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- Le fantôme de l'Opéra
- Épisode 01
Histoire ajoutée le
02/09/2009
Épisode ajouté le
02/09/2009
Mise-à-jour le
03/07/2021
Le Fantôme de l’Opéra
L’Opéra de Paris est un immense bâtiment, s’élevant dans les hauteurs et creusant dans les bas-fonds de la terre.
Le haut est réservé aux décorateurs, à ceux qui montent le décor, aux danseuses, aux petits rats, au chœur, aux solistes, aux étoiles, aux ténors, aux ménagères, au bureau des directeurs et à beaucoup d’autres. On y entend à chaque instant de la journée des cris, vocalises, contre ut de soprani, résonnement de violons, hurlement d’un tuyau d’orgue, battements de pied contre le sol en bois, bruit des cordes de l’on tend et détend pour faire bouger le décor, chuchotement des ragots qu’on partage, rires, pleurs, bruit sourd de baiser, ensemble d’un stabat mater, du Vivaldi, et tellement d’autres bruits qu’une seconde là-bas vous semble être le déroulement de votre vie.
Le bas abrite les mécanistes, leurs machines, les ouvreurs de trappes, les victuailles, les bergeries, les écuries, les histoires les plus inquiétantes, les tueurs de rats, les flammes vacillantes des bougies. On y entend à chaque instant les roulements des machines qui s’activent, les frappements, les cognements, les grincements, les claquements de dents, les bruits de bouteilles qu’on entrechoque, et beaucoup d’autres.
Quand à l’étage du milieu, il accueillait ceux qui faisaient vivre tous les autres, les bourgeois, vicomtes, ducs, gens importants, médecins, chirurgiens, qui se rendaient par un escalier plus majestueux qu’un roi dans la grande salle de l’Opéra. Immense, le cœur du bâtiment lui-même, il pouvait accueillir une ville entière semblait-il, quoique tout Paris ni vint jamais d’un coup, et c’était beau, velours sur les sièges, plaques d’or, tout de richesse et de magnificence. On y trouvait des rires, des discussions importantes, des glougloutements de riches bourgeois faisant les paons, les gloussements de belles femmes se laissant séduire.
Pourtant, en cet instant présent, il régnait le silence le plus magistral que l’on eut jamais entendu, et il semblait que tout Paris était mort. Tous écoutaient, tous regardaient, tous jouissaient. Sur la grande scène, devant un décor fabuleux, enfuie dans une robe blanche qui la faisait sembler à un ange, la belle Christine Daé chantait. Quelle voix, quelle beauté, le plus bel Aria jamais chanté, Faust dans toute sa splendeur, Gounod en serait sorti de sa tombe.
Tous étaient pendus à ses lèvres, en particuliers deux personnes. Le vicomte de Chagny, jeune homme d’une vingtaine d’année, venait de voir en la soprane aux cheveux de bois et aux yeux de biches son amie d’enfance, perdue depuis longtemps, avec laquelle il courait les rues en quête de vieux contes français et suédois. Il sentait comme autrefois son cœur chavirer à la vue de cet ange, mais l’avait-elle reconnu ?
L’autre personne qui l’écoutait était bien plus basse que l’autre. En dessous des dessous de l’Opéra même. Là où personne ne va jamais, l’endroit dont personne ne connaît l’existence. Car il y a bien un lac sous l’Opéra de Paris, de l’eau tellement peu éclairée qu’on aurait dit une mare d’encre, et c’est au bord de celui-ci que notre homme écoutait, car une telle voix s’étendait dans tous l’Opéra, atteignant les anges et les démons. L’homme avait trempée sa main dans l’eau, mais c’était arrêté par la suite, apeuré que le bruit d’onde liquide se propageant ne le dérange. Il avait écouté l’Aria comme mort, et il ne se serait pas su présent lui-même. Lorsque la voix se tue, il se surprit à pleurer toutes les larmes de son corps. Il voulait cette voix, il voulait l’écouter à en mourir.
Dans la salle, un tonnerre d’applaudissement plus puissant que la foudre de Zeus s’éleva. Tous étaient debout. La jeune Christine se sentit mal, se demandant encore si c’était bien sa voix qui était sortie de sa gorge. On l’amena dans sa chambre où on la posa sur le lit pour qu’elle se repose. Elle ne se réveilla qu’une heure plus tard, la nuit étant alors bien avancée.
Elle sentit qu’on lui serrait la main. Elle tourna la tête et tomba sur le beau et jeune visage d’un homme. Il l’avait le regard innocence et l’harmonie des gens de son âge et était à genoux, à son chevet. Il lui sourit. Devant les yeux étonnés de la jeune femme, il lui dit d’une voix douce :
- Vous souvenez-vous de moi, Madame ? Je suis l’enfant qui est allé chercher votre écharpe dans la mer.
Christine sourit.
- Comment pourrais-je vous oublier, Raoul ?
Ils se sourirent ainsi un moment sans rien dire, leurs souvenirs ressurgissant parlaient à leur place.
- Je n’ai cessé un instant de penser à vous, Christine.
- Moi de même, mon ami.
La jeune femme se sentait à nouveau mal, que d’émotions, et se sentait partir à nouveau au pays des songes.
- Pardonnez-moi, mais j’oserai vous demander de vous retirer, je ressens le besoin de me reposer après cette soirée. Pourrais-je vous voir dès demain ?
- Excusez-moi, j’ai du vous épuisez, je me retire et vous verrai dès que vous le pourrez, encore félicitation pour votre prestation de ce soir, vous évoquiez un ange, et je ne suis pas le seul à avoir pensé cela.
En effet, Christine remarqua dans sa chambre un ensemble impressionnant de fleurs, boîtes en papier cadeau en tout genre, tous ces présents rien que pour elle.
- Désirez-vous que j’éteigne la lumière ?
- Oui, merci.
Le jeune vicomte souffla la bougie et se retira, le cœur léger.
La nuit plongea sur l’Opéra au moment où la belle Christine sombrait dans le sommeil. Elle ne se réveilla que bien plus tard, éveillée par un claquement. Elle resta assise et écouta attentivement autour d’elle. Il lui semblait entendre un souffle.
- Qui est là ? demanda-t-elle.
On ne lui répondit pas mais le souffle se fit plus saccadé, plus présent.
Inquiète, elle tendit la main pour allumer sa bougie, mais une voix l’arrêta :
- N’allume pas cette lumière et savoure la Musique de la Nuit.
Elle s’arrêta net. La voix avait chanté, un son si pur, masculin, grave et perçant et à fois.
- Un jour mon père, lorsque je priai sur son lit de mort, m’a dit que, une fois qu’il serait au ciel, il m’enverrait un ange, fit Christine, envoutée.
Et elle chanta, mêlant sa voix à l’atmosphère :
- Vous êtes l’Ange de la Musique, l’Ange de la musique qui chante dans ma tête.
- Je suis l’Ange de la musique qui chante dans ta tête, répondit l’autre un octave en dessous d’elle.
Qui était-il ? Comment était-ce possible de chanter à la fois avec une voix de basse si pur et une voix de ténor si belle ? Il laissa un silence, et il chanta de nouveau. Elle écouta, en silence, la Musique de la Nuit résonnait dans sa tête. Elle se sentit monter au paradis, sa gorge se faisait sèche, son cœur impur comparé à la voix sublime de l’autre.
Elle joignit les mains comme pour prier, sans bruit, lorsque la chanson se termina. Le silence se fit pesant. Elle sentit les larmes lui venir aux yeux et se mi à genoux sur son lit.
- Je vous en pris mon Ange, ne partez pas, ne me laissez pas seule, chantez, chantez pour moi jusqu’à ma mort !
La voix étouffa un sanglot quand l’autre le supplia. Ce n’était qu’une voix, qu’un Ange, il n’existait que dans sa tête.
- Je chanterais pour toi, mais tu dois me vers une promesse, flatteuse enfant.
- Tout ce que vous voudrez !
- Tu ne dois pas parler, aucun son ne doit perturber la Musique de lN nuit ! Si tu brise le silence, je m’enfuirai.
- Je ne dirais rien, jamais.
L’autre recommença alors à chanter, et la jeune femme crut mourir, envahie par tous les sentiments humains réunis dans la même voix. Les sons de l’Ange de la musique se rapprochèrent de Christine, caressèrent ses cheveux, sa peau et son âme.
La jeune fille sentit alors une caresse, aussi douce que le chant, le long de son pied. Surprise et sensible, elle frissonna. Quelque chose frottait son pied comme un bijoutier prenant soin de sa plus belle pièce. Qu’était-ce ? Une main ? Elle semblait plus soyeuse qu’un morceau de velours. Et elle continua de glisser, chaude, rendant la jeune femme plus sereine.
Soudain, alors qu’elle ne s’y attendait pas, un ongle fin caressa légèrement le creux de la plante. Elle dut à son envie irrésistible d’écouter le chant le courage dont elle fit preuve pour n’émettre aucun son.
Les caresses reprirent et l’autre les craignaient alors, elle avait peur du prochain frottement, peur de se trahir en émettant un rire, même faible. Son souffle s’accéléra, et les attouchements qu’elle redoutait commencèrent.
Un ongle téméraire s’aventura dans le creux de sa plante douce. Elle sursauta et se mit à trembler légèrement lorsqu’il zigzagua partout sur son pied. Elle serrait les dents. Quelle était donc cette torture que l’autre lui infligeait ? Quel en était le sens ? La jeune femme pensait que les tressaillements incontrôlables de son corps n’étaient que le prix à payer pour entendre cette voix divine.
Lorsque la main se mit à gratouiller sur la base de ses orteils, Christine plaqua sa main contre sa bouche. Ne pas faire de bruit, surtout. Mais c’était si dur, elle avait tellement envie de rire.
Lorsqu’un second doigt rejoint le premier sur la surface lisse de la jeune femme, sa main plongea en avant, comme pour arrêter l’homme. Mais elle décida finalement de ne pas le toucher, après tout, c’était idiot, ce n’était qu’un Ange et elle avait peur qu’il s’enfui à son contact. Elle se laissa donc tomber en arrière, agrippant entre ses doigts fins la couverture.
Un troisième doigt ! Non ! Pourquoi faisait-il ça ? Comment un Ange pouvait-il être si sensuel et si cruel ? Mais elle supporta les attouchements insupportables rien que pour l’entendre. Qu’il était dur de se faire maltraiter ainsi dans une telle ambiance de volupté.
C’était à présent tous les doigts qui parcourraient le pied sensible alors que l’Ange entamait un amen des plus beaux qu’il existât. Pourquoi choisissait-il ce chant ? Peut être penserait-il qu’elle craquerait bientôt. Mais il lui semblait pouvoir subir bien pire encore sans émettre un son rien que pour pouvoir écouter sa voix.
En effet, malgré tous les doigts qui chatouillaient la pauvre demoiselle sur son pied gauche, elle n’émit pas un son juste qu’à la fin du chant. L’Ange s’arrêta alors mais, très vite, brisant le silence, de nouveaux sons s’élevèrent. Les chatouilles reprirent alors, et Christine sentait une seconde main glisser sur son autre pied nu.
Elle étouffa un rire. Ce mélange de sensation la rendait folle. Elle pouvait tout faire pour l’arrêter, mais préférait mourir. Elle se maudissait d’être ensorcelée par une telle voix. Les mouvements s’accélérèrent et Christine compris à la fois qu’un diable fou s’était éprit d’elle pour qu’elle ne rie pas encore, et qu’elle craquerait dans peu de temps s’il continuait à ce rythme.
Elle sentit les mains monter sur le haut de ses pieds et gratouiller à présent ses petits orteils, se faufilant entre eux.
La jeune fille ne put alors se retenir et un rire franc enveloppa la pièce.
- Arrêtez ! Arrêtez !
Un silence profond emplit alors l’atmosphère, un silence lourd sur les épaules fragiles de Christine. Elle se sentit trembloter.
- A bientôt, je reviendrai te voir, fit l’Ange.
- Non ! Attendez !
Christine alluma sa bougie immédiatement, il n’y avait personne à son chevet, personne dans la pièce, personne nulle part, et elle fit un bond monumental en sursautant, surprise par son propre reflet dans le miroir.
Elle fourra ensuite sa tête dans l’oreiller et pleura jusqu’au petit matin son Ange de la Nuit qu’elle avait chassé.
En espérant que ça vous aie plus.
Le plus grand écrivain de tout l'univers
CH92 !!! Coquigirl powa!
