis que le geôlier se concentrait sur les plis de sa taille. Éléonore n'était plus la comtesse distinguée ; elle était une masse tremblante et hurlante, piégée dans une crise de rire incontrôlable. Des larmes coulaient sur ses tempes, l'humidité et le froid du cachot amplifiant la sensibilité de sa peau.
Elle finit par s'épuiser. Le rire se transforma en râles. Elle ne répondait plus par des mensonges, mais par des bégaiements incohérents, incapable de former une pensée rationnelle. Sa volonté, si forte face à la menace de mort, était pulvérisée par la sensation la plus ridicule qui soit. Elle gisait, trempée de sueur, son corps secoué de spasmes résiduels.
Le juge, voyant qu'elle n'était plus en état de fournir des informations fiables, fit signe d'arrêter.
« Vous n'avez rien obtenu, Juge, » parvint à murmurer Éléonore, son souffle court et saccadé, mais une étincelle de défi perçant encore son regard brouillé. « Juste le spectacle d'une femme humiliée. »
La nuit touchait à sa fin. Éléonore de Valois, brisée par le supplice des plumes sur ses côtes, sa taille et ses aisselles, gisait, son corps secoué de tressaillements. Le juge avait noté des bribes d'information, mais aucune vérité concrète. Il savait qu'il était proche de la rupture, mais qu'il lui fallait une ultime poussée.
Il fit un signe au geôlier.
« Nous allons terminer, Madame, » dit le juge d'une voix fatiguée. « La plume est un artifice. Revenons à l'essentiel. »
Le geôlier écarta les plumes et se pencha sur les pieds de Éléonore, qui avaient été relativement épargnés jusqu'à présent, mais dont la sensibilité avait été exacerbée par l'hystérie du corps entier.
Le geôlier s’istalla confortablement devant les plantes de pied pâles et tendues. Il commença par le plus simple : un pouce et un index pinçant et frottant rapidement le creux de sa voûte plantaire.
Le choc fut instantané et absolu. Le rire qui en sortit était d'une intensité supérieure à celui provoqué par les plumes. Il était plus viscéral, plus aigu, mêlé à des cris d'alarme. C'était la sensation de chatouille à son paroxysme, directe et personnelle.
« Non ! Ah ! Ha, ha, ha ! Arrêtez ! j’en peux plus ! »
Le geôlier passa ensuite à une technique plus ciblée. Il utilisa la pointe de son ongle pour gratter légèrement l'espace entre le petit orteil et son voisin, puis tira délicatement les orteils un par un, chaque étirement envoyant une décharge nerveuse le long de la jambe de la comtesse.
Éléonore se mit à supplier en des termes incohérents. Elle essayait de replier ses pieds, de cacher ses orteils sous sa paillasse, mais ses chevilles étaient fermement maintenues.
Le geôlier sourit, jouissant de la vulnérabilité totale de la noble dame. Il s'attaqua ensuite à la zone la plus sensible pour beaucoup : il pressa son index sur le petit point nerveux situé juste sous le coussinet de l'orteil principal, puis commença à le masser en mouvements rapides et circulaires.
Le corps d'Éléonore entra en convulsions.
« J'avoue ! J'avoue ! Laissez-moi ! Arrêtez, c'est insoutenable ! J'ai… j’ai menti ! Le traité est… Hahahahaha ! Il est caché dans la bibliothèque ! Dans le… le faux livre de Virgile ! »
Éléonore cracha cette information, la délivrant comme une bouffée d'air après une noyade, non pas par volonté, mais parce que son corps ne pouvait plus supporter cette invasion sensorielle directe et sans filtre.
Le geôlier s'arrêta enfin, ses doigts tremblants d'effort.
Le juge, triomphant, ordonna l'arrêt immédiat. « Le faux Virgile ! Allez chercher le traité ! »
Éléonore resta là, haletante, les larmes et la salive mélangées sur son visage. Elle avait cédé.
Une heure plus tard, le messager revint du domicile parisien d'Éléonore, le visage défait. « Juge, il n'y a pas de faux livre de Virgile. Le livre est vrai, et il est vide. Elle a menti, ou elle a mélangé les pistes. »
Éléonore, épuisée mais lucide, sourit. Les doigts avaient arraché une information, mais le cerveau, même sous la torture, avait eu le temps d'y tisser le mensonge. Elle avait délibérément jeté à ses tortionnaires un leurre plausible, mais fatalement erroné.
L'échec de la piste du "faux Virgile" frappa le Juge comme une humiliation publique. Le messager venait à peine de quitter la geôle que le Juge se tourna vers Éléonore, le visage convulsé par une rage froide. Il n'était plus l'homme méthodique du début de la nuit ; il était un fonctionnaire humilié par l'intelligence d'une femme qu'il avait réduite à l'hystérie.
« Elle se moque de nous ! » cracha le Juge, frappant le mur de pierre de son poing. « Cette sorcière a utilisé notre propre faiblesse, notre méthode de discrétion, pour nous jouer un tour ! »
Il fixa Éléonore, qui tentait de reprendre son souffle, son regard de défi toujours perceptible malgré son épuisement physique.
« Nous allons voir qui est le plus rusé, Madame la Comtesse, » gronda le Juge.
Le Juge donna un ordre sec au geôlier : « Retournez-la ! Et bandez-lui les yeux ! »
Éléonore fut forcée de se retourner sur le ventre. Ses mains restèrent attachées aux montants de la paillasse. L'opération fut brutale, la faisant gémir de douleur alors que ses muscles épuisés protestaient. Un loup de tissu fut serré autour de ses yeux, la plongeant dans une obscurité totale, amplifiant toutes les autres sensations.
Le Juge avait raisonné : sans la vue pour anticiper le geste, l'attente et l'incertitude décupleraient l'effet des chatouilles, transformant la sensation en terreur pure.
« Nous allons reprendre là où votre esprit a tenté de nous tromper Madame, » annonça le Juge. « Et vous ne bougerez pas. »
Le supplice recommença, mais sous cette nouvelle condition sensorielle, l'effet fut instantanément catastrophique.
Le geôlier commença par l'endroit le plus vulnérable et le moins visible : la taille. Ses doigts, ses ongles, et même une petite brosse revinrent agresser les flancs d'Éléonore. Plongée dans le noir, elle ne pouvait plus anticiper si le contact allait être léger ou intense, ni d'où il allait venir. Chaque frôlement était une surprise électrique qui faisait tressaillir son corps entier.
Son rire, déjà hystérique, devint un cri saccadé et plaintif. Elle se tordait et se contractait frénétiquement. Sa tentative désespérée de se plier en deux était entravée par ses liens.
« Non ! Non ! Pas là ! C'est trop ! Juge ! Vous êtes un monstre ! Ha, ha, ha ! Je vais mourir de rire ! »
Éléonore se mit à vomir des bribes d'informations, toutes mélangées. Elle parlait de son passé, de l'Angleterre, de l'Espagne, de sa grand-mère, tout cela entrecoupé de cris aigus et d'un rire qui déchiraient sa gorge.
Elle pleurait, crachait, riait, tout en même temps. Elle avait atteint un état de panique hystérique où la seule façon d'arrêter le supplice était de cracher une information suffisamment crédible pour être crue.
Le geôlier se concentrait sur les côtes et les aisselles de la comtesse retournée, alternant les brosses rugueuses et les doigts rapides, tandis que le second homme s'occupait de ses pieds et de ses genoux. Le rire d'Éléonore s'était mué en un cri déchirant de douleur nerveuse, une plainte animale sans dignité. Elle ne pouvait plus former de phrases cohérentes, seulement des bribes de supplications et d'informations mélangées.
Le Juge se pencha une dernière fois. « Votre dernière chance, Madame. La vérité, ou nous continuerons à vous chatouiller jusqu'à ce que votre coeur lâche. »
Le geôlier augmenta la vitesse et la pression sur le creux de ses genoux et sous ses aisselles. C'en fut trop. La combinaison du noir, du froid, et de la sensation insupportable brisa le dernier rempart de sa volonté.
« Arrêtez ! Arrêtez ! » hoqueta Éléonore, crachant le mot au milieu d'un râle hystérique. « J'avoue ! J'avoue tout ! Le traité ! Il n'est pas dans un faux livre ! Il est… il est cousu dans la doublure du rideau de velours rouge… dans la chambre de réception du Marquis de la Salle ! Je devais le récupérer demain ! C'est la vérité ! Je vous en supplie, arrêtez les chatouilles ! »
Le Juge eut un mouvement de recul triomphant. Il fit immédiatement cesser le supplice.
Éléonore resta sur la paillasse, son corps agité de soubresauts résiduels, vaincue, pleurant en silence dans le bandeau qui lui masquait le monde. Cette fois elle avait vraiment cédé.
Le Juge n'eut besoin que de quelques heures pour vérifier l'information. Le rideau de velours rouge fut déchiré, et le traité secret avec l'Espagne fut découvert. L'État était sauvé, la trahison avortée.
Éléonore de V… fut formellement accusée de haute trahison. Son procès fut rapide et mené à huis clos, évitant un scandale public qui aurait révélé les méthodes employées par la justice.
Sa sentence fut lue un matin froid, dans le bureau du Juge, en présence de deux gardes.
« Éléonore de V…, vous êtes reconnue coupable d'intelligence avec l'ennemi et d'atteinte à la sécurité du Royaume. Vous êtes condamnée à quinze années de prison dans l'Abbaye de Saint-Michel, où vous serez isolée et coupée de toute influence extérieure. »
Le Juge fit une pause, fixant la comtesse brisée, qui écoutait sans bouger.
« De plus, vu la gravité de vos crimes et votre aptitude avérée à la dissimulation, l'État a besoin de s'assurer de votre soumission totale et définitive. Votre corps a révélé la faiblesse de votre esprit. En conséquence, il est ajouté à votre sentence une clause particulière : vous serez soumise, trois fois par semaine, à des séances de chatouilles corporelles prolongées et ciblées (aux pieds, côtes, taille et aisselles), exécutées par le personnel désigné de l'Abbaye. »
Le Juge martela son point :
« Ces séances ne visent pas à obtenir de nouvelles informations, mais à vous rappeler que l'État a trouvé le moyen infaillible de vous atteindre là où vous êtes la plus vulnérable. Ce supplice, sans marque ni sang, continuera pour la durée de votre emprisonnement. »
Éléonore, qui n'avait pas cillé devant la sentence quinze ans de prison, laissa échapper un sanglot à la mention des chatouilles. Elle comprit alors que sa peine n'était pas la prison, mais l'horreur de l'humiliation sensorielle, transformant le rire hystérique en une cruelle punition.
Elle fut emmenée.
Le Juge, satisfait d'avoir sauvé l'État et d'avoir inventé une peine qui était à la fois sans pitié et sans trace visible, s'essuya le front. Il avait transformé l'outil de l'interrogatoire en une méthode de discipline carcérale cruelle et implacable mais qui permettait d’obtenir des résultats.
Quant à Céleste de la M…, elle continua son service à Versailles, ignorant le sort de la comtesse, mais partageant avec elle la même cicatrice invisible : la terreur du rire. Seule différence, Céleste était innocente ; Éléonore, coupable, était condamnée à revivre son châtiment pendant quinze ans. Les plumes et les doigts avaient révélé que, dans les temps barbares, l'arme la plus efficace contre les secrets n'était pas toujours la hache, mais une sensibilité extrême aux chatouilles.