Histoire : L'archipel Saflots

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Auteur
Histoire
  • L'archipel Saflots


Histoire ajoutée le 21/04/2014
Épisode ajouté le 21/04/2014
Mise-à-jour le 03/07/2021

  • Kenshira Avatar
    Kenshira - il y a 12 ans

    Bon ben c'est pas mal du tout, tout ça ! On débarque dans un univers totalement inconnu, et on a la vision d'une île, où on débarque, puis du personnage qui semble avoir un passé pas génial.

    Orthographe et syntaxe, rien à redire, c'est le top. Et l'intrigue a du potentiel :D

    Juste une question : on a affaire à un monde marin, où il n'y a que des îles à proprement parler (qui rendrait l'importance des bateaux capitale) ou bien comme sur notre bon vieux continent ?


  • Blast Avatar
    Blast - il y a 12 ans
    Merci pour vos retours, ça fait très plaisir. Kenshira : Je serai tenté de te répondre, mais je préfère que tu apprennes ça toi-même par la suite, ça vaudra mieux. Satori : Oui hélas je vois bien que peu commentent les histoires, et personnellement je me fiche de tomber sur un commentaire pointilleux et cinglant, du moment que ça me permette de m'améliorer. Le domaine de l'écriture est dur et on y avance souvent en rampant.

  • Kenshira Avatar
    Kenshira - il y a 12 ans


    J'espère qu'elle vous plaira, mais ne soyez pas indulgeants, toute critique constructive même négative est bonne à prendre.

    satori

    Malheureusement, ça ... tout le monde ne l'entend pas de la même façon, et certains prennent mal les critiques négatives. Et pourtant c'est bien par ce biais là aussi qu'on peut s'améliorer.
    ¨Par contre tu verras que beaucoup vont lire ton histoire, mais bien peu vont prendre la peine de la commenter.
    "Blast"



    Et après, quand l'histoire s'arrête, souvent par démotivation (pas qu'on fasse une course aux commentaire, mais c'est sympa d'avoir une trace de passage), certains ont le culot de dire "pourquoi y a pas de suite ?" en mp. Bref.


    Continue, Blast, on attend la suite ;)


  • cootie Avatar
    cootie - il y a 12 ans
    Pour une première histoire, tu as mes félicitations et mes encouragements! La syntaxe est bien maîtrisée, les rares fautes d'orthographe ne gênent en rien la lecture ce qui est très bien. Bravo, j'attends la suite avec impatience ^^

  • Lilo Avatar
    Lilo - il y a 12 ans

    Oh la vache, ça faisait vraiment longtemps que je n'avais pas lu quelque chose d'aussi bon ! Ça fait vraiment plaisir de tomber sur une histoire comme celle-là !
    L'intrigue, l'ambiance, le cadre, les personnages, le rythme, le style... J'ai accroché dès les premières lignes :)
    On apprend juste ce qu'il faut sur le personnage principal pour avoir envie d'en savoir plus sur son passé... J'ai hâte de lire la suite :)

    Par contre... Seul petit point négatif, j'ai été presque déçue d'entendre parler de magie. Je ne sais pas encore ce que tu vas en faire, je serai peut être agréablement surprise, mais pour l'instant je trouve que ça ne colle pas très bien avec l'univers que tu nous présentes...
    Mais je n'en sais pas assez, j'attends de voir :)

    Bravo à toi, et bonne continuation ! :)


  • Blast Avatar
    Blast - il y a 12 ans
    Bonjour à toutes et à tous, Merci pour vos commentaires, c'est vraiment motivant ! En ce qui concerne les fautes d'orthographe, je suis vraiment navré, j'essaie toujours de mettre un point d'honneur à toutes les éradiquer, mais il en reste toujours hélas. En tous les cas voici le second chapitre, j'espère qu'il vous plaira tout autant, bonne lecture ! Chapitre 2 Nous passâmes le restant de la matinée à arpenter les rues animées et chaudes de la ville, nous arrêtant quand Perle souhaitait m'expliquer plus en détail la présence de tel monument ou l'importance de tel endroit. Elle me raconta ainsi l'histoire de Saflot depuis son commencement, des guerres d'indépendance qui la firent vibrer et saigner à la grande pacification des prêtrises, en quelques heures j'étais devenue incollable sur cette noble cité et ses habitants. Je compris entre autre pourquoi les étrangers étaient si rares ici, c'était simplement dû au fait que bien peu de personnes connaissaient seulement l'existence de cet archipel, et que ces derniers passaient bien souvent pour des fous. Le bateau que j'avais pris pour arriver ici faisait partie des rares navires marchands qui daignaient prendre la peine de faire un si long voyage pour échanger quelques babioles. Car la plus grande richesse de cet archipel ne résidait ni en ses gisements, ni en rien d'autre de matériel, mais bien dans la solidarité qui unissait chacun de ses habitants. Si, par malheur, un pauvre homme voyait sa maison détruite par un traître coup du sort, alors tous ses voisins se serraient les coudes afin de la lui reconstruire au plus vite. J'avoue qu'entendre Perle me citer quelques exemples, d'une voix chargée d'émotion, me fit frissonner. J'appris également que le culte dominant de cet archipel était celui d'Océonde, mais qu'on trouvait, disséminés un peu partout, quelques temples, d'Incarnate et de Tréfil majoritairement. Il y avait, paraît-il, la relique de la déesse des eaux, enfouie quelque part sur une des îles, mais j'avoue ne pas m'être intéressée tant que cela à ce qui touchait de près ou de loin à la religion, en tant qu'incroyante les dieux ne m'importaient nullement. Ce que je retins de cette matinée fut la bonté d'âme naturelle que je découvris chez mon amie, qui, malgré mes protestations, prit en charge toutes les dépenses me concernant. Je m'achetais, ou plutôt elle m'acheta des habits plus appropriés et diverses choses qui, d'après elle, me seraient indispensables sous peu. Et, lorsque nous eûmes fait le tour de la ville, Perle m'invita à manger dans une taverne, qui ne ressemblait pas beaucoup à celles que je connaissais. Lorsque je pus enfin m'asseoir sur ma chaise d'osier tressé, j'oubliais toutes les règles de décence et m'y affalait nonchalamment, les jambes en feu autant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Marcher ne me faisait pourtant pas peur, mais sous un tel soleil, je m'étais vite retrouvée à ahaner et à traîner la patte derrière Perle, plus qu'heureuse de jouer les guides. Ainsi, à chaque fontaine que nous croisions, car elles étaient pléthore dans la ville, j'y plongeais sans retenue la tête et les épaules, autant pour boire que pour me rafraîchir. Mais maintenant nous étions enfin assises, à l'ombre d'un grand palmier et je pouvais respirer. Pendant que Perle allait passer une commande, je me massais les pieds, qui avaient souffert et de la marche et de la chaleur. D'ailleurs, je commençais à avoir mal de partout, j'étais bonne pour un coup de soleil généralisé et une bonne mue. Alors que je frottais encore mes pauvres chevilles rudement menées, j'entendis Perle qui revenait, en déposant quelque chose sur la table, et je me redressais vivement pour me saisir du jus de Telko. Amusée, mon amie m'observa me servir puis vider trois verres d'affilée, après quoi, quand elle le put, elle se saisit à son tour de la carafe. – Tu as encore soif après tout ce que tu as bu dans les fontaines ? Je ne sais vraiment pas ou tu mets tout ça. Je n'avais pas besoin de lui répondre, je suais tellement que l'explication me paraissait évidente. – Ah, et pour ta peau, poursuivit-elle en sirotant sa boisson, je m'occuperais de toi ce soir, si tu veux. – Comment ça ? Tu es aussi soigneuse ? M'enquis-je en lui reprenant le pichet. Elle rit un peu, dodelinant doucement de la tête en fixant le ciel. – Soigneuse, soigneuse, c'est un grand mot. Disons que je ne souhaite pas finir mes jours dans un bureau, alors je travaille le matin à l'hôtel de ville, et j'étudie la médecine l'après-midi. Décidément, cette fille ne cessait de m'étonner. Quel courage de cumuler ces deux activités, cela devait être éreintant pour elle, sans parler qu'un demi salaire pour vivre... Mais comment pouvait elle se payer le luxe de couvrir mes dépenses ? – Tu m'impressionnes tu sais. – Oh ce n'est rien, répondit-elle, gênée. Je me donne les moyens de mes ambitions, voilà tout. – Et tu cherches une pauvre fille sans défense pour t'entraîner, c'est ça ? Nous éclatâmes de rire pour la énième fois depuis notre rencontre, et trinquâmes joyeusement. Mais quand Perle reposa son verre, la joie avait fait place à l'inquiétude sur son visage. – Un problème ? Demandais-je, surprise. – Je me demandais... Où tu allais bien pouvoir habiter... Mince, après tant de soucis évités, celui-ci me revenait en pleine face. C'est vrai ça, où allais-je bien pouvoir vivre ? A l'auberge ? Trop cher à la longue, puis ce n'était possible que pour du provisoire. M'acheter une maison ? Je n'en avais pas les moyens, déjà qu'on devait me payer mes vêtements et ma pitance... Et si... – Chez toi ? Proposais-je, soudainement enthousiaste. Perle papillonna des paupières, apparemment elle n'y avait pas pensé. – Chez... moi ? finit-elle par répéter, incrédule. – Pourquoi pas ? Quand je trouverais un travail, je ramènerais de l'argent, ça te permettra peut-être à terme de te consacrer toute entière à tes études ! L'idée sembla la charmer, au vu des étoiles que je vis apparaître dans ses grands yeux. Ma présence lui ouvrait des portes au final. – Et puis, continuais-je pour être sûre de la convaincre, on s'entend bien toi et moi, non ? Son joli sourire réapparut enfin, et je sus, avant qu'elle n'ouvre la bouche, que ce projet l'enchantait, et pas seulement pour les avantages qu'il offrait. – Oui... Oui c'est vrai... Je n'y aurais jamais pensé, très bien, c'est d'accord ! C'est vrai que je me sentais un peu seule. Mais on sera à l'étroit, j'aime autant te le dire. Je lui assurais que cela ne me dérangeait pas le moins du monde, après tout, je venais quand même de faire un voyage de deux mois avec pour seule pièce à vivre un espace à peine plus gros qu'un placard. Après quoi nos plats arrivèrent et, l'estomac vide, je ne me fis pas prier pour l'honorer. Nous bavardâmes de choses et d'autres, nous avions tellement à nous dire. Perle me raconta comment elle était arrivée à Saflots, et je fus stupéfaite d'apprendre qu'elle n'était là que depuis quatre ans, tellement elle me semblait intégrée à cette société. Son histoire à elle non plus n'était pas folichonne, fille de marins, elle avait été abandonnée dans un pays du Nord dont elle ne voulut pas me parler, y avait grandit et avait décidé un jour, tout comme moi, d'aller tenter sa chance ailleurs. C'était donc pour ça que nous nous étions si bien entendues, et qu'elle m'avait si bien comprise, nos passés étaient relativement similaires, composés des mêmes vides et des mêmes désillusions. – Oh ! S'exclama ma jeune amie en repoussant son assiette vidée. Au risque de jouer les rabat-joie, il faut que je te parle de ce qui se passe en ce moment. Ayant moi aussi terminé, je m'installais plus confortablement dans mon siège et ouvrait grande mes oreilles. J'étais prête à entendre n'importe quelle horreur, du moment qu'elle jugeait pertinent de me la présenter. – Bon, comme tu l'as vu, il fait bon vivre ici, et tu n'as rien à craindre des habitants. Néanmoins, depuis quelques temps, un danger plane au-dessus de nos têtes, rien n'est parfait vois-tu. Je m'asseyais un peu plus décemment, un danger disait-elle ? Depuis que j'étais arrivée, j'avais été aveuglée de bonheur, j'imaginais assez mal une fausse note dans toute cette harmonie. – Je vais essayer de faire bref. Sur Nacrechants, une île située au Nord de la nôtre, ainsi qu'au Nord de Saflot également, une organisation autre que notre royauté règne en maître. Cette organisation est en fait une assemblée de vils personnages, des brigands et voleurs en tous genre, ainsi que des pirates et des déserteurs. Seuls, ils n'étaient pas très dangereux, ni très agressifs d'ailleurs, car ils n'avaient rien à gagner à s'attaquer aux autres îles, trop bien gardées pour eux. Elle prit quelques gorgées de jus de Telko, s'humecta les lèvres et reprit : – Mais depuis qu'une compagnie a fait son apparition, rien ne va plus. Je m'explique. Un beau jour, un grand bateau de guerre a accosté au port de Nacrechants. A son bord, une bande d'aventuriers gavés de trésors et de magies, mais surtout, de noirs desseins. Malins, ils ont tout de suite appâtés les voleurs avec leurs richesses et les soudards avec leur expérience, et aujourd'hui, ils dirigent cette bande de vauriens à la baguette. Jusque là, rien d'extraordinaire me diras-tu, mais cette étrange compagnie est d'une excentricité telle qu'ils emploient leurs nouveaux larbins pour enlever des habitants de toutes les îles de l'archipel. Je sursautais, j'étais tellement plongée dans le récit de mon amie que cette révélation me frappa d'horreur, je me voyais déjà pieds et poings liés, au milieu d'une foule de vieux soldats et de bandits vicieux... – Et, lorsqu'ils capturent des innocents, car ils ravissent sans distinction, ces crapules chatouillent leurs victimes durant des jours, avant de les libérer... parfois. – Des chatouilles ? Répétais-je bêtement. Perle grimaça, m'observant d'un air mi-amusé mi-agacé, et je baissais les yeux, un peu honteuse. Après tout, si elle m'avait raconté tout cela aussi gravement, c'est que cette torture devait être efficace. – Oui, des chatouilles, répondit-elle d'un ton neutre. Ne voie pas l'aspect enfantin de la chose, cela peut vite devenir insupportable. Et puis pense aussi que les victimes sont retenues prisonnières, et qu'elles ne reviennent pas toutes... – D'accord, d'accord, je crois que j'ai compris. Perle retrouva son vrai sourire, et m'adressa un hochement de tête approbateur, comme elle savait si bien les faire. – Bien. Je voulais juste te mettre au courant, pour que tu restes sur tes gardes... Les brigands peuvent être partout. Si elle cherchait à m'effrayer, c'était réussi. Me voyant toujours aux mains de drilles balafrés et libidineux, je m'imaginais maintenant en train de gigoter en tous sens, tirant sur mes liens, alors qu'un nombre incalculable d'ongles grattait mes plantes de pied, mes aisselles, mes côtes, me faisant hurler et pleurer. Secouant la tête pour en chasser ces sombres visions, je remarquais l'air absent de mon amie, qui observait les hautes montagnes, plus au Nord. En même temps, une question évidente me vint à l'esprit : Pourquoi m'avait-elle raconté cela avec tant de solennité ? Serait-ce possible qu'elle eusse été... enlevée elle-même ? Cette perspective me fit de nouveau frissonner, pourtant cela paraissait logique, car elle semblait diablement bien renseignée sur la chose... – Bon ! S'écria mon amie en se levant. Ce n'est pas tout ça, mais toi et moi avons à faire. Je me levais à mon tour et acquiesçais, elle avait ses cours de médecine, et moi... Eh bien il fallait que je cherche un travail, et le plus rapidement serait le mieux. Perle et moi quittâmes la taverne après avoir payé, puis nous nous arrêtâmes dans la rue, immédiatement assaillies par les rayons impitoyables du soleil. – Est-ce que tu as une idée ? Me demanda soudain Perle en inclinant légèrement la tête sur le côté, m'observant attentivement. – Euh... Pas... Pas vraiment non, bafouillais-je en me frottant nerveusement les mains. J'ai exercés beaucoup de métiers, serveuse, livreuse, messagère, nettoyeuse... Mais pourquoi tu me regarde comme ça ? – Parce que j'ai quelque chose à te proposer. Grâce aux indications nettes et précises de Perle, je trouvais le temple sans m'être perdue plus de deux fois, ce qui, avec mon sens de l'orientation surdéveloppé, était un exploit en soi. Si, moi athée confirmée, foulait actuellement le sentier de ce sanctuaire, c'était pour espérer y trouver un travail et uniquement pour cela. D'après mon amie, j'y rencontrerais une prêtresse d'Incarnate qui m'aiderait dans mes recherches, comme elle l'avait aidée elle auparavant. Et si elle avait oublié, je devais lui rappeler qu'elle avait une dette envers Perle, mais j'espérais ne pas avoir à en arriver là. A mesure que je m'approchais de l'entrée du temple, un sentiment de malaise grandissait en moi, déjà que j'avais la boule au ventre au départ... Je n'avais jamais été spécialement à mon aise dans les lieux saints, allez savoir pourquoi, je faisais toujours tout mon possible pour ne pas y aller. Qui sait, j'étais peut-être une demi-démone... Cette simple pensée m'amusa et me fit oublier pour un temps ma gêne, mais réussit assez à me distraire pour que je percute de plein fouet quelqu'un qui sortait du temple. Reculant de quelques pas, je m'aperçus qu'il s'agissait d'un jeune homme à la peau bronzée et aux cheveux noirs comme la nuit, pas plus costaud que moi, et nous restâmes tous deux interdits quelques secondes, moi l'observant et lui se massant le nez. – Je suis désolée, finis-je par dire après un bête instant de flottement. Je vous ai fait mal ? J'espérais ne rien lui avoir cassé au moins, c'est qu'il était beau ce garçon, très beau même, cela aurait été dommage d'abîmer ce joli visage... – Je suis plus solide que j'en ai l'air, plaisanta-t-il, et puis, si vous m'aviez cassé quelque chose, c'aurait pas été spécialement grave... Je ne saisissais pas, mais alors pas du tout, c'était censé être drôle, ou intelligent, ou logique ? Mince alors, vu l'expression perplexe de ses sourcils, je dus avoir l'air d'une crétine. – Eh ben l'amie, on est pas au temple d'Incarnate pour rien ! – Oh, euh oui désolée, je n'avais pas compris... – J'ai vu ça, lança-t-il en continuant à me dévisager. Incroyante, hein ? Je souris, comprenant que je ne devais pas avoir l'air si bête que ça au final, et il me rendit mon sourire. – Moi c'est Cany, et toi ? – Crystal, répondis-je en serrant la main qu'il me tendait, contact qui me fit tout drôle. Jetant un coup d'oeil par dessus son épaule, Cany chuchota, une main devant la bouche comme si on risquait de l'entendre : – Qu'est-ce que tu viens faire dans un temple si t'es incroyante ? – Je cherche du travail. J'avais répondu sur le même ton de confidence sans vraiment savoir pourquoi, ce drôle de personnage avait du charisme. – Ah, je vois. Mais un conseil... Fais gaffe à la prêtresse... l'est bizarre... – Comment ça bizarre ? – Du genre... Tactile... Tu comprendras pourquoi... Si tu te sens gênée, pense que moi aussi je suis passé par là... ça t'aidera... Sur ce, il me tapota amicalement l'épaule, et repartit à grandes foulées dans l'allée du temple, me laissant toute penaude. Quel étrange personnage, vraiment, ce n'était pourtant qu'un inconnu avec lequel je m'étais entretenu une minute, mais nous nous étions présentés l'un à l'autre, et par conséquent, je voulais en savoir plus sur lui. Cela faisait tellement longtemps que je n'avais pas fréquenté un homme, celui-ci m'avait fait une impression forte, j'avais les mains légèrement moites et la chair de poule. – Jeune fille ? Mon coeur dut faire un triple salto arrière dans ma poitrine, et je dus me mordre la langue jusqu'au sang pour ne pas hurler. Cessant de fixer Cany, qui n'était plus qu'une ombre parmi les plantes luxuriantes, je me retournais vivement pour savoir à qui je devais ce presque arrêt cardiaque. Plus loin dans le temple, debout devant l'autel, se tenait une femme, un peu plus âgée que moi bien que de peu, qui semblait m'attendre, les mains croisées devant elle. Perle m'avait prévenue que celle que je cherchais nous ressemblais, et c'était bien vrai, les cheveux d'or et la peau laiteuse, ce devait être là la prêtresse. Elle portait, au-dessus d'un pagne et d'un soutien-gorge de lin, une cape transparente, extrêmement fine, à tel point que je la distinguais à peine de là où je me trouvais. A ses poignets et chevilles étaient également attachés des rubans blancs, mais ce n'était pas là ce qui attirait le plus l'oeil. En effet, elle arborait, cachant complètement ses yeux, un bandeau gris, passant sous ses cheveux. Etait-elle aveugle ? Ce n'était pas la première fois que j'en voyais, là n'était pas la question. Mais en tant que prêtresse d'Incarnate, comme l'avait si bien dit le mystérieux Cany, pourquoi ne se soignait-elle pas ? Etrange, mais pour le moment, elle m'attendait, et je ne la fis pas languir plus longtemps. Traversant les quelques mètres qui nous séparaient, je m'arrêtais devant cette singulière prêtresse, qui, je devais l'avouer, me troublais profondément. Comme elle gardait le silence, je crus qu'elle ne m'avait pas entendue arriver, et je m'apprêtais donc à engager la conversation, mais elle fut plus rapide que moi : –Tu cherches un travail jeune fille, c'est bien cela ? J'en restais bouche bée ; Comment l'avait-elle deviné ? Cela faisait-il partie des pouvoirs alloués par la déesse Incarnate ? Pour ce que j'en savais... – Ne va pas te faire d'idée, reprit la prêtresse après quelques instants, je vous ai simplement entendu parler toi et ce jeune homme. Qu'il me trouve bizarre me chagrine. Je rougis et baissais les yeux, honteuse et embarrassée qu'elle ait surpris ma conversation avec Cany, si par malheur cela compromettait mes chances... – Sois plus sage que ce jeune chien fou, Crystal, comprend que j'ai besoin de connaître certaines choses que mes yeux ne peuvent me dire. J'avais presque les larmes aux yeux, je me sentais retomber en enfance, comme si j'étais devant une nourrice mécontente de moi. J'allais pour m'excuser mais à nouveau la prêtresse me devança : – Mais oublions, tu n'es pas là pour ça après tout. Qui te fait croire que j'ai un travail à te confier ? – Perle Royal, répondis-je sans hésiter, mais sans trop en faire non plus, je me sentais toujours coupable. – Perle ? Ah... Très bien. Tu dois être très proche d'elle pour qu'elle use sa dette pour toi... Pourtant elle ne m'a jamais parlé d'une amie nommée Crystal... La coïncidence est trop belle, je m'en souviendrais. Cette femme ne se rendit pas compte du plaisir qu'elle me fit en me dévoilant ceci, Perle m'appréciais donc à ce point, quelle honneur, et surtout quel changement, pour moi qui n'avais jamais connu autre chose que la solitude. Après un moment pendant lequel moi et mon interlocutrice étions toutes deux plongées dans nos rêveries, cette dernière reprit la parole, de sa voix si profonde que je n'osais même pas envisager de l'interrompre : – Fort bien Crystal. Tu veux donc travailler, c'est entendu. J'ai plusieurs postes à pourvoir, mais j'aimerais autant que tu occupes celui où tu seras la plus productive. Dis-moi un peu quel serait le métier idéal que tu voudrais exercer. Je pris quelques instants pour réfléchir, cela devenait sérieux dorénavant, je devais mettre en avant mes qualités et signaler mes défauts afin de prouver dans quel domaine je pouvais exceller. – Mmmh... Je suis plutôt quelqu'un de physique, mais sans exagération. Je n'aime pas les tâches répétitives ne demandant aucun effort mental. En bref j'ai besoin de me dépenser sur tous les fronts, et si possible seule. S'en suivit un long silence, je voyais la prêtresse réfléchir, et mon coeur se mit à battre plus fort. Finalement, après deux atroces minutes, elle sortit de ses réflexions et annonça : – Que dirais-tu... de devenir la chasseresse du temple ? Je réfléchis rapidement à mon tour, ce me semblait être un bon travail, à ma portée et répondant à mes attentes. En revanche, je ne l'avais jamais exercé et les dieux seuls savaient si j'étais bonne chasseuse. Mais, de peur de me retrouver avec une proposition moins intéressante, comme copiste ou nettoyeuse par exemple, j'acceptais la proposition. – Parfait, c'est que, depuis le départ de notre ancien chasseur, le temple a un peu de mal à tourner... Je compte donc sur toi pour nous approvisionner en viande, fruits, herbes, etc... – Ouah, c'est chasseur... dans le sens large du terme, fis-je remarquer en observant la petite jungle qui jouxtait le temple. Cela fit sourire la prêtresse, qui tourna également la tête vers la jungle, ce qui me fit croire un instant qu'elle voyait en réalité, avant de comprendre qu'elle ne faisait que situer ma voix. – Certes, certes, me concéda-t-elle, mais n'aie crainte, je t'enseignerais les bases de la botanique, et tout ce qu'il te faudra savoir. Quand compte-tu commencer ? Je n'hésitais pas une seconde et lui répondis que tout de suite, si elle le souhaitais, mais elle sourit et secoua doucement la tête. – Quelle impétuosité jeune fille, je pense effectivement que tu pourrais être la femme dont on a besoin. Mais tu commenceras demain matin, tu m'as l'air assez fatiguée pour aujourd'hui. Fatiguée ? Je l'étais, c'était indéniable, j'étais même épuisée, mais je ne pensais pas que cela s'entendait à ce point. Au fond bien contente, je promis à ma nouvelle maîtresse d'être à l'heure au rendez-vous et de rester assidue. Elle se contenta de hocher la tête comme si elle écoutait le babillage d'un enfant. – Le temps parle plus que les mots Crystal, crois-moi. Maintenant va donc te reposer, je te veux en pleine forme demain à l'aube. Je la saluais à mon tour, respectueusement mais sans obséquiosité non plus. Finalement, je commençais à l'apprécier, cette drôle de prêtresse, bien qu'elle me troublait toujours. Arrivée au seuil du temple, là où elle m'avait apostrophée, je m'arrêtais, et jetais un dernier coup d'oeil à la jungle miniature, et au temple qui allaient devenir mon lieu de travail pour une durée indéterminée. Rehaussant mon sac-à-dos, je m'apprêtais à quitter l'endroit quand la prêtresse m'interpella encore une fois : – Oh, au fait, ce travail, c'était celui que convoitait Cany !

  • Kenshira Avatar
    Kenshira - il y a 12 ans

    Donc deux personnages de plus... je dois dire que la derniere replique m'a bien fait ricaner :lol:

    Allons donc, ce sont de mechants etrangers etranges qui enlevent et chatouillent les jeunes filles... je serais bien curieux de savoir ce qu'il advient de celles qui survivent (par pitie, me dit pas qu'elles sont mortes de rire, beaucoup trop facile).

    En outre, la religion aurait un rapport avec la magie ? Dieux/deesses semblent a premiere vue rapportes aux elements... je suis assez curieux de voir quel systeme tu vas utiliser, et si tu vas arriver a bien glisser ca dans la fiction, vu que j'avais la meme opinion que Lilo de prime abord.

    Apres, y a encore beaucoup de choses qu'on ne comprend pas, le monde en premier... les noms, la geographie exacte, les systemes de la compagnie... bref, j'ai hate de lire la suite, continue comme ca, Blast ;)


  • SerialTickler Avatar
    SerialTickler - il y a 12 ans

    Ah la mise en bouche est réussie on attend de savoir quels sont les liens qu'à Perle avec les chatouilles :) Quand tu veux pour la suite :lol:


  • Chinow Avatar
    Chinow - il y a 12 ans
    Pour le moment, j'aime beaucoup. Je ne peux pas trop m'avancer, car nous n'en sommes qu'au début, mais à première vue, ton univers me plaît beaucoup. On le sent très construit et cohérent, et c'est un plaisir de le découvrir au fil du texte. Même chose pour tes personnages, que l'on découvre encore petit à petit. Chaque découverte sur eux ne fait qu'attiser ma curiosité à leur égard. Que ce soit au niveau de la syntaxe ou de l'orthographe, je n'ai rien à redire, vraiment. Et même pour ton style d'écriture en général, qui me plaît même si je suis très rarement fan des récits à la première personne. Que dire de plus ? Je lirai la suite avec plaisir, c'est une certitude !

  • Blast Avatar
    Blast - il y a 12 ans
    Merci pour vos commentaires. Par contre je tiens à m'excuser d'avance concernant le rythme de sortie des chapitres qui va sensiblement diminuer. J'essaierai de faire au mieux. Kenshira : Comment ça, des jeunes filles ? Je n'ai jamais écrit ça. En attendant voici le troisième chapitre, j'espère qu'il vous plaira ! Chapitre 3 Après que la prêtresse m'eut congédiée, je me mis à flâner dans les rues de la ville, le corps si fourbu que j'avais l'impression d'évoluer au ralenti, mais l'esprit trop surexcité pour espérer trouver une quelconque forme de repos. Je repassais donc dans les rues que m'avait fait visiter Perle, tentant de mémoriser l'emplacement de tavernes, d'échoppes ou de bâtiments importants. Je ne devais pas avoir fière allure, les yeux gonflés et tirant la patte, j'avais du mal à me tenir droite et mon sac à dos pourtant seulement rempli de vêtements et de babioles me semblait peser un âne mort. A de nombreuses reprises l'on vint s'enquérir de ma santé, mais il me suffisait de me plonger le haut du corps dans une fontaine pour me faire tenir encore un peu. Les muscles de mes jambes, aussi durs que de la pierre, m'assaillaient de crampes douloureuses, sans parler de mes pieds dont la plante me brûlait atrocement. En passant devant une caserne, je réussis même à bousculer une lancière qui dut me rattraper avant que je ne tombe. J'étais en bref au bout de mes forces, mais mon esprit suralimenté de bonheur me faisait voyager loin, me laissant entrevoir une multitude d'avenirs plus beaux les uns que les autres. Je m'imaginais devenir une grande chasseresse, mêlant force, agilité et magie pour assurer prospérité au temple dont j'avais en quelque sorte la charge. Je me voyais aussi devenir une aventurière de renom, explorant les jungles et gravissant les monts et pics de l'archipel, épée ceinte et cape au vent. Mais dans tous mes avenirs, Perle était invariablement à mes côtés, compagne d'armes ou d'infortune, me soignant quand j'étais blessée ou me réconfortant quand le désespoir me gagnait. Etrangement, bien qu'elle était pour moi la personne la plus importante, je ressentais un vide. Un vide émotionnel, je sentais qu'il manquait dans mon entourage une présence, masculine à juger la nature de cet absence. Ma rencontre avec Cany n'avait point été anodine, bien au contraire, elle avait réveillée en moi ma féminité, que j'avais bien souvent refoulée pour laisser place à mon sens de la débrouillardise. Mais maintenant que j'étais enfin en sécurité, et que j'avais devant moi, tout du moins je l'espérais, une situation stable et un avenir proche sans trop de surprises, mon amour-propre reprenait la place qu'il aurait toujours dû occuper, raffermissant ma confiance en moi, pointant les causes de mes soupirs, insignifiant pour le moment mais qui finirait par me ronger tôt ou tard. Manquant de renverser un garçonnet, je compris que je ne tiendrais plus très longtemps, l'astre du jour tapait fort et mes coups de soleil m'élançaient sans discontinuer. M'excusant auprès de l'enfant, je repartis en direction de la maison de Perle, qui était à présent aussi la mienne, me retenant de gémir tellement mon pauvre corps se trouvait malmené. Je n'y étais entrée que brièvement, avant de me rendre au temple, histoire de savoir où se trouvait ma nouvelle demeure, et j'avais trouvé l'endroit charmant. Une petite maison de pierre sans prétention, au milieu de beaucoup d'autres. Perle m'avais mise en garde sur sa faible surface, et je devais bien avouer qu'elle était petite, nous allions nous sentir à l'étroit toutes les deux, heureusement qu'il y avait deux chambres... Mais, pour le moment, l'espace était bien le cadet de mes soucis, épuisée que j'étais, je n'aspirais qu'à dormir au frais. Après avoir maladroitement tourné la clef dans le verrou, je pénétrais rapidement dans la maisonnette et claquait la porte sans ménagement. Je lâchais un soupir de soulagement qui se mua bien vite en un gémissement, il faisait tellement bon ! Traînant mon sac derrière moi, serrant les dents à chaque fois que je posais le pied par terre, je ralliais ma chambre, et, sans même avoir testé le lit, m'y affalais de tout mon long, m'endormant avant même que ma tête n'aie touchée l'oreiller. Je fis une foule de rêves, tous plus loufoques les uns que les autres, des rêves en somme. Dans l'un d'entre eux, je chassais dans la petite jungle près du temple, arc bandé et flèche encochée, prête à abattre le premier gibier qui me tomberait sous la main. Tout à coup Cany apparaissait, et je me mettais à lui courir après, penchée en avant dans une posture digne de mon rôle. Dans un autre, je me baladais seule au crépuscule sur l'allée du temple, quand tout à coup une horde de brigands sortait des fourrés, des cordes dans les mains, hurlant qu'il fallait m'attraper. Je tentais de fuir, mais me faisait rapidement encercler, mais alors le vent se levait subitement et une force invisible se mettait à balayer un à un les mécréants. Ce rêve-ci se finissait alors que je voyais la prêtresse au bandeau s'approcher mains tendues, un sourire bienveillant aux lèvres. Le reste de mes songes ne fut qu'un imbroglio impressionnant de couleurs, de sons, de visages et de sensations, d'émotions vives et de perspectives vertigineuses, qui me firent vaciller entre rêve et cauchemar. Puis tout ce maelström quitta enfin ma tête, et je tombais dans un sommeil de mort. Je sortis de mon sommeil de plomb comme on émerge d'une cuve de mélasse, des bribes et des filaments incohérents de songes s'accrochaient à moi et m'éblouissaient, alors que le sommeil me rappelait à lui, m'attirant de ses tentacules anémiants. Pourtant derrière cette pellicule onirique j'entendais la voix qui m'avais tirée de mon repos, je l'entendais m'appeler avec douceur, presque murmurante. Puis mes autres sens daignèrent enfin reprendre du service, et je sentis, contre ma joue, quelque chose de frais, d'agréable, qui caressait lentement ma peau. J'ouvris les yeux, et reconnut, après que tous les plans se soient superposés, le petit minois de Perle, penchée sur moi, m'observant avec amour, un petit sourire amusé aux lèvres. – Ah, tu te réveilles enfin, me dit-elle en ôtant sa main de ma joue. Ca fait tout de même dix minutes que j'essaie de te réveiller, tu as le sommeil lourd dis-moi. J'étais surtout exténuée, mes membres refusaient presque de m'obéir, et rien que respirer me demandait un effort colossal. J'étais pourtant assez lucide, mon esprit, apaisé par le sommeil, fonctionnait ma foi plutôt bien, à l'inverse de mon corps dont j'avais de loin dépassé les limites. – Je ne sais pas quand tu es rentrée, mais il est l'heure du souper, et si tu ne manges pas, je n'imagine même pas dans quel état je te retrouverais demain matin. Ca c'était bien vrai, j'avais une faim de loup, mais j'étais tellement faible que rien que d'envisager le fait de manger me fatiguait. Et pourtant, aux dires de mon amie, j'avais dormi près de quatre heures, j'avais vraiment poussé mon corps dans ses derniers retranchements. Refermant et rouvrant lentement les yeux, je fis comprendre à Perle que je n'avais ni la force ni le courage de me lever, et, en bonne soigneuse qu'elle était, elle me comprit, et me pointa du doigt quelque chose à sa droite. Je fis donc l'effort de regarder, et découvrit, sur un plateau de bois, des fruits, de la viande et une carafe de jus de Telko. Immédiatement le fumet de ces mets me monta à la tête, et je réussis, après moult tentatives, à me redresser un peu. – Tu sais que tu as de la chance d'avoir une soigneuse qui s'occupe de toi ? Me dit Perle en me tendant le bol de légumes. – Je sais, répondis-je faiblement, la bouche pâteuse, mais tu n'es pas obligée de jouer les gardes-malade... Cela la fit sourire encore plus, et elle rétorqua, prenant elle aussi un bol : – Je serai bien sotte de ne pas saisir une occasion de m'occuper réellement d'une malade, et me sentirai surtout coupable de te laisser dans un tel état, alors que je sais précisément comment te remettre sur pieds. – C'est gentil, fis-je en tentant vainement de soulever la carafe. – C'est surtout normal, répondit-elle d'un ton un peu sec, en me servant un grand verre. Puis, avec douceur : Quelle garce serais-je si je laissais une amie s'étioler dans ma propre maison ? Je ne trouvais rien à redire, tout simplement parce qu'il n'y avait rien à redire, c'était une marque d'amitié, et j'aurais été toute aussi sotte de ne pas la saisir, au risque de blesser mon amie. Nous mangeâmes en silence notre entrée, puis Perle relança la conversation, après m'avoir coupé ma viande : – Et au fait, tu ne m'as même pas dit comment s'était passée tes recherches cet après-midi. Tu as trouvé un travail au temple ? – Oui, comme chasseresse. D'ailleurs je commence... demain matin... Le dépit et la peur s'allièrent pour me serrer les tripes, mais comment allais-je faire pour être fraîche et dispose ? Vu l'état larvaire dans lequel je me trouvais actuellement, je doutais qu'une nuit de repos suffise à me remettre d'aplomb. – Je t'ai promis que je te remettrais sur pieds, m'assura Perle, et, foi de Perle, tu seras prête à escalader le mont Agnos demain à l'aube ! L'expression me fit sourire, pourtant, en mon fort intérieur, j'avais peine à croire cela. Si déjà j'arrivais à me lever de ma couche demain midi, ce serait un exploit. – Mais excuse-moi, j'en oublie le plus important. Félicitations, je suis sûre que tu seras une excellente chasseuse. Elle avala un morceau de viande, puis se mit à m'observer avec circonspection. – Quoi ? Demandais-je, cherchant ce que j'avais bien pu oublier. – Comment as-tu trouvé... la prêtresse ? Ce ton de conspiratrice me laissa interdite quelques instants, c'était une question piège ? Certes Perle ne m'avais jamais parlé de cette femme comme d'une amie, elle ne m'avait d'ailleurs même pas révélé son nom ou quoi que ce soit d'autre, alors pourquoi cette question ? – Troublante, avouais-je, préférant être honnête avec mon amie. Oui, c'est le mot, troublante. Perle hocha la tête d'un air songeur, les yeux dans le vague. Apparemment elle pensait comme moi. – C'est vrai... Moi aussi, les premiers temps, je l'ai trouvée bizarre, puis étrange, et enfin, juste mystérieuse, et ça n'a pas changé. Sois persuadée d'une chose : Elle ne te fera jamais aucun mal. Je souris, je ne voyais pas trop comment elle aurait pu, du moins pas physiquement en tous cas. – Tu ferais mieux de penser autrement Crystal, ou tu finiras par avoir des surprises. Le ton sec et péremptoire de mon amie me médusa. Jamais elle ne m'avais parlé de la sorte, et son regard, à la fois courroucé et déçu, me fit baisser les yeux, honteuse. Décidément, elle me dépassait sans conteste en sagesse. Après quelques secondes de silence fort embarrassant, elle finit par venir poser sa main sur la mienne, ce qui me rassura. – Pardon, je ne voulais pas être aussi dure. – Non, c'est de ma faute, dis-je en me mordillant la lèvre. – Oublions, je devrais être un peu plus agréable avec toi, après tout, tu es souffrante. Nous finîmes ainsi le repas en bavardant, elle me raconta son après-midi, et inversement, et elle ne se gêna pas pour me taquiner sur ma rencontre avec Cany. Après quoi, un sourire espiègle aux lèvres, elle quitta la chambrette, puis je l’entendis s’affairer dans la pièce de vie. Elle y resta un bon quart d’heure, me bombardant de questions et m’obligeant à répondre aux siennes, sûrement pour m’empêcher de me rendormir, ce qui fonctionna à moitié. Elle revint donc, un bol fumant entre les mains, me souriant toujours avec malice, ce qui ne me disait rien qui vaille. Je ne la connaissais que depuis peu, mais si il y avait une chose dont j’étais certaine, c’était que sous ses airs débonnaires et charitables, Perle était une jeune femme fort taquine. Comme on dit ma belle, aux grands maux, les grands remèdes ! Et elle déposa le récipient entre mes mains, pouffant de rire. A l’odeur forte qui s’échappait du breuvage, je n’avais aucune envie de faire chorus, j’avais bien reconnu là du lait de poule... Est-ce que c’était vraiment un remède à prescrire ? Lui apprenait-on cela à l’école de médecine ? Je devais avoir l’air bien expressive, car du ricanement Perle passa aux éclats de rire. – Si tu voyais ta tête ! Puis, s'étant un peu calmée : Allez, ne fais pas la difficile et avale ça vite avant que ça ne refroidisse. Et d'un coup, rajouta-t-elle alors que je portais le bol à mes lèvres. Je commençais à boire après avoir pris une longue inspiration, et ce fut un miracle que mon estomac daignasse accepter cette horrible mixture. La gorge et le ventre en feu, je m'empressais de rendre le bol vide à Perle, pour ne plus avoir à sentir cette odeur qui menaçait de me faire tourner de l'oeil. Celle-ci approuva du chef, se leva, et disparut à nouveau dans la pièce de vie. Après quelques minutes, je l'entendis passer dans sa chambre, puis elle revint, un autre bol entre les mains. – Ah non ! m'indignais-je, encore assez lucide malgré le lait de poule qui commençait à oeuvrer. Perle éclata de rire, et je l'imitais, prenant conscience que personne ne m'avait jamais autant choyée. Elle s'assit au bas du lit, déposa le récipient sur ses genoux, et commença à mélanger le liquide qui s'y trouvait à l'aide d'une petite spatule de bois. – C'est un baume régénérant, m'expliqua-t-elle d'une voix posée, avec ça, tu retrouveras ta peau de bébé demain, je te le garantis. Décidément, j'étais la plus fortunée des femmes, on me nourrissait, on me logeait, et maintenant, on me soignait jusque dans les moindres détails ! Cela commençait à me gêner un peu, car pour le moment je n'avais eu aucune occasion de rendre la pareille à cet ange, qui sacrifiait tout son temps libre pour quelqu'un qu'elle connaissait depuis seulement le matin même. Pourtant, à observer son doux visage, je ne décelais que du contentement, et de la concentration, maintenant qu'elle mettait en application ce qu'on lui apprenait en médecine. Ayant apparemment terminé, Perle plongea la main dans le cataplasme et, avec toute la délicatesse qui la caractérisait, commença à en appliquer sur les zones de mon corps les plus meurtries par le soleil, à savoir mes bras, mes épaules, mes mains, et surtout mes plantes de pied. Elle oeuvrait sans rien dire, toute entière à ce qu'elle faisait, prenant garde à ne jamais me faire le moindre mal, ce qu'elle réussit ma foi avec brio. Quand elle eut fini, elle me fit me retourner, et me badigeonna le dos avec le reste de l'onguent, tout en appuyant par ci par là sur quelques points stratégiques, ce qui détendit mes muscles et me rouvrit les portes du sommeil. Les paupières lourdes, les idées vaporeuses, j'articulais quelques remerciements à mon amie, qui rit doucement, me caressant les cheveux avec affection, geste qui acheva de me faire sentir en sécurité. Je lâchais donc prise et m'abandonnais au sommeil, sentant, avant de sombrer totalement, les lèvres de Perle embrasser ma joue. Le lendemain matin, je me réveillais requinquée comme je ne l'avais jamais été, et bien avant le soleil s'il vous plaît. Mon estomac, la veille tout retourné après avoir été forcé d'accueillir la potion de Perle, poussait des cris déchirants, sûrement cause de mon réveil. A peine avais-je ouvert les yeux que mes idées s'étaient déjà mises en place, m'entraînant immédiatement dans une dynamique de sérieux et de motivation que je n'avais pas connue depuis belle lurette. Je me levais donc et m'autorisais un déjeuner plus que copieux, réussissant finalement à calmer ma faim. Après quoi j'allais me laver, puis prenais quelques instants pour soigner mon apparence. Sans être une fadette, je n'avais jamais vraiment prêté attention à mon corps, mais aujourd'hui était un jour spécial, je me devais d'avoir l'air présentable, tout du moins avant d'aller me salir dans la jungle. Glissant une mèche rebelle derrière mon oreille, je ne pus m'empêcher de sourire, en pensant à la prêtresse, pour qui tous mes artifices seraient inutiles. Une minuscule part de moi-même espérait vainement croiser Cany sur la route. Lorsque finalement, l'anxiété me mordant sauvagement les tripes, je m'apprêtais à partir, je me rappelais à qui je devais ce soudain rétablissement. Je pénétrais donc dans la petite chambrette de ma logeuse, que je trouvais endormie, et, avec le souvenir du doux baiser de la veille, lui en déposait un sur la joue, le plus délicatement possible. Avec joie je vis ses lèvres s'étirer en un sourire angélique, et cette vision réussit à me faire oublier, pour un temps, mon stress. Cela fait, la conscience plus tranquille et le coeur plus léger, je sortis et pris le chemin du temple. C'était l'aurore, et, sans le soleil pour irradier de lumière la ville, tout semblait différent. Les bâtisses, d'ordinaire brillantes sous les rayons de l'astre du jour, étaient grises et ternes, semblant dormir à l'instar des habitants de l'île. Peu de monde circulait dans les rues à cette heure, on n'y voyait principalement que des miliciens, des artisans et peut-être quelques badauds bien matinaux. Seule se faisait entendre la mer, frappant paisiblement la plage de ses vagues turquoises. J'avais enfilé mes sandales, mais les ôtais aussitôt, trop heureuse de pouvoir profiter de la fraîcheur du sable sous mes pieds, dont la plante avait presque entièrement guéri, tout comme mon dos, mes épaule et mes bras. Une délicieuse brise marine, fraîche et un rien humide d'embruns, me caressais le visage et faisait se soulever mollement mes cheveux d'or, m'accompagnant jusqu'à ce que je m'éloigne trop des rivages. Mon amour pour ces lieux ne cessait de croître, et je me disais que, si j'avais la chance d'assister à un tel spectacle chaque matin, je serais la femme la plus heureuse du monde. Néanmoins, aussi magique que fusse cette atmosphère, je sentis son aura se dissiper à mesure que j'approchais du temple et de la jungle, lieux où j'allais devoir faire mes preuves, et où se déciderait peut-être le meilleur de mes avenirs. Quand je posais le pied sur la première marche du temple, une bouffée d'angoisse me saisit et, l'espace d'un instant, la panique me submergea. Contrôlant ma respiration, je jetais un coup d'oeil en arrière, cherchant à discerner, par delà le mur végétal, le coeur de la ville. Bien sûr je ne vis rien, que le soleil dont le disque rose commençait timidement à émerger de l'horizon, que l'apaisant va-et-vient des grandes feuilles doucement bercées par le vent. Puis, l'esprit plus assuré, je refis face au temple, et gravis l'escalier de pierre blanche. Il n'y avait personne, seules quelques bougies aux trois-quarts consumés témoignaient d'une quelconque trace de vie. Mais, lorsque je m'approchais du centre de l'enceinte, je vis, arrivant à hauteur de l'autel, qu'on y avait soigneusement disposé plusieurs objets. Si la présence de certains m'apparaissait comme évidente, d'autres néanmoins attirèrent mon attention : Parmi ceux-ci, un bracelet de perles nacrées, orné d'une petite feuille visiblement taillée dans le jade ou l'émeraude, qui devait valoir une petite fortune. Pour le reste, un arc court en os, de bonne facture, un carquois garni d'une trentaine de flèches admirablement bien taillées, une gourde de cuir et un couteau à la lame d'acier. Force était de constater que le temple avait les moyens de fournir à ses employés du matériel performant. Je fus tirée de mon examen par les pas feutrés de la prêtresse, que je vis arriver du coin de l'oeil. Pour une fois qu'elle ne me prenait pas de court, j'allais en profiter. – Bien le bonjour, lançais-je chaleureusement à son attention. Cela ne parut pas la déstabiliser, néanmoins un sourire se dessina sur ses lèvres, et je sus qu'en me comportant ainsi, je pourrais peut-être entrer dans ses bonnes grâces. – C'est qu'elle me dépasserait, cette coquine de perle, et sans magie pourtant. Heureuse de te savoir ainsi disposée à attaquer ta première journée. A ces mots, la boule grossit dans mon ventre, et je sentis la chair de poule se répandre sur tout mon corps. – Nous allons d'abord voir si tu es aussi polyvalente que tu le prétends. Approche donc. Tout en disant, elle avait rejoint l'autel, se déplaçant avec la grâce d'une danseuse et une aisance dont je l'aurais crue dépourvue à jamais. Elle se saisit de l'arc, parcourut sa courbe du bout de son doigt fin, testa plusieurs fois la corde, puis, après avoir hoché la tête, me tendit l'arme et le carquois. Je m'équipais de ce dernier, puis pris l'arc, et, faisant face à la jungle, encochait une flèche. Alors je sentis la prêtresse se coller à moi, puis passer son bras au-dessus du mien, plaçant ses jambes contre les miennes, épousant parfaitement ma posture. Les mots de Cany me revinrent instantanément en tête : " Du genre... Tactile... Tu comprendras pourquoi... Si tu te sens gênée, pense que moi aussi je suis passé par là". Eh bien non, m'étonnant moi-même, je ne ressentais aucune espèce de gêne, je comprenais tout à fait qu'elle eusse besoin d'un sens moins conventionnel pour substituer à celui défaillant, ce qui me permettait également de constater que j'étais jugée sur un maximum de critères. J'attendis donc que la prêtresse se soit immobilisée, puis bandait l'arc, aussi attentive qu'elle à mes propres mouvements. Lorsque mon bras menaça de céder à la torsion de la corde, je libérais celle-ci et la flèche partit en sifflant, avant d'aller se ficher dans le tronc d'un grand arbre. – Pas trop mal, pour quelqu'un qui n'a jamais pratiqué. La prêtresse s'écarta de moi, la mine songeuse, et mes tripes se nouèrent à l'idée que mon sort se jouait peut-être à l'instant. Ce que je lui avais dit était vrai, je n'avais jamais au grand jamais chassé de ma vie, mais, d'un naturel solitaire, j'aimais observer les autres. A force d'analyses et d'examen minutieux, j'avais réussi à copier avec brio les mouvements des chasseurs que je voyais parfois passer lorsque je m'isolais pour réfléchir. Quoiqu'il en fut, aussi acceptable me trouvais-je, c'était maintenant à la prêtresse de donner son verdict, qui tardait un peu trop à mon goût d'ailleurs. Après une bonne minute de réflexion, elle releva la tête, parût me considérer, et m'annonça, avec toujours autant de calme : – Je t'engage. Une fois de plus je ne pus retenir ma joie et poussait un cri de victoire, brandissant mon arc en l'air, ce qui fit sourire mon employeuse. – A l'essai bien sûr, entendons-nous bien. – Bien sûr, répétais-je, me contrôlant. La prêtresse fit glisser ses doigts sur la surface polie de l'autel, avant de se saisir du bel anneau, et de me le présenter. – Ceci, commença-t-elle en faisant tourner le bijou entre ses doigts, sera ton signe d'appartenance au temple. J'étais fasciné par l'objet, il brillait de mille feux sous les premiers rayons du soleil, le métal renvoyant des reflets dorés éblouissants, alors que la pierre semblait emprisonner la lumière pour mieux la disperser ensuite. Ce pouvait-il que... – Est-il magique ? M'enquis-je d'un ton bas, presque empreint de respect. Alors la prêtresse se mit à rire, de sa voix si envoûtante, si chaude, si agréable, et je ne vis plus qu'elle et l'anneau. Ses longs cheveux d'or pâle qui frémissaient au rythme de ses respirations, ses lèvres sensuelles dévoilant des dents d'une incroyable blancheur, son visage aux traits si doux, si apaisants, sa peau à l'apparence si délicieuse qu'on avait envie de se prosterner devant tant de perfection, de beauté... – Reviens à toi, je romps le charme, cesse de ne voir que moi, reprend tes armes. Je clignais des yeux, et tout était redevenu normal. La prêtresse se tenait toujours devant moi, certes très belle, mais pas au point d'en devenir folle. Elle attendait, une moue amusée au coin des lèvres, l'anneau ayant retrouvé sa place sur l'autel. – Il l'est, dit-elle laconiquement. Mais je ne te le confierais que quand tu auras fait tes preuves. Et maintenant, il est temps de se mettre au travail. Je secouais violemment la tête, et mes idées se remirent immédiatement en place. J'étais venue pour trouver un travail, et je ne repartirais pas sans. Perle comptait sur moi, j'avais une immense dette envers elle, et je commencerai à la lui rembourser en lui permettant de se consacrer pleinement à sa passion. – Je suis prête, assurais-je, le torse bombé et les épaules hautes. La prêtresse hocha la tête, puis s'empara d'un parchemin, et me le tendit. Je voulus m'en saisir, mais, avant de me le céder, la jeune femme me demanda : – Sais-tu lire au moins ? Je lui garantissais que oui, et elle lâcha le parchemin que je déroulais prestement, curieuse de savoir ce qui m'attendais. J'y lu une impressionnante liste d'herbes, de fruits, de fleurs, de racines et d'autres végétaux, mais aussi quelques pierres, écorces et poudres dont je ne soupçonnais même pas l'existence. Plus bas, était également listés plusieurs types de gibier. Ma motivation en prit un sacré coup, allais-je devoir ramener tout cela en seulement un jour? Etais-je censée connaître toutes les plantes, toutes les pierres mentionnées ? Rien que de penser à tout cela, j'en avais le vertige, je serai renvoyée avant même le coucher du soleil. Tout à coup le minois de Perle s'imposa à moi, et je dus m'appuyer à l'autel, chancelante et tremblante. Comment diable allais-je lui expliquer cela, elle qui m'avais gracieusement aidé à dénicher ce travail ? Qu'allais-je bien pouvoir lui dire ? Qu'allais-je bien pouvoir faire ? – Du calme Cristal, du calme. La prêtresse venait de poser sa menotte sur ma main, et la caressait doucement. – Attend que je t'explique avant de te noyer dans une chope d'eau, d'accord ? Son ton réussit à m'apaiser quelque peu, et je me reprit, prête à écouter ce qu'elle avait à me dire. – Premièrement, ceci est la liste de toutes les fournitures que tu devras amasser en deux semaines, pas en un jour mon enfant. Un long soupir de soulagement s'échappa d'entre mes lèvres, et avec lui une bonne partie de mon anxiété. Ne me restait plus qu'à savoir comment j'allais apprendre à reconnaître et à dénicher toutes ces étranges herbes. – Deuxièmement, je t'avais dit hier, tête de linotte, que je me chargerais de ton apprentissage de la botanique, ainsi que tout ce que tu dois savoir concernant la géologie. C'était pourtant vrai, ses mots de la veille me revenaient en tête, quoiqu'il en fût l'espoir commençait à revenir en moi, car je pourrai aisément me débrouiller pour tout ce qui touchait à la chasse. – Voilà ce que nous allons faire pour ta mise à l'épreuve, reprit la prêtresse, écoute bien : Je vais t'enseigner les bases les plus rudimentaires de la botanique et de la géologie, et n'exigerais de toi que tu ne m'amènes que deux échantillons pour chaque genre, entendu ? – Entendu, répondis-je du tac au tac, de nouveau motivée. – Et pour le reste, fais ce que tu peux, je jugerai ensuite. Rassurée ? – Totalement. – Alors attaquons de suite la phase d'apprentissage, suis-moi. Ce disant, elle fit volte-face, et s'éloigna en direction des entrailles du temple, et je la suivis, dorénavant avide de connaissances. Deux heures plus tard, nous ressortions, elle satisfaite de ma capacité d'assimilation, moi la tête pleine de cailloux et de racines. Certes j'avais toujours eu une prédisposition à l'apprentissage et à la mémorisation, ce qui me permettait d'ailleurs d'apprendre seule la magie du feu, mais personne ne m'avait jamais donné de cours, et l'expérience fut aussi enrichissante qu'épuisante. Néanmoins, lorsque, le soleil ayant grimpé dans le ciel, je vis la petite jungle devant moi, je me sentis déjà mieux, déterminée à prouver à la prêtresse que j'étais digne de ce poste. – Eh bien, il ne me reste plus qu'à te souhaiter bonne chance Cristal, me dit-elle en me serrant le bras amicalement. Même si tu ne devrais pas en avoir besoin. – Merci quand même, prêtresse, je ne vous décevrai pas. – J'y compte bien. Allez maintenant file ! Je la laissais en haut des escaliers du temple et me dirigeais à grands pas vers la jungle, toute bruissante d'activités, semblant m'attendre et m'appeler. Me retournant avant de véritablement y pénétrer, j'aperçus ma patronne qui s'éloignait, et la suivais des yeux jusqu'à ce qu'elle disparaisse. Puis je reprenais mon chemin, ne pouvant m'empêcher de penser qu'il s'agissait là d'une drôle de femme. Je le répète, mais n'hésitez surtout pas à commenter et à critiquer, si vous voyez le moindre problème. Je ne suis pas susceptible, du moment que c'est constructif.

  • Coco Avatar
    Coco - il y a 12 ans

    J'ai beaucoup de respect pour les personnes qui écrivent des histoires dans un lieu complètement fictif et qui arrivent à être clair et à s'y tenir tout du long (même si ce n'est que le début) N'ayant pas assez d'imagination pour ma part, ce n'est jamais très concluant :moue:

    J'aime bien ton histoire et tes personnages pour le moment, même si les gros blocs de textes on tendances à me faire peur et à me perdre ;)


  • Kenshira Avatar
    Kenshira - il y a 12 ans

    Bon, tu pose les bases de son "metier", et on en apprend un poil plus sur la magie... je me doutais que c'etait elementaire, mais j'attend des explications plus detaillee quand a ca...

    Niveau forme, comme d'hab, syntaxe/ortho, rien a redire. Mais essaye d'espacer un poil plus ton texte ;)

    Pas grand chose d'autre a dire... sinon, t'en fais pas pour le rythme, on peut pas publier autant sur une longue duree, a moins d'avoir tout ecrit a l'avance... :)


  • Blast Avatar
    Blast - il y a 12 ans
    Je suis vraiment désolé pour la mise en forme, mais je n'arrive vraiment pas à faire mieux... Sur word, avec la mise en page et le style, ça passe, j'utilise la mise en forme romanesque. Mais sur un forum, ça ne passe pas. Et je ne vois vraiment pas ce que je peux faire de plus...

  • Kenshira Avatar
    Kenshira - il y a 12 ans

    Tu trouveras avec le temps la mise en forme qui te convient... (d'ailleurs, c'est en grande partie pour ca que mes premiers chapitres se sont vus edites recemment.. >_>). Si tu veux un conseil, espace plus sur word pour que ca aille sur le forum. Apres, a toi de trouver ce qui te convient :)

    Bref, bon chapitre, bon courage dans l'ecriture de la suite "=)


  • Chinow Avatar
    Chinow - il y a 12 ans
    J'adore, et le mot est faible. C'est toujours aussi prenant, palpitant, exaltant ! Prends le temps qu'il te faut pour écrire la suite, mais jusqu'ici, je n'ai vu aucune baisse de qualité de ton histoire.

  • Joe Avatar
    Joe - il y a 12 ans

    Félicitation à l'auteur ! :)

    On rentre vraiment bien dans l'histoire, l'intrigue est cool, les personnages ont un réel charisme... Le rythme est top, et surtout j'adore ta façon de décrire les décors. Tu utilises un vocabulaire très riche, et c'est super agréable de te lire :)

    Je suis impressionné de savoir qu'il s'agit de ta première histoire :o

    J'ai hâte de lire la suite :)

    P.S. : Je voulais savoir, pour les noms propres et des lieux / villes, tu t'inspires d'un univers existant, ou tu as tout inventé de toutes pièce ? :)


  • SerialTickler Avatar
    SerialTickler - il y a 12 ans

    La suite, la suite :D Et j'espère qu'on va avoir de belles interactions entre les personnages avec de jolies descriptions comme tu sais faire :roll:


  • Lilo Avatar
    Lilo - il y a 12 ans

    Très bons deuxième et troisième chapitres, j'adhère totalement, ça se lit vraiment très bien, sans lourdeurs, sans précipitations non plus... :)
    J'ai hâte de lire la suite ! (Même si on attendra le temps qu'il faudra, pourvu que ça reste delà qualité... :) )


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    Blast - il y a 12 ans
    Voici le quatrième chapitre. Comme vous l'avez vu, je prends de plus en plus de retard, et malheureusement ça ne va pas aller en s'améliorant. En espérant qu'il vous plaira, j'ai essayé d'aérer le texte sur le forum d'une manière différente, vous me direz ce que vous en pensez... Chapitre 4 Bien que petite, la jungle du temple se trouva être assez dense et feuillue, bien que de larges passages naturels apparaissaient ça et là comme de monstrueuses empreintes. La faune locale, composée majoritairement de petits singes, d'oiseaux au plumage chatoyants et de cochons sauvages massifs, me désorientait un peu. Quant à la flore, c'était encore pire, entre les arbres aux troncs brillants de sève ou recouverts de lianes, les plantes étranges dépassant parfois la taille d'un être humain, et les fleurs aux couleurs multiples et chatoyantes, je ne m'y retrouvais plus. Je choisis donc de sacrifier une heure afin de me familiariser avec ce nouvel environnement, d'observer le comportement de ces animaux, de sentir les fragrances que dégageaient telle ou telle fruit. Je vis ainsi que les magréas, espèce de lézard semi-bipède aussi grand qu'un chat, peuplaient aussi cette partie du monde. Même les pierres ici étaient différentes, affleurant du sol comme des griffes acérées, présentant leurs multiples facettes grises et polies aux rayons sporadiques du soleil qui perçaient à grand peine le plafond végétal. Lorsque le malaise s'estompa, je cessais de jouer les aventurières et équipait mon carquois et mon arc, avant de commencer à me déplacer plus furtivement. Ma peau pâle et mes cheveux blonds n'étaient pas le camouflage idéal, mais après tout je n'étais pas uniquement ici pour chasser, d'ailleurs je choisis finalement de me lancer dans la recherche des herbes exigées par la prêtresse. Appuyant mon arc contre un arbre, je déroulais à nouveau le parchemin et relisait plusieurs fois les trois types d'herbe que je devais trouver. Puis je me mis à leur recherche, assignant chaque herbe au descriptif que m'en avait fait mon employeuse plus tôt. Après vingt bonnes minutes à prospecter le dos voûté, je tombais sur ma première trouvaille, une herbe de vie que je m'empressais de ranger dans ma besace. Il m'en fallait quatre autres, que je dénichais facilement dans les alentours. Les heures suivantes se passèrent ainsi, je procédais par ordre et méthode, mettant rigoureusement en pratique les conseils et techniques que m'avait enseignés la prêtresse, à défaut d'avoir les miennes, pour le moment. Lorsque j'eus amassé toutes les herbes demandées plus quelques autres, je me trouvais un petit coin sympathique et m'y installais pour manger. Quelques fruits ramassés et un morceau de viande de chèvre séché et salé me repurent, après quoi je me remis immédiatement au travail. Je ne pensais à rien d'autre, mon esprit était tour à tour obnubilé par les poudres et pierres qui m'intéressaient, me permettant de repérer chaque détail, d'échafauder des stratégies primaires qui me serviraient la prochaine fois. Je ne pensais plus à Perle, je ne pensais plus à rien, ni même à moi-même, seul ma mission m'importait. Cette concentration me permit, j'en suis sûre, d'être plus efficace et de plus aisément mettre la main sur ce que je cherchais, ainsi j'eus finis après quelques heures. Mon dos me lançait, mes reins me tiraillaient, j'étais littéralement ruisselante de sueur et mes mains étaient noires de terre. Néanmoins j'étais satisfaite de moi, j'avais récupéré absolument tout ce qu'il fallait, avec même quelques suppléments qui feraient peut-être pencher la balance en ma faveur. Ne me restait plus qu'à trouver quelques gibiers, et le tour serait joué. En attendant, je voulais savoir l'heure qu'il était, j'entrepris donc de grimper à un arbre, ce qui fût un jeu d'enfant grâce aux lianes qui le recouvraient. Lorsque je parvenais à sa cime, j'étais essoufflée. J'observais un instant le soleil, et en déduisit qu'il devait être approximativement quatre heures, ce qui était très bien. Après quoi, je me mis à scruter les environs, apercevant plus loin le temple, pile dans la direction où je le pensais être. Pour le reste, il n' avait rien, sinon... Je plaçais ma main en pare-soleil et fronçais les yeux : Un peu plus loin se dressait un énorme rocher, aussi grand qu'une colline, sur lequel était construite une drôle de bâtisse. Je discernais bien une maison, petite et sans grande prétention, mais elle était entourée de sortes de granges en verre comme je n'en avais jamais vues. Le soleil s'y reflétant, je ne pouvais voir ce qu'il s'y trouvait. Tant pis, je demanderai à la prêtresse, si cela ne me sortais pas de la tête. Car il me restais encore du travail, je me devais de ramener de quoi nourrir le temple. Je me laissais choir de mon perchoir, me rattrapant à certains endroits pour ne pas faire une chute mortelle, et atterrissais bruyamment sur le sol, un bon début quand on cherche à chasser. Mais je me morigénerai une autre fois, car apparemment la déesse Incarnate souhaitait que je devinsse la chasseuse de son temple de Saflots. Juste là, tout aussi étonné que l'humaine qu'il avait devant lui, se tenait un sanglier à la taille impressionnante, qui aurait pu nourrir une famille entière pour plusieurs repas. Ni une ni deux, trop heureuse de ce cadeau du ciel, j'encochais une flèche, et me lançais à la poursuite de l'animal qui déjà s'enfuyait à travers la jungle. Il était moins rapide que moi et très peu discret, mais avait l'avantage d'évoluer dans son milieu naturel et de savoir où il allait, du moins c'est ce que je pensais, jusqu'à ce que nous débouchâmes sur une impasse. Nous nous trouvions dans une de ces empreintes, et le coin dans lequel le sanglier s'était lui même fourré était entouré d'arbres si serrés que même moi je n'aurais pu y passer. J'avais manqué la bête un instant plus tôt, et me préparais à armer mon arc quand je vis l'animal se retourner et me fixer d'un air mauvais. Alors je me sentis ridicule et téméraire, devant ce monstre qui m'éventrerait dès la première charge, et mon sang se glaça. Je voyais bien qu'il allait foncer, mais mes muscles ne me répondaient pas. Le sanglier s'élança, et tout alla très vite. Au moment où il avait parcouru la moitié de la distance nous séparant, une lance tomba du ciel avec une telle vitesse et une telle force qu'elle cloua l'animal au sol par le cou. La bête, bien que mortellement touchée, tenta de se dégager, mais l'arme ne bougea pas d'un centimètre. Puis, alors que le sanglier poussait ses derniers râles d'agonie, un petit animal chut des hautes branches avec agilité, pour aller se planter sur le dos du cadavre. Je reconnus immédiatement un fouisseur, qui apparemment, à l'instar des magréas, s'était implanté dans cette partie du monde. De la taille d'un petit chien, possédant la tête du dit animal ainsi que sa queue et son pelage, ses membres s'achevaient sur de longues griffes qui lui avaient valu son nom. Mon esprit, bien qu'encore tétanisé, décela immédiatement l'anomalie : Les fouisseurs étaient réputés pour être des animaux particulièrement belliqueux, s'attaquant à tout ce qui bougeait, ce qui expliquait et leur caractère solitaire, et leur faible espérance de vie. Mais ceci n'était encore qu'un détail, qui diable avait pu projeter cette lance ? Certainement pas lui en tout cas. Toute flageolante, je fis quelques pas maladroits puis m'adossais à un arbre, sur le tronc duquel je me laissais lentement glisser, le coeur battant à tout rompre. Je commençais à peine à retrouver mes esprits, fixant bêtement le petit animal qui lui ne semblait pas se soucier de moi le moins du monde, quand tout à coup, après un nouveau bruissement de feuilles, un homme tomba des hautes branches. Cette fois je déclarais forfait, et ne cherchais même plus à comprendre quoi que ce soit, me contentant simplement d'observer. Sans même savoir si ses intentions étaient hostiles, je vis l'homme s'approcher de moi, et tentait de me lever, sans succès. – Tu es blessée ? Il venait de me parler, mais ses mots s'étaient perdus dans l'atroce méli-mélo d'images et de pensées qui bouillonnait dans ma tête. J'étais passé à deux doigts de la mort, et ne devait mon salut qu'à un homme ou un fouisseur tombé du ciel, et tout cela sonnait bien trop faux dans mon esprit. – Calme-toi petite, tu n'as plus rien à craindre tu sais. – C'est vous qui m'avez sauvée ? Demandais-je en le coupant presque. L'homme, qui avait posé un genoux à terre non loin de moi, opina du chef, puis, avec brusquerie, tourna la tête, et, d'un geste vif, attira l'attention du fouisseur, qui s'immobilisa. Ce pouvait-il que cet homme ait réussi à apprivoiser une telle créature ? Les fouisseurs étaient pourtant le symbole de l'agressivité ! Mais je devais me rendre à l'évidence, il ne lui avait fallu que d'un geste pour que ce qui devait être son compagnon descende du cadavre pour rappliquer d'un agile bond. – Considère que nous t'avons sauvée. Désormais convaincue, je pris quelques secondes pour dévisager l'inconnu : Très grand, il possédait une musculature impressionnante qui surpassait largement celles d'un soldat ordinaire. Il ne portait qu'un pagne de feuille et une besace de cuir, mais je me doutais qu'il se baladait la plupart du temps sa lance à la main. Son visage était amical et ne renvoyait pas cet aspect sauvage qu'on aurait pu lui trouver, de prime abord. De longs cheveux châtain et une barbe fournie encadrait ce visage, soulignant le contraste qu'offraient ses yeux bleu ciel. – Je m'appelle Menfa, me dit-il en me tendant la main. Trop lasse et ébranlée pour me méfier, je m'accrochais à lui et me laissais remettre sur mes deux pieds. – Crystal, me présentais-je à mon tour, tâchant de garder mon aplomb. – Et que fais une jeune chasseuse inexpérimentée au coeur de cette jungle ? A ces mots, j'en déduisis qu'il était lui-même chasseur, ou tout au moins adepte de cette activité. Ma curiosité naturelle reprenant le dessus, je marquais un temps avant de répondre, ne pouvant le quitter des yeux alors qu'il allait pour récupérer son arme. – J'ai été engagée par le temple d'Incarn... euh oui, d'Incarnate c'est ça. Le dénommé Menfa suspendit son geste, puis se retourna tranquillement vers moi, l'air amusé et en même temps très intéressé. – Vraiment ? Déclara-t-il après quelques instants passés à m'observer attentivement. Pourtant tu n'es pas d'ici, et je jurerais même... Que tu n'es là que depuis très peu de temps. – Observateur, confirmais-je alors qu'un sourire commençait à se dessiner sur mes lèvres. – Et je gagerais que tu as postulé à ce travail par grande nécessité, je me trompe ? Mon sourire laissa place à une bouche bée, cet homme était bien plus qu'observateur. Devant mon air abasourdi, il reprit, tout en commençant à extraire sa lance du corps du sanglier. – Je connais bien la prêtresse, et je sais qu'elle ne fais pas confiance à n'importe qui. Tu dois être sacrément déterminée, or pour être déterminé il faut une bonne raison. – C'est vrai. Devant cette réponse laconique, Menfa me fixa de nouveau. Voyant que je ne rajouterais rien de plus, il insista : – Tu ne veux rien me dire? Je veux juste discuter, pas lancer des rumeurs dans la ville. – Ca vous intéresse vraiment ? – Je ne te l'aurais pas demandé sinon. Tu peux bien te confier un peu, après tout, je viens de te sauver la vie non ? Puis il se mit à rire, faisant fuir les petits animaux cachés aux alentours. Mais je ne l'accompagnais pas, car derrière cette apparente simplicité, je sentais un réel besoin de communiquer. Je ne savais pourquoi cet homme avait choisi de vivre ici - car cela était très vraisemblablement le cas - mais visiblement un peu de chaleur humaine était ce qui lui manquait le plus. Moi aussi, à vrai dire, j'avais grand besoin de vider mon sac, car je me voyais mal noyer Perle sous les souvenirs de mon ancienne et triste vie. Alors je m'assis de nouveau, et, après avoir rassemblé courage et souvenirs, me mis à narrer ce que j'avais vécu et souffert à Grenat-sous-brume, ce pourquoi j'avais décidé de partir au-delà des mers, ce que j'avais dû faire pour m'en donner les moyens, puis mon arrivée sur l'archipel, ma rencontre avec Perle, et enfin comment, de fil en aiguille, j'en étais arrivée là. Lorsque j'eus fini, je m'aperçus qu'un étrange silence planait autour de moi. Le chant des oiseaux, les bruissements dans les arbres, tout cela semblait moins présent. Menfa, assis en face de moi, m'observais intensément, une larme coulant sur sa joue. Même le petit fouisseur paraissait m'écouter, allongé qu'il était, ses yeux sombres fixés sur moi. C'était la première fois que j'exprimais mes malheurs, que je les partageais oralement avec quelqu'un, et, sans mentir, je me sentais bien plus légère. Je ressentais en moi les mêmes émotions qui m'avaient submergées lors de mon entretien avec Perle, et découvrais qu'une nouvelle part de moi-même était prête à repartir à zéro, qu'une nouvelle vie pour moi était encore possible. Parler et pleurer avaient été les deux clefs de ma renaissance. – Tu es une bonne fille, lança Menfa d'une voix légèrement chevrotante, brisant le silence qui s'était installé. Je vais t'aider. – Pardon ? Ce disant, nous nous étions tous deux relevés, moi pleine d'une énergie nouvelle, lui semblant encore tout ému par mon histoire. – Je vais t'apprendre à chasser, Crystal. Je sursautais, parlait-il sérieusement ? Est-ce que cet homme, qui ne me connaissait que par le biais d'une histoire maladroitement racontée, envisageait de consacrer de son temps et de son énergie pour m'enseigner l'art de la chasse ? – Ne me pose pas de questions, déclara-t-il alors que j'ouvrais la bouche. J'ai dit que je t'apprendrai à chasser, alors je le ferai. Cela ne me coûte rien... Et puis... Et puis c'est ainsi. Je ne cherchais pas à protester d'une fausse politesse, j'avais compris qu'à côté du plaisir qu'il aurait à dispenser son savoir, cet ermite aurait l'occasion de tisser de nouveaux liens avec ses semblables, à commencer par moi. – Merci infiniment, Menfa. Mais promettez-moi de me raconter qui vous êtes vous aussi, d'accord ? L'intéressé eut un instant de surprise. Visiblement, qui il était n'avait plus grande importance pour lui. Mais ce pauvre homme m'avait écouté, et aidé, en contrepartie, je me devais de faire quelque chose pour lui à mon tour, et ce quelque chose serait de lui redonner goût à la vraie vie. – D'accord, finit-il par dire, toujours sous le coup de l'émotion. Mais nous verrons cela une autre fois, tu ferais mieux de te dépêcher de ramener cet animal au temple. Par tous les dieux, avec tout cela, ma mission m'était totalement sortie de la tête ! Ni une ni deux, je me jetais sur le corps et entreprit de le tirer derrière moi, ne sachant même plus dans quelle direction se trouvait le temple. Bienheureusement pour moi, Menfa n'avait pas l'intention de m'abandonner ainsi, il attrapa donc le cadavre d'un côté, et nous le transportâmes ainsi à travers la jungle, lui avançant d'un pas sûr, moi me laissant guider, les muscles de mes bras en feu. Après une bonne demi-heure de marche, le temple apparut enfin au travers du feuillage, ses marches de marbre blanc luisant sous les rayons du soleil couchant. Les cuivreries et décorations semblaient brûler d'un feu surnaturel, et les sculptures et bas-relief, sur lesquels se projetaient une multitude d'ombre mouvantes, prenaient tout à coup une dimension nouvelle, comme si tous ces anges taillés dans la pierre étaient sur le point de prendre vie. Eloignant mon regard de ce spectacle auquel j'aurai peut-être droit chaque soir, je m'aperçus que je m'étais stoppée, tout comme mon guide d'ailleurs. Ce dernier observait lui aussi le temple, avec fascination, à tel point que je pouvais deviner toute la détresse de l'homme dans son regard céruléen. Suivant celui-ci, je me rendis compte que ce n'était pas le temple qu'il fixait, mais la prêtresse, grande femme aux longs cheveux d'or voletant au gré de la brise du soir, s'activant avec grâce et féminité au milieu des bougeoirs et encensoirs. – Elle est belle n'est-ce pas ? Menfa tressaillit, et manqua de lâcher le sanglier. – Je... Elle... Devant ces balbutiements d'adolescent et une rougeur grandissante, je compris sans peine les sentiments que l'ermite portait à la prêtresse, après tout, quel homme aurait pu résister face à tant de charme ? – Je lui parlerai de vous, promis-je en hissant le cadavre du sanglier sur mon dos, évitant de me barbouiller de sang coagulé. Menfa prit une profonde respiration, puis, alors que je m'attendais à quelques protestations, il hocha la tête. Cette marque de confiance me fit plaisir, aussi, en guise de salut, je l'embrassais sur la joue, puis commençais à m'éloigner avec mon fardeau. Jetant un coup d'oeil en arrière, je vis le gaillard se toucher la joue du bout des doigts, le visage incrédule, et cela me fit sourire. Réhabituer cet homme à la vie civilisée ne serait somme toute pas si ardu que cela. – Quelle assiduité Crystal, j'admire, me félicita la prêtresse alors que j'arrivais à sa hauteur, ployant sous mon chargement. Lorsque j'arrivais près d'elle, je me penchais et laissait glisser le corps au sol sans ménagement, ce qui provoqua un bruit effarant. – Assiduité rime avec efficacité, lançais-je devant l'air ahuri de ma patronne. Jugez plutôt. Je lui mis ma besace entre les mains, et appréciais de la voir sourire tout en la soupesant. Alors qu'elle en inspectait rapidement le contenu, je remarquais, au fond du temple, deux novices qui observaient la scène, et plus particulièrement l'énorme sanglier qui gisait à nos pieds. – Par le coeur d'Incarnate... Souffla la prêtresse en tapotant le flanc de la bête du bout de son peton, farfouillant toujours dans la besace. Bien qu'elle semblait satisfaite, je ne pouvais m'empêcher d'appréhender, et je maudissais le temps de passer aussi lentement. Ma raison martelait qu'il était impossible que ce poste me soit refusé, compte tenu de la masse de travail que j'avais fourni, mais le doute, toujours en moi, me torturait en me faisant songer à mille détails : Et si quelqu'un m'avait aperçu avec Menfa, et l'avait rapporté à la prêtresse ? Jugerait-elle que j'avais triché ? D'ailleurs, serait-ce judicieux de lui faire part de ce point, au risque de peut-être passer à côté du poste ? – Le compte est bon ma jeune amie, et plus que bon même. Le tintement de la boucle de cuivre de ma besace me fit refaire surface, et mon anxiété redoubla encore. – Alors ? Ne pus-je m'empêcher de demander, l'impatience me gagnant. Un magnifique sourire apparut sur le visage de la prêtresse, et elle déclara, les mains jointes et la voix solennelle : – Crystal, je t'annonce que tu es la nouvelle chasseresse du temple d'Incarnate ! S'attendant sûrement à m'entendre hurler de joie, la jeune femme eut l'air toute décontenancée devant mon absence de réaction. Mais je ne pouvais me résoudre à mentir, aussi, me faisant violence, je déclarais haut et fort : – Je dois vous avouer quelque chose, prêtresse. – Quoi donc, Crystal ? Demanda-t-elle, visiblement inquiète. – J'ai reçu, au moins pour la capture de ce gros gibier, l'aide d'un homme vivant dans la jungle. Immédiatement la prêtresse retrouva le sourire, un sourire si éclatant et si sincère que j'en fus une fois de plus désarmée. – Menfa ? Mais c'est une très bonne chose que tu me dis là ! Je suis heureuse de savoir qu'il va bien, et surtout de constater qu'il t'a prise sous son aile ! – C'est vrai ? M'enquis-je, légèrement incrédule malgré moi. La prêtresse écarta mes cheveux crasseux avec douceur puis, haussant délicatement ma tête de ses mains douces et fraîches, me dis, un ton plus bas : – Je le connais bien, il te l'a sans doute dit, mais il y a bien longtemps que ce grand garçon n'a plus le courage de venir me voir, ça, tu l'as sans doute compris. J'aimerais te demander un service, Crystal. En échange de l'apprentissage de la chasse par Menfa, et de la promesse de ce que tu souhaiteras de ma part, j'aimerais que tu... nous aides. Me comprend-tu ? Evidemment que je les comprenais, et j'aurais été bien mauvaise de refuser de porter assistance à deux âmes en peine. De toute manière, qu'elle me l'eusse demandé ou non, je les aurais tôt ou tard aidé d'une manière ou d'une autre. J'opinais du chef, et la prêtresse eut l'air touchée, à tel point que je perçus un sanglot dans le soupir qu'elle lâcha. – Merci, Crystal, me murmura-t-elle après m'avoir déposé un baiser sur le front, ce qui fit réagir les deux novices dans leur coin. – C'est le moins que je puisse faire, répondis-je simplement, me sentant étrangement vide maintenant que mes peurs avaient pris le large. – Repose-toi bien, chasseuse, et passe le bonjour à Perle de ma part ! Je promis, puis dévalait les marches du temple quatre à quatre, exténué mais galvanisée par tant de bonnes nouvelles à apporter à Perle, qui me manquait déjà. Courant pieds nus sur le sable chaud de l'allée du temple, je me sentais plus légère qu'une plume, l'impression de m'être délestée de chaînes me donnait des ailes. Le bonheur avait pris place là où il n'y avait encore que quelques jours de vieux démons refoulés, et la lumière s'était enfin éteinte sur ces froides geôles, pour maintenant éclairer devant moi un monde en perpétuelle expansion. J'avais envie d'embrasser chaque passant que je croisais, de sauter au cou des femmes et d'embrasser les hommes, de serrer fort les enfants, la joie irradiait en moi et autour de moi, je sentais qu'on souriait en me voyant, pas de méchanceté ou de moquerie, mais de bien-être. Bientôt j'arrivais à la maison, et je m'y jetais dedans en hurlant le nom de mon amie, qui accourut, paniquée. Je ne lui laissais même pas le temps de prononcer un mot, et, l'attrapant par la taille, Je la fis voler autour de moi, riant aux éclats. Bien vite elle se laissa gagner et son rire mélodieux se joignit au mien, et nous restâmes ainsi, enlacées, pleurant et riant. Après quelques instants, Perle se calma, et me susurra à l'oreille : – Je ne te connais peut-être pas encore très bien, mais je savais que tu réussirais. Je l'embrassais et me dégageait de notre étreinte, séchant mes larmes de mes doigts sales. – Je l'ai fait pour toi. Je t'ai promis quelque chose, et tu l'auras, j'en fais le serment. Alors apparut au fond des yeux de mon amie une foule de sentiments qui ravivèrent ma joie, j'y vis de l'admiration, de la confiance, mais aussi et surtout, de l'amour. Un amour profond et indéfectible, bien que jeune, qui ne demandait qu'à s'épanouir à l'instar de notre amitié. Ce simple regard nous suffit, des mots auraient été superflus, par ce simple silence tout était dit. Perle m'avait tendu la main pour m'extraire de ce fleuve noir et insondable qu'était ma vie, mon devoir était maintenant de me saisir des rames et de la guider vers des terres plus sûres et plus favorables à ses rêves et à son bonheur. – Et maintenant, chasseresse, lança-t-elle joyeusement en m'entraînant au-dehors, au bain ! Alors nous nous mîmes de nouveau à rire, avançant joyeusement dans la rue, moi, éclatante de bonheur, elle, resplendissante de pureté, faisant se tourner toutes les têtes, converger tous les regards sur nous, ce dont nous nous fichions éperdument. Nous marchions fièrement main dans la main, comme défiant le destin, et je comptais bien, maintenant que j'en avais les moyens, parvenir au bout de mes rêves, et y emmener tous ceux et celles pour qui mon coeur s'était épris.

  • cootie Avatar
    cootie - il y a 12 ans
    Encore un très bon chapitre! Tu fais très bien passer les émotions, je me suis rendu compte, à la fin de ma lecture, que j'avais un grand sourire aux lèvres ^^ Il me tarde de savoir la suite, tu écris très bien!

  • Kenshira Avatar
    Kenshira - il y a 12 ans

    Comme c'est mignon... ^^
    Ca se met doucement en place, Menfa tombe a point nomme pour l'aider a se faire au metier, et elle gagne la confiance, lentement mais surement, de plus en plus de personnes, quelque chose me disant que ca ne va pas s'arreter la :)

    Niveau ortho et tout le bordel : impeccable. Tant que tu nous ponds des chapitres toujours avec autant de qualite, on peut bien attendre un peu... prends ton temps :)


  • Joe Avatar
    Joe - il y a 12 ans

    Boarf, j'y ai vu 2 3 fautes, mais c'est franchement pas gênant... Ton vocabulaire est toujours aussi riche, rien à redire, et ton style est top, on s'y croirait vraiment...
    Ça donnerait même envie d'y vivre ! :D

    J'ai juste eu un peu de mal avec le fouisseur, il s'agit d'une espèce réelle, ou d'une créature fantastique lié à ton univers ?

    Et du coup je réitère ma question,

    P.S. : Je voulais savoir, pour les noms propres et des lieux / villes, tu t'inspires d'un univers existant, ou tu as tout inventé de toutes pièce ? :)

    Joe



    Encore bravo pour ce chapitre ! :)


  • Blast Avatar
    Blast - il y a 12 ans
    Merci pour vos commentaires. Joe : Oui tout cela est la création de mon esprit ^^. Le fouisseur également. Et encore pardon pour les fautes, il y en a toujours qui passent à travers les relectures...

  • Chinow Avatar
    Chinow - il y a 12 ans
    Bon sang, j'aime énormément ce que tu écris. Voilà l'apparition d'un nouveau personnage, très touchant lui aussi. J'aime la façon dont tu évoques le passé de l'héroïne sans pour autant que l'on ne sache rien. J'aime la richesse de ton univers. j'aime ton style d'écriture, ton vocabulaire riche et inventif. Tes mots tombent juste. J'aime la façon dont les sentiments de tes personnages sont sublimés au travers de leurs gestes. J'aime l'intrigue que tu développes. J'aime ton histoire. Prends le temps qu'il te faut, mais celle-ci, je t'en prie, continue-la jusqu'au bout. Elle est excellente.

  • Aurore Avatar
    Aurore - il y a 12 ans

    J'apprécie beaucoup ton histoire et son rythme, on découvre au fur et à mesure les personnages, leurs histoires.
    Il me tarde de découvrir le passé de Crystal et d'en savoir plus sur Perle.
    Menfa, il me fait pense à une sorte de Tarzan civilisé ...

    Maintenant, il ne me reste plus qu'à attendre la suite :baille:


  • Blast Avatar
    Blast - il y a 12 ans
    Salut à tous, Comme je vois que la section tourne un peu au ralenti, je me permets de poster le chapitre 5 de mon histoire. Comme d'habitude, j'espère qu'il vous plaira, et surtout, surtout, n'hésitez pas à laisser un commentaire. Chapitre 5 Les termes de Saflots n'avaient rien à envier à ceux que j'avais pu fréquenter. A la place du marbre et de la pierre froide et glissante, des propriétaires gardant constamment un oeil sur leurs clients et des bassins d'eau tiède et sale, il n'y avait ici que bois, beaux servants et ambiance chaleureuse. L'endroit était divisé en petits espaces cloisonnés par des paravents peints de motifs exotiques, présents plus pour protéger de la légère brise du soir que pour isoler des regards. Un minuscule toit de chaume faisait office d'abri s'il venait à pleuvoir, et, suspendu à lui, se trouvait une lampe de cuivre où brûlait de l'huile végétale, emplissant les lieux d'une fragrance envoûtante. Perle et moi nous faisions dos, chacune dans notre bassin, elle affairée à démêler ses cheveux, moi me relaxant dans l'eau chaude que l'on venait tout juste de m'apporter. C'est que, j'étais tellement crasseuse après ma première journée de travail, qu'un bain n'avait pas suffi. Mais à présent j'étais propre comme un sou neuf, et n'aspirait plus qu'à un bon repas et une nuit de sommeil. Alors que mes pensées divaguaient paisiblement entre présent et futur, j'entendis mon amie pester en défaisant un ultime noeud, puis poser sa brosse au sol. Puis elle bougea encore, et je sursautais en sentant ses mains venir se placer délicatement sur mes épaules nues. – Excuse-moi, dit-elle simplement en commençant à me masser avec douceur. Je grognais un mot ou deux, et la laissait faire, savourant ce traitement pour la première fois de ma vie. A Grenat-sous-brume, il fallait payer une fortune pour pénétrer le cabinet d'un masseur, déjà que je n'avais vu que rarement l'eau des bains... – Tu as l'air pensive. Qu'est-ce qui te taraude ? – La magie. Les mains de Perle cessèrent un instant de pétrir mes muscles, avant de reprendre comme si de rien n'était. – Je me demandais juste... Pourquoi est-ce que la prêtresse ne se soigne-t-elle pas ? Sa déesse est bien celle de la vie non ? Ca ne lui donne pas des pouvoirs ? Mon amie se mit à rire, comme un adulte rit devant le babillage d'un enfant, et je me sentis une fois de plus ridiculement petite. – Tu m'en demandes beaucoup, Crystal, comment diable pourrais-je savoir tout cela ? Je sais uniquement que la magie n'est pas une solution comme peuvent le penser ceux et celles qui ne la connaissent pas. La magie est simplement là pour nous aider, nous épauler, seuls quelques rares personnes sont capables des prodiges dont on a dû te parler. – Tu ne réponds pas à ma question Perle, la coupais-je presque. Je sais bien tout cela. Cette fois mon amie stoppa net son massage, et, me forçant à pencher la tête en arrière, plongea ses yeux dans les miens. Elle était visiblement interloquée, et peut-être même inquiète. – Comment... Commença-t-elle, mais je ne lui laissais pas le temps de finir sa phrase. Ouvrant grand la main et en dirigeant la paume vers le ciel, je pris une grande inspiration, puis me concentrait rapidement. C'était un exercice mental auquel je m'étais adonnée de très longues heures, c'était presque devenu un mécanisme logique pour moi. D'abord visualiser, ensuite penser, enfin concentrer. Alors au creux de ma main apparut, comme sortie de nulle part, une flammèche, pas plus grande qu'une phalange mais flamboyant avec ardeur. Perle écarquilla les yeux et se mit à la fixer, bouche bée. Après quelques instants, je laissais la flamme mourir et fermait le poing, plutôt satisfaite de mon petit numéro. – Tu maîtrises... la magie ? Finit par balbutier Perle, un ton plus bas. – Maîtriser... C'est un bien grand mot, non en fait je ne sais faire que ça, confiais-je en souriant. Je t'expliquerai une autre fois tu veux bien ? Mon amie hocha la tête, toujours éberluée. A vrai dire, je m'attendais à cette réaction, après tout, on ne croisait pas de manciens tous les jours. – Avec de l'entraînement, tu pourrais en faire quelque chose Crystal, peut-être même ton métier, dans plusieurs années, c'est que la magie du feu est pratiquement inexistante ici, et... – Du calme Perle, du calme, l'apaisais-je en posant mon index sur ses fines lèvres. Tu t'emportes. Le sujet est clos, entendu ? Elle acquiesça une fois de plus, les yeux encore plein d'étoiles. La magie n'était pas un sujet qui me dérangeait particulièrement, mais j'étais fort lasse. J'obtiendrai des réponses un autre jour, je n'étais pas pressée, et Perle ne se trouvait pas être la personne la plus à même d'assouvir ma curiosité dévorante. Après cela, ni moi ni Perle ne parlâmes plus jusqu'à ce que nous n'ayons rejoins notre maisonnette. Nous bavardâmes abondamment sur notre avenir et sur diverses choses, continuant de nous découvrir mutuellement, le tout autour d'un copieux dîner. J'aurais souhaité continuer à discuter une heure ou deux, toute la nuit même, mais j'étais exténuée et une nouvelle journée de labeur m'attendait le lendemain. J'eus droit au même rituel que la veille, à l'exception du lait de poule dont je n'avais ni besoin, ni envie. Je m'endormis donc ainsi, le corps recouvert d'onguent, la tête lourde de bonheur et de perspectives. – Les voilà Crystal, les voilà ! Tu les vois ? Ils sont juste là ! Regarde bien ! Ils sont armés ! Cany trépigne à mes côtés, me noyant de paroles et me pointant quelque chose du doigt au beau milieu de la jungle. Je ne vois rien. Il n'y a rien. Y a-t-il quelque chose ? – Défend la maison, Crystal, tu vas la défendre n'est-ce pas ? Sais-tu te battre ? Oui tu es chasseuse, cela revient au même ! Prends ta lance ! Ils arrivent ! Oui, ils arrivent. Le capitaine, et Carnate. Tous les deux. Mais ils me font tellement peur. Comment dois-je faire ? Je prononce le nom de Cany, mais il ne me répond pas, et les deux hommes approchent toujours. Ils tendent les bras, je devrais faire de même, au moins pour les transpercer de mon arme. Mais c'est trop tard, ils me touchent déjà. Ils me touchent ! Je réprimais un hurlement de terreur pure, alors que mes songes volaient en éclat. Je me redressais en hâte et maladroitement sur mon lit, le corps couvert de sueur, autant due au mauvais rêve qu'à la chaleur ambiante. La respiration haletante, je pris quelques minutes pour me calmer. J'avais fait un cauchemar, un terrible cauchemar, mais je ne m'en souvenais plus. Propre à leur habitude, celui-ci s'en était allé, glissant entre les doigts de ma mémoire en laissant dans son sillon une ligne de feu aux formes odieuses. Avec beaucoup d'efforts, le souvenir du capitaine qui avait failli me priver de cette vie me revint en tête, avec ses dents jaunes et sa poigne de fer. C'était sûrement de cela que j'avais rêvé. Maintenant tout à fait éveillée, je me levais, encore fébrile, et sortais, dans le but de prendre l'air et de m'enquérir de l'heure. Une fraîche brise marine m'accueillit et me revigora, effaçant les derniers bribes de cauchemar qui s'accrochaient encore à moi. L'aube arrivait, et quelques miliciens de faction passèrent devant la maison, me saluant au passage. Je savais que l'inactivité était la meilleure manière de rouvrir la porte aux mauvais souvenirs, aussi je décidais de me rendre maintenant au temple. Attrapant mes habits et quelque chose à me mettre sous la dent, je me mis en route, n'omettant pas d'embrasser Perle à la volée. J'arrivais au temple d'un pas lent, la moue aux lèvres et l'humeur maussade. Je détestais par dessus tout commencer une journée avec un cauchemar de ce genre, personne n'aimait ça. Ce matin rien ne m'atteignait, ni même le bruissement de la jungle, ni même les bas-reliefs du temple que la veille j'admirais avec fascination. Ce ne serait vraisemblablement pas une bonne journée. Peut-être que si je rencontrais, par le plus grand des hasards, Cany sur ma route... Une forme étrange attira mon attention. Au milieu du temple, non loin de l'autel, je distinguais une silhouette, de toute évidence à genoux ou accroupie. Ce qui me gênait était l'absence totale de lumière, seule la pâle blancheur du ciel, dans mon dos, me permettait de voir quelque chose. Lorsque je m'aperçus que rien n'avait été encore disposé sur l'autel, je compris immédiatement. J'accélérais le pas, inquiète à l'idée que la prêtresse ait chuté en se déplaçant dans le temple. Et si elle s'était blessée ? A l'heure qu'il était, je doutais que les novices soient seulement réveillés. Par chance, j'arrivais plus tôt ce matin, finalement, avoir cauchemardé n'aura peut-être pas été si négatif. – On n'attendait plus que toi, mignonne. A l'entente de ces mots, je fis immédiatement volte-face, alors que j'étais presque parvenue à la prêtresse, agenouillée et la tête basse, visiblement mal en point. Mes yeux scrutèrent les ténèbres qui occultaient encore la majorité du temple, mais je ne vis rien. Avec méticulosité et discrétion, je me saisissais de mon couteau, maigre défense qui me protégerait plus de la panique que d'un éventuel agresseur. Tout à coup deux ombres se détachèrent des entrailles du temple, impossibles à identifier à cause du contre-jour. Ce qui était sûr, c'est qu'elles me coupaient toute retraite, et qu'elles avaient attendu que je pénètre ici pour sortir de leur cachette. Mes tripes se nouèrent de peur et une main de glace empoigna ma colonne vertébrale. Je compris que la prêtresse avait été attaquée, et mes doutes s'envolèrent lorsque je vis, dans un coin, deux corps inertes qui devaient être les novices. – Y'a deux options petite, reprit la même voix grave avec un calme préoccupant. Ou tu te laisses gentiment faire comme les autres et il t'arrivera rien de fâcheux, ou tu joues aux héroïnes et ça risque de saigner. L'inconnu ponctua sa menace d'une note métallique, et je vis luire la lame d'une épée courte. Consciente du danger, je m'accroupissais lentement auprès de la prêtresse, et l'examinais tout en gardant un oeil sur les deux silhouettes immobiles. Elle avait les chevilles et les poignets solidement liés, et avait reçu un coup sur la tête, pas assez fort pour l'assommer, mais assez tout de même pour l'étourdir. – Je répèterai pas gamine, s'impatienta l'homme en faisant un pas dans ma direction. – Qui êtes-vous ? Sifflais-je avec vigueur, brisant le silence oppressant des lieux. Les deux inconnus ricanèrent, le premier continuant de s'approcher, si bien que je pouvais maintenant le voir. Grand et musclé, il était équipé d'une brigandine de cuir bouilli qui laissait découverts ses bras. Son crâne était chauve, et son visage patibulaire. – Allez ça suffit maintenant, dit-il en s'élançant, une corde dans la main et son épée dans l'autre. Cette fois la surprise ne me paralysa pas, j'avais tiré une leçon de ma mésaventure avec le capitaine. Ma vie était en jeu. D'un geste brusque je brandissais mon bras en avant, paume ouverte en direction de mon assaillant, et me concentrait pour y faire apparaître la même flammèche que la veille. Le sort eut l'effet escompté, à peine la vit-il que l'homme freina des quatre fers, avant d'exécuter deux pas rapides à reculons, les yeux ronds de surprise. Profitant de cet instant de flottement, je bondissais en arrière et ramassais l'arc et le carquois qu'avait dû transporter la prêtresse avant de se faire frapper. Cela fait, je m'éloignais le plus possible, exhibant une dernière fois ma flamme magique avant de la laisser disparaître. – Elle maîtrise la mag... – Attention Treg ! Le second homme, resté en retrait, venait de se jeter courageusement sur son camarade, mais il était déjà trop tard. La flèche que je venais de décocher fila droit sur lui et s'enfonça à moitié dans son épaule, là où l'armure ne le protégeait guère. Le mâtin poussa un cri déchirant alors qu'il était entraîné au sol par son acolyte, pendant que j'armais à nouveau mon arc. La terreur s'écoulait à travers tous les fibres de mon être comme de minuscules rigoles de lave gelée, mais mon instinct de survie avait pris le dessus et guidait mes gestes et mes pensées. J'étais sur le point d'ôter la vie à un être humain, mais je ne le tenais pour le moment que pour un prédateur, une cible à abattre pour ma propre survie. C'était eux ou moi. Ma seconde flèche siffla et alla se ficher en plein dans le poitrail de l'inconnu encore debout, hélas son armure le sauva de justesse. Alors l'homme chargea, épée au clair et la rage dans les yeux, la flèche toujours plantée dans son buste. Je n'eus pas le temps d'encocher une nouvelle fois et dus me laisser choir pour éviter le monstrueux coup de taille que tenta de me porter le guerrier. Déséquilibré par la violence de son attaque, il ne put m'empêcher de rouler sur le côté, puis de fuir. Je dévalais quatre à quatre les marches du temple, ne me souciant plus que de ma propre vie, oubliant celles de la prêtresse et de ses novices. Dans la précipitation, je fis une erreur fatale et m'engageait dans la jungle au lieu de chercher à rallier le coeur de la ville, là où des miliciens m'auraient aidée. La brute me coursait toujours en hurlant, déterminée à me tuer. Mais j'allais lui donner du fil à retordre. Mobilisant mes forces, je me penchais en avant et accélérait le plus possible, ne réussissant toutefois pas à semer mon poursuivant. L'adrénaline faisait son oeuvre et je ne sentais plus rien, j'étais devenue un simple gibier, un lièvre que l'on traquait, une chasseresse que l'on chassait. Lorsque je dépassais un grand arbre qui m'avait servi de repère la veille, tout alla très vite. Un bruit dans les feuillages, un choc sanglant, le son d'un corps qui tombe, puis le silence. Comme la veille, après mon histoire, les animaux avaient cessé de communiquer. Mais n'était-ce pas plutôt moi ? Je n'entendais plus que le battement de mon coeur, un régiment de terreur qui marchait au pas dans ma tête. D'un seul coup mes jambes refusèrent de me porter plus loin et je tombais, lâchant mon arc devant moi. Tout se passait au ralenti et en accéléré, comme dans un rêve. Lorsque quelque chose me retourna violemment sur le dos, je crus, derrière cette brume d'incompréhension, que ma dernière heure était venue. Se dessinant dans le flou des couleurs de la jungle, le visage de Menfa. Il criait, à en juger par ses traits crispés et ses yeux écarquillés. Toutes ces images, tous ces sons, et cette fatigue soudaine, tout cela m'invitait à un repos bien mérité. J'écouterai plus tard ce que l'ermite avait à me dire. Pour le moment, mes paupières se fermaient toutes seules et je n'avais pas la force de les en empêcher. Mon réveil ce matin-là fut différent, et même assez déroutant. J'eus l'impression que ma conscience, comme délestée de lourds fers, se propulsait vivement à travers moi, faisant vibrer et frémir mon corps que je ressentais à peine. J'avais l'impression d'être un vieux moulin que l'on relançait après une inactivité prolongée. Petit à petit je refaisais surface, mon esprit aussi secoué que ma chair paraissait tourner en rond en cherchant de vains repères. Mais que cherchais-je donc ? Nous étions le matin, et voilà tout, une dure journée m'attendait dans la jungle du temple et... La jungle... le temple... Des souvenirs m'assaillirent soudain, me heurtant comme autant de flèches enflammées, répandant leur poison de panique dans tout mon être. La prêtresse garrottée, les corps inertes des novices, l'inconnu chargeant l'épée au poing... Mes yeux s'ouvrirent d'un coup, et la lumière m'aveugla cruellement. J'entendis mon nom, plusieurs fois, puis sentis des présences près de moi. Qui étaient-elles ? Où étais-je ? Quelle heure était-il ? Etait-ce un rêve ? Un cauchemar ? Je lâchais un long gémissement, faute de pouvoir articuler toutes ces questions. J'avais l'atroce sensation de me noyer dans mes propres peurs, d'être submerger par des souvenirs dont je ne pouvais même pas tester la véracité. – Crystal ? Oh Crystal tu m'entends ? Rien que la douce voix de mon amie me donna des forces, et je réussissais, tant bien que mal, à ouvrir les yeux. Perle était là, son visage près du mien, m'étreignant fort la main. Ses yeux étaient rougis et des larmes avaient séchées sur ses joues. Savoir qu'elle était là me donna l'impression d'entrer dans un sanctuaire, où la peur, les doutes et l'incompréhension n'avaient pas leur place. Les souvenirs s'imbriquaient à présent dans mon esprit, mais la panique ne m'atteignait pas, se contentant de hurler furieusement contre les remparts qu'étaient mon amie. J'avais trop peu de personnes en qui placer ma confiance pour pouvoir juguler le flot de mes sentiments à leur égard. – Tu vas bien ? Souffla Perle, pâle comme la Lune. J'acquiesçais, toute pâteuse, et entrepris de me relever laborieusement. – La prêtresse... elle est... – Je suis là, Crystal, juste là. Je tournais la tête, et vit la jeune femme, chancelante, au bras de Menfa. Eux aussi étaient là, et, qui plus est, ensemble. L'ermite, bien que légèrement blême, paraissait heureux, une main sur celle de la prêtresse et son fouisseur sur l'épaule. – Ah, notre héroïne est enfin réveillée à ce que je vois. Cette phrase, déclamée d'une voix puissante et grave, résonna dans mon crâne, et j'entrevis une fraction de secondes les affres de l'inconscience, prêtes à m'accueillir de nouveau en leur sein. Perle m'aida à m'asseoir, et me donna une chope de jus de Telko, que je m'empressais de boire. J'avais la gorge sèche, et je tremblais comme une feuille. Alors vint s'accroupir devant moi un colosse, dont la musculature aurait pu faire rougir Menfa et les brutes qui avaient attaqué le temple. Son visage était néanmoins doux et agréable, et son sourire avenant. Sa cape pourpre, sa lance de fer et son bouclier de cuivre ne laissaient planer aucun doute sur son rang. Remarquant que je l'examinais d'un air un peu absent, le géant sourit, et se présenta : – Je suis Sindère de Nacrès, capitaine de la garde civile. Enchanté, Crystal. Je serrais mollement l'énorme main qu'il me présentait, luttant toujours contre la lassitude qui commençait à peine à perdre du terrain. – Je me doute que tu es secouée, aussi vais-je te raconter les faits comme ils m'ont été rapportés par tous les protagonistes. Prête à m'écouter ? – Oui, répondis-je avec un peu plus d'assurance, attirée par le charisme du personnage. Ce dernier se racla la gorge, et commença : – Ce matin, lorsque ton employeuse ici présente est sortie de ses quartiers, elle a immédiatement été agressée par deux inconnus, qui ne lui ont posé aucune question. Le mal ayant été fait sans un bruit, les deux hommes se sont ensuite attaqués aux novices, alors que ceux-ci dormaient encore. Tout ce petit monde a finalement été ligoté, puis traîné jusque dans le temple. C'est là que les premières questions se posent, car nous ne savons ni comment ni pourquoi ces deux individus se sont risqués jusqu'ici. Je voulus l'interrompre pour leur rappeler qu'ils n'avaient qu'à interroger celui que j'avais blessé, ou même son complice, mais Sindère m'intima le silence d'un geste impérieux. – Ce que nous pensons, c'est que ton arrivée est survenue juste après leur méfait, et juste avant qu'ils ne passent à la phase suivante de leur plan, car de toute évidence leurs actes étaient prémédités. Ils ont donc attendu que tu arrives, et tu connais la suite. – Et après ? voulus-je savoir, pour pouvoir enfin y voir dans toutes ces zones d'ombre. – C'est Menfa, votre ami, qui a tué l'homme qui te poursuivait. Je sursautais à l'entente de ce mot : Il l'avait tué ? L'intéressé baissa honteusement la tête, alors que la prêtresse lui frottait affectueusement le bras pour le consoler. – Laisse-moi terminer Crystal, veux-tu ? Bien, après t'avoir sauvée donc, Menfa a fait exactement ce qu'il fallait faire. Après s'être rapidement enquis de la santé des occupants du temple, il a foncé jusqu'à la caserne la plus proche. Moi, quelques hommes et femmes, et un soigneur sommes finalement arrivés, et voilà toute l'histoire. Un silence s'installa, pendant lequel je pris le temps d'assimiler toutes ces informations. Je n'arrivais pas à me figurer qu'une telle chose avait pu arriver. Encore hier tout allait bien, je n'étais ici que depuis quelques jours seulement, qu'avais-je donc fait aux dieux et déesses ? Etais-je maudite ? La main de Perle, qui ne m'avait pas lâché, me serra plus fort encore, et un fait me revint en mémoire. – Je ne suis pas une héroïne. – Tous les regards convergèrent vers moi, interrogatifs, semblant me dire "Mais si Crystal, tu en es une !". Voyant que le capitaine m'observait avec attention, je m'expliquais, la voix brisée par un sanglot : – Quand j'ai... Quand j'ai blessé le premier homme... J'ai... J'ai.... J'ai fui ensuite... J'ai laissé la prêtresse et les novices seuls... Comme une lâche... De grosses larmes se mirent à rouler le long de mes joues, et Perle m'enlaça tendrement. – Crois-tu qu'ils t'en veulent, Crystal ? Je n'écoutais plus le colosse, la honte venait de surgir en moi, me faisant me sentir sale, couarde et égoïste. J'avais refusé de protéger la vie des miens juste pour conserver la mienne, je n'étais pas digne d'être une héroïne, pas digne d'être humaine, même pas digne d'être encore en vie. – Ecoutes-moi Crystal. Ce disant, Sindère avait pris mon menton entre ses doigts et me forçait à le regarder en face. – Imaginons que tu ais choisi, plutôt que de fuir, de continuer à combattre, quelle aurait été l'issue de l'affrontement, à ton avis ? – Je... Je serais... Je serais morte... Balbutiais-je, ne parvenant pas à mentir devant le regard perçant de l'homme. – Exactement, Crystal, tu serais morte. tu n'es qu'une jeune chasseresse inexpérimentée, et tu faisais face à deux guerriers endurcis. Je pris conscience de la chance que j'avais eu, d'avoir réussi à survivre face à deux hommes d'armes, mais cela ne suffisait pas à laver le dégoût de moi-même que je ressentais. Sindère secoua lentement la tête, comme s'il lisait dans mes pensées, et il reprit : – La chance n'a rien à voir dans tout cela, Crystal. La prêtresse a tout entendu du combat, et je peux t'assurer que tu as agi comme une héroïne. Tu as su utiliser ton intelligence, ton audace, ton adresse et ta force pour compenser ton désavantage. Et crois-moi, jeune fille, pour cela, tu as le respect de chaque personne ici présente. Sur ce, le géant se mit à applaudir, immédiatement suivi, par Perle, Menfa, la prêtresse, ainsi que par tous ceux et celles qui se tenaient derrière moi et que je n'avais pas vu, les miliciens, le soigneur et les novices. Même le fouisseur de l'ermite, voyant son maître le faire, agitait les pattes avant dans l'air en m'observant. Si les mots de sindère m'avaient faite me sentir moins pleutre, alors le fait de savoir que tant de gens me considéraient comme une héroïne fit gonfler et bondir mon coeur de joie. Jamais, ô grand jamais l'on ne m'avait accordée tant de mérite et de reconnaissance. Je pleurais toujours, mais de bonheur et de fierté cette fois. Quand les applaudissements cessèrent, je me redressais avec l'aide de Perle, imitée par Sindère. Je me sentais mieux, beaucoup mieux. Mais bien que la honte eusse quitté mon âme, quelque chose me dérangeait encore. Le capitaine dut lire une fois de plus en moi, car il me devança : – Tu n'as pas blessé cet homme, Crystal, tu l'as tué, tout comme Menfa. Je crus défaillir, et mon amie dut me soutenir pour m'en empêcher. Qu'avais-je fait ? qu'avais-je donc fait ? J'avais tué ? Mais pourtant, je ne me rappelais que d'une flèche dans l'épaule, et l'on ne meurt pas de cela ! – Du calme, Crystal, me dit le militaire en posant sa large main sur mon épaule, du calme. Vous vous êtes simplement défendus. Ces vermines vous auraient tués sans ciller, alors vous n'avez pas à vous en vouloir. Ces paroles apaisèrent un tant soit peu ma conscience, mais mon âme elle mettrait bien plus de temps à accepter une telle horreur. Je venais de m'entacher du sang d'un de mes semblables, et l'on ne lavait pas une telle souillure en quelques jours. – A présent, Crystal, reprit Sindère en me faisant faire volte-face, rentre chez toi. Repose-toi un jour ou deux, tout comme tes amis. Mais ne te mine pas pour tout cela. Dis-toi que d'autres se sont remis d'évènements mille fois plus graves. Allez, va. Je me laissais faire, guidée par Perle, les pensées une fois de plus embrouillées. Je me sentais mal, très mal, trop de choses me taraudaient, tout cela allait trop vite pour moi. Tout cela allait trop vite pour ma nouvelle vie.

  • Kenshira Avatar
    Kenshira - il y a 12 ans

    En effet, c'est assez vide... Faut dire qu'on a tous posté nos chapitres en même temps, la semaine dernière :hum:


    Bon, pour en revenir, le chapitre reste, comme d'habitude, très bon. On apprend que la magie ne semble pas si accessible que ça, et on a un (très) bref aperçu sur les usages qui semblent en être faits.

    Sinon, j'avoue que l'attaque m'a un poil étonné, mais ca rend plutôt bien. Et du coup, je trouve que la prêtresse fait moins puissante que ce que j'imaginais :)

    Enfin, du tout bon quoi ^^


  • Blast Avatar
    Blast - il y a 12 ans
    Ken, tnt mieux si l'ataque t'a étonné, c'est l'effet escompté ^^ Et ça me fait rire ce que tu dis sur la prêtresse, j'avoue Merci en tout cas

  • Coco Avatar
    Coco - il y a 12 ans

    J'ai bien aimé ce chapitre :) Qui se lit très bien, juste quelques mots où il manque des lettres mais ça je connais ^^ et une ou deux fois j'ai été surprise par le temps que tu employais pour raconter l'attaque, mais ça c'est sans compter mon niveau en orthographe ^^'

    Sinon rien à dire :)


  • Blast Avatar
    Blast - il y a 12 ans
    Ah désolé pour les lettres manquantes, j'ai pas fait attention. Par contre pour l'histoire du temps pour l'attaque, je ne vois pas ce que tu veux dire. Tu veux peut-être parler du cauchemar ? Dans ce cas j'ai utilisé le présent sciemment, même si c'est déroutant.

  • Coco Avatar
    Coco - il y a 12 ans
    "Avec méticulosité et discrétion, je me saisissais de mon couteau, maigre défense qui me protégerait plus de la panique que d'un éventuel agresseur." Le "saisissais" m'as fais bizarre mais c'est peut être moi ^^'

  • Blast Avatar
    Blast - il y a 12 ans
    Hmmm non c'est le bon temps à mon sens

  • Coco Avatar
    Coco - il y a 12 ans
    Ouai bah c'est moi ^^

  • Chinow Avatar
    Chinow - il y a 12 ans

    Bon, je commente un peu après la bataille, mais...

    Toujours aussi bon ! Je me demandais quand est-ce que tu allais nous rappeler qu'il y a un danger non identifiable qui pèse sur l'île et ses habitants, et c'est choses faite. D'autant plus que c'est très bien mené, comme à ton habitude.

    De même, j'ai beaucoup aimé la réaction de Crystal, qui tient plus de la survie que d'un héroïsme traditionnel, mais qui est encore plus saisissante, du coup.

    Tu nous as donc distillé aussi des informations sur la magie et sur le passé de Crystal, même si tout cela reste encore très vague.

    J'ai une énorme envie de lire la suite, maintenant ! J'ai beaucoup aimé, continue :D


  • Blast Avatar
    Blast - il y a 12 ans
    Oh, a survivor ! Merci beaucoup pour tes remarques, ça relance ma motivation qui commancait très sérieusement à flancher. Et merci aux autres également d'avoir commenté, cela va de soi.

  • Blast Avatar
    Blast - il y a 12 ans
    Salut à toutes et à tous ceux qui restent encore ! Je poste le sixième chapitre, qui, je l'espère, vous plaira. Bonne lecture ! Chapitre 6 Quelques jours seulement que j'étais arrivée à Saphlots, après de longs mois d'un long et pénible voyage, après de longues années d'une basse et dure vie. Une poignée de jours, une ribambelle d'heures, en somme si peu de choses, mais ô combien riches en évènements. Mon univers avait changé du tout au tout, aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur. J'étais dorénavant loin de ma fosse natale, aussi loin d'elle que ma personnalité avait profondément muté. L'ancienne Crystal se transformait à une vitesse affolante, sa carapace hérissée de pointes, son masque de fer immuable, son coeur de glace ne battant que pour survivre, tout cela, maintenant vain, devenait maintenant plus humain. Je pris une fois de plus conscience de la solidité du lien qui m'unissait à Perle, lorsque, de retour du temple après son attaque, mon amie s'était jetée dans mes bras, pleurant à chaudes larmes. Elle m'avait répété à quel point elle avait eu peur, quand un milicien était venu la chercher, alors qu'elle se levait à peine. Elle m'avait dit beaucoup plus, au fil de ses sanglots entrecoupés, mais le vrai message, celui qui se transmettait d'aura à aura, je l'avais pleinement compris. Elle avait eu peur de perdre sa seule et unique amie, sa meilleure, celle en qui elle plaçait, et cela depuis trop peu de temps, ses rêves, son amour et sa confiance. Tout cela, je l'avais déjà ressenti à mon réveil, après mon face à face avec les deux brutes, mais à présent j'avais la certitude de ne pas me tromper : L'amitié que Perle et moi nous portions mutuellement serait indéfectible. Malheureusement j'étais trop lasse, et avais dû m'allonger car déjà des vertiges me gagnaient à nouveau. Perle avait tout fait pour que je ne manque de rien, toutefois la seule chose que je désirais, c'était fermer les yeux. Et un lourd sommeil m'avait happé presque aussitôt. Je ressassais tout cela dans mon esprit, assise au bord de mon lit. Je venais tout juste de m'éveiller, et les Dieux savaient à quel point je me sentais reposée. A en juger par la lumière qui filtrait à travers les volets de ma chambre, j'avais dû dormir jusqu'au milieu de l'après-midi. Pourtant, étrangement, les évènements de ce matin me paraissaient excessivement lointain, la peur, l'incompréhension, la montée de mon instinct... Moi qui pensais que je m'en tirerai avec un traumatisme à vie, je me sentais pourtant bien. Evidemment cette matinée resterait à jamais gravée dans ma mémoire, comme tant d'autres instants de ma vie, néanmoins l'idée de retourner dans la jungle du temple ne m'effrayait pas plus que cela. Etait-ce là un effet sournois du choc ? Une phobie était-elle née en moi, et attendait, latente, de pouvoir éclater au moindre lien que mon esprit pourrait faire avec ce qui m'entourait ? Fichtre, tout cela me donnait mal à la tête, et je ne voyais pas pourquoi m'embrouiller les pensées alors que je les avais claires. Je demanderai des détails à ma soigneuse favorite. Après avoir fait rapidement le tour du propriétaire, je m'aperçus que Perle n'était pas là. Elle avait du courage, de repartir étudier alors que le matin même, elle tenait à peine sur ses jambes. Pour ma part, je n'avais nullement l'intention de rester cloîtrée entre ces murs, alors que je débordais d'énergie. L'on me prendrait peut-être pour une folle de reprendre ainsi ma vie alors qu'elle avait failli basculer quelques heures plus tôt, mais qu'importe ? Le capitaine de la garde civile m'avait bien conseillé de me reposer non ? Eh bien ce repos commencerait par prendre l'air, et me changer les idées. Après avoir pris un copieux repas, car je mourais de faim et de soif malgré que j'eus mangé dès l'aube, je me mis à déambuler dans les rues de la ville. Cela me rappelait mon premier jour ici, si proche, et pourtant si loin de par le torrent d'évènements qui m'en séparait. Mais cette fois j'étais en pleine forme, ce qui ne m'empêchait pas de me brûler les pieds sur le sable et le corps au soleil, et de me plonger presque toute entière dans les nombreuses fontaines qui se présentaient à moi. Cela faisait sourire, voire rire, et de voir cela gonfla ma bonne humeur. Je venais de plonger les yeux dans ceux de la mort, et dorénavant tout m'apparaissait avec plus de relief. Il s'agissait là de ma seconde renaissance, combien diable allais-je donc en souffrir ? Mais peu importe, cette capacité à m'émerveiller de tout et n'importe quoi, je la savourais dans toute sa plénitude. Quand je vis un temple, non loin du port où j'avais débarqué, je ne pus m'empêcher de l'observer, à défaut d'y entrer. Si j'avais toujours cette réticence envers les lieux saints, j'avais maintenant envie d'en apprendre plus sur la religion. A en juger par les nombreuses pierreries que je vis, pour la plupart des saphirs, aigue-marine, aventurines bleues, célestines et turquoises, je compris que l'on vénérait ici la déesse des eaux. Océonde, si je me rappelais bien, c'était Perle, lors de ma première visite de Saphlots, qui me l'avait dit. Je m'attardais sur le prêtre, habillé d'un pagne brodé bleu marine, et plus particulièrement sur son torse musclé, avant d'admirer la statue représentant la divinité des mers, des fleuves et des lacs. Grande et fière, le buste droit et le menton haut, ses yeux incrustées de pierres bleues étincelantes semblaient toiser tous les mortels à ses pieds, qu'elle avait nus. Une tunique décorée de turquoises et de saphirs, complexe et magnifique, l'habillait, laissant découverts ses bras, ses épaules, son ventre et ses jambes. Pour finir, elle portait une couronne d'écume, sûrement faite de cristal, et tenait à la main une longue lance superbement sertie de pierres précieuses. – Excuse-moi... Je fis volte-face, surprise, les yeux encore éblouis par la splendeur de la statue. Le jeune homme qui m'avait interpellée fit un pas en arrière, un peu gêné. Il était grand et fin, et arborait une longue tignasse noire comme la nuit. – Pardon, je voulais pas te faire peur. dit-il en affichant un sourire sincère. Tu es bien Cristal, n'est-ce pas ? Je restais un instant interdite, me demandant comment cet inconnu pouvait bien savoir mon nom. Je hochais la tête avec méfiance, bien qu'il ne semblait pas méchant pour un sou. – Je suis un ami de Cany, ça tombe bien qu'on se croise, il m'a dit qu'il aimerait te revoir. A ces mots je sentis le rouge me monter aux joues, et je tentais de détourner le regard en me cachant avec mes cheveux. Je bégayais quelques mots, ce qui sembla amuser le garçon. Pourquoi Cany souhaitait-il me voir ? Lui avais-je fait une si forte impression ? Si c'était le cas, il l'avait drôlement bien caché lors de notre première et unique rencontre. En tout cas, lui m'avait marquée. – Je vais te montrer où il habite, viens ! Et sans me laisser le temps de répondre, il s'engagea dans une rue principale, et je le suivis. – Ca lui a fait un choc, à Cany, ce qui t'es arrivé hier, m'informa mon guide avec une soudaine gravité. Je m'immobilisais, perplexe. Hier ? Comment cela, hier ? C'était pourtant le matin même que... Le jeune homme s'arrêta à son tour, et me lança un regard interrogateur, mais je venais de comprendre. J'avais dormi plus d'un jour entier ! J'avais fait le tour du cadran, et ceci expliquait cela ! Mon appétit, l'absence de Perle, ma distance avec les évènements... – Un problème ? – Non, non, répondis-je, avant de me remettre en marche. Ca me fait plaisir de savoir que Cany s'est inquiété pour moi. J'eus pour réponse un sourire entendu, et je rougissais de plus belle. Je m'apercevais à quel point mon esprit désespéré s'était accroché à un garçon que je ne connaissais qu'à peine. Après une petite marche, moi et mon guide nous engouffrâmes dans un quartier d'aspect calme et paisible. Je constatais qu'il était habité en majorité de jeunes personnes, qui me saluaient tout en m'observant, moi, ma peau pâle et mes longs cheveux blonds. – Voilà, on est arrivés. Devant moi se tenait une petite maison, ressemblant beaucoup à celle de Perle, dont portes et volets étaient clos. J'avais le coeur qui palpitait follement à l'idée de revoir Cany, de me retrouver face à ce jeune homme aux airs si assurés et au charisme si rayonnant. Ne comprenant pas pourquoi nous attendions en plein soleil, je fis un pas, mais l'ami de Cany me retint. Il était visiblement gêné, ou inquiet, car il avait le regard fuyant et les lèvres tordues. – Ecoutes Crystal... Je ne t'ai pas menti, Cany souhaite vraiment te revoir, mais... Il parut chercher ses mots un temps, puis reprit : – Mais il est malade. Et comme il est têtu, il pense qu'il va guérir et qu'il n'a pas besoin d'un soigneur. C'est un peu pour ça que je t'ai demandé de venir, tu comprends ? Toi, tu pourras peut-être le convaincre, et puis, rien que ta visite l'aidera, j'en suis sûr. Cela dit, il me tapota l'épaule, et s'en alla, me laissant seule. Embarrassée, d'une part de ma situation et d'une autre de par ce qui venait de m'être dit, je restais plantée là pendant un certain temps, ne parvenant pas à me décider à ouvrir cette fichue porte. Je me torturais de mille questions, comment Cany allait-il réagir ? Serait-il réellement heureux de me revoir? J'étais assez inquiète concernant son état de santé, et je crois que c'est cela qui me poussa à tourner la poignée, puis à ouvrir timidement la porte. Aussitôt un relent acide me prit à la gorge et me fit toussoter. Pour l'avoir déjà sentie, je reconnus là l'odeur caractéristique d'un être malade et confiné, et ce constat me fit légèrement paniquer. – Cany ? Osais-je finalement d'une voix peu assurée, et quelque peu étranglée. Je ne voyais rien par l'entrebâillement de la porte, malgré les puissants rayons de soleil qui dardaient sur ma peau. Peut-être n'était-il tout simplement pas là ? C'était absurde, son ami m'avait dit le contraire, et, s'il était véritablement mal en point, Cany n'avait pas pu aller bien loin. N'ayant toujours pas obtenu de réponse, je tentais à nouveau d'appeler le jeune homme, en passant la tête dans la pièce de vie. Cette fois j'entendis, plus loin, des mouvements de draps, et quelques grognements étouffés. Après un instant, une voix cassée et faible, pitoyable au possible, me répondit, avec une pointe d'agressivité : – Qui est là ? – C'est Crystal ! Annonçais-je joyeusement, sans vraiment savoir pourquoi. Ce disant j'avais pénétré dans la maisonnette, et refermait la porte, soucieuse et heureuse à la fois. Cany, que j'arrivais à situer dans l'obscurité des lieux, répéta mon nom avec ébahissement, et rien que d'entendre cela me fit grand plaisir. Avançant à tâtons, je trouvais le chambranle de la porte de sa chambre, et à nouveau j'essayais de percer les ténèbres pour distinguer le maître des lieu. Avec effort, et grâce aux rares et fins rais de lumière que laissait passer le volet, je devinais, à quelques pas de moi, une couche, et, sur celle-ci, une masse amorphe, qui devait être Cany. Les miasmes âcres étaient plus forts ici, alliance de la sueur, d'un air renfermé et de la maladie. – Cany... Je... Je suis venue... Enfin... Tu... Mes bégaiements dignes de ceux d'un enfant, pourtant ridicules et puérils, parurent amuser un tant soit peu Cany. Celui-ci ricana, avant que ses rires ne se transforment en une quinte de toux sèche et violente. Cela me fit de la peine, et je sentis les larmes me monter aux yeux, et l'air vicié de la pièce n'arrangeait rien. Je voulus lui demander, quand sa toux se fut calmée, s'il se sentait bien, mais ma question me parut aussi inutile que déplacée. Ne sachant plus trop quoi dire, je sentis l'anxiété me gagner doucement. L'atmosphère des lieux commençaient sérieusement à me peser, le noir m'oppressait. – Laisse-moi ouvrir tes volets, parvins-je à articuler en les cherchant à l'aveuglette. Cany voulut parler, mais à nouveau il se mit à expectorer bruyamment. Pensant bien faire, surtout pour ses poumons, j'abaissais la clenche du volet que je venais enfin de trouver, puis ouvrait en grand. L'astre du jour déversa instantanément sa lumière éclatante dans la chambre, alors qu'une bouffée d'air sain s'y invitait également. – Non Crystal ! A ce cri, je me retournais, déconcertée d'entendre Cany m'apostropher de la sorte, et mon regard tomba sur la créature qui se tenait près de lui. Il s'agissait d'une femme, mais à la taille miniature, pas plus haute que mon avant-bras. Elle avait des cheveux d'un bleu céruléen, longs, fins et libres, qui retombaient en cascades lisses sur ses épaules dénudées. Son visage aux traits incroyablement fins trahissaient une peur farouche, tout comme ses grands yeux dont la teinte tirait entre l'azur de la mer et l'émeraude des forêts. Son habit unique était une robe légère aux couleurs froides, ne couvrant que le bas de son buste et ses cuisses. Tout cela, à une échelle telle que je n'en avais jamais vue. Je poussais un cri de surprise et exécutais un bond maladroit en arrière, me heurtant à un des murs de la chambre. Mais qu'étais-ce donc que cela ? Une illusion ? Un monstre ? La stupeur me laissait bouche bée, et je ne pouvais que fixer ce petit être de mes yeux ronds. – Du calme, Crystal. Mon attention se porta sur Cany, que je pouvais enfin voir. Avachi sur sa couche, il me regardait de ses yeux sombres, dont même la maladie n'avait pas réussi à altérer le charme. Appuyé sur un coude tremblant, il tentait de se relever, mais visiblement l'effort lui en coûtait. De le découvrir ainsi amoindri, livide et en nage, le corps fébrile, cela me fit mal, et même oublier la chose qui se trouvait à ses côtés. – Mais... Que t'est-il arrivé... Murmurais-je en m'approchant de lui, me sentant emplie d'une pitié attendrie et d'une tristesse sans nom. – Ne le touche pas ! L'ordre me figea sur place, et je demeurais à demi courbée, la main en avant à quelques centimètres du visage du jeune homme. Je tournais lentement la tête vers la petite créature, qui, du haut de sa minuscule taille, me défiait du regard. Ce que je vis dans ce dernier me fit immédiatement comprendre qu'un lien fort l'unissait à Cany. Je voyais dans ce regard une détermination sans faille, et des promesses meurtrières si jamais j'avais l'audace de faire le moindre mal à son compagnon. L'aspect humain de cet être m'empêchait seul d'éprouver trop de terreur, néanmoins je sentis la peur me gagner à nouveau, avant que Cany ne vienne saisir ma main avec délicatesse. – Puisque je n'ai plus le choix Crystal, je te présente Cobalt, ma compagne magique. C'est une fée. Je demeurais interdite à l'entente de ces mots, alors qu'un raisonnement logique s'opérait dans mon esprit. Il me suffisait de considérer cette rencontre d'un point de vue ésotérique, et tout prenait une dimension moins anormale. Si je ne m'offusquais pas de voir une flamme sortir de ma paume, alors pourquoi devais-je trembler face à une autre forme de la magie ? Néanmoins, bien que l'idée s'avérait fondée et logique, je ressentais tout de même une sorte de fascination étrange. J'avais déjà entendu parler de créatures magiques ou divines, mais de là à en voir une en chair et en os, il n'y avait pas qu'un pas. – Je peux te faire confiance, Crystal ? Encore dans mes pensées, la question me prit au dépourvu, et je répondis sans réfléchir, soit avec toute l'honnêteté possible : – Euh... Je... Oui, bien sûr... Cany plongea son regard envoûtant dans le mien, et je compris qu'il s'agissait là de quelque chose d'extrêmement important pour lui, de vital même. – Je suis un malicien. Je le vis baisser les yeux, comme s'il était honteux de cette affirmation. Pour ce que je savais, un malicien était un homme ou une femme sans lien aucun avec le divin ou la magie, et qui faisait un jour la rencontre d'une créature justement divine ou magique. Et comme ces créatures ne pouvaient survivre seules hors de leur monde, elle se rendaient toute entière à cet inconnu qu'elles ne quittaient plus jusqu'à la mort. Voyant que je ne réagissais pas à cette nouvelle, Cany parut quelque peu désarmée, et je le comprenais. Les maliciens étaient considérés comme des bourreaux envers les créatures des dieux et déesses, ainsi ils se retrouvaient chassés, reniés voire traqués. Mais, pour quelqu'un comme moi, qui avait vécu de la sorte pendant des années et des années, en marge de la société et à peine tolérée, je ne ressentais rien sinon de la compassion. – Ca ne te fait rien de plus ? S'enquit Cany, dont l'ahurissement se muait peu à peu en joie. Tu n'as pas envie de me tuer au nom d'Incarnate ? D'aller chercher tous les prêtres de la ville pour me jeter au bûcher ? Je haussais les épaules et gratifiait le jeune homme d'un sourire apaisant et sincère, ce qui parut le toucher. Je ne savais si même dans cet archipel l'on traitait ces pauvres gens de la sorte, mais visiblement lui non plus. – Tu n'as jamais essayé d'en parler à quelqu'un d'autre ? – Si, répondit-il en reprenant sa position allongée, commençant de toute évidence à fatiguer. Quelques personnes connaissent mon secret. puis, redressant la tête : Mais je ne peux pas risquer la vie de Cobalt sur ces simples faits, rien ne me dit que je ne serai pas sacrifié. Après tout, aucun malicien ne s'est jamais dévoilé au grand jour ici. Pendant tout ce temps, la fée n'avait dit mot, se contentant de suivre la discussion, assise au bord du lit, balançant de temps à autre ses petits pieds nus dans le vide. – Crystal ? Finit-elle tout de même par dire, quand Cany eut fini de parler. Je tournais la tête dans sa direction, et, déjà, son apparence me gêna mille fois moins. – Va chercher une soigneuse, s'il te plaît. Mon maître en a grand besoin. L'intéressé voulut protester, mais, ironiquement, une quinte de toux l'en empêcha. Cobalt m'observait toujours avec insistance, attendant ma réponse. – Je promets de ramener la meilleure soigneuse de tout l'archipel. Elle sourit, et hocha la tête d'un air entendu, comme si elle me croyait sur paroles. Puis elle se leva, et, traversant le lit de ses petites jambes, alla s'asseoir près de l'oreiller, où Cany venait de reposer la tête, épuisé. – Dépêche-toi, je t'en prie. Aussi têtu soit-il, mon maître ne te résistera pas à toi, n'est-ce pas ? Le jeune homme ne broncha pas, peut-être par habitude de ces taquineries, peut-être par lassitude. Néanmoins Cobalt avait raison, mieux valait agir vite. J'avais déjà vu des maux moins graves s'empirer jusqu'à la mort. Je promis donc de faire vite, et sortit en hâte de la maison. J'allais donner à Perle une nouvelle occasion de pratiquer.

  • Kenshira Avatar
    Kenshira - il y a 12 ans

    Comme avant : si c'est pas mignon ! ^^
    Bon, deux trois infos de plus a rajouter sur le debut de dico de la magie qui reagit dans ton monde.. Enfin. Ce chapitre m'a surtout donne l'impression que, a long terme, tu es en train d'instaurer et organiser une petite equipe... hate de lire la suite :D

    (Et non, tu es encore loin d'etre un sinistré niveau lecteur... :p)


  • Chinow Avatar
    Chinow - il y a 12 ans

    Oh, oh ! D'autres informations sur la magie !

    J'aime toujours autant ce que tu fais. Je n'ai pas énormément de chose à rajouter sur ce chapitre. Je pourrai bien sûr continuer de complimenter ton style d'écriture, ton vocabulaire riche et bien choisit, la façon dont tu mets ton intrigue en scène sans te presser mais toujours efficace... Et ce serait très sincère ! Seulement, j'ai bien peur de me répéter, à force :D

    J'aime bien la façon dont ce chapitre oppose un rythme tranquille, en opposition au précédent. Et tu ne te contentes pas seulement de nous donner d'autres informations sur la magie (qui, même si elle existe dans ce monde, est apparemment malgré tout peu commune et mal connue), mais tu nous dévoiles du même coup un peu plus de la personnalité de Cany et de l'héroïne dans leurs réactions.

    J'avoue que, malgré tout, une question se pose pour moi au fil du temps... Cette amitié presque surnaturelle, car très rapide, entre Crystal et Perle, vas-tu nous l'expliquer par leur passé respectif, ou bien continuer à la poser comme un fait accompli ? J'avoue que je trouve ça assez étonnant que cette jeune fille qui débarque accorde si rapidement sa confiance alors qu'elle donne l'impression d'avoir vécu toute sa vie dans une sorte de survie perpétuelle, ou en tout cas une grande partie. Et je me demande aussi par rapport à Perle, est-elle aussi généreuse de façon gratuite, ou bien cela cache-t-il quelque chose ?
    Je ne pense pas à un piège quelconque, ou bien à de la fausseté de part ou d'autre, vu la manière dont tu présentes les choses, mais j'avoue que cette amitié m'interroge pas mal.

    Encore une fois, au plaisir de te lire et de connaître la suite ! J'adore, et le mot est faible. :)


  • Blast Avatar
    Blast - il y a 12 ans
    Kenshi : Une équipe ? Réflexion intéressante tiens. Par contre, niveau lecteurs, avoir à chaque fois seulement deux commentaires, bien que de qualité comme les vôtres, je considère qu'on est proches du naufrage. Chinow : Mince tu mets le doigt sur un aspect que je m'apprête à développer, tu as vraiment du flair ^^

  • Wane Avatar
    Wane - il y a 12 ans

    Sa n'est pas parce que deux personnes te répondent que ton histoire n'est pas lue :)


  • Joe Avatar
    Joe - il y a 12 ans

    Voui mais du coup il sait pas trop si ça plaît ou pas :/

    Moi j'ai pas pu lire tout de suite tes récits, mais c'est chose faite depuis peu, et ... Au risque de me répéter, j'ai toujours rien à redire, je trouve que c'est vraiment bien écrit, l'histoire est prenante, c'est bien ficelé, bien amené :)
    Et la magie est pas si prépondérante que ça, du coup ça donne vraiment un coté intéressant :)

    Et comme Chinow, je me questionne beaucoup sur la relation entre Perle et Crystal :) (Qui, au passage, a l'air d'être beaucoup plus fort que de l'amitié ;) )
    D'ailleurs, j'aime beaucoup la façon dont tu racontes la relation naissante entre ces deux femmes... C'est assez naturel, comme si c'était accepté et toléré depuis toujours (je fais la comparaison avec notre société actuelle).
    Ça rajoute un petit coté utopique à cette île, où tout le monde est accepté, heureux, et vit comme il l'entend :)

    Après, il a eu l'histoire de Cany, qui a un peu perturbé tout ça... Visiblement tout n'est pas si beau si rose, vu qu'il cache sa fée... Et Crystal semble amoureuse de lui, alors quel type de sentiments éprouve-t-elle pour Perle ?

    Que de questions, vivement la suite :D
    Et encore bravo, c'est du bonheur de te lire ! :rougis:


  • Blast Avatar
    Blast - il y a 12 ans

    Sa n'est pas parce que deux personnes te répondent que ton histoire n'est pas lue :)

    Wane



    Eh bien pour celui ou celle qui écrit, si, justement, c'est exactement ce que ça signifie. Quand on poste sur un forum, on attend des commentaires, sinon je ne vois pas le but d'un forum. Et notez bien qu'ici je ne parle absolument pas en mon nom.


    Sinon, merci Joe pour ton commentaire, il fait partie de ceux qui retiennent grandement mon attention (même si les petits encouragements me plaisent aussi, ça va de soi ^^). En tout cas merci, et merci à tous ceux et celles qui me lisent et me soutiennent.


  • Blast Avatar
    Blast - il y a 12 ans
    Bonjour à toutes et à tous, J'ai été assez inspiré ces derniers temps, et, grâce au pont, j'ai pu écrire ce chapitre. J'ai dû coucher sur le pap... sur l'écran beaucoup de choses abstraites, et plus précisément des sentiments. C'est un exercice difficile, auquel j'ai toujours peur d'échouer. N'hésitez pas à me dire ce qu'il en est selon vous. Sur ce, bonne lecture ! Chapitre 7 Une semaine s'était écoulée depuis que j'avais revu Cany. Une semaine que ma vie avait reprit un rythme normal, sans imprévu, sans rixe, sans surprise. Les rapides à pic qui avaient fait gîter mon existence jusque dans les eaux calmes et azurées de l'archipel Saphlots laissaient maintenant place à une rivière paisible à la surface limpide. J'y naviguais en toute quiétude, déjà moins à l'aveugle, et dorénavant entourée d'amis bienvenus. Malgré sa violence, ma mésaventure avec les deux mercenaires du temple n'était plus qu'un lointain et mauvais souvenir. Personne n'en parlait plus, puisque personne n'y avait perdu quoi que ce soit. Ces évènements me revenaient en mémoire, alors que je voyais au loin se dessiner l'ombre majestueuse du temple d'Incarnate. Les rayons obliques du soleil couchant embrasaient, comme chaque soir, les décorations et sculptures de la bâtisse, et j'avais l'impression qu'un cortège angélique et formidable attendait mon retour. Mais en cette fin de journée, j'étais exténuée. Je traînais la patte, mon sac débordant d'herbes et de pierres, et le cadavre d'un sanglier bien en chair. Cela faisait sept jours qu'en plus de mon labeur, j'apprenais pas à pas l'art de la chasse avec Menfa. Même si l'exercice était fort rude, j'étais plus que ravie de me retrouver en compagnie de l'ermite, qui s'ouvrait petit à petit à moi, telle une fleur rare. Je n'en savais toujours pas plus sur son passé, mais qu'importe, sa personnalité était déjà moins un mystère. En même temps qu'il m'enseignait la traque et le pistage, je prenais garde à mettre à l'épreuve sa capacité à s'exprimer et à vivre en société, qu'il n'avait pas vraiment réussi à enfouir au fin fond de lui-même. Lorsque je le jugerai prêt, j'organiserai un véritable face à face entre lui et la prêtresse, pour qu'enfin leur amour puisse s'épanouir. D'ailleurs, à propos de cette dernière, je m'étais fait beaucoup de souci. A peine avais-je fini d'accompagner Perle au chevet de Cany que je m'en étais allé au temple au pas de gymnastique. De toute manière, mon amie m'avait prestement fait déguerpir, alléguant que le mal de Cany était extrêmement contagieux. j'avais été surprise de voir que le temple était encore actif, et encore plus lorsque j'avais découvert que la prêtresse officiait comme si de rien n'était, seulement un jour après son agression. Attristée de voir qu'un bandage enserrait son crâne, je m'étais enquise de sa santé, et elle en avait été touchée. S'en était suivie une brève discussion, au terme de laquelle ma patronne m'avait proposé de prendre quelques jours de repos, ce que j'avais strictement refusé. Je me sentais en forme. J'avais donc repris le travail le jour même, et revu Menfa, rongé par son meurtre. C'était quelque chose que nous partagions, et peut-être qu'à deux, le fardeau sera moins lourd à porter. De toute manière, il ne servait à rien de trop y réfléchir, seul le temps pourrait y remédier. Pour le moment, j'étais pressée d'accomplir mon devoir, et de rentrer à la maison, auprès de Perle. Mon amie ne parvenait pas à se remettre du choc. Les yeux écarquillés, elle fixait ma bourse de cuir, fraîchement remplie de mon salaire. Pour plus d'une semaine de travail acharné et mouvementé, j'avais exceptionnellement reçu la paie d'un mois. A présent j'exhibais fièrement le tout sur la table en pierre grise de la salle de vie : Trois poulets déplumés, un gros morceau de sel, un pot de légumes et quelques sous. Avec ça, et même si Perle cessait de travailler, nous aurions de quoi vivre, surtout que j'étais maintenant capable d'aller moi-même trouver de la nourriture. – Encore un mois ou deux, et tu pourras te consacrer pleinement à tes études, dis-je en me préparant à sortir pour les termes. Perle ne répondit pas, et je l'entendis, dans mon dos, reposer doucement la bourse de cuir. Après quelques instants de silence, je me retournais, et la découvrait observant le vide, des larmes coulant sur ses joues. Souriante, je m'approchais d'elle, et l'enlaçais. – Je te l'avais promis, voyons. – Je... Je ne pensais pas que... Que ça arriverait un jour... murmura-t-elle, toujours prostrée. Je me déplaçais à ses côtés, et, soulevant son menton d'un doigt, lui répondis : – Ecoutes, Perle. Tu es la première personne de confiance que j'ai connue. Tu m'as accueillie à bras ouverts, tendu la main, et offert un toit. Je ne suis peut-être pas une sainte, mais, malgré tout ce que l'on a pu me faire, j'ai gardé la capacité de sentir les gens vraiment bons. Je te dois presque la vie, Perle. Tu es plus que mon amie, tu es mon ange gardien. En débitant ce que je ressentais à son égard, je m'étais moi aussi mise à pleurer. Mes sentiments rougeoyaient en moi comme des charbons ardents, et ils en étaient presque douloureux d'intensité. Perle et moi étions des âmes soeurs, deux êtres fusionnels qui avaient besoin l'un de l'autre pour pouvoir vivre. Ce lien dépassait de loin l'amour et l'amitié, et remontait à bien plus haut que nos simples naissances. Les dieux et déesses l'avaient peut-être voulu, et c'était maintenant chose faite. – Merci... crystal... sanglota Perle, en se jetant à mon cou et en me serrant fort. Nous restâmes une fois de plus ainsi, l'une dans les bras de l'autres, versant des larmes de bonheur et n'osant plus parler. Je ne comprenais pas, de manière logique, comment nous avions pu apprendre à nous connaître et à nous aimer aussi simplement, comment notre relation avait pu évoluer aussi vite et aussi sincèrement. Mais, en mon fort intérieur, là où l'esprit n'a plus d'emprise et où l'âme régit, au fond de moi, je le savais. Je savais tout, même s'il m'était impossible de poser des mots sur cette alchimie qui échappait à nos pauvres perceptions. – Allez, il faut que j'aille me laver, pouffais-je en m'écartant de mon amie, sentant les sillons qu'avaient creusé mes larmes sur mes joues crasseuses. Je m'éloignais donc en prenant juste de quoi payer mon bain, et sortais, heureuse d'avoir allégé encore une fois mon être, devinant le regard bienveillant de Perle dans mon dos. Lorsque je revins des termes, propre et fleurant bon, je tombais sur un groupe de jeunes personnes, qui causait bruyamment devant la maison. Perle en était, et me héla dès qu'elle me vit. Immédiatement les regards convergèrent vers moi, amicaux pour les femmes, intéressés pour certains hommes. – Crystal ! commença mon amie, toute guillerette. Voici des amis, ils étudient tous la médecine comme moi. Les présentations furent faites, et je tentais de rester amène, mais déjà je sentais le blocage en moi prendre de l'ampleur. Pourtant tous étaient agréables envers moi, cherchant à me connaître. Mais cela ne suffisait pas. J'étais capable de me comporter tout à fait normalement avec une personne, voire deux, mais pas au milieu d'un groupe de douze amis. Je me sentais sale et différente, distante, et ma seule envie était de fuir comme un animal farouche. – Nous allons boire un coup à la taverne, tu viens avec nous ? Me demanda Perle, visiblement heureuse de me faire rencontrer ses camarades. – Je vous rejoins, parvins-je à dire malgré mes lèvres crispées. Alors la petite troupe s'achemina joyeusement vers le centre de la ville, et, à l'instant où je ne les vis plus, je fis volte-face et m'élançais à toutes jambes en direction du temple. C'était comme à chaque fois la même sensation atroce qui me tenaillait le ventre, oppressant mon souffle et affinant mes sens. J'avais l'impression qu'à tout moment, on allait me rattraper, et m'entourer, pour me juger, pour dire de moi. Ce complexe me suivait depuis mon plus jeune âge, je ne supportais pas d'être la cible de tous les regards. Je n'étais pas la plus renfermée de toutes, mais j'avais mes limites. Ca non plus, je n'étais pas capable de l'expliquer. Pas de problèmes en tête-à-tête, comme avec la prêtresse, Menfa ou Cany. Mais là c'était différent. Courant à travers les rues de la ville, je me moquais du qu'en diras-t-on. Après ce bref instant de bonheur avec Perle, je sentais mes vieux démons se débarrasser de leur poussière, et revenir me hanter. J'étais passée du rêve au cauchemar. Je passais la nuit seule, un peu honteuse et sacrément tourmentée. Je ne réussissais pas à fermer l'oeil, devinant mes vieux souvenirs rôder à la lisière de ma conscience, tels des prédateurs cruels sortant d'un long jeûne. Recroquevillée sous un grand arbre, bien cachée dans la petite jungle près du temple, je grelottais en tentant de reprendre mes esprits. J'avais l'impression de sentir des présences autour de moi, me tournant autour, attendant patiemment que je baisse ma garde, pour enfin m'attaquer et ainsi éveiller en moi mes peurs secrètes. Comme à chaque fois qu'une crise de cette nature me submergeait, je me trouvais lamentable, et à présent indigne de la nouvelle vie que l'on m'offrait. Me redressant un peu, je jetais un regard à travers le plafond végétal, espérant surprendre un coin de ciel étoilé. Mais en vain. Cette nuit était définitivement sombre, dans tous les sens du terme. Je m'allongeais donc, fermant les yeux, me demandant bien quelle heure il pouvait être. Eloigner le sommeil devenait de plus en plus dur. La chose que je craignais le plus maintenant, était la réaction de Perle face à mon comportement. Je n'avais même pas la force d'essayer de l'imaginer. Colère ? Incompréhension ? Tolérance ? Mes pensées divaguaient dangereusement, mon souffle se faisait plus profond. Il ne fallait pas que je dorme. Dormir, c'était ouvrir la porte à mon passé. Et le mien n'attendait que ça. Une sensation étrange me tira de mon sommeil. Quelque chose d'humide, de chaud et de râpeux était en train de frotter contre mon pied gauche. Mon réflexe fut de me soustraire à ce contact, mais le creux où je m'étais installée ne me permettait pas de bouger à mon aise. Le sourire avec lequel je m'étais éveillée s'élargit rapidement, et très vite je me mis à pouffer bruyamment, gigotant en tous sens. Au fond, c'était plutôt agréable. Je crois même que personne ne m'avait jamais chatouillée, car je ne me savais même pas sensible. Après une poignée de secondes seulement, mes ricanements se muèrent en éclats de rires incontrôlés, et la chose qui courait sur ma peau disparut. J'ouvrais machinalement les yeux, le sommeil m'ayant tout à fait quitté, et eut droit au spectacle d'une jungle au lever du soleil. Les plantes diaprées et les fleurs multicolores semblaient avoir pris feu, fléchées qu'elles étaient de mille traits orangés perçant à travers les denses frondaisons. Soudain la manière dont je m'étais réveillée me revint en tête, et je jetais un coup d'oeil à mes pieds. Un petit fouisseur se tenait là, sur ses pattes arrières, me toisant de son regard sombre et fier. Je le reconnus de suite comme étant le compagnon de Menfa, car n'importe quel autre aurait préféré me lacérer plutôt que de me lécher. Sentant un bonheur inexplicable commencer à m'emplir, j'adressais un sourire radieux à l'animal, de ceux que je ne décochais qu'à l'occasion et sous certaines conditions. La bête ouvrit la gueule et se mit à haleter doucement, exhibant la petite langue qui avait titillé ma plante de pied. – Tu n'es pas avec ton maître toi ? demandais-je au fouisseur, comme on parle à son chien. M'étant relevée, je tentais de l'attraper, mais l'animal, vivace, esquiva mes mains et s'évanouit dans la jungle. Je restais un moment immobile, me contentant de frotter pensivement mes pieds, les yeux rivés sur ce qui m'entourait. Il me restait à répondre de mes actes de la veille auprès de Perle, ça, je ne l'avais pas oublié. Je n'anticipais ni n'espérais, comptant sur la sagesse de mon amie. Ce début de journée plaçait la suite des évènements sous les meilleurs auspices, j'en étais sûre. Ma turpitude s'en était retournée dans les abysses de mon âme, et avec elle tous mes fantômes. Je n'avais qu'à ouvrir mes sens à la nature et à la vie environnante, et tout allait déjà beaucoup mieux. J'aimais pouvoir m'émerveiller d'un rien, pour écarter les vicissitudes de ma nouvelle existence. Mais pour le moment, un besoin bien plus ordinaire me torturait : J'avais faim. Enfilant mes sandales et armant mon sac, je quittais la jungle, passais devant le temple qui ne m'attendait pas encore et prenais le chemin de la maison. A mesure que j'en approchais, la boule dans mon ventre grossissais. Comment diable allais-je retrouver Perle ? Voudrait-elle encore me parler ? J'eus le temps de donner trop de réponses à mes questions, avant d'apercevoir la maison au loin, devant laquelle discutaient trois jeunes gens. Je ralentissais immédiatement, redoutant la Crystal sauvage prête à prendre le contrôle. Je fis quelques pas méfiants vers eux, tentant de les identifier à tout hasard. Il s'agissait des camarades de Perle, que fichaient-ils encore ici ? Malgré tout le calme que je m'imposais, le rouge me monta aux joues et une bouffée de colère mal réprimée me fit serrer les poings et la mâchoire. Les étudiants tournèrent la tête vers moi, alors que j'étais presque à la porte, et je crus bien que j'étais repartie pour un tour dans les affres de mes tourments. Mais je tins bon, et les ignorais. – Eh, attends un peu toi. L'ordre, lancé d'une voix menaçante, me figea sur place. J'entendis qu'on venait vers moi, alors que je me retournais lentement, luttant intérieurement pour ne pas succomber à l'appel de la fuite. – Pourquoi t'as filé hier soir ? cracha un des trois jeunes gens, un garçon courtaud aux traits burinés malgré son âge. Ses yeux me foudroyaient, mais, étrangement, je ne me sentais pas vraiment impressionnée. Je ne m'étais pas fait prendre par surprise cette fois-ci, et avais pu laisser monter les émotions en moi. – Qu'est-ce que ça peut te faire ? grinçais-je en retour, gonflant involontairement les muscles de mes bras. Les yeux du garçon, qui menait visiblement le trio, s'étrécirent jusqu'à ne plus ressembler qu'à des fentes noires. Ses lèvres se tordirent sous l'effet de la contrariété, et l'atmosphère devint alors orageuse. Ce n'était pas la première fois que j'étais sur le point d'en venir aux mains, et je n'avais pas besoin d'être devineresse pour comprendre qu'une rixe risquait fort d'éclater. Sans armes et à forces égales, il n'y avait aucune raison de craindre l'affrontement. – Comment tu peux te prétendre meilleure amie de Perle ? explosa le garçon, faisant reculer ses deux comparses. Tu l'as laissée tomber, et toute une nuit en plus ! Elle a passé la soirée à pleurer, elle croit que tu lui en veux ! Tu trouves ça normal toi ? Ces remontrances firent surgir la culpabilité, qui planta ses crocs de glace dans ma chair. Il y avait du vrai dans ce que ce garçon disait, indéniablement. Je m'étais comportée comme une égoïste, comme un monstre même. J'avais exhibé mes sentiments les plus profonds à Perle, puis je l'avais blessée immédiatement après. Mais ce n'était pas de ma faute, je n'avais pas choisi mon passé, je n'avais pas choisi mes peurs et mes faiblesses. L'amitié se basait justement sur l'acceptation des défauts de l'autre, alors pourquoi devrais-je tout endosser ? J'étais prête à m'excuser, à implorer le pardon de Perle s'il le fallait. Mais, en revanche, ce que je ne pouvais souffrir, c'était qu'une tierce personne, un inconnu totalement extérieur à ma relation avec Perle, ose venir pointer les avarices d'un lien qu'il ne soupçonnait de toute évidence pas. – De quoi je me mêle ? Allez-vous-en et laissez-moi régler ça avec Perle. Ma réponse ne plut pas au garçon, qui, dès que je me fus retournée pour entrer chez moi, me saisit par l'épaule. Le souvenir du capitaine me frappa de plein fouet, et la rage grandit en moi comme une flamme suralimentée. Du coude, j'envoyais un coup sec mais calculé dans le thorax du jeune homme, qui, sous la surprise et la douleur, me lâcha, et recula. – Dernier avertissement, sifflais-je en adoptant une posture plus appropriée au combat. Filez, ou je vous jure que ça va barder. Le garçon, touché dans son honneur, fit la chose la plus stupide, à laquelle je m'attendais néanmoins. Le visage déformé par la colère, il tenta de me porter un coup de poing, que j'esquivais sans le moindre mal. Sa main s'écrasa violemment contre le mur de pierre, y laissant une marque sombre caractéristique. La brute beugla sous la douleur, et recula de plus belle, les phalanges ensanglantées. – Halte ! Arrêtez ! Une paume puissante me plaqua contre la porte, si fort que j'en eus le souffle coupé. En même temps, je vis que mon adversaire subissait le même traitement, jouant des jambes pour ne pas tomber à la renverse. Tournant la tête, je vis qu'une milicienne se tenait près de nous, nous fixant tour à tour d'un air sévère, prête à intervenir manu militari s'il le fallait. – Crystal ? Kalièce ! La voix de Perle fit fondre mes ardeurs, et je jetais un oeil par dessus l'épaule de la milicienne pour la voir accourir, les yeux grands ouverts et la tête entre les mains. La femme qui nous avait séparés m'imita, et parut contente. – Ah, Perle, c'est bien que tu soies là. Tu vas pouvoir m'aider, car je ne connais pas cette demoiselle. – Sont-ils blessés ? cria mon amie avec horreur en la coupant presque, et en se jetant sur moi. Elle m'inspecta rapidement, et sembla soulagée de voir que je n'avais rien. Puis elle se dirigea vers le dénommé Kalièce, et examina sa main avec douceur. Même si voir cette blessure me désolait quelque peu, j'étais tout de même rassurée de voir que c'était moi, que Perle était venue voir en premier lieu. Après un instant, mon amie cessa d'étudier la main de son camarade, pour se retourner vers moi. Quand son regard plongea dans le mien, j'eus une peur affreuse d'y voir de la colère, mais ce ne fut pas le cas. Au contraire, ses yeux semblaient me supplier d'éclaircir la situation. – Jeunes gens ? dit la milicienne après s'être raclé la gorge, afin d'obtenir l'attention générale. Nous n'en avons pas fini. Perle, dis-moi qui est cette jeune femme je te prie. – C'est Crystal, une amie. Elle est ici depuis peu. La garde hocha la tête, satisfaite, puis reprit : – Fort bien. Maintenant qu'on me dise ce qu'il s'est passé. Toi là-bas, tu n'as pas participé ? Bien. Je t'écoute. La personne désignée, un des acolytes de Kalièce, entreprit de relater les faits assez adroitement et, je dois l'avouer, très objectivement, ne prenant aucunement le parti de son ami. Ce dernier ne l'interrompit ni ne le contredit, se contentant de grogner, le regard bas et coupable. A mesure que tout s'expliquait, le visage de Perle se recomposait, et elle m'adressa, à la fin, un regard sincère de remerciement et de soulagement. – Ce n'est pas la première fois que je te reprends pour du grabuge, n'est-ce pas Kalièce ? Prends garde, la prochaine fois, ce sera une semaine de corvées. Ayant annoncé la sentence, la milicienne nous jaugea un à un du regard, en finissant par moi. – Tu as bien réagi, Crystal. Mais rien ne me garantit que tu n'aurais pas roué ce garçon de coups si je n'étais pas intervenue. aussi, si cela se reproduit, appelle plutôt un milicien pour régler le conflit. Nous ne sommes pas là pour décorer. Cela dit, elle nous fit nous disperser, et retourna à sa patrouille. Quand Perle referma la porte dans mon dos, je n'eus pas le courage de me retourner pour affronter son regard, aussi doux et bienveillant puisse-t-il être. Elle comprit tout naturellement, et, après s'être approchée dans mon dos, m'enlaça, comme elle le faisait à chaque fois que j'allais mal. – J'ai multiplié les imbécillités depuis hier soir, pas vrai ? Marmonnais-je tout bas, sans chercher à articuler. Mon amie ricana gentiment, et me serra un peu plus fort. – Tu n'avais pas besoin de fuir aussi longtemps, Crystal, je ne t'en ai jamais voulu. – Tu... Avais compris ? Cette fois c'est un rire qui s'échappa d'entre ses fines lèvres, et, après m'avoir forcée à me retourner, elle me dit, les yeux dans les yeux : – Je lis en toi comme dans un livre ouvert, et tu le sais très bien. Ce que tu m'as dit hier soir, cela compte. Alors arrête de te torturer, et apprends à lâcher prise. Je suis ta meilleure amie, Crystal, tu peux tout me dire. Même, tu dois tout me dire. Je sais que ce n'est pas facile, mais il le faut, tu ne peux pas garder tout ça pour toi. Alors, commence à me raconter et à m'expliquer pourquoi j'ai dû me faire un sang d'encre pour toi cette nuit. Et elle ponctua son discours par un sourire désarmant dont elle avait le secret, et je ne pus résister. Les portes de mon passé, qui s'étaient entrouvertes cette nuit, lâchèrent et un flot incoercible de sentiments, de souvenirs, d'expérience se déversa en moi. Fébrile, je m'assis en face de Perle, les lèvres tremblotantes. J'allais tout dire, tout. J'avais déjà commencé à notre première rencontre, et il fallait que je continue, que je crève l'abcès. Mon amie avait raison : Je ne pouvais pas garder tout ça pour moi.

  • Kenshira Avatar
    Kenshira - il y a 12 ans

    On découvre la jalousie, à ce que je vois :p
    En effet, y avait du sentiment à coucher sur... l'écran (j'ai encore pas mal de mal à me faire avec cette expression, même si c'est parfaitement vrai).

    Pour ce qui est de la reconstitution de la prise de tête... C'est tellement galère et prise de tête que je ne peux que lui donner un trophée pour le réalisme ^^


    Bref, j'attends de voir un peu ce que Crystal semble cacher...^^


  • Rainbow Avatar
    Rainbow - il y a 12 ans

    Salut,

    Je n'accroche que difficilement aux histoires fictives. Entre autres parce qu'elles sont souvent trop magiques à mon goût, et qu'on en vient aux chatouilles trop vite. Ici je suis comblé ! Qui plus est, et pour moi c'est important, la syntaxe est agréable (correcte, en fait :) ) et le vocabulaire riche. Et surtout, l'aspect magique est subtilement amené. J'avoue que j'ai trouvé l'apparition de la fée un peu contraire à mes attentes dans le sens où je ne suis pas très adepte de ce genre d'univers et de magie là. Mais cela n'est qu'une question de goût et non de qualité de l'histoire. Et enfin, malgré ça, ce qui aurait pu me rebuter totalement, je dois bien admettre que j'espère vraiment qu'il y aura une suite parce que j'ai vraiment eu du plaisir à lire et que j'aimerais franchement savoir ce qui va se passer !

    Bonne continuation.