Histoire : Le secret de Lilou (Épisode 05)

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Histoire


Histoire ajoutée le 23/10/2025
Épisode ajouté le 18/04/2026
Mise-à-jour le 18/04/2026

Une conversation qui fait peur à Lilou

Le lendemain qui a suivi la séance à la piscine, je suis arrivée au lycée avec une boule au ventre. La nuit avait été courte. Je m'étais retournée dans mon lit pendant des heures, rejouant en boucle la scène du vestiaire, cherchant ce que j'aurais pu faire différemment. Partir plus vite. Répondre autrement. Ne pas trembler en ramassant mes tampons éparpillés sur le carrelage pendant qu'elles me regardaient. Je n'avais pas trouvé de réponse satisfaisante, et je m'étais endormie tard, avec ce sentiment désagréable d'être passée à côté de quelque chose d'important sans savoir quoi.

Dans les couloirs du lycée, chaque rire me semblait dirigé contre moi. Je savais que c'était probablement dans ma tête, que la plupart de mes camarades avaient d'autres préoccupations que mon cas. Mais la frontière entre la paranoïa et la vigilance raisonnable était devenue floue depuis quelque temps, et je ne savais plus très bien de quel côté je me trouvais.

Pauline n'était pas encore là. Je me suis réfugiée près du grand érable, à l'écart du flux des élèves qui arrivaient par vagues, et j'ai sorti mon téléphone pour me donner une contenance. C'est là que je les ai vues.

Julie, Clara et Anaïs, réunies près des bancs à l'autre bout de la cour. Elles formaient ce cercle fermé qu'elles adoptaient quand elels ne voulaient pas être entendues, têtes rapprochées, voix basses. Julie parlait, les deux autres écoutaient. Quelque chose dans leur posture m'a immédiatement alertée, une tension dans leurs épaules, des sourires qui n'avaient rien d'anodin. 

J'aurais du rester où j'étais.

Je me suis approchée lentement, longeant le mur, feignant de chercher quelque chose dans mon sac. Quelques mètres suffisaient pour entendre, si je tendais l'oreille.

- Sérieux, hier c'était trop, disait Julie, avec dans la voix cette satisfaction particulière qui me donnait la nausée.

Clara hocha la tête, puis son rire aigu perça le brouhaha ambiant.

- Elle est tellement prévisible. Tu fais ça, et elle part en vrille direct.

Elles ont brièvement imité mon éclat de rire, cette façon que j'avais de me plier en deux sans pouvoir m'en empêcher. C'était une imitation cruelle et précise, et mes joues se sont mises à brûler comme si j'avais reçu une gifle. 

Puis Julie a dit autre chose, et cette fois j'ai senti quelque chose se contracter dans ma poitrine.

- J'ai une idée pour la prochaine fois. On pourrait l'attacher. Juste pour voir combien de temps elle tient.

Un silence, puis les rires de Clara et d'Anaïs ont fusé, trop forts, trop vite.

- Attacher Lilou ? fit Anaïs, partagée entre le choc et l'amusement.

- Ouais, répondit Julie en haussant les épaules, avec ce ton faussement innocent qui signifiait exactement le contraire. Genre, juste les mains. Ou les pieds. Et on voit ce que ça donne.

Tu paris qu'elle ne tiendrait même pas dix secondes ? ajouta Clara.