Histoire : L’Avocate et le Mafieux FF/F (Épisode 01)

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Liste des épisodes


Histoire ajoutée le 17/08/2026
Épisode ajouté le 17/08/2026
Mise-à-jour le 17/08/2026

L’Avocate et le Mafieux FF/F

L’Avocate et le Mafieux
PARTIE 1
Le néon rouge du Silenzio dessinait des arabesques fatiguées sur le bureau en acajou. Don Carmine, homme de goût et de poigne, contemplait son verre de whisky d'un œil morose. Sept cent mille dollars venaient de s'évaporer de ses comptes pour lui épargner un séjour prolongé aux assises. S'il était techniquement libre, sa superbe, en revanche, prenait l'eau de toutes parts, et l'humiliation publique auprès des autres familles de la ville avait un goût particulièrement amer.

Pour le Don, le coupable désigné ne faisait aucun doute. Ce n'était point la rigueur du parquet, mais bien la magistrale légèreté — ou la trahison déguisée — de son propre conseil. Me Karen Sterling.
Une jeune femme de trente-cinq ans, incarnation vivante du barreau le plus chic et le plus redoutable. Élégante, un brin hautaine, moulée dans des tailleurs qui valaient le prix d'une berline de luxe, elle avait mené sa défense avec une assurance frôlant l'insolence. Mais pour Carmine, cette assurance s'était muée en un poignard dans le dos au moment où le juge avait prononcé l'amende record.

S'il laissait passer l'affront, ses chers capitaines le prendraient pour un tendre que la première avocate venue pouvait berner impunément.
Il reposa son verre avec une lenteur menaçante.
— Appelle Marco, ordonna-t-il à son ombre de second. Inutile de songer à l'éliminer. La mort, c'est l'affaire des traîtres, et cela solderait l'affaire beaucoup trop vite. Allons plutôt lui enseigner le véritable coût d'une note d'honoraires.

Marco s'avança, esquissant un rictus qui tenait autant de la grimace que de la promesse. Pour lui, la pédagogie mafieuse revêtait des formes traditionnelles et pour le moins rustiques.
— On a l'embarras du choix, Patron, suggéra-t-il à voix basse. On peut la cueillir à la sortie de son cabinet, la pendre par les pieds dans un hangar pendant quelques heures pour lui remettre les idées en place. Ou alors on peut la plonger quelques heures dans un tonneau d'eau glacée, c'est souverain pour les esprits trop vifs. Et si l'on veut du haut de gamme, une petite coupe de phalanges, ça apprend la politesse.
Carmine le foudroya d'un regard empreint d'une profonde lassitude.
— Mon cher Marco, tu raisonnes toujours comme un sous-fifre de mélodrame. Une phalange en moins, et la charmante Karen irait s'épancher sur l'épaule du procureur dès le lendemain matin, drapée dans son costume d'héroïne persécutée. Nous écoperions de vingt ans de bagne sans autre forme de procès. La violence physique, c'est l'apanage des imbéciles. Je ne veux pas briser son corps, je veux détruire sa superbe. Je veux qu'elle assiste, impuissante, à la démolition méthodique de son petit empire.

Le lendemain, l'enveloppe contenant les actes d'achat de son immeuble et le rachat des créances de ses principaux clients fut déposée sur le bureau de l'avocate. Karen, après l'avoir parcourue d'un regard souverain, repoussa les feuillets avec un sourire délicieusement narquois.
— Dites à votre employeur que sa caution ne couvrait que sa liberté de mouvement, glissa-t-elle avec une exquise politesse. S'il espère m'impressionner avec du papier timbré, il se trompe d'adresse. Sur mon terrain, les honoraires se payent en années de réclusion.

Pendant trois jours et trois nuits, enfermée dans son cabinet aux volets mi-clos, elle échangea ses dossiers d'assises pour une plongée chirurgicale dans les méandres financiers du clan Carmine.

Là où d'autres auraient fait appel à des hommes de main ou proféré des menaces, Karen utilisa les articles de loi et les vices de procédure avec une précision d'orfèvre :

L'enquête financière : En exploitant une faille mineure dans la déKarention d'une société-écran basée au Panama et liée à l'un des prête-noms du Don, elle remonta le fil jusqu'aux comptes dissimulés aux Îles Caïmans.
L'estocade juridique : Elle rédigea une requête en saisie conservatoire d'une efficacité redoutable, déposée en urgence auprès d'un juge financier qu'elle savait incorruptible. En moins de quarante-huit heures, les avoirs de la Famille — plusieurs dizaines de millions de dollars destinés au blanchiment — se retrouvèrent totalement bloqués.

Plutôt que de faire signifier l'acte par un huissier assermenté ou par voie électronique, Karen préféra livrer le coup de grâce en personne pour marquer sa supériorité.

Au cœur du Silenzio, le sanctuaire habituel des transactions de Don Carmine, la porte s’ouvrit sans annonce. Karen avança d'un pas mesuré, le choc de ses talons aiguilles résonnant sur le marbre comme un compte à rebours. Ignorant les regards assassins des hommes de main et le mutisme stupéfait de Marco, elle s'arrête devant le bureau en acajou.

D'un geste lent et fluide, sans départir son visage d'un léger sourire distant, elle posa un épais dossier relié de cuir sombre juste à côté du verre de whisky de Carmine.
Sur la première page, le tampon rouge de la Cour financière d'État apparaît, suivi de la liste exhaustive des numéros de comptes désormais gelés. Elle ne haussa pas la voix ; elle se pencha légèrement, ajusta les revers de son tailleur impeccablement cintré, et glissa à Carmine que ses honoraires étaient désormais payés avec les intérêts, avant de tourner les talons sans attendre de réponse.

Face au désastre, Carmine dut battre en retraite, non sans rage. Mais au cœur de cette humiliation passagère, une idée lumineuse germa dans son esprit fertile. Pas de traces, pas de certificats médicaux, pas la moindre prise pour le procureur. Une vengeance d'une cruauté exquise, taillée sur mesure pour une femme dont la plus grande force était la maîtrise de soi.
— Marco, murmura le Don, les yeux brillants d'une joie malicieuse. J'ai trouvé la méthode idéale.
— Ah ? Une bonne correction ?
— Mieux que cela. Nous allons l’enlever en douceur, l’installer très confortablement, et la chatouiller sans merci…
— Des... des chatouilles, Patron ? répéta le second, la voix hésitante, comme s'il s'assurait d'avoir bien entendu. Vous vous moquez de moi ?
Un sourire mince, presque paternel, étira les lèvres du vieil homme.
— Est-ce que j'ai l'air de plaisanter, Marco ?
— Mais enfin, Don Carmine ! s’exclama le lieutenant en faisant un pas en avant. C’est Maître Sterling ! La femme qui vient de geler vos avoirs aux Caïmans et de mettre le parquet à nos trousses ! On parle de millions de dollars et d'un affront public ! Si les autres Familles apprennent qu’on réplique avec des enfantillages de cour de récréation, nous allons devenir la risée de toute la ville.
Carmine poussa un soupir indulgent et adossa son dossier en cuir, observant son homme de main avec une touche de lassitude.
— Tu penses comme une brute du siècle dernier, mon pauvre Marco. Regarde plus loin que le bout de ta lame de couteau. Si tu lui casses un bras ou si tu lui coupes un doigt, que se passera-t-il ?
— Elle apprendra la peur, lâcha Marco.
— Non. Elle ira droit aux urgences, fera établir un certificat médical en béton armé, et le lendemain matin, elle s’épanchera au journal de vingt heures drapée dans un costume de martyre intouchable. Le procureur en fera une affaire personnelle, la presse nous dévorera, et nous finirons nos jours derrière les barreaux pour association de malfaiteurs et actes de barbarie. La violence physique sur une personnalité publique, c'est la signature des imbéciles.

Marco s'agita, mal à l'aise, balayant l'air d'une main frustrée.
— Alors quoi ? On la laisse nous ruiner avec du papier timbré ?
— Absolument pas. On va détruire ce qui fait sa force.

Carmine se leva lentement et marcha jusqu'à la fenêtre donnant sur la rue détrempée.
— Sur quoi repose le pouvoir de Karen Sterling ? Sur son sang-froid. Sa prestance. Sa maîtrise absolue d'elle-même. C'est une femme de glace, drapée dans des tailleurs à cinq mille dollars, qui regarde les juges de haut et démonte un réquisitoire d'un simple haussement de sourcil. Sa fierté est son armure.

Il se retourna, les yeux pétillants d'une lueur sombre.
— Enlève-lui sa dignité, réduis-la à l'état de gamine convulsive, incapable de retenir ses éclats de rire et suppliant qu'on l'épargne, et tu brises son armure à jamais. Le rire forcé est une effraction intime redoutable. Il n'y a rien de plus humiliant pour un esprit cérébral et stoïque que de perdre totalement le contrôle de son propre corps sous le coup d'une sensation aussi ridicule.
Marco gratta sa tempe, l'air toujours sceptique mais visiblement ébranlé par la logique du Don.
— Et pour la police ? Si elle va porter plainte ?
— Réfléchis un instant, railla Carmine en esquissant un geste de la main. Imagine la scène : la brillante, la très chic Maître Sterling franchit la porte du commissariat central. Elle demande à voir le divisionnaire. Et que va-t-elle lui raconter ? Qu'on l'a enlevée sans lui faire la moindre égratignure, confortablement installée dans un boudoir chauffé, et qu'on lui a chatouillé les plantes de pieds et les côtes pendant des heures ?

Carmine laissa passer trois secondes de silence, savourant l'effet de ses mots, avant de conclure dans un souffle joyeux :
— On lui rira au nez, Marco. Les flics croiront à une crise de démence ou à une plaisanterie de mauvais goût. Pas de bleus, pas de contusions, pas de preuves biologiques. Devant la loi, les chatouilles n'existent pas ou du moins elles ne peuvent pas être prouvées. C'est la vengeance parfaite : une torture psychologique dévastatrice, taillée sur mesure, mais légalement invisible et donc qui n’existe pas officiellement.

Le visage de Marco se détendit peu à peu, remplacé par une grimace admirative. L'absurdité du plan venait de céder la place à une cruauté machiavélique.
— Pas de traces… pas de certificat… murmura le lieutenant avec un début de sourire. C'est... diaboliquement tordu, Patron.
— C'est de l'art, rectifia Carmine en désignant le téléphone sur le bureau. Maintenant, appelle Elena et Sonia. Pas de brutes pour cette mission. Il nous faut de la dentelle, de la précision et un piège dans lequel notre chère avocate tombera la tête haute.
… (à suivre)...

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