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- La justicière !
Histoire ajoutée le
17/10/2014
Épisode ajouté le
17/10/2014
Mise-à-jour le
03/07/2021
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chatouillesdu92 - il y a 11 ans
Oua, super début en tout cas, qui donne déjà envie d'en savoir plus. Ca faisait longtemps que je ne t'avais pas lu, ça a grandi.
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Sweety - il y a 11 ans
Woaw. Juste "woaw".
Je suis pas une fan des histoires fictives à la base, mais la tienne me plait énormément ... Félicitations pour ce super début, et compte-moi parmi tes lectrices assidues pour la suite !
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Black Stingray - il y a 11 ans
Woaw, quel engouement !
Merci beaucoup pour vos commentaires, et promis la suite va arriver ! Le chapitre 2 est déjà écrit mais je préfère avoir quelques chapitres d'avance au cas où le boulot me laisserait pas assez de temps pour écrire (ce qui sera le cas cette semaine d'ailleurs
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Chinow - il y a 11 ans
Hey, mais j'ai beaucoup aimé cette histoire ! Je ne m'y attendais pas vraiment, en fait, car j'ai lu tellement d'histoires sur des supers héros assez... moyenne que j'avais un mauvais apriori. Comme quoi, j'avais vraiment Thor ! J'aime beaucoup le principe de base, tes personnages sont très intéressants, d'emblée, même ton personnage masculin qui ne restera sans doute pas forcément longtemps présent dans l'histoire a de la profondeur. Je vais lire la suite avec attention ^^
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Black Stingray - il y a 11 ans
Merci Chinow, et sympa le jeu de mots
Je comprends ton a priori, les histoires de super-héros, surtout quand c'est le genre avec des super-pouvoirs, ça peut vite devenir très plat, j'essaie d'éviter ça, justement.
Allez, c'est parti pour le chapitre 2 ! Alors le changement de décor peut surprendre, mais tout se rejoint assez vite
Chapitre 2 : la redoutable Danielle Cassidy
La sonnerie retentit à travers les couloirs du lycée, signalant la pause de midi. Dans la classe, tout le monde se leva et sortit bruyamment, ravis que le supplice du cours de maths se termine. Tous sauf Billy. Alors que ses camarades partaient gaiement rejoindre leurs groupes d'amis en direction de la cafétéria, le jeune homme quitta la salle et se dirigea vers son casier en rasant les murs, tous les sens en alerte, tel un gibier traqué. Et c'est ce qu'il était. Car il n'avait pas eu le temps de terminer la compo de chimie pour Cass, et il ne donnait pas cher de sa peau si elle lui tombait dessus.
À l'autre bout du couloir, Deborah avait rejoint son groupe d'amies et entamé une discussion animée, à grands renforts de ricanements et de gloussements aigus, sur les cours de la matinée, les tics des professeurs, ou les garçons les plus mignons de leurs classes respectives. La discussion fut interrompue par l'arrivée d'une autre jeune fille :
« Salut, Deb ! la nouvelle arrivante déclara avec le sourire.
_ Hé, Sally ! Comment tu vas ?
_ Bien, merci. Je suis sur une nouvelle mission !
_ Ha ? Dis-moi tout, j'adore les nouveaux potins ! »
Les deux filles étaient amies depuis la première année. Il faut dire que deux grandes et jolies brunes, toutes deux grandes sportives et très populaires, Deborah étant capitaine des pom-pom girls et Sally de l'équipe féminine de basket, elles étaient naturellement vouées à se rapprocher.
Sally était une petite surdouée qui parvenait à être à la fois capitaine de l'équipe de basket, présidente des élèves, et rédactrice pour le journal du lycée, le tout en maintenant une vie sociale bien remplie et des notes tout à fait honorables. Tout le monde admirait Sally pour son caractère et sa détermination.
« Et bien j'ai décidé d'enquêter sur l'histoire de Miranda, expliqua-t-elle.
_ Ah... oui, on en a toutes entendu parler, c'est vraiment glauque. Elle disparaît, comme ça, envolée, et on la retrouve le lendemain dans un état de choc... c'est vraiment horrible, en plus on sait même pas ce qui lui est arrivée. Ça me donne la chair de poule cette histoire...
_ Oui, c'est très flippant, c'est pour ça que j'essaye d'éclaircir un peu.
_ T'as abandonné les histoires sur Blaze ?
_ Oh tu sais, faut savoir varier un peu ! Et puis, l'histoire de Miranda me paraît plus urgente. D'ailleurs, tu sais ce qu'elle faisait le soir où elle a disparu ?
_ Pas sûre, mais... bon, je devrais peut-être pas te le dire, c'était pas encore du tout officiel, mais en fait elle avait commencé à sortir avec Daren.
_ Daren, du comité d'excellence ? Depuis quand elle s'intéresse aux bourges ? Oh, désolée, c'est vrai que tu sors avec Thad...
_ Non, non, pas de quoi être désolée, au contraire...
_ Comment ça ?
_ Et bien... attends. »
Après avoir dit à son groupe d'amis qu'elle allait revenir, elle emmena son amie un peu plus loin.
« Le truc, dit-elle, gênée, c'est que j'ai rompu avec Thad. J'ai évité de le crier sur tous les toits, bien sûr...
_ Mais pourquoi ? Il s'est passé quelque chose ?
_ Ben... il était bizarre. Ses amis étaient bizarres. Et... des soirées... enfin, ça m'a foutu la trouille.
_ Bizarre comment ? Il t'a fait quelque chose ?
_ Je préfère pas en parler, dit-elle, ses yeux écarquillés regardant compulsivement à droite et à gauche. Crois-moi ça vaut mieux. Bonne chance pour ton article. »
Billy était arrivé à son casier. Jusque là tout va bien ! se dit en commençant à ranger ses affaires. Évidemment, comme le dicte la loi de Murphy, c'est à ce moment précis qu'une main d'une force incroyable vint s'écraser sur son épaule et le força à se retourner.
« Alors Brewster, la jeune fille demanda en le toisant de son regard de glace. Il est où mon devoir de chimie ? »
Le garçon dut lutter contre lui-même pour garder un minimum de dignité et rester sur ses deux pieds, car face à elle, il n'avait qu'une envie, se rouler en boule et fermer les yeux. La fille était une grande blonde aux traits durs, et aux cheveux sèchement coupés au carré sans grand soin à l'harmonie de la coupe. Coiffure, maquillage, vernis, tous ces trucs-là ce n'était pas le domaine de Cass de toutes façons. Danielle Cassidy, Cass pour les intimes. On pourrait la qualifier de garçon manqué, mais c'était encore pire que ça. Ses mollets qui dépassaient de son jean étaient comme taillés dans du granit, et son débardeur Machine Head exhibait des épaules tellement carrées qu'elles pourraient servir de piste d'atterrissage. Elle était aussi forte et aussi méchante qu'un taureau enragé.
Dans les films ou dans les séries, il y a toujours au moins une grosse brute dans le lycée qui terrorise tout le monde et qui fait sa loi. Et bien ici, c'était Cass. Elle n'avait pas beaucoup d'imagination pour faire passer une mauvaise journée à ses camarades, mais le peu qu'elle avait était rudement efficace et commençait généralement par un coup de poing dans le ventre pour finir dans une poubelle ou la tête dans la cuvette. La plus sale, de préférence. En fait, tout était prétexte à la baston pour Cass, à tel point qu'elle s'était fait virer de tous les sports qu'elle avait pratiqués, malgré ses prouesses athlétiques. Le baseball ? Au collège, elle avait menacé de fourrer sa batte dans une partie de l'anatomie de l'arbitre que la décence interdit d'évoquer. Le basket ? Plus d'un an après, elle nourrissait encore une haine tenace contre Sally. La boxe ? Virée après qu'un round « amical » avec Thad ait tourné au combat de rue. Elle avait eu beau dire que c'était lui qui avait triché, qui croire le plus entre le président du comité d'excellence, star de la boxe en catégorie jeunes espoirs et tombeur de ces dames, et la sociopathe de service ? Du coup elle se vengeait en menant la vie dure à des gars comme Billy.
« Ah, oui, euh, en fait... j'ai pas vraiment eu le temps de faire la conclusion...
_ Pas eu le temps, tu te fous de moi ? Et je fais quoi moi, avec un devoir pas complet ?
_ Cass, je suis désolé, mais essaie de comprendre, j'avais mes devoirs à moi à faire aussi... »
Il fut interrompu par la sensation brutale d'un piston qui lui rentrait dans le ventre, et il se recroquevilla contre son casier, grimaçant de douleur. C'est qu'elle cognait fort, la garce.
« Je ne t'ai pas demandé de te justifier, dit-elle. Tu m'as mise dans la merde, assume. Bon, qu'est-ce que ce sera pour toi ? La poubelle ou les chiottes ? Ben alors, tu réponds pas ? » Le pauvre garçon avait eu le souffle coupé par le coup de poing et ne pouvait répondre que par des toussotements. « Bon ben ce sera les chiottes, alors. Une où la chasse a pas été tirée, bien sûr.
_ Tiens tiens tiens, une autre voix de fille retentit près d'eux, Danielle Cassidy, toujours prête à cogner quelqu'un pour que dalle. »
Cass se retourna pour faire face à Sally.
« C'est quoi ce coup-ci ? Des devoirs ? demanda la présidente des élèves. Pourquoi t'essayes pas de les faire toi-même, pour changer ? Oh, c'est vrai, le micro-bulbe qui te sert de cerveau risquerait la surchauffe.
_ Et revoilà Miss Parfaite qui vient fourrer son nez dans ce qui ne la regarde pas, comme d'habitude, railla Cass. Qu'est-ce qu'il y a, t'en veux aussi ?
_ Vas-y, j'attends.
_ Oh mais c'est qu'elle me provoque la mignonne, dit la brute en se rapprochant très près de son visage, tentant de l'intimider avec sa carrure et son regard glaçant.
_ J'ai pas peur de toi, Cass, répondit Sally en tentant de se montrer brave, alors qu'intérieurement elle tremblait comme une feuille. Elle savait qu'en cas de baston, la blonde allait la transformer en bolognaise en moins de deux.
_ Mais je peux arranger ça.
_ Ah oui, comment ? Je te verrais bien expliquer au principal pourquoi t'as cogné la présidente des élèves.
_ Tu me crois aussi stupide ? ricana Cass. T'inquiète, bien sûr que je vais pas défoncer ta jolie petite gueule. Mais je vais te faire regretter de m'avoir insultée. Je te dis pas quand, je te dis pas comment, mais tu vas morfler sévère. Allez, à plus. »
« Quelle garce ! pesta Sally en aidant son ami à se relever une fois la brute hors de vue. Tu vas bien ? »
_ Oui, ça peut aller, répondit le garçon, qui se sentait plus blessé dans son amour-propre qu'à son estomac. T'inquiète pas, j'ai l'habitude avec elle...
_ Mais tu devrais pas te laisser faire. Les brutes comme elle sont fortes parce que personne ne leur résiste...
_ Comme toi ? Fais attention, Sal, ce qu'elle t'a dit en partant, c'était pas des paroles en l'air, et crois-moi je la connais depuis le collège.
_ Et moi je me suis méchamment fritée avec elle quand je l'ai virée de l'équipe de basket, je la connais aussi. Enfin bref, changeons de sujet, tu veux une nouvelle ?
_ Une nouvelle enquête, j'imagine ?
_ Exact ! Je vais bosser sur l'affaire Miranda, t'es partant ?
_ Dis-moi tout. »
La jeune fille se mit alors à lui raconter tous les détails de son étrange conversation avec Deborah, notant tout dans un petit calepin au fur et à mesure de son récit pour être sûre de ne rien oublier plus tard. Billy allait bien sûr accepter de l'aider de toutes façons, après tout ils étaient partenaires d'enquête.
Beaucoup de gens se demandaient comment un geek comme lui avait pu devenir ami avec une des filles les plus populaires du lycée. Leur amitié remontait en fait à quelques mois : à l'époque, Sally avait besoin d'un expert pour entrer illégalement dans le système information de l'école pour résoudre une affaire difficile. Elle était donc entrée dans la salle informatique pendant la pause de midi, à l'heure où les fanas d'ordinateur se réunissaient pour un LAN. Elle se souvient encore de leurs têtes surprises en la voyant entrer. Quand elle avait demandé si quelqu'un pouvait l'aider sur un problème informatique, tous s'étaient levés comme un seul homme. Quand elle avait précisé que ça pouvait être dangereux, tous s'étaient rassis. Tous sauf Billy. Il l'avait aidée à pénétrer dans le système, et était dès lors devenu son partenaire d'enquête attitré. Puis Sally l'avait entraîné dans un « scoop » : rencontrer Blaze, rien que ça ! Ensemble, ils avaient suivi la fameuse procédure de contact en prétextant une fausse histoire de trafic de drogue dans l'établissement, mais sans qu'ils comprennent comment, elle les avait grillés tout de suite, et avait répondu par un joli mail leur expliquant qu'ils étaient très gentils mais que non, elle ne voulait pas d'interview. Ce qui n'avait jamais découragé la journaliste en herbe de découvrir un jour l'identité de la justicière...
La journée se termina de manière tout à fait normale, sans qu'ils purent trouver l'opportunité de parler à Daren. Difficile d'aller lui demander ce qu'il savait au sujet de sa copine sans que cela ne paraisse suspect... à la fin des cours, Sally alla se rafraîchir aux toilettes avant de quitter l'établissement pour rejoindre Billy en ville et faire le point, comme ils l'avaient convenu. Seule dans les toilettes, elle se lava les mains au robinet et pencha la tête pour boire, et sursauta de frayeur en se levant, apercevant dans le miroir une grande brute blonde qui se tenait derrière elle.
« Oh merde ! » s'exclama-t-elle avant de tenter de fuir la pièce. Mais Cass était rapide en plus d'être forte, elle l'attrapa par le bras et en un rien de temps, Sally se trouva couchée sur le ventre, la brute assise sur ses fesses et lui maintenant un bras tordu douloureusement derrière son dos.
« Je t'avais dit que t'allais morfler, dit-elle avec une satisfaction carnassière.
_ Cass ! Sally grogna en tentant vainement de libérer son bras. Arrête, tu me fais mal !
_ Oui, c'est le but. Alors comme ça, Miss Parfaite n'a pas peur de moi ? Voyons comment on peut arranger ça. Tout le monde est parti, on est que toutes les deux, personne va t'entendre crier. »
Et elle tordit le bras captif un peu plus, la douleur insurmontable fit hurler sa pauvre victime.
« Arrête ! Ça fait mal, et puis ça sert à rien ! Tu veux que je dise quoi, que t'es plus forte que moi, que t'es la meilleure ?
_ Quelque chose dans le genre serait pas mal. Pourquoi pas que je suis ton maître vénéré et que tu n'es qu'une petite larve ? Oh, et bien sûr à partir de demain tu te mettras à genoux devant moi à chaque fois qu'on se croisera.
_ Alors là tu peux courir ! Si tu veux que je fasse ça, il faudra que tu me casses le bras ! Et bonne chance pour aller expliquer ça au principal après ! »
Sally sentit alors la pression sur son bras se relâcher un peu et poussa un soupir de soulagement. Peut-être que Cass n'était pas aussi terrible après tout...
« Tu as raison, dit la brute, je crois que je vais devoir trouver un autre moyen... »
Et Sally sentit alors les doigts de son ennemie se mettre à la tripatouiller au niveau des côtes. Elle eut un spasme de surprise, la sensation n'était pas très agréable et surtout, qu'est-ce qu'elle foutait ? « Dis-moi, poursuivit Cass, j'espère que tu crains pas les chatouilles ? »
La jeune fille eut le souffle coupé à entendre ces mots. Oh non, pas ça ! Mais très vite les doigts revinrent pincer ses côtes, encore et encore, et son corps commença à s'agiter de spasmes incontrôlables. Dans sa position, ses côtés étaient complètement exposées, et son bras tordu derrière son dos était si bien coincé qu'elle ne pouvait pas le bouger sans raviver la douleur insupportable. Tout ce qu'elle pouvait faire était agiter son autre bras avec impuissance, et se mordre la lèvre pour s'empêcher de rire. Elle en avait envie, pourtant. Elle sentait le rire arriver, s'accumuler dans sa poitrine et bouillir, la pression montant comme une cocotte minute, à tel point qu'elle en avait du mal à respirer. Mais elle ne pouvait pas se permettre de se laisser aller. Elle ne devait pas donner cette satisfaction à son ennemie. C'était une vraie torture d'être obligée de se retenir.
« Allons, Sal, gloussa la brute, t'es rouge comme une tomate ! Je vois bien que t'as envie de craquer, alors vas-y ! Laisse-toi aller... ou peut-être que je devrais changer de méthode... »
Et la jeune fille sentit avec horreur les doigts de Cass passer sous son chemisier pour caresser délicatement la peau nue de son flanc du bout des doigts. Impuissante face à ce nouveau supplice, elle explosa :
« Mais arrête ! Arrête, Cass, c'est horrible !
_ Je m'en doute bien. Tu sais ce qui te reste à faire pour que j'arrête... alors ? Non ? Très bien, je crois que je vais continuer un peu alors. On peut faire ça toute la nuit, j'ai rien de mieux à faire. »
Et elle repartit de plus belle, sa main tantôt montant lui pincer les côtes, tantôt descendant lui gratter le flanc, à un rythme de plus en plus rapide qui ne laissa plus le temps à sa victime de reprendre son souffle. Elle voulait abandonner. Plus rien à foutre de sa fierté, c'en était trop, elle était prête à dire et faire tout ce que Cass voulait pourvu que ça s'arrête. Mais la brute la chatouillait tellement qu'elle ne pouvait plus parler, elle en était réduite à des gloussements étranglés hystériques. Le supplice dura plusieurs minutes pendant lesquelles Sally crut bien commencer à perdre la raison, quand enfin, elle s'arrêta.
« Alors ? » Demanda Cass.
Sally haletait, elle avait très chaud, elle transpirait déjà énormément, et des larmes avaient commencé à couler sur ses joues écarlates. Il lui fallut un long moment avant de reprendre suffisamment de souffle pour parler.
« Quoi tu dis rien ? Il faut que je recommence ?
_ Non ! Hurla la jeune fille. Surtout pas !
_ Alors ? J'attends.
_ OK... Danielle Cassidy, tu es mon... mon maître vénéré, et je ne suis... qu'une petite larve.
_ Et ?
_ Oh, merde... d'accord, et je jure de m'agenouiller devant toi à chaque fois que je te croiserai.
_ Ben tu vois, c'était pas si difficile ! »
Et à son plus grand soulagement, Sally sentit la pression sur son bras et ses fesses se relâcher alors que la brute se relevait. Elle, elle ne pouvait pas se relever. Ravagée par ce qu'elle venait de subir, elle n'avait plus la force ne serait-ce que de s'asseoir, et ne pouvait que rester étalée à plat ventre sur le carrelage, haletante.
« Bon, déclara Cass, c'était marrant tout ça, mais faut que je gicle, j'ai un bus à prendre. Tiens, c'est quoi ça ? »
Sally leva la tête pour regarder ce qui se passait, et vit la blonde ramasser quelque chose par terre. Son calepin ! Elle avait dû le laisser tomber dans la bataille. « Oh, c'est tes trucs de journaleuse à la gomme. Tant pis pour toi.
_ Non, attends ! » Sally s'exclama faiblement, mais elle était trop faible pour faire quoi que ce soit d'autre que regarder, impuissante, son ennemie mettre son calepin dans sa poche et disparaître avec. Il y avait toutes ses notes sur l'affaire Miranda dedans. Vraiment, quelle garce !
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Chinow - il y a 11 ans
Pour le coup, même si la vengeance de Cass était assez prévisible, c'était bien fait. Pour le coup, ça m'a même mis mal à l'aise. La torture en général, j'ai du mal, et là, c'en était clairement.
En dehors de ce petit point, qui n'est uniquement qu'une question de goût personnels, j'ai trouvé ton histoire très sympa. On se demande vraiment qui sont ces personnages, on veut en savoir plus sur eux. J'aime beaucoup, et j'ai hâte de lire la suite
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Black Stingray - il y a 11 ans
Merci Chinow ! Pour le passage qui t'a mise mal à l'aise, j'aurais presque envie de dire tant mieux, parce que je voulais montrer que Cass était sadique et impitoyable, et je crois que l'idée est bien passée du coup
J'espère que la suite va te plaire, parce que vu le style d'histoire, les scènes de chatouilles seront plutôt de l'ordre de la torture... enfin, à voir le chapitre 3 (y aura pas de scène de chatouilles dedans d'ailleurs)
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chatouillesdu92 - il y a 11 ans
Franchement j'aime beaucoup ! Tout pour plaire cette histoire ! Un geek, une président d'élève canon, une justicière, et une grosse brute qui ba pas tarder à rejoindre l'équipe ^^
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Black Stingray - il y a 11 ans
Merci beaucoup ! Je voulais attendre de finir le chapitre 4 avant de poster le 3, mais comme je repars pour un week-end chargé j'aurai pas le temps d'avancer, et comme vous l'attendez, ben c'est parti, chapitre 3, avec de la bagarre dans celui-là ! [u:8wk54om2] Chapitre 3 : Hellfire Club[/u:8wk54om2] L'endroit était chaud et sombre, illuminé uniquement par les spots bleuâtres qui dansaient au rythme de la musique électronique tonitruante au-dessus des têtes des dizaines de jeunes se trémoussant sur la piste. Le Hellfire était la boîte la plus branchée de New Havenport, et attirait chaque soir la jeunesse la plus fortunée de la ville. C'était aussi une boîte très sélect qui n'accordait l'accès que selon le niveau de richesse ou de notoriété des parents, mais qui était beaucoup moins regardante sur l'âge de sa clientèle elle-même. Laisser aux jeunes de moins de 21 ans l'accès à un lieu de débauche potentiel, et surtout leur servir de l'alcool, ce n'était bien sûr pas très en règle, mais cela n'inquiétait que peu Gregory Lambert, le propriétaire. Magnat de l'industrie, il avait suffisamment d'argent pour graisser la patte des bonnes personnes et permettre à la jeunesse dorée de la ville de profiter des plaisirs les plus interdits. Des jeunes comme son fils, ses amis du comité d'excellence du lycée, et les nombreuses filles qu'ils amenaient dans leur sillage. La fête battait son plein et une délicieuse transe s'emparait de la foule sur la piste. C'était le meilleur moment pour les garçons du comité d'excellence, le moment de la chasse, comme ils disaient, où ils allaient arpenter la piste à l'affût de filles légèrement vêtues et légèrement saoules pour les entraîner dans leur petit groupe. Ils adoraient ce jeu, ils se sentaient comme des prédateurs. Après tout ils étaient jeunes, forts, talentueux, riches, l'élite de la nation. Le futur leur appartenait, ils pouvaient faire ce qu'ils voulaient... La musique s'arrêta soudainement. Un par un, les jeunes s'arrêtèrent de danser et se regardèrent, tentant de distinguer quelque visage dans la pénombre bleutée. Très vite, la confusion s'empara de la foule et des cris se mirent à résonner, certains demandant à remettre la musique, d'autres demandant ce qu'il se passait. Puis, après que l’inquiétude se fût bien emparée de tout le monde, des spots d'un blanc étincelant illuminèrent la scène, révélant à l'assemblée l'intrus qui venait gâcher leur petite fête. Elle se tenait de manière théâtrale sur la platine de DJ, droite, les jambes légèrement écartées, les épaules tendues, imposante. Elle toisait la foule d'un œil qui brillait d'une fureur intense derrière son masque, et sa chevelure rouge, sous la lumière des projecteurs, était comme enflammée. « Alors c'est là que se retrouvent tous les gosses de riches de la ville ? Déclara-t-elle avec le plus profond mépris. L'élite de la nation, ça ? Laissez-moi rire, que des petits merdeux trop fiers de boire du champagne, de sniffer de la coke et de se taper des nanas bourrées. Alors ça se croit fort comme ça ? Putain vous me faites gerber tous autant que vous êtes... Tu te prends pour qui pour nous insulter comme ça ? Déclara quelqu'un dans la foule. Ouais, renchérit un autre, depuis quand la justicière vient nous emmerder gratuitement ? On fait rien de mal ici, on s'amuse ! Qu'est-ce que tu nous veux, Blaze ? » Elle ne répondit pas tout de suite, se contentant d'observer une pause dramatique, avant de déclarer d'une manière tout aussi dramatique : « Daren Wilkes ! » Une vague de murmures inquiets traversa l'assemblée. Daren ? Tout le monde connaissait Daren ici, très beau gosse, riche, c'était un ami du fils du patron et un habitué des lieux. Il était là ce soir, beaucoup de personnes l'avaient vu. Mais que lui voulait-elle ? Pourquoi tant d'agressivité ? « Et bien ? S'impatienta la justicière. Pas assez de cran pour se montrer ? Je vous préviens, si je dois aller le chercher, il va y avoir de la viande sur les murs ! » La foule commença à s'agiter par endroits, s'écartant au passage d'hommes aux carrures imposantes cintrées dans des costumes noirs et aux crânes rasés, qui convergèrent vers l'avant de la scène. Les types du service d'ordre. Des brutes épaisses entraînées au combat, probablement d'anciens militaires. Trois d'entre eux étaient taillés comme des boxeurs, quant au quatrième, c'était un énorme gorille. Mais ils ne lui faisaient pas peur. Quelques mois auparavant, Blaze avait dû se battre contre une espèce de montagne humaine, qui devait faire dans les deux cent kilos. Il avait presque réussi à la battre, l'écrasant sous son poids, mais elle s'était dégagée et avait repris le dessus, et aujourd'hui encore le type prenait tous ses repas avec une paille. Comparés à lui, ces quatre rigolos n'étaient que de l'échauffement. Avec un sourire de défi, elle sauta de son perchoir pour se retrouver face à ses assaillants, et sentant que la bagarre était imminente, tout le monde autour s'écarta, certains commençant déjà à se diriger vers la sortie. « OK les Dalton, déclara-t-elle en les provoquant d'un faux air blasé, vous voulez la jouer comme ça ? » Les types de la sécurité ne se laissèrent pas impressionner pour autant, et sortirent leurs matraques avant de s'avancer vers elle d'un air menaçant. Et la danse commença. Souple et agile comme un chat, Blaze esquiva sans peine tous les coups qui lui furent envoyés et répliqua avec la férocité d'une lionne. Tout autour des combattants, le chaos éclata, les jeunes s'enfuyant en hurlant et en faisant tomber des tables et des bouteilles, mais la justicière ne laissa pas l'anarchie la déconcentrer. Coups de poing, coups de pied, coups de coude, enchaînements, contre-attaques, elle maîtrisait toutes les astuces et s'amusait à danser sur la piste, envoyant des coups de pied tournoyants spectaculaires pour impressionner ses adversaires, avant de les étaler à grands renforts de coups bas et brutaux. Deux videurs furent rapidement mis hors course par un coude bien placé dans la mâchoire et un crochet dans l'estomac.
Elle ne s'était pas toujours battue comme ça. À ses débuts, ses premières sorties dans les rues la nuit, quand elle ne portait pas encore le nom de Blaze et son costume consistait en une bête cagoule et un bomber noir, elle était affreusement brouillonne, la peur mêlée d'excitation la poussant à se jeter de toutes ses forces sur le premier adversaire venu sans aucune réflexion préalable et sans aucune technique. Elle avait pris de sacrées dérouillées à l'époque, et seuls l'adrénaline et un penchant certain pour le combat déloyal lui avaient sauvé la vie. Mais avec le temps, elle avait appris à être efficace. S'entraînant comme une dingue, dévorant tous les livres d'arts martiaux qui lui passaient sous la main, observant avec la plus grande attention les matchs de kickboxing à la télé, imitant les techniques, faisant des erreurs, s'entraînant encore plus, refaisant des erreurs, elle avait appris quelles techniques fonctionnaient dans la rue et lesquelles ne fonctionnaient pas, quels coups servaient plus à impressionner l'adversaire et quels coups étaient les plus efficaces pour le mettre KO. Et surtout, elle avait appris l'importance du mental en combat, et s'était créée un personnage immédiatement reconnaissable, qui susciterait par sa réputation la crainte chez les voyous et criminels. Elle avait appris à devenir Blaze. Son troisième adversaire, un pro du karaté à en juger par sa façon de bouger, parvint à lui asséner un coup de pied dans le ventre si fort qu'elle recula de deux mètres, mais se ressaisit sans perdre l'équilibre et offrit à son adversaire un beau sourire narquois pour lui signifier qu'elle n'avait rien senti. L'homme écarquilla les yeux de surprise. Elle avait une plaque renforcée sous son blouson, au niveau du ventre, et ça l'homme ne le savait évidemment pas. L'importance de l'ascendant psychologique en combat : il était maintenant déstabilisé, et un combattant déstabilisé va forcément faire une connerie... et ça ne manqua pas, sa prochaine attaque fut assez hésitante pour que la justicière attrape sa jambe en plein vol et lui assène un violent coup de genou dans une partie particulièrement douloureuse de son anatomie. Et voilà, trois videurs hors de combat ! Mais où était le quatrième, le plus gros ? Une main gigantesque l'attrapa soudainement par le col de son blouson et la tira en arrière, répondant alors à sa question. Le garde était vraiment bâti comme une armoire à glace et souleva la justicière sans efforts pour la lancer comme une poupée de chiffon, l'envoyant s'écraser contre l'étagère de bouteilles du bar avant de retomber lourdement au sol derrière le comptoir dans un grand fracas de verre brisé. Elle se releva difficilement, étourdie par ce vol plané. Avec un type de cette taille, l'ascendant psychologique allait être difficile à avoir. Plus qu'à se battre salement. Elle l'entendit se rapprocher du comptoir, empoigna la première bouteille qui lui tomba sous la main, et quand il fut assez près, elle se releva de sa cachette telle un diable de sa boîte et explosa son arme improvisée sur le crâne du videur. Il recula, hébété, l'alcool dégoulinant de sa figure. « Mais t'es malade ! Hurla-t-il. C'est une bouteille de champagne à 400 dollars ! Tu te fous de moi, répondit-elle, surprise, c'est le prix de mon blouson ! » Et elle sauta de l'autre côté du comptoir, assénant au passage à son adversaire un grand coup de pied qui ne sembla pas le troubler plus que ça. Merde, elle était sûre que ça marcherait. Elle revint à la charge avec une volée de poings, mais il ne bougea pas d'un pouce, c'était comme frapper un bout de bois. Alors là, elle était dans la... La main énorme du videur se leva et retomba sur la jeune femme comme un marteau, lui assénant un tel choc qu'elle en eut le souffle coupé et se retrouva à plat ventre à cracher ses poumons. « Tu croyais vraiment être de taille contre moi, petite fille ? Le gros type ricana. Non, répondit-elle, retrouvant soudainement le sourire. Pas à loyale en tous cas. » Et avant qu'il n'ait le temps de comprendre le sens de sa phrase, elle se retourna vivement pour se mettre sur le dos, ses pieds face à son adversaire, et le frappa au genou de toutes ses forces. Elle entendit un craquement, et l'homme hurla, perdant tout à coup toute sa superbe, avant de s'effondrer. Eh oui, pensa-t-elle avec satisfaction. Plus ils sont grands et costauds, plus ils ont les genoux fragiles... Ses quatre adversaires enfin mis au tapis, elle se releva et regarda autour d'elle pour se rendre compte que la boîte était déserte, les gens paniqués laissant un indescriptible bordel de verres cassés et de tables renversées derrière eux. Il y en avait même un qui avait perdu une chaussure. Bon, et à tous les coups Daren s'était barré aussi... « Hé ! Cria une voix masculine. Hé toi la rouquine ! Qu'est-ce que tu me veux à la fin ? » La jeune femme se tourna vers le garçon, un beau gosse grand et baraqué en chemise de grande marque, et aux cheveux blonds impeccablement coiffés. « Daren ! Dit-elle. Quelle surprise, je te croyais parti en courant avec les autres. Tu penses quand même pas que j'allais m'enfuir devant une pouffiasse aux cheveux rouges ! Bon, tant mieux alors, faut qu'on cause. Tu vas me dire tout ce que tu sais sur Miranda Parker. Maintenant. Sinon quoi ? Sinon je vais devoir te faire du mal, mon petit. Ouais c'est ça. Je fais partie de l'équipe de boxe du lycée, tu crois pouvoir me battre ? Amène-toi ! » Et il se mit en garde. Blaze soupira devant ce spectacle pathétique. Elle venait d'étaler quatre videurs nettement plus menaçants que lui, et il croyait encore avoir une chance. Trop fier et trop con, typique de ce genre de mec. Elle ne lui fit même pas l'honneur de se mettre en garde, et lorsque le coup arriva, elle esquiva sans aucun mal d'un petit mouvement d'épaules et lui envoya une bonne claque retentissante. Il recula, surpris, puis se ressaisit et attaqua de nouveau, pour se prendre une autre claque, puis une autre, encore plus forte. Sa joue commença à chauffer, et il se rendit compte qu'elle s'amusait à l'humilier. Fou de rage, il se saisit d'un tabouret et le lui envoya en pleine face. La jeune femme se contenta de lever un bras pour se protéger, et le tabouret se brisa contre son épaule sans lui faire le moindre mal. Elle bâilla même. Terrifié, Daren lâcha tout, et c'est à ce moment-là qu'elle le saisit brutalement par les cheveux et le tira, couinant comme un goret, hors du club par la porte de derrière, dans une ruelle mal éclairée, et le jeta dans un tas de poubelles entreposées contre le mur. « Bon, on peut causer maintenant ? Parle-moi de Miranda. Alors quoi, Miranda, y a rien à dire sur elle ! Tu sais, dit-elle d'un ton calme en s'allumant une cigarette, je trouve ça un peu bizarre de te trouver en boîte ce soir alors que ta copine est à l'hôpital dans un état de choc. Ou bien t'es un connard qui n'en a rien à foutre, ou bien tu sais ce qui s'est passé. Et comme tes copains ont la réputation de traîner dans des soirées pas nettes, je pencherais pour la deuxième solution. Mais comment tu sais tout ça ? C'est moi qui pose les questions. C'est de sa faute ce qui s'est passé ! Hurla le jeune homme, commençant à craquer sous la pression. Elle a pas joué le jeu ! Ah, donc maintenant il y a un jeu, on avance. C'est quoi ton délire alors ? Entraîner des filles dans des trucs glauques, les torturer pour le fun, ou quelque chose comme ça ? Je peux pas te le dire... si ils découvrent que je t'ai parlé, ils vont... Ah, donc ils sont plusieurs ! Allez, j'essaie de deviner au pif, une secte ? Je peux rien te dire. Je vois... » Elle s'éloigna, se dirigeant vers sa moto, une Honda 600, garée dans la ruelle à quelques mètres. Pendant un court instant Daren se sentit soulagé, pensant qu'elle allait enfourcher sa bécane et partir, mais à la place, elle attrapa un objet qui y était accroché et revint avec. Il constata avec effroi qu'il s'agissait d'une batte de baseball en bois, arborant le mot DIPLOMATIE peint en grosses lettres rouge sang. « Tu vois, dit la justicière, il y a certaines situations qu'il faut savoir traiter avec diplomatie. On commence ? » Et sur ces mots, elle abattit violemment sa batte sur un sac poubelle à quelques millimètres à peine de la tête de sa victime, éventrant le plastique et faisant gicler des détritus sur le visage du jeune homme qui poussa un cri aigu. « Alors tu joues les machos, mais il suffit de te faire un petit peu peur pour que tu piailles comme une fillette ! Railla Blaze. Bon, tu me parles de ta secte ou de ton... machin ? Je peux rien te dire, c'est pas ma faute je te jure ! Donc, tu m'inventes un genre de groupe abstrait et finalement tu ne peux absolument rien me dire, c'est commode. Je dirais plutôt que c'est toi qui l'as kidnappée et torturée jusqu'à ce qu'elle en perde la raison, juste parce que t'es une petite ordure de gosse de riche psychopathe qui n'a aucun aucune compassion pour les gens. C'est pas moi qu'ai fait ça, je te le jure ! Je sais même pas qui est le chatouilleur, je l'ai jamais rencontré ! Donc il y a bien un chatouilleur, et il travaille avec ce... groupe, ou je sais pas quoi, non ? Je peux pas, tu comprends pas, si je parle ils vont me faire subir le même sort ! Mouais... possible... possible aussi que tu sois en train d'essayer de me bourrer le mou avec une histoire digne d'une mauvaise bande-dessinée alors que c'est toi l'unique coupable. Non, Blaze, je te jure que c'est pas moi. D'accord, j'ai pas toujours été très correct avec les filles en général, mais je suis pas tordu à ce point-là ! Je sais pas trop si je dois te croire. Est-ce que tu le jureras toujours avec les deux jambes pétées ? » Elle leva de nouveau sa batte d'un geste menaçant. Immédiatement, Daren se mit à hurler, pleurer, supplier, roulé en position fœtale parmi les poubelles, alors qu'elle ne l'avait même pas touché. « Pitié, je te jure ! Tu comprends pas, ce truc existe depuis avant qu'on y soit, j'y suis pour rien, j'aurais rien pu faire pour les en empêcher ! » Elle aurait bien voulu en apprendre plus, mais à ce moment-là, le retentissement d'une sirène de police au loin la fit se figer telle un animal sentant un prédateur, son ouïe en alerte. La sirène venait dans sa direction, sans aucun doute. Une baston dans une boîte, ça n'allait forcément pas passer inaperçu. Forcée de battre en retraite, elle prononça un juron de frustration et enfourcha sa bécane avant de disparaître dans la nuit. Plus tard cette nuit-là, Sally fut tirée de son sommeil par un bruit étrange et soudain qui la fit sursauter, comme une forte pluie s'abattant sur sa fenêtre, mais qui n'avait duré qu'à peine une seconde. Elle se redressa dans son lit et scruta sa chambre plongée dans la pénombre, éclairée uniquement par la lueur de la lune. Tout semblait calme. Avait-elle rêvé ? Mais peu de temps après, le bruit recommença, et cette fois, elle en vit très bien l'origine : quelqu'un lançait du gravier sur sa fenêtre. Elle vivait dans une maison d'un seul étage dans une banlieue tranquille, et sa fenêtre donnait sur le jardin. Il y avait donc un intrus dans le jardin ? Et qui cherchait à attirer son attention ? Elle commença à frissonner d'inquiétude, et sa curiosité maladive prenant le dessus sur la prudence la plus élémentaire, elle posa un pied au sol, grelottant de devoir quitter la chaleur réconfortante de sa couette, puis un deuxième, et alla à pas hésitants ouvrir la fenêtre. L'air nocturne était doux, et il n'y avait pas un bruit alentours. Rien ni personne apparemment dans le jardin... Une main gantée de cuir noir apparut soudainement de nulle part et se referma sur sa bouche. Terrifiée, elle tenta de hurler, mais la main la bâillonnait totalement et tout ce qui sortit furent quelques gémissements étouffés. Elle se débattit, tenta de se dégager, mais la poigne était incroyablement forte, et l'intrus eut vite fait d'entrer dans sa chambre et de la plaquer au sol. « Chut ! Chuchota une voix de femme d'un ton autoritaire. Tais-toi, arrête de bouger ! » Sally regarda son agresseur et reconnut dans la pénombre une chevelure rouge et un masque noir. Elle en fut tellement surprise que tous ses muscles se relâchèrent d'un coup, et pendant quelques instants, elle n'arriva même plus à se souvenir d'où elle était. « Je vais retirer ma main, prévint la justicière, et tu ne hurles pas. D'accord ? » Revenant à ses esprits, la jeune fille parvint à hocher la tête, et Blaze la libéra. Comme promis, elle ne cria pas, traduisant sa terreur et sa surprise par des inspirations saccadées à la place. « Vous... vous m'avez foutu une de ces trouilles ! Désolée pour l'entrée dramatique, mais je me voyais mal sonner à la porte. Tiens. » Elle lui tendit sa main pour l'aider à se relever, mais la jeune fille était encore tellement retournée qu'elle eut du mal à retrouver l'équilibre, et elle chancela avant de tomber dans les bras de la justicière, qui la rattrapa avec délicatesse avant de la guider vers son lit. Sally retrouva immédiatement la protection de sa couette et observa d'un œil méfiant son invitée qui prit place sur une chaise à son chevet. Ses parents lui avaient toujours dit de se méfier de la vengeresse masquée, arguant que seule une personne qui n'allait pas bien dans sa vie ferait ce qu'elle fait. Mais Sally avait toujours considéré Blaze avec un mélange de crainte et d'admiration. Effectivement, il fallait être barge pour faire ce qu'elle faisait, mais en même temps, cela demandait aussi énormément de courage, et elle trouvait le personnage en elle-même fascinante parce qu'on en savait si peu sur elle, et sur ses motivations. Et puis, une femme qui casse la gueule à des hommes plus gros qu'elle, ça avait de quoi susciter l'admiration. Sa première tentative pour l'approcher avait été un échec cuisant, et voilà que maintenant elle faisait irruption en pleine nuit dans sa chambre. Que lui voulait-elle ? « Tu enquêtes sur Miranda Parker ? Demanda la rousse. Euh, oui... mais comment vous le savez ? Disons que j'ai mes entrées. Je suis allée au Hellfire ce soir, la boîte que fréquente Daren Wilkes. Ça n'a pas été facile, mais j'ai réussi à obtenir de lui quelques renseignements. Pourquoi Daren ? Et bien, Daren sortait avec Miranda, non ? Si, mais presque personne n'était au courant, comment vous l'avez su ? Disons... Que vous avez vos entrées ? C'est ça. Sally, si je viens te voir ce soir c'est parce que je pense qu'on peut s'entraider sur cette affaire. J'ai besoin d'infos et je pense que tu peux me les fournir. Mais qu'est-ce qui est vraiment arrivée à Miranda ? Vous le savez ? Oui. Elle a été kidnappée, ligotée... et chatouillée jusqu'à la folie. » Sally eut du mal à digérer ces révélations. Elle se rappela tout à coup le supplice que lui avait infligée Cass plus tôt dans la journée, cette horrible sensation d'impuissance et de perte de contrôle... ce souvenir suffit à lui donner des sueurs froides, et l'idée de se trouver attachée sans pouvoir se soustraire à la torture pendant plusieurs heures... elle n'osa même pas l'imaginer. « Au début, continua la justicière, j'ai pensé que c'était un genre de malade, un chatouilleur en série, si tu veux. Mais Daren m'a dit un truc ce soir, un truc très troublant. Il m'a parlé d'un genre de... groupe, et il a suggéré que le chatouilleur bosserait avec eux. Malheureusement, j'ai pas eu le temps d'en tirer plus... Et il ne vous a rien précisé d'autre sur ce groupe ? Il se pissait dessus à l'idée de ce qu'on allait lui faire si il en parlait. Sans me vanter, je suis assez douée quand il s'agit de faire peur, mais ce que j'ai vu dans son regard, ça trompe pas, ce groupe lui fait plus peur que moi. Tout ce qu'il m'a dit, c'est que ce truc date d'avant son arrivée au lycée, c'est pour ça que j'ai besoin de toi. Il faut que tu consultes les dossiers des anciens élèves, que tu trouves des gens qui auraient pu faire partie d'un truc étrange, un club secret, ou une secte peut-être, sur les quelques dernières années. Avec un peu de chance, on va tomber sur un repenti qui acceptera de nous éclairer. Et comment je vais trouver ça ? Des dossiers d'anciens élèves, il doit y en avoir des centaines ? Cherche parmi les gens qui auraient pu faire partie d'un truc aussi tordu. C'est-à-dire ? Daren fait partie du comité d'excellence, et on sait très bien que c'est plus un club de riches qu'un groupe d'élèves méritants. Si ce truc existait avant lui, probable que d'anciens membres du comité en aient fait partie. »
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Coco - il y a 11 ans
En effet il y a de la bagarre ^^
J'aime toujours autant, j'ai été très surprise quand blaze et aller voir Sally je m'attendais plus a se qu'elle se fasse kidnapper.
Juste une phrase que j'ai pas trop compris : " Tu comprends pas, ce truc existe depuis avant qu'on y soit, j'y suis pour rien, j'aurais rien pu faire pour les en empêcher ! » "
Et un autre endroit vers la fin où il manque un mot pareil, mais sinon toujours aussi sympa à lire
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Ultros - il y a 11 ans
Franchement, super ton histoire, mes félicitations, accrocheur et bien écrit. Tu me donnes même envie d'écrire !
Tu as un nouveau lecteur
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Black Stingray - il y a 11 ans
Merci !
Coco, je vois pas trop ce qui ne va pas avec cette phrase, il y a un problème de sens ?
C'est parti pour un nouveau chapitre, âmes sensibles (Chinow
) s'abstenir, y a de la torture...
Chapitre 4 : Le supplice de Deborah
Sally attendait son ami à la sortie du cours de maths. Sans même prendre le temps de le saluer, elle lui dit qu'ils devaient parler et l'invita à la suivre dans les couloirs. Ses mouvements nerveux, sa démarche raide, et son regard à la fois épuisé et écarquillé par le stress inquiétèrent grandement Billy qui tenta de lui demander ce qui se passait.
« J'ai de nouvelles infos, dit-elle. J'ai besoin de toi pour pirater le système du lycée, encore une fois. Il faut qu'on accède aux dossiers des anciens élèves.
_ Quoi ? Mais... pourquoi faire ? Tu penses que celui qui a agressé Miranda est un ancien élève ?
_ Je sais pas encore, mais ce serait un début de piste pour remonter jusqu'au chatouilleur.
_ Jusqu'au quoi ? »
Bien sûr, pensa la jeune fille, il n'est pas au courant de toute l'affaire... elle lui raconta donc brièvement ce qui était arrivé à Miranda, et il en resta bouche bée.
« Attends, tu déconnes ? On parle... de chatouilles, là ? C'est pas un code pour dire autre chose, c'est bien les guilis comme quand on était gamins ?
_ De ce que j'ai compris, oui, c'est bien ça.
_ Mais... ça peut pas vraiment mettre les gens dans des états pareils, ça, si ?
_ Oh si, soupira-t-elle, crois-moi, ça peut.
_ Qu'est-ce que tu veux dire ? »
À ce moment-là, les deux jeunes croisèrent la route de l'horrible Cass. Tous trois s'arrêtèrent d'un coup, la brute les regardant avec son affreux sourire cruel sans dire un mot. Sally était livide, ce qui étonna énormément Billy, elle qui la veille encore lui tenait tête sans hésiter. Puis Cass se racla la gorge comme pour signifier qu'elle attendait quelque chose, et à la plus grande surprise du garçon, Sally se mit à genoux et baissa la tête, rouge de honte.
« Bon chien, dit Cass en lui tapotant gentiment la tête. Tu veux un susucre ? Attends... »
Elle sortit un paquet de chewing-gums de sa poche, en tira un, et le tendit au-dessus de la tête de sa victime, exactement comme on tendrait une friandise à un chien. Choqué par la scène, Billy tenta d'intervenir, mais ne parvint qu'à être repoussé sans ménagement contre les casiers. Puis Cass lâcha le chewing-gum, qui tomba à terre entre ses pieds.
« Oh, vilain chien ! Dit-elle. Tu vas devoir le ramasser maintenant ! »
Ne sachant trop quoi faire, Sally commença à tendre une main hésitante quand Cass la rappela brusquement à l'ordre en lui disant que les chiens n'ont pas de mains. Sally comprit son intention avec horreur : elle voulait qu'elle passe la tête entre ses jambes et ramasse le chewing-gum avec sa bouche. Elle en fut estomaquée. Cass n'avait jamais, jamais été aussi perverse avant. Autour, les autres élèves s'étaient arrêtés pour contempler la scène, certains étaient choqués, d'autres amusés. Bien sûr, une humiliation c'est encore meilleur quand il y a un public.
« Non, Cass, gémit la jeune fille, sentant les larmes lui monter aux yeux. Tu vas beaucoup trop loin, là...
_ Chut... ça parle pas, un chien. »
Elle commença alors à se résigner, mais par le plus grand des miracles, son chevalier en armure étincelante arriva pile à ce moment-là :
« Danielle Cassidy ! Rugit une voix forte. Qu'est-ce que vous nous avez inventé encore ? »
La brute se figea et se tourna pour faire face à Mademoiselle Kaczinski. Inutile d'essayer de l'impressionner avec sa carrure : la prof de sport était aussi large d'épaules qu'elle, et c'était la seule adulte du lycée devant qui Cass la fermait systématiquement.
« Rien du tout, Mademoiselle Kaczinski, marmonna la brute, ayant soudainement perdu toute son aura sauvage. On s'amusait, c'est tout.
_ Quel que soit le jeu tordu que tu nous a encore inventé, Danielle, je pense que ça ne fait rire que toi. Mais ça, on aura tout le temps d'en discuter en retenue, parce que tu viens de gagner trois heures avec moi. Du jogging, ça te fera les pieds ! Allez, file maintenant. »
Une fois la brute partie, la prof aida la jeune fille à se relever et l'emmena dans un coin isolé pour parler.
« Tu vas bien ? Demanda-t-elle.
_ Oui, ça peut aller, soupira-t-elle. Merci, Mademoiselle Kaczinski.
_ Sally, si elle s'en prend à toi, tu dois venir me voir, d'accord ? Ça ne pourra pas se régler tout seul.
_ Oui, je le ferai, Mademoiselle, promis. »
Elle n'osa pas lui parler de la séance de torture qu'elle avait subie la veille, elle en avait trop honte. Même si elle savait très bien que la prof allait faire tout son possible pour régler le problème. Cass arrivait à intimider la plupart des adultes du lycée, et même ceux qui osaient lui faire des remarques se trouvaient vite dépassés par son comportement. Les profs de sport qu'ils avaient eus avant, de gros hommes baraqués, en étaient même venus à admirer Cass, qui était la seule fille du lycée à pouvoir enchaîner quatre-vingt-cinq pompes et à battre le quarterback de l'équipe de foot au bras de fer. Puis en terminale, ils s'étaient retrouvés dans la classe de Mademoiselle Kaczinski, et la jeune enseignante avait fini par la mater. Elle aurait pu, comme les autres, s'épuiser à lui mettre des remarques ou des heures de colle, mais elle avait plutôt opté pour un moyen peu conventionnel : elle l'avait défiée à la lutte.
Les cours de lutte étaient un cauchemar pour toutes les filles, Cass les battait toutes trop facilement et s'amusait ensuite à les tordre dans tous les sens comme des pantins. Mais ce qu'elle ne savait pas, c'est que Mademoiselle Kaczinski avait été championne de lutte du temps où elle étudiait dans ce même lycée. Elle avait plaqué la brute au sol avec une souplesse retournée, et le combat s'était terminé en moins de dix secondes. Depuis, Cass ne la ramenait plus avec elle. En plus de ça, Mademoiselle Kaczinski était coach de l'équipe de basket et elle était toujours à l'écoute de tous les problèmes que pouvaient avoir ses joueuses, même les histoires de garçon. Et elle était belle, grande, élancée, avec une longue queue de cheval rousse, elle parvenait toujours à dégager quelque chose de féminin, même en jogging et avec ses épaules de déménageuse. Sally et d'autres filles la surnommaient la super-héroïne du lycée Sud.
« J'ai entendu dire, ajouta-t-elle, que tu voulais enquêter sur Miranda pour le journal du lycée ?
_ Oui c'est exact. Comment vous le savez ?
_ Disons que les rumeurs vont vite. Je commence à bien te connaître, donc je suppose que ça ne servira à rien de t'en dissuader ?
_ Je sais que ça peut être dangereux, Mademoiselle, mais j'ai vraiment envie de savoir ce qui s'est passé. Pour Miranda, je pense que c'est important. Et puis, Blaze... enfin je veux dire, elle doit être sur le coup aussi, donc j'ai pas grand chose à craindre.
_ Tu devrais éviter de faire confiance à quelqu'un qui porte un masque. La justicière veut peut-être seulement aider, mais tu ne la connais pas, alors évite de trop te rapprocher d'elle. Et si dans ton enquête tu tombes sur quelque chose d'un minimum dangereux, ne t'y lance pas, laisse-la faire. Si elle veut se mettre en danger, c'est elle que ça regarde, mais tu n'as pas à la suivre. Compris ? Bon, tu peux y aller maintenant. »
« Qu'est-ce que c'était que ce bordel ? S'exclama Billy quand son amie le rejoignit.
_ Je préfère pas en parler, dit-elle sans même oser le regarder dans les yeux.
_ Mais...
_ T'occupe, c'est entre elle et moi, c'est tout. Bon, on continue ! Alors je disais, ce type est un genre de chatouilleur en série, et d'après Daren, il serait lié à certains anciens élèves.
_ Attends, t'es allée interroger Daren toute seule, hier ? Mais t'es folle, imagine ce qui aurait pu t'arriver si c'était lui qui...
_ Ne t'inquiète pas, ce n'est pas moi qui suis allée lui parler...
_ Qui alors ? D'où tu tiens toutes ces infos ? »
Elle tripota nerveusement la bretelle de son sac pendant quelques instants avant de finalement lâcher le morceau :
« Blaze.
_ Blaze ? La Blaze, la justicière ? Tu l'as rencontrée ?
_ Oui, soupira-t-elle. Elle a débarqué dans ma chambre en pleine nuit. Elle m'a foutu une de ces trouilles ! C'est elle qui m'a expliqué toute l'histoire avec le chatouilleur, et c'est elle qui m'a dit de chercher parmi les anciens élèves.
_ Tu l'as vraiment rencontrée en personne, dit-il, impressionné. Alors, comment elle est ?
_ Impressionnante. Il y a quelque chose en elle qui fait presque peur, un truc... je sais pas, sauvage. Mais en même temps... je crois qu'elle veut vraiment aider.
_ On peut lui faire confiance, alors ?
_ Je suis pas sûre. Mais pour l'instant, on a pas d'autres pistes. C'est là. »
Ils arrivèrent à la salle informatique, et furent soulagés de voir qu'elle était déserte. Billy se mit immédiatement au travail sur l'un des postes tandis que Sally montait la garde près de la porte, scrutant nerveusement le couloir désert par la vitre. Ils devaient sécher un cours pour faire ce qu'ils avaient à faire, c'était le seul moyen d'avoir la salle vide, et c'était la première fois de sa vie que la jeune fille séchait un cours. Rongée par la culpabilité, elle guettait donc le passage d'un pion pour qu'ils aient le temps au moins de se cacher. Si jamais elle se faisait choper, et si ses parents l'apprenaient...
« Pourquoi c'est aussi long ? Chuchota-t-elle avec impatience au bout de quelques minutes.
_ On est pas dans un film, Sal, répondit Billy d'un ton agacé. Pirater un système, en vrai, ça demande du temps. Et de la concentration. »
Il continua de travailler en silence pendant quelques minutes tandis que son amie se rongeait les ongles, quand soudain un bruit de pas se fit entendre depuis le couloir, remontant jusqu'à eux. Sally sursauta, chuchota un juron de peur et partit se réfugier sous un bureau, intimant d'un geste à Billy de faire de même. Le garçon lâcha son clavier et se terra sous son bureau également. Les bureaux de la salle informatique avaient des fonds, ils étaient donc parfaitement invisibles depuis la vitre de la porte, mais en contrepartie, il leur était impossible de voir à qui ils avaient affaire. Sally sentit son cœur se mettre à battre tellement fort qu'elle en eut du mal à entendre les pas qui se rapprochaient. C'était une démarche de femme, pensa-t-elle, trop légère pour être celle d'un homme. Mais une démarche particulière, lente, déterminée... peut-être était-ce Sarah, la surveillante, celle qui avait des bras comme des cuisses et qui se montrait tellement tyrannique que tout le monde la surnommait « le maton » ? Ou peut-être était-ce Mademoiselle Kaczinski qui ne faisait que repasser en direction du gymnase. Auquel cas, Sally pouvait espérer qu'elle se montrerait compréhensive, comme elle l'était d'habitude.
Les pas s'arrêtèrent au niveau de la porte. Sally arrêta de respirer. Elle peut pas nous voir, se répéta-t-elle, elle peut pas nous voir. Pourvu qu'elle rentre pas, pourvu qu'elle rentre pas... elle entendit la poignée se tourner et les pas pénétrer dans la pièce, et elle faillit hurler de terreur. Les secondes qui passèrent lui semblèrent des heures agonisantes, quand finalement, elle entendit la porte se refermer et les pas repartir dans le couloir. Il lui fallut tout de même un long moment avant de risquer de lever la tête, et elle constata avec soulagement qu'il n'y avait personne.
« C'est bon, murmura Billy, qui s'était remis au travail sans plus attendre. Je suis entré.
_ Super ! Répondit son amie en le rejoignant.
_ Qu'est-ce qu'on cherche au juste ? Il doit y avoir des centaines de noms là-dedans !
_ Les anciens membres du comité d'excellence.
_ D'ac, juste une seconde... voilà ! Ouais, ça fait quand même un sacré paquet...
_ Aïe, oui en effet... et si par exemple on regardait que sur les cinq dernières années ?
_ Oui, ça doit pouvoir se faire... ça nous fait une trentaine de noms.
_ Bon, c'est déjà plus gérable.
_ Qu'est-ce qu'on va faire avec cette info, maintenant ? Rendre visite à chacun d'entre eux ?
_ Je sais pas, je vais filer tout ça à Blaze et on avisera. Tu peux imprimer ? »
La mélodie du dernier tube à la mode retentit soudainement dans la salle, et les deux ados lâchèrent un petit cri de surprise, avant que Sally ne comprenne que ce n'était que la sonnerie de son portable. Un numéro qu'elle ne connaissait pas. Elle décrocha.
« Allô ?
_ T'as trouvé ? Demanda une voix de femme tranchante.
_ Quoi, c'est vous ? Mais comment vous avez eu ce numéro ?
_ Disons que...
_ Vous avez vos entrées, oui, j'ai compris. Mais comment vous saviez qu'on était dessus là maintenant ? C'était vous dans la salle tout de suite ?
_ On a pas le temps pour ça, Sally ! Dis-moi juste si t'as trouvé quelque chose ?
_ Oui, enfin, je sais pas trop... la liste des anciens membres du comité d'excellence était vraiment trop longue, on a gardé que sur les cinq dernières années, et ça nous a donné une trentaine de noms...
_ Mouais, soupira la justicière, ça va être long de recouper tout ça... je vais encore avoir besoin de ton aide, là.
_ Oui, bien sûr, qu'est-ce que je dois faire ?
_ Demain c'est mercredi, tu auras ton après-midi de libre, non ? Essaye de contacter un maximum de personnes sur ta liste, demande-leur ce qu'ils savent sur des groupes d'étudiants qui formaient, je sais pas, des sortes de groupes secrets qui faisaient pression sur leurs membres. Essaie d'avoir le maximum de renseignements. Pendant ce temps-là, je vais creuser de mon côté...
_ Vous allez interroger Daren encore une fois ?
_ Non, ça ne servira à rien, il a plus peur d'eux que de moi, il ne dira rien. Je vais le filer, peut-être qu'il me mènera quelque part d'intéressant. »
Deborah entendit une voix, au loin, étouffée, une voix masculine l'invitant à ouvrir les yeux. Quoi ? Elle avait les yeux fermés ? Oui, sûrement, étant donné que tout était noir autour d'elle. Mais pourquoi ses yeux étaient fermés ? Et d'abord, où était-elle ?
Elle ouvrit les yeux. Ses paupières engourdies semblaient peser une tonne chacune, et quand elle parvint enfin à les lever, ce fut pour être agressée par une lumière blanche intense qui la força à les rabaisser aussi sec. Il lui fallut plusieurs tentatives pour qu'enfin, ses yeux s’accommodent de la lumière qui semblait provenir d'une sorte de grosse lampe médicale au-dessus de sa tête. Lampe médicale ? Mais où était-elle ? Son cerveau embrumé tenta de se souvenir de sa journée... elle vit une journée de cours banale, ses copines... l'entraînement des pom-pom girls... puis la fin de la journée... c'était confus... que s'était-il passé ?
« Êtes-vous réveillée, mademoiselle Miller ? » La voix d'homme demanda, cette fois-ci beaucoup plus distincte. C'était une voix grave, âgée. Sa vision s’éclaircissant, elle tourna la tête et ce qu'elle vit la réveilla entièrement, une panique soudaine s'emparant d'elle et éveillant tous ses sens. Elle tenta de se lever, de fuir cet endroit, mais ni ses bras ni ses jambes ne semblaient vouloir bouger de sa couche. Elle découvrit avec effroi qu'elle était attachée, des sangles en nylon solides enserrant ses poignets et ses chevilles, la maintenant fermement allongée les bras le long du corps sur ce qui semblait être une chaise de dentiste. Elle tenta de s'en dégager, ou au moins de faire tomber la chaise, mais rien à faire, elle était trop solidement attachée et la chaise trop solidement boulonnée au sol. Prise de désespoir, elle commença à crier, même si elle se doutait bien que son ravisseur avait choisi un endroit où personne ne pourrait l'entendre. Son ravisseur, elle ne pouvait voir son visage, mais la longue et large robe qu'il portait, comme un costume de moine sinistre, avec une grande capuche couvrant son visage, c'était un vêtement qu'elle ne connaissait que trop bien.
Comment en était-elle arrivée là ? Des souvenirs commencèrent à lui revenir. Thad était venu la voir après son entraînement. Elle ne voulait pas trop lui parler, mais il avait insisté. Il s'était excusé pour son comportement, lui avait promis de lui expliquer... elle s'était laissée convaincre, il avait l'air tellement sincère... il avait proposé de la raccompagner chez elle. Elle était montée dans sa voiture, puis... le trou noir. Jusqu'à son réveil dans ce qui ressemblait tout à fait à un cabinet de dentiste, à l'air très propre et neuf. Et cet homme, cet homme à la capuche...
« Qu'est-ce que vous me voulez encore, espèce de psychopathe ? Hurla-t-elle. Je vous ai déjà dit que j'en avais assez de vos sales petits jeux ! Laissez-moi partir !
_ Nous ne vous avons pas amenée ici ce soir pour jouer, mademoiselle Miller, répondit l'homme d'un ton monocorde. Nous voulons juste discuter.
_ Discuter ? De quoi je pourrais bien discuter avec vous, gros pervers ?
_ Hier soir, la... racaille de rue prétendant au titre ronflant de justicière et se faisant appeler Blaze a attaqué la discothèque Hellfire. Causant d'importants dégâts. Son intention était d'interroger Daren Wilkes à propos de notre groupe et de nos activités, relatives notamment à Miranda Parker. Elle devait donc savoir que Daren était des nôtres, ou tout du moins qu'il était impliqué. Nous désirons savoir qui lui a fourni un tel renseignement ?
_ Attendez, attendez une minute... vous croyez que c'est moi qui lui ai dit ? Non mais c'est ridicule, je ne l'ai jamais rencontrée en personne, pourquoi j'irais lui dire que...
_ Quelqu'un a dû forcément lui dire, mademoiselle Miller. Et compte tenu de votre opinion pour le moins... défavorable sur nos activités, il est normal que nous nous tournions vers vous en premier.
_ Non mais une minute ! Quand j'ai plaqué Thad, j'ai juré de ne rien dire, même si ça m'a foutu une trouille bleue, j'ai juré ! Alors pourquoi j'irais moucharder maintenant ?
_ Donc vous dites n'avoir absolument rien dit à qui que ce soit à notre sujet ?
_ Oui ! Enfin, oui, non, j'ai absolument rien dit !
_ Alors comment l'a-t-elle su ?
_ Mais j'en sais rien !
_ Je vois... il y a plusieurs manières d'obtenir des réponses, mademoiselle Miller. Voulez-vous vraiment que nous passions à des méthodes... moins agréables ? »
Une sensation glacée apparut dans sa poitrine quand elle entendit ces mots. Non, il était pas sérieux, là ? Il allait faire quoi, la torturer ou quelque chose comme ça ? Tout ça lui paraissait tellement surréaliste, qu'elle se prit à penser que ce n'était qu'un cauchemar. Oui, sûrement, juste un cauchemar, elle allait bientôt se réveiller, dans sa chambre, et tout irait bien...
L'homme fit signe à un autre homme, habillé de la même tenu, que la jeune fille n'avait pas remarqué avant, car il se dressait dans un coin sombre de la pièce, près de la porte. À la vue du signe, l'autre homme ouvrit la porte et en laissa entrer un troisième, grand et maigre, vêtu d'un trench-coat brun, comme dans les vieux films policiers. Le nouvel arrivant entra dans la pièce à pas lents, presque nonchalants, les mains dans les poches, et s'approcha de la prisonnière sans que son langage corporel ne traduise la moindre émotion. Lorsqu'il entra dans la lumière, elle put voir sa tête, un chapeau de feutre couronnant un visage recouvert d'un masque blanc d'aspect juste vaguement humain, sans aucun trait distinctif. Il l'observa sans rien dire, et elle comprit alors que cet homme terrifiant allait être son bourreau.
Elle se remit à se débattre de plus belle, à crier, à supplier, sans aucun effet. Ils étaient dans un cabinet de dentiste et elle était totalement vulnérable, l'homme au masque blanc avait tout un tas d'instruments horribles à sa disposition. Depuis toute petite, elle était terrifiée par la fraise. À tous les coups, il allait s'en servir et ça allait être extrêmement douloureux, et...
L'homme sortit un petit objet métallique de sa poche. Un étui à lunettes ? Il l'ouvrit, lentement, et en sortit le contenu qu'il posa minutieusement sur une petite table. Des plumes. Des plumes ? Sérieux ? Qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir faire avec ça, la chatouiller ? Puis elle le vit sélectionner deux plumes et les saisir de ses mains gantées, avant de se diriger vers ses pieds. Le temps était très doux en ce mois de mai, et elle avait depuis quelques semaines remisé pantalons, chaussettes et collants au placard en faveur de jupes légères et de ballerines. Ballerines qui lui furent vite retirées, et quand elle sentit les plumes glisser lentement le long de ses plantes nues, elle vit qu'il était sérieux. Son angoisse laissa place à une sorte de sentiment étrange, mélange de tension, de gêne, et d'amusement. La démangeaison lui faisait agiter les pieds, par réflexe, et remontait jusqu'à sa bouche où elle ressortait sous forme de petits gloussements qu'elle tentait de retenir. Ça faisait presque du bien, en fait, et elle commença à prendre ça un peu comme un jeu.
« Vous êtes sérieux, là, les mecs ? Demanda-t-elle entre deux gloussements. Vous avez pas trouvé mieux comme torture ? OK, j'avoue que le décor, et les costumes, c'est très réussi, méga flippant, mais le coup de la torture c'est foiré. Allez, détachez-moi, maintenant, c'était marrant, je reconnais, vous m'avez bien eue.
_ Mademoiselle Miller, répondit l'homme à la capuche, êtes-vous en train de penser que tout ceci n'est qu'un canular ?
_ Mais ouais, c'est évident ! Allez, c'est qui ? Connor, c'est toi ? Allez, mec, je t'ai reconnu !
_ Je vois, soupira l'homme. Vous ne nous prenez pas au sérieux... mais peut-être notre ami le chatouilleur saura-t-il se montrer plus persuasif ? »
Les plumes disparurent, presque au regret de la jeune fille. Elle commençait à aimer ça. Elle leva la tête et vit son bourreau retirer ses gants bruns et commencer à caresser ses pieds du bout des doigts. La réaction fut immédiate :
« Oh la vache ! » hurla-t-elle en se cambrant au maximum. La sensation n'avait plus rien à voir, là c'était carrément horrible ! Elle avait toujours pris grand soin de son corps, et ses pieds ne faisaient pas exception, et elle commença à regretter tout ce ponçage et toutes ces crèmes qui les avaient rendus si doux mais en même temps si sensibles !
« Stop ! Stop ! C'est plus drôle, là, c'est trop !
_ L'idée n'a jamais été d'être drôle, répondit l'homme à la capuche. Je répète ma question, à qui avez-vous parlé de Daren ou de ses liens avec nous ?
_ Je vois pas de quoi vous voulez parler, je vous jure...
_ Très bien, dans ce cas, chatouilleur, poursuivons...
_ Nooooon ! » hurla la jeune fille, à l'agonie, alors que les doigts reprirent leur danse de plus belle. Des doigts étranges pour un homme, fins, et étonnamment doux, qui en faisaient des armes redoutables pour chatouiller. Deborah ressentait chaque mouvement des doigts sur sa peau sensible, tantôt glissant le long de ses plantes, tantôt s'arrêtant grattouiller à la base des orteils, un endroit qui lui était particulièrement insoutenable, tantôt passant même entre les orteils pour lui arracher des suppliques suraiguës, il ne lui épargna rien, efficace, impitoyable, et elle, gisant là, ligotée, impuissante, n'avait rien d'autre à faire que subir et prier pour que ça s'arrête un jour.
Quand le supplice s'arrêta enfin, Deborah ne put dire s'il avait duré quelques minutes ou plusieurs heures. Pour elle, toute notion du temps s'était envolée dans un fracas de rires hystériques, et elle avait bien eu l'impression que chaque seconde de souffrance avait duré un siècle. Elle était en nages, et sur son visage ses larmes chaudes se mélangeaient à la sueur. Elle avait mal aux poignets et aux chevilles, à force de tirer. Et aussi très mal à la gorge. Et elle ne respirait plus que par saccades nerveuses, tout en observant son bourreau et l'homme à la capuche avec des yeux désespérés.
« Bien, vous allez parler, maintenant, je pense, dit ce dernier. Ou peut-être vous en faut-il un petit peu plus ? »
Sur ces mots, le chatouilleur vint au niveau du ventre de la jeune fille et releva délicatement son débardeur pour venir taquiner ses flancs trempés de sueur.
« Non ! Non ! Hurla-t-elle dès le premier contact, avec ses dernières forces. Je vais tout vous dire, par pitié, je vous jure je vais tout vous dire, mais arrêtez les chatouilles !
_ Je vous écoute.
_ C'est... c'est Sally. Oui, j'ai parlé à Sally Lomax, elle est rédactrice pour le journal du lycée, elle m'a demandé si je savais quelque chose sur ce qui était arrivé à Miranda, et tout ce que je lui ai dit c'est que Miranda avait commencé à sortir avec Daren avant qu'elle se fasse kidnapper. C'est tout ce que je lui ai dit, je vous jure !
_ Sally Lomax, donc... très bien, je vous remercie, jeune fille.
_ Vous allez me laisser partir, maintenant ?
_ Malheureusement, vous comprendrez que nous ne pouvons nous permettre de vous laisser repartir en état de témoigner de ce qui vient de se passer... chatouilleur, continuez, je vous prie !
_ Non ! Hurla-t-elle de plus belle alors que les doigts du bourreau revinrent lui chatouiller le ventre. Non, pas ça, je vous en supplie ! Pas les chatouilles, pitié, pas les chatouilles ! »
Pas de panique, se dit-elle, pas de panique, ce n'est qu'un cauchemar, ce n'est qu'un cauchemar...
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Coco - il y a 11 ans
C'est le "depuis avant qu'on y soit" qui me fait bizarre, mais je vois pas trop par quoi tu peux remplacer.
L'étui à lunettes ^^'
Toujours sympa à lire en tout cas
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Black Stingray - il y a 11 ans
Ah oui, la syntaxe... ouais, ça fait un peu langage de rue mais je savais pas trop comment le dire autrement ^^
Oui, l'étui à lunettes, je sais pas d'où me vient l'inspiration pour ça
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Black Stingray - il y a 11 ans
[u:3q7wyakj]Chapitre 5 : Le Klub[/u:3q7wyakj] « On arrive, dit Sally en engageant sa Ford Fiesta sur le parking de la fac. On va voir qui, déjà ? Max Vandenberg, » répondit Billy après avoir consulté la liste qu'il tenait dans les mains. Elle se gara et ils sortirent de la voiture. Sally fut presque gênée de voir sa petite voiture toute mignonne garée parmi tous les coupés et décapotables rutilants dont raffolaient les étudiants. Comme beaucoup de ses copines, elle avait eu son permis à seize ans, mais ses parents avaient insisté pour choisir eux-mêmes la voiture que leur petite fille chérie allait conduire. Pas question qu'elle aille risquer sa vie au volant d'un de ces cercueils sur roues surpuissants, ni qu'elle aille courir les garçons avec une décapotable ! La Ford était une voiture « sensée » comme ils disaient. Il n'empêchait qu'elle n'était pas très fière de se garer devant le lycée avec ça tous les matins... Ils allèrent à l'accueil, où les informa que M. Vandenberg était chargé de TD en sciences, et on les dirigea vers l'amphi où son cours allait se terminer. Ils attendirent patiemment devant la porte que le cours se termine et que tous les étudiants soient sortis avant d'entrer. Occupé à ranger ses affaires dans sa sacoche, le jeune homme portait une chemise sous un petit pull, un brushing irréprochable, une véritable caricature de jeune prof alerte et soigneux. « Max Vandenberg ? Demanda Sally avec hésitation. Oui, c'est moi. Et vous êtes ? Sally Lomax, et voici William Brewster. Nous étudions tous les deux au lycée des quartiers Sud. Vous y étiez aussi, n'est-ce pas ? Oh oui, j'ai eu mon diplôme il y a quatre ans, mais ça semble déjà une éternité ! Alors, qu'est-ce qui vous amène ? Et bien, nous sommes du journal du lycée, et nous faisons un article sur certains anciens élèves... sur les anciens membres du comité d'excellence, en fait. » M. Vandenberg demeura silencieux un court instant. Il sembla subitement très gêné, mais se ressaisit rapidement et esquissa un petit sourire détendu. « Oh, il n'y pas grand chose à dire sur le comité d'excellence, c'était juste un groupe d'élèves doués qui se réunissaient pour étudier. C'est un sujet plutôt ennuyeux, à vrai dire. Vous ne faisiez vraiment qu'étudier ? Il n'y avait pas... autre chose ? Non, que pourrait-il y avoir d'autre ? M. Vandenberg, intervint soudainement Billy, vous ne trouvez pas étonnant qu'un groupe d'études pour élèves doués ne soit composé que de garçons ? Et que de garçons riches ? Vous-même, Monsieur, votre famille est assez connue dans la région... Jeune homme, je ne vois pas où vous voulez en venir et je n'apprécie pas du tout le ton que vous prenez. Je crois que vous devriez partir, maintenant. OK, dit Sally, Monsieur, excusez-nous, on ne voulait pas vous insulter ou... vous accuser de quoi que ce soit. Le fait est que... une de mes amies a été agressée, et on a enquêté, et la piste semble mener vers... je ne sais pas trop ce qu'on cherche, il y aurait apparemment un genre de groupe secret, de club ou quelque chose comme ça, qui serait lié au comité d'excellence du lycée. On espérait qu'en retrouvant d'anciens membres de ce comité, on obtiendrait des réponses. Je suis désolé, dit le jeune prof en ramassant sa veste et sa sacoche, je ne vois pas de quoi vous voulez parler. Je dois y aller maintenant, excusez-moi. Elle s'appelle Miranda ! Déclara Sally en se mettant en travers de son chemin alors qu'il se dirigeait vers la porte. Elle s'appelle Miranda, et elle vient tout juste d'avoir dix-huit ans. Elle aimait danser, et chanter, mais ça c'était avant de se retrouver dans un lit d'hôpital, terrorisée par ce qui lui est arrivé. Je veux savoir ce qui lui est arrivé. Aidez-moi, s'il vous plaît. » Le prof baissa les yeux au sol, soupira, et répondit d'une voix sombre : « Je ne peux pas vous aidez, je suis désolé. Et pour votre propre sécurité, vous ne devriez pas vous mêler de ces choses-là. N'enquêtez pas là-dessus, qui sait ce qui pourrait vous arriver... laissez-moi, maintenant. » À ce même moment, dans le centre-ville, Blaze n'était pas plus avancée que ses deux acolytes. Voilà maintenant plus de trois heures qu'elle filait Daren sans que rien d'intéressant ne se soit produit. Bien sûr, pour une filature en plein après-midi, pas question de sortir le costume : elle portait des vêtements ordinaires, avec ses cheveux ramassés sous une casquette et une grosse paire de lunettes de soleil pour masquer ses yeux. Et c'est dans cette tenue qu'elle déambulait dans les rues, l'air de rien, collant au train du jeune homme en attendant que quelque chose, n'importe quoi, survienne. Il avait d'abord été à l'entraînement du club de boxe du lycée, ce qui lui avait pris une bonne heure. Puis il avait pris sa voiture pour aller en centre-ville, et elle avait eu toutes les peines du monde à le suivre discrètement, sa Honda rouge et noire n'étant pas des plus discrètes. Et voilà que maintenant il traînait de magasin en magasin, tuant le temps et gaspillant celui de la justicière. Avec un autre garçon, elle aurait pu aller l'aborder en jouant les filles sympas et lui tirer les vers du nez, mais ça ne marcherait pas avec lui : elle était connue au lycée Sud, sous son identité civile, et elle n'avait aucune excuse pour aborder Daren sans que ça ne paraisse suspect.
Elle fut tirée de son ennui par la sonnerie du téléphone. C'était Marcus, l'aide-soignant. « Allô ? Blaze ? C'est Marcus. Écoute, il faut que tu reviennes à l'hôpital tout de suite. Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi c'est si urgent ? On a une nouvelle victime. Oh, merde... » Elle réfléchit. Il fallait absolument qu'elle voit ça, mais elle devrait d'abord passer se changer, ce qui ferait un gros détour, mais pas question de se pointer devant l'aide-soignant en tenue civile et sans masque ! Même si elle n'aimait pas se promener en costume en plein jour, elle n'avait pas trop le choix. « Je suis là dans une heure, » dit-elle. Marcus alla ouvrir la porte de derrière dès qu'il reçut le SMS le prévenant qu'elle était arrivée, et la justicière s'engouffra à l'intérieur avec une telle hâte qu'il en fut surpris. « Hé ! Qu'est-ce qui se passe, t'es poursuivie ou quelque chose comme ça ? Non non, t'inquiète, c'est juste... le costume. La nuit ça passe, mais en journée il est vraiment trop flashy, je préfère éviter de traîner dehors trop longtemps. Alors, tu me parlais d'une nouvelle victime ? Oui, c'est par là. » Et il la guida à travers le dédale de couloirs jusqu'à revenir à la même salle d'observation où elle avait vu Miranda il y a deux jours. Sauf que la jeune fille pieds nus, prostrée sur le lit, n'était pas Miranda, c'était une grande brune plutôt jolie... « Et merde, soupira Blaze, Deborah Miller... Tu la connais ? Une élève du lycée Sud aussi... On dirait que tu connais beaucoup de gosses de ce lycée... comment ça se fait, t'es prof là-bas dans le civil ? » Le regard noir qu'elle lui lança lui fit vite comprendre qu'il ne valait mieux pas s'aventurer sur ce sujet. « Bon, se reprit-il, alors... oui, j'allais dire, portée disparue hier soir, retrouvée ce matin dans les Projects, inconsciente. Tout est exactement comme pour Miranda, aucune trace d'agression à part les marques sur les poignets et les chevilles, état de choc, incapable de parler... Encore une victime du chatouilleur... et Miranda, où est-elle maintenant ? Elle va mieux. Elle s'est remise à manger, et elle a même demandé à regarder la télé, du coup on l'a transférée dans une chambre individuelle normale, à l'étage. Donc elle peut parler ? Oui, mais... tu comptes l'interroger ? Je te préviens, Blaze, elle est encore fragile, un rien l'effraie... Ne t'inquiète pas, je saurai me débrouiller. » Miranda était en train de regarder sa série préférée, bien calée dans son lit, quand la porte de sa chambre s'ouvrit. Elle sursauta, tournant ses yeux écarquillés vers l'intrus... non, ça va, c'était Marcus. Il était gentil, Marcus, pas de danger, tout allait bien... mais après l'avoir saluée d'un petit signe de tête, il s'écarta pour laisser entrer la justicière. La jeune fille se tendit. Que lui voulait cette femme masquée, à l'allure si agressive, au regard si dur ? Elle tenait un gobelet en carton fumant dans les mains, pourquoi faire ? Marcus marmonna à la nouvelle arrivante qu'il lui laissait quelques minutes, puis il partit en fermant la porte, les laissant seules dans la chambre. La femme aux cheveux rouges s'approcha du lit, et Miranda se recroquevilla instinctivement, remontant ses draps au niveau de son visage. Elle venait lui faire du mal, pensa-t-elle, comme les autres avant. C'était eux qui l'envoyaient. « Bonjour, dit la justicière d'une voix étonnamment douce, et la jeune fille fut encore plus surprise de voir qu'elle souriait, un sourire gentil, chaleureux. N'ai pas peur, je ne vais pas te faire de mal... je t'ai apportée un chocolat chaud... » Miranda inspecta avec méfiance le gobelet qu'elle lui tendit, et voyant que c'était bien du chocolat chaud, elle le saisit et en but une gorgée doucement. Ça faisait du bien. « Merci, chuchota-t-elle. Pas de quoi... je peux m'asseoir ? » Elle s'assit sur le rebord du lit. Elle avait l'air gentille, se dit Miranda, mais il y avait quelque chose, dans le craquement du cuir à chacun de ses mouvements, dans la forme menaçante de son masque, qui l'effrayait. Ne sachant trop comment entamer la conversation, Blaze se tourna vers la télé qui était restée allumée. « Oh, c'est le nouvel épisode ? Dit-elle. Je ferais mieux de pas trop regarder alors, j'ai encore deux épisodes de retard... Vous... vous regardez cette série aussi ? Oui, quand j'ai le temps... ne sois pas surprise, dit-elle avec un petit rire doux, j'ai une vie en dehors du masque, tu sais. J'ai du mal à vous imaginer regardant la télé avec un chocolat chaud... Et pourtant, ça m'arrive ! Il m'arrive même de me faire des bains moussants, avec des bougies et tout le bordel ! » Miranda ne put s'empêcher de rire à cette idée. Blaze vit cela comme un bon signe de détente avant d'aborder le sujet principal : « En fait, je suis venue pour discuter avec toi quelques minutes... tu veux bien ? Discuter de quoi ? Demanda la jeune fille, revenant soudainement sur la défensive. Je sais qu'il t'es arrivé quelque chose... quelque chose d'horrible. Je voudrais que tu m'aides à retrouver celui qui t'a fait ça. » Le regard de la jeune fille s'assombrit instantanément : « Je préfère pas en parler... Tu ne veux pas que ce salaud soit puni ? Si je me suis retrouvée là dedans, c'est parce que j'ai voulu parler à la base... Parler de quoi ? Je préfère pas vous le dire... Bon, autant être honnête, je sais déjà une partie de la vérité. J'ai parlé à Daren... Quoi ? Vous lui avez parlé ? Demanda-t-elle, inquiète. Plus exactement, je l'ai menacé avec une batte de baseball jusqu'à ce qu'il craque, mais l'idée est la même. Il m'a dit qu'il y avait une espèce de... groupe. Il t'entraînait dans des choses étranges ? Tu as eu peur et tu as voulu en parler à quelqu'un ? C'est pour ça que... Arrêtez ! Vous savez pas ce qu'ils m'ont fait, vous avez même pas idée ! Si, je le sais. Il y a une autre jeune fille en bas, Deborah Miller, une amie à toi, d'ailleurs. Elle a subi la même chose. C'est pour vous aider toutes les deux que je suis là, mais ça ne peut marcher que si tu m'aides toi aussi. Deborah aussi ? Oh mon Dieu, ça va jamais s'arrêter... » Elle sentit les larmes commencer à couler, mais sitôt qu'elles sortirent, elle sentit une main, chaude et réconfortante, caresser ses cheveux. Blaze avait retiré un de ses gants, et elle avait les mains étonnamment douces pour une combattante. « Je suis là, maintenant, alors ça va s'arrêter. Est-ce que tu as pu voir le chatouilleur ? » La jeune fille ferma les yeux et tenta de se remémorer la scène, mais sitôt qu'elle y pensa, le souvenir horrible de la sensation de doigts fins parcourant son corps, ses plantes si sensibles, alors qu'elle était attachée, impuissante, la bloqua et elle se mit à frémir. Tout ce qu'elle put voir, c'était un visage blanc, sans traits, inexpressif, un visage de mannequin. « Tout ce qui me revient... c'est qu'il était différent des autres... il portait une espèce de masque blanc, je crois... le reste, ce qui s'est passé... je me souviens pas... et je veux pas me souvenir, je peux pas... C'est pas grave, n'y pense plus dans ce cas. Tu peux me parler du groupe ? Non... si je parle encore, ils me retrouveront, et ça va recommencer. Seuls Marcus et toi êtes au courant que je suis venue te voir, Miranda. Personne ne saura. Et je peux vous faire confiance, à vous ? Bien sûr ! Ah oui, comment ? Mes parents ont toujours dit que vous étiez... cinglée... sans vouloir vous offenser ! Ne t'inquiète pas, je sais ce que certaines personnes pensent de moi. Alors vous comprenez que j'ai du mal. Si ça se trouve, vous êtes de mèche avec eux, allez savoir ! Après tout, je ne sais rien de vous, et vous vous cachez le visage, comme eux ! » Sur ces mots, la justicière soupira et se leva du lit. « Je vois, dit-elle. Puisqu'il faut en arriver là... » Et elle se dirigea à pas lents vers les fenêtres, et tira les rideaux. C'était des rideaux blancs, qui ne bloquaient pas la lumière du jour, la chambre demeura claire, mais elles ne pourraient plus être vues depuis l'extérieur. Miranda sentit monter l'angoisse. Qu'avait-elle en tête qui nécessitait autant de discrétion ? Puis l'angoisse se transforma en panique quand Blaze alla bloquer la poignée de la porte avec une chaise. La jeune fille était enfermée avec elle, et elle comprit qu'elle avait raison, elle lui voulait du mal, elle était avec eux, maintenant elle allait l'attacher à son lit d'hôpital et la torture allait recommencer... elle commença à l'implorer faiblement. « Doucement, dit-elle, je t'ai dit que je n'allais pas te faire de mal ! Mais pour ce que je m'apprête à faire, il faut que je sois sûre que personne ne nous surprendra. C'est quelque chose que j'ai jamais fait avant, et j'ai vraiment pas envie de le faire... mais il faut que tu me fasses confiance... » Elle tremblait. La justicière tremblait de peur, alors qu'elle portait ses mains à son visage. Sous son cuir, elle était baignée de sueur froide. Non, elle ne voulait vraiment pas le faire... elle ferma les yeux et ses doigts commencèrent à caresser les rebords de son masque avec hésitation. Puis, lentement, elle passa les doigts sous les rebords et se mit à tirer. Les bandes adhésives qui le maintenaient en place se décollèrent une à une, et après plusieurs secondes qui lui semblèrent une éternité, le masque en latex fut retiré entièrement. Puis elle rouvrit les yeux. Miranda la contemplait, fixe comme une statue, pâle comme la mort. « Oh mon Dieu, chuchota-t-elle, mon Dieu, mon Dieu... je... je l'aurais jamais cru... Maintenant tu connais mon secret, » dit la justicière en revenant s'asseoir sur le lit. De loin, Miranda aurait encore pu croire halluciner, mais de près, aucun doute possible. Ce visage, c'était bien elle. « Alors tu peux me confier le tien. Très bien, dit-elle en ravalant sa salive. Il lui fallut plusieurs minutes pour retrouver ses esprits après le choc de la révélation. Daren appelait ça le Klub... avec un K, il disait que ça faisait plus... enfin, que ça en jetait, quoi. Au début je pensais que c'était un genre de groupe de potes, avec des petites traditions comme se réunir à leur endroit préféré... c'était ça, en partie... la première et la dernière fois qu'il m'y a emmenée, il m'a bandé les yeux, il a dit que l'endroit où ils se réunissaient devait rester secret. Sur le coup, je trouvais ça plutôt marrant, et excitant, de me laisser guider, sans savoir... j'étais amoureuse et pas mal naïve, je crois, je lui ai fait trop confiance, trop vite. Je veux dire, il était gentil, et populaire, et beau gosse, comment j'aurais pu... Hé ! Tu n'as pas à t'en vouloir, d'autres auraient fait la même erreur. Ouais... j'ai vite déchanté quand il a enlevé le bandeau. Je me suis retrouvée dans une espèce de cave voûtée, un truc gothique, un genre de décor de film d'horreur. Il y avait un brasero au milieu de la pièce, au milieu d'un symbole dessiné sur le sol, ça faisait très satanique. Et puis il y avait les autres. Ils portaient tous des espèces de robes sombres, avec des capuches pour masquer leurs visages. Et les filles... on était quelques unes, et on devait porter des masques pour pas se reconnaître entre nous. C'était leur délire. Ils se sont mis à faire une espèce de rituel bizarre, puis ils nous ont demandés, aux filles, de... faire des trucs... entre nous... Des... trucs ? Ils voulaient qu'on s'embrasse, qu'on se caresse... un peu comme dans les bizutages de facs qu'on voit dans les films. C'est le genre de délire qui aurait pu être marrant dans d'autres circonstances, mais là... il y avait quelque chose de très glauque, on sentait que c'était pas pour rire, qu'ils voulaient nous manipuler... ça m'a foutu la trouille, alors je me suis tirée. Le lendemain, j'ai rompu avec Daren, et j'ai menacé de porter plainte. Il m'a dit de ne surtout pas le faire, que ça allait empirer sinon. Puis Deborah est venue me parler, elle aussi a essayé de me dissuader. De la part de mon amie, j'espérais plus de soutien ! On s'est fâchées, j'étais décidée à porter plainte, j'étais en chemin... puis... puis je me suis réveillée, attachée dans cet endroit sombre... et... et... C'est bon. Pas besoin de te remémorer ça si c'est encore trop dur. Et pour Deborah... vu qu'il lui est arrivé la même chose, je crois qu'elle essayait juste de te mettre en garde. À part Daren... tu sais qui d'autre était dans le Klub ? Non... ils étaient tous masqués, en fait. Mais vu que Daren ne traîne qu'avec les riches du comité d'excellence, je parierais bien qu'ils en font tous partie. C'est mon avis aussi. Merci, Miranda, tu m'as beaucoup aidée, là. Je vais m'occuper du reste, repose-toi, d'accord ? » Pendant ce temps-là, les deux journalistes en herbe étaient bien loin de New Havenport, et Sally venait juste d'allumer les phares alors que la nuit tombait sur l'autoroute les menant vers Cooper Riverside. La soirée s'annonçait douce et calme, ils roulaient sans aucun accroc pendant qu'un air de Coldplay passait à la radio. C'était « Paradise », et c'était vraiment le paradis, se dit Billy, il en aurait presque oublié qu'ils étaient en mission pour résoudre une affaire sordide de chatouilleur en série. Ce qu'il voyait, là maintenant, c'était qu'il était sur la route avec une jolie fille, par une belle soirée d'été, avec une musique sympa... « Qu'est-ce qu'il y a ? demanda sa conductrice. Hein ? Euh, rien, pourquoi ? Je sais pas, tu me regardais... Quoi ? Mais non, je te regardais pas. Si, tu me regardais, répondit-elle, amusée. Je t'ai vu ! Non, je regardais... je regardais le paysage de ton côté ! Le paysage de mon côté, tu te fous de moi, c'est le désert ! Et alors ? J'aime bien les déserts ! C'est joli. Les fans de déserts, en général c'est pas les psychopathes qui y enterrent leurs victimes ? Oh, mais tu sais très bien que j'en suis pas un, depuis le temps qu'on se connaît... Ceci dit c'est ça le problème avec les fêlés, les plus dangereux sont ceux qui ont l'air normaux... » Ils continuèrent de se vanner tandis qu'elle prit la prochaine sortie et quitta l'autoroute pour entrer dans la ville de Cooper Riverside. Enfin, ville était un bien grand mot, pour ce patelin paumé au milieu d'une contrée peu engageante. Ce n'était pas encore totalement le désert, autour, mais à deux heures de route de New Havenport, ils avaient laissé le climat côtier derrière eux pour s'enfoncer dans des terres de plus en plus sèches. D'abord, les arbres avaient laissé place à de vastes plaines et des champs cultivés, puis petit à petit, le gravier blanc et le sable grossier avaient remplacé l'herbe et les plants de maïs, et ils commençaient maintenant à apercevoir les premiers buissons secs et cactus. Cooper Riverside avait beau être une ville minuscule avec son unique collège, son unique bureau de poste, son unique fast-food et sa bibliothèque municipale grande comme un placard, elle se trouvait encore en terrain hospitalier, car une fois passée la Cooper River, c'était les vastes étendues sauvages du Sonora. Elle se gara sur le parking de l'unique fast-food, un Burger King d'aspect miteux, et fut surprise d'être la seule voiture sur ce parking. « Sérieux ? Dit-elle. C'est qui déjà, celui-là ? Richard Baxter. Attends, on parle bien d'un ancien du comité d'excellence ? Un type brillant à l'école avec une famille riche, et il se retrouve manager d'un Burger King pourri en plein désert ? Je sais, ça a l'air naze comme ça, mais c'est le dernier de la liste qu'on peut voir. Tous les autres sont barrés à Harvard, Princeton, et tout ça. Et puis, c'est peut-être le plus intéressant à voir. Comment ça ? Tu l'as dit toi-même, comment il a fait pour échouer dans le désert ? Je suis sûr qu'il a une histoire à raconter. Mouais, on va voir... de toutes façons, on y va parce que j'ai faim ! » Ils entrèrent, ils étaient les seuls clients. Ils commandèrent des burgers, et demandèrent à la serveuse s'ils pouvaient voir le manager. Celle-ci, méfiante, leur demanda de patienter un petit moment, le temps qu'elle aille se renseigner, et revint à eux pour les informer que le manager allait les rejoindre en salle dans quelques minutes. Ils s'installèrent alors à une table et commencèrent à manger. Billy se dit à ce moment-là que c'était drôle, ils avaient l'habitude de se retrouver dans un café en ville pour faire le point sur leurs enquêtes, et il leur arrivait de manger à la même table à midi, mais c'était la première fois qu'ils dînaient en tête à tête. Le jeune homme aurait juste préféré un cadre un peu plus romantique qu'un fast-food pour l'occasion... Le manager les retrouva à leur table. C'était une caricature vivante, un type gras du bide, portant une chemisette et une cravate aux couleurs du restaurant, au menton flasque, au sourire obséquieux et aux petits yeux enfoncés dans les orbites. Était-ce vraiment celui qu'ils cherchaient ? « Bonsoir, dit-il en leur offrant une poignée de main molle. Je suis Richard Baxter, le manager de cet établissement. Tout se passe bien pour vous ? Très bien, merci, répondit Sally. M. Baxter... Oh, je vous en prie, appelez-moi Richard. Richard, se reprit-elle sans hésiter, en fait nous avons fait la route depuis New Havenport exprès pour vous parler... Ah, mais de quoi ? Vous étiez bien étudiant au lycée Sud de New Havenport, et membre du comité d'excellence ? Oui, c'est exact. En fait nous faisons un article sur les anciens membres du comité, pour le journal du lycée, est-ce qu'on pourrait vous interviewer ? Ah. Vous avez, je ne pense pas avoir grand chose d'intéressant à dire là-dessus... il y a plein d'autres anciens membres qui, je suis sûr, se feraient un plaisir de... En fait, Richard, intervint Billy, c'est vous qui êtes le plus intéressant. On se demandait, comment un élève brillant issu d'une famille aisée échoue dans un Burger King miteux dans le désert ? Vous auriez pu faire des études, mais au lieu de ça... Oh, répondit le manager, ses tempes grasses commençant à transpirer de malaise, vous êtes encore jeune, vous apprendrez plus tard que... parfois, les aléas de la vie font, que... Est-ce que ces aléas ont quelque chose à voir avec un... club secret, ou quelque chose du genre ? Je ne vois vraiment pas de quoi vous voulez parler. Si vous voulez bien m'excuser, je dois retourner à mon travail. Alors, bon appétit et à bientôt chez Burger King. » Il les salua d'un signe de tête et commença à s'éloigner. Les deux jeunes étaient en train de chercher un moyen de le retenir quand Sally reçut un SMS. Il venait de la justicière : « Le Klub, c'est comme ça qu'ils l'appellent. » Immédiatement, la jeune fille s'écria dans le restaurant vide : « Le Klub, avec un K, ça vous dit quelque chose, Richard ? » L'homme se figea alors, et revint vers eux d'un pas pressé. Il était blême. « Chut, dit-il, n'allez pas gueuler ça sur tous les toits ! Comment vous êtes au courant pour le Klub ? Vous devriez vous asseoir, je crois qu'on va discuter un moment... » Il s'installa alors à leur table, et ils lui racontèrent toute l'histoire. Et il écouta tout le long, sans dire un mot. On aurait presque cru que ça ne l'atteignait pas. Sauf que son visage ne mentait pas. Au fur et à mesure du récit, il passa de blême à livide puis à cadavérique. Quand ils eurent fini, il soupira longuement, et prit la parole : « Alors ça ne s'est pas arrêté... bien, je vais vous raconter, alors, si ça peut permettre que ça s'arrête...j'ai rejoint le comité d'excellence dès mon entrée en seconde, j'étais très bon à l'école, et puis, oui, je venais d'une bonne famille... puis quand je suis entré en première, un copain du comité, un terminale, a commencé à me parler d'un club sympa où ils se réunissaient pour décompresser des études, mais c'était assez secret, un truc d'initiés, quoi. Ça m'intéressait, alors il m'a parrainé. Le trip c'était de porter des espèces de costumes genre moines démoniaques, on se la jouait rituels ésotériques et tout le bazar. Il y avait même le chef, tout le monde devait l'appeler Grand Maître, vous voyez le délire. J'ai jamais su qui c'était, d'ailleurs. Moi je trouvais ça rigolo, ça faisait un peu jeu de rôle, puis j'avais l'impression d'appartenir à un truc à part... Et vous faisiez quoi, au juste, dans ce Klub ? Le principe c'était qu'on draguait des filles en soirées, puis on les emmenait dans notre repère. On leur jouait notre numéro de cabale mystique pour les impressionner, et on leur donnait des gages. Des trucs cons, genre elles devaient s'embrasser entre elles devant nous, un genre de bizutage, quoi. Je trouvais ça marrant, mais petit à petit, je me suis rendu compte que quelque chose clochait. Certains gages étaient franchement limite, et certaines filles... ben, certaines jouaient le jeu, mais d'autres étaient vraiment flippées, et super mal à l'aise. Je sortais avec une de ces filles, à l'époque, et elle m'a avoué qu'elle avait voulu se plaindre de ce qu'on faisait, mais qu'elle avait reçu des menaces pour la faire taire... on racontait que les membres les plus haut placés du Klub enlevaient les filles qui voulaient se plaindre, et les emmenaient dans un endroit pour leur foutre la trouille de leur vie, pour les intimider. Ça devenait vraiment trop malsain pour moi, j'ai voulu me tirer aussi. Et du coup, j'ai commencé à recevoir des menaces aussi. J'ai eu la trouille, je savais pas à qui parler, Blaze n'existait pas encore à l'époque. Alors avec ma copine... on s'est barrés, on a quitté la ville. On avait dix-huit ans, après tout, on pouvait faire ce qu'on voulait. Nos parents n'ont pas compris, ils pensaient qu'on était en phase de rébellion, mais en fait... on voulait s'éloigner de ces gens. On a fini par se séparer, elle est retournée chez ses parents, elle a réussi à les convaincre de déménager... elle est partie à Winnipeg. Et moi, du coup, j'ai fini par échouer ici, dans le désert. C'est pas la vie rêvée, mais au moins, j'entends plus parler d'eux... Il y avait déjà des cas de... torture des chatouilles, à l'époque ? Non, ça c'est la première fois que j'en entends parler. Et... vous pouvez me dire où vous vous réunissiez ? Dans un local désaffecté, dans le quartier industriel de Leach. Je peux vous noter l'adresse, si vous voulez. Oui, je veux bien. Et si vous pouvez nous dire autre chose, vous ne savez pas qui est le chef, mais n'importe quelle information sur lui... Et bien... de temps en temps, j'entendais les membres haut placés parler entre eux, de problèmes internes au Klub... il y avait un nom qui revenait de temps en temps, apparemment c'était un fouteur de merde pour eux... Blackie Harrington, c'était ça, le nom. Je peux pas vous dire qui c'est, ni où vous pouvez le trouver, mais si vous arrivez à le trouver, peut-être que lui en saura plus. Blackie Harrington... très bien, on va voir ce qu'on peut trouver. Merci, en tous cas, et on vous promet, Richard, on va faire tout notre possible pour que ça s'arrête. Après tout, on a une justicière avec nous, maintenant. _ J'espère... en tous cas, soyez prudents. Et bonne chance. »
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Black Stingray - il y a 11 ans
[u:28xi34r8]Chapitre 6 : Le mystérieux Blackie Harrington[/u:28xi34r8] « Sally, chérie ? Madame Lomax demanda en ouvrant la porte de la chambre de sa fille. Est-ce que tout va bien ? » Sa fille était assise sur son fauteuil, près de son PC, tandis que ce garçon, Billy, qu'elle avait voulu inviter pour dîner, était assis sur le lit. Ils écoutaient de la musique. La fenêtre était ouverte pour laisser entrer l'air frais du soir. Bon, se dit-elle, au moins tout cela avait l'air innocent... « Euh, oui Maman, répondit Sally, surprise. Tout va bien, pourquoi ? Je ne sais pas... depuis le couloir, j'avais l'impression d'entendre une autre voix de fille, je croyais qu'il y avait quelqu'un d'autre avec vous... Euh, non, pourtant. Ça venait peut-être de la musique... Oui, sans doute... non mais, attends... ça sent la clope, là-dedans ! Tu fumes, Sally ? » Sa mère était outrée, et la pauvre fille ne sut comment réagir, quand Billy intervint : « Non, Madame Lomax, en fait... c'est moi. Je pensais qu'avec la fenêtre ouverte, ça allait... enfin, je suis désolé, je sais que c'est pas bien, vous direz rien à mes parents, hein ? » La femme toisa avec sévérité ce jeune homme étrange que sa fille avait ramené à la maison. Non mais d'où il sortait, ce jeune tout pâle et maigrichon, avec son sweat à capuche trop grand pour lui ? Elle espérait qu'ils n'allaient pas sortir ensemble, elle pourrait trouver mieux quand même ! « Jeune homme, dit-elle, si tu veux revenir ici, je te conseille de ne jamais rallumer de cigarettes dans cette maison ! Et pour ton bien, débarrasse-toi de cette habitude dégoûtante ! Bon allez, je vous laisse. Ne rentre pas trop tard chez toi, Billy. » La justicière rentra par la fenêtre sitôt que Madame Lomax eût fermé la porte. « C'était moins une, dit Sally. Je vous avais dit que c'était une mauvaise idée de fumer ici ! Désolée, pas pu m'en empêcher. Au fait, sérieux, arrêtez de me vouvoyer, sans déconner c'est stressant. Je suis une justicière de rue, moi, j'ai pas l'habitude ! On va essayer, Blaze, » répondit la jeune fille, amusée, quoi qu'encore intimidée par la présence de la justicière dans sa chambre. Mais au moins, elle l'était beaucoup moins que Billy qui la voyait pour la première fois en vrai, et qui quand elle était arrivée quelques minutes plus tôt, l'avait observée la bouche grande ouverte sans dire un mot pendant un long moment. « Bon, on reprend ! Ordonna la justicière. Ce qu'on sait, en résumé, c'est que notre homme, le chatouilleur, porte un masque blanc et travaille pour un groupe appelé le Klub. Et le Klub, continua Sally, est un genre de confrérie étudiante dont font partie certains membres du comité d'excellence du lycée. Il a été fondé il y a plusieurs années, à la base c'était juste un genre de groupe secret pour s'amuser avec des filles, ça avait pas l'air bien méchant... Puis ça a commencé à déraper, poursuivi Billy, des gens ont voulu porter plainte et ont reçu des menaces pour les faire taire... Aujourd'hui, conclut Blaze, le Klub continue ses activités et a trouvé un nouveau moyen de pression pour maintenir le silence : ils font torturer leurs victimes par le chatouilleur. Mais qui il est et d'où il vient, par contre... est-ce un membre, ou alors, un genre de... sous-traitant ? Daren m'a dit qu'il ne l'avait jamais rencontré, donc ça doit être quelqu'un d'extérieur. Pour l'instant, notre seul moyen de mettre le grappin dessus, c'est de percer tous les secrets du Klub. Deborah m'a dit que Thad l'avait entraînée dans des soirées bizarres, répondit Sally, donc il doit en être lui aussi ! Et si vous... pardon, tu l'interrogeais ? Non, pas une bonne idée. Après que j'ai interrogé Daren, Deborah s'est faite avoir. On ne sait pas qui ils sont ni combien, tant qu'on en sait pas plus, vaut mieux éviter de les affronter directement. Notre meilleure piste pour l'instant c'est ce... comment déjà ? Blackie Harrington. Voilà. Vous l'avez retrouvé ? Pas encore, il était pas dans la liste qu'on a imprimée. Va falloir retourner dans le système du lycée, mais on a pas pu hier, journée trop chargée. Demain, ça devrait être bon. OK mais pas plus tard, après c'est le week-end et on pourra pas y accéder, je ne veux pas perdre deux jours ! Et pour leur lieu de réunion, dans le quartier de Leach ? Que dalle, l'endroit est désaffecté depuis un moment. Soit il a raconté des cracks, soit ils ont changé de lieu de réunion depuis. Voilà la prochaine étape, vous me chopez toutes les infos sur Blackie, et je me charge de le trouver. » Le lendemain, Sally venait tout juste de sortir des vestiaires après l'entraînement de basket, et était en route pour rejoindre Billy à la salle informatique, quand elle se figea net, prise d'une soudaine anxiété : pour aller du gymnase à la salle informatique, il fallait traverser la cour, et Cass était là, en plein milieu. Et merde ! Même s'il y avait du monde dans la cour, Cass avait un sixième sens quand il s'agissait de repérer son souffre-douleur. Si elle traversait la cour, elle allait la voir, c'était sûr. Et pas question de subir de nouveau l'humiliation du chien ! Elle se retourna vivement, voulant revenir sur ses pas et chercher un autre chemin, quand elle percuta quelqu'un de plein fouet et fit tomber son sac. S'excusant, elle se pencha pour le ramasser, mais l'autre personne fut plus rapide, elle ramassa le sac et le lui tendit. C'était un très beau garçon, grand et aux épaules carrées, avec un sourire à faire fondre. « Tout va bien, Sally ? Tu as l'air un peu nerveuse, demanda-t-il. Thad ! Oh, c'est... en fait, c'est... euh... Cass est dans la cour, et j'ai pas envie de la croiser. Je comprends, j'ai entendu parler de ce qu'il s'était passé. Oui... dis, tu veux bien m'accompagner jusqu'au CDI ? Bien sûr. » Ils partirent alors ensemble, sortant de l'enceinte du lycée par le portail arrière, avec l'intention de longer la rue jusqu'à l'entrée principale, évitant ainsi la cour. Ça, Sally aurait pu le faire toute seule, évidemment. Mais croiser Thad pile à ce moment-là était une opportunité qu'elle ne pouvait pas laisser passer. Elle savait que le jeune homme ne la regardait pas avec indifférence, mais contrairement à la plupart de ses copines, elle n'avait jamais été attirée par lui. Bien sûr il était beau, fort, intelligent, riche, mais il y avait quelque chose en lui, une sorte d'arrogance, qui avait toujours repoussé Sally. Et elle était encore plus dégoûtée maintenant qu'elle savait dans quel genre d'activité il était impliqué. Mais si elle lui faisait un petit numéro de charme, en jouant les demoiselles en détresse et en se rapprochant de lui petit à petit, peut-être allait-elle pouvoir glaner quelques infos... ils marchèrent côte à côte en plaisantant, tournèrent au coin de la rue, l'entrée principale était à quelques dizaines de mètres. Sally ne l'atteignit jamais. La justicière, qui, méconnaissable dans sa tenue civile, avait observé de loin leur rencontre près du gymnase, s'était hâtée à leur poursuite avec un mauvais pressentiment. Lorsqu'elle arriva à quelques dizaines de mètres de l'entrée principale, elle ne trouva qu'un téléphone portable abandonné à même le sol. Le portable de Sally. Elle était arrivée trop tard. Dans la salle informatique déserte, Billy commençait à s'impatienter. Sally aurait dû déjà être là depuis plusieurs minutes. Il avait déjà allumé un PC et s'était mis au boulot, mais il eut une mauvaise surprise en constatant que la sécurité du réseau avait été renforcée depuis son dernier piratage. Ça plus le retard de Sally, ça commençait à l'énerver... Son portable sonna. Numéro inconnu. Il décrocha : « Billy ? C'est Blaze. Ah, c'est vous... enfin je veux dire, toi... on est pas encore prêts, là, j'attends Sally et... T'es assis, là ? Quoi ? Assieds-toi, ça va te faire un choc... Sally a été kidnappée. » Il sentit son cœur s'arrêter d'un seul coup. « Quoi ? Demanda-t-il d'une voix presque inaudible. Elle a disparu presque sous mes yeux, j'ai juste retrouvé son portable. Mais comment ? Comment c'est possible, on est dans le lycée, ils l'auraient pas enlevée là, devant tout le monde ! Et... attendez, vous êtes dans le lycée, là, maintenant ? On a pas le temps pour ces questions, Billy ! On a une chance de la sauver avant qu'il soit trop tard, mais pour ça j'ai besoin que tu sois à 100%, d'accord ? Alors souffle un bon coup, reprends ton calme, et on bosse. D'ac ? D'ac. Où t'en es avec Harrington ? C'est la merde, ils ont changé les protocoles de sécurité, je peux plus y accéder ! Tu peux pas pirater les nouveaux ? Si mais ça me prendrait des plombes ! Alors il faut que tu consultes les archives papier. Et comment je rentre dans la salle des archives ? L'accès est interdit aux élèves de l'établissement. Pourtant il va bien falloir que tu trouves un moyen ! Bon, vas-y, et... je vais voir ce que je peux faire. » Billy quitta la salle informatique et alla se planter devant la porte verrouillée menant au couloir administratif. De l'autre côté de cette porte se trouvaient la salle où étaient stockés les bouquins et le matériel scolaire, le bureau où étaient précieusement dissimulés les sujets d'examens, et bien sûr la salle des archives. Mais encore fallait-il pouvoir passer le verrou magnétique... « Hé, salut toi ! » Il se retourna au son de cette voix pour faire face à Mademoiselle Kaczinski, souriante et chaleureuse comme à son habitude. « Tu es William Brewster, c'est ça ? Tu as besoin de quelque chose ? Demanda-t-elle en passant sa carte dans le lecteur pour déverrouiller la porte. Oh, euh, et bien... je sais pas... » Nerveux, il ne sut quoi répondre. Il était en train de chercher un moyen de rentrer en fraude dans le couloir interdit quand une prof est venue l'interrompre, il ne pouvait pas vraiment lui dire ça ! Soudain, en la regardant et en cherchant ses mots, il eut une sensation étrange, un frisson qui lui parcourut la colonne vertébrale. Blaze lui avait dit de se rendre ici, et qu'elle allait voir ce qu'elle pouvait faire. Elle était manifestement dans l'enceinte du lycée à ce moment-là. Et Mademoiselle Kaczinski était grande, musclée, rousse... Il ouvrit la bouche pour parler, quand à ce moment-là, un rugissement de rage se fit entendre dans le couloir : « Brewster !! » C'était Cass, qui fonçait droit sur lui avec cet air de tarée qu'elle avait habituellement. Toujours au bon moment, celle-là ! Elle lui sauta dessus sans autre forme d'introduction, apparemment elle n'avait pas vu la prof, et le plaqua contre le mur. « T'avais pas un devoir de maths à me filer, petit merdeux ? Alors, il est où ? Je l'attends toujours ! _ Non mais ça va pas la tête, Danielle ! S'écria Mademoiselle Kaczinski en les séparant. Ça va vraiment pas mieux, toi ! Viens avec moi, on va direct chez le principal ! » Les deux femmes s'en allèrent alors, oubliant complètement Billy, la prof tirant l'élève par le bras sans ménagement. Ouf ! Se dit-il, finalement le timing de la brute était impeccable, Mademoiselle Kaczinski était partie en oubliant de refermer la porte ! Profitant de l'opportunité, il se faufila par la porte et dans la salle des archives. Elle était grande comme une salle de classe et incroyablement encombrée, des piles et des piles de cartons de feuilles non trillées entassées sur des casiers à tiroirs métalliques, voire à même le sol. Comment allait-il s'y retrouver là-dedans ? Il sentit monter la panique, mais il se ressaisit vite, prenant une grande inspiration comme le lui avait dit la justicière. Sally avait été kidnappée, très certainement par le Klub, et s'ils ne la retrouvaient pas vite, elle allait subir le supplice des chatouilles ! Il s'appliqua alors à ouvrir chaque tiroir, scrutant les dossiers qui s'y trouvaient, jusqu'à ce qu'au bout d'un temps qui lui parut interminable, il tombe sur le casier des dossiers d'anciens élèves. E... F... G... H... H... Harrington ! Bingo ! Il ouvrit le dossier fébrilement et fut surpris d'y trouver la photo d'un jeune homme blond, coiffé en brosse, aux épaules et à la mâchoire carrée, un vrai mannequin aryen. Alistair Blake Harrington, disait le dossier. Avait quitté le lycée il y a six ans sans avoir eu son diplôme, malgré de très bons résultats en littérature et en art. Très bon joueur de tennis, ancien membre du comité d'excellence qu'il avait quitté sans explications peu de temps avant de quitter le lycée. C'était lui, Blackie Harrington ? Blackie faisait plutôt nom de loubard, pourtant, alors que le type en photo avait tout du fils de bonne famille. Ils verraient bien, pas le temps de se poser mille questions ! Il glissa le dossier dans son sac et se faufila à l'extérieur.
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Sweety - il y a 11 ans
Black Stingray, tu vas dire que je radote (et les autres diront peut-être la même chose, non sans raison
), mais...
Je suis toujours aussi fan de cette histoire, et de ton écriture.
Vraiment...
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Chinow - il y a 11 ans
J'ai enfin rattrapé mon retard ! J'ai mis un moment avant de commenter, mais il faut dire que tes chapitres sont très consistants (et j'adore ça !).
Sérieusement, est-ce que tu es un auteur professionnel ?
C'est très bon, même excellent. C'est sans commune mesure avec une histoire en amateur. J'adore. Je ne me sens presque pas de légitimité à te commenter. Si j'étais un éditeur, je te proposerai un contrat sur ton histoire sans aucun doute. Et je suis sérieuse.
Non, sérieux, tu as toute mon admiration.
Après, les scènes de tortures sont un peu à la limite pour moi, mais je te lirai quand même jusqu'au bout, avec un plaisir sans faille.
Au fait, je sais qui est Blaze, je crois.
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Black Stingray - il y a 11 ans
Wow, que de compliments ! Je suis pas sûr de tous les mériter, mais merci beaucoup
Chinow, je me doutais que tu aurais un peu de mal avec les scènes de torture, mais bon, fallait bien des méchants crédibles pour donner envie à Blaze (et aux lecteurs) de leur casser la tronche
Promis, il y aura une scène de chatouilles bien plus soft plus tard !
Bon sinon je prends un peu de retard parce que je suis en train d'écrire une histoire pour Halloween en même temps, mais ça va arriver
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Coco - il y a 11 ans
Encore un chapitre très sympa à lire

C'est trop facile pour Blaze ... Je préfère attendre avant de me prononcer ^^
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Black Stingray - il y a 11 ans
Merci ! Et voilà le chapitre 7 ! Il est long, il y a de l'action, et j'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire, en faisant une sorte d'hommage à l'un de mes films préférés, Blade Runner.
Je me suis aussi inspiré sur un petit passage d'une certaine personne ici qui se reconnaîtra peut-être
Chapitre 7 : Rififi à Coast Way Bay
La nuit était tombée, et avec elle, une pluie battante. Billy trembla et rentra sa tête encapuchonnée dans ses épaules, tout en continuant de marcher d'un pas maladroit, tentant en vain d'éviter la foule dense qui circulait de tous côtés. Il jeta un regard admiratif à Blaze qui, à ses côtés, fendait littéralement la foule d'un pas lent, assuré, les pouces dans les poches et la clope au bec, les gens s'écartant à son passage avec des regards anxieux indiquant que la réputation de la justicière la précédait. Même la pluie semblait glisser le long de ses cheveux et de son blouson sans la gêner outre mesure. Dans le quartier animé et insalubre de Coast Way Bay, elle était comme une reine.
Après que Billy ait récupéré le dossier de Harrington, Blaze l'avait envoyé seul enquêter à son adresse. Elle disait qu'elle ne voulait pas se montrer en costume en plein jour, ça flashait trop. Il s'était donc rendu seul à l'adresse indiquée dans le dossier, une très belle et spacieuse villa dans une banlieue très chic. Mais l'occupant l'avait informé que les Harrington avaient déménagé il y a six ans. Déçu, il s'était alors rendu chez le voisin en quête d'information. Il était tombé sur un homme d'âge mur colérique, qui s'était emporté dans un torrent d'insultes sitôt qu'il eut entendu le nom de Harrington. Billy parvint quand même à comprendre qu'avant leur déménagement, Alistair – ou comme le voisin l'appelait, « leur connard de fils » - s'était transformé en véritable rebelle et avait entraîné sa fille Mindy dans son univers de débauche, à tel point qu'aujourd'hui, la jeune fille pourtant si bien élevée passait le plus clair de son temps à picoler avec les punks à chiens près de la gare.
Il avait donc transmis l'info à Blaze qui lui avait répondu qu'elle prendrait le relais, et qui s'était rendue en costume à la gare. Là, elle les avait tous trouvés, affalés sur les marches de l'escalier en béton menant au parking souterrain, tous trop bourrés ou défoncés pour se rendre compte de qui elle était. Il n'y avait qu'une seule fille avec eux, une fille aux cheveux courts noirs habillée de frusques trouvées dans un surplus militaire, et qui portait beaucoup trop de mascara pour cacher son regard fatigué de junkie.
« C'est toi Mindy ? Avait-elle demandé en se mettant à son niveau.
_ Peut-être bien, qu'est-ce que ça peut te foutre ? avait répondu la jeune punk en tirant sur son joint. Hé, mais t'es la Batman du coin, ou je sais pas quoi ? Je vois pas ce que tu me veux, j'ai rien fait de mal.
_ Oui, à part que tu fumes de l'herbe, mais ça je m'en fiche. C'est un copain à toi que je cherche. Blackie Harrington.
_ Je vois pas de qui tu veux parler.
_ Me prends pas pour une conne, je sais déjà que tu le connais.
_ Et qu'est-ce que tu lui veux, à Blackie ?
_ Juste lui parler.
_ Ouais, c'est ça. Ben Blackie il veut parler à personne.
_ Je vois... je suppose qu'il t'a dit de ne pas dire où on peut le trouver ? Dis-moi juste une chose... » Elle s'était penchée très près du visage de la jeune fille et l'avait reniflée. « C'est de la Taïwanaise que tu fumes.
_ Non, de la Marocaine.
_ C'était pas une question. J'ai passé assez de temps à me battre contre les dealers du coin pour reconnaître les variétés à l'odeur. Alors explique-moi, comment une clodo comme toi peut se payer une herbe d'aussi bonne qualité ? Ce serait pas par hasard Blackie qui te fournirait en échange de ton silence ? Un genre de petit arrangement entre amis ?
_ Putain mais tu fais chier, à la fin ! » Avait crié Mindy.
Blaze avait souri. « Vue la violence de ta réaction, je prends ça comme un oui.
_ Ouais, et alors ? Je te dirai pas où il est, de toutes façons, qu'est-ce que tu vas me faire, hein ?
_ Rien du tout. Je sais déjà où il est. »
Et sur ces mots, elle était repartie en direction de sa moto, appelant Billy en chemin pour lui dire qu'elle avait trouvé Harrington. Il n'y avait qu'un seul endroit en ville où se procurer ce type d'herbe.
Billy n'était jamais venu à Coast Way Bay, et il se sentait à la fois terrifié et fasciné par cet univers dont il ne soupçonnait même pas l'existence. Autrefois un port de commerce prospère, l'endroit avait souffert d'une grave crise économique et toutes les entreprises avaient fini par fermer les unes après les autres. Les nombreux entrepôts laissés à l'abandon avaient d'abord servi de repères clandestins pour les plus gros dealers de la ville, avant d'être investis par plusieurs vagues successives d'immigrants qui en avaient fait des logements de fortune. En majorité Chinois, mais aussi Mexicains, Péruviens, même Africains, ces nouveaux occupants avaient fini par s'établir et pratiquer leurs commerces entre eux, transformant Coast Way Bay en véritable ville dans la ville, florissant de manière chaotique comme un champignon. Les entrepôts servaient donc de logement pour des centaines de familles, et tout l'espace entre ceux-ci était investi par des petits commerces clandestins, installés à la sauvette sous de vieilles tonnelles ou des abris faits avec des matériaux de récup, voire simplement en plein air, des tables de jardin, de vieux établis ou juste des planches posées sur parpaings faisant office d'étals.
Des grandes artères aux plus petites allées, jusqu'au plus petit espace, tout était envahi par ce marché perpétuel chaotique, vivant et grandissant comme un organisme, marchant, criant, chantant. Produits exotiques, vêtements, DVD, jeux vidéo, parfums de luxe, si on savait où chercher et qu'on n'avait pas peur de la contrefaçon, on pouvait trouver absolument de tout à Coast Way Bay. Et c'était sans compter les très nombreux étals de restauration, d'où les odeurs des cuisines du monde entier se mélangeaient dans un écœurant relent de graillon. Harcelé par ces vues, ces senteurs et ces bruits nouveaux, Billy était bien heureux d'avoir Blaze à ses côtés pour le guider dans cette jungle.
Elle le mena vers un étal tenu par des Chinois, un simple comptoir avec des tabourets en plein air, protégé seulement par un toit en tôle peu solide, et derrière lequel deux cuistots s'affairaient dans une cuisine improvisée. Elle s'installa à un tabouret et invita le jeune homme à en faire de même.
« Euh... on fait quoi, là ? Demanda-t-il.
_ Là ? Ben on va bouffer, quelle question. T'inquiète, c'est moi qui t'invite.
_ Mais attends, Sally a été kidnappée, si ça se trouve ils sont en train de la torturer à mort à coups de chatouilles, et toi... tu t'arrêtes pour bouffer ?
_ Premièrement, ça sert à rien de paniquer parce qu'on peut rien faire tant qu'on a pas les bonnes informations, et les bonnes informations, ici, on les obtient en prenant son temps. Deuxièmement, j'ai rien bouffé depuis ce midi, et je vais pas partir à la baston l'estomac vide. Alors, on bouffe. »
L'un des cuistots vint à eux et elle commanda quelque chose que Billy ne comprit pas. Le cuistot revint avec deux bols fumants de riz cantonais et des baguettes. C'est vrai qu'il avait faim, et que l'odeur émanant de son bol était appétissante. Mais il n'était vraiment pas adroit avec des baguettes et il se sentit bien seul à galérer à voir son riz filer entre ses baguettes, tandis que la justicière mangeait le sien sans problème, tenant ses deux baguettes dans une seule main, bien coincées entre ses doigts comme une pince. Finalement, elle le prit en pitié et vint à sa rescousse, lui attrapant la main pour y mettre les baguettes correctement. C'était pas très pratique, ça faisait un peu mal aux doigts, mais au moins, il parvint à manger un peu. Quand le cuistot repassa à leur niveau, Blaze s'adressa à lui dans une langue méconnaissable, et ils échangèrent quelques mots dans cette langue.
« Parce qu'en plus tu parles chinois ?! S'exclama-t-il, impressionné.
_ Cantonais, en fait. Et non, je le parle pas, c'est juste qu'à force de venir dans le coin j'ai fini par apprendre deux ou trois phrases utiles. C'est beaucoup plus facile de se renseigner par ici quand tu fais un effort sur la langue, ça les met en confiance.
_ Et vous vous êtes dit quoi, du coup ?
_ Je lui ai demandé pour Blackie, mais il connaît pas. Il m'a dit d'aller voir Howie Lee, il tient une salle de mah-jong pas loin, il est au courant de pas mal de choses.
_ Une salle de quoi ?
_ Tu verras bien. »
Elle finit son bol en quatrième vitesse et se leva de son tabouret. Billy se hâta d'avaler au moins deux bouchées avant de la suivre dans les rues encombrées. Il remarqua qu'elle avait gardé ses baguettes dans sa main. Bizarre...
Ils déambulèrent jusqu'à tomber au détour d'une ruelle étroite sur une petite porte en fer qui donnait accès à un immeuble délabré. Un type énorme, avec un cou de taureau et un poitrail comme un tronc d'arbre, gardait la porte, et leva son énorme paluche à leur arrivée pour leur interdire l'accès.
« Je viens voir Howie Lee, dit Blaze. Je veux juste causer.
_ Ouais... ben Howie Lee veut pas te causer, justicière. Passe ton chemin.
_ Bon écoute mon gros, j'ai pas envie de me battre, alors tu me laisses passer, et tout ira bien. Sinon, ça va chier.
_ Parce que tu crois que tu me fais peur ? » ricana le gros.
Mais son rire fut de courte durée : d'un coup sec, elle leva le bras comme pour lui mettre un uppercut au visage et arrêta sa main au niveau de son nez, et l'homme se figea tout à coup, et se mit à gémir de douleur. Ses baguettes. Elle les lui avait enfoncées dans les narines.
« OK, gros, si j'enfonce encore un peu, elles te rentrent dans le crâne, et tu veux pas en arriver là, n'est-ce pas ? Alors tu me laisses... passer ! »
Et sur ces mots, elle appuya lentement sur les baguettes pour forcer l'homme, gémissant de plus en plus fort, à se mettre à genoux. Puis elle le lâcha, et ouvrit la porte, invitant Billy à la suivre. Hésitant, le jeune homme partit à sa suite, descendant un escalier métallique pour arriver dans une sorte de cave enfumée, où les lumières tamisées éclairaient des tables où des hommes tenaient des conversations très animées, jouant à une sorte de jeu impliquant des petits cubes en plastique décorés et de grosses piles d'argent liquide. L'odeur de la clope était insupportable.
« Des dominos ? Demanda-t-il.
_ Mah-jong, répondit la justicière. Un genre de poker chinois. Fais attention, ils prennent ce jeu très au sérieux.
_ Attends, c'est un tripot clandestin ? S'exclama-t-il avec un mélange d'étonnement et de crainte.
_ Chut ! Pas la peine de se faire repérer plus qu'on ne l'est déjà ! »
Et elle avait bien raison, beaucoup de joueurs avaient déjà levé la tête et jetaient des regards nerveux à la jeune femme masquée. Ils traversèrent la salle jusqu'à un bureau dans un coin, où un Chinois âgé, au visage ridé en lames de couteau et au crâne chauve, mangeait un bol de nouilles.
« Howie Lee ? » Demanda la jeune femme. Il leva les yeux de son bol, son regard était dur, méfiant. « Je dois vous parler.
_ Blaze, la justicière... tu manques pas d'air de te pointer jusqu'ici, la dernière fois que t'es venue à Coast Way Bay tu m'as mis deux de mes habitués sous les verrous. Et maintenant tu reviens pour moi ? Je te préviens, tu m'auras pas.
_ Non, attendez, c'est... »
Billy, qui était légèrement en retrait, ne comprit pas ce qui lui arrivait quand tout à coup, Blaze le saisit à l'épaule et le poussa violemment sur le côté. Sous le coup de l'adrénaline, le monde sembla tourner au ralenti et il vit clairement un bol de soupe brûlante passer à quelques centimètres à peine de son visage. Le bol termina sa course au sol, et en un instant, le chaos se déchaîna : dans un bordel de grincements de chaises les joueurs se levèrent, leurs visages énervés, quittèrent leurs tables, et sautèrent sur les intrus, prêts à la baston. Billy se recroquevilla par réflexe quand il vit le premier d'entre eux arriver, mais la justicière, vive comme l'éclair, le repoussa d'un grand coup de pied avant d'aller renverser les tables les plus proches pour ralentir leurs poursuivants.
« On se casse ! » hurla-t-elle en prenant son compagnon d'infortune par la main et en le guidant vers une porte derrière le bureau de Lee, par laquelle ce dernier s'était enfui. Se tenant toujours par la main, ils coururent dans un dédale de couloirs en béton, les cris de leurs poursuivants résonnant derrière eux, et finirent par ressortir dans une rue encombrée. Dans la bousculade, Billy lâcha la main de Blaze et la perdit. En panique, il se fondit dans la masse, tentant de deviner par où elle était partie.
Blaze fendit la foule en courant, poussant sans ménagement tous ceux qui se trouvaient sur son chemin sans même ralentir. Howie Lee était passé par là, les cris indignés des passants qu'il bousculait dans sa fuite, au loin devant, lui indiquaient qu'elle était sur la bonne piste. Elle déboucha sur une artère large où une forte odeur de marée la prit immédiatement à la gorge. À perte de vue s'étendaient des étals de poissons, des plus communs aux plus exotiques, des grands aquariums remplis de crabes et autres fruits de mer, et sur les tonnelles au-dessus des étals étaient suspendues des créatures marines séchées aux formes les plus improbables. L'avenue de Neo Kwangchow était ce que New Havenport avait de plus proche d'un Chinatown, et c'était aussi le plus gros marché aux poissons de l'État. Elle devait faire vite, Lee pouvait facilement se fondre dans la masse et disparaître corps et bien. Mais elle devait aussi se montrer prudente, un type de sa réputation avait certainement des hommes postés ici prêts à lui fondre dessus.
Là ! Elle vit en un éclair l'homme lui sauter dessus par la gauche, et elle le ceintura au vol avant de l'envoyer valser, et il alla s'écraser lourdement contre un aquarium de crabes qui se brisa sous le choc, répandant une impressionnante quantité d'eau qui força les passants surpris à s'écarter. Pour la discrétion, c'était encore raté !
Un choc violent dans son dos lui coupa le souffle et l'envoya contre un étal, où elle se rattrapa difficilement. Ce coup de pied était fort, heureusement qu'elle avait une plaque dans le dos ! Elle se tourna vers son agresseur, non, ses agresseurs, trois types. Et à leur façon de bouger, ils s'y connaissaient en kung-fu. Pour les battre rapidement, il fallait trouver un truc...
Elle regarda l'étal contre lequel elle était. Des anguilles. Dans le genre improvisation, elle avait difficilement fait pire... elle saisit donc une anguille dans chaque main et s'en servit comme de fouets, les faisant tournoyer devant elle. Ses adversaires eurent un moment d'hésitation avant d'attaquer. Voyant le premier arriver, elle fit voler son poisson dans sa direction sans trop y croire, et fut surprise d'entendre son arme claquer aussi fort contre la joue de son assaillant qui tomba inconscient. Qui aurait cru que ce serait aussi efficace ! Forte de sa découverte, elle se débarrassa de ses deux autres adversaires de la même manière, quand elle vit du renfort arriver depuis une ruelle toute proche. Sans réfléchir, elle lança ses anguilles comme des boomerangs pour les envoyer en pleine tête du premier à sortir, qui fut instantanément assommé, et profitant de l'effet de surprise, elle sauta sur le suivant pour lui mettre son 43 dans les gencives.
Une détonation la fit sursauter, et elle se réfugia instinctivement derrière une pile de palettes. Puis elle entendit le cric-cric distinctif qui lui confirma qu'un homme au bout de la ruelle avait un foutu fusil à pompe ! Elle détestait les armes à feu. Elle ne s'en servait jamais, ce n'était pas une tueuse après tout, mais du coup, c'était un avantage qu'avaient les criminels.
Bon, comment s'en débarrasser de celui-là ? Elle regarda, de l'autre côté de la ruelle, il y avait une échelle de secours qui menait à un échafaud qui courait le long du mur. Si elle l'atteignait, elle pourrait éviter le tireur... elle tendit la main hors de sa cachette et la ramena aussitôt, juste avant qu'une nouvelle détonation se fasse entendre et qu'une partie de la pile de palettes explose dans une pluie d'échardes. Le temps qu'il recharge, elle avait réussi à bondir hors de sa cachette et à atteindre l'échelle. En pleine montée d'adrénaline, elle se mit à sprinter sur les planches en bois peu solides de l'échafaud, alors qu'une nouvelle explosion d'échardes se produisit juste derrière elle, puis une autre. Il tirait dans l'échafaud, mais elle était plus rapide. Quand soudain, une autre détonation se produisit, cette fois-ci droit devant elle. Surprise, elle tenta de freiner, perdit l'équilibre, tomba, faisant s'écrouler le plancher sous elle. Elle mit quelques secondes à retrouver son souffle et à se relever, se débarrassant des planches brisées qui lui étaient tombées dessus. Sans son armure, elle aurait pu se casser un bras avec une chute pareille !
Mais pas le temps de récupérer, l'homme au fusil était déjà sur elle, et il la plaqua de tout son poids contre un tas de vieux cartons moisis, son arme appuyée en travers de sa gorge pour l'étouffer. L'homme était très gros, et très moche, mais il appuyait avec une force de bœuf, et elle luttait pour respirer. Solution de secours : d'un coup sec, elle secoua son bras gauche, le mouvement déployant la matraque télescopique cachée dans sa manche, et elle envoya le bout de son arme dans le gras du bide de son agresseur. Grognant de douleur, il lâcha prise, et reprenant l'avantage, elle passa sa matraque sous l'aisselle de l'homme pour l'empoigner par l'autre bout et pousser un grand coup pour le mettre à genoux, une prise de soumission qu'elle avait apprise dans un DVD sur l'entraînement de la police. Un coup de genou bien placé, et l'homme était KO.
Où était Lee ? Elle avait perdu du temps avec cette bagarre, mais il était âgé, et pas aussi rapide ni aussi endurant qu'elle. Il ne devait pas être loin ! Elle se remit en course, continuant le long de la ruelle, pensant que comme c'était de là qu'étaient venus ses hommes, ce devait être par là qu'il était passé. Sa perspicacité fut récompensée quand elle entendit son souffle rauque au loin, et finit par l'apercevoir, droit devant elle. Quand il la vit, il accéléra le pas avec difficulté, et elle se lança à sa poursuite à toute vitesse, mais très vite, elle se sentit paralysée par une sensation de brûlure dans ses poumons et commença à perdre de la vitesse en toussant comme une vieillarde. La clope ! Elle le savait pourtant, que c'était une sale manie ! Non, elle n'allait quand même pas se faire semer par ce vieil homme ! Mais déjà elle perdait du terrain, Lee s'approchait de la fin de la ruelle et allait disparaître dans la rue adjacente, quand tout à coup, il s'écroula. Elle arriva à sa hauteur avant qu'il puisse se relever, et s'aperçut que Billy était parvenu à arriver par l'autre côté et avait tendu un manche de balai pour déséquilibrer le vieil homme.
« Joli coup, Billy ! Lui dit-elle, impressionnée. T'es plein de ressources, comme garçon !
_ Euh... merci. » répondit-il, commençant à rougir.
Elle empoigna sa proie tandis qu'il se relevait et le plaqua au sol. Il se mit à se débattre et à jurer en Cantonais.
« On se calme, Lee ! Je ne suis pas venue pour t'arrêter ni pour faire fermer ton tripot, sinon tu penses bien que je m'y serais prise autrement. Donc on va arrêter les bagarres inutiles, je veux juste parler !
_ De quoi tu veux parler, justicière ?
_ J'ai besoin d'infos sur un certain Blackie Harrington.
_ Et qu'est-ce qui te fait croire que je sais quoi que ce soit sur lui ?
_ Il achète de la Taïwanaise, c'est le seul endroit en ville où on peut en trouver. Et les dealers du coin adorent dépenser leur fric au mah-jong, non ?
_ D'accord, d'accord. Je vois qui c'est, un gweilo, facile à repérer, ils sont pas beaucoup à traîner à Neo Kwangchow. Il se fournit chez un de mes habitués. En général on peut le trouver à Nancy's Tavern, sur les docks. »
Nancy's Tavern avait l'aspect extérieur d'un coupe-gorge des mauvais quartiers, avec son enseigne en néons clignotants dont il manquait la moitié des lettres. Billy fut surpris de voir sur l'enseigne que le bar faisait aussi hôtel, ce à quoi Blaze rit et lui expliqua que ce n'était pas vraiment un hôtel. Il se situait juste en face d'un dock abandonné, sur lequel étaient encore amarrées quelques embarcations rouillées, cadavres flottants d'une époque plus prospère. Officiellement, il n'y avait plus aucune activité portuaire à Coast Way Bay, et les seuls bateaux encore en activité étaient les navires de contrebande qui accostaient discrètement au milieu de la nuit pour alimenter les marchés.
L'intérieur du bar, tout en bois sombre, avec ses airs de rock'n roll provenant d'un vieux juke-box et ses bikers aux crânes rasés et aux physiques imposants réunis autour d'une partie de billard, était tout à fait le genre d'endroit dans lequel Billy se sentait mal à l'aise. Encore plus mal à l'aise quand les clients aperçurent la nouvelle venue, et que peu à peu, un silence de mort s'installa.
« Euh... ils vont nous tuer là, non ? Demanda Billy.
_ Non, t'inquiète. Suis-moi et fais comme si de rien n'était... »
Ils se dirigèrent vers le comptoir où ils firent face à une barmaid d'âge mur aux imposants bras tatoués.
« Salut, dit Blaze, tu dois être Nancy ?
_ Ouais... et que me vaut l'honneur, Miss Batman ?
_ Je cherche pas d'embrouille, je veux juste causer à un de tes clients. Blackie Harrington.
_ Blackie est pas dispo, et ça m'étonnerait qu'il ait envie de te parler.
_ Où je peux le trouver, alors ? »
C'est à ce moment-là qu'une porte au fond du bar s'ouvrit brusquement, laissant apparaître un jeune homme aux cheveux longs et portant un cuir râpé, qui vint s'étaler de tout son long sur le parquet. Une jeune femme apparut à sa suite, une Hispanique en sous-vêtements et talons hauts, dont la beauté était totalement gâchée par un maquillage à la truelle. Elle se dressa devant l'homme à terre et le toisa d'un regard haineux.
« Deux mois ! Hurla-t-elle avec un fort accent. Deux mois que j'attends ton coup de fil, Harrington ! Et même pas un petit texto en deux mois, et là tu te pointes, comme une fleur, et tu t'attends à ce que je t'accueille à bras ouvert ! »
Elle enchaîna avec un torrent d'insultes en Espagnol devant une assemblée médusée avant de repartir par là où elle était venue. L'homme se roula par terre et se releva avec difficulté, tentant de sauver ce qui lui restait de dignité par quelques blagues. Vue sa façon de bouger, il n'avait pas sucé que de la glace...
Il arriva en titubant pour se planter au comptoir juste à-côté de Blaze, et ne put s'empêcher de la reluquer longuement. Sérieusement, se demanda Billy, c'était lui, Blackie Harrington ? Parce que cette espèce d'épave en cuir et jean sales, avec ses longs cheveux gras, sa barbe mal taillée et ses valises énormes sous les yeux, n'avait pas grand chose à voir avec le garçon élégant de la photo, si ce n'est vaguement la forme du visage.
« Nancy ! Appela-t-il. Un shot de whisky pour moi et... un pour ma nouvelle copine.
_ Blackie Harrington ? Demanda la justicière sans se démonter.
_ Ouais m'dame ! Et toi t'es l'espèce de justicière... Blade, c'est ça ?
_ Blaze.
_ Ouais, exact. J'ai pas mal entendu parler de tes exploits, mais... je pensais pas que t'étais aussi bonne !
_ Et toi je pensais pas que tu savais aussi bien parler aux femmes. Tu sais que t'es pas un mec facile à trouver, j'ai dû retourner toute la ville pour toi.
_ Allons poupée, un peu de tenue, on se connaît à peine ! »
Billy fut choqué de la voir rire, ne comprenant pas comment une fille comme elle pouvait rire à cette attitude de macho primaire. Mais il comprit assez vite qu'elle riait de l'absurdité de la situation : lui était une grosse poche qui tenait à peine debout, et elle pouvait le casser en deux d'un battement de cils. Et malgré ça, il balançait des réflexions sexistes sans aucune gêne. Ça avait effectivement quelque chose d'hilarant.
« Bon, on arrête la drague, Blackie, je viens te voir pour une raison précise. Je voudrais qu'on parle du Klub.
_ Quel club ? J'en connais plein, mais aucun n'est mieux que la bonne vieille taverne à Nancy, crois-moi !
_ Le Klub, avec un K. »
Comme les autres, son expression changea du tout au tout.
« Ah, eux. J'ai plus rien à voir avec ces connards, je me suis tiré il y a six ans. Pas envie d'en parler, c'était déjà assez la merde à l'époque. Maintenant, ils me foutent la paix, je leur fous la paix, et on est bien comme ça.
_ Là c'est différent. Ils ont kidnappé une amie à nous. Et ils ont déjà fait deux victimes avant elle. Faut qu'on les arrête à tout prix. Je dois en savoir le maximum, et au plus vite.
_ Je fais pas confiance aux gens qui boivent pas. Tu t'envoies ton shot, et après on pourra causer. »
La jeune femme prit alors le minuscule verre de whisky, trinqua avec l'épave, et l'engloutit cul-sec comme si c'était de l'eau.
« OK, Blaze, t'as gagné. Mais pas ici. Venez chez moi, j'habite à côté. »
Effectivement, il vivait dans une des péniches abandonnées amarrées au quai en face du bar. Il les guida dans son intérieur exigu, aménagé avec des objets de récup. Son canapé et ses fauteuils étaient défoncés et couverts de taches suspectes, et un panneau de signalisation monté sur parpaings faisait office de table basse, sur laquelle trônaient un bong, un cendrier, et une bouteille de Jack Daniels à moitié vide. Il y avait des posters d'un goût douteux plein les murs, et l'odeur de l'herbe était entêtante. Il s'affala sur le canapé et se resservit un verre.
« Bon ! Dit-il. Le Klub... mauvais souvenirs tout ça, groupe de pourris, sales fils de bourges ! J'en ai fait partie, ouais. J'étais même haut placé dans l'organisation, avant de foutre le camp. Depuis j'ai plus de nouvelles d'eux, mais y a un truc que je comprends pas... qu'est-ce que vous entendez par victimes ? »
Ils lui racontèrent alors toute l'histoire depuis le début : les victimes, Miranda et Deborah, le supplice des chatouilles, le chatouilleur au masque blanc, et maintenant, Sally.
« Ah ouais quand même, dit-il à la fin. Ils ont changé de méthode à ce que je vois.
_ Blackie, à ton époque vous intimidiez aussi les filles qui voulaient se plaindre de vos... activités. Vous vous y preniez comment ? En tant que membre gradé, tu dois le savoir, non ?
_ Bien sûr que je le sais, j'y ai même participé ! Me regarde pas comme ça, c'était il y a longtemps, je suis plus le même depuis. Ce qu'on faisait, c'est qu'on les enlevait et on les emmenait dans un cabinet de dentiste, qui appartient à l'un des anciens du Klub. Le jour c'était un cabinet tout ce qu'il y a de plus banal, et la nuit c'était notre salle de torture improvisée. On les attachait bien solidement sur la chaise, et...
_ Et vous leur faisiez quoi ?
_ Rien. On se contentait de jouer avec les instruments, la fraise et tout ça. On leur décrivait en détails ce que ça pouvait leur faire et la douleur que ça pouvait produire. Puis on les laissait mijoter toute la nuit, et le lendemain, on les relâchait. Mais bon, les jeunes d'aujourd'hui, ils ont plus peur de rien, ça m'étonne pas qu'ils aient changé de méthode.
_ Ce cabinet, il est toujours utilisé ?
_ Possible.
_ Quelle est l'adresse ?
_ 333 Hunt Street. Un immeuble de bureaux, le cabinet est au deuxième étage, la fenêtre la plus à gauche qui donne sur la rue. »
Sur ces mots, Blaze se leva comme si une guêpe l'avait piquée. « On y va ! Déclara-t-elle.
_ Par contre faites gaffe, déjà à mon époque ils employaient des gros bras pour leur sécurité. Il y en aura sûrement pas mal pour garder le rez-de-chaussée, et quelques uns en haut.
_ Pas de problème pour ça. J'ai le matériel qu'il faut.
_ Et quand t'auras fini, si t'as besoin de plus de renseignements... passe me voir, tu sais où me trouver. »
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Coco - il y a 11 ans
Très sympa comme chapitre encore une foi, j'ai juste un peu tiqué sur la pointure de Blaze. Elle est si grande que ça ? Sinon pour le coup du bol de riz, on parle de la deuxième fois ou pas ? ^^
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Black Stingray - il y a 11 ans
Très sympa comme chapitre encore une foi, j'ai juste un peu tiqué sur la pointure de Blaze.
Elle est si grande que ça ?
Euh... c'est trop grand pour une fille, même plutôt grande ? Je sais pas, je me rends pas trop compte... bah on a qu'à dire que c'est des bottes, ça fait des pieds plus grands
Sinon pour le coup du bol de riz, on parle de la deuxième fois ou pas ? ^^
On parle de la fourchette, ou pas ?
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Black Stingray - il y a 11 ans
Merci beaucoup GML ! Ha ha, un autre fan de Blade Runner à ce que je vois
Justement, je me suis inspiré pour l'ambiance de Coast Way Bay de certains quartiers qu'on voit dans le film, notamment le quartier où Deckard mange ses nouilles, l'espèce de Chinatown sous la pluie, surpeuplé et anarchique.
Pour le clin d'oeil du bol de riz, c'est surtout une private joke à propos des baguettes, mais bon je vais pas développer plus que ça au risque de m'attirer les foudres de certaines personnes
Et le Blackie, ben honnêtement j'en suis pas encore là et j'espère ne jamais y arriver. C'est plus, on va dire, une sorte de caricature du métalleux gros déchet qu'on peut voir à certains concerts/festivals.
Et, oui, en fait j'écris en dehors des histoires de chatouilles, d'ailleurs les personnages de Blaze, Sally et Billy viennent d'une histoire que j'avais commencée il y a un moment mais jamais terminée, je les ai juste adaptés pour une histoire axée chatouilles.
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Chinow - il y a 11 ans
Décidément, toujours aussi classe. Et je savais que t'étais un pro ! Bon, peut être pas toujours en tant qu'auteur, mais la traduction, il faut quand même une bonne plume pour ça.
Sérieusement, j'adore toujours autant
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Black Stingray - il y a 11 ans
Enfin, après une longue absence, le chapitre 8 est arrivé !
Au fait, c'est pas pour faire du racolage, mais... l'identité de Blaze sera révélée très bientôt
Chapitre 8 : Mission de sauvetage
« Mademoiselle Lomax, l'homme à la robe déclara d'une voix suave, vous êtes consciente que vous pouvez arrêter tout ça ? Il vous suffit de répondre à nos questions.
_ Allez... vous faire... mettre ! L'intrépide jeune journaliste siffla entre ses dents, qu'elle serrait à fond pour ne pas rire. J'ai... rien... à vous dire, espèce de... cinglé ! »
Elle avait beau lutter pour préserver sa fierté, ça faisait déjà deux heures que ça durait et ça commençait à être long. Elle s'était réveillée solidement attachée à ce fauteuil de dentiste, en présence de ces deux hommes en robes de moines, leurs visages dissimulés sous leurs capuches, et de ce troisième homme, celui à l'imperméable et au chapeau, dont le visage était dissimulé par un masque blanc. Sa première réaction avait été la peur, et la confusion, elle ne comprenait pas ce qu'elle faisait là, ni comment elle y était arrivée, ni qui étaient ces hommes. Puis l'un des deux moines avait commencé à lui poser des questions. À lui demander si elle collaborait avec Blaze dans son enquête, et si oui, où elles en étaient, et si elle avait des informations sur la justicière, comme son identité, par exemple. C'était là que Sally avait compris à qui elle avait affaire. Le Klub, c'était les gens du Klub. Et elle avait deviné alors qu'elle allait être chatouillée si elle ne parlait pas. Ce qui ne l'avait pas empêchée de les envoyer paître.
Devant son refus, le moine avait fait un petit signe à l'homme à l'imperméable, qui s'était lentement déplacé au niveau des pieds de la jeune fille et, avec des gestes presque mécaniques, lui avait retiré ses Kickers, avant d'enlever ses propres gants. Elle avait fermé les yeux, concentrée au maximum. Elle savait à quoi s'attendre, mais les premiers effleurements sous ses pieds l'avaient quand même surprise au point qu'elle s'était cabrée et avait laissé échapper un petit cri. Mais elle s'était vite ressaisie, et avait commencé à serrer les dents pour ne rien laisser échapper. Elle n'allait pas leur faire ce plaisir. Alors le chatouilleur avait continué, longtemps, à faire glisser ses doigts sous ses plantes, caressant le coton de ses chaussettes de ses doigts agiles. Mais pourquoi, s'était-elle demandée, pourquoi lui laissait-il ses chaussettes ? Ses pieds n'était pas la partie la plus sensible de son corps, et la protection supplémentaire du coton rendait le supplice nettement plus supportable. Peut-être que c'était mieux ainsi...
Et bien sûr, comme s'il lisait dans les pensées, c'était à ce moment-là qu'il lui avait retiré ses chaussettes et s'était mis à chatouiller frénétiquement ses pieds nus, d'un coup, sans lui laisser le temps de s'y préparer. Elle avait serré les orteils au maximum, serré les paupières, les dents, mais n'avait pu retenir quelques gémissements par ci par là. La sensation était juste horrible, comme un million de piqûres de moustiques qu'elle ne pouvait pas gratter, tout son corps voulait bouger, se replier sur lui-même, protéger ses pieds contre cette agression, mais les sangles rendaient ça impossible !
Et au bout de deux heures de torture, haletante, trempée de sueur, elle trouva quand même la force d'envoyer l'espèce de moine pervers se faire mettre. À ce niveau-là, ça tenait de l'inconscience ou du masochisme. Mais elle ne voulait pas se montrer faible, surtout. Blaze était forte, et dans la même situation, elle n'aurait aucun mal à résister à ses bourreaux. Sally était sûre de ça, et elle voulait être aussi forte qu'elle.
Alors le chatouilleur se rapprocha du moine, et leurs deux têtes masquées vinrent très près l'une de l'autre. Sally n'entendit rien, mais devina que l'homme à l'imperméable chuchotait quelque chose à l'oreille de l'autre.
« Bien, répondit le moine à haute voix. Ce serait peut-être une bonne idée, en effet, de changer de position... »
Inquiète, Sally n'eut pas le temps de demander plus de précisions que le deuxième moine, qui s'était tenu près de la porte sans dire un mot tout le long, vint leur prêter main forte, et à trois, ils détachèrent la jeune fille, qui profita immédiatement de ce bref instant de liberté pour se débattre comme un beau diable.
« Arrête de bouger ! Grogna le deuxième moine. Ce sera encore pire pour toi ! »
Cette voix ! Surprise, elle s'arrêta, et fut facilement maîtrisée par les trois hommes qui lui attachèrent les mains à une sorte de rampe au plafond, la laissant pendre par les poignets comme un saucisson. Elle était tellement étirée que son chemisier avait remonté un peu, découvrant une petite bande de peau nue au niveau de ses hanches. Le chatouilleur se remit immédiatement au travail glissant ses doigts à ce niveau-là, au même endroit où Cass l'avait torturée quelques jours plus tôt, une zone tellement sensible qu'elle se débattit de plus belle, à tel point que son bourreau dut passer derrière elle et la ceinturer d'une main pour l'empêcher de bouger, tandis qu'avec son autre main il déboutonna à moitié son chemisier pour avoir accès à son ventre et ses côtes. Ses mains... il y avait quelque chose de bizarre avec ses mains, quelque chose de...
La sensation devint très vite insupportable et l'empêcha de penser clairement. Elle essaya de s'échapper dans son esprit, de se convaincre qu'elle n'était plus là, mais elle ne pouvait échapper à l'horreur de la situation et en fut vite réduite à des rires hystériques. Puis le chatouilleur remonta sa main le long de ses côtes, passa par-dessus son soutien-gorge...
Oh non pas, oh non pas ça, oh non pas ça...
Et ses doigts vinrent caresser son aisselle. Là où elle craignait le plus. À tel point qu'après quelques effleurements à peine, elle craqua.
« Arrêtez ! Arrêtez, je vous en supplie !
_ Vous savez ce qu'il vous reste à faire, Mademoiselle Lomax, lui répondit le premier moine.
_ J'ai rien à vous dire, espèce de salaud ! Ce que vous faites, c'est inhumain ! Vous êtes un monstre ! »
Sa déclaration se transforma de nouveau en un hurlement hystérique quand elle sentit quelque chose de nouveau sur sa peau, comme des dizaines de petits poils fins... un pinceau ! La sensation était mille fois pire, et elle passa tout de suite aux aveux :
« D'accord ! D'accord, j'avoue tout ! Oui, je travaille avec Blaze, elle est sur votre piste, et elle va tous vous arrêter, ordures !
_ Bien. On avance. Son identité, je vous prie ?
_ Je la connais pas, je vous jure !
_ Fort bien, nous en savons déjà assez. » Puis il se tourna vers l'autre moine et lui dit : « Si elle travaille avec la justicière, alors elle ne va pas tarder à débarquer ici, j'en suis sûr. Partons, et appelons des renforts. Nous lui réserverons un accueil digne de ce nom.
_ Et la fille ? On la laisse ici ?
_ Oui, elle fera un bon appât. Et s'il s'avère qu'elle connaît l'identité de Blaze, notre ami le chatouilleur saura la faire parler. »
Sur ces mots, les deux moines quittèrent la pièce, laissant la pauvre jeune fille seule avec son bourreau. Celui-ci se tourna de nouveau vers elle, menaçant derrière son masque inexpressif.
« Non, gémit-elle, non, je vous en supplie, pas ça... pas ça... »
Mais il était insensible à sa détresse, et la torture recommença de plus belle.
Billy frissonna en ressentant les courants d'air d'altitude, et regarda la justicière bricoler son matériel.
« Bon, c'est quoi le plan ? Demanda-t-il.
_ Patience, patience... j'ai bientôt fini. »
Après qu'ils aient laissé Blackie Harrington dans sa péniche toute pourrie, ils avaient repris la bécane et fait route vers l'adresse indiquée, en faisant un crochet par les Projects pour récupérer du matos. Elle l'avait laissé quelques minutes tout seul à un arrêt de bus au milieu d'un quartier mal fréquenté entouré de barres de HLM, et était revenue le chercher avec un gros sac de sport et une mallette en acier plutôt lourde, qu'elle lui avait demandé de porter. Puis ils avaient repris leur route, et ils se trouvaient désormais sur le toit d'un immeuble d'habitations de trois étages, juste en face de l'imposante tour du 333 Hunt Street. Et autant l'air nocturne d'après averse était plutôt doux et agréable au niveau de la rue, autant sur ce toit, Billy se les caillait. Surtout après les sueurs froides causées par la balade en moto. Disons que Blaze et le code de la route, c'était pas vraiment le grand amour.
Et elle était là, à genoux, sa mallette en acier ouverte devant elle, le couvercle empêchant Billy de voir ce qu'elle bricolait à l'intérieur, mais au bruit que ça faisait, elle était en train d'assembler une espèce de mécanisme.
« Bon, qu'est-ce que tu bricoles ? Demanda-t-il, à bout de patience. Et pourquoi on est sur ce toit ? L'immeuble où elle est retenue, c'est celui d'en face !
_ Pour ta gouverne, Billy, il y a au moins cinq gorilles qui surveillent l'entrée principale de l'immeuble. T'as peut-être pas fait gaffe, mais moi il m'a suffi d'un rapide coup d’œil pour les voir. On passera jamais par l'entrée principale.
_ Quoi, tu peux pas tabasser cinq gorilles ?
_ Si, bien sûr. Mais on se fera repérer dès l'entrée, et Sally est au deuxième étage, pas terrible. Je préfère attaquer en mode rapide et efficace. Par la fenêtre.
_ La fenêtre ? Mais elle est au deuxième ! Comment tu comptes l'atteindre ?
_ Tu regardes Arrow ?
_ Quoi, la série ? Ouais, j'adore !
_ Moi aussi. Du coup, j'ai bien essayé de m'en inspirer à un moment, et de me mettre au tir à l'arc. Je te passe les détails, j'en suis pas très fière, mais les arcs, c'est pas trop mon truc. »
Elle se releva, et le jeune homme eut un mouvement de recul en voyant le monstre qu'elle tenait dans les mains, enfin assemblé.
« Les arbalètes par contre, dit-elle avec un sourire, ça c'est autre chose ! »
Billy était bouche bée. C'était pas une arbalète, c'était un foutu canon anti-aérien ! Elle était énorme, aussi grosse qu'un fusil, avec une crosse couleur camouflage, des carreaux en métal aux pointes serties de petits crochets courbés à l'air très agressif, et même une lunette de visée ! Elle pointa son arme vers l'entrée principale de l'immeuble et invita Billy à venir regarder dans la lunette.
« Tu les vois ? Dit-elle. Cinq gardes à l'entrée. Maintenant... » Elle pointa son arme vers les fenêtres du deuxième étage. Elles étaient toutes éteintes. « Là ! Regarde : une demi-douzaine de personnes dans le noir, ils s'éclairent avec des lampes torches. Et on peut apercevoir des chaises le long des murs, ça a l'air d'être la salle d'attente. La pièce d'à-côté a ses fenêtres occultées, ça doit être la salle de consultation. Là où ils retiennent Sally. Attends... d'autres types arrivent. Merde, ils sont nombreux, une bonne dizaine... ça va être chaud.
_ Donc... ton plan c'est de les dégommer à partir d'ici, en mode sniper ?
_ Bien sûr que non ! Je suis pas une tueuse, je vais les dégommer à l'ancienne. Viens voir. »
Elle alla ouvrir le sac de sport, et en sortit une corde en nylon très, très longue. Elle accrocha une extrémité de la corde au carreau de son arbalète, visa, et tira. Le carreau alla se ficher dans le métal au-dessus de la fenêtre de la salle d'attente. Puis elle saisit l'autre extrémité de la corde pour aller l'accrocher bien solidement autour d'une bouche d'aération sur leur toit. Ils avaient maintenant une corde bien tendue au-dessus de la rue qui les mènerait droit dans le cabinet de dentiste.
« Ah d'accord, dit Billy, tu vas glisser le long de la corde jusqu'à la fenêtre, à la Batman ?
_ On va glisser le long de la corde, en fait. »
Il sursauta. « Quoi ?
_ Cette opération sera plus rapide et facile si on s'y met à deux, donc tu vas me donner un coup de main.
_ Non mais attends, j'ai jamais fait d'acrobaties pareilles, moi !
_ Tu veux sauver ta copine, ou pas ?
_ On sort pas ensemble.
_ Peut-être mais t'aimerais bien, j'ai vu la façon que t'as de la regarder, ça crève les yeux. »
Et sans attendre de réponse, elle lui tendit une seconde corde enroulée ainsi qu'un petit appareil métallique, qui ressemblait à une sorte de poulie avec une poignée. « Bon, je t'explique : ça, c'est ce que tu vas utiliser pour descendre le long du câble. Surtout, ne lâche pas la poignée ! Je vais y aller en premier, et faire diversion. Toi, tu me laisses trente secondes avant de me suivre, puis une fois à l'intérieur, tu accroches la deuxième corde bien solidement, à un radiateur par exemple, et tu la laisses descendre jusqu'au niveau de la rue. Une fois que c'est fait, tu vas dans la salle de consultation, tu trouves Sally, et tu l'amènes à la fenêtre. On sortira de là en rappel. Normalement, tout le monde sera concentré sur moi, tu pourras aller chercher Sally sans problème. Juste, rase les murs pour pas te retrouver dans la mêlée, et reste près du sol, t'auras moins de fumée.
_ De fumée ? »
La justicière tourna légèrement les hanches pour lui montrer les deux cylindres noirs accrochés à sa ceinture, gros comme des canettes de soda.
« Des grenades ?
_ Fumigènes. Ça va les désorienter.
_ Mais... toi aussi, non ?
_ Ouais, mais moi j'aurai plusieurs cibles, tandis qu'eux n'en auront qu'une seule. J'aurai l'avantage tactique. Bon, t'es prêt ?
_ J'ai la trouille. »
Il tremblait de tous ses membres. Il n'allait pas y arriver, il en était sûr. À sa plus grande surprise, la justicière l'attrapa soudainement par le menton, et déposa un baiser furtif sur ses lèvres. Il en fut tellement choqué qu'il resta comme paralysé, ses jambes en coton. C'était la première fois qu'il embrassait une fille, et il n'aurait jamais imaginé que ça arrive dans ces circonstances. Puis une drôle de sensation de chaleur partit de sa poitrine et se répandit dans tous ses membres. Et tout à coup, il se sentit capable de sauter jusqu'à la fenêtre, et même de se bagarrer seul contre tous ces types à l'intérieur.
« Je sais que t'es pas du genre à aller à la baston, lui dit-elle, mais je suis sûre que tu vas y arriver. J'ai confiance en toi. »
Et il la regarda s'accrocher à la corde et descendre, prenant de plus en plus de vitesse alors qu'elle traversait la rue jusqu'à arriver, les pieds en avant, sur la vitre, qu'elle brisa sans le moindre effort. Trente secondes. Une épaisse fumée rouge commença à s'échapper de la fenêtre brisée. C'était le moment. Il s'accrocha à la corde, prit une grande inspiration, ferma les yeux, et se lança. Son courage renouvelé disparut aussi vite qu'il était venu quand il sentit le vide sous ses pieds, et l'accélération faire remonter son estomac dans sa gorge. Ses mains étaient moites. Il allait lâcher ! Non, serre, lâche pas, lâche pas ! Il se mit à hurler. Merde merde merde merde ! Puis un choc, la poignée se bloqua d'un coup, et il lâcha prise, et poussant un cri suraigu, il tomba dans le vide... pour toucher le sol quelques centimètres plus bas. Il trébucha, tomba, c'était froid et lisse en dessous, comme du carrelage. Il ouvrit les yeux : la salle d'attente ! Il avait réussi !
L'intérieur du cabinet était en proie au chaos le plus total. Avec l'obscurité et l'épaisse fumée rouge, Billy n'y voyait pas à dix centimètres devant lui, et ne pouvait qu'entendre, le crissement d'une vingtaine de pieds sur le carrelage, les grognements mélangés d'une dizaine d'hommes et d'une femme, l'entrechoquement d'os et de tendons, le bruit sourd d'un poing s'écrasant contre la chair, le fracas d'une chaise tapant contre un mur. Et il ne pouvait distinguer que des formes, ou plutôt des mouvements, abstraits, irréguliers, menaçants... et très proches. Le jeune homme s'accroupit et garda la tête baissée pour survivre dans cet apocalypse, et se mit au travail, tâtonnant pour trouver un radiateur et y accrocher la deuxième corde qu'il portait en bandoulière, avant de la dérouler par la fenêtre. Puis il y attacha la poignée. Le point de sortie était prêt. Plus qu'à trouver Sally !
Il se dirigea vers le mur le plus proche, et le suivit, toujours accroupi, toussant, luttant pour respirer dans cette fumée épaisse. Les bruits se faisaient de plus en plus intenses, et les silhouettes mouvantes autour de lui se faisaient de plus en plus menaçantes. Il était terrifiée. Il pouvait entendre Blaze grogner, crier... seule contre dix hommes... et si elle n'y arrivait pas ? Il devait faire vite ! Il baissa la tête juste à temps pour éviter une chaise qui vint se fracasser contre le mur, et c'est à quatre pattes, tremblant, les mains moites, qu'il atteignit enfin la porte de la salle de consultation. Il se releva, avança la main vers la poignée. La porte s'ouvrit d'elle-même, à sa grande surprise, et avant qu'il eut le temps de calculer quoi que ce soit, une main dans un gant de cuir brun le saisit par le bras, et il se sentit tournoyer dans les airs comme une poupée de chiffon avant de s'écraser lourdement au sol. Grognant de douleur, il releva la tête, et eut juste le temps d'apercevoir une silhouette dans un long manteau fuir les lieux. Était-ce... le chatouilleur ? Pas le temps de courir après, Sally était la priorité ! Il se releva, entra dans la salle.
« Billy ! » Hurla son amie de soulagement en le voyant apparaître.
Le jeune homme fut choqué de la voir. Elle se tenait debout, les bras étirés au-dessus de sa tête, les poignets attachés à une sorte de rampe au plafond, tellement étirée que ses orteils nus touchaient à peine le sol. Son chemisier était à moitié ouvert, son ventre était trempé de sueur et ses joues étaient baignées de larmes. Il ne put même pas imaginer ce qu'elle avait dû subir...
Dans la salle d'attente, la justicière, épuisée, ressentit soudainement une vive douleur à l'arrière du crâne suivie d'une vive lumière blanche, et elle s'écroula au sol, tous ses sens brouillés. La fumée commençait à se dissiper, la bagarre se calma. Il lui fallut plusieurs secondes pour retrouver l'ouïe, la vue, et pour comprendre qu'elle venait de se prendre un méchant coup derrière la tête. Elle sentit quelque chose de chaud et d'humide couler dans ses cheveux. Elle saignait de la tête. Merde. Elle vit plusieurs paires de jambes l'entourer, et en relevant légèrement la tête, elle put distinguer l'un des hommes qui tenait une moitié de queue de billard ensanglantée. Voilà pourquoi ça faisait si mal... bon, puisqu'ils y allaient à la déloyale...
« On l'a eue, gloussa l'un des hommes. Putain, les mecs ! On l'a eue !
_ On fait quoi maintenant ?
_ J'en sais rien. Le chef s'est tiré, on le rappelle ?
_ On la livre aux flics, ou quelque chose ?
_ T'es malade ? Tu sais qu'il y en a qui paieraient le prix fort pour sa tête. On va devenir riches les mecs, plus besoin de bosser pour ces tarés en robes !
_ Hé mais en attendant, vous avez pas envie de voir ce qu'il y a derrière ce masque ?
_ Moi je voudrais surtout voir ce qu'il y a sous ce blouson !
_ C'est vrai qu'elle a un sacré cul quand même. Au pieu ça doit être quelque chose ! »
Ils continuèrent de discuter entre eux, et ne remarquèrent pas leur proie passer lentement les mains sous son blouson, au niveau du dos, et en ressortir, lentement, deux bâtons noirs munis de poignées. Des tonfas. Ses armes bien en main, elle se releva, lentement, devant ses adversaires qui se turent, médusés. Et elle leur sourit.
« Surprise, connards ! »
Elle ponctua sa phrase par un coup violent à son adversaire le plus proche. Un coup de tonfa, ce n'était pas pareil qu'un coup de poing. Elle sentit deux dents et quelques gouttes de sang chaud percuter son visage. Et elle en ressentit une immense satisfaction. L'homme à la queue de billard frappa de nouveau, mais avec ses armes, elle parvint à parer le coup facilement et à riposter par un coup dans le ventre. Elle crut entendre une côte craquer. Et la bagarre reprit de plus belle. Mais il fallait que Billy fasse vite. En sortant les matraques, elle avait gagné quelques minutes de plus, mais dans son état de fatigue, elle ne pourrait pas tenir très longtemps...
« Blaze ! Entendit-elle crier. Je l'ai trouvée, on peut partir ! »
Un rapide coup d’œil lui confirma que le jeune homme avait accompli sa mission, et était déjà arrivé près de la fenêtre, tenant Sally dans ses bras. Très vite, elle se fraya un chemin à coups de bâtons et retrouva ses amis, qu'elle saisit sans ménagement d'une main avant de sauter par la fenêtre et de rattraper la poignée de rappel en plein vol pour descendre à une vitesse vertigineuse. Les deux jeunes hurlèrent de terreur en voyant le sol se rapprocher si vite, et une fois arrivés en bas, ils manquèrent de s'écrouler, leurs jambes en coton.
« Waow ! S'exclama Billy. On a réussi, on l'a fait ! On ferait mieux de déguerpir maintenant, Blaze ! Blaze ?
_ Ouais... ouais, juste une petite minute. »
La justicière était penchée contre le mur de l'immeuble, respirant profondément, son visage ayant pris une teinte d'un vert pâle.
« Blaze, ça va pas ?
_ Si si, t'inquiète... c'est juste... j'en ai fait des conneries, mais de la descente d'immeuble en rappel, c'est la première fois. »
Le hurlement distant de sirènes de police se rapprochant la ramena toutefois bien vite à la réalité. Merde, c'est qu'ils étaient rapides ! Elle se ressaisit et conduisit les jeunes à sa moto, qu'elle enfourcha et démarra à la hâte.
« Ben alors, monte ! Grogna-t-elle d'impatience.
_ Mais attends... comment on fait pour elle ? »
Sally était encore dans les bras de Billy, à peine consciente. Quand il l'avait trouvée, elle était déjà trop faible pour se tenir debout, et la chute de deux étages l'avait achevée. Ils parvinrent à une solution à l'arrache en asseyant la jeune fille en amazone sur le réservoir, ses bras autour du cou de Blaze, et Billy prit ensuite place sur le siège passager. La moto partit en cahotant, peu habituée à transporter autant de passagers, et le temps qu'elle se lance à bonne vitesse sur un boulevard, trois voitures de police avaient eu le temps de les rattraper et leur collaient au train, toutes sirènes hurlantes, et le clignotement bleu et rouge de leurs gyrophares emplissant le champ de vision de la justicière. 70 kilomètres à l'heure... trop lent pour les semer, beaucoup trop lent ! Mais chargée comme elle l'était et sur ce type de boulevard, impossible d'aller plus vite. La surcharge donnait à la moto un équilibre précaire, et chaque slalom entre les voitures qu'elle croisait devait être calculé au millimètre près, le moindre écart, le moindre degré d'inclinaison de trop, et c'était la chute assurée. Elle eut beau essayer de se concentrer au maximum, elle sentit bien qu'elle serrait les cuisses si fort contre le réservoir que ça commença à lui faire mal, et tous les muscles de son dos et de ses épaules étaient tendus comme des cordes d'arc, pour ne pas trembler. Les klaxons rageurs des automobilistes autour d'elle se mélangeaient aux sirènes et au vent sifflant dans ses oreilles en un brouhaha entêtant, et ces gyrophares, de quoi filer une crise d'épilepsie ! Comment se concentrer avec tout ça ? Elle avait froid, ses aisselles étaient moites. Elle sentit les bras de Billy autour de son ventre, la serrer si fort que sans son blouson renforcé, elle aurait étouffé. Et Sally, réveillée par le vent, s'était également agrippée autour de son cou de toutes ses forces. Tout ça ne l'aidait pas ! Mais ils étaient aussi morts de trouille qu'elle l'était. Elle pouvait pas se permettre de fléchir. Pour eux.
Une des voitures de patrouille parvint finalement à la doubler et tourna brutalement pour se mettre en travers de son chemin. Son sang ne fit qu'un tour. Avant même d'en avoir conscience, sa main avait déjà choppé le frein si fort qu'elle sentit son engin zigzaguer dangereusement entre ses cuisses alors qu'elle dérapait dans un insupportable crissement de pneus. Sally hurla à pleins poumons. Ou peut-être que c'était Blaze qui hurla. Ou les deux. Mais elle ne tomba pas. Une voiture devant, deux derrières, le boulevard était bloqué. Un quart de seconde à peine pour réfléchir : il y avait une minuscule ruelle à droite, trop étroite pour une voiture. Parfait. Prenant une grande inspiration pour retrouver son courage, la justicière tourna la poignée de gaz à fond et s'y engouffra. 80 kilomètres à l'heure. Les vieux journaux et emballages de fast-food s'envolèrent à son passage, et elle frôla une poubelle tellement près qu'elle entendit un bing alors que le couvercle s'envolait. 90 kilomètres à l'heure. Le bout de la ruelle n'était pas loin, mais, oh non, pas maintenant ! Dans un vacarme de sirène, une voiture de police vint se garer en travers de la sortie. Pas le temps de freiner. Un rapide coup d’œil, elle vit une benne à ordures sur le côté, sur laquelle quelques vieilles planches étaient posées. Ça pouvait faire une rampe improvisée. Mais ce numéro de voltige, c'était risqué quand même. Et si elle se loupait ? Oh et puis merde, tout ou rien !
Elle s'y engagea pleins gaz. Un frisson de terreur la parcourut quand elle sentit ses roues quitter le sol, et elle ferma les yeux. Elle ne contrôlait plus rien. Avec ses deux compagnons d'infortune et la moto, ils n'étaient plus que deux cent kilos de chair et d'acier lancés dans les airs à pleine balle. Puis elle sentit comme si ses organes remontaient vers sa gorge alors que la gravité les ramenait au sol, et elle rouvrit les yeux. Se tendit, prête pour l'atterrissage. Les suspensions hurlèrent, une gerbe d'étincelles s'échappa même de la roue arrière, et la sensation comme un coup de poing dans le ventre coupa le souffle de la pilote, mais très vite la moto était repartie dans sa lancée. Ils avaient réussi à sauter par-dessus la voiture ! Une brève euphorie s'empara d'elle lorsqu'elle se rendit compte de cet exploit, mais la prise de Sally, qui avait failli tomber à l'atterrissage et donc redoublé de force pour s'accrocha, l'obligea à se concentrer. Derrière, Billy ne réagissait plus, et se contentait de rester collé à elle comme un sac à dos trop serré. Le boulevard était tellement embouteillé qu'elle en fuit réduite à rouler sur le trottoir, slalomant dangereusement entre les piétons terrorisés.
« Où est-ce qu'on est ? Demanda Sally au bout d'un moment, hurlant pour se faire entendre par-dessus le bruit du vent et du moteur.
_ Toujours en plein centre-ville, répondit la justicière sur le même ton. On arrivera jamais à les semer par ici, j'ai pas le choix, je vais prendre la rocade !
_ Quoi ? Mais t'es malade, on va se faire tuer !
_ Fais-moi confiance, on sera en sécurité si on arrive à atteindre les Projects !
_ T'es sûre ?
_ Certaine ! Accroche-toi ! »
Elle accéléra un bon coup et revint sur la route pour prendre la première bretelle. Elle dut monter un peu pour arriver sur la rocade, et cette ascension lui avait fait perdre de la puissance. Assez pour que deux flics apparaissent derrière elle et se lancent à sa poursuite. Du calme, au moins là, même s'il y avait de la circulation, la voie était assez large pour bourriner. Elle rétrograda jusqu'en seconde, puis vrilla la poignée de gaz de toutes ses forces, si fort en fait que la roue avant s'éleva du sol un bref instant. 90. Elle passa la troisième. 110. Les Projects, il fallait atteindre les Projects coûte que coûte ! Elle était déjà à près de 150 quand la circulation autour commença à se clairsemer, indiquant qu'ils arrivaient vers les zones les moins fréquentées de la ville. Bien, elle y était presque ! Mais les flics, rejoints par quelques renforts sur le chemin, avaient vite fait de tirer avantage du peu de circulation et trois voitures la dépassèrent pour se mettre devant elle, avec une autre de chaque côté, et trois de plus derrière. Elle comprit leur manège. Ils l'avaient encerclée, et ils allaient maintenant la forcer à ralentir, peu à peu, jusqu'à l'arrêt total. Non, elle pouvait pas se laisser avoir comme ça !
La route devint tout à coup très sombre, et seules les lumières de leurs phares parvenaient à percer l'obscurité. C'était la portion la moins entretenue de la rocade, celle qui menait vers les quartiers les plus pauvres, et l'éclairage n'y fonctionnait plus depuis belle lurette. Au loin, elle put apercevoir les tours de béton des Projects, monolithes noirs découpant le ciel nocturne. La sortie était pour bientôt, mais pour la choper il lui faudrait sortir du cercle sans se faire repérer... elle avait eu un jour l'idée d'investir dans une sorte de machine à fumée à accrocher derrière la moto pour aveugler d'éventuels poursuivants. C'était ça où l'arbalète, et elle avait choisi l'arbalète. Si elle avait su...
Bon, il y avait une autre solution, mais c'était risqué. Un coup d’œil dans son rétro lui confirma que derrière elle, à droite, deux des voitures étaient un peu trop espacées, laissant un angle mort entre elles. Elle pouvait sortir du cercle en passant par ce petit couloir sombre, en mode furtif. Et le mode furtif, hé ben c'était avec les moyens du bord : faisant une rapide prière dans sa tête, elle coupa le contact.
Ses lumières s'éteignirent, son moteur se tut. Et son équilibre, sur ce qui n'était plus qu'un gros vélo de cent kilos, s'en trouva encore plus précaire. Elle s'accrocha à son guidon, se força à assouplir ses jambes pour guider la machine hors des phares des policiers. Très vite, elle perdit de la vitesse et se laissa dépasser, s'engageant dans l'espace obscur qu'elle avait repéré entre les deux voitures. Les occupants de ces voitures ne pensèrent même pas à regarder sur les côtés. Pour eux, leur cible s'était tout bonnement évanouie dans les ténèbres. Ils allaient sûrement continuer jusqu'à la prochaine sortie puis faire demi-tour, continuer à patrouiller un peu, histoire de, et rentrer bredouilles. Elle, de son côté, continua sur son élan et prit la sortie pour les Projects, ne rallumant son moteur qu'une fois que les gyrophares étaient hors de vue. Aucun risque qu'ils viennent patrouiller ici. Les flics n'allaient pas dans les Projects.
Elle s'arrêta près d'un abribus désert, aussi désert que le reste de ce quartier de HLM délabrés à cette heure de la nuit, et déclara une pause. Ils descendirent de la bécane, et tandis que les deux jeunes tentèrent de se réconforter mutuellement après cette course mouvementée, Blaze tituba jusqu'à une gouttière et y restitua violemment l'intégralité du bol de riz qu'elle avait mangé plus tôt dans la soirée.
« Bon, dit-elle en essayant de rire, alors qu'elle avait toujours la tête entre les genoux et transpirait à grosses gouttes. Au moins, on les a semés ! Allez, remontez en selle, les jeunes. On retourne à Coast Way Bay. Mais vous inquiétez pas, je vais rouler doucement maintenant. »
Ils comprirent cependant tout de suite que c'était elle-même qu'elle essayait de rassurer en disant cela...
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Chinow - il y a 11 ans
Décidément, je suis toujours aussi fan ! Bon sang, toutes ces péripéties si bien écrites, c'est un vrai régal ! De l'action, de l'aventure, de l'amour, des personnages humains et complexes !
J'ai beaucoup aimé le passage où Blaze... hum, redonne du courage à Billy sur le toit. Je ne m'y attendais absolument pas, mais ça n'est absolument pas artificiel ou même ambigu, au contraire. T'es un génie, mec, je t'adore !
Et puis la poursuite ensuite était magnifique.
Par contre, pour ma théorie sur l'identité du chatouilleur, je crois que je me plantais bien, parce qu'il y a très peu de chances que je tombe dans le juste après ce chapitre.
Et pour le passage de torture... Ouais, je reconnais que là, j'ai toujours du mal, par contre. Mais bon, j'ai survécu ^^
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Coco - il y a 11 ans
T'as eu du mal à t'y mettre mais elle est pas mal du tout ! C'es vrai qu'une fois dans l'action ça fait un peu comme un film

Je suis nulle en déduction par contre moi, je veux savoir qui est Blaze !
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Black Stingray - il y a 11 ans
Merci beaucoup tout le monde ! J'ai mis du temps à le pondre celui-là, les scènes d'action et les scènes de chatouilles c'est toujours ce qui me prend le plus de temps à écrire. Et là, pas de bol, y avait les deux
Par contre, pour ma théorie sur l'identité du chatouilleur, je crois que je me plantais bien, parce qu'il y a très peu de chances que je tombe dans le juste après ce chapitre.
Mmh, intéressant... je dois dire que tes théories sont toujours bien pensées, mais de là à savoir si tu as vu juste... le temps nous le dira
Bon la scène de "torture" à base de guillis moi ça m'a pas dérangé, j'ai trouvé ça sympa.
Ah mais ça c'est Chinow, elle est trop sensible pour ce genre d'histoire ! Du coup, j'en rajoute exprès pour elle
Je suis nulle en déduction par contre moi, je veux savoir qui est Blaze !
Et pourtant c'est tellement évident
Mais je vais te laisser mariner un peu, le prochain chapitre sera plus clair sur le sujet
Et ton histoire à toi, elle avance bien ?
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Sweety - il y a 11 ans
Bon ben mon avis sur ton talent ne change pas, Black Stingray ! Je suis vraiment à fond dans ton histoire, j'ai hâte d'en connaître la suite. (Pour le coup je sèche complètement quand aux identités du chatouilleur et de Blaze, mais j'ai pas franchement cherché j'avoue ^^ Par contre je suis curieuse de les découvrir !) Vivement !!
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Chinow - il y a 11 ans
Ah mais ça c'est Chinow, elle est trop sensible pour ce genre d'histoire ! Du coup, j'en rajoute exprès pour elle

J'en était sûre ! Sale bête, va
Et j'avoue que je suis aussi très curieuse de connaître la véritable identité de Blaze ! (Le pire, c'est que j'imagine une connerie du genre : "En réalité, je m'appelle... GML !" *tin tin tiiiiiiin*)
Je ne change pas d'avis sur son identité, on verra ça pour la suite. Soit j'ai raison, et je suis contente, soit je suis surprise, et je suis contente !
J'ai vraiment hâte de connaître la suite, du coup
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Black Stingray - il y a 11 ans
Ho ho ho, c'est le Père Noël ! Vous avez de la chance, on arrive en période de vacances, j'ai du temps, et je suis inspiré, alors on enchaîne avec le chapitre 9 ! Au départ il devait se passer beaucoup de choses dans ce chapitre, mais je me suis rendu compte de la longueur qu'il faisait déjà, et j'en avais besoin pour donner un peu plus de profondeur aux persos et faire avancer l'intrigue. Donc, chapitre de transition, avant de reprendre l'action dans les chapitres suivants ! [u:2yqkqxn6] Chapitre 9 : Un whisky pour la route[/u:2yqkqxn6] « Blackie ! Hé, Blackie ! » La justicière ponctua son appel d'un coup de pied dans la jambe de l'épave, ce qui le tira de sa torpeur. Il se redressa sur son canapé, et regarda ses visiteurs avec les yeux d'un lapin russe pris dans les phares. « Hein, qu'est-ce c'est... ah, c'est vous... vous avez trouvé votre copine, alors ? Nan, elle c'est juste une fille qui passait dans le coin, alors on l'a invitée ici. Bien sûr que c'est elle ! T'as un plumard ? Ouais, là-bas, dit-il d'une voix fatiguée en tendant mollement le bras vers une petite porte. Et la porte juste à-côté c'est la salle de bain, si vous avez besoin... » Ils allèrent ouvrir la porte indiquée pour y trouver une pièce toute petite, avec pour seul meuble un matelas posé à même le sol, avec des couvertures en tas au milieu. D'accord, un lit de célibataire, quoi. Ils y installèrent Sally, qui, épuisée, s'était endormie pendant le trajet, tentèrent de faire quelque chose d'à peu près correct avec les couvertures, et la laissèrent pour rejoindre leur hôte dans son salon. Il était bien réveillé maintenant et venait de rallumer sa chaîne, et un air de rock'n roll gras remplit la pièce. Blaze et son jeune acolyte se rendirent compte en s'installant dans les fauteuils usés que Blackie ne s'était pas ennuyé en les attendant : la bouteille de whisky sur la table était vide, et une deuxième était apparue à-côté, elle-même déjà pas mal entamée. Et une jeune fille en fringues de surplus de l'armée dormait profondément sur le canapé à-côté du maître des lieux. « Tiens, salut Mindy, dit la justicière en la reconnaissant. Ah ouais, répondit Blackie, elle est arrivée peu de temps après que vous soyez partis. Elle voulait me prévenir que 'la Batgirl aux cheveux rouges' comme elle dit, me cherchait, mais... toujours un métro de retard, celle-là. Coriace en tous cas, quand je lui ai demandé pour toi, elle a pas voulu lâcher le morceau. Oh, t'as dû la croiser dans un de ses rares moments de sobriété, c'est pour ça. Mais crois-moi, dès qu'elle a bu un coup, elle a plus aucune volonté. Regarde-moi ça, une vraie loque ! Tu vas la laisser là ? Ouais, elle a l'habitude. Bon, et votre copine, comment elle va ? Bien... un peu secouée, mais ça va, elle a surtout besoin de se reposer. On l'a récupérée à temps... Bon, alors tout va bien ! Dans ce cas... » Il se pencha et se saisit de la bouteille de whisky qu'il tendit à Blaze. « On va pouvoir boire à un sauvetage réussi ! » La justicière se saisit de la bouteille et en avala trois grandes gorgées sans même grimacer, sous le regard éberlué de Billy. « Comment t'arrives à boire comme ça ? Demanda-t-il. Après la soirée qu'on vient de passer, j'en avais bien besoin. Pourtant ça devait être une soirée plutôt... normale, pour toi, non ? Oh que non ! La baston, ça ouais c'est mon truc, mais faire des acrobaties entre les immeubles et enchaîner avec une course-poursuite avec les flics, ça j'avais jamais fait. Vous m'en faites faire, des conneries, vous ! » Billy devint blême à entendre ces révélations. « Attends une minute, demanda-t-il d'une voix chevrotante, tu veux dire que ce soir t'étais en freestyle tout le long ? Non, pas tout le long. À partir du moment où j'ai sorti l'arbalète, je dirais. Tiens, d'ailleurs faudra que je pense à retourner la chercher... Mais, protesta-t-il, on t'a fait confiance tout le long, on pensait que t'étais, genre, un super-héros méga fort et que tu maîtrisais tout... alors qu'en fait t'improvisais ? J'improvise à chaque fois, et alors ? Depuis le temps que je le fais, je m'en suis toujours sortie vivante, y avait pas de raison que ça change. » Le garçon en eut le souffle coupé pendant quelques instants, avant de réclamer la bouteille. D'une main tremblante, il porta le goulot à ses lèvres, puis s'étouffa, avec la sensation d'avoir bu du feu liquide, et recracha le whisky sur ses genoux en toussant bruyamment, sous le regard hilare de ses deux camarades. « C'est le métier qui rentre, petit ! Déclara Blackie en s'allumant un joint, avant de le proposer à Blaze. Je passe mes nuits à tabasser des dealers, répondit-elle, c'est pas pour me mettre à fumer leurs merdes. Rabat-joie. Je vais voir comment va Sally, dit-elle en commençant à se lever. Non, laisse, répondit Billy en se levant. Je m'en occupe. » Il entra dans la minuscule chambre, et tenta de scruter dans l'obscurité. Elle n'avait pas l'air de bouger. Elle devait dormir encore. Il s'apprêta à s'en aller quand il entendit sa voix faible : « Billy ? C'est toi ? Oui. Tu ne dors pas ? J'y arrive pas... j'ai trop froid aux pieds... » Le jeune homme se souvint qu'elle était pieds nus depuis qu'ils l'avaient sauvée, et qu'une balade en moto à 150, ça n'avait pas dû leur faire du bien. Et c'était pas les couvertures miteuses de Blackie qui allaient aider... « Tu veux que... euh … je te réchauffe les pieds ? Oui, je veux bien. » Hésitant, il s'agenouilla devant le matelas, leva les couvertures, et tâtonna pour trouver les pieds de son amie. Il faillit avoir un mouvement de recul quand il les toucha. Ils étaient gelés ! Avec des gestes très lents, il les entoura de ses mains et commença à les frictionner. Elle avait des pieds très doux, dans le noir il ne les voyait pas mais ils devaient sûrement être très jolis. C'était la première fois qu'ils avaient un contact aussi intime, et ça le rendait nerveux. Tellement qu'il en avait la gorge sèche. « Ça fait du bien, dit-elle d'une voix endormie. Comment tu te sens ? Ça peut aller... je crois... je suis juste contente que ça soit finie... ça a été horrible... J'imagine... en fait non, j'arrive même pas à imaginer... On est où, là, en fait ? Chez un copain de Blaze... enfin, je crois. Et ils font quoi, là ? » Billy tendit l'oreille et perçut les éclats de voix d'une conversation animée, noyés dans la musique. « Ils discutent... autour d'une bouteille de whisky... je... je vais peut-être te laisser te reposer... Billy ? Oui ? J'ai peur de faire des cauchemars cette nuit... tu veux bien... dormir avec moi ? » Il n'en crut pas ses oreilles. Pendant un instant il ne pensa plus à rien, son cerveau avait planté comme un ordinateur sous Windows 8. « Hein ? Tu... tu veux que je dorme avec toi ? Oui... s'il te plaît. » Les jambes tremblantes, il se leva alors et vint s'installer sur le matelas, à ses côtés. N'osant pas être trop proche, il choisit de se coucher sur le dos, mais très vite il l'entendit murmurer, lui demandant de se rapprocher. Il se tourna alors maladroitement sur le côté, et parvint à distinguer sa silhouette dans la pénombre. Elle était couchée sur le côté également, et lui tournait le dos. Son cœur battait la chamade, il sentait qu'il perdait tous ses moyens. Il avança une main tremblante, voulant la poser sur son épaule, mais il était tellement nerveux qu'il osa à peine l'effleurer. Quand elle le sentit, elle se rapprocha d'un coup, venant se blottir tout contre lui, et se fit une écharpe avec son bras. Elle sentait bon, se dit-il. Ainsi installée, elle finit par s'endormir paisiblement. Blackie avait fini par sortir des verres, décrétant que c'était un minimum quand on recevait une demoiselle. Blaze leva les yeux au ciel, à la fois agacée et amusée, mais accepta le verre. Il les resservit, elle s'alluma une clope, puis il commença son récit : « Alors... tout a commencé, en fait, avec mon père. Gerald Harrington, c'est lui qui a fondé le Klub, il y a environ trente ans. Ton père a fondé le Klub ? Oui, et il en a été le Grand Maître, position qu'il a tenu pendant des années... jusqu'à il y a six ans, en fait. Mais c'était pas un truc de lycéens, à la base ? Si, mais le Grand Maître est un personnage à part, une sorte de guide, gardien de l'esprit du Klub, et c'est lui qui prend toutes les décisions. Ce devait donc être un adulte, et il était naturel que ce soit son fondateur. Comme j'étais son fils, quand je suis arrivé au lycée, il m'y a enrôlé, et fait de moi son second. Tu sais, les membres du Klub se connaissent entre eux, mais seul le second connaît l'identité du Grand Maître, ce qui le rend encore plus... inquiétant, je dirais, et donc son autorité est encore plus affirmée. Et qui est le Grand Maître, aujourd'hui ? Pas la moindre idée. Je te l'ai dit, tout ce que je te raconte, ça date d'il y a six ans, je sais rien de ce qui s'est passé depuis que je me suis tiré. Et il s'est passé quoi, au juste, il y a six ans ? Bah, je pourrais te dire que je me suis opposé à mon père, que je désapprouvais ce qu'ils faisaient et tout... en fait non, je dois être honnête. J'étais son second, je l'assistais dans les séances... d'intimidation, et je m'en foutais. J'étais même content d'être là, je me sentais... important dans la hiérarchie du truc, tu vois. Puis, ben y a eu une fille en particulier... je me suis attaché à elle, j'ai voulu la tirer de là. Si j'étais un membre normal du Klub, ils m'auraient intimidé jusqu'à ce que je renonce, ou que je sois obligé de changer d'État. Mais en tant que second, j'avais des armes en main. Alors j'ai lâché une bombe médiatique. Une bombe médiatique ? Ouais, j'ai fait péter un scandale, dans la presse, tout ça. J'ai lâché des infos comme quoi mon père était impliqué dans des histoires de bizutages en bande organisée, j'ai foutu une merde à tel point que ma famille s'est tirée du coin, et mon père a abandonné le Klub, du coup. Et moi, depuis ils me foutent une paix royale. Et tu vis dans une péniche pourrie dans le pire quartier de la ville. Hé, c'est pas si mal, quand tu t'y habitues. Et cette fameuse fille... qu'est-ce qu'elle est devenue ? Oh ben... après toute cette histoire... on va dire qu'elle est tombée dans l'alcool et la fumette, comme moi. En fait elle dort là, juste à côté de moi. Quoi... c'est Mindy, la fille en question ? Ouais... mais elle préfère pas en parler, elle fait comme si ça n'avait jamais eu lieu. En fait, on est même pas ensemble, parce que... ben, ça rappelle trop de... Je vois... mais, y a un truc que je pige toujours pas... c'est quoi, en fait, le but du Klub ? Juste des pervers qui se réunissent pour tourmenter des filles ? Pourquoi en faire quelque chose d'aussi... compliqué ? Nan, les filles et tout c'est juste... le moyen, mais pas la fin, tu vois ? Non. Bon... tu connais les Skull & Bones ? C'est quoi, un groupe de metal ? Pas du tout. C'est un genre de confrérie étudiante, mais un truc ultra secret, et y a que des personnalités vachement importantes qui en ont fait partie. Des politiciens, des banquiers, tout ça. Mon père voulait faire un truc du même genre avec le Klub. Les gamins qui en faisaient partie, c'était tous des fils d'hommes d'affaires, d'avocats, de mecs influents tu vois, et fallait créer un lien fort entre ces gamins qui allaient à leur tour devenir des hommes influents. Je vois... un genre de société secrète entre gens de pouvoir. Ouais, exact ! Et du coup, quoi de mieux pour créer ce lien que de partager le plaisir du pouvoir ? En fin de compte ça en revient à ça, leurs petits jeux pervers avec les filles, c'est juste le plaisir de dominer, d'être supérieurs. » La justicière serra le poing si fort que son verre explosa dans sa main. Tout à coup, elle se tendit, à tel point que ses épaules et ses bras en tremblaient, et ses yeux bleus se mirent à briller d'une lueur de rage, comme des arcs électriques prêts à foudroyer quiconque croiserait son regard. « Euh... ça va, cocotte ? Je fais mes sorties nocturnes depuis un peu plus d'un an, et j'en ai connu des criminels, de toutes sortes. Des dealers, des braqueurs, des psychopathes... mais putain, ceux qui s'en prennent aux femmes juste pour le plaisir de... je me suis toujours fait un point d'honneur de ne pas tuer, de ne pas devenir une criminelle... mais des fois, je me dis que pour ce genre de mecs, je ferais bien une exception... Ben merde... je sais pas ce qui t'est arrivée dans ton enfance, cocotte, mais ça devait pas être marrant... Crois-moi, vaut mieux pas que tu le saches. Oh, et tu m'appelles encore une fois cocotte, je te carre ta bouteille de Jack là où ça fait mal, sans déconner je le fais. Reçu, chef, répondit-il, à moitié hilare. Dans son état, il ne prenait pas grand chose au sérieux... Bon allez, dit la justicière, dernière clope et dodo. J'ai eu une nuit chargée... » Sally fut réveillée par un bruit d'eau coulant d'un robinet. Elle regarda son portable : huit heures du matin. Ça faisait une nuit courte. Billy dormait encore profondément, alors elle se leva discrètement et sortit de la chambre. Il n'y avait personne dans le salon, et le blouson de la justicière était posé négligemment sur un fauteuil. Le bruit venait de la salle de bain, dont la porte était entrouverte. Par la petite ouverture, elle put apercevoir, sur une petite table, quelques cotons humides imbibés de sang, et la chevelure rouge de Blaze... une perruque ! Bien qu'elle s'en doutait déjà, après tout elle n'avait jamais croisé aucune jeune femme avec des cheveux aussi flashy dans le civil, la voir comme ça... ça faisait un choc. Piquée par la curiosité, elle ne put s'empêcher d'ouvrir la porte un peu, doucement, en espérant arriver à la voir... Elle était là, lui tournant le dos, penchée au-dessus du lavabo, en train de faire une toilette sommaire. Elle portait un débardeur noir, et ses cheveux étaient dissimulés sous une serviette. Et sur le rebord du lavabo gisait... son masque ! Elle l'avait enlevé ! Sally sentit monter une irrésistible excitation. Il suffisait qu'elle lève la tête pour se regarder dans le miroir, et elle verrait... « J'espère que t'essayes pas de me voir sans mon masque, dit la justicière sèchement, ce qui fit sursauter la jeune fille. Euh... non, non pas du tout, j'ai juste... juste entendu un bruit, je venais voir... Bon... » Prenant soin de garder la tête baissée, elle remit son masque avant de se tourner pour lui faire face. « Parce que si je porte un masque, c'est pour une raison. Crois-moi, il vaut mieux pour toi comme pour moi que tu ne saches pas qui je suis. » Maintenant qu'elle s'était retournée, Sally se sentit intimidée par ce regard glacial et ces bras de catcheuse, et détourna le regard vers les cotons ensanglantés. « Tu t'es blessée ? Non, rien, juste un mauvais coup. Et toi, comment tu vas ? Je crois que ça va... mieux après avoir dormi un peu. On est chez ton pote, mais il est pas là ? C'est pas vraiment mon pote, on se connaît que depuis hier soir. Et là il est parti raccompagner Mindy. Qui est Mindy ? Ah c'est vrai, tu dormais. Je t'expliquerai... Blaze ? Oui ? » Soudain, la jeune fille se jeta sur elle et l'enlaça, fort, comme un enfant apeuré enlacerait sa mère. Ce qui dans ce cas était assez bizarre, car la différence de taille entre les deux filles n'était pas si importante que ça, finalement. « Tu m'as sauvé la vie... merci... C'est mon job, répondit-elle froidement en se libérant de l'étreinte. Maintenant je vais te demander de sortir et de fermer la porte, le temps que je remette ma perruque. » Sally obéit sans un mot, choquée par cette froideur soudaine, et quand la justicière sortit de la salle de bain, arborant sa chevelure habituelle, elle ne put s'empêcher de lui faire la remarque : « Pourquoi t'es aussi distante ? Je te l'ai dit, vaut mieux pour tout le monde que tu connaisses pas mon identité. Tu peux me faire confiance... je vais pas tout révéler dans le journal du lycée, si c'est ça qui t'inquiète... Je m'en doute bien, t'es une fille intelligente. Mais ça compliquerait tout, et ça te mettrait en danger. Tu sais, je comprends que tu veuilles pas me dire qui tu es, mais... c'est bizarre, tu m'as sauvée, on a vécu des trucs dingues ensemble, et je ne sais absolument rien de toi. Quel âge as-tu ? Est-ce que tu as une famille, ou au moins un petit copain ? Quel est ton plat préféré ? Ton film préféré ? Et pourquoi tu veux savoir toutes ces choses ? Hé ben... parce que... on est amies, non ? On est pas amies, on s'entraide sur cette affaire, et ça s'arrête là. Et donc... quand ça sera fini, tu vas disparaître ? Tout ça, ça ne signifie rien pour toi ? Est-ce que tu as des amis, au moins ? Qu'est-ce que tu veux dire ? » Son ton devint soudain agressive, mais Sally vit autre chose dans ses yeux. De la peine. Elle avait touché un point sensible. « Tu sais, dit-elle, je ne sais pas pourquoi tu fais tout ça... pourquoi tu es devenue une justicière, tu dois sûrement avoir tes raisons. Mais tu portes tout le temps un masque, tu ne laisses pas les gens t'approcher, je suis sûre que dans le civil tu te déguises aussi, tu joues le rôle d'une femme normale, à la Bruce Wayne, et personne ne sait ce que tu ressens. Tout ce que je veux, c'est te connaître un peu mieux, devenir ton amie, et pourtant tu me repousses. Tu te méfies des gens alors que tu te bats pour eux, tous les jours... Je n'ai jamais prétendu me battre pour qui que ce soit ! Arrête de te faire des films, Sally, je ne suis pas un héros. Tu agis comme un héros, pourtant... Tout ce que je fais, tout ce que j'ai fait depuis que je porte ce masque, je le fais pour moi ! Pour moi seule ! Et je n'ai pas besoin de te donner mes raisons ! Oui... je comprends, répondit Sally d'une voix faible, ressentant elle aussi la tristesse. En fait... tu te donnes une apparence de femme forte, mais au fond, tu es seule. Tu te caches, tu empêches les gens d'approcher... et tu restes seule. Triste, et seule... » La justicière détourna le regard, mais trop tard : Sally avait eu le temps de remarquer les larmes se former aux coins de ses yeux. Le masque ne pouvait pas tout cacher. Elle s'alluma une cigarette, et un long silence passa avant qu'elle se retourne finalement vers la jeune fille, ses larmes séchées : « Mon film préféré c'est [i:2yqkqxn6]Love Actually[/i:2yqkqxn6]. Ouais, être une justicière ne m'empêche pas de regarder des trucs de fille. Mon plat préféré, les hot dogs sauce chili. Je suis célibataire, et ça vaut mieux, avec la vie que je mène, je me verrais pas y caser un copain. Oh, et j'ai peur des clowns. Satisfaite ? C'est un début, répondit Sally en souriant. J'ai peur des clowns aussi, tu sais. » Les deux filles se regardèrent, et pouffèrent de rire en même temps. « Bon, dit Blaze, faut qu'on parle sérieusement maintenant. Viens, on va s'asseoir. Euh... oui, d'accord. » Elle était inquiète. Elle redoutait la question qu'elle allait lui poser. « Est-ce que tu te sens en état de me raconter ce qui t'est arrivé ? Plus tu me donneras de détails, plus vite on pourra finir cette histoire. » Elle essaya de se concentrer, mais à la simple évocation du supplice qu'elle avait subi, elle se mit à trembler de tous ses membres. « Je suis désolée, dit-elle, mais dès que j'essaie de m'en souvenir, je... ça a été horrible, tu sais... Oui, je sais, mais souviens-toi que tu es en sécurité maintenant, c'est fini. Je suis là. Concentre-toi. OK... ils étaient trois. Deux en en espèces de robes de moines, et un autre... celui qui m'a chatouillée, il portait un imper et un masque blanc. Et un chapeau aussi. Est-ce qu'il t'a dit quelque chose, quoi que ce soit qui puisse l'identifier ? Non, il a absolument rien dit. Par contre j'ai ressenti quelque chose de très étrange. Au début je me disais qu'il avait les mains bizarrement agiles, avec des doigts fins, et... ensuite, quand il est venu me... me chatouiller le ventre, il m'a touchée, et... l'an dernier je sortais avec Tommy, je veux dire, j'ai déjà été touchée par un garçon, je sais ce que ça fait, mais là, j'ai pas du tout ressenti la même chose. Qu'est-ce que tu veux dire ? Je crois que le chatouilleur est une femme. » Blaze demeura silencieuse quelques instants, le temps de digérer cette information. « Bon, dit-elle. C'est... inattendu... et les moines, qu'est-ce que tu peux me dire ? Ils avaient gardé leurs capuches tout le temps, j'ai pas pu voir à quoi ils ressemblaient. Mais il y en avait un, qui avait l'air d'être le chef, il avait une voix... une voix âgée. Le Grand Maître, sûrement. Et l'autre ? L'autre, c'était Thad. » La justicière sursauta, surprise par la certitude de la réponse. « Tu en es sûre ? Oui. J'ai reconnu sa voix. Et du coup, ça m'a rappelé un truc... je me suis réveillée attachée à ce fauteuil, sans savoir comment j'étais arrivée là, mais après avoir reconnu sa voix, je me suis souvenue d'un truc... je marchais avec lui, il m'avait proposé de m'accompagner au CDI. Je pensais arriver à lui soutirer quelques infos, l'air de rien... puis tout ce dont je me souviens après, c'est d'une odeur bizarre... chimique. Du chloroforme ? Peut-être. Mais voilà, en tous cas, je suis sûre, à 100 %, que c'était Thad le deuxième moine dans la salle. _ Donc Thad est le second du Klub... ce qui signifie qu'il connaît l'identité du Grand Maître ! Bravo Sally, t'as été super ! Et si ça peut te consoler, je te garantis que tout ce que t'as subi, c'était pas pour rien. On va les avoir une bonne fois pour toutes ! »
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Chinow - il y a 11 ans
_ Je crois que le chatouilleur est une femme. »
JE LE SAVAIS !!!! Je le savais, je le savais !
Du coup, je suis quasiment certaine, mes deux théories, sur l'identité du chatouilleur et de Blaze, je les confirme à nouveau !
Et pour revenir sur ce chapitre lui-même, je l'ai beaucoup aimé. On en apprend plus sur les personnages, et sur leurs relations. Il y a de très beaux moments. Ce chapitre est plein d'amour, en fait.
J'ai vraiment beaucoup aimé.
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Coco - il y a 11 ans
Très sympa ce chapitre
Tu sais bien faire monter le suspens en tout cas et même si tu ne cherches pas à savoir qui est sui, tu ne peux pas t'empêcher de faire de petites suggestions ^^
Un pc qui bug sous Window's 8 ...
Love actualy ...
Et un autre truc encore mais je ne sais plus ...
Ca m'a fait rire ^^
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Sweety - il y a 11 ans
Maintenant que j'ai lu ce chapitre, je me souviens que l'idée d'un "chatouilleur féminin" m'avait traversé l'esprit rapidement à la lecture du passage sur les "doigts du chatouilleur" au chapitre précédent.
J'ai un personnage en tête, mais je ne sais pas si c'est Blaze ou le chatouilleur du coup ^^
Vivement la suite, et encore bravo BS
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Black Stingray - il y a 11 ans
Voilà, le champagne et le foie gras sont digérés, je profite d'un moment de lucidité avant de rattaquer ce soir
donc cadeau pour la fin de l'année, le dixième chapitre !!!
Chapitre 10 : La raclée
Le coup du double alibi, ça marchait à tous les coups. Billy avait dit à ses parents qu'il irait chez Sally l'aider à réviser ses maths, et Sally avait dit la même chose, et c'est comme ça qu'ils se retrouvèrent tous les deux à passer ce dimanche soir à Coast Way Bay.
Après leur réveil dans la péniche le samedi matin, Blaze avait ramené les deux adolescents chez eux, avec pour ordre de se détendre au maximum en attendant de ses nouvelles. Difficile de revenir à une vie « normale » après la nuit de malades qu'ils avaient passés, mais ils avaient essayé. Du coup ils étaient allés au cinéma, puis ils avaient mangé une pizza chez Giovanni's, comme deux potes. Billy s'était efforcé d'agir de manière calme et détendue, malgré les mille questions qu'il se posait. Ils avaient dormi ensemble, est-ce que ça voulait dire... qu'ils étaient ensemble, ou quelque chose comme ça ? Difficile à dire, ils n'en avaient pas reparlé, et en fait ils faisaient exactement comme si rien ne s'était passé... à ceci près qu'ils évitaient de se regarder dans les yeux, que leurs conversations, d'habitudes légères, se trouvaient entrecoupées de silences pesants, et qu'ils sursautaient tous les deux au moindre contact comme s'ils s'étaient pris une châtaigne.
Et c'était donc le lendemain soir, dimanche, que Blaze leur donna rendez-vous chez Blackie, un lieu préférable à la maison de Sally car ils ne risquaient pas de s'y faire surprendre par sa mère, et surtout, la justicière pouvait fumer en paix. C'était la première fois que Sally rencontrait le fameux Harrington en vrai, et elle fut incroyablement... déçue. Dès qu'elle en eut l'occasion, elle s'isola avec son ami :
« Billy, fallait me dire que le pote de Blaze, c'était Blackie Harrington, chuchota-t-elle. Je comprends mieux maintenant, vous l'avez retrouvé et c'est lui qui vous a indiqué où j'étais ?
_ Oui, c'est ça. En fait dans tout ça j'avais oublié que t'avais entendu parler de lui toi aussi...
_ Mais par contre... sérieusement, Billy, c'est un déchet ? Regarde-le, il s'est pas lavé les cheveux depuis combien de temps ? Il a pas bu d'eau depuis combien de temps ? Ça fait pas vingt minutes qu'on est là, et il en est déjà à son troisième whisky !
_ Oui, je sais qu'il a l'air un peu... bizarre, comme ça, mais il peut nous aider. Il a fait partie du Klub.
_ Je crois que j'ai loupé quelques épisodes, là, faudra qu'on m'explique. »
Billy se rendit compte qu'il lui manquait quelques pièces du puzzle aussi, alors ils rejoignirent les autres, qui leur expliquèrent tous les détails, sur l'histoire du Klub, son fonctionnement, l'histoire de Blackie.
« Hier, je suis allée faire un tour du côté de chez Thad, dit Blaze quand ils eurent fini. Sacrée belle baraque, et sacrément bien protégée aussi. Des caméras et des alarmes partout, pas moyen d'entrer.
_ Quoi, t'as pas un truc pour brouiller les caméras, ou quelque chose comme ça ? Demanda Billy.
_ Hé, j'ai pas le budget de Batman ou de James Bond ! Et quand il sort, il a toujours un ou deux gardes du corps pas loin. Pas moyen de l'approcher seul à seul.
_ Et tu ne peux pas te battre avec ses gardes du corps ?
_ Je préfère surtout éviter les coups d'éclat en public, en ce moment. Y avait déjà des plaintes contre moi depuis ma visite au Hellfire, où ils ont triplé le nombre de videurs, d'ailleurs, mais depuis vendredi soir, les flics sont carrément sur les nerfs. Je fais un pas de travers, je me fais coffrer. Donc je dois faire vachement gaffe.
_ Alors... on fait comment ? C'est Thad qui a les réponses, c'est lui qui pourra nous dire qui est le Grand Maître, et qui est le chatouilleur.
_ Je sais, j'y ai réfléchi. Et je vois qu'un moyen. Même si j'aime vraiment pas ça...
_ C'est quoi ?
_ Le seul endroit où je peux le choper seul, c'est... dans les toilettes des garçons du lycée.
_ Dans les... attends, ne me dis pas que tu comptes te pointer au lycée en pleine journée... et en costume ?
_ Si, c'est le seul moyen. Mais j'ai un plan, on va faire ça discret. Ça se passera demain. Billy, voilà ce qu'il faut que tu fasses... »
Le lendemain, les deux ados se retrouvèrent à l'entrée du lycée à la pause de midi, comme convenu. Sally avait dû inventer tout un tas de bobards pour expliquer à ses copines pourquoi elle n'avait pas donné signe de vie de tout le week-end, et avait dû déployer une énergie considérable à faire comme si tout allait bien, alors qu'elle avait à peine digéré les derniers événements et se sentait terriblement anxieuse pour la suite.
« T'es prêt ? » demanda-t-elle à son ami.
Billy ne répondit pas. Il ne l'entendit même pas. Elle avait mis un short. Il faisait très chaud ce jour-là, et elle avait mis un short, et des sandales. Il n'arriva pas à la quitter des yeux, ses longues jambes, ses chevilles fines, et ses pieds... à les voir, le souvenir de les avoir touchés, caressés, lui revint tout à coup et il sentit une drôle de chaleur dans sa poitrine...
« Billy ! T'es avec moi ? Lança-t-elle pour le tirer de sa rêverie.
_ Hein ? Ah oui bien sûr... euh, tu disais ?
_ T'es prêt ? Tu te souviens où on doit aller ?
_ Oui, bien sûr. On va juste attendre qu'il y ait moins de monde... »
Quand la foule d'élèves commença enfin à se clairsemer, ils sortirent du lycée et longèrent le bâtiment par l'extérieur, jusqu'à atteindre la haie sur le côté qui séparait l'établissement de l'immeuble voisin. Ils longèrent cette dernière, s'aventurant dans un passage étroit où personne n'allait d'habitude, jusqu'à ce qu'ils trouvent le trou dans la haie qu'ils cherchaient. Billy se pencha, passa ses bras dans le trou, et en ressortit un gros sac de sport bien lourd. Exactement comme Blaze l'avait indiqué.
« Dis, tu te demandes pas ce qu'il y a dans ce sac ? Demanda Sally, rougissant de curiosité.
_ Ben, vu comment elle compte opérer, je suppose que c'est son costume.
_ Et... ça te dirait de l'ouvrir, pour voir ?
_ Quoi ? Euh, je suis pas sûr, tu crois que c'est une bonne idée ?
_ Oh allez, on est seuls ici, elle en saura rien... juste un petit coup d’œil ? »
Elle avait les yeux qui brillaient, comme une droguée en manque devant sa dose. Devant son insistance, il céda et posa le sac au sol, et les deux s'agenouillèrent pour l'ouvrir. Billy vit la réaction de son amie quand elle aperçut une manche noire décorée de flammes, ses yeux brillants, sa respiration saccadée... les signes d'une fascination qui le mit mal à l'aise. Elle avança une main tremblante, et caressa lentement le cuir froid du blouson, palpa les plaques renforcées dans la doublure.
« T'imagines ce que ça doit faire de porter ce costume ? Murmura-t-elle. Comment tu dois te sentir... fort... j'aimerais bien... j'aimerais bien l'essayer...
_ Non, dit Billy en refermant vivement le sac. Si on se fait prendre avec ça, on sera vraiment dans la merde. On suit le plan et puis c'est tout.
_ J'ai dit quelque chose qu'il fallait pas ? Demanda-t-elle tandis qu'ils se relevaient et revenaient vers l'entrée du lycée.
_ Non, c'est juste... t'avais une façon de toucher ce blouson, t'étais comme hypnotisée... en fait, Blaze nous a beaucoup aidés, mais j'ai peur qu'en la suivant, on finisse par se mettre vraiment en danger.
_ Plus qu'on ne l'est déjà, tu veux dire ?
_ Ouais... je veux dire, cette course-poursuite à moto, sérieusement, on avait combien de chances d'y survivre ? Je me demande si on se laisse pas entraîner dans un truc qui nous dépasse.
_ Je te comprends, je me suis dit la même chose. Mais en même temps... en fait j'arrête pas de penser à elle, depuis la première fois que je l'ai vue.
_ T'en es tombée amoureuse ?
_ Mais non, t'es bête ! Non c'est plus... tu sais, quand elle a débarqué dans ma chambre en pleine nuit, d'abord j'étais terrifiée. Puis... à la voir, à lui parler, je me suis dit, ça c'est une nana qu'a peur de rien, qui peut tout faire. Alors que moi à côté...
_ Qu'est-ce que tu veux dire ? T'es ultra populaire, t'es capitaine de l'équipe de basket, Sally, t'as tout pour toi !
_ Oui, et je me fais martyriser par Cass ! Alors que Blaze la mangerait au petit déj !
_ Je vois. D'ailleurs, c'était quoi le coup du chien, l'autre jour ? Qu'est-ce que Cass a bien pu te faire pour que tu acceptes de faire ça ?
_ Je préfère pas en parler, » dit la jeune fille sèchement, luttant contre ce souvenir douloureux qui tentait de remonter à la surface.
Un silence gêné s'installa entre eux tandis qu'ils entrèrent dans l'établissement et suivirent les couloirs en direction des toilettes.
« T'as une idée de qui ça peut être ? Demanda enfin Sally. Elle est dans le lycée, si ça se trouve on la croise tous les jours, sans même savoir...
_ Ben... j'ai pensé un jour que ça pouvait être Mademoiselle Kaczinski...
_ Ah bon ? Mais, pourquoi est-ce qu'elle ferait la justicière la nuit ?
_ Je sais pas, c'était juste une sorte d'intuition... tu lui as parlé plus que moi, à Blaze je veux dire. T'as une idée sur ses motivations ?
_ Non... elle laisse rien sortir, tu sais. Je crois qu'au fond, elle est seule...
_ Pas étonnant, si elle reste cachée comme ça... et le chatouilleur ? Et si c'était quelqu'un du lycée aussi ? Après tout, il bosse avec le Klub.
_ Elle.
_ Tu crois vraiment que c'est une fille ?
_ J'en suis persuadée. Et j'aurais du mal à croire que ce soit quelqu'un du lycée aussi. Je veux dire, quelqu'un qu'on verrait tous les jours et qui serait en fait aussi sadique ? J'en ai des frissons. Mais ça, on ne le saura que quand Blaze aura fait parler Thad.
_ Elle va y arriver, tu crois ?
_ Bien sûr ! Elle y arrive toujours ! »
Ils atteignirent les toilettes des garçons, dans lesquelles Billy entra avec le sac. Il s'enferma dans la troisième cabine en partant de la gauche. Celle avec la grille d'aération déglinguée. C'était là-dedans qu'il devait déposer le sac. Il s'exécuta, puis sortit des toilettes en prenant l'air le plus naturel du monde.
Il se passa un long moment avant que Thad n'aille aux toilettes. Il laissa Roxanne dans le couloir et entra, la porte se referma derrière lui. Il était seul. Roxanne était sa régulière du moment. Régulière, car les types comme Thad n'avaient pas de « petites amies ». Pourquoi faire ? Il était grand. Musclé. Les épaules larges, la mâchoire carrée, un sourire ravageur, une dégaine et une coupe de cheveux sans aucun défaut. Et il était riche. Des filles, il pouvait en avoir en claquant des doigts, et il le savait. Alors, pourquoi s'en contenter d'une seule ? Roxanne était une petite seconde, toute timide, mais aussi très mignonne. Elle le regardait depuis le début de l'année. Il l'avait remarqué depuis longtemps, mais avait attendu. Fait en sorte qu'elle le voit souvent avec d'autres filles. Pour faire monter la jalousie, l'envie, jusqu'à ce qu'elle le vénère comme un dieu. Quand il était venu lui parler pour la première fois quelques jours plus tôt, elle avait pratiquement fondu en larmes. Parfait, elle était mûre pour être initiée au Klub...
C'est en souriant à de telles pensées qu'il alla se laver les mains, mais quand il releva la tête, il sursauta de frayeur en apercevant, dans le miroir, la silhouette aux cheveux rouges vêtue de cuir de la justicière qui se tenait derrière lui.
« Oh merde ! » s'exclama-t-il avant de tenter de fuir la pièce. Mais Blaze fut plus rapide, et en un rien de temps le jeune homme se retrouva plaqué contre la porte d'une cabine, la jambe de la justicière levée pour appuyer la semelle de sa botte contre sa gorge.
« Thad Lambert, dit-elle avec un sourire carnassier. Heureuse de te rencontrer.
_ Tiens donc, la pétasse masquée, quel honneur ! Qu'est-ce que tu me veux, t'es à court de clodos des Projects à tabasser ?
_ Tu sais très bien pourquoi je suis là, Thad. Le Klub, t'es le numéro deux dans l'organisation. Je veux le numéro un, le Grand Maître. Et ce type, ce chatouilleur, qui c'est ?
_ Et si je te le dis, tu vas pas me tabasser ?
_ Disons que je serai légèrement plus clémente.
_ Ah ouais ? Pas moi ! »
Blaze ne s'attendait absolument pas à ce qui se passa ensuite, quand Thad repoussa d'un revers de la main la jambe qui le maintenait prisonnier. Surprise, la justicière perdit l'équilibre, et se rattrapa juste à temps pour intercepter le poing qui se dirigeait droit vers son visage. Elle parvint à saisir le bras de son adversaire et à le pousser contre le mur du fond. OK, se dit-elle en gardant son calme, fallait s'y attendre, après tout Thad était le meilleur boxeur du coin. Elle allait juste devoir user d'un peu plus de persuasion...
Elle se jeta sur lui, levant haut la jambe pour atteindre son visage. Il se baissa, évita le coup avec souplesse, et contre-attaqua. Elle bloqua le premier direct. Puis le second. Puis voyant une ouverture, elle lui décocha un uppercut dans le ventre. Le choc lui fit lâcher un grognement étouffé. Tout de même ! Elle enchaîna, un direct au visage, mais elle retira son poing après avoir ressenti une vive douleur quand celui-ci frappa le mur à pleine vitesse. Il avait esquivé ! Comment pouvait-il être aussi rapide ? Il lui répondit par un crochet à la tempe, et soudain le monde se mit à tournoyer autour d'elle. Un autre coup, dans son estomac, si fort que même avec sa protection, elle en eut le souffle coupé et se retrouva appuyée contre les lavabos, sans comprendre ce qui lui arrivait. Thad faisait une tête de plus qu'elle, et il était doué, mais elle avait déjà battu des types plus effrayants que ça ! Pas question qu'elle perde face à ce petit bourge !
Elle se tourna vivement, levant un coude pour intercepter le coup qui arrivait, puis le frappa à la tempe avec son autre coude. Il flancha. Elle le frappa de nouveau, avant de lui saisir la tête à deux mains pour l'envoyer violemment contre son genou. Mais encore une fois, il bloqua le coup de ses deux mains, et surtout, il contracta le cou et parvint à relever brusquement la tête, lui assénant un coup de boule au passage. Quelle force ! Choquée, la justicière ne put rien faire quand il la saisit à deux mains et la souleva comme une poupée de chiffons pour l'envoyer s'écraser contre le grand miroir, qui se brisa en mille morceaux. Non, non, ressaisis-toi, ma grande, tu vas pas te laisser battre par ce sale merdeux ! Ignore la douleur, lève-toi et frappe ! Rassemblant toute son énergie, elle se redressa et envoya son poing. Thad l'attrapa en plein vol. elle envoya l'autre, que Thad saisit aussi. Il lui serrait les poignets, et ça lui faisait mal. Elle tenta de se dégager, mais elle était comme prise dans un étau. Comment était-ce possible ? Elle avait beau forcer, il continua d'avancer sans même trembler et elle se trouva bientôt à moitié allongée sur les lavabos, le jeune homme au-dessus d'elle, la dominant. Comment avait-elle pu sous-estimer sa force à ce point-là ?
« Tu sais que t'es plutôt bonne, dit-il alors qu'il était si près de son visage qu'elle ne put contenir une grimace de dégoût. Je t'initierais bien au Klub, moi... »
Par un soudain regain d'énergie, elle leva un genou pour le frapper au dos, mais cela ne servit pas à grand chose : il attrapa sa jambe sans peine et la souleva de nouveau pour la faire tournoyer dans les airs et lui faire finir sa course dans la porte d'une cabine, qui ne résista pas au choc et se dégonda dans un fracas de bois brisé. Groggy, elle s'appuya sur la cuvette, mais son adversaire était déjà sur elle, et il lui saisit la tête qu'il frappa violemment contre la faïence. Par réflexe, elle leva la jambe derrière elle, comme une ruade, et fut satisfaite de sentir qu'elle l'avait touché, et repoussé hors de la cabine. Elle se remit sur ses deux pieds, se tourna pour faire face à Thad. Son champ de vision était rempli d'étoiles. Oh merde, ça n'allait pas bien...
« T'es plutôt résistante pour une gonzesse, dit le jeune homme, ça je te l'accorde. Mais ça ne changera rien.
_ C'est ce qu'on va voir. »
Sur ces mots, elle secoua sèchement un bras pour déployer la matraque télescopique cachée dans sa manche. Et elle se jeta de nouveau sur lui. Sauf que cette fois, elle avait un plan. Elle fit mine de se ruer pour lui donner un coup de matraque, elle le vit lever sa garde, et au dernier moment, c'est un coup de pied qu'elle lui asséna dans le genou, lui faisant perdre l'équilibre et baisser sa garde. Elle se plongea immédiatement dans l'ouverture, son arme frappant le visage de Thad comme un marteau, une fois, deux fois, trois fois, jusqu'à ce que son arcade s'ouvre et que le sang commence à couler. Mais le jeune homme avait décidément beaucoup de ressource, et il parvint à se ressaisir et à attraper la matraque en vol. Immédiatement, la justicière lui saisit le poignet et tourna gracieusement sur elle-même pour lui tordre le bras dans le dos, une manœuvre qu'elle avait apprise dans un manuel de jiu-jitsu. Mais dans la précipitation, elle avait mal assuré sa prise, et elle ne s'en rendit malheureusement compte que quand Thad tourna sur lui-même à son tour, et elle poussa un hurlement de douleur quand c'est son propre bras qui fut tordu dans son dos, la forçant à se pencher en avant. Dans cette position, un violent coup de genou dans la poitrine suffit à la précipiter sur le carrelage, où elle resta recroquevillée, hors de combat.
« Ben alors, c'est tout ce que t'as dans le ventre, la justicière ? Plutôt décevant, franchement. Non mais qu'est-ce que tu croyais, qu'avec ton attitude de rebelle et ton look de sadomaso à la con t'allais être meilleure que moi ? Donc tu sais, à propos du Klub. Alors laisse-moi te dire une bonne chose : on est l'élite. On est tous destinés à devenir des gens importants dans cette ville. Moi, je serai gouverneur ! Tandis que toi tu resteras toujours une petite racaille des rues qui se prend pour un super-héros. C'est pour ça que tu gagneras jamais contre nous. Au fait, ça c'est pour Daren. »
Elle grogna de douleur quand il lui asséna un coup de pied dans les côtes.
« Et ça c'est pour avoir foutu la merde au Hellfire. »
Encore un coup de pied.
« Et ça, ça c'est pour avoir ruiné notre petite fête avec ta copine Sally. D'ailleurs, ce n'est que partie remise... »
Il s'apprêta à la frapper encore quand il fut surpris par l'arrivée d'un élève. Le nouvel arrivant ouvrit l'apporte, et se figea, les yeux écarquillés, en voyant la scène.
« Mais qu'est-ce que... »
Blaze saisit tout de suite l'opportunité qui lui était offerte. Voyant qu'elle avait un morceau de miroir brisé à portée de mains, elle l'attrapa et se releva pour le brandir contre Thad. Elle sentit un contact, et le jeune homme hurla, portant une main à sa joue. Il pissait le sang. Choquée, elle lâcha le bout de verre et fit ce qu'elle n'aurait jamais cru devoir faire un jour : bousculant le nouvel arrivant au passage, elle se rua dans le couloir, et prit la fuite.
Très vite, les surveillants, le CPE, le principal, le principal-adjoint, et quelques profs, en tout une douzaine d'adultes, s'étaient mobilisés, alarmés par les cris des élèves qui résonnaient dans tout l'établissement. Ils arpentèrent au pas de course des couloirs livrés au chaos total, des plantes et des extincteurs renversés, le sol jonché de livres et de cahiers. Et l'alarme incendie qui s'était déclenchée et noyait le tout dans sa sirène assourdissante. Au début, les adultes crurent à un mauvais canular, mais les cris des élèves sur leur passage les renseignèrent sur une vérité beaucoup plus inquiétante : les ados encore sous le choc avaient reconnu Blaze, la justicière, qui avait sprinté à travers les couloirs comme un animal traqué, activant l'alarme et bousculant tout le monde sur son passage.
Les adultes suivirent la piste jusqu'à la cour, où d'autres élèves surexcités leur dirent qu'ils avaient aperçu la justicière se réfugier dans le gymnase. L'un des surveillants, inquiet, suggéra d'appeler la police, ce que le principal refusa avec force. Quelle réputation pour son établissement si la police se mêlait de cette affaire ! Non, c'était à lui de faire respecter l'ordre dans ce lycée, et il allait attraper cette racaille en cuir lui-même ! Comment osait-elle, se pointer comme ça, en plein jour, dans son lycée ?
Avec précautions, ils entrèrent dans le gymnase. Il était vide.
« Si vous êtes là, déclara le principal d'une voix de baryton, montrez-vous ! Vous n'avez rien à faire dans ce lycée, vous enfreignez la loi ! »
Un bruit les fit tous sursauter. Il venait de la réserve. Ils s'approchèrent tous de la porte, et la fixèrent, personne n'osant l'ouvrir. Le principal finit par comprendre qu'ils attendaient tous qu'il le fasse, et prenant une grande inspiration, il tourna la poignée et poussa la porte.
Tout le monde hurla de frayeur quand la jeune femme surgit de derrière le coffre des ballons, et elle hurla à son tour, les observant avec de grands yeux écarquillés. Elle avait une cigarette allumée à la main, et... et elle était en survêtement.
« Helen ? S'exclama le principal, ahuri.
_ Monsieur Meyer, répondit la jeune prof de sport d'un ton gêné, je suis désolée, je sais que c'est interdit de fumer dans l'enceinte de l'établissement, mais je me disais, comme j'ai pas d'élèves, juste une petite, dans la réserve, enfin voilà, toutes mes excuses Monsieur, je recommencerai plus...
_ Attendez, Helen, vous êtes là depuis combien de temps ?
_ Euh... une bonne heure je dirais, j'étais en train de faire du rangement, et...
_ Et vous n'avez rien remarqué d'anormal ?
_ C'est à dire ?
_ Beaucoup d'élèves ont affirmé avoir vu la justicière arpenter les couloirs, et se réfugier dans le gymnase.
_ La justicière ? Blaze ? Qu'est-ce qu'elle ferait là ?
_ Comme si on le savait !
_ En tous cas, j'ai... ah si, il m'a semblé avoir entendu la porte claquer, et quelqu'un courir, mais le temps que j'aille voir ce qui se passe, il n'y avait déjà plus personne...
_ Et merde ! Elle est partie.
_ On appelle la police, Monsieur ? Demanda un surveillant.
_ Non, inutile, elle doit être déjà loin. On fait comme si de rien n'était, et si elle se montre à nouveau, je compte sur votre extrême vigilance à tous ! Oh, et Helen, pour la cigarette, ça passe pour cette fois, mais que je ne vous y reprenne pas ! »
Enfin, ils partirent, laissant la jeune femme seule dans la réserve. Enfin, elle put soupirer. C'était moins une !
Ce soir-là, Blaze avait convoqué Sally et Billy en urgence, peu avant l'heure du dîner. Ils se retrouvèrent non pas à Coast Way Bay cette fois, mais dans une allée boisée non loin de chez Sally, suffisamment dissimulée pour qu'ils puissent causer tranquillement. Les deux jeunes n'avaient jamais vu la justicière avec l'air aussi abattu.
« Qu'est-ce qui s'est passé au lycée ? Demanda Sally. Il y a eu un de ces bordels...
_ Thad m'a battue, lâcha Blaze en serrant les dents.
_ Quoi ? Il t'a battue ? Mais... c'est impossible !
_ Si, la preuve ! J'ai merdé, Sal. Je l'ai sous-estimé, je savais qu'il était fort, mais pas à ce point... et avec le bordel que ça a fait dans le lycée, je suis pas près de retenter une opération comme ça. En plus maintenant il va être sur ses gardes, et... Sal, il m'a dit que la petite fête que j'avais interrompue avec toi n'était que partie remise. Soyez très prudents, vous deux. Je pourrai pas vous surveiller en permanence, alors ne vous lâchez pas d'une semelle.
_ Et pour Thad ? Et pour le Grand Maître et le chatouilleur, tu vas faire quoi ? »
Elle écrasa son mégot et garda les yeux au sol. Pour la première fois de sa jeune carrière de justicière, elle prononça les mots qu'elle n'aurait jamais voulu prononcer : « J'en sais rien. »
Puis sans leur décrocher un regard, elle monta sur sa moto, l'alluma. « Il faut que je réfléchisse, dit-elle. Je vous tiendrai au jus. » Puis elle démarra et disparut.
« J'aurais jamais cru ça possible, murmura Billy après qu'elle soit partie bien loin.
_ Moi non plus, répondit Sally sombrement. Je crois... qu'elle n'est pas invincible, finalement.
_ Déçue ?
_ Non... juste triste... pour elle...
_ On fait quoi maintenant ?
_ Aucune idée... »
Elle se rapprocha de lui, et l'enlaça. Il ne s'y attendait absolument pas et se raidit sous le coup de la surprise.
« J'ai peur, dit-elle.
_ Moi aussi, répondit-il en posant une main sur son dos. Mais ne t'inquiète pas, je suis sûr qu'on trouvera quelque chose.
_ Ouais... tu veux dîner chez moi ce soir ? Ma mère a fait du poulet. »
Il rit. « C'est une bonne idée.
_ Allez, viens, on rentre. »
« Et la fille ? On la laisse ici ?
_ Oui, elle fera un bon appât. Et s'il s'avère qu'elle connaît l'identité de Blaze, notre ami le chatouilleur saura la faire parler. »
Sur ces mots, les deux moines quittèrent la pièce, laissant la pauvre jeune fille seule avec son bourreau. Celui-ci se tourna de nouveau vers elle, menaçant derrière son masque inexpressif.
« Non, gémit-elle, non, je vous en supplie, pas ça... pas ça... »
Mais il était insensible à sa détresse, et la torture recommença de plus belle. De nouveau, il passa sous son chemisier, et elle se cabra en sentant le pinceau caresser son aisselle droite, tandis qu'il faisait courir ses doigts fins et agiles sous son aisselle gauche. Des doigts de femme, elle en était persuadée. Elle ria, hurla, supplia, suffoqua, pleura, et dans un moment de lucidité elle se força à regarder son bourreau droit dans les yeux, elle voulait voir à qui elle avait affaire. Ses yeux bleus semblaient briller d'une lueur d'excitation. Elle prenait du plaisir à la torturer, ça se voyait. Sally en était malade. Qui, mais qui pouvait se montrer aussi sadique ?
Enfin, au bout de quelques minutes, la torture s'arrêta, et le bourreau observa sa victime en sanglots de son œil cruel, et cédant à l'excitation du moment, retira d'un seul geste son chapeau et son masque, révélant révélant un horrible sourire et des cheveux blonds.
« Alors, Miss Parfaite, dit-elle, t'aimes ça, on dirait ? Ça te dirait qu'on continue toute la nuit ? Voire même des journées entières, je peux te torturer jusqu'à ce que tu ne sois plus qu'une petite larve tremblotante, ça te plairait ? Parce que franchement, moi oui... »
Sally ouvrit soudainement les yeux et se redressa. Son cœur battait la chamade, elle haletait comme un chien, et transpirait à grosses gouttes. Pendant quelques secondes elle fut perdue, seule dans le noir, attachée... non, elle n'était pas attachée. Elle était dans son lit. Elle finit par comprendre que c'était la nuit, elle avait ramené Billy chez lui après le dîner et était rentrée se coucher. Elle était chez elle, tout allait bien. C'était un cauchemar, encore ce cauchemar. Non, pas cette fois. Elle avait fait ce rêve toutes les nuits depuis son supplice, mais jamais au point de voir le chatouilleur se découvrir. Était-ce vraiment arrivé, un souvenir oublié qui remontait à la surface ? Ou juste son imagination ? Peu importe, c'était juste trop vrai pour elle, et surtout, c'était parfaitement sensé. Elle ne pouvait pas l'ignorer. Alors elle prit son portable et appela Billy à la hâte.
« Sally ? Demanda-t-il d'une voix endormie. Qu'est-ce qui se passe ? Il est une heure du matin, tu vas bien ?
_ Oui je vais bien... Billy, je sais qui est le chatouilleur.
_ Quoi ?
_ Je sais qui est le chatouilleur, Billy. C'est Cass. »
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Sweety - il y a 11 ans
Ahhhh voilà un chapitre (toujours délicieux comme d'habitude) qui confirme mon idée sur l'identité du chatouilleur ^^
À voir si Sally a vu juste
Pour Blaze, j'attends d'avoir confirmation dans les prochains chapitres, mais à lire celui-ci, son identité ne me surprendrait pas
Vivement la suite !
Continue Black Stingray 