Histoire : L’Avocate et le Mafieux FF/F (Épisode 02)

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Liste des épisodes


Histoire ajoutée le 17/08/2026
Épisode ajouté le 17/08/2026
Mise-à-jour le 17/08/2026

L'avocate et le Mafieux (partie 2)

PARTIE 2
L'exécution du plan tenait de la haute voltige diplomatique. Carmine avait exigé un travail d'orfèvre : pas de porte enfoncée à coups d’épaules, point de carreaux brisés ni de contusions de mauvais genre. Pour attraper une perle de la magistrature, il fallait agir en gentleman de la pègre.

Au lieu de dépêcher ses gros bras habituels — braves garçons, mais un peu rustiques —, le Don confia la mission à Elena et Sonia, deux créatures à l'élégance trompeuse et aux mœurs discrètes. En deux temps, trois mouvements et un piratage informatique exécuté dans les règles de l'art, les deux commères substituèrent un faux rendez-vous dans l'agenda de l'avocate. Une consultation à domicile grassement honorée pour une ténébreuse affaire de succession dans un manoir des environs.

À vingt heures sonnantes, Karen gara sa berline devant la grille du domaine. Elle remonta l'allée gravillonnée, sa serviette sous le bras, impeccable et sereine. Sonia, costumée en gouvernante d'une honorabilité au-dessus de tout soupçon, lui ouvrit avec un sourire composé.

À peine l'avocate eut-elle franchi le seuil que la lourde porte en chêne se referma avec un bruit sec. Avant que la belle enfant n'eût le temps de s'étonner, Elena lui appliqua sur le visage un mouchoir imprégné d'un doux opiacé. Karen esquissa une défense, mais ses fines jambes se dérobèrent et elle sombra sans douleur dans les bras des deux complices.

À son réveil, pas de cachot humide ni de cave sanglante. La charmante juriste se retrouva dans un boudoir bien chauffé, confortablement installée dans un fauteuil en cuir inclinable. Seul détail singulier : ses poignets étaient retenus par de moelleuses sangles matelassées, tandis que ses chevilles, délicatement débarrassées de leurs escarpins, reposaient sur un soutien relevé.

En face d'elle, Don Carmine sirotait son whisky d'un air patelin.
— Bonsoir, cher Maître. Prenez donc vos aises, nous allons pouvoir dialoguer.
Karen recouvra ses esprits en un éclair. Malgré l'inconfort relatif de sa posture, elle redressa le menton, arborant un stoïcisme qui aurait fait honneur à un vieux sénateur romain.
— Don Carmine, déclara-t-elle d'un ton glacial, si vous comptez m'intimider par cette mise en scène de mélodrame, vous faites fausse route.
Le Don ne se départit pas de son bonhomme de sourire. D'un simple geste de la main, il fit signe à ses deux aides de camp.

Le cliquetis métallique du bracelet d'Elena résonna dans le silence ouaté du boudoir, brisant la fausse courtoisie de Don Carmine. Karen gardait le menton haut, les épaules calées contre le cuir du fauteuil, le regard fixe et glacial. Mais lorsque la jeune femme s'avança et sortit de sa trousse une longue plume d'oie à la hampe immaculée, le mécanisme si parfait du cerveau de l'avocate subit un enrayement brutal.
Une plume ?
Pendant une fraction de seconde, son esprit analytique — cette machine rodée aux prétoires, habituée à disséquer les vices de forme et les réquisitions du parquet — tourna à vide. Elle avait anticipé des menaces verbales, des signatures d'actes sous la contrainte, une arme braquée sur sa tempe ou même la douleur cuisante d'une gifle….
Mais devant ce brin de duvet blanc, le Code pénal devenait subitement muet.

Puis Sonia s’avança à son tour, déballant avec une lenteur calculée des pinceaux de maquillage aux poils souples et touffus. La vérité frappa Karen à l'estomac avec la brutalité d'un coup de poing. Une plume et des pinceaux….
Des chatouilles !

Un froid polaire lui glissa le long de la colonne vertébrale. Ce n'était pas une erreur, ni une plaisanterie grotesque. C'était un piège psychologique d'une perversité chirurgicale. Carmine ne cherchait pas à lui casser un os ; il voulait lui arracher sa dignité.

Un début de panique, tiède et acide, commença à monter dans sa gorge. Ses yeux baissèrent malgré elle vers ses propres pieds, pieds nus, exposés, coincés dans les encoches du repose-pied sans leurs escarpins de créateur. Elle se rappela la sensibilité extrême de ses voûtes plantaires, et sa crainte des chatouilles, un secret intime que personne dans cette pièce n'était censé connaître, mais que le hasard s'apprêtait à livrer à ses bourreaux.

Non. C'est impossible. Je suis Maître Karen Sterling. Je contrôle tout. Mon corps obéit à ma volonté.

Pourtant, alors qu'Elena s'agenouillait au pied du fauteuil et que la pointe de la plume suspendue n'était plus qu'à un centimètre de sa plante de pied droit, l'anticipation du contact lui donna un vertige terrifiant.

Elle comprit la machination absolue du Don : le rire réflexe n'a pas de morale, il n'a pas de fierté, il ne connaît pas le droit. Son propre corps allait la trahir. Elle allait glousser, supplier, se tordre, perdre le contrôle de sa voix de soprano pour émettre des sons stridents et humiliants. Et le pire, la vraie terreur qui lui noua le diaphragme avant même la première caresse, c'est qu'elle savait qu'il n'y aurait aucune trace. Pas un bleu. Pas une égratignure. Aucune plainte possible.

Son armure venait de voler en éclats. Dans la pénombre de ses yeux écarquillés par un effroi sous-jacent, le stoïcisme céda la place à la pure terreur d'une femme qui sait qu'elle va se noyer tout éveillée sous des vagues de rire forcé.

Elena s'agenouilla et fit courir la pointe de la plume avec une lenteur calculée le long de la voûte plantaire nue de l'avocate. Le contact était infiniment doux, presque imperceptible, et ce mouvement de la plume ne suffisait pas à faire éclater Karen de rire.

C'était une sensation bien plus retorse : juste assez appuyée pour lui procurer des frissons insupportables parcourant son échine d'une onde électrique, mais demeurant toujours à la limite exacte du rire.

Chaque effleurement suspendait Karen dans un entre-deux suppliciant. Sa respiration se bloquait, ses muscles se contractaient dans une attente anxieuse, oscillant sans cesse entre une crispation silencieuse et l'imminence d'un éclat qui refusait de sortir. La plume traçait sa voie avec une précision millimétrée, étirant les frissons jusqu'à l'extrême, maintenant la tension au bord du gouffre sans jamais la libérer.

Ses orteils se crispaient frénétiquement, se recourbant dans une tentative instinctive d'échapper à la caresse. Une sueur froide et fine perla soudain sur ses tempes, tandis qu'un tremblement incontrôlable agitait sa cheville, retenue fermement. Son torse se soulevait par à-coups, chaque inspiration devenant une lutte contre ce chatouillement sournois qui ne disait pas son nom.

Celle qui tenait la plume le savait pertinemment. Elle observait avec une cruauté attentive le moindre sursaut de son corps, modulant la vitesse du geste sans jamais modifier la pression. Si elle appuyait trop fort, la sensation devenait un simple frottement ; si elle effleurait à peine, elle disparaissait. Elle se maintenait avec une maîtrise sadique sur cette zone frontière, là où le système nerveux surchauffe sans pouvoir déclencher la soupape du rire.

Karen serrait les poings à en blanchir ses articulations, les ongles s'enfonçant dans ses paumes. Ses lèvres restaient entrouvertes, laissant échapper de petits halètements étouffés, des gémissements rauques qui cherchaient à se transformer en un éclat libérateur. Mais la libération ne venait pas. La plume bifurqua lentement vers la naissance du talon, déclenchant une onde de chocs microscopiques qui remonta le long de ses jambes jusqu'à son bas-ventre.

C'était une torture par l'anticipation : le cerveau réclamait le rire pour briser la tension, mais la plume refusait de lui offrir cette liberté. Karen était prise au piège de son propre corps, condamnée à subir ce vertige tactile, oscillant indéfiniment sur la corde raide d'un rire suspendu.
— Admirable, persifla Carmine en faisant un signe à Eléna. Mais le stoïcisme a ses limites, chère amie.

La plume bifurqua soudain avec une légèreté perverse pour remonter le long du creux le plus sensible de sa voûte plantaire, s'attardant dans un micro-mouvement circulaire d'une précision diabolique.

Ce fut le millimètre de trop. Le fil tendu à l'extrême sur lequel Karen oscillait depuis des minutes rompit brutalement.
Sa résistance vola en éclats. Un hoquet aigu traversa sa gorge, suivi immédiatement d'un premier éclat de rire explosif, incontrôlable, presque convulsif. Toute la tension accumulée dans ses muscles se libéra d'un coup dans une secousse violente. Ses jambes se détendirent vivement dans un réflexe de défense, son corps tout entier arqué par la décharge d'endorphines et d'adrénaline.

Ce n'était pas un rire joyeux, mais une vraie reddition nerveuse, secouant sa poitrine de soubresauts frénétiques. Des larmes de pure surcharge sensorielle jaillirent de ses yeux fermés, coulant le long de ses tempes. Elle tenta de bredouiller un « arrêtez », mais la parole fut étouffée par une nouvelle vague de rire hystérique, alors que le simple souvenir du passage du duvet continuait de faire frissonner sa peau à vif. Karen s'effondra en arrière, complètement épuisée, le souffle court, à la fois soulagée d'avoir brisé la torture du frisson et totalement à la merci de son bourreau.

Sonia entra en scène avec une assurance tranquille, orchestrant son geste avec une précision presque chirurgicale. Elle laissa glisser la pulpe de ses doigts le long des côtes de Karen, tirant parti de la soie de son chemisier. Le tissu, fin et glissant, servait d'amplificateur : il relayait chaque micro-mouvement tout en floutant la trajectoire exacte de sa main, plongeant Karen dans un état d'imprévisibilité totale.

La méthode de Sonia ne devait rien au hasard. Ses doigts ne pressaient pas à l'aveugle ; ils suivaient scrupuleusement le relief intercostal, épousant chaque creux où les terminaisons nerveuses affleuraient sous la peau. Plutôt que de chercher un contact direct, elle faisait glisser la soie elle-même contre la chair de Karen. Ce frottement fluide engendrait une onde de frissons en cascade qui devançait le passage de ses empreintes.

Sonia jouait savamment avec les rythmes. Elle ralentissait son ascension le long de la cage thoracique jusqu'à la limite du supportable, puis coupait net par une brève accélération de la pulpe de ses doigts. Elle remontait des hanches vers le haut du buste, frôlant les aisselles sans jamais s'y arrêter, maintenant Karen dans la peur constante du coup de grâce.
Prise au piège sous l'étoffe, Karen se cambrait instinctivement pour fuir la caresse. Mais ce mouvement de recul ne faisait que plaquer davantage le chemisier contre ses flancs, décuplant l'intensité du chatouillement et lui arrachant une succession de hoquets étouffés.

L'attaque combinée sous les pieds et sur les flancs terrassa la défense de la juriste. Un premier hoquet étranglé lui échappa, suivi d'un petit rire nerveux qu'elle tenta désespérément de ravaler.
— Non… arrêtez… souffla-t-elle, rouge de confusion.
— Ne luttez pas, Maître, vous vous fatiguez inutilement, railla le vieux mafieux.

Sous l'emprise de ce contact insidieux, le corps de Karen devint un théâtre de contractions involontaires. À chaque passage de la pulpe des doigts sur la soie, sa cage thoracique se verrouillait. Son souffle, d'ordinaire régulier, se brisa en une série d'inspirations saccadées et courtes, bloquées au haut de sa poitrine sans jamais parvenir à remplir ses poumons.

Une onde de chair de poule se propagea le long de ses bras et de son cou. Ses épaules remontèrent vers ses oreilles dans une tentative instinctive d'enfermer son buste, tandis que ses flancs se creusaient à l'extrême pour fuir la trajectoire de Sonia. La moindre fibre nerveuse située sous la soie semblait vibrer à vif. Entre deux frissons, sa respiration s'interrompait totalement : un silence suspendu, lourd de crainte, où seuls s'entendaient de petits grincements de dents et le frottement imperceptible du tissu contre sa peau.

Sa gorge se noua, laissons échapper de minuscules plaintes étouffées, un mélange de soupirs traqués et de râles légers qui luttaient pour ne pas éclater en rire hystérique. Ses abdominaux, tendus comme des cordes sous la pression du supplice, tressautaient par à-coups incontrôlés. La surcharge sensorielle était si vive qu'une chaleur soudaine lui monta aux joues, contrastant avec la moiteur froide qui engourdissait ses mains crispées dans le drap. Karen était totalement hors d'haleine, le cœur battant la chamade contre ses propres côtes, incapable de reprendre son souffle sous ce pillage méthodique de sa sensibilité.
Elena accentua la caresse sous le creux du pied. Le rire retenu de Karen éclata soudain, retentissant et cristallin dans toute la pièce. La digne avocate se tordait sur son siège, les yeux larmoyants, balayée par des vagues de fous rires involontaires. Chaque tentative de placer un argument juridique se solde par une nouvelle quinte d'hilarité désespérée.

L'affaire se corsant, Elena sortit de sa trousse des accessoires autrement plus diaboliques : de petites brosses en silicone souple et une roulette dentelée en plastique doux, tandis que Sonia chaussait des gants en microfibre texturée.

La brosse frotta le creux du pied droit, la roulette parcourut la base des orteils gauches, et les gants de Sonia s'activèrent avec fureur sous les aisselles. Karen bascula cette fois dans une hystérie complète.
— Ahahaha ! Non ! Ar-arrêtez ! AHAHAHA ! hurlait-elle de rire, la tête projetée en arrière.
Ses pieds se débattaient contre les sangles, son visage était devenu cramoisi et sa belle voix de soprano s'égrenait en hoquets désordonnés. Le spectacle d'une gravité si parfaitement démolie réjouissait le parrain au plus haut point.

Sur un signe de Carmine, les deux opératrices finirent par faire une pause. Un silence de plomb retomba sur la pièce, troublé seulement par la respiration saccadée et pénible de la victime. Le torse palpitant, les cheveux légèrement en désordre, Karen lutta deux minutes pour retrouver son souffle.
Lorsqu'elle rouvrit les yeux, sa volonté de fer reprit le dessus avec une vitesse stupéfiante. Elle ravala le dernier sanglot de rire qui lui nouait la gorge.
— C'est… c'est tout ce que votre imagination a produit, Don Carmine ? croassa-t-elle avec un mépris souverain. Vous n'avez obtenu aucune concession. Ce n'était qu'un réflexe nerveux. Une fois dehors, rien n'aura changé : je tiendrai toujours vos finances.

Piqué au vif par cette impudence invraisemblable, le Don en eut les sourcils froncés.
— Recommencez ! ordonna-t-il, la voix assombrie. Et sans interruption cette fois !
Sonia immobilisa la tête de l'avocate tandis qu'Elena induisait la voûte plantaire de Karen d'une huile fluide qui décuplait la sensibilité de la peau, avant d'y appliquer les dents d'un peigne fin en métal poli.
— N-NON ! AHAHAHA ! s'égosilla Karen, retombant instantanément dans le gouffre du rire forcé.

L'alliance infernale de l'huile fluide et du peigne en métal sous ses pieds, conjuguée aux assauts incessants de Sonia sur ses côtes, acheva de réduire à néant l'immense dignité de l'avocate. Chaque dent d'acier traçait sur sa peau ultra-sensibilisée un sillon d'étincelles pures, transformant le moindre frottement en une décharge électrique intolérable.
Ses jambes, pourtant maintenues aux chevilles, étaient agitées de secousses spasmodiques d'une violence inouïe. Elles se débattaient frénétiquement contre les sangles matelassées, projetant le repose-pied dans des tiraillements vains qui ne faisaient qu'offrir un nouvel angle d'attaque à ses bourreaux. Son dos se cambrait en arc de cercle, sa poitrine se soulevait dans un rythme effréné pour chercher une pauvre bulle d'air, mais chaque tentative d'inspiration se mutait instantanément en une quinte de rire stridente et hachée.

Des larmes chaudes et ininterrompues inondaient ses joues cramoisies, effaçant toute trace de son maquillage impeccable et collant quelques mèches de cheveux défaits sur son front brûlant. C'était une submersion sensorielle totale : son esprit, d'ordinaire si analytique, brillant et prompt à manier le droit, capitulait totalement sous ce feu d'artifice de sensations insupportables. Il n'y avait plus de lois, plus de Parquet, plus de fierté ni de menaces ; il ne restait qu'une femme au bord de l'asphyxie, noyée sous les vagues d'une hilarité convulsive et tyrannique. Le supplice sembla durer une éternité…

Finalement, à bout de souffle, le diaphragme tétanisé et incapable d'articuler le moindre mot à travers ses hurlements de rire désespérés, Karen comprit qu'elle n'avait plus aucune arme. N'en pouvant plus, la tête jetée en arrière dans un ultime spasme, elle renonça. Faute de pouvoir parler, elle se mit à frapper frénétiquement le cuir de l'accoudoir avec le plat de ses poignets enchaînés — un tambourinement lourd, rapide et désespéré, véritable signal de détresse destiné à marquer sans ambiguïté sa capitulation absolue.
— C'est bon… murmura-t-elle d'une voix éraillée dès que les filles se retirèrent. Un armistice, Carmine… Je lève le gel de vos comptes demain, et vous me laissez en paix.

Le Don la contempla avec une gravité faussement hésitante, goûtant chaque seconde de son triomphe.
— Un armistice ? C'est fort urbain, Maître. Mais une promesse formulée dans un moment de gaieté si intense… un juge dirait qu'elle manque de spontanéité et de liberté. Ne devrions-nous pas ajouter dix petites minutes pour bien fixer les idées ?
Elena leva de nouveau son peigne, et Sonia approcha ses doigts des aisselles de la malheureuse.
— Non ! Non, Carmine, je vous en supplie, attendez ! Pitié ! Arrêtez les chatouilles ! s'écria Karen d'une voix déchirée, brisée par la panique.

Ce n'était plus la juriste implacable qui parlait, mais une femme aux abois, projetée dans un élan de pure terreur psychologique. Ses yeux, d'ordinaire si froids et perçants, s'écarquillèrent de frayeur à la seule idée de sombrer à nouveau dans cet océan de chatouilles incontrôlables. Son corps tout entier, encore frémissant de la crise précédente, se verrouilla dans une crispation douloureuse. Les muscles de ses cuisses se tendirent à s'en rompre contre les sangles, ses épaules se rejoignirent dans un réflexe de protection désespéré, et sa poitrine se bloqua, incapable d'inspirer. L'anticipation de la torture — la vision de ce peigne suspendu à quelques millimètres de ses plantes de pieds huileuses et les doigts de Sonia prêts à fondre sur ses aisselles tremblantes — s'avérait mille fois plus dévastatrice que le choc du contact lui-même.

Carmine la laissa macérer dans cette affreuse perspective pendant dix secondes mémorables. Tenir son ennemie au bord du gouffre, la voir supplier du regard sans même avoir à poser une main sur elle : c'était là le sommet de son art. Le silence de la pièce devenait un poids écrasant, rythmé uniquement par les battements frénétiques du cœur de l'avocate et le tintement paresseux des glaçons dans le cristal. Il observait avec un délice sadique la fissure définitive dans le stoïcisme de Karen, savourant chaque micro-expression de détresse qui décomposait son visage.

Puis, satisfait d'avoir dompté non seulement le corps mais aussi l'esprit de sa charmante adversaire, il esquissa un geste d'une royale bonté. Un simple revers de la main, indolent et souverain, qui ordonnait l'interruption immédiate des hostilités et scellait sa victoire absolue.

— C'est bien, Elena. Détachez-la. Qu'on ramène Maître Sterling chez elle avec tous les égards dus à son rang. Elle va avoir beaucoup de travail à faire demain au tribunal !..

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