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- [FF/M] Un nouveau à l'entrepôt de logistique
- Épisode 01
Histoire ajoutée le
13/10/2026
Épisode ajouté le
13/10/2026
Mise-à-jour le
13/10/2026
Cinq heures et quart. Le radio-réveil crachota une sonnerie stridente dans le petit studio encore baigné d'obscurité. Raphaël coupa l’alarme d’un geste précis, le cœur emballé par une pointe de nervosité. Du haut de ses 20 ans, ce matin marquait une étape capitale : son tout premier jour de stage au sein de la plateforme logistique Sud.
Dans la glace de la salle de bains, il passa une main dans ses cheveux bruns et naturellement bouclés, tentant d'imposer un peu d'ordre à sa coupe soigneusement travaillée. Avec son mètre soixante-quinze, sa corpulence fine et ses traits encore juvéniles, il dégageait une allure irréprochable de jeune homme propre sur lui, désireux d'impressionner. Il ajusta avec minutie le col de son polo bleu marine neuf — pas le moindre pli, le tissu sentait encore le magasin. Il enfila son pantalon de travail ajusté et ses chaussures de sécurité rigides, pimpantes, qui n'avaient pas encore vu la moindre poussière d'entrepôt. Maniaque et prévoyant, Raphaël avait calculé son itinéraire avec une marge déraisonnable. À six heures dix, son gobelet de café brûlant calé dans le porte-gobelet, il coupait déjà le moteur de sa citadine sur le parking encore désert du Hall B, prêt à braver sa toute première journée.
À l'autre bout de la zone industrielle, Cécilia, 26 ans, ajustait la fermeture éclair de sa veste sans même jeter un œil au miroir. La logistique, c'était sa vie depuis dix ans déjà : entrée dans le métier à 16 ans à peine, elle avait gravi tous les échelons à la force du poignet pour devenir, depuis 3 ans, la cheffe d'équipe incontestée du Hall B — l'équipe même que Raphaël s'apprêtait à intégrer.
Son autorité naturelle et son efficacité redoutable compensaient largement son petit gabarit. Assez mince, le teint plutôt pâle qui contrastait avec ses tresses foncées impeccablement plaquées le long de son crâne, elle arborait sa tenue signature : un jogging moulant gris marquant ses formes sèches et un haut court laissant entrevoir sa taille fine. Cécilia connaissait le Hall B comme sa poche, chaque rack, chaque procédure, et régnait sur ses préparateurs avec un mélange d'assurance insolente, de charme tranchant et d'exigence absolue. Sur le quai, personne ne lui tenait tête.
À ses côtés dans l'utilitaire qui traversait la brume matinale, Romane, 22 ans, conduisait en silence, une main posée sur le volant. Préparatrice de commandes aguerrie sous les ordres de Cécilia, Romane était un peu la petite sœur spirituelle de sa cheffe d'équipe. Si Cécilia était l'esprit vif et la voix de l'équipe, Romane en était le pilier physique. Passionnée de musculation, elle arborait une carrure imposante, large d'épaules et athlétique, qu'elle aimait dissimuler sous des vêtements amples — un sweat XXL sans manches sur un bas de survêtement confortable. Discrète, loyale et dotée d'une force tranquille, elle suivait Cécilia dans toutes ses idées, formant avec elle un duo parfaitement rodé sur le terrain.
À six heures vingt-cinq, le sas métallique du Hall B claqua lourdement derrière Raphaël. L'entrepôt était encore assoupi, vaste cathédrale d'acier et d'ombre où l'odeur du carton neuf se mêlait à celle du béton frais. Le jeune homme s'avança lentement dans l'allée centrale, son gobelet à la main, admirant la hauteur impressionnante des structures. Il avait trente-cinq minutes d'avance sur sa prise de poste.
C'est alors qu'un léger sifflement mécanique brisa le silence. À l'angle de l'allée 4, un chariot élévateur électrique surgit et coupa net la trajectoire de Raphaël. Au pupitre de commande, Cécilia coupa le contact d'un geste sec et ajusta le col de son haut court. Ses yeux sombres, perçants sous ses tresses plaquées, évaluèrent la silhouette de Raphaël en un clin d'œil. Elle repéra immédiatement la coupe impeccable, le polo bleu marine sans l'ombre d'un pli et les chaussures de sécurité étincelantes.
— Oh, chef, t'as failli nous écraser un mannequin de vitrine, lâcha Romane depuis le marchepied arrière, sa voix grave brisant le ronronnement du moteur.
Romane descendit de l'engin avec une aisance coutumière. Sa carrure large, bien mise en valeur par son sweat amplement coupé, contrastait avec la posture un peu raide du nouveau venu.
Cécilia sauta à terre, les mains dans les poches de son jogging gris. Elle s'avança vers Raphaël avec cette démarche fluide et sûre d'elle que lui donnaient dix ans de métier.
— C'est vrai qu'il est propre, ironisa-t-elle avec un brin d'amusement dans la voix, en s'arrêtant à une distance raisonnable. Tu t'es perdu ou t'es le nouveau stagiaire ? Les embauches, c'est à sept heures, mon grand. Il est même pas six heures demi.
Raphaël, un peu pris de court par cette arrivée théâtrale mais soucieux de faire bonne impression, rajusta la prise sur son gobelet de café et esquissa un sourire poliment serré.
— Bonjour. Oui, c'est ça, je m'appelle Raphaël, répondit-il d'une voix posée. Je commence aujourd'hui dans l'équipe du Hall B. J'ai préféré prendre un peu de marge pour être sûr de trouver le bon bâtiment et ne pas être en retard.
Cécilia haussa un sourcil, mi-impressionnée, mi-amusée par tant de rigueur.
— Vingt-cinq minutes d'avance sur le quai B, c'est plus de la marge, c'est du zèle, répliqua-t-elle avec un léger rictus. Bon, au moins tu connais ton nom et t'es à l'heure, c'est déjà mieux que la moitié des intérimaires qu'on nous envoie. Moi c'est Cécilia, la cheffe d'équipe. Et la grande à côté qui te toise, c'est Romane.
— Enchanté, dit Raphaël en inclinant légèrement la tête vers Romane.
— Salut, bougonna simplement Romane avec un un hochement de tête amical, observant les mouvements du jeune homme avec son calme habituel.
— Tu peux poser ton café sur le rebord de la table de tri là-bas, reprit Cécilia en désignant du menton un meuble en Inox un peu plus loin dans l'allée. Rien à boire près des convoyeurs ni dans les allées de stockage, c'est la règle de base. Tu ne l'as pas vue dans le livret d'accueil ?
— Si, pardon, s'empressa de répondre Raphaël, un peu désolé de faire un faux pas aussi rapide. Je le pose tout de suite.
— T'inquiète, le chef d'équipe adjoint est pas encore arrivé pour te faire faire le tour, enchaîna Cécilia en croisant les bras. Mais vu que t'es là et que nous on attaquait le contrôle des arrivages du matin, tu vas pouvoir regarder comment on bosse. Romane, montre-lui où sont les gilets haute visibilité dans l'armoire du bureau 2. Il va pas se balader en polo bleu au milieu des rétractables sans bandes réfléchissantes.
— Ça marche, fais-moi signe quand t'as fini les étiquetages, répondit Romane en se tournant vers Raphaël. Suis-moi, le nouveau. On va te trouver un gilet à ta taille.
Raphaël acquiesça, rassuré par la tournure fluide et professionnelle des événements, tout en gardant un œil sur Cécilia qui remontait déjà sur son chariot avec une assurance impressionnante. Il emboîta le pas à Romane, prêt à entamer sa première journée de travail.
Romane poussa la porte du vestiaire du Hall B et laissa passer Raphaël. L'endroit sentait le métal froid et la lessive industrielle, alignant des rangées de casiers métalliques gris.
— Les gilets de sécurité sont dans le fond, dit-elle en se dirigeant vers l'armoire de matériel.
Mais alors qu'elle se retournait, son regard d'aguerrie glissa machinalement vers le bas. Ses yeux s'arrêtèrent sur les chaussures de Raphaël, toutes neuves, étincelantes et... étrangement fines. Elle plissa les yeux, se pencha légèrement, les mains sur les hanches.
— Attends une seconde, le nouveau, lâcha-t-elle en pointant ses pieds du doigt. Tu les as achetées où, tes pompes ?
Raphaël s'arrêta net, un peu surpris par la question. Il baissa les yeux vers ses chaussures avec une pointe de fierté.
— Sur un site spécialisé en ligne, la semaine dernière. Elles avaient de bons avis pour le confort et le design.
Romane laissa échapper un petit rire incrédule et secoua la tête.
— Le design ? On est sur une plateforme logistique, pas sur un défilé. Viens là, fais voir.
Elle s'accroupit sans cérémonie et passa un doigt ferme sur le bout de la chaussure droite de Raphaël, appuyant vigoureusement. La matière s'enfonça sans opposer la moindre résistance métallique ou synthétique renforcée.
— C'est bien ce que je pensais... Elles sont absolument pas conformes, mon grand. Il n'y a aucune coque de sécurité là-dedans, c'est juste de la toile renforcée. Tu te prends une palette de cent kilos sur l'orteil là-dessus, et on ramasse tes morceaux à la cuillère. Enlève-moi ça tout de suite. Si Cécilia te voit fouler le quai avec ça, elle t'allume direct et elle a raison.
— Ah mince... je pensais vraiment que c'était bon, bafouilla Raphaël, un peu déstabilisé par sa maladresse.
Il s'assit immédiatement sur le banc en bois au milieu de la pièce et commença à défaire les lacets impeccables de sa chaussure gauche. Romane, restée debout bras croisés, l'observait d'un air amusé.
Raphaël retira la première chaussure. Puis la seconde.
Romane resta figée un instant, les yeux écarquillés, avant de laisser éclater un rire franc et sonore qui résonna dans tout le vestiaire.
— Attends, me dis pas que... Mais tu es pieds nus là-dedans ?! s'exclama-t-elle en riant de bon cœur, secouant la tête face à l'absurdité de la scène.
Raphaël, gêné, sentit la chaleur lui monter violemment aux joues. Il regarda ses pieds nus posés sur le banc, parfaitement exposés à l'air frais de la pièce.
— Ben... mes chaussettes de sport étaient toutes au lavage ce matin, et mes chaussettes de ville étaient trop fines, alors je m'suis dit que pour casser des chaussures neuves, autant les mettre à nu... bafouilla-t-il pour essayer de se justifier.
— Mais t'es un malade ! répliqua Romane en rigolant toujours, reculant d'un pas pour observer la scène. Mettre des chaussures de sécurité neuves et rigides sans chaussettes ? Tu voulais te détruire les pieds dès le premier jour ou c'est un concept ? Attends que Cécilia voie ça, elle va péter un câble !
Romane continua de ricaner en secouant la tête, puis jeta un œil à l'horloge murale du vestiaire. Six heures trente-deux.
— Bon, blague à part, le nouveau... on a un vrai problème, dit-elle en reprenant un peu de sérieux. Il est six heures et demi, le stock des équipements de protection est fermé à clé au bureau central, et les délégués à la sécurité n'arrivent qu'à sept heures. Il y a personne sur le quai à cette heure-ci.
— Je ne peux pas simplement remettre mes chaussures pour ce matin ? tenta Raphaël, le visage encore brûlant de honte, esquissant un geste pour récupérer ses paires non conformes.
— Absolument pas, le coupa Romane en poussant la chaussure du bout de sa basket. Si tu te blesses ou si tu te fais écraser un orteil par un transpalette avant l'arrivée du chef, c'est la boîte qui est responsable. La seule personne présente qui a les clés du local de secours et l'habilitation pour valider une tenue ou vérifier si t'as pas déjà des plaies ou des ampoules à vif, c'est Cécilia.
Elle sortit son téléphone de la poche de son sweat ample et posta un message rapide.
— Je l'appelle. Bouge pas de ce banc et surtout, pose pas tes pieds nus sur le carrelage du vestiaire, c'est crade.
Moins de deux minutes plus tard, la porte du vestiaire s'ouvrit dans un claquement sec. Cécilia entra, les mains enfoncées dans les poches de son jogging gris, le regard vif.
— Qu'est-ce qui se passe, Romane ? T'as trouvé le gilet ou quoi ? On doit finir le contrôle de l'allée 4.
— On a un cas d'école, chef, répondit Romane en désignant Raphaël d'un mouvement de menton amusé. Regarde un peu ce que notre stagiaire modèle nous cachait sous ses jolies chaussures de ville.
Cécilia s'avança. Ses yeux sombres glissèrent le long des jambes de Raphaël pour se poser sur ses pieds nus, posés à plat sur la lattes en bois du banc. Elle s'arrêta net. Un silence de deux secondes s'installa, avant qu'un sourire lent, carnassier et terriblement moqueur ne se dessine sur son visage.
— Tu te fous de ma gueule ? lâcha-t-elle dans un souffle amusé en levant les yeux vers lui. T'es venu travailler sur un quai logistique... pieds nus dans des baskets en toile ?
— Mes... mes chaussettes étaient au lavage, bafouilla Raphaël, complètement déstabilisé par la présence de Cécilia qui venait de faire deux pas de plus vers lui.
— C'est pas une excuse, Raphaël, répliqua-t-elle d'une voix faussement sévère, mais dont l'étincelle dans les yeux trahissait un malin plaisir. En tant que cheffe d'équipe, je peux pas te laisser monter sur le quai comme ça. Avant même de chercher une paire de sécurité de secours dans l'armoire des urgences, je dois faire un contrôle de l'état de tes pieds. Si t'as déjà des frottements ou des ampoules à cause de tes pompes neuves sans chaussettes, t'es inapte pour la journée.
Elle s'approcha tout près du banc, attrapa la cheville droite de Raphaël d'une main ferme pour lever son pied à hauteur de ses yeux, sans lui laisser le temps de protester. Elle resta un instant accroupie devant lui, tenant la cheville de Raphaël d'une main ferme. Au départ, son regard était purement professionnel : elle inspectait le dessous du talon et la voûte plantaire, cherchant la moindre rougeur ou trace de frottement causée par le cuir brut de ses chaussures neuves.
— Bon, pour l'instant pas d'ampoule visible... murmura-t-elle machinalement, concentrée sur son examen.
Mais alors que la pulpe de son pouce frôlait la peau tiède sous son pied pour vérifier la pression, la réaction de Raphaël ne se fit pas attendre. Surpris par la fraîcheur de ses doigts et le contact direct, ses orteils se crispèrent brutalement avant de s'agiter en une petite secousse réflexe. Il tenta de reculer très légèrement la jambe, mais la prise de Cécilia sur sa cheville ne céda pas d'un millimètre.
Cécilia s'arrêta net. Elle leva lentement les yeux vers lui, haussant un sourcil avec une curiosité soudaine.
— Qu'est-ce que t'as ? lui demanda-t-elle, surprise par son mouvement de recul. Je t'ai fait mal ?
— Non, non... pas du tout, bafouilla Raphaël, la voix un peu trop aiguë, tentant désespérément de garder un visage impassible alors qu'une vague de chaleur lui montait aux joues. C'est juste... un réflexe.
Cécilia ne quitta pas son regard des yeux. L'expression stricte de la cheffe d'équipe commença à se fissurer pour laisser place à une lueur beaucoup plus joueuse. Elle jeta un coup d'œil amusé vers Romane, puis ramena toute son attention sur le pied nu qu'elle tenait toujours entre ses mains.
— Un réflexe, vraiment ? reprit-elle d'une voix plus douce, presque traînante, en faisant glisser très lentement son pouce sur le bord externe de sa voûte plantaire. T'es en train de me dire que le grand stagiaire est hyper douillet des pieds ?
Raphaël réprima un nouveau sursaut, serrant les poings sur le rebord du banc en bois pour ne pas laisser échapper le frisson qui venait de lui traverser toute la jambe.
— Je ne suis pas douillet, mentit-il en retenant son souffle, cherchant à soutenir son regard.
— On va vérifier ça tout de suite, chuchota Cécilia avec un petit sourire carnassier qui annonçait le début des ennuis pour lui.
