Histoire : Alice (Épisode 03)

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Histoire


Histoire ajoutée le 12/09/2026
Épisode ajouté le 26/09/2026
Mise-à-jour le 26/09/2026

Sweetch

Chapitre 3 : 

Sweetch 



Nous avions bu le café lentement, l’un contre l’autre, encore enveloppés de cette langueur du matin, où chaque geste semble encore bercé par les traces de la nuit. Rien ne pressait. Le monde pouvait bien attendre. 

Alice posa sa tasse sur la table basse. Elle ne dit rien pendant un moment. Puis, en me regardant de ce regard clair qu’elle a quand elle est parfaitement ancrée, elle me souffle.

-Tu veux… essayer, toi aussi ? Je fronce légèrement les sourcils, pris au dépourvu. Pas par rejet, ni par gêne. Mais par cette soudaine invitation à renverser le regard. Elle sourit, devinant mon trouble. Un sourire doux, tendre, qui ne juge rien. 

-Pas pour te piéger. Juste… pour te faire sentir ce que j’ai voulu dire, hier soir. Ce que ça crée… quand on abandonne le contrôle. Même un peu. Je ne réponds pas tout de suite. Je regarde ses mains, fines, posées sur ses genoux. Calmes. Prêtes, mais patientes. Je me rends compte que je suis partagé. Hésitant. Non parce que j’ai peur de rire — mais parce que l’idée de me laisser aller, à mon tour, me confronte à quelque chose de profondément vulnérable.  Et pourtant…  Il y a en moi cette curiosité naissante. Ce désir étrange de comprendre plus loin. De ressentir, moi aussi. Non plus comme spectateur, mais comme corps traversé.  Je hoche la tête.

- D’accord. 
 Elle ne dit rien, mais son regard s’illumine d’une lumière nouvelle. Pas de triomphe. Juste… de joie calme.  Elle se lève, me tend la main, et me guide jusqu’au lit. Le même lit que la veille. Mais l’atmosphère a changé. Ce n’est plus un lieu de plaisir ou d’élan. C’est devenu un espace d’écoute inversée, un terrain d’exploration où je vais, cette fois, me confier à elle autrement.  Elle me fait m’asseoir sur le matelas, puis glisse doucement derrière moi, sans précipitation. 

- Allonge-toi. Et si tu veux que je m’arrête à tout moment, tu me le dis. Rien ne se fera sans ton rythme.
 Je hoche la tête. Je m’allonge lentement, les bras le long du corps, un peu tendu malgré moi.  Je la sens s’activer doucement, ranger les oreillers, ajuster une couverture. Elle ne dit rien. Elle prend son temps, comme pour que chaque geste m’ancre davantage dans le présent  Puis, presque solennellement, elle sort un ruban fin de sa table de chevet. Le même que la veille. Mais cette fois, c’est pour moi.
 -Tu me laisses attacher tes poignets ? murmure-t-elle. Je ferme les yeux un instant. Et je dis :
 -Oui.
 Elle s’approche, prend mes poignets entre ses mains. Son toucher est léger, presque timide. Elle attache doucement, pas fort. Juste ce qu’il faut pour que je sente que je ne peux pas bouger tout à fait. Et pourtant… je suis en sécurité.  Puis elle descend vers mes chevilles, fait de même. Toujours lentement. En silence.  Je suis là, offert. Immobile. Non par force, mais par choix.  Elle revient s’asseoir près de moi. Et elle attend. Juste quelques secondes. Le temps que je ressente. Que je respire.  
 Et alors, elle commence. Ses doigts effleurent ma peau, à peine. Un passage lent, presque imperceptible, sur mes côtes, sur mes hanches, sur le creux de mon ventre. Ce n’est pas un chatouillement brutal.
 C’est une exploration sensorielle. Une danse à la limite de la sensation et de l’imagination.  Je sens mon corps qui tressaute légèrement, ma respiration qui s’accélère. Un rire contenu monte en moi, mais il est mêlé à autre chose : une forme de tension douce, de vulnérabilité paisible. Je me découvre. Autrement.
 -  Ça va ? chuchote-t-elle.
 Je souffle, un peu surpris moi-même. 
 - Oui… c’est… étrange. Mais… oui.
 Elle continue, un peu plus bas, un peu plus haut. Parfois elle ralentit, parfois elle suspend son geste, comme pour me laisser respirer entre deux vagues.  Je ne ris pas à gorge déployée. Ce n’est pas une farce. C’est une montée lente, une ivresse légère, un vertige qui ne dit pas son nom.  

Et dans cette expérience, je comprends ce qu’elle avait voulu me dire. Ce que ça fait… d’être à nu, dans un autre langage.  Ce que ça fait… de se confier au toucher.  Ce que ça fait… de faire confiance, jusqu’au bout.
 Je ne cherche pas à fuir. Je ne cherche même pas à comprendre. Je sens. Je vis. Et je laisse faire.  
 À un moment, elle s’arrête. Pose ses mains à plat sur mon torse, et me regarde.  Je rouvre les yeux. Je suis là. Ému. Défait dans un calme profond.
 -Alors ? murmure-t-elle, presque inquiète.
 Je souris. Un sourire désarmé.
 -Je ne pensais pas que… ce serait aussi fort.
 Elle penche la tête. Un éclat doux dans le regard.
 -Tu veux que je continue ? Ou… on reste comme ça ? Je l’observe. Et je dis, doucement :
 -Restons comme ça. Juste un peu.
 Elle se penche alors, dénoue lentement mes poignets, puis mes chevilles, avec une délicatesse infinie. Elle ne rompt pas le lien. Elle le prolonge, autrement.  Puis elle vient s’allonger contre moi, sa tête sur mon épaule. Et cette fois, c’est moi qui respire plus fort.  Parce que je viens de comprendre ce qu’elle avait tenté de m’enseigner depuis le début.  Ce que ça veut dire… d’être reçu. 
 Les heures se sont doucement effilées, comme des gouttes de pluie qui glissent silencieusement sur une vitre.
 Le jour a glissé hors du monde, timide, fragile, traversant la fenêtre à peine entrouverte, déposant sur la peau une caresse dorée.
 Je me réveille lentement, enveloppé dans la chaleur feutrée de la pièce, encore marqué par la douceur de la nuit passée.
 Les liens qui unissent mes poignets et mes chevilles sont devenus familiers, une présence rassurante plus qu’une contrainte.  Alice dort à mes côtés, son souffle calme et régulier. Son visage est éclairé par ce premier éclat du matin, doux et paisible.  
 Je prends un instant pour observer chaque détail, chaque nuance qui compose ce moment suspendu.  Les draps froissés portent encore l’empreinte de nos gestes, de nos rires et de nos silences partagés.  Le parfum léger de la couverture épaisse et moelleuse flotte dans l’air, mêlé à celui de la peau et du café que nous avons savouré plus tôt.  

 Je ne bouge pas tout de suite, préférant savourer cet instant précieux, ce lien invisible mais puissant qui nous unit. Lentement, presque avec révérence, je caresse la main d’Alice, réveillant en elle un frisson doux, un sourire endormi.  Le monde extérieur peut bien attendre. Ici, maintenant, il n’y a que nous, le silence et la lumière.
  Le temps semble suspendu, enveloppé d’une lumière dorée qui filtre à travers les voilages translucides.  Chaque souffle d’air caresse la peau avec délicatesse, comme un murmure secret entre deux âmes.
 Alice bouge légèrement, un frisson la traverse quand mes doigts effleurent sa main. Ses paupières s’ouvrent avec lenteur, dévoilant un regard encore embrumé, tendre et vulnérable.  Un sourire timide éclaire ses lèvres, un éclat doux, presque fragile.  
 Elle s’étire doucement, son corps esquissant des mouvements lents, comme pour prolonger le rêve dont elle sort. Les liens qui m’attachaient demeurent, subtils et légers, rappel discret de la nuit partagée. Ils ne sont plus prison, mais un fil invisible qui nous relie, ancrant ce moment dans une complicité profonde.
 Alice se redresse, ses yeux cherchent les miens avec cette tendresse pleine d’une promesse silencieuse. Elle glisse ses doigts sur ma peau, explore les contours avec une douceur infinie, sans hâte, sans un mot.
 Nos souffles se mêlent, le rythme de nos cœurs s’accorde, et le monde extérieur s’efface doucement. Il n’y a plus que cette bulle intime, cette parenthèse où le temps perd son emprise.  
 Je sens la chaleur de son corps proche, la caresse fugace de ses cheveux sur ma joue, et dans cet instant précieux, je sais que nous avons trouvé une nouvelle forme d’harmonie. Lentement, nous accueillons ce nouveau jour, sans précipitation, dans la douceur d’une matinée qui nous appartient.
 Sans bruit, sans urgence. Juste nous, enlacés dans ce silence lumineux, complices et apaisés.

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