Histoire : La justicière !

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Histoire
  • La justicière !


Histoire ajoutée le 17/10/2014
Épisode ajouté le 17/10/2014
Mise-à-jour le 03/07/2021

  • maL Avatar
    maL - il y a 11 ans

    Salut,

    Le chapitre est sympa par contre nos deux lycéens et leur prof font figure de sacrés pieds nickelés... à ce point j'ai presqu'envie de les traiter d'amateurs ! Ah ben, c'est fait, tiens ! :D

    Le seul truc qui m'a gênée c'est le policier, Papa Billy. "Je crois pas que tu sois la justicière, mais si je te relâche est-ce qu'elle sera prévenue à temps ?" Moi j'aurais compris que je suis grillée, à la place de Cass... C'est maladroit pour un flic, je trouve... même si les policiers ont le droit d'être maladroits.

    Par contre la coupure, c'est du sadisme ! :p


  • Black Stingray Avatar
    Black Stingray - il y a 11 ans
    Salut, merci pour ton commentaire ! [quote="trans_en_danse":3b2snu1w]Le seul truc qui m'a gênée c'est le policier, Papa Billy. "Je crois pas que tu sois la justicière, mais si je te relâche est-ce qu'elle sera prévenue à temps ?" Moi j'aurais compris que je suis grillée, à la place de Cass... C'est maladroit pour un flic, je trouve... même si les policiers ont le droit d'être maladroits. [/quote:3b2snu1w] En fait avec ces sous-entendus bizarres, le flic fait comprendre à Cass qu'il a très bien compris que c'était elle, mais qu'il est de son côté parce qu'elle a aidé son fils avant et qu'elle peut le sauver maintenant. Jouer au con en lui disant qu'il ne croyait toujours pas que c'était la justicière est une façon de lui montrer que son secret est bien gardé avec lui. Cass pige l'astuce donc elle rentre dans son jeu, sans avouer explicitement que c'est elle. Il sait et elle sait qu'il sait, mais aucun des deux ne le dit clairement.

  • Chinow Avatar
    Chinow - il y a 11 ans

    Bon, comme d'habitude, tu es un enfoiré Mais tu fais des progrès : tu préviens avant que tu seras une sale bête :lol:

    J'ai beaucoup aimé, comme d'habitude. Mais... Aurais-je eu tord ? Je maintiens mon hypothèse de base, seule la suite nous le dira.

    J'aime toujours autant chacun de tes chapitres. :D


  • funjub Avatar
    funjub - il y a 11 ans
    Très beau boulot, c'est bien écrit et prenant.

  • Matoue75 Avatar
    Matoue75 - il y a 11 ans

    Non mais black! Cest pas possible de nous faire ca !!!!!
    Encore prise dedans un truc de dingue!!! Moi ce qui m'intéresse cest la séquence torture :lol: et la tu t'arrête juste avant ! :ralala: vilain!


  • Black Stingray Avatar
    Black Stingray - il y a 11 ans

    Bon, je crois que je vous ai assez fait attendre :xp:

    Chapitre 14 : Dans les flammes de l’enfer

    « Je ne comprends rien à tout ça, c’est une histoire de fou ! déclara Mme Cassidy pendant le trajet. On t’accuse d’avoir battu dix hommes dans l’ancienne zone artisanale d’Abbott Street, mais qu’est-ce que tu faisais dans cette rue en pleine nuit ? Je veux dire, normalement…
    _ Disons que c’était un cas de force majeure et que j’avais pas vraiment mon costume à portée de main.
    _ Comment ? Mais chérie, tu te rends compte du danger si on te reconnaissait ? J’ai déjà du mal à tolérer tes sorties nocturnes, mais si tu te mets à agir à visage découvert, c’est d’une inconscience ! Enfin, je pense qu’il est grand temps d’avoir une conversation là-dessus à la maison.
    _ Je rentre pas à la maison, m’man, pas ce soir. Dépose-moi au vieux centre commercial s’il-te-plaît.
    _ Ah non, pas de sorties ce soir !
    _ Pas le choix, m’man, on discutera un autre soir.
    _ Les rues ne vont pas s’effondrer si tu prends un soir de congé !
    _ Les rues, non, mais deux personnes sont en danger ce soir, je dois les rejoindre et c’est urgent. C’est très sérieux, le type chez qui ils sont, je l’ai déjà affronté, et c’est un pervers sadique.
    _ Alors préviens la police !
    _ La police est déjà prévenue ! Mais elle arrivera trop tard. Je sais que tu ne me comprends pas, mais c’est quelque chose que je dois faire.
    _ Mais pourquoi ?
    _ Personne d’autre ne peut le faire. »

    La voiture arriva au niveau du centre commercial abandonné. C’était leur route pour aller jusqu’à l’appartement. Mme Cassidy approcha de la structure en maintenant son allure. Elle commença à la dépasser. Puis elle poussa un profond soupir et pila pour s’arrêter devant.
    « Tu as raison, dit-elle, je ne comprends pas, et je ne comprendrai peut-être jamais. Mais si des gens auxquels tu tiens sont vraiment en danger, alors… reviens à la maison en un seul morceau, c’est tout ce que je te demande. »
    Sans un mot, la jeune fille sortit de la voiture, et accourut à l’intérieur du centre commercial. En sprintant, elle remonta la galerie obscure jusqu’à l’armurerie abandonnée. Trouva la clé derrière l’extincteur. Ouvrit le rideau de fer. Il faisait noir comme dans un four à l’intérieur, mais elle actionna vite l’interrupteur et les néons s’allumèrent un à un, éclairant la moto, les râteliers d’armes, jusqu’au fond de la pièce. Le costume. Ça lui faisait drôle à chaque fois, comme si Blaze était une autre personne, qui l’observait froidement. Sauf que ses yeux étaient les yeux de plastique d’un mannequin. Elle se dirigea vers le mannequin, et se planta devant lui. Puis, avec une délicatesse presque rituelle, elle décolla le masque pour le coller sur son propre visage. Le contact du latex froid sur sa peau la fit frissonner. Une irrésistible sensation de puissance. Une métamorphose. En moins de deux minutes, elle était déjà à vive allure sur les boulevards en direction des beaux quartiers.

    « Thad, arrête ! supplia Sally. Tu n’es pas obligé de faire ça !
    _ Oui, je sais. Je le fais simplement parce que j’en ai envie. »
    Ses hommes de main avaient attaché Sally et Helen contre les poteaux, face à face, les bras enchaînés au-dessus de leurs têtes. Et ils tenaient toujours Billy, comme s’ils se demandaient ce qu’ils allaient en faire. Le jeune homme eut beau se débattre, il n’était pas du tout de taille contre toutes ces grosses brutes. Sally ne pouvait pas croire que ça en arrivait là. Il y avait toujours eu un tuc qu’elle n’aimait pas chez Thad, mais quand même, c’était un garçon de leur école, qu’elle croisait tous les jours ! Comment pourrait-il être capable d’une chose pareille ?
    « Thad, tu crois pas que ça va beaucoup trop loin ? demanda Helen en prenant sa voix de prof qui tente de raisonner un élève capricieux.
    _ Oui, ça va trop loin, bien sûr ! répondit ce dernier en explosant de rage. Bien sûr, on ne faisait que s’amuser entre nous, juste un petit club de gars qui passent du bon temps.
    _ En humiliant et en torturant des filles !
    _ Ces pétasses devraient plutôt être honorées que des gars comme nous s’intéressent à elles ! Et de toute manière, est-ce que ça justifiait ça ? »
    Il s’approcha d’un seul coup très près du visage de la prof, en tendant la joue pour bien lui montrer sa balafre. Elle était vraiment hideuse, les chairs lacérées, boursouflées et violacées comme s’il s’était fait mordre par un chien sauvage. Elle ne put en supporter la vue et détourna le regard en réprimant un haut-le-cœur.
    « Répondez mademoiselle, est-ce que ça justifiait qu’elle me vole mon visage ? Qu’elle me vole mon avenir ? J’ai toujours visé à la perfection, et elle m’a pris ça ! Alors oui, ça va trop loin, mais c’est Cass qui a commencé. Alors vous pouvez me croire, je vais la retrouver, et elle va morfler.
    _ Ce n’est pas elle.
    _ Quoi ?
    _ La justicière, ce n’est pas Danielle. Tu te trompes sur toute la ligne.
    _ Tiens donc ! Et qui d’autre ça pourrait être, mademoiselle ?
    _ Je ne sais pas. Personne ne le sait, Thad, à ton avis pourquoi elle porte un masque ?
    _ Je ne vous crois pas. Mais peut-être que Sally saura se montrer plus loquace… »

    Il s’approcha très près de la jeune fille, et elle sentit tous ses muscles se contracter de dégoût.
    « Tu sais, dit-il, j’ai beaucoup apprécié de voir le chatouilleur s’amuser avec toi l’autre nuit. La façon que tu avais de te tortiller en vain tout en gémissant… c’était plutôt excitant. »
    De nouveau, elle lui répondit par un crachat haineux. Sa réaction fut vive : d’une main, il lui saisit la mâchoire pour la forcer à le regarder. Il serrait fort et ça lui faisait mal.
    « Vas-y, fais la maline pendant que tu le peux encore !
    _ Hé, s’écria Billy, ne la touche pas, espèce de… »
    Il se débattit tout en parlant et parvint presque à se libérer, mais les hommes de main de Thad le maîtrisèrent rapidement et le plaquèrent au sol, le coupant dans sa phrase.
    « Ha, oui, Billy Brewster, ricana Thad. C’est vrai que depuis que tu traînes avec Blaze tu t’es mis à jouer les héros, toi aussi. Mais est-ce que t’as vraiment les tripes pour ça ? On va voir ça tout de suite, mettez-le sur le chevalet !
    _ Arrête, hurla Sally, arrête je t’en supplie ! Mais qu’est-ce que tu veux à la fin ?
    _ Ce que je veux ? Je vais te dire ce que je veux. Je veux vous faire souffrir, et surtout bien prendre le temps d’en profiter, pour tout ce que vous nous avez fait, à moi et au Klub. Et je veux que vous craquiez, que vous abandonniez, je veux entendre de votre propre bouche que Cass est bien la justicière. Et quand vous l’aurez trahie, je vous l’amènerai ici, et je la ferai souffrir devant vous. Et tu sais quoi, Sally ? Je suis impatient de te mettre sur le chevalet, mais je vais savourer l’attente, alors c’est ton petit copain qui y passera en premier. Comment tu te sens, Billy ? »

    Le jeune homme était allongé sur le chevalet, les chevilles bloquées dans une sorte de carcan, et les poignets enchaînés au-dessus de la tête.
    « Tu peux nous menacer autant que tu veux, le provoqua Billy, on va jamais te céder, tu m’entends, jamais !
    _ Oh, on a toujours l’esprit combatif à ce que je vois ! On va voir si ce sera encore le cas dans quelques minutes. »
    Sur ces mots, il empoigna la roue du chevalet et se mit à tourner, lentement, et Billy sentit ses bras tirer de plus en plus, son ventre se rentrer au maximum, et il commença à grimacer d’inconfort, mais Thad arrêta le mécanisme juste avant que ça commence à faire mal, laissant le jeune homme tellement étiré qu’il pouvait à peine bouger.
    « Tu sais, dit le bourreau, au Moyen-Age cet instrument était utilisé pour l’élongation. On étirait la victime jusqu’à lui arracher les membres. Mais ne t’inquiète pas, je vais pas te faire ça. Du moins, pas encore. »
    Mademoiselle Kaczinski, après avoir protesté énergiquement tout le long, se tut, comprenant bien que ça ne faisait que l’encourager. Sally se mit à pleurer.
    « T’inquiète pas Sal, grogna Billy en l’entendant. Je vais bien. Tout va bien se passer, je te promets.
    _ Oh, pour l’instant, tu vas bien, ricana Thad, mais on va vite arranger ça. Toujours pas de nouvelles du chatouilleur ?
    _ Non, M’sieur Lambert, répondit un des hommes de main.
    _ Pff, voilà ce qu’on gagne à sous-traiter le travail.
    _ Alors, demanda Billy, le chatouilleur n’est pas un membre du Klub ?
    _ Non. Et à vrai dire, on n’en sait pas plus sur lui que lui n’en sait sur nous, on ne s’est jamais rencontrés à visage découvert. C’est juste un cinglé qui nous a contactés par Internet, il avait entendu parler de nous et voulait nous proposer ses services pour un certain type d’intimidation dont il avait le secret. Des chatouilles, rien que ça ! Au début on était perplexes, mais faut bien reconnaître qu’il avait une technique très efficace. Seulement il a disparu depuis quelques jours, plus aucune nouvelle. A tous les coups, votre enquête et l’arrivée de Blaze lui ont foutu la trouille, et il s’est barré après s’être bien amusé. Tant pis, ce qu’il faisait, je peux très bien le faire moi-même, après tout. Dis-moi Billy, t’es pas chatouilleux j’espère ? »

    Il ne lui laissa pas le temps de répondre qu’il se mit à lui pincer la hanche, ce qui le fit sursauter comme s’il s’était pris un choc électrique. Il se cabra, ferma les yeux, serra les dents, tentant au maximum de rester de marbre. Chatouilleux, oui, il l’était. Mais il ne devait surtout pas le montrer à Thad. Surtout pas lui donner cette satisfaction. Il parvint à tenir quelques minutes comme ça, jusqu’à ce que Thad se mette à lui chatouiller les deux hanches en même temps, et là il parvint à peine à contenir un rire nerveux, il dut serrer les dents tellement fort pour se retenir que sa mâchoire commençait à lui faire mal. Mais ses sursauts et convulsions incontrôlables à chaque pincement trahissaient sa sensibilité à Thad qui s’en donnait à cœur joie et continuait, continuait, jusqu’à ce qu’en fin sa victime craque dans une explosion de rire :
    « Arrête ! Arrête j’en peux plus !
    _ Ha, enfin ! déclara le bourreau en s’arrêtant. C’est pas trop tôt ! Bon, maintenant on va pouvoir passer au plat de résistance.
    _ Comment ça ? »
    Le bourreau répondit en saisissant son sweatshirt et son t-shirt en même temps, et d’un coup sec, il rabattit tout ça sur la tête de Billy. Le jeune homme était désormais dans le noir, la tête coincée dans ses propres vêtements… et son torse nu totalement exposé. Oh non… il se tendit, attendant l’inévitable. Il n’allait pas pouvoir résister à ça…

    Thad commença à effleurer ses côtes du bout des ongles, par des mouvements légers et rapides, comme si ses doigts étaient des pattes d’araignées. La sensation de démangeaison était tout bonnement insupportable et Billy voulut crier, hurler, mais tous les sons qu’il pouvait produire s’étouffaient dans son sweatshirt. Il se rendit compte avec effroi qu’il pouvait dire ce qu’il voulait, Thad ne l’entendrait pas. Et ne s’arrêterait pas.

    Blaze déboula sur Maggard Street comme une furie, provoquant l’effroi des nombreux passants de cette rue commerçante encore très animée à cette heure. La lumière bleue et rouge des gyrophares de la voiture de police qui l’avait prise en chasse il y a deux rues de cela se mélangeait aux lumières des vitrines des magasins, et cette sirène, cette foutue sirène allait la rendre malade ! Fallait pas qu’elle se déconcentre. Soudain, deux autres voitures déboulèrent juste devant elles, toutes sirènes hurlantes. Non, pas maintenant ! N’obéissant qu’à son instinct, elle écrasa le frein et fit un gros dérapage vers la droite, pour se retrouver face à face avec la vitrine d’un grand magasin Gap. Elle n’hésita pas une seule seconde à foncer dedans, faisant pleuvoir des éclats de verre autour d’elle alors qu’elle traversa la vitrine et traversa les allées du magasin à vive allure, zigzaguant pour éviter les clients terrorisés. Ils partaient dans tous les sens, hurlant, faisant tomber les présentoirs, faisant voler les vêtements, dans leur course paniquée pour échapper à la motarde folle. Et dans ce chaos total, la justicière parvint à atteindre l’autre bout du magasin, une autre vitrine, qu’elle éclata toujours sans hésiter pour se retrouver dans la rue.

    Bon, où était-elle ? Elle ralentit, ayant semé ses poursuivants, et prit le temps de regarder autour d’elle. Une grande avenue, en plein centre-ville. Elle se rapprochait, mais beaucoup trop lentement ! Elle tenta de se déplacer dans l’avenue complètement embouteillée, déclenchant une réaction en chaîne de coups de klaxons énervés alors qu’elle dépassait les voitures bloquées l’une après l’autre, mais elle se rendit vite compte qu’elle n’arriverait à rien à ce rythme-là. Ça n’avançait pas d’un millimètre !

    « Hé, vous là-bas, stop ! »
    Elle se retourna : plusieurs policiers s’étaient lancés à sa poursuite, à pieds. Ils couraient entre les voitures et se rapprochaient vite. Et les sirènes au loin lui indiquaient qu’elle n’avait peut-être pas semé les voitures, finalement. Non, non, non ! Elle ne pouvait pas se laisser attraper ! Billy, Sally, Mademoiselle Kaczinski, elle devait les sauver ! Mais il n’y avait absolument nulle part où aller dans un tel bouchon. Sauf peut-être… elle finit par trouver la solution, tout près, sur le trottoir : la bouche de métro. Non, beaucoup trop risqué. Mais les flics se rapprochaient. Pas le choix. Le cœur battant à cent à l’heure, elle dévia pour grimper sur le trottoir et s’engouffra dans l’ouverture. La moto se mit à secouer dangereusement alors qu’elle descendait l’escalier à toute berzingue, et elle perdit le contrôle pour aller s’écraser contre un mur en contrebas. Une vague de douleur lui transperça le dos comme une lame, mais l’adrénaline n’allait pas la laisser flancher aussi vite : elle serra les dents, se releva, repoussa les quelques passants qui avaient commencé à s’attrouper autour d’elle, et remonta sur la Honda pour repartir sur le quai. Au moins, elle était arrivée en bas ! Fallait qu’elle trouve Leach Station, le quartier de Thad était juste après. Elle était à Central Station. Donc fallait prendre à droite. Elle accéléra un grand coup, prit une grande inspiration, se tendit, et sauta du quai. Le choc de l’atterrissage sur les rails fit rebondir la moto et réveilla la douleur dans son dos. Mais elle allait faire avec. Pas le temps d’avoir mal. Elle s’engouffra dans l’obscurité du tunnel.

    Sally ne put plus supporter la vision pathétique de son ami attaché sur la table de torture, son torse luisant de sueur tremblotant sous les chatouilles incessantes de Thad, qui s’était mis depuis plusieurs minutes à faire courir ses doigts rapidement sous ses aisselles. Elle ne pouvait voir son visage, mais à la façon dont son corps tremblait, c’était évident qu’il souffrait beaucoup, et elle pouvait entendre à travers son sweatshirt sa respiration saccadée et difficile, et ses suppliques étouffées.
    « Thad, arrête, tu vas le tuer ! hurla-t-elle. Il est en train de s’étouffer !
    _ Tiens donc, dit-il, satisfait, en s’arrêtant et en se rapprochant d’elle. Ça y est, tu craques ? Si tu veux que j’arrête avec lui, il faudra que tu prennes sa place. »
    Elle ne répondit pas, et évita son regard.
    « Ah, je vois, dit-il, c’est ça que tu veux, hein, prendre sa place ? Si ça se trouve, t’aimes ça être chatouillée, et depuis tout à l’heure tu regardes ton copain subir en te disant que tu rêverais d’être à sa place…
    _ Va te faire foutre, espèce de sale pervers !
    _ Ha ha ha, toujours aussi forte tête, ma petite Sally, hein ? Je vois, peut-être que les chatouilles pour toi, c’est pas suffisant. Peut-être qu’il faut envisager un traitement plus… radical. »
    Il s’éloigna d’elle en parlant pour se rapprocher du gros brasero au centre de la pièce, et quand il se retourna de nouveau vers elle, la vision d’effroi du tisonnier qu’il tenait à la main lui coupa le souffle.
    « Non, Thad, murmura-t-elle, livide. T’as pas besoin d’en arriver là…
    _ Et pourquoi pas ? » répondit-il, un sourire sadique aux lèvres.
    Il se rapprocha très près, et elle poussa un cri quand, d’un coup, il lui ouvrit son chemisier, en arrachant les boutons.
    « Tu as peur maintenant, hein ? dit-il en faisant promener la pointe chauffée à blanc de son instrument devant les yeux de la jeune fille et en la descendant lentement vers son ventre exposé. Tu sais que ça va faire mal, hein ? Horriblement mal, même. Mais tu peux éviter ça. Il te suffit de me dire ce que je veux. Tu vas me dire, officiellement, qui est Blaze.
    _ C’est moi. »
    Surpris, il se retourna et se dirigea vers la prof de sport.
    « Pardon Mademoiselle, mais il me semble vous avoir entendu dire quelque chose ?
    _ Oui, répondit Helen. C’est moi, Blaze. »
    Le jeune homme éclata de rire.
    « Voyez-vous ça ! Et on découvre que tout le long, c’était la prof ! Bonne blague ! OK, alors si c’est vous, comment vous expliquez que Cass se soit retrouvée à se battre contre mes hommes ?
    _ J’utilisais Danielle comme diversion, sans qu’elle s’en rende compte. Elle s’est retrouvée impliquée contre son gré dans cette histoire, la moindre des choses, c’est de rétablir la vérité. S’il y a quelqu’un à qui tu dois en vouloir, c’est moi, pas elle.
    _ Bizarrement j’ai encore du mal à vous croire.
    _ C’est de Danielle qu’on parle, Thad, tu la crois vraiment capable d’un truc pareil ? »

    Le jeune homme s’arrêta un instant, réfléchit intensément. Puis :
    « OK, alors si vous êtes vraiment Blaze, dans ce cas… »
    Il désigna Billy à ses hommes.
    « Sortez-le de là. Et mettez Sally à sa place.
    _ Quoi ? protesta Helen.
    _ Eh oui, Blaze, je vous avais dit que je me vengerais. Et je vais commencer en torturant vos élèves préférés devant vous. Oh, messieurs, une petite chose : avant d’attacher Sally sur le chevalet, déshabillez-la. Entièrement.
    _ Tu n’es qu’une sale petite ordure, Thad ! explosa Helen en tentant en vain de lui mettre un coup de pied.
    _ Je sais, » répondit-il d’un air suffisant.

    Les hommes détachèrent Billy et le jetèrent sans ménagement dans un coin. Il avait le visage écarlate et ses cheveux étaient trempés de sueur, il était tellement épuisé par son supplice qu’ils ne prirent même pas la peine de le tenir, ou de l’attacher. Puis ils détachèrent Sally. Elle se débattit comme une diablesse, y mettant toutes ses forces, alors qu’ils tentaient de l’entraîner vers la table de torture. Pas question qu’elle subisse ça, non, pas question !

    Ping ! Ping !

    Surpris par ce bruit, les hommes regardèrent au sol pour y voir le petit cylindre métallique qui était tombé, de la taille d’une canette de soda. Ils ne comprirent pas tout de suite ce que c’était ni d’où ça venait, et, étonnés, ils relâchèrent leur prise sur la jeune fille qui, immédiatement, se libéra et s’accroupit, les yeux fermés et les mains plaquées sur ses oreilles. Elle avait senti qu’elle pourrait en avoir besoin, quand elle l’avait piquée dans l’arsenal de Blaze. Et ce soir, elle avait pressenti le coup foireux. Elle avait même prévu un plan en cas de fouille : une jupe assez longue pour cacher l’arme, tout en étant assez large pour qu’elle puisse facilement passer la main dessous, un morceau de gros scotch autour de la cuisse, et le tour était joué, personne n’avait pensé à la fouiller par là. Dommage pour eux.

    L’explosion de la grenade incapacitante fut tellement bruyante que même avec les oreilles couvertes, Sally ressentit un bourdonnement, comme si elle s’était approchée trop près des enceintes à un concert de Disturbed. Elle vit même tout rouge pendant un très court instant, alors que le flash aveuglant tentait de traverser ses paupières, mais quand elle se releva et ouvrit les yeux, elle constata avec une immense satisfaction que Thad et ses hommes se dandinaient en gémissant de douleur, les mains sur leurs yeux ou leurs oreilles. Fallait se dépêcher, ils n’allaient pas rester aveugles et sourds pendant très longtemps.

    « Billy ! Billy ! s’écria-t-elle en secouant son ami. Allez, ressaisis-toi, j’ai besoin de toi, là !
    _ Hein ? demanda-t-il en reprenant ses esprits. Mais il s’est passé quoi, là ?
    _ Un petit souvenir de la Blazecave, répondit-elle en souriant. Lève-toi vite, on a pas beaucoup de temps ! »
    Il se releva, et ensemble, ils allèrent s’acharner sur les chaînes de leur prof pour tenter de la libérer. C’était des menottes sans clés, qui fermaient par un mécanisme à vis. Mais ça prenait un temps pas possible à défaire !
    « Vite ! Vite ! ordonna Helen. Ils commencent à revenir à eux ! »
    Leurs ennemis avaient en effet arrêté de gémir et commençaient à cligner des yeux et à se tenir droit, recouvrant toutes leurs facultés. Le plus gros du groupe fut le premier à se rétablir, et il se jeta sur eux d’un air des plus agacés, il empoigna Sally brutalement… au moment précis où les liens de la prof cédèrent. Libérée, elle écarta immédiatement son élève d’un revers de la main et saisit la grosse brute par le col de sa veste et par l’entrejambe, lui écrasant copieusement les noix au passage. Puis en poussant un hurlement bestial, elle le souleva comme une catcheuse et le projeta contre le gros brasero, qui bascula sous le choc et tomba, projetant toutes ses braises ardentes sur le plancher et sur le chevalet. Les deux jeunes en perdirent leur souffle : ils n’avaient jamais vu Mademoiselle Kaczinski en action avant, et c’était réellement impressionnant.

    La grosse brute assommée par sa chute, il restait deux hommes de main, plus Thad, et ils leur barraient la route vers la sortie. Ils passèrent quelques secondes à s’observer, tous les six, à la manière de duellistes de westerns, se demandant qui allait faire le premier mouvement, mais les braises renversées sur du plancher et du mobilier en très vieux bois commencèrent vite à faire leur office : une fumée épaisse commença à monter, et bientôt, des flammes apparurent.
    « Et merde, siffla Thad en constatant avec effroi ce départ d’incendie. Occupez-vous d’eux ! »
    Et après avoir donné cet ordre, il quitta précipitamment la pièce. Quel courage ! Helen ne perdit pas de temps : elle se jeta sur l’homme le plus proche à la manière d’un chien enragé. Billy tenta de l’imiter, pris d’une soudaine montée de testostérone comme quand Blaze l’avait… encouragé sur le toit de l’immeuble quelques jours plus tôt. Sauf que le courage ne suffisait pas à faire un bon bagarreur, et l’homme bloqua sans aucun mal son coup de poing maladroit avant de lui coller un gros pain qui lui fit voir trente-six chandelles. Sally se jeta à son tour dans la mêlée et sauta sur le dos de l’homme pour se cramponner à son cou, dans une tentative pour l’étrangler. Il se débattit, la fit voler à droite et à gauche, mais elle tenait bon malgré tout, et pensa même qu’elle allait l’avoir, jusqu’à ce qu’il se jette en arrière contre un mur pour l’écraser. Elle poussa un cri de douleur, ses poumons se vidèrent d’un coup, et elle lâcha prise. Reprenant l’avantage, l’homme la saisit à la gorge d’une main, et elle regarda avec des yeux écarquillés son autre main se fermer en un poing manifestement destiné à son nez. Ça allait faire très mal.

    Mais au lieu de la frapper, l’homme la lâcha en hurlant quand Billy lui planta la pointe brûlante du tisonnier dans les fesses. Paralysé par la douleur, l’homme ne put éviter le coup que Billy lui porta à la tête ensuite, avec son instrument.
    « Tu vas bien ? demanda-t-il à son amie en lui tendant la main.
    _ Oui, ça va, » dit-elle en prenant sa main pour se relever. Il souriait bêtement, euphorique d’avoir réussi à mettre son agresseur au tapis. Et elle… elle se sentit d’un coup toute chose en le regardant et en lui prenant la main…

    De son côté, Helen avait plaqué son adversaire au sol et était assise à califourchon sur lui à lui bourrer le visage de coups de poing quand la fumée commença à se faire beaucoup trop épaisse, et elle se mit à tousser et à pleurer, ce qui lui fit perdre sa concentration. Son adversaire parvint à la repousser et à se relever, mais au lieu de profiter de sa faiblesse pour riposter… il se précipita pour ranimer ses deux camarades au tapis, et les trois hommes s’enfuirent de la pièce sans demander leur reste.

    « On les a eus, Mademoiselle ! s’exclama Sally avec excitation, avant de se mettre à cracher ses poumons elle aussi.
    _ C’est pas nous qu’ils fuient, les jeunes ! répondit la prof. Et on devrait pas traîner non plus ! »
    La chaleur commençait en effet à devenir insupportable. Ils transpiraient tous à grosses gouttes, pleuraient et toussaient, leurs yeux et leurs gorges envahis d’un brouillard toxique qui assombrissait toute la pièce. Enfin, assombrissait, sauf pour les flammes, immenses, qui s’étaient propagées jusqu’aux poutres du plafond, qui menaçaient de céder à tout moment. Le feu commençait à se propager à l’étage supérieur, et la salle de torture était déjà presque entièrement envahie. Ils devaient s’échapper de cette fournaise au plus vite !

    Une lumière intense apparut soudain devant Blaze et l’aveugla presque alors qu’elle remontait le tunnel du métro à vive allure. Un train ! Vive comme l’éclair, elle s’écarta du rail et ressentit une attraction presque irrésistible alors que le train la croisait, tentant de l’aspirer. Elle s’agrippa à son guidon avec l’énergie du désespoir, oubliant la douleur et la peur, concentrant tous ses sens sur son objectif. Ne pas flancher, ne pas flancher. Une erreur et c’est la mort. Elle atteignait les quatre-vingt-quinze kilomètres à l’heure, ça commençait à devenir dangereux. Elle ne devait pas trembler. Les lumières du train clignotaient devant ses yeux à mesure que les fenêtres défilaient, tentant de lui faire perdre sa concentration. Allez, on y est presque ! Elle sentit tout à coup une brusque sensation de légèreté au niveau de son crâne, comme si elle s’était libérée de quelque chose, et quand elle dépassa enfin entièrement le train, un retour d’aspiration fit voler ses cheveux devant son visage, au moment précis où le tunnel débouchait sur une station, et dans la lumière, elle vit avec effroi que ses cheveux étaient blonds. Ses vrais cheveux. Elle avait perdu sa perruque ! C’est pas grave, se dit-elle, te déconcentre pas, des perruques t’en as de rechange après tout. Il allait juste falloir faire sans ce soir.

    Elle dépassa la station pour continuer dans le tunnel obscur, et passa deux autres stations avant d’apercevoir un panneau indiquant que Leach était la prochaine. Elle redoubla alors de concentration, scrutant les murs du tunnel à la recherche d’un accès de maintenance. Elle ne pourrait pas remonter sur le quai avec sa moto, sa seule chance de sortir était de trouver un accès… là ! Une ouverture devant, comme une toute petite tache noire sur le mur. Elle ralentit, tourna, et s’engouffra dans l’ouverture étroite. Son phare éclaira un tunnel circulaire, aux parois bardées de câbles et de tuyaux. Un tunnel de maintenance pour l’électricité, qui avait l’air assez large pour un petit véhicule d’entretien. Enfin, c’est ce qu’elle espérait, parce que ça voudrait dire qu’il y avait une rampe quelque part menant à l’extérieur. Autrement, elle était bonne pour s’écraser contre un mur.

    Une intersection droit devant ! Une voie continuant tout droit, l’autre partant vers le haut. C’était sa sortie ! Elle s’engagea sur la voie montante et accéléra au maximum, faisant hurler son moteur comme un fauve blessé pour ne surtout pas perdre de vitesse dans la montée. Elle vit le ciel nocturne, loin devant elle, barré par un portail métallique. Plus qu’à espérer que ce portail n’était pas très solide, sinon… elle atteignit les cent kilomètres à l’heure, et percuta le portail de plein fouet, le faisant sortir de ses gonds et la propulsant dans la rue. Prenant une grande inspiration, elle freina, tenta de retrouver une conduite normale, et se mit tout de suite en direction de la villa.

    Son cœur battait à deux cent à l’heure. Elle était très proche maintenant, elle pouvait déjà voir la lueur rougeâtre de… d’un incendie ? Oh merde, qu’est-ce qu’il s’était passé ! Paniquée, elle sauta de sa moto sans prendre la peine de la garer une fois arrivée au niveau du mur à l’arrière de la propriété, accourut, et grimpa en haut du mur avec l’agilité d’un chimpanzé. Le rez-de-chaussée de la villa était entièrement en flammes, et le brasier commençait à gagner les étages. Un véritable enfer. Et si ses amis étaient piégés dedans ? Un seul moyen de le savoir : sautant de son perchoir, elle plongea par une fenêtre du rez-de-chaussée.

    Billy sentit ses jambes vaciller, puis il s’écroula. Sa gorge s’était tellement contractée qu’il ne pouvait plus respirer, et son torse était parcouru de spasmes tous plus douloureux les uns que les autres. Ils étaient remontés de la salle de torture pour se rendre compte que le rez-de-chaussée était déjà devenu la proie des flammes. Ils avaient essayé, frénétiquement, de retrouver la sortie, mais le feu progressait plus vite qu’eux, et bientôt, Billy perdit les autres et se retrouva seul, et son univers se retrouva réduit à des flammes, partout, et de la fumée, beaucoup de fumée. Il n’y voyait plus rien. Il ne trouverait jamais la sortie, il en était sûr. C’était trop tard, il allait crever ici.

    Il sentit deux bras le saisir sous les aisselles, et le soulever comme une poupée de chiffon. Puis il se sentit entraîné, jusqu’à ce que tout à coup, la sensation de l’air frais et de la pluie le ramènent sur Terre et il prit une grande inspiration, et ouvrit les yeux pour faire face à Mademoiselle Kaczinski. Elle avait réussi à le traîner dehors. Mais il ne vit pas son amie.
    « Sally ! cria-t-il en se levant, paniqué. Où est-ce qu’elle est ? Elle est encore à l’intérieur ? »
    Il se précipita vers la porte d’entrée grande ouverte, prêt à retourner dans le brasier qui se faisait de plus en plus intense, mais sa prof le retint de justesse.
    « Non, Billy, n’y va pas tu vas te tuer !
    _ Mais je dois aller chercher Sally !
    _ Laisse, je m’en occupe, reste là ! »
    Elle parvint à calmer son élève et se prépara à son tour à retourner à l’intérieur quand elle se figea sur place, prise d’une vision surréaliste : Une forme noire, imposante, se tenait à l’intérieur, au milieu des flammes, et se dirigeait vers elle. Tenant Sally dans ses bras, Blaze se déplaçait d’un pas majestueux, comme si les flammes ne l’affectaient pas. Elle ne portait pas de perruque, et c’était bien la tête de Cass qu’elle voyait, avec le costume et le masque de Blaze, comme si ses deux identités s’étaient mélangées. Mais l’intensité de son regard, la flamme sauvage dans ses yeux bleus alors qu’elle traversait les flammes de l’enfer, ne laissaient aucun doute sur l’identité qu’elle arborait en ce moment.

    Elle sortit de la maison et déposa la jeune fille devant ses amis.
    « Elle va bien ? demanda Billy, inquiet.
    _ Oui, t’inquiète. Juste un peu secouée. »
    En fait, Sally commençait déjà à reprendre conscience.
    « Bon, alors on se casse ? demanda-t-il.
    _ Non. »
    Elle lui répondit avec une telle dureté qu’il tressaillit. Il leva les yeux et la vit se tenant droite, faisant face à la cour de devant qui s’étendait devant eux. Au milieu de la cour, parmi les statuts, Thad et son père se tenaient là, sous un parapluie, bien protégés derrière leur dizaine d’hommes de main. Le regard de la justicière n’était pas le même que d’habitude, remarquèrent-ils. C’était un regard différent. Rempli de haine, mais en même temps très froid. Un regard terrifiant.
    « On devrait vraiment se tirer, Cass.
    _ Pas cette fois, répondit-elle, et ils virent ses lèvres trembler d’une colère mal contenue. Ils ont failli vous faire cramer là-dedans. Ils sont allés trop loin, cette fois, beaucoup trop loin. Alors on part pas, pas avant que ça ait giclé sévère. »
    Et sur ces mots, elle dégaina son arme. Ils n’avaient pas remarqué jusque-là qu’elle le portait à la ceinture, ce n’était que maintenant qu’ils s’en rendirent compte, en voyant la lame longue et courbée refléter les flammes. Un katana. « Faut que ça finisse, dit-elle. Ce soir. »
    Ce regard… cette arme… ils comprirent. Thad l’avait poussée à bout. Elle allait le tuer. Mademoiselle Kaczinski posa une main sur son épaule, tentant de la calmer, mais elle la repoussa froidement.
    « Occupez-vous de Sally, ordonna-t-elle. Vous n’avez pas à vous mêler de ça, j’en fais mon affaire. »

    Lentement, elle se dirigea vers le centre de la cour, et se planta là, à quelques mètres à peine de ses adversaires. La pluie incessante collait ses cheveux contre ses joues et coulait le long de la lame de son sabre. Et elle les regarda sans cligner des yeux. Les hommes se tournèrent vers leur chef, Mirko, qui lui-même se tourna vers Monsieur Lambert, attendant son ordre.
    « Tuez-la, » dit le vieil homme calmement.
    Ils se jetèrent sur elle, brandissant couteaux et matraques. Dix contre une. La dernière fois, elle s’en était sortie de justesse. Mais cette fois, elle était plus déterminée que jamais. Avec la grâce d’un félin, elle esquiva la première attaque, brandit son sabre, et le rabattit sur la cuisse de l’attaquant. Une gerbe de sang jaillit et se mêla à la pluie alors que l’homme s’écroulait. Dans les films, les katanas étaient toujours présentés comme des armes magiques capables de découper les membres d’un seul coup. La réalité n’était pas comme ça. Un coup de katana n’amputait pas un membre aussi facilement. Par contre, ça provoquait des entailles extrêmement douloureuses. Le deuxième homme l’attaqua par derrière, mais elle put se retourner à temps pour se retrouver derrière lui, et lui lacéra le dos. Puis ce furent deux hommes qui l’attaquèrent en même temps. Levant son arme devant elle, elle parvint à bloquer leurs deux attaques. Un coup de pied dans les dents de l’un, un coup de coude à l’autre, et elle parvint à se dégager avant de brandir son arme et de frapper, de lacérer, encore, et encore. Elle ne s’y connaissait pas plus que ça dans le maniement du sabre. Tentant d’imiter les films qu’elle avait vus, elle maniait son arme plus comme une batte de baseball, mais ses adversaires n’étaient pas des experts non plus, et leurs armes étaient plus petites, ce qui lui donnait un avantage considérable. En un rien de temps, ils furent tous à terre, gémissant en agrippant leurs membres meurtris, et elle n’avait pas été touchée une seule fois.

    « Impressionnant, déclara Monsieur Lambert. Je vous que votre réputation est amplement méritée. Cependant j’ai bien peur que ça s’arrête là pour vous. Monsieur Slévine ? »
    Mirko s’avança alors, et ouvrit sa veste en cuir pour en sortir une longue machette affûtée comme un rasoir.
    « Voyez-vous, reprit le père de Thad, Monsieur Slévine ici présent est passé maître dans tout ce qui est armes blanches. Le combat promet d’être intéressant, n’est-ce ? »
    L’homme s’avança lentement. Blaze se mit en garde. Elle avait peur. La première fois qu’elle l’avait affronté, c’était à mains nues, et elle s’en était tirée de justesse en profitant de l’obscurité pour lui porter un coup bas. Là elle pourrait pas en faire autant, et elle connaissait sa réputation au combat armé. Il n’avait pas acquis le surnom de Mirko la Machette pour rien. Et elle… elle se dit qu’elle aurait vraiment dû prendre des cours d’escrime japonaise.

    Elle agrippa le manche de son sabre de toutes ses forces. Elle pouvait gagner. Elle était arrivée aussi loin, elle ne pouvait pas perdre maintenant ! Alors elle rassembla tout son courage, et frappa. Mirko dévia sa lame sans effort et le choc la fit reculer si violemment qu’elle faillit perdre l’équilibre. Quelle force ! Mais ça ne voulait rien dire, elle persévéra et frappa de nouveau. Et de nouveau, il para le coup, et lui répondit par un coup de poing en plein visage. Il aurait pu la frapper avec sa machette. Il aurait pu la tuer aussi sec. Elle comprit qu’il jouait avec elle. Prise d’une soudaine rage, elle se redressa et se jeta sur lui, multipliant les attaques. Leurs lames se croisèrent et s’entrechoquèrent avec une telle violence que des éclats de métal commencèrent à voler à chaque passe. Mais elle ne parvenait toujours pas à l’atteindre, et d’un coup de tête il finit par l’envoyer de nouveau au tapis. Elle se retrouva à quatre pattes dans la boue, et sentit un liquide chaud sur ses lèvres, avant de reconnaître le goût métallique du sang. Il lui avait cassé le nez. Et il riait, en plus ! Il se moquait d’elle. Elle ne le supportait pas. Elle n’avait qu’une seule envie, lui exploser sa sale tronche. Alors elle se releva, encore, et brandit sa lame. Mirko brandit son arme à son tour, prêt à parer. Elle sourit. C’était exactement ce qu’elle attendait. Elle lui asséna alors un violent coup de pied dans son ventre sans défense. Il toussa de surprise, baissa sa garde. Une ouverture ! Immédiatement elle saisit l’opportunité et rabattit sa lame, mais freina à mi-parcours, prise d’une soudaine hésitation en se rendant compte qu’elle était à deux doigts d’atteindre un organe vital. Il vit son hésitation, et il en profita. Il repoussa sa lame, et d’un coup de machette vicieux, il lui entailla l’épaule.

    Elle hurla, lâcha son sabre et se retrouva à genoux, serrant son épaule meurtrie de son autre main.
    « Ben alors ? la nargua Mirko. On a un coup de mou ? Qu’est-ce que tu attends ? Reprends ton arme, et attaque ! Regarde, je vais même te faciliter la tâche ! »
    Et sur ces mots, il jeta sa machette au loin. Elle n’en crut pas ses yeux. Il lui offrait carrément la victoire ! Elle se leva, récupéra son arme, rugit pour se redonner de l’énergie, et attaqua de nouveau, visant sa jambe. Mais comme s’il avait lu dans son esprit, il s’écarta au dernier moment et lui envoya un coup de pied dans le dos. La douleur de sa chute dans le métro fut réveillée par ce coup et elle lâcha de nouveau son sabre pour tomber, paralysée par une atroce agonie.

    « C’était trop facile, déclara-t-il en récupérant le katana en se dressant victorieux devant elle. Tu vois, Blaze, j’ai compris quand je t’ai vu combattre mes hommes : tu faisais tout pour ne pas toucher d’organes vitaux. Tu ne voulais surtout pas les tuer. Je savais que contre moi, tu allais viser les membres, tu étais trop prévisible dans tes attaques. Et quand tu as eu l’occasion de me porter un coup fatal, tu as hésité. A ce moment-là, tu avais déjà perdu le combat, même si tu ne t’en es pas rendue compte. Tu n’es pas une tueuse, Blaze, t’as pas ça dans le sang. Et dans ce genre de combat, si t’es pas prête à aller jusqu’au bout, tu seras toujours perdante. Maintenant… »
    Elle était à quatre pattes, et impuissante, elle sentit le froid de la lame du katana contre sa nuque. Il allait l’achever. Il leva ensuite le sabre, bien haut. Elle n’avait qu’une dernière chance. Elle mit très vite les doigts à l’intérieur de sa botte pour en ressortir un couteau à cran d’arrêt et le lui planter dans la cuisse. Il hurla, lâcha le sabre, et posa le genou à terre. C’était pile ce qu’il lui fallait. Se relevant avec toute l’énergie qui lui restait, elle courut vers la statue d’ange qui se dressait près d’eux, sauta dessus pour rebondir et plongea sur son adversaire comme un faucon sur une souris. Son poing s’écrasa sur son visage avec une force décuplée par la chute, et Mirko s’étala de tout son long dans la boue, K-O. Sauvée par un coup bas… tout le résumé de sa carrière.

    Elle ne s’accorda qu’une seconde pour reprendre son souffle, avant de récupérer son arme et de se diriger vers Thad d’un pas menaçant pour lui plaquer sa lame contre la gorge.
    « Je vais te tuer ! » siffla-t-elle.
    Il ne bougea même pas. Il se contenta de ricaner en la toisant.
    « Jeune fille, nous savons vous et moi que vous en êtes incapable, répondit son père.
    _ Peu importe, répondit-elle, la police sera là d’une minute à l’autre, de toutes façons.
    _ Oui, et que vont-ils constater ? Que vous avez brûlé ma maison et agressé mes hommes à l’arme blanche, car c’est la version que je leur donnerai.
    _ On va témoigner contre vous ! répondit Billy qui, avec Sally et Helen, venaient de rejoindre la justicière et se tenaient à ses côtés.
    _ Jeune homme, vous ne manquez pas de verve, mais j’ai les meilleurs avocats de l’Etat à ma disposition, les témoignages de deux lycéens et de leur prof qui protègent une délinquante recherchée ne tiendront pas la route devant un tribunal. Vous n’avez aucune preuve concrète, après tout, je pourrai facilement réfuter toutes vos déclarations et faire classer l’affaire.
    _ Et puis d’ailleurs, dit Thad, s’il y a un procès, on sera bien obligés, dans nos témoignages, de révéler qui est la justicière… n’est-ce pas, Cass ?
    _ Je ne vois pas de quoi tu parles, répondit la justicière.
    _ Ah non ? Dis-moi, tu n’aurais pas perdu ta perruque en route ? »
    Elle ne répondit pas. Il avait marqué un point. Et un gros.
    « Reconnais-le, Cass : ta seule manière de gagner… c’est de me tuer. Et je sais que tu ne le feras pas. »

    Confuse, elle ne sut que faire. Tout se bousculait dans sa tête. S’il parlait… toute la ville allait le savoir. Tout le monde, absolument tout le monde, ça allait être la fin de Blaze. Elle sentit les muscles de son bras se tendre, la lame de son sabre appuyer un peu plus fort contre la nuque du jeune homme. Elle se souvint de ce que Mirko avait dit : dans le combat qu’elle avait choisi, si elle n’était pas prête à aller jusqu’au bout… elle serait toujours perdante. Peut-être qu’il avait raison.

    La main de Mademoiselle Kaczinski se posa délicatement sur son bras, et l’encouragea lentement à pointer son arme loin de Thad.
    « Non, Blaze, dit-elle. Ne fais pas ça. Ce n’est pas toi.
    _ Mais… c’est le seul moyen, n’est-ce pas ?
    _ On trouvera une autre solution. Tout ira bien. J’entends les sirènes de la police, ils sont presque là. Où est ta moto ?
    _ Derrière la maison.
    _ Alors dépêche-toi, s’ils t’arrêtent, tout est fini.
    _ Mais…
    _ Sauve-toi. Je m’occupe du reste. »
    Elle obéit à contrecœur, rangea son arme, et disparut dans la nuit. Helen regarda Thad droit dans les yeux, et le jeune homme souriait encore avec insolence. Tous s’observèrent sans faire le moindre mouvement, jusqu’à ce qu’enfin, les policiers investissent la cour.


  • Coco Avatar
    Coco - il y a 11 ans

    T'es un grand malade toi !

    On se croirait dans un film d'action ^^ C'est top !

    Mais la fin ... aahhh :comprendrien:


  • Chinow Avatar
    Chinow - il y a 11 ans
    C'est juste fabuleux. J'adore. mais là, le suspense est presque pire que quand tu as coupé ton chapitre en deux parties ! Je crève vraiment d'envie d'avoir la suite, là. J'aime tes personnages, je les aime tous ! Et Billy est vraiment cool, comme gars, je confirme u.u Mais Helen aussi m'a surprise. Vraiment.

  • Sweety Avatar
    Sweety - il y a 11 ans

    Que dire d'autre à part : P***** que c'est bon !!!

    (Ça valait le coup d'attendre le lendemain, hein Black ?! :p)


  • Hasana Avatar
    Hasana - il y a 11 ans

    Tu écris toujours aussi bien, mais c'est vrai que le suspense est horrible.

    Je ressens aussi de la tristesse, pas seulement de la colère ou de la rage contre Thad, mais de la tristesse parce que même si Blaze les a sauvé, elle ne sera jamais reconnue comme un héro, elle devra toujours se cacher et rester dans l'ombre, ne serait-ce que pour protéger sa mère.

    Le revers de la médaille...

    J'espère qu'elle va réussir à se protéger mais j'ai peur que tout soit déjà joué et que seules les actions de certains personnages arrivent à sauver ce qui peut encore l'être.

    Mais même si l'ambiance est toujours là, je trouve que ça tourne un peu trop en faveur des méchants, juste parce que Blaze à une morale et pas les autres...
    Vivement la suite :)


  • maL Avatar
    maL - il y a 11 ans

    Eh bien cet épisode m'a bien plu, même plus que le précédent, pour les raisons déjà bien (oui, je suis payée au "bien" ! et alors ? :xp:) explicitées par mes petites camarades. :lunettesnoires2:

    Je vais faire ma "chieuse" mais y a juste un truc qui me... me... enfin me... :comprendrien: bon, ça ne me gène pas non plus tant que ça, mais c'est peut-être un petit peu dommage. Le coup du méchant (M. Slévine) bavard avant de tuer la gentille héroïne et... oh ben ça alors, elle s'en sort, du coup ! C'est un poncif que l'on retrouve dans de nombreux (tous ?) films d'action et, bon, à force je me lasse de le retrouver. ;)

    En revanche, la fin... j'ai apprécié que tu n'aies pas cédé à la facilité de soit :
    _ faire de Blaze une meurtrière, juste comme ça, parce que Thad mérite bien qu'elle déroge à ses principes tellement c'est un sale type ;
    _ qu'elle l'épargne après un sermon aussi moralisateur que manichéen et sommes toute, tout à fait cucu.
    Au contraire, le fait qu'elle n'arrive pas à faire le choix, étant tiraillée par deux désirs aussi forts qu'antinomiques. Au final, ce n'est pas elle qui choisit, mais sa prof, ce qui accentue le côté humain (élève) de la super héroïne, qu'elle n'est pas tout à fait, du reste, puisqu'il lui manque un élément de son costume.

    Quant au fait que les méchants "gagnent" est bien normal, compte tenu de leur position. C'est souvent comme ça que ça se passe dans la vraie vie, ce qui assoit le réalisme de ta fin.

    Vivement la suite :roll:


  • Hasana Avatar
    Hasana - il y a 11 ans
    La suite la suite la suite la suite la suite la suite la suite !!!!!!!!!

  • Black Stingray Avatar
    Black Stingray - il y a 11 ans

    La suite la suite la suite la suite !!!! :p

    Chapitre 15 : La fuite

    Cass leva la tête aussi vivement qu’un cerf ayant entendu un coup de feu quand elle entendit la porte s’ouvrir, et que Billy entra dans l’appartement.
    « Alors ? demanda-t-elle, inquiète.
    _ C’est bon, mon père a réussi à se débrouiller pour qu’un agent suive discrètement ta mère au travail. Et il est passé devant ton immeuble dans les Projects, voir si tout va bien, et il m’a dit qu’il y a deux grands Noirs devant l’entrée qui ont l’air de monter la garde…
    _ Oui c’est moi qui les ai appelés. Des dealers jamaïcains, ils… ils me devaient une petite faveur.
    _ Tu pactises avec l’ennemi, maintenant ?
    _ Je dirais plutôt que c’est un échange de bons procédés. Tu sais, une chose que j’ai apprise quand j’ai commencé, c’est que quand tu t’attaques à un gang, ça en avantage forcément un autre. Le tout c’est de privilégier le moindre mal, et si le gang en question peut te renvoyer l’ascenseur un jour, c’est pas plus mal.
    _ Tu sais que c’est vachement compliqué ton boulot ! Moi qui croyais qu’il suffisait de tabasser les méchants…
    _ T’as même pas idée…
    _ Et, sinon Sal, mon père va essayer d’avoir un agent pour tes parents aussi.
    _ Merci, répondit la jeune fille. J’avoue que ça m’inquiétait.
    _ Je pense pas qu’il y ait lieu de s’inquiéter, répondit Helen. Ils oseront pas s’attaquer à vos parents, ça attirerait trop l’attention. Par contre, les prochains jours vont être très, très durs pour vous, vous en êtes conscients ? »

    Alors ça, ils l’étaient. Deux jours s’étaient écoulés depuis l’incendie. Deux jours d’enfer pur. Thad et son père s’étaient bien sûr empressés de porter plainte contre Blaze pour attaque à main armée et incendie volontaire… et n’avaient pas manqué de révéler son identité secrète dans leur déposition. Le père de Billy avait tout fait pour retarder le moment où Cass serait appelée à faire sa déposition à son tour, et elle s’était réfugiée dans l’appartement de Mademoiselle Kaczinski, à ne pas mettre le nez dehors pendant deux jours. Car bien qu’il n’y ait encore aucune preuve qu’elle soit bien Blaze, les journaux n’avaient pas manqué de s’emparer de la rumeur et de la répandre, et pour certains ennemis de la justicière, il ne faudrait pas beaucoup plus qu’une rumeur…

    Quant à Sally et Billy, ils avaient dû témoigner à leur tour, jurant devant les policiers qu’ils ne connaissaient pas l’identité de Blaze, et révélant l’existence du Klub, dont Thad et son père étaient les dirigeants. Ils avaient tout raconté, l’historique du Klub, les cas de bizutage, le scandale Harrington, et bien sûr, le supplice des chatouilles et ce mystérieux bourreau qui semblait avoir disparu de la circulation. L’agent qui avait pris leur déposition les avait regardés avec des yeux ronds tout le long. Toute cette histoire paraissait bien trop grosse, et comme par hasard, ce bourreau mystère était introuvable. Bien entendu, les accusés avaient démenti tout cela, et appelé leur armée d’avocats à la rescousse, mais pendant un moment les deux jeunes avaient un espoir, l’espoir qu’une fois la procédure lancée, Miranda, Deborah, et les autres filles victimes du Klub allaient se manifester et qu’ensemble, ils allaient gagner. Peine perdue. Personne n’avait voulu témoigner. Tout le monde avait peur des Lambert. En dernier recours, ils avaient demandé à Blackie, même si avec sa gueule de grosse poche il allait difficilement être pris au sérieux par un jury, mais ce dernier les avait tout simplement envoyés paître. « J’ai dit que j’allais vous filer des infos, qu’il leur avait dit, mais ça s’arrête là. En ce qui me concerne ce putain de Klub c’est de l’histoire ancienne, alors démerdez-vous ! »

    Ils étaient donc seuls, à affronter l’un des plus grands entrepreneurs de la ville et ses avocats, alors qu’ils n’étaient que deux lycéens et leur prof – qui, pour couronner le tout, se retrouvait soumise à une enquête du conseil d’administration du lycée pour s’être retrouvée sur les lieux de l’incendie – bien sûr sans preuves tangibles et sans aucun soutien. Ils essayaient malgré tout de continuer à vivre normalement, à aller au lycée le matin avec la peur au ventre, à rentrer le soir avec Helen et à passer la soirée dans son appart en compagnie de Cass. L’atmosphère y était irrespirable. D’abord parce que leur situation ne prêtait pas beaucoup à rire, et aussi parce que Cass et Helen étaient deux grosses fumeuses dans un quarante mètres carrés.

    « Thad est venu me voir à l’intercours, dit Sally en regardant ses pieds. Il… il m’a dit que quand tout ça serait fini, il s’occuperait de ma jolie petite gueule…
    _ Mais on va pas le laisser faire, répondit Billy en la prenant dans ses bras. Et puis, je suis sûr que c’est que de la gueule, il essaye de nous intimider… non ? »
    Il avait tourné le regard vers Mademoiselle Kaczinski en posant sa question, et la prof soupira profondément.
    « Honnêtement, je ne sais pas, dit-elle. Si Thad nous a prouvés une chose, c’est qu’il est devenu incontrôlable. Il est capable de tout…
    _ C’est comme un cauchemar, dit Sally. C’est tellement absurde ! Je veux dire, on sait que Thad est un connard, il l’a toujours été, mais on fréquente le même lycée, on a même des cours en commun ! Qu’il soit capable de choses pareilles d’un seul coup, ça dépasse l’entendement ! »

    Cass se leva subitement et alla se planter devant la kitchenette, à l’autre bout de la pièce. Elle resta debout à leur tourner le dos, à tirer sur sa cigarette sans dire un mot.
    « J’ai dit un truc qui fallait pas ? » demanda Sally, surprise, ce à quoi Helen répondit par un petit geste de la main l’invitant à se taire.
    « C’est à cause de moi qu’il est comme ça, dit la blonde sombrement après un moment de silence.
    _ Quoi ? Mais qu’est-ce que tu veux dire ?
    _ Tu sais pourquoi Thad a toujours eu autant de succès, même si c’est un connard ? Parce qu’il a toujours visé à un idéal de perfection. Ses notes, ses prouesses sportives, même sa coupe de cheveux, tout a toujours été parfait chez lui. Et j’ai ruiné cette perfection quand je lui ai planté un éclat de miroir dans la joue. Comment être parfait quand on est défiguré ? Il a pas pu le supporter, ça lui a démoli l’esprit, et maintenant il est obsédé à l’idée de se venger, à tel point que ça a bouffé tout ce qu’il avait d’humain. J’ai voulu faire ma justicière, j’ai voulu jouer les héros, et j’ai créé ce monstre. Si j’avais pas été là, tout ce bordel aurait pu être évité.
    _ Si tu n’avais pas été là, Thad et ses copains auraient continué à torturer des filles sans être inquiétés !
    _ Mais ils auraient été plus faciles à gérer ! Et ça n’aurait pas pris les proportions que ça a maintenant ! »

    Sur ces mots, Mademoiselle Kaczinski se leva à son tour et alla saisir son élève par les épaules pour la forcer à la regarder dans les yeux.
    « Ne te blâme pas pour la tournure qu’ont pris les événements, Danielle. Tu as fait de ton mieux, et tu as agi de la manière que tu croyais être juste. Le père de Thad s’est aménagé une salle de torture dans sa villa, juste pour le plaisir. La souffrance des autres le fascine. Sans parler de ses discours sur le pouvoir des élites et la domination des inférieurs, c’est limite nazi. Tu comprends dans quelle ambiance Thad a grandi ? Le défigurer a détruit cette illusion de toute-puissance qu’il avait, et qui est un des premiers signes des psychopathes. Il avait ça en lui depuis le début. Tout ce que tu as fait, c’est faire tomber le masque, et révéler son vrai visage. Et maintenant qu’on sait à qui on a affaire, on a une chance de gagner. Mais quoi qu’il arrive, même si on a failli mourir dans cet incendie, je refuse que tu en assumes la responsabilité. Blaze a toujours fait ce qu’il fallait.
    _ Blaze est morte, de toutes façons.
    _ Non, ne t’inquiète pas pour ça. Même s’ils ont révélé ton identité, ils n’en ont pas apporté la preuve incontestable, on trouvera bien un moyen de leur faire croire qu’ils se trompent.
    _ C’est pas de ça que je parle ! se mit-elle à hurler. Vous n’avez pas encore compris ? Dans la cour, l’autre nuit, j’avais un sabre contre sa gorge… j’aurais pu le tuer !
    _ Mais tu ne l’as pas fait !
    _ Mais je le voulais ! J’étais à deux doigts de le faire, je comprends pas ce qui se passait… je ressentais cette, cette haine, et d’un seul coup tout ce que j’avais en tête, c’était à quel point ce serait facile de juste… »
    Elle se tut un moment, poussa un long soupir, puis reprit d’un ton morne : « J’ai créé Blaze pour me sentir mieux, parce que je croyais que je pourrais au moins faire une chose de bien dans ma vie. Mais pas question d’en faire une tueuse, ça a toujours été ma limite. Seulement, Thad est allé tellement loin, je le hais tellement… que je ne sais pas si je pourrai me retenir si je l’affronte à nouveau. Et ça me fait peur. »

    Elle releva la tête. Elle avait les larmes aux yeux. « Je peux pas prendre ce risque. Je peux plus être Blaze.
    _ Quoi ? s’écria Sally, blanche comme un linge. Mais tu peux pas nous faire ça !
    _ J’ai pas d’autre choix.
    _ Mais… mais t’es mon héros, Cass !
    _ Combien de fois je te l’ai dit, je ne suis pas un héros. Tu t’es plantée sur mon compte.
    _ Je refuse de croire ça.
    _ Ma décision est prise de toute façon.
    _ Alors tu vas faire quoi ?
    _ Je disparais.
    _ Ah oui, comme ça ? Tu vas laisser tout le monde derrière toi sans te retourner ? Et tes amis ?
    _ J’ai pas d’amis.
    _ Et nous, alors ?
    _ Vous n’auriez jamais dû vous mettre sur mon chemin pour commencer !
    _ Allez, on se calme, intervint Mademoiselle Kaczinski. Je pense qu’on est tous très perturbés par ce qui se passe, et qu’on devrait en reparler plus calmement quand tout ça sera fini… mais pour l’heure, et ça ne me plaît pas du tout de le reconnaître, mais Danielle, tu as raison. Tu n’es pas en sécurité à New Havenport, pas tant que l’affaire ne sera pas réglée et ton identité protégée. Le procès va commencer dans quelques jours, et ça peut durer des semaines, les Lambert ne lâcheront rien. On va te demander de témoigner, je ne sais pas quand, mais en attendant, ce serait mieux que tu t’éloignes quelques temps. Non seulement tes anciens ennemis risquent de s’attaquer à toi, mais Thad peut aussi essayer de t'empêcher de témoigner.
    _ Mais où elle pourrait aller ? demanda Sally. Chez Blackie, peut-être ? Personne sait où il habite, après tout.
    _ Non, dit Billy. Blackie ne sait peut-être pas qu’elle est Blaze… on devrait peut-être pas mettre une personne de plus au courant, si ?
    _ Dans le Sonora, répondit la blonde. Personne ne pensera à venir me chercher dans ce foutu désert. L’endroit parfait pour disparaître.
    _ Alors on vient avec toi ! déclara la jeune fille. Enfin je veux dire, Billy ?
    _ Bien sûr !
    _ J’ai pas envie de vous entraîner dans mes galères, répondit Cass. Restez ici, ça ne concerne que moi cette histoire.
    _ Tu rigoles ? On est tous concernés ! Thad peut s’en prendre à toi si tu restes ? Il va sûrement s’en prendre à tous ceux qui se sont attaqués au Klub et qui risquent de témoigner, donc à nous aussi ! On est pas plus en sécurité que toi ici, donc on vient ! Et puis d’ailleurs, tu vas y aller comment dans le désert ? Avec ta moto qui est recherchée dans tout l’Etat ?
    _ Oh putain, t’arrives toujours à avoir raison, hein Miss Parfaite ? Bon d’accord, vous pouvez venir, mais je vous préviens, ça va pas être un pique-nique !
    _ Mais, Mademoiselle ? demanda Billy. Ils peuvent s’en prendre à vous aussi, non ?
    _ Je sais, mais je dois rester pour le procès. Il faut bien que quelqu'un parle en notre nom à tous. Ne vous inquiétez pas, il ne m’arrivera rien, je sais me défendre ! Par contre William, tu parlais de ce Blackie ? C’est le fils Harrington, n’est-ce pas ?
    _ Euh, oui, pourquoi ?
    _ Ils vont sûrement se demander d’où je tenais toutes mes informations sur les Harrington, ils risquent de faire le lien avec Blackie. Ils peuvent l’atteindre et le forcer à témoigner contre vous. Je pense que vous devez l’emmener aussi.
    _ Super, soupira Cass, on est partis pour se faire une chouette colo ! »

    « Attends, Cass, tu devrais rester près de la voiture, conseilla Sally alors qu’ils descendaient de la Ford.
    _ Pourquoi ?
    _ Il n’est pas supposé te connaître, rappelle-toi. On va préparer le terrain avant, pour éviter de faire une gaffe. »
    La blonde resta donc près de la voiture garée sur le quai, tandis que ses deux amis s’engageaient sur la passerelle menant à la péniche. C’était bruyant par ici, des mecs bourrés parlaient très fort et brisaient des bouteilles en verre au loin, et un air de hard rock gras émanait du Nancy’s Tavern. Une soirée normale à Coast Way Bay. Ça lui faisait drôlement bizarre. Elle n’était jamais venue ici sans son costume, et du coup, tous les souvenirs qu’elle en avait, toutes les sensations, semblaient appartenir à une autre personne. Ils avaient quitté l’appartement d’Helen quelques heures à peine auparavant, et Sally avait déposé tout le monde chez eux pour qu’ils préparent leurs affaires, avant de revenir les chercher une heure plus tard. Cass s’était juste contentée d’empiler quelques fringues dans un sac, ainsi qu’un duvet pour les nuits. En bon mec, Billy avait fait de même. Et Sally, bien sûr, avait prévu pas moins de quatre sacs. Pourquoi avait-il fallu qu’ils voyagent avec une fille qui soit aussi… fille ?

    Une fois tous entassés dans la minuscule Ford Fiesta de Sally avec tous les bagages, ils avaient fait un arrêt rapide au Walmart pour faire le plein de provisions, avant de se rendre chez Blackie. Sally appréhendait un peu quand elle frappa à la porte du bateau. A tous les coups, il était déjà déchiré. Et puis, vu comment il les avait jetés la dernière fois, elle n’avait pas très envie de lui reparler. Il ouvrit, et elle vit qu’au moins, il avait l’air frais.
    « Mais qu’est-ce que vous foutez là ? Nan, si vous revenez me voir pour cette histoire de procès, je vous ai déjà dit que ça m’intéresse pas.
    _ Blackie, il faut que tu viennes avec nous.
    _ Hein ?
    _ Il y a du changement ! Thad, il risque d’essayer de nous retrouver, Blaze a disparu dans la nature, tant que le procès ne sera pas terminé on n’est plus en sécurité ici. Alors on va se cacher quelques jours dans le désert.
    _ Cool. Profitez bien, c’est magnifique à cette époque de l’année.
    _ Tu fais exprès, ou quoi ? C’est pas des vacances, c’est très sérieux ! Et toi aussi t’es en danger !
    _ Moi ?
    _ Avec toutes les infos qu’on a, ils vont forcément faire le lien à un moment ou à un autre ! Ils vont venir pour toi !
    _ Ma petite poule, répondit-il en posant une main sur son épaule, ce qui la fit frissonner de dégoût, tant cette condescendance mal placée l’insupportait. Franchement, je pense pas que je cours un très gros risque. Je sais me démerder, et puis, sans déconner, personne peut me trouver ici !
    _ On parle du type le plus riche de la ville, tu devrais pas prendre ça à la légère…
    _ Mais non, tout va bien… » il s’arrêta d’un seul coup, et regarda par-dessus l’épaule de la jeune fille. Il semblait captivé.
    « C’est qui la blonde là-bas ?
    _ C’est Cass, c’est… une autre victime du Klub.
    _ Elle vient avec vous ?
    _ Oui. »
    Il se caressa la barbe, pensif. Son petit sourire en coin en disait long sur ce qu’il avait en tête.
    « Vous savez quoi ? Je vais peut-être venir avec vous, finalement. Je vais prendre mon blouson, entrez si vous voulez.
    _ Quel gros dégueulasse, » la jeune fille chuchota à son ami alors qu’ils le suivirent à l’intérieur. Celui-ci acquiesça en se retenant de pouffer de rire.

    A l’intérieur, qui puait toujours autant, Mindy était affalée sur le canapé. Blackie essaya de lui parler, lui disant qu’il partait quelques jours dans le désert, et lui demandant si elle voulait venir. Elle se contenta de marmonner un « Ouais c’est cool mais fous-moi la paix » presque inintelligible sans même ouvrir les yeux.
    « Elle est bourrée ? demanda Billy.
    _ Nan, on a fait un peu de meth avant que vous arriviez. Enfin, elle en a fait, moi j’en prends plus de ces trucs-là, ça me file une chiasse d’enfer.
    _ La classe, railla Sally.
    _ Bon, du coup, on l’emmène avec nous ou pas ? demanda Billy.
    _ Bof, dans son état on va pas réussir à la relever. Et puis elle a pas l’air d’avoir envie.
    _ C’est pas dangereux de la laisser là ?
    _ Nan, telle que je la connais, elle va se réveiller et retourner chez les punks à chiens, à la gare. Ça m’étonnerait déjà qu’ils me retrouvent, alors elle, encore moins. Bon allez, on décolle ! »

    Ils sortirent et allèrent à la voiture, où l’épave commença direct son numéro :
    « Salut, belle blonde ! Moi c’est Blackie. »
    L’intéressée hésita longuement à le rembarrer tout de suite, mais elle se ravisa. Il ne savait pas qu’elle était Blaze, sinon il n’aurait pas agi comme ça. Un mec comme lui ne devait sûrement pas se tenir très au courant de l’actualité. Mais si elle agissait exactement comme Blaze, il pourrait avoir des doutes. Il faudrait la jouer fine. Alors elle se força à sourire et à lui répondre d’une voix enjouée :
    « Cass. Ravie de te connaître.
    _ Tout le plaisir est pour moi, » répondit-il d'une voix suave de don juan discount.
    Dieu qu’il était énervant quand il voulait !
    En se tournant vers la voiture, ils se rendirent compte cependant qu’ils n’allaient jamais couler à quatre là-dedans avec tous les bagages. Blackie sourit et leur dit de ne surtout pas s’inquiéter, il avait un plan.

    Ils n’étaient pas très rassurés en le voyant remonter sur le pont de la péniche. Qu’est-ce qu’il pouvait avoir comme idée ? Il commença à lutter avec les cordes d’une vieille bâche militaire moisie, et parvint enfin à la retirer complètement, révélant ce qu’il y avait en-dessous. Ils en restèrent bouche bée. Il la fit descendre du pont, et la gara sur le quai près de la voiture, où il vit les têtes étonnées de ses compagnons.
    « Impressionnant, hein ? déclara-t-il, tout fier de lui.
    _ Rassure-moi, répondit Cass, tu l’as pas payée cher au moins ?
    _ Ah mais une belle bête comme ça, il faut y mettre le prix quand même ! Allez, franchement : elle en jette, non ? »
    Sa merveille était une moto chopper d’un modèle qui devait dater des années 80, et qui avait l’air de ne pas avoir démarré depuis les années 80. Les chromes et la peinture blanches étaient tout piquetés de rouille, et le réservoir et la selle étaient recouverts d’une épaisse couche de poussière. La vitre du phare était cassée et l’ampoule était à nu.
    « Tu veux monter avec moi, Cass ? demanda-t-il avec un petit clin d’œil.
    _ Là-dessus ? Tu rêves mon coco ! Je vois même pas comment tu vas réussir à la faire démarrer !
    _ Rhaa, mauvaise langue ! Regarde ! »
    Il sauta sur la selle à la manière d’un cavalier de film d’aventures, et avec un grand sourire enjôleur, il enclencha le kick. Pas de réaction. Son sourire se crispa. Il l’enclencha de nouveau. Toujours rien. Son public commença à pouffer de rire.
    « Non mais je le faisais exprès, hein, » dit-il dans un petit rire nerveux, en kickant une troisième fois. Le moteur émit une légère toux. « Allez, putain, me fais pas ce coup-là maintenant ! » Il kicka encore et, enfin, la moto se mit en marche dans une explosion de décibels assourdissants et de fumée noire épaisse. « Ah ben voilà, hurla-t-il pour couvrir le bruit, je vous avais dit que ça marchait !
    _ Par contre t’es gentil, dit Sally en toussant et en battant des mains pour chasser la fumée, mais tu vas rouler derrière, hein ? Pas envie de finir asphyxiée !
    _ Comme tu veux ! Alors on se la fait cette petite virée ?
    _ Bon, soupira Cass, on a pas trop le choix, hein ? En avant ! »


  • maL Avatar
    maL - il y a 11 ans

    Voilà un chapitre sympathique et le séjour dans le désert promet d'être cocasse avec cette équipée... heu... comment dire ?... hétéroclito-antinomique ? Enfin surtout avec Cass qui me fait penser à un garçon manqué et Sally, la fille que l'on sent peu habituée au séjour en plein air. Si on ajoute un "play-boy de supermarché"... :roll:

    Par contre je pense que Cass se trompe lorsqu'elle dit :

    Blaze est morte, de toutes façons.

    _ C’est pas de ça que je parle ! se mit-elle à hurler. Vous n’avez pas encore compris ? Dans la cour, l’autre nuit, j’avais un sabre contre sa gorge… j’aurais pu le tuer !

    Black Stingray


    Je l'ai un peu déjà écrit, mais pour moi il y avait un double combat : Thad contre Blaze/Cass et surtout Blaze contre Cass ; aucune des deux n'est arrivée à prendre l'ascendant sur l'autre, ce qui explique pourquoi elle n'a ni posé le katana d'elle-même ni tranché la gorge de l'autre affreux. Du reste le fait de ne plus avoir sa perruque, soulignait le la dualité du personnage affrontant les Lambert et leurs hommes de mains.
    Enfin c'est ma façon de voir les choses... :moue:


  • Black Stingray Avatar
    Black Stingray - il y a 11 ans

    C'est même une excellente façon de voir les choses, j'adore ta théorie ! :)

    Je dirais que justement, si elle a peur de Blaze maintenant, c'est qu'elle ne comprend pas bien ce combat dont elle n'avait pas conscience jusque là, elle a toujours cru pouvoir contrôler son alter ego, Blaze était un personnage qu'elle idéalisait, mais maintenant elle réalise que même ce personnage a sa part d'ombre, et de ce fait, elles se ressemblent. La perte de la perruque représente pour moi cette image qui se désagrège petit à petit, et ses deux identités qui n'en font au final plus qu'une. Mais je ne veux pas spoiler la suite, donc je m'arrête là ;)


  • Hasana Avatar
    Hasana - il y a 11 ans

    Effectivement leur virée risque d'être assez... Epique :p j'ai hâte de voir comment Cass/blaze va faire pour ne pas se trahir auprès de l'autre bouffon, j'aime toujours autant Billy et Sally et bien sur Cass, j'ai vraiment envie de savoir comment ils vont s'en sortir... Ou pas :p


  • maL Avatar
    maL - il y a 11 ans

    Je dirais que justement, si elle a peur de Blaze maintenant, c'est qu'elle ne comprend pas bien ce combat dont elle n'avait pas conscience jusque là, elle a toujours cru pouvoir contrôler son alter ego, Blaze était un personnage qu'elle idéalisait, mais maintenant elle réalise que même ce personnage a sa part d'ombre, et de ce fait, elles se ressemblent. La perte de la perruque représente pour moi cette image qui se désagrège petit à petit, et ses deux identités qui n'en font au final plus qu'une.

    Black Stingray


    Hum... je crois que j'étais dans une vision beaucoup trop manichéenne de tes personnages :choque: Mais c'est vrai que l'opposition initiale aidait beaucoup ! :rouleyeux:


  • Coco Avatar
    Coco - il y a 11 ans

    Je ne m'attendais pas du tout a cette suite et c'est top :)
    Le " d'une voix suave de don juan discount." m'a bien fait rire et je pense que le prochain chapitre risque d'être épique :lol:


  • Black Stingray Avatar
    Black Stingray - il y a 11 ans
    [u:18iom8k9]Chapitre 16 : Dans le désert…[/u:18iom8k9] Il faisait chaud… mais chaud ! Ils avaient roulé non-stop une bonne partie de la nuit, voulant absolument mettre le plus de distance possible entre eux et New Havenport avant de faire une pause. Ils avaient dépassé Cooper Riverside et continué encore un peu sur l’Interstate en direction de Phoenix avant de s’arrêter à Lockwood pour dormir un peu. A la base, ils ne devaient dormir que quelques heures avant de reprendre la route dès l’aube, mais ils étaient tellement épuisés par le stress subi ces derniers jours qu’ils avaient fait la grasse mat et ne s’étaient réveillés que vers midi. La nuit dans la minuscule chambre de motel qu’ils avaient prise pour quatre pour faire des économies avait été tout simplement horrible : il avait d’abord fallu négocier ferme avec Blackie pour qu’il aille fumer son joint dehors, et une fois tout le monde couché, Billy et Sally avaient passé une bonne partie de la nuit à essayer de déterminer qui de Cass ou de Blackie ronflait le plus fort… et le match était très serré. Sally s’était réveillée en sueur, rendue à moitié folle par la chaleur étouffante de la chambre, et était sortie prendre l’air sous le soleil brûlant de midi. Quel choc ! Elle qui était habituée à la vie citadine, elle contemplait alors le paysage désolé du Sonora, les hauts plateaux rocailleux, le sable brun, les cactus, mesquites et agaves remplaçant les immeubles et les rues pavillonnaires proprettes dont elle avait l’habitude. C’était comme se retrouver dans un western. Et elle avait trouvé Cass là, suspendue à la rambarde du balcon du motel, en train de faire des tractions. « Tu fais ça tous les jours ? lui avait-elle demandé, impressionnée. Bien sûr ! Faut pas perdre la main ! » Elle était remontée après avoir terminé sa série, et s’était étirée. La vue de ses muscles durs comme du granit, encore gonflés par l’effort, avait quelque chose d’assez terrifiant. « Allez, avait-elle dit ensuite, à toi ! Hein ? Tu veux que je fasse des tractions ? Ouais, vas-y. Je veux voir comment tu t’en sors. » Un peu surprise par cette demande, elle s’était exécutée. Sally était une bonne sportive, les tractions ne lui posaient aucun problème. Tant qu’il n’y en avait pas beaucoup. Elle n’avait réussi à en faire que quelques-unes avant de s’arrêter, grimaçant sous la douleur. Cass n’avait rien dit, et s’était contentée de lui jeter un regard, à la fois méprisant et déçu, avant de retourner dans la chambre. Ce regard avait beaucoup touché la jeune fille, et maintenant qu’ils étaient de nouveau sur la route, elle n’en comprenait toujours pas la raison, ni pourquoi son amie s’était d’un seul coup refermée comme une huître et ne lui adressait la parole qu’un minimum. Elle se contentait de se reposer sur le siège passager, ses yeux masqués par de grosses lunettes d’aviateur, ses jambes nues étendues sur le tableau de bord. Il faisait tellement chaud que la blonde avait fait péter le short, ce qui était une grande première, mais sans doute par peur de paraître trop féminine, elle avait des rangers aux pieds. Sally étant la seule des trois à avoir le permis, c’était elle qui avait l’insigne honneur de conduire. Mais par cette chaleur et dans ce paysage monotone, une grande ligne droite de bitume coupant le désert en deux, elle se sentit partir dans une douce torpeur… « Bon, on peut mettre de la vraie musique ? demanda Cass, la réveillant soudainement. Hein ? Euh, comment ça, qu’est-ce que tu veux mettre comme musique ? A ton avis ? Me dis pas que tu veux remettre du Coal Chamber ? J’en ai marre de cette pop de lopette ! Et moi le metal ça me casse les oreilles ! Et puis d’ailleurs c’est moi qui conduis, c’est moi qui choisis ! Je t’ai sauvé la vie. Deux fois. Merde, Cass, ça c’est pas du jeu ! Tu peux pas ressortir cette excuse à chaque fois, comment tu veux que je réponde à ça ? Tu réponds que tu me seras éternellement redevable et qu’en conséquence, je choisis la musique. » Sur ces mots, elle remit sa clé USB dans l’auto-radio, et ce fut reparti pour une heure de torture auditive. Sally soupira. Cette aventure n’avait décidément rien d’une petite virée entre potes. « Bon, dit-elle, sinon il suit toujours l’autre, avec sa tondeuse ? Ben d’après la fumée noire que je vois dans le rétro, je dirais que oui, répondit Cass en sortant une clope de son paquet. Encore ! se lamenta Sally. C’est la troisième en une heure ! De quoi tu te plains, je fume la fenêtre ouverte ! Mais ça pue quand même ! Plains-toi, intervint Billy, moi je suis à l’arrière, c’est moi qui me prends tout dans la gueule ! En plus je suis écrasé par les sacs ! Ben t’es là, toi ? demanda Cass en se retournant, surprise. Je croyais que tu dormais, ça fait un moment qu’on t’entend plus. J’ai pas grand-chose à dire, vous faites déjà assez l’animation à vous deux. Sérieux, j’ai l’impression de partir en voyage avec deux filles… oh, attendez, c’est exactement ce qui se passe ! Ouais ben moi au moins je prends pas une centaine de sacs, répondit la blonde. Si t’es écrasé derrière, c’est à ta copine qu’il faut se plaindre ! On sort pas ensemble ! » s’écrièrent-ils à l’unisson d’un air indigné. Cass ne put retenir un gloussement en voyant leurs visages à tous les deux virer au rouge écarlate.
    Ils finirent par faire une pause et quittèrent la route pour se garer à l’ombre d’un énorme rocher brun, au milieu de nulle part. C’était le milieu de l’après-midi. « Je sais pas, dit Cass en sortant de la voiture, j’aime pas trop, je pense qu’on devrait continuer. Mais je suis fatiguée ! protesta Sally en sortant de la voiture à son tour et en s’étirant. J’ai bien envie de me dégourdir les jambes ! Moi aussi, renchérit Billy. J’ai mal partout à cause des sacs ! Et si ils nous suivent ? Et si ils nous rattrapent ? T’inquiète pas, cocotte, répondit Blackie en fouillant dans son sac sanglé sur le porte-bagages de la moto. On a dépassé Mariposa depuis une bonne quarantaine de kilomètres, ils vont pas nous rattraper ici, on est trop loin. Bon, alors toi tu m’appelles cocotte encore une fois et je te carre… » Sally l’interrompit d’un brusque coup de coude, et Cass la fusilla du regard. Comment osait-elle ? « Tiens c’est marrant, ricana Blackie, t’es pas la première fille qui me dit ça… » Cass tressaillit en comprenant la bourde qu’elle venait de commettre. Merde, fallait faire gaffe. C’était certes un crétin, mais jusqu’à quel point ? « Bon d’accord, dit-elle en prenant soudain une voix plus douce, une pause ça ferait pas de mal, hein ? A la bonne heure ! » s’écria Blackie en refermant son sac et en s’approchant du groupe. Il vint à leur hauteur et, avant qu’ils aient eu le temps de faire quoi que ce soit, il leur avait déjà à chacun fourré une canette de bière dans la main. « Euh, t’es au courant qu’on reprend la route après ? demanda Sally. Ouais, c’est quoi le rapport ? Nan mais moi je bois pas au volant… déjà que je bois pas tout court ! Heureusement que je conduis pas, alors, » déclara Cass en ouvrant sa canette et en buvant une gorgée. Le temps qu’elle fasse ça, l’autre épave avait déjà sifflé la moitié de la sienne… Alors qu’une discussion banale commençait, Sally s’éloigna du groupe et retourna à la voiture. Elle posa sa canette sur le toit, ouvrit la porte arrière, s’assit sur la banquette et fouilla dans ses affaires jusqu’à ce qu’elle trouve ce qu’elle cherchait. « Nom de Dieu ! s’exclama Cass en arrivant à sa hauteur et en voyant la multitude de pots et de tubes que la jeune fille venait de sortir de son sac. Mais qu’est-ce que c’est que tout ce bordel ? Crème solaire bio, expliqua Sally, huile de karité hydratante, beurre corporel à la mangue… ben quoi ? Faut prendre soin de sa peau, surtout dans le désert. Hé ben… moi qui te prenais pour une géraldine, en fait t’es pire que ça ! Hé, un peu de confort ne fait pas de mal, non ? T’insinues que sans tout ça, je serais pas capable de survivre dans le désert ? Non, j’insinue que tu serais pas capable de survivre dans ton propre jardin. Bon, Cass, ça commence à me gonfler cette histoire. C’est vrai, quoi, tu m’envoies toujours chier, t’es super froide avec moi. Je sais qu’on s’aimait pas avant, mais depuis que je sais pour toi, j’ai toujours été gentille avec toi, alors pourquoi tu… » Elle s’arrêta subitement, et pâlit de terreur. Elle était en train de s’étaler de la crème sur les jambes tout en parlant, elle avait donc la tête baissée quand elle le vit, lové non loin de son pied. Sa tête triangulaire était levée et il semblait la regarder droit dans les yeux. Puis il tira la langue et agita le bout de sa queue pour produire ce sifflement si caractéristique. En l’entendant, la jeune fille fut prise de panique, elle bondit hors de la voiture en hurlant. Effrayé, le crotale se détendit comme un ressort et l’attaqua. Elle le vit avec horreur voler vers elle, la gueule grande ouverte, et ferma les yeux. La morsure ne vint pas. Elle finit par rouvrir les yeux avec appréhension : Cass avait chopé le serpent en plein vol. La bête se débattait furieusement, mais la blonde la tenait fermement par le cou, avant de se décider à s’en débarrasser en la lançant au loin. « C’est… c’est la troisième fois que tu me sauves la vie ? demanda Sally, encore toute tremblante. C’est bien ça le problème, répondit Cass sombrement. Hein ? Viens avec moi, je voudrais te parler en privé. » Sur ces mots, la blonde saisit la canette de Sally et commença à s’éloigner du campement. Inquiète, Sally lui emboîta le pas et ensemble, elles traversèrent la route et allèrent derrière une autre grande formation rocheuse, à l’abri du regard des deux garçons. « Mais, pourquoi on est allées aussi loin ? » demanda Sally, de plus en plus anxieuse. Pour toute réponse, Cass posa les bières par terre, et sans prévenir, elle se jeta brutalement sur la jeune fille, la plaqua contre la roche, et lui envoya son poing en pleine figure. Surprise, Sally n’eut même pas le temps de crier et se crispa et ferma les yeux par réflexe, attendant la douleur insupportable qui allait arriver quand son nez serait écrasé… Mais cette douleur ne vint pas. La jeune fille ouvrit doucement les yeux, apeurée, pour voir que le poing s’était arrêté à quelques millimètres à peine de son visage. « Cass, mais qu’est-ce que tu fous ? s’écria-t-elle. Tss, siffla la blonde de mépris en retirant son poing. Pas bon. On recommence. Quoi ? » Et sans attendre, elle lui renvoya de nouveau un coup de poing. De nouveau, elle s’arrêta à quelques millimètres de son visage, et de nouveau, Sally ferma les yeux, ayant eu cette fois le réflexe de pencher la tête en arrière… pour se cogner contre la roche derrière. « Aïe ! Mais bordel, Cass, qu’est-ce qui te prend ? Je me suis fait mal ! Evidemment que tu t’es fait mal, tu fais n’importe quoi ! Ne pars pas en arrière pour éviter un coup, au contraire ! Tourne ta hanche du côté d’où vient l’attaque vers l’avant, tout en levant le coude devant tes yeux… comme ça. » Elle lui avait saisi les bras et la manipulait tout en parlant pour lui montrer les positions. « Et surtout, n’oublie pas que ton épaule et ta hanche doivent pivoter en même temps, c’est ça le secret. De cette manière, non seulement tu pares le coup, mais en plus tu rentres dans la garde de ton adversaire, ce qui te permet d’enchaîner direct par un coup de ton autre coude dans sa tempe… comme ça. Pour les novices, les coudes sont plus efficaces que les poings, plus durs et plus résistants. Et un coup à la tempe, ça étourdit bien. C’est une parade simple et efficace contre un coup de poing direct. Pigé ? Euh, je suis pas sûre… C’est ce qu’on va voir, on recommence ! » Et Cass relança son attaque, et encore une fois, Sally tressaillit et partit en arrière. « Mais bordel ! grogna Cass. Tu peux pas t’appliquer un minimum ? Ce que t’es molle, pas étonnant que tu fasses une victime facile ! Mais pourquoi tu fais ça ? répondit la jeune fille sur le même ton. Tu veux savoir pourquoi ce serpent t’a attaquée ? Parce que t’as pas pu te maîtriser, il a senti ta peur et il a bondi. Si t’avais su garder ton calme, il ne t’aurait pas attaquée. Tu vois, les hommes, c’est comme les serpents. Ne perds jamais le contrôle, ne leur montre jamais tes faiblesses. Pourquoi j’ai droit à ce sermon, tout à coup ? Je ne t’ai rien demandé, et tu viens me prendre de haut… Oh, ma pauvre ! hurla-t-elle. Je ne t’ai rien demandé, quel malheur ! J’ai rien demandé à personne, j’ai juste réussi à me fourrer dans une affaire qui me dépasse alors que je suis pas foutue de me défendre toute seule ! Heureusement que Blaze était là pour me sortir du cabinet où on me torturait ! Et heureusement que Blaze était là pour me sortir de cette baraque en flammes ! Attends, tu me reproches de trop compter sur toi ? Depuis le début, tu vas te foutre dans la merde et tu vas attendre que ton héros vienne te sauver, voilà ce que je te reproche ! Tu comptes toujours sur quelqu’un d’autre, sur Billy pour te soutenir, sur Blaze pour te sauver la peau, mais t’as jamais cherché à te défendre par toi-même ! C’est ça que j’aime pas, chez toi ! C’est pour ça que je t’ai jamais aimée ! Toute ta vie t’as toujours eu tout ce que tu voulais, tes deux parents riches, une jolie maison en banlieue, des supers amis, et même un pauvre couillon qu’est tellement amoureux de toi qu’il te suivrait aveuglément si tu sautais d’une falaise ! T’as jamais eu à te battre ne serait-ce que pour vivre, et regarde-toi maintenant, t’es tellement godiche que tu peux même pas te sortir les doigts du cul pour apprendre à te défendre ! Hé ! Arrête de m’agresser ! Tu crois que j’ai choisi d’être comme ça ? Je sais que j’ai de la chance, mais je m’en suis jamais vantée, et j’ai jamais cherché à en profiter ! J’aurais pu avoir la vie facile et me contenter d’être une fille populaire, une Miss Parfaite comme tu disais, mais j’ai toujours voulu faire ce que je croyais être bien, c’est pour ça que j’ai préféré le journal du lycée aux concours de beauté ! Et c’est pour ça que je t’ai toujours admirée, en tant que Blaze, parce que toi aussi t’as toujours cherché à faire ce que tu croyais être bien, même si tu dis que tu fais ça pour toi, j’y crois pas ! Et maintenant tu viens me reprocher d’avoir eu plus de chance que toi dans la vie ? C’est ridicule, tu te sers de moi comme excuse parce que t’as peur d’affronter tes problèmes ! Ne me dis jamais que j’ai peur, sale garce ! » Folle de rage, Cass se jeta de nouveau sur Sally, mais elle ne faisait pas semblant cette fois-ci. La jeune fille vit le poing arriver comme une balle. Réflexe. Rotation simultanée de la hanche et de l’épaule, levée du coude devant les yeux. Elle sentit son bras s’entrechoquer avec celui de Cass. Et le coup rata sa cible. Cass se calma d’un seul coup et fit un pas en arrière, observant la jeune fille avec des yeux grands comme des assiettes. La parade était parfaite. « C’est bien, murmura-t-elle. C’est bien. Deuxième mouvement. » Et un autre coup arriva. Assis contre le rocher près de la voiture, Billy porta sa bière à ses lèvres et en but une gorgée, grimaçant de dégoût. C’était toujours la même depuis qu’ils s’étaient arrêtés, et elle était éventée depuis longtemps. Blackie, assis à ses côtés, en était déjà à sa troisième. Le soleil était en train de se coucher. « Dis-donc, dit le garçon, tu crois pas que ça fait un moment que les filles sont parties ? Deux heures, au moins ? On devrait peut-être aller voir ? Nan, laisse, répondit Blackie en allumant son joint. On interrompt jamais des gonzesses en pleine discussion. Elles vont revenir, t’inquiète. Tu sais, les filles quand ça commence à causer, ça perd la notion du temps. » Au même moment, de l’autre côté de la route, les deux filles étaient assises côte à côte contre la roche, regardant au loin, en silence. Elles étaient couvertes de sueur et exténuées. Elles portèrent leur bière à leurs lèvres et burent une gorgée en même temps. Sally, qui ne buvait jamais d’alcool, se dit que dans l’air frais du soir qui tombait, après deux heures d’entraînement intensif, c’était plutôt agréable. Sa canette était plutôt tiède, mais elle la posa quand même quelques instants contre son œil au beurre noir, espérant que le peu de fraîcheur qu’elle avait encore pourrait quand même apaiser la douleur. « T’as pas réussi à l’éviter celui-là, hein ? remarqua Cass d’un air amusé. Nan, je le reconnais, répondit la jeune fille en souriant. Mais en même temps c’est pas évident de parer tes coups de pieds, t’as vu la taille de tes panards ? Ils sont plus grands que mes avant-bras ! Oh, t’exagères, j’ai pas les pieds aussi grands ! Tu fais du combien ? Du 43. Ah oui quand même ! On fait la même taille, pourtant, non ? A peu de choses près, je pense. Je fais un mètre soixante-et-onze. Ouais, ben t’as des grands pieds. Je fais du 38 pour un mètre soixante-neuf. Ouais fin n’empêche, quelle que soit la taille du pied tu dois pouvoir bloquer ou parer tout ce qui arrive ! Hé, reconnais que j’ai quand même réussi à t’en mettre une ! » Cass porta ses doigts à sa lèvre boursoufflée et sourit, amusée. « Ouais, dit-elle, je reconnais que celui-là c’était beau, je l’ai pas vu arriver ! Tu m’as étonnée, là. Alors, je deviens aussi forte que toi ? Oh rêve pas ma cocotte, t’as encore du chemin à faire ! » Elles rirent à l’unisson, et bientôt, elles se remirent à boire et à admirer l’horizon en silence. « Mon père est mort quand j’avais sept ans, » murmura Cass après plusieurs minutes de silence. Sally sursauta, surprise par cette soudaine confession. « Oh, je… je savais pas. Je suis désolée… Le sois pas, t’y es pour rien. » La jeune fille regarda son amie. La blonde avait toujours le regard perdu vers l’horizon, un regard très triste, et elle remarqua même que sa mâchoire tremblait un petit peu. Elle avait l’expression de quelqu’un qui avait quelque chose de longtemps enfoui à faire sortir. « Dans un incendie, reprit-elle. Il était pompier. D’ailleurs, quand ma mère a appris ce que je faisais de mes nuits… elle a dit que l’héroïsme, on a ça dans le sang chez les Cassidy. C’est plutôt marrant… et ma mère… ben, elle a fini par se remarier, elle pouvait pas rester seule toute sa vie, tu vois. Ce type qu’elle avait rencontré, c’était un mec cool. Il prenait soin de ma mère, et il jouait avec moi, il m’emmenait à l’école, je l’aimais bien… au début. » Elle s’arrêta pour renifler bruyamment, et Sally remarqua que ses yeux étaient rouges et gonflés. Elle se retenait de pleurer. Elle sortit une cigarette de son paquet, l’alluma, et poursuivit son récit : « Peu de temps après le mariage, il a commencé à changer. On s’est rendu compte bien trop tard qu’en fait, c’était qu’un pourri d’alcoolique. Il rentrait de plus en plus souvent tard le soir, et complètement beurré. Il me criait dessus pour rien, parce que j’avais laissé traîner une poupée, ou parce que j’étais pas encore couchée quand il rentrait et qu’il voulait avoir la paix. Les disputes se multipliaient, et ça arrivait à un point… il s’est mis à nous battre, ma mère et moi. Oh, Cass, je… Elle a fini par le quitter, j’avais onze ans. On habitait Seattle à l’époque. Mais fallait mettre le plus de distance possible avec lui, tu comprends, au cas où… alors ma mère a choisi New Havenport. J’ai dû dire au revoir à toutes mes copines, à la ville où je suis née, pour échouer ici, dans les Projects. A essayer de se refaire une nouvelle vie. » Troublée, Sally voulut poser une main sur son épaule, pour lui apporter un peu de réconfort, mais dès que Cass sentit la main, elle s’en détourna. « Et tu vois, reprit-elle, ce mec était une ordure, un loser, c’est clair. Mais au final, c’est pas à lui que j’en veux le plus. C’est à ma mère. Parce qu’elle aurait pu le quitter dès qu’il avait commencé à déconner, mais au lieu de ça, elle est restée avec lui pendant des années encore. Des années à souffrir. D’accord, elle avait peur de lui, je comprends, mais et moi, alors ? Je suis sa fille, bordel, et j’étais qu’une gosse, je pouvais pas me défendre toute seule ! C’était pas son job de me protéger ? Mais elle a mis des années à réagir, des putains d’années… Et… t’as toujours pas pardonné à ta mère ? Non. Et c’est pas près d’arriver. Tu sais, je suis sûre qu’elle se pardonne pas elle-même. Ne pas pouvoir protéger son enfant, ça doit être horrible pour une mère. Elle doit s’en vouloir à mort. Oh ça elle essaie de me le faire comprendre. Mais c’est trop tard. C’est beaucoup trop tard. Et tu vois, depuis qu’on est parties de Seattle, je me suis juré, je me suis toujours juré… de ne plus jamais être une victime. De toujours me défendre toute seule. D’être forte. De n’avoir besoin de personne. C’est pour ça que tu es… comme tu es ? Tu rejettes les gens, parce que tu veux pas dépendre d’eux ? C’est triste, alors tu n’as jamais eu d’amis, des gens en qui tu peux avoir confiance ? Les amis, c’est un luxe que je peux pas vraiment me payer… en fait, tu dois être la première personne à qui je raconte tout ça, et je sais même pas pourquoi. Peut-être parce que tu peux me faire confiance ? Peut-être parce que je suis ton amie ? Mouais… peut-être bien… Mais… quand tu es Blaze, tu es très différente. Tu… je sais pas, t’es toujours violente, mais t’es aussi gentille, tu t’inquiètes pour les gens… alors qu’en réalité, t’as peur des gens ? Même si ça me gonfle quand tu dis ça, je pense qu’il y a du vrai, j’ai peur des gens. Mais quand je deviens Blaze, je sais pas pourquoi… j’ai juste plus peur. Tu vois, Blaze, c’est un peu la nana que j’aurais toujours voulu être. Elle est forte, elle a confiance en elle. Elle sait toujours ce qu’il faut faire. Et elle a peur de personne. Enfin ça, c’est ce que je croyais. Ce que tu croyais ? L’autre nuit, chez Thad, quand j’ai… quand j’ai failli le tuer, je me suis rendue compte tout à coup… que c’était pas Blaze qui tenait le sabre à ce moment-là… c’était moi. Blaze, elle sait toujours quoi faire, elle aurait jamais fait ça. C’est là que j’ai compris qu’elle n’existait pas. Qu’elle était qu’un mensonge, et que derrière, ben c’était que moi, qui jouais au super-héros en portant un masque et une panoplie en cuir. Comme quand j’avais huit ans et que je regardais Batman à la télé. Juste ça, une gamine avec une pauvre cape en tissu. C’est pour ça que je peux plus remettre le masque, maintenant. C’est qu’une imposture. T’es trop dure avec toi-même, Cass. Tu me reproches d’idéaliser Blaze, mais c’est exactement ce que tu fais toi aussi ! Mais elle est humaine, tout comme toi ! Et t’as le droit de faire des erreurs ! Je vais même te dire, ce personnage, tu l’as créé comme la fille que tu voulais être, mais ça n’explique pas pourquoi tu as choisi d’être une justicière ! Quitte à mettre un masque pour taper sur des gens, pourquoi t’es pas devenue une catcheuse, hein ? Tu m’as dit que tu te sentais bien quand tu tabassais un criminel, quand tu sauvais quelqu’un… mais tu sais pourquoi ? Non… je me sens juste… bien. Je sais pas, pour moi c’est la chose à faire, c’est tout. Et si c’était parce que tu voulais sauver les gens là où personne ne t’a sauvée toi ? Tu veux dire… un genre de compensation ? Je sais pas, c’est juste une idée… mais je me disais, tu sais par exemple y a des anciens drogués qui veulent aider les jeunes parce qu’ils savent que la drogue, c’est l’enfer, et toi, toi qui sais ce que c’est que d’être une victime, pas pouvoir se défendre… peut-être que tu veux juste éviter ça à d’autres gens. J’avais jamais vu ça comme ça, honnêtement. Après, c’est juste mon avis, je sais pas si c’est vrai. Mais ce que je sais, c’est que t’es pas un imposteur, Blaze, sa force, sa personnalité… c’est en toi depuis le début. Peut-être qu’il te fallait juste porter un masque pour avoir le courage de les faire ressortir. Je vais être franche, pour moi Blaze est un héros, et je veux pas que t’arrêtes. Mais je sais que tu peux aussi être cette fille forte et gentille, même sans ton masque. Ouais… tout le monde me déteste au lycée, si je deviens d’un seul coup une fille sympa, personne me fera confiance. Moi je te ferai confiance. Toujours. Et quoi qu’il arrive, quoi que tu décides, je serai toujours là pour toi. Je te le promets. Parce que je sais qu’avec ou sans masque, t’es un héros et tu seras toujours un héros. Tu sais que t’es douée pour remonter le moral des gens, toi ? Allez, on devrait rejoindre les gars, non ? J’ai bien besoin de me changer les idées. Ouais. » Elles se relevèrent, non sans difficulté, et Sally commença à marcher en direction du campement. « Attends ! dit Cass. Oui ? » Et à la plus grande surprise de la jeune fille, la blonde l’enlaça et lui fit une longue étreinte. « Merci, Sally, merci pour tout. Je t’ai mal jugée, tu sais ? Dans le fond, t’es sympa comme fille. Tu sais, je crois qu’on s’est mal jugée toutes les deux, » répondit la jeune fille avec un grand sourire. La salle était large et basse de plafond, une cave sombre aux arches de pierres qui lui conféraient un aspect gothique. Une dizaine de personnes en robes de moines à capuches se tenaient debout au milieu de cette cave, rassemblés autour de l’unique source de lumière, un gros candélabre en bronze posé sur un pupitre. L’un des moines retira sa capuche, révélant le visage de Monsieur Lambert. « Compte tenu des récents événements, je suppose qu’il est inutile de poursuivre le cérémonial en vigueur. Découvrez-vous. » Les autres lui obéirent et retirèrent tous leur capuche. Thad Lambert. Daren Wilkes. Et tous les autres membres du comité d’excellence. « Donc je vous confirme, reprit le vieil homme, que c’est bien moi, Gregory Lambert, votre Grand Maître. Et si je vous fais cette révélation, c’est parce que nous sommes tous en danger. Pas seulement l’existence du Klub, mais aussi l’avenir de chacun d’entre vous, jeunes gens, a failli être détruit par cette justicière masquée, qui n’est autre qu’une certaine Danielle Cassidy. A l’heure où je vous parle, votre professeur, Helen Kaczinski, nous attaque en justice, et cherche à prouver l’existence du Klub. Inutile de vous dire que si moi ou mon fils sommes compromis, tous les membres seront affectés. Vos liens à tous avec le Klub seront connus de toute la ville… avec les conséquences que cela entraînera. C’est pourquoi nous devons tous nous serrer les coudes, pour protéger nos membres. D’habitude ce sont mes hommes qui se chargent du… travail délicat, mais cette Cassidy les a tous envoyés à l’hôpital. Je compte donc sur vous, mes garçons, pour prendre les choses en main à partir de maintenant. Il en est de vos vies, après tout. Je ne doute pas de ma capacité à gagner ce procès, votre professeur est seule et manque d’éléments, et aucune de nos… invitées, n’aura l’audace de témoigner contre nous. La peur, mes garçons, c’est l’ultime outil de contrôle. Ne l’oubliez pas. Il y a cependant trois personnes qui peuvent témoigner contre nous : Danielle Cassidy, Sally Lomax, et William Brewster. Ces trois-là sont introuvables, ils se cachent sans doute. Mais nous devons impérativement les retrouver, et les persuader de ne pas témoigner, coûte que coûte. Mais, Grand Maître ? demanda Daren. Comment on va les retrouver ? Nous avons peut-être une piste. Lors de notre conversation, votre professeur a mentionné un de mes amis, Harrington. Et je ne vois qu’une seule personne qui aurait pu lui fournir ce renseignement, son fils, Alistair Harrington. Je ne sais pas où il est, mais il paraît qu’il est toujours en ville, sûrement dans un quartier mal famé, et qu’il se fait appeler Blackie. Notre recherche commencera par lui. Thad, prends une équipe avec toi et cherche Alistair. Les autres, vous allez faire quelques achats. Le cabinet a été quelque peu compromis, nous n’aurons d’autre choix que d’aménager une salle d’interrogatoire ici. Allez, et faites vite. » Il ne fallut que quelques heures. Monsieur Lambert était en train de superviser la construction de leur nouvelle salle d’interrogatoire dans la cave – un simple banc de musculation acheté en kit dans une boutique de sport et modifié avec des sangles solides achetées dans un sex-shop – lorsque Thad et son équipe revinrent, en traînant derrière eux une espèce de poids mort. « Mais qu’est-ce que c’est que cette… chose ? » demanda le patriarche en jetant un regard méprisant à la jeune fille en treillis qui gisait au sol en marmonnant des choses incompréhensibles. « On a suivi la piste d’Alistair jusqu’à Coast Way Bay, expliqua Thad. Ça a pas été facile, on a dû tabasser un Chinois et négocier avec une barmaid pas commode avant de découvrir où il vivait. Il était pas chez lui, mais à la place on a trouvé cette fille. Enfin, ce qu’il en reste… je ne sais pas si elle a pris de l’alcool ou des drogues, ou les deux, mais tout ce qu’on a réussi à en tirer c’est qu’elle s’appelle Mindy, et qu’elle squatte souvent chez Alistair. Elle doit savoir quelque chose. Je vois, soupira le patriarche. Bien… toujours pas de nouvelles du chatouilleur ? Disparu sans laisser de traces. A croire qu’il n’a jamais existé. Bien, dans ce cas je pense que nous devrons mener l’interrogatoire nous-mêmes. Vérifions donc si notre nouvel appareil fonctionne. » Il claqua des doigts, et en un instant, la jeune fille se retrouva fermement sanglée sur le banc de musculation, les jambes liées ensemble et les bras étirés au-dessus de sa tête. « Hein ? Mais vous foutez quoi ? demanda-t-elle d’une voix pâteuse en jetant des regards autour d’elle avec des yeux de veau mort. Putain, dans quel genre de soirée je me suis encore retrouvée, moi ? Bonsoir, jeune fille, dit Monsieur Lambert en se mettant à sa hauteur, après avoir pris soin de remettre sa robe et sa capuche. Savez-vous pourquoi vous êtes ici ? Hé hé hé, ricana-t-elle bêtement, vous êtes l’Empereur Palpatine, non ? » Le vieil homme tenta de contenir son irritation et de reprendre calmement : « Mademoiselle, vous êtes ici car nous recherchons activement l’un de vos amis, Alistair Harrington, mais je crois que vous le connaissez mieux sous le surnom de Blackie. Vous allez donc nous dire où il est. De gré… ou de force. » Il fit alors un signe à son fils, qui s’avança en direction des pieds de la jeune fille, avant de s’arrêter soudainement et de se tourner en souriant vers son camarade Daren. « Euh… qu’est-ce qu’il y a, Thad ? demanda le jeune homme, inquiet. Tu veux te rattraper de ta bourde de la dernière fois ? Ben… ouais, pourquoi ? Alors c’est toi qui vas t’occuper de l’interrogatoire. Moi ? Mais, Thad… Pas de mais. J’ai l’impression que t’es moins dans le coup depuis que Blaze t’a secoué un peu. J’ai l’impression que t’as peur. Et je veux être sûr qu’aucun d’entre nous ne va flancher. Alors tu t’occupes de la fille, je te regarde faire. » Daren ravala sa salive et s’approcha de la prisonnière, d’un pas hésitant. Effectivement, depuis sa rencontre avec la justicière, il en était venu à reconsidérer son appartenance au Klub. A sauver ce qu’il pouvait encore sauver de son karma, en quelque sorte. Mais dans cette situation, si le Klub tombait, il tomberait aussi. Il devait être solidaire, pas le choix. Alors, doucement, il retira les rangers de la jeune fille, passant plusieurs minutes à lutter avec les lacets, puis il lui retira ses chaussettes. « Hé ! protesta-t-elle. Mes pompes ! J’ai froid aux pieds ! Faites-nous confiance, di le Grand Maître, ce n’est que le début d’une longue nuit pour vous. Nous avons les moyens de vous faire parler. Mais qu’est-ce que c’est que votre délire de SM, putain ? Blackie a vraiment des potes chelous ! Et puis je sais pourquoi vous le cherchez ici, il est parti hier ! Où ça ? Il fait une virée dans le désert avec ses potes. Quels potes ? Bah, savez… la nana super canon, et le mec, l’espèce de geek. Ils ont décollé hier, je sais pas quand ils rentrent. » Monsieur Lambert se releva, surpris par la loquacité soudaine de la prisonnière. C’était la première fois que quelqu’un parlait avant même que le supplice ait commencé. « Papa ? demanda Thad. Qu’est-ce qu’on fait ? Ils sont partis dans le Sonora. Le plus probable est qu’ils aient pris l’autoroute en direction de Phoenix, c’est à peu près la seule route en partant de New Havenport qui traverse le désert… Tu fais confiance à cette fille ? Elle a parlé très vite, qu’est-ce qui te dit que c’est pas des salades ? » Le Grand Maître posa de nouveau les yeux sur la prisonnière, qui le regarda à son tour d’un œil vitreux et dit : « Du coup, si vous le voyez, pouvez lui dire de faire réparer son chauffage ? Parce que sérieux, la nuit il meule dans le bateau ! Voilà ta réponse, mon grand, soupira le vieil homme. Je crois que dans son état on pourrait lui faire avouer n’importe quoi rien qu’en demandant. Très bien, détachez-la. Mais, Grand Maître, demanda Daren, on la torture pas du coup ? Pourquoi faire ? Je ne crois pas qu’elle puisse nous dire quoi que ce soit d’autre. Mais, et si elle parle aux flics ? Dans son état, je ne pense pas qu’elle comprenne ce qu’il lui arrive, jeune homme. Et quand bien même, personne ne la prendrait au sérieux. Détachez-la. » Les garçons s’exécutèrent et, libérée, la jeune fille se redressa difficilement en position assise sur le banc de musculation, et tout à coup, elle leva les yeux vers le Grand Maître, avec une étincelle dans le regard, comme si elle venait de se rappeler une information capitale. Intrigué, le vieil homme se pencha vers elle. Le regard de la jeune fille s’agrandit, elle ouvrit la bouche… et restitua sur la robe du Grand Maître l’ensemble de deux jours de drogues et d’alcools divers. « Aah ! hurla Monsieur Lambert en bondissant en arrière, écœuré, perdant pour la première fois son calme glacial caractéristique. Dégueulasse ! Foutez-moi ça dehors, et en vitesse ! Et allez me chercher des serviettes ! » Une fois la pochtronne évacuée et les serviettes amenées, le Grand Maître commença à essuyer son habit et invita son fils à se rapprocher : « S’ils sont sur la route de Phoenix depuis hier et en admettant qu’ils aient roulé une bonne partie de la journée, ils doivent juste avoir dépassé Mariposa. Je vais appeler tous les bars et tous les diners sur la route pour voir s’ils y sont. Pendant ce temps, partez à plusieurs, prenez des voitures, et mettez-vous en route immédiatement. Mais Papa, ils ont beaucoup d’avance, on risque d’avoir beaucoup de mal à les rattraper, même s’ils s’arrêtent dormir… _ Ne t’inquiète pas, je crois que je peux m’assurer que vous les rattrapiez. J’ai une idée pour s’occuper d’Alistair. Il ne devrait pas nous poser de problèmes… au contraire. »

  • Hasana Avatar
    Hasana - il y a 11 ans

    J'ai bien aimé que Cass s'ouvre un peu :)
    J'aime toujours autant tes perso (Billy et Sally qui disent en même temps qu'ils sortent pas ensemble) m'a fait beaucoup rire.

    Je ne vois pas comment Blackie va pouvoir aider les méchants mais je te fais confiance pour la suite.

    Que Cass tente d'entrainer Sally, je trouve que ça ne colle pas trop avec son personnage, mais après tout pourquoi pas. Mais ce serait dommage qu'elle perde sa féminité.
    Je vais continuer à te lire, ça c'est certain !!! :)


  • maL Avatar
    maL - il y a 11 ans
    Cette suite est bien plaisante et j'ai ma petite idée sur comment les méchants vont tirer parti de Blackie. En tout cas j'ai hâte de lire la suite et... j'espère aussi qu'on retrouvera le(la ?) chatouilleur(se?) !

  • Sweety Avatar
    Sweety - il y a 11 ans

    Eh ben mon cochon, ça c'est de la suite !!!

    J'ai aussi hâte de connaître leur technique pour mettre Blackie de leur côté, et de connaître la suite de manière générale.

    Du grand Black encore une fois, merci ;)


  • Shaka Avatar
    Shaka - il y a 11 ans

    J'ai tout dévoré d'une traite et j'adore :D


  • Coco Avatar
    Coco - il y a 11 ans

    Au top ce chapitre :) J'ai vraiment bien aimé ;)


  • Tennessee Avatar
    Tennessee - il y a 11 ans
    C'est très bien écrit, donc plaisant à lire, mais plus on avance plus je suis déçu.. pour une histoire de tickling, il n'y en à quasiment pas eu depuis beaucoup de chapitres, c'est vraiment dommage.

  • funjub Avatar
    funjub - il y a 11 ans
    [quote="Tennessee":16zqpljm]pour une histoire de tickling, il n'y en à quasiment pas eu depuis beaucoup de chapitres, c'est vraiment dommage.[/quote:16zqpljm] C'est sympa aussi d'avoir du matériel entre, une histoire etc. Ca rend les scènes de chatouilles beaucoup plus prenantes, je trouve. Moi qui ait tendance à en mettre trop, justement, je trouve cela plutôt plus réussi comme fait BS.

  • Black Stingray Avatar
    Black Stingray - il y a 11 ans

    C'est très bien écrit, donc plaisant à lire, mais plus on avance plus je suis déçu.. pour une histoire de tickling, il n'y en à quasiment pas eu depuis beaucoup de chapitres, c'est vraiment dommage.

    Tennessee



    En fait les histoires de tickling ne m'intéressent pas. Bien sûr j'aime les chatouilles (sinon je serais pas sur ce forum, hein :D ) mais les histoires centrées sur ça, ou qui en contiennent vraiment trop de scènes, ça m'ennuie assez vite. Je préfère écrire une histoire avec un scénario et des personnages développés, et quelques scènes de chatouilles, rares mais bien amenées ;)


  • Chinow Avatar
    Chinow - il y a 11 ans

    C'était un chapitre très sympa !

    J'en ai beaucoup apprécié la lecture, encore une fois. J'ai l'impression de regarder une série, quand je te lis, en fait. Disons plutôt de garder tout le côté amusant d'une série, sans le côté "visuel imposé" qui fait que j'accroche très rarement.

    C'est un plaisir de voir à quel point tu prends le temps de creuser tes personnages. Du coup, ils sont tous attachants pour moi.

    J'ai hâte de lire la suite ! :)


  • Arth Avatar
    Arth - il y a 11 ans

    Alors, je viens de découvrir ton histoire, et J'AI TOUT LU :lol:

    Franchement je trouve que tu écris vachement bien et que tes dialogues sont très développés car on retrouve beaucoup d'émotions, de suspens, de peur etc...

    Les descriptions ne sont pas laissées de côté aussi, et c'est ce que je trouve cool car dans certaines histoires, les lieux ou les actions sont souvent mal situés et manquent alors de plus de peps niveau " décor de l'histoire " si je puis dire :p

    Le scénario est vraiment bien construit, et tes personnages tiennent tous la route (pour l'instant :hum2: :D ), mais je verrais quand même une amélioration au niveau du personnage de Billy qui me paraît encore flou, comme son père qui est flic :)

    Je suis également de ton avis d'alterner ou même de rendre plus rares les scènes de chatouilles, car elle sont là au bon moment et "dosées" comme il faut à ta sauce ;)

    Mais :D Je verrais peut être des scènes de chatouilles "côté gentille et non torture" même si avec le scénario, les personnages ne semblent pas être prêt à en subir de façon je dirais "zen". En tout cas, cela pourrait être un truc sympa à rajouter si cela peut rentrer dans le scénario bien sûr :)

    Enfin, j'aime bien le côté politico/social (vraiment sous-entendu) d'un groupe de bourges qui contrôlent tout et que selon eux, les catégories sociales moins aisés n'arrivent à rien ... Tu décris très bien ça en restant neutre même si l'on peut ressentir la critique quelques fois (ce qui est normal hein ;) je pense que la plupart sont du même avis !)

    Sinon j'attend la suite avec impatience :applaudit:

    Et je te tire juste mon chapeau pour te dire : BRAVO ! :applaudit2: :top:


  • SweatyGirlySoles Avatar
    SweatyGirlySoles - il y a 11 ans

    bon c'est long la quesqu'y se passe sa fait presque 2 mois on l'attend la suite :pascontent2:


  • Hasana Avatar
    Hasana - il y a 11 ans

    S'il n'a pas encore posté son histoire c'est probablement qu'il n'a pas eu le temps ou l'inspiration de l'écrire. Moi je préfère attendre et que ce soit génial (comme toujours) plutôt qu'il ne la poste trop tôt et que ce soit moins bien.
    Alors bon courage Black, on compte sur toi :)


  • Black Stingray Avatar
    Black Stingray - il y a 11 ans

    Hopopopop, je sors de ma retraite prolongée parce que je vois que ça bouge par ici ^^

    Donc effectivement, la raison pour laquelle ça n'avance pas, c'est que ben, j'ai pas le temps ni l'inspiration. J'ai un métier très fatiguant mentalement, et là c'est une période très très tendue, donc quand je finis ma journée, la dernière chose que j'ai envie de faire, c'est de me mettre devant Word :D Donc, ben, ça viendra, un jour, mais pas maintenant.

    PS: dante, mets-y un peu les formes s'te plaît, ça paraît un peu agressif là. J'ai vu que mon histoire est la raison pour laquelle tu t'es inscrit, je suis flatté, donc je l'ai pas mal pris, mais voilà, quoi. Pour patienter tu peux lire deux autres histoires que j'ai écrites dans le topic This is Halloween et dans le topic Faites place à la reine ;)


  • SweatyGirlySoles Avatar
    SweatyGirlySoles - il y a 11 ans

    Hopopopop, je sors de ma retraite prolongée parce que je vois que ça bouge par ici ^^

    Donc effectivement, la raison pour laquelle ça n'avance pas, c'est que ben, j'ai pas le temps ni l'inspiration. J'ai un métier très fatiguant mentalement, et là c'est une période très très tendue, donc quand je finis ma journée, la dernière chose que j'ai envie de faire, c'est de me mettre devant Word :D Donc, ben, ça viendra, un jour, mais pas maintenant.

    PS: dante, mets-y un peu les formes s'te plaît, ça paraît un peu agressif là. J'ai vu que mon histoire est la raison pour laquelle tu t'es inscrit, je suis flatté, donc je l'ai pas mal pris, mais voilà, quoi. Pour patienter tu peux lire deux autres histoires que j'ai écrites dans le topic This is Halloween et dans le topic Faites place à la reine ;)

    Black Stingray


    désolé c'est que ton histoire est l'une des meilleurs qui m'était donné de lire je ne voulais pas te vexer c'était pas méchant c'est que y a des histoires que j'ai adorer qui n'ont jamais été terminer depuis 2007 et c'est la 1ere fois qu'en 2 mois il n'y a pas de suite j'ai eu peur mais c'est pas contre toi désolé si tu la mal pris je voulais pas


  • TickTom Tickling Avatar
    TickTom Tickling - il y a 11 ans
    J'ai réellement adoré ta fiction, l'une des meilleures du site voir même LA meilleures. Pour ma part j'ai tout lu en un peu plus d'une journée et j'avais du mal à lâcher mon Smartphone tellement c'était captivant. C'est simple, à la pause du midi je mange devant une série ou un film ou même des vidéos genre YouTube mais hier il n'en a été rien. Sinc une fiction à laquelle on ne peut plus se décrocher une fois ferrer. Et pour finir, LA SUITE!!!!!!!!!!

  • Black Stingray Avatar
    Black Stingray - il y a 11 ans
    [u:el08gzlm]Chapitre 17 : Trahison[/u:el08gzlm] Lorsque les filles revinrent au campement, ce fut pour trouver Billy debout, penché la tête entre ses genoux, le visage pâle et grimaçant comme s’il allait être malade. À quelques mètres de lui, Harrington, imperturbable, finissait son récit : « Et donc c’était la première et la dernière fois que j’essayais une orgie de gothiques. Mais de quoi vous parliez vous deux ? intervint Cass avant de se raviser aussi sec : En fait, non, je crois que je préfère pas savoir. Oh merde, Sally, qu’est-ce qui t’est arrivée ? demanda Billy qui, se ressaisissant, remarqua le cocard de son amie. Tu vas bien ? Oui oui, t’inquiète, c’est rien de grave. Je t’expliquerai. » L’heure étant déjà bien avancée, ils décidèrent de dîner avant de reprendre la route, et préparèrent un feu de camp pour y faire cuire du chili en boîtes. C’était pas excellent, mais ça avait le mérite d’être consistant, et après un voyage pareil, c’était tout ce qui leur fallait. « Hé, demanda Billy pendant qu’ils mangeaient, on va où en fait ? J’en sais rien, soupira Cass. Loin. Ma sœur vit à Phoenix avec son copain, dit Sally, peut-être qu’elle pourra nous héberger quelques temps ? Mais est-ce que c’est la bonne solution ? Fuir, je veux dire ? Quoi, tu veux y retourner et te battre ? demanda Cass sombrement. Avec les ressources des Lambert et Blaze qui a disparu de la circulation ? Je sais qu’on est pas en position de force, mais… je sais pas, ça me fait réfléchir tout ça. Le procès peut traîner des semaines, voire des mois, et Mademoiselle Kaczinski… je sais qu’elle est forte, mais seule contre eux ? Je me demande si on va pas empirer les choses en fuyant. Blackie, t’en penses quoi ? Rien à carrer, répondit l’homme d’un ton satisfait en buvant une gorgée de bière. Mais toi à l’époque, t’as lâché ta bombe, mais elle a pas suffi à détruire le Klub. Après, t’as fui et le Klub s’est reformé encore plus fort. Et toi, ben t’as vu ce que t’es devenu ? Ah ben je te remercie, c’est agréable ! » Sur ces mots, Blackie se leva précipitamment et partit bouder plus loin. « Blackie, attends ! s’écria Cass en le rejoignant. Je sais que c’était pas super bien dit, mais je pense pas qu’il ait voulu te vexer… Non c’est vrai, excuse-moi, dit Billy en les rejoignant à son tour. En fait ce que je voulais dire, c’est… ben depuis que je te connais, à force de te parler et tout, j’ai l’impression que tu es devenu comme tu es… à te terrer dans une vieille péniche, à picoler et à faire comme si tu te foutais de tout et rien ne n’atteignait… j’ai l’impression que t’es devenu comme ça par aigreur, par rapport à ce qui s’est passé, et par rapport à ce que c’est maintenant. Tu sais, je te vois et je repense à cet autre ancien du Klub qui bosse au Burger King de Cooper Riverside. Lui aussi a fui et ça a foutu sa vie en l’air. J’ai peur qu’il nous arrive la même chose. T’as jamais voulu y retourner, et aller jusqu’au bout ? » Blackie, d’ordinaire d’un je-m’en-foutisme énervant, soupira profondément à ces mots et regarda au loin d’un air triste. « Je préfère pas en parler, dit-il. Bon, vous savez ce qu’on va faire ? poursuivit-il en revenant en direction du feu de camp. D’abord on va chez la frangine de mademoiselle, là… au fait, elle est célibataire ? Je viens de dire qu’elle vit avec son copain ! répondit la jeune fille, irritée. Ah oui, merde. Bon, pas grave. On va là-bas, on se pose pour réfléchir, et ensuite on avisera, ça marche ? Bon, alors on reprend la route, à la fraîche ça va être sympa. » Il ne leur laissa pas le temps de réagir qu’il sauta sur sa moto, actionna le kick, et… rien. Même pas le moindre petit toussotement. Il réessaya, et encore, mais sans effet. « Euh… vous allez rire, dit-il, mais je crois que je suis à sec. Commença, à sec ? s’écria Cass, cette fois-ci bien remontée. Tu regardes jamais ta jauge d’essence ou quoi ? Ben non, elle est pétée depuis longtemps. Oh putain, je vais l’étriper… Hé, pas de panique ! Il suffit de siphonner un litre ou deux dans la caisse de mademoiselle… Sally ! Sally, voilà. Donc un litre ou deux, ça nous fera assez jusqu’à la prochaine station. C’est un diesel, répondit Sally. Bon ! Pas de panique, on va trouver, on va trouver… ah, je sais ! Y a un village pas loin, je pense, on peut même y aller à pieds, on achète un jerrycan et on revient. T’en dis quoi, Cass, tu m’accompagnes ? On se fera une belle petite balade nocturne. » Cass regarda les deux jeunes et haussa les épaules. « Rassure-moi, murmura Sally, tu le sens venir le gros plan drague, au moins ? Gros comme une maison ! Mais t’inquiète, je sais le gérer. Vous allez vous en sortir si je vous laisse tous les deux ? Oui oui, t’inquiète, on a le feu de camp, on a les duvets dans la voiture, tout va bien. Bon, ben à tout à l’heure alors. » Lorsqu’elle et l’épave furent partis, les deux jeunes se retrouvèrent seuls, assis côte à côte devant le feu, à l’observer en silence. L’air frais de la nuit mêlé à la chaleur du feu était très agréable. « Alors, demanda Billy avec hésitation, c’est quoi en fait ? Tu sais, ton cocard ? Oh, t’inquiète, c’est pas grand-chose, je suis sûre que dès demain il aura disparu. En fait, Cass a voulu me montrer des mouvements de défense tout à l’heure, au cas où… Sérieux ? J’aurais pas pensé ça venant d’elle… et tu t’es bien débrouillée ? Ben à part ce cocard, je pense que oui. J’ai appris pas mal de trucs pour mettre un homme à terre en moins de deux, à ta place je ferais gaffe ! Attention, ria-t-il, tu me fais peur ! Nan mais t’inquiète pas, toi t’es gentil, je te taperai pas. Mais elle t’a pas trop fait morfler au moins ? J’ai un peu mal partout mais ça va… en fait, poursuivit-elle après un temps d’hésitation, j’ai surtout vachement mal aux pieds. Ah ? Tu veux que… enfin, non, rien. Qu’est-ce qu’il y a ? » Le jeune homme rougit comme une tomate. « Non c’est rien, marmonna-t-il, c’est juste que… je me disais que peut-être, enfin si tu voulais, un massage, mais… Oui. Hein ?! s’exclama-t-il, éberlué. J’ai dit oui, répéta-t-elle en souriant, avec plaisir. » Et sans lui laisser le temps de répondre, elle changea de position et se déchaussa pour poser ses pieds nus sur les genoux de son ami. Avec des gestes mal assurés, le jeune homme posa ses mains dessus, et commença par des caresses maladroites. Puis, peu à peu, ses gestes se firent plus assurés, alternant caresses douces et pressions plus appuyées, sous les encouragements de Sally qui lui répétait à quel point cela lui faisait du bien. Ses pieds étaient incroyablement doux, et Billy eut le plus grand mal du monde à restait calme tant son cœur battait à cent à l’heure, tout excité qu’il était par ce moment d’intimité qu’ils partageaient. Au bout de quelques minutes de détente, enhardi par cette grande complicité entre eux, il se risqua à glisser un doigt malicieux sous sa plante. « Hé ! protesta-t-elle en gloussant et en retirant subitement son pied. Désolé, se hâta-t-il de dire, rougissant de plus belle et baissant la tête. Je… je sais pas ce qui m’a pris, j’aurais dû me dire qu’avec ce que t’as vécu, c’était nul comme idée… Hé, Billy, détends-toi, dit-elle d’une voix douce, je t’en veux pas. Ah non ? Non… tu sais, je vais te dire, les chatouilles en fait c’est sympa, quand c’est bien fait. Quand c’est bien fait ? Ben, quand je suis pas attachée et torturée à mort, tu vois. Là, on est juste tous les deux, je sais que tu me feras pas de mal, alors au contraire, j’aime plutôt ça, ça détend. Ah, je savais pas… je me disais qu’au contraire, t’en serais peut-être dégoûtée… En fait j’aimerais bien que tu continues, dit-elle en reposant son pied sur ses genoux, mais vas-y doucement, d’accord ? Promis. » Sur ce, il passa de nouveau un doigt sous son pied, et un autre, et elle se mit à glousser. Il se mit alors à effleurer la peau sensible de ses plantes du bout des doigts, lentement, se régalant de voir ses orteils se contracter par réflexe à chacun de ses passages, puis s’étirer de nouveau pour lui offrir délibérément ses pieds, le tout rythmé par ses petits rires mélodieux. Elle avait un rire magnifique, et encore mieux pour le jeune homme, il pouvait entendre dans son rire le plaisir que ce doux supplice lui procurait. « Tu sais, dit-elle entre deux gloussements, y a pas qu’aux pieds que je crains… Hein ? le pauvre jeune homme fut tellement surpris qu’il n’arriva pas à en croire ses oreilles. Euh, tu veux dire, tu crains où, sinon ? J’en sais rien, à toi de trouver, » répondit-elle avec un clin d’œil espiègle. Billy changea alors de cible, et fit doucement glisser ses doigts le long de ses jambes nues jusqu’à ses cuisses. La jeune fille fut immédiatement prise de spasmes, et se mit à se mordre la lèvre et à fermer les yeux très fort pour ne pas exploser de rire. « Ha, on dirait que c’est sensible par-là, non ? dit-il, narquois. Pas du tout, répondit Sally, je ne sens absolument rien. Ah bon ? Alors, sur le ventre peut-être ? Essaye, tu verras bien. » Il ne fallut pas au jeune homme plus d’encouragement pour faire remonter ses mains et passer délicatement ses doigts sous le débardeur de son amie. Dès qu’il commença à effleurer la peau moite de sueur de son ventre et de ses flancs, la jeune fille se remit à s’agiter de plus belle, mais s’efforçant toujours de ne pas rire. Elle lui faisait croire que c’était juste par fierté qu’elle se retenait, mais Billy n’était pas dupe : elle aimait ça, surtout. Nerveux, il déglutit avant d’oser remonter encore ses mains, vers ses côtes, mais le débardeur était trop serré et gênait ses mouvements. Il retira ses mains, prêt à se contenter de la chatouiller par-dessus son vêtement, quand elle se redressa tout à coup et fit une chose tellement inattendue qu’elle le laissa sans voix : elle retira d’un seul coup son débardeur et s’allongea de tout son long sur le dos, en soutien-gorge, les mains derrière la tête. Billy crut devenir fou à la vue du spectacle qui s’offrait à lui, son ventre blanc et doux comme du satin, ses côtes appétissantes qui ressortaient, ses seins qui, bien que toujours cachés, en révélaient juste assez pour qu’il en devine la beauté… « Ben alors, déclara-t-elle, faisant semblant de s’endormir, c’est déjà fini ? » Hésitant, tremblant et au bord de la syncope, Billy se pencha au-dessus d’elle, se tenant en équilibre d’une main alors que de l’autre, il commença à effleurer ses côtes. Elle se tendit, commença à se tortiller pour échapper à la sensation, mais lutta tout de même pour garder ses mains derrière la tête et pour ne pas rire. Elle se mit même à le narguer : « C’est tout ? Allons, tu peux faire mieux que ça ! » Cette remarque parvint à le détendre, et oubliant ses appréhensions, il alla s’asseoir à califourchon sur sa taille pour avoir les deux mains libres pour la chatouiller de chaque côté. C’en était trop pour elle, et elle partit à rire aux éclats, mais sans lui demander d’arrêter ni même essayer de se défendre… enfin, jusqu’à ce qu’il remonte au niveau de ses aisselles, partie tellement sensible qu’elle craqua dès qu’il les eut effleurées et rabattit les bras pour se protéger. « Ha ! Le voilà ton point faible ! s’exclama-t-il, victorieux. Attends, tu vas voir ! » Et elle riposta, plongeant d’un coup les mains sous son t-shirt pour le chatouiller. Le jeune homme pouffa de rire et se tortilla pour se défendre, et perdit bien vite l’équilibre et tomba sur le côté, et tous deux partirent à se rouler sur la couverture sur laquelle ils étaient installés, luttant et se chatouillant de plus belle dans de grands éclats de rire. Le jeu dura plusieurs minutes, et au bout d’un moment, les chatouilles ralentirent, et se changèrent peu à peu en caresses, jusqu’à ce que Billy ressente soudain comme une violente fièvre lorsqu’il prit conscience de la situation : il était à moitié couché sur elle, les jambes de la jeune fille enroulées autour de sa taille, il avait une main sur ses côtes, et l’autre… posée sur sa poitrine. Gêné, il la retira, mais elle lui rattrapa vivement la main et la reposa sur son sein. Il crut que son cœur s’était arrêté tout à coup. Puis elle leva les bras et posa délicatement ses mains sur les épaules du jeune homme, et lui sourit timidement. Elle avait comme un millier d’étoiles dans les yeux. Lui avait le regard vide, il était comme paralysé. Ils restèrent un moment comme ça, immobiles, quand elle lui murmura : « T’attends quoi pour m’embrasser, idiot ? » Ces mots le ramenèrent à la raison avec la violence d’un coup de chaise dans les dents. Il prit une grande inspiration. Rassembla tout son courage. C’était pas le moment de flancher. Elle ferma les yeux, et lentement, releva la tête vers lui, ses lèvres légèrement entrouvertes. Tremblant, il baissa lentement la tête en l’imitant. Il vit son visage se rapprocher. Il ferma les yeux. Et leurs lèvres se rencontrèrent. « Hé, t’es sûr qu’il y a un patelin dans le coin ? demanda Cass, fatiguée et un peu découragée d’avoir suivi la route depuis deux bons kilomètres sans rien trouver. Ouais, je reconnais le coin, répondit Blackie, on va bientôt arriver à Abilene. Abilene ? C’est pas une ville de pionniers du far-west, ça ? Mais c’est une ville fantôme ? C’était, mais y a quelques années un mec a construit une station-service. Du coup t’as un bar qui s’est collé à-côté, c’est devenu un peu une étape, surtout pour les bikers qui font la route entre l’Arizona et la Californie. Je connais parce que j’y vais de temps en temps l’été, quand j’en ai marre de Coast Way Bay, et au moment du solstice, t’as un genre de secte New Age qui se réunit là-bas, ensuite ils vont dans le désert, bien loin de la route, pour bouffer du peyote. Je suis allé avec eux une fois, j’avais entendu dire que ça se finissait en grosse orgie, alors je voulais voir. Et alors ? Alors je me suis réveillé deux jours plus tard dans l’arrière-cuisine d’un sushi-shop à Los Angeles. Los Angeles ? Mais c’est à des heures de route, comment t’as fait pour… Justement, j’en ai aucune espèce d’idée. En fait, j’ai aucun souvenir de cette soirée-là ni des deux jours qui ont suivi. À part que j’avais plus un billet en poche, une dent en moins, et que j’étais désormais marié à une hippie adepte de la médecine shamanique répondant au nom de Sunshine. Je l’ai jamais revue, d’ailleurs… Hé ben, déclara Cass en éclatant d’un gros rire, toi quand tu fais la fête c’est pas qu’à moitié ! » Ils parlèrent si gaiement qu’ils ne se rendirent compte qu’ils approchaient du village que quand ils se retrouvèrent bien en face du néon clignotant de la station-service. « Quel trou ! » s’exclama la jeune fille. L’établissement était désert, excepté le gérant qui se trouvait à l’intérieur, occupé à lire une revue, et ne semblait pas avoir été nettoyé depuis des années. Juste à côté se trouvait le bar, dont les effluves de bière, de transpiration et de musique country leur parvenaient. Il y avait une dizaine de motos garées devant. « [i:el08gzlm]El Diablo Sediento[/i:el08gzlm], dit Cass en lisant le nom sur la devanture. Le diable assoiffé, charmant. Hé, ça te dit qu’on se prenne une petite mousse avant de retourner au camp ? Je sais pas trop, Blackie, ça m’ennuie un peu de laisser les deux tous seuls… Oh, ils sont grands tu sais, je suis sûr qu’ils se débrouillent très bien. Un petit quart d’heure de détente assis sur un bon tabouret de bar, ça va pas nous faire de mal ? Bon, ok, mais une petite alors. » Ils achetèrent donc leur jerrycan au vieux proprio de la station et se rendirent ensuite dans le bar. L’endroit avait l’allure vieillotte d’un saloon du temps de la ruée vers l’or et puait l’essence, la transpiration et la mauvaise eau de toilette des habitués, qui étaient en majorité soit des Blancs en cuir, soit des Mexicains en chemises à carreaux, presque tous barbus et bedonnants. Un vrai coupe-gorge, mais Cass, sous son autre identité, avait fréquenté des établissements bien pires. Nancy’s Tavern, à Coast Way Bay, était du même acabit. C’est pourquoi, sans se démonter, elle traversa la salle d’un pas assuré et alla s’installer à un tabouret, et posa ses mains sur le comptoir gras. « Salut Blackie, dit le patron quand Harrington s’installa près de sa camarade, qu’est-ce que je te sers ? Deux Bud s’te plaît, Carlos. Attends, elle est avec toi la jolie blonde, là ? demanda-t-il en se tournant vers Cass. Y a un problème ? demanda-t-elle, sur la défensive. Carte d’identité, mademoiselle, répondit-il sèchement. Oh merde, vous faites chier, protesta-t-elle, vous croyez qu’un flic viendrait faire un contrôle dans un bouge pareil ? Ce bouge comme tu dis, ma petite, c’est mon gagne-pain et ma maison depuis vingt ans. Et toi, manifestement, tu les as même pas, les vingt ans, alors dehors ! Carlos, intervint Blackie, on peut peut-être s’arranger, tu crois pas ? Avec quoi ? demanda le patron. T’as déjà du mal à régler ton ardoise de l’an dernier ! Dis-moi, ta femme, elle est toujours fan de l’herbe taïwanaise de Coast Way Bay ? Qu’est-ce que tu dirais d’un petit paquet cadeau la prochaine fois que je reviens, et en échange on va dire que ce soir, ma pote a vingt-et-un ans. » Il ponctua sa proposition d’un petit clin d’œil, et le patron demeura pensif quelques instants avant de finalement acquiescer et de leur servir leurs bières. « T’as toujours les bonnes astuces, toi, hein ? demanda Cass en trinquant avec lui. L’habitude, cocotte, l’habitude. » Elle sentit une extrême irritation à entendre ce mot, mais pour préserver sa couverture, elle décida de ne pas le relever. « Mais dis-moi, demanda-t-elle, y a un truc qui me chiffonne : tu vis à Coast Way Bay et tu picoles tout le temps, où tu trouves tout l’argent pour boire ? Et même pour manger ? Oh, j’ai quelques combines, par-ci par-là… je deale un peu, j’aide à refourguer du matos, à décharger les bateaux de contrebande, enfin des petits boulots, quoi. Et puis mon père me file un peu de thune de temps en temps, jusque ce qu’il faut pour que je survive et qu’il garde une bonne conscience. Tu disais que ton père, c’est le fondateur du Klub, c’est ça ? Euh, ouais mais ça je l’ai dit à Blaze, pas à toi. Comment tu sais ça ? » Elle sentit son cœur s’arrêter pendant une seconde. Merde ! Rattrape-toi, rattrape-toi ! « Ben, marmonna-t-elle, Blaze a dû le dire à Sally, et Sally me l’a dit. Ah ouais, bien sûr. Et il fait quoi dans la vie, ton père ? Il bosse dans la finance… t’as entendu parler de Harrington Financial ? La super grosse boîte d’investissement qui était dans le quartier des affaires de New Havenport ? Oui, ça me dit quelque chose ! Mais elle est plus là ? Nan, mon père l’a emmenée avec lui quand il a quitté la ville il y a six ans. Ça a été une sacrée perte il paraît, pour les gens et tout. Ça plus la crise, ça a bien amoché la ville. Mais alors, ton père est vachement riche ? Ouais… et je devais prendre la succession, mais… Ouais, j’ai entendu toute l’histoire. Je vais pas m’en plaindre, c’est moi qui ai tout saboté après tout. C’était quand même vachement courageux de ta part. De tout dénoncer, je veux dire, en sachant que ça allait te plomber ton avenir. Courageux… dit-il sombrement en fixant son verre d’un œil morne. Ouais, si tu le dis… » Sur ces mots, il finit son verre cul-sec quand le patron revint à son niveau. « Blackie, dit-il, t’as un coup de fil. Un coup de fil ? Qui c’est ? Ben ça j’en sais rien, le mec a juste demandé si t’étais là et si il pouvait te parler. » Curieux, le jeune homme se leva et alla derrière le comptoir, en direction des toilettes, où se trouvait, accroché au mur, un vieux téléphone. « Allô ? dit-il en prenant le combiné. Bonsoir, Alistair. » Il se figea d’un coup, sentant son cœur se glacer en entendant cette voix. C’était une voix grave, âgée, mais aussi suave et empreinte de dignité. Une voix qu’il pensait ne jamais entendre de nouveau. Il prit une grande inspiration pour se ressaisir et répondit : « Salut, Papa. » Pendant ce temps, dans la salle, Cass venait de finir sa pinte quand un malabar tatoué à l’haleine chargée de whisky et de mauvais tabac vint l’aborder. « Hé ma biche, c’est la première fois que je te vois dans le coin ? Je t’offre un verre ? Je dirais pas non à une autre bière, répondit la jeune fille, par contre tu m’appelles pas ta biche, tu seras gentil. Ha ha, c’est qu’elle fait des manières, la poulette ! Je t’aime bien toi, je sens qu’on va passer une bonne soirée tous les deux ! » Et il ponctua par une claque bien forte sur les fesses de Cass. La blonde se redressa d’un coup et le pénétra de son regard de glace. Quand Blackie revint à sa place quelques minutes plus tard, il la trouva en train de siroter une nouvelle pinte. « Tiens, tu t’en es repris une ? dit-il. En fait c’est mon nouveau copain qui me l’a offerte. Blackie, je te présente Roger, Roger, Blackie. Dis bonsoir, Roger ! Soir, gémit le malabar avec grand peine. Il est sympa, hein ? demanda Cass. Il a l’air, dit Blackie. Par contre, je crois qu’il peut plus respirer, là, tu devrais peut-être… Ah ouais. » Sur ces mots, elle desserra son étreinte autour du cou de Roger et le laissa partir, tout penaud. « Et si tu me remets encore la main au cul tu finiras avec mon pied dans le tien, gros porc ! cria-t-elle alors qu’il s’éloignait. T’es plutôt dingue comme nana, tu sais ? T’as maîtrisé ce gars comme si c’était un gosse de six ans. Disons que j’ai appris à les gérer… j’ai grandi dans les Projects, tu sais. » Il ne répondit pas, et elle remarqua qu’il la scrutait d’un drôle d’air. « Quoi, qu’est-ce qu’il y a ? Nan rien, je me disais juste… c’est marrant, mais j’ai rencontré Blaze, tu sais, et en fait, tu parles comme elle, t’es aussi balèze qu’elle… tu lui ressembles même de visage, j’ai l’impression… limite, tu pourrais être elle. Ah mais ça c’est normal, parce que je vais te dire, mais faut que ça reste entre nous, hein ? En fait, Blaze, c’est moi. Sérieux ? Ouais, mec. » Ils se fixèrent un instant dans le blanc des yeux sans rien dire, et Cass finit par pouffer de rire. Blackie rit à son tour. « Ah d’accord, dit-il, tu m’as bien eu, j’avoue, c’était convaincant ! Alors dis-moi, qu’est-ce qu’il y a à savoir sur Cass ? Oh, tu sais, j’ai pas une vie très passionnante… je fais beaucoup de sport, du basket surtout, je suis pas très douée à l’école… Et d’où tu connais Sally du coup ? On est dans la même équipe de basket. » Elle se sentit un peu mal à l’aise en répondant. Il avait failli la griller, et bien comme il faut, elle devait maintenant faire vachement gaffe à ses mensonges. « Et comment tu t’es retrouvée dans les histoires du Klub ? Parce que t’as l’air pas mal balèze, je me souviens pas que le Klub visait des filles comme toi, à leur époque. Ils les préféraient plus… fragiles. Ouais, je sais, mais une copine à Sally sortait avec un mec du Klub, on a fait plusieurs soirées avec, du coup j’ai flirté avec un de ses potes, et, bon, la merde qui me tombe dessus, quoi. Je vois, je vois… et du coup, t’as un copain ? Monsieur Harrington, seriez-vous en train de me draguer ? déclara-t-elle en riant, voyant là une échappatoire à l’interrogatoire. Merde, ria-t-il à son tour, je suis grillé ! J’admire quand même la performance, c’était vachement plus subtil que Roger. Merci… on se reprend une tournée ? Carrément, » dit-elle enjouée, sentant déjà l’alcool lui monter à la tête. Sally fut réveillée en pleine nuit par un cri perçant dans la nuit qui la fit sursauter. Un cri suraigu, comme une voix de petite fille toute excitée : « Ooooooooh c’est-y pas mignon, ça ! Vous êtes adorables tous les deux, les tourtereaux ! » La jeune fille se redressa et ouvrit les yeux. Les deux jeunes s'étaient embrassés jusqu'à ce que le froid de la nuit les ramène à la réalité, et comme il se faisait tard et que leurs compagnons n’étaient pas rentrés, ils avaient décidé de sortir les duvets et de dormir près du feu, à la belle étoile. Enfin, en fait ils avaient dormi dans le même duvet, pour se tenir chaud, et elle était dans les bras de Billy quand le cri la réveilla. Et à la lueur du feu presque éteint, elle distingua Cass qui les regardait avec un grand sourire débile. Était-ce vraiment Cass ? Un air aussi con, et une voix aussi gamine, ça ne lui ressemblait tellement pas… elle comprit cependant quand elle vit Blackie tituber à sa suite, hilare. « Hé mais vous êtes bourrés ? demanda-t-elle, éberluée. Bourrés ? Pas du tout, protesta la blonde, on a juste bu un verre ou deux. On est détenduuuuuuuus… » Elle tenta de se relever en prononçant ce dernier mot mais tituba et alla tomber dans le feu quand Blackie la rattrapa de justesse. Dans le feu de l’action, et surtout fortement éméché, il tenta de l’embrasser. « Holà, gare ton cheval, cow-boy, déclara-t-elle en le repoussant gentiment. C’est pas parce qu’un couple se forme qu’on est forcés de faire pareil, hein ! Oh allez, juste un p’tit bisous ! Ta ta, j’ai dit non ! Et fais gaffe, j’en ai matés des plus balèzes que toi ! Je t’ai raconté la fois où j’ai bousillé ce gros que tout le monde appelait Le Boucher ? Je venais juste de finir mon costume à l’époque, et… Putain, Cass, ta gueule ! hurla Sally, prise de panique. Quel costume ? demanda Blackie. Hein ? dit Cass, reprenant soudainement conscience de ses propos. Oh, euh, ouais costume parce que c’était à l’époque d’Halloween, et donc… ouais, en fait je te raconterai ça un autre jour, là je suis crevée… » Elle tituba jusqu’à la voiture et après avoir longuement lutté avec la portière, elle parvint à l’ouvrir et à s’affaler sur la banquette arrière. Blackie, de son côté, déroula maladroitement son duvet près de sa moto et se glissa dedans. Bientôt, le silence retomba et tout le monde se rendormit. Le soleil tapant sur les vitres rendait l’intérieur de la voiture aussi chaud qu’un four, et c’est ça qui réveilla Cass. Elle ouvrit les yeux en gémissant, et sa tête sembla peser dix tonnes alors qu’elle s’extrayait tant bien que mal du véhicule. Elle avait jamais eu aussi mal. Elle n’avait qu’une envie, trouver un endroit sombre et dormir pendant au moins un an. Alors c’était ça, la gueule de bois… Un bruit de moteur au loin attira son attention, et elle scruta en direction de la route, plissant les yeux pour se protéger du soleil, et aperçut une demi-douzaine de voiture roulant dans leur direction. Bizarre, se dit-elle, on dirait un convoi… puis les voitures s’arrêtèrent non loin de leur campement, et tous leurs passagers sortirent. Tous des jeunes. Tous des têtes familières. C’était… son sang ne fit qu’un tour. Les garçons du comité d’excellence. Et à leur tête, elle le reconnut ce grand enfoiré, même avec ses lunettes de soleil sa cicatrice était toujours bien visible. Thad. Son cerveau embrumé se réveilla d’un coup, comme si elle avait reçu un coup de tonnerre, et l’adrénaline se mit à pomper furieusement dans ses veines, mettant tous ses sens en alerte. « Debout ! hurla-t-elle. On se réveille, vite ! Ils arrivent ! » Ses camarades se réveillèrent, lentement, et elle alla même les secouer pour qu’ils se lèvent plus vite. Ils furent d’abord énervés d’un réveil aussi brusque, mais lorsqu’elle leur exposa les raisons de son emballement, l’irritation céda rapidement à la panique. « Ok, on va rester calme, ordonna Cass alors que Thad et les autres se rapprochaient à pieds. Sally, Billy, vous montez dans la voiture, vous verrouillez les portes, et vous allumez le moteur. Si ça tourne au vinaigre, vous vous barrez le plus vite possible. Mais faut que tu viennes avec nous ! protesta Billy. On peut se barrer tout de suite ! Non, ils vont nous poursuivre et ils sont trop nombreux. Je vais les ralentir au maximum, c’est le seul moyen. Blackie, tu sais te battre ? » Pour toute réponse, le jeune homme saisit dans sa main la chaîne qu’il portait accrochée à sa ceinture, et la fit tournoyer comme un nunchaku. « Ok, dit-elle, alors on y va. » Les deux jeunes lui obéirent et allèrent se réfugier dans la Ford, tandis qu’elle et son camarade de bagarre allèrent à la rencontre de leurs ennemis. Cass tenta de rester calme, mais dans son état, épuisée et avec un tel mal de crâne, elle doutait de pouvoir les maîtriser tous. Elle espérait au moins que Blackie était aussi bon pour la baston que pour la picole. « Salut Cass, dit Thad avec un sourire mauvais quand ils arrivèrent à leur niveau. Je t’ai manqué ? Comment t’as fait pour nous retrouver, petite ordure ? siffla-t-elle, sa voix pleine de haine. Les relations, ça aide. Alors, comme ça on crame ma baraque, me colle un procès au cul, avant de disparaître dans le désert sans même dire au revoir ? C’est pas bien, ça. Le procès, on va le gagner, et ton père et toi allez finir en taule. Toutes vos saloperies ne pouvaient pas durer éternellement. C’est là que tu te trompes, ricana-t-il, parce que tu connais la différence entre toi et nous ? C’est que, nous tous ici, nous sommes solidaires. On s’entraide en cas de coup dur, et c’est pour ça qu’on gagne à chaque fois. Et toi, Blaze, t’as toujours été qu’une petite racaille qui espérait changer le monde en solo. Et te voilà toute seule, maintenant. Seule ? Tu veux rire, j’ai des amis, et ensemble, on va gagner ! C’est ce qu’on va voir. Chopez-les. » Les garçons se jetèrent sur elle. Elle ne perdit pas de temps et cueillit le premier en plein vol d’un coup de pied dans les côtes. Un coup de poing dans la mâchoire du suivant. Elle se démena comme une diablesse et parvint à les repousser, mais elle sentit monter le désespoir : elle avait trop mal à la tête, elle avait du mal à rester concentrée, et l’alcool qui empoisonnait encore son système ralentissait ses réflexes, et rendait ses gestes fébriles. Elle respirait de plus en plus fort, et son addiction au tabac rendait ça encore plus laborieux. Elle avait encore la force d’en envoyer quelques-uns au tapis. Mais seulement quelques-uns. « Blackie ! s’écria-t-elle. J’ai besoin d’aide, là ! » De son côté, Harrington s’était avancé vers Thad, et brandissait sa chaîne comme pour le frapper. Mais son bras resta figé en l’air, paralysé par l’hésitation. « Pèse bien ton geste, dit Thad. Souviens-toi de ce qu’on t’a promis… » Cass, de plus en plus en peine, tourna un rapide coup d’œil vers son camarade et le vit abaisser l’arme avec laquelle il menaçait leur ennemi et se tenir là, immobile. « Blackie, qu’est-ce que tu fous bordel ! » Seule, elle ne parvint plus à lutter bien longtemps, et ses poumons encrassés finirent par céder et elle fut prise d’une quinte de toux qui la bloqua complètement, et les garçons parvinrent à se liguer contre elle et à la plaquer au sol. Malgré toute sa force, ils étaient bien trop sur elle et elle ne put que lever la tête du sable et regarder en direction de la voiture. « Cass ! » hurla Sally, et très vite, les garçons qui n’étaient pas sur elle accoururent vers le véhicule. « Tirez-vous ! cria la blonde. Mais, Cass ! Pas de mais, tirez-vous en vitesse, putain ! » La pauvre Sally voulut protester, mais lorsque les garçons arrivèrent au niveau de la portière, elle se rendit compte qu’elle n’avait d’autre choix que de démarrer à toute berzingue et de fuir dans un grand nuage de poussière. Cass regarda la voiture s’éloigner sur la route et disparaître. Elle poussa un soupir. « Relevez-la ! » ordonna Thad. Ils s’exécutèrent, et elle se retrouva bientôt au milieu d’un cercle formé par les garçons, peinant à tenir debout. Elle avait mal partout, avait les genoux écorchés, était couverte de bleus et de sable, et sa lèvre s’était mise à saigner. Mais malgré son air misérable, elle refusa de baisser les yeux devant Thad. « Tu vois, dit-il, toute seule. Blackie, qu’est-ce que c’est que ce bordel ! grogna-t-elle en direction de son camarade. Qu’est-ce qui t’arrive ? Je suis désolé, marmonna-t-il en évitant son regard. Désolé, Cass, mais j’ai mes raisons… Quoi ? On a un petit arrangement avec Alistair, ricana Thad. Disons, une offre qu’il ne pouvait pas refuser… ça fait quoi d’être un héros, quand même tes amis finissent par te trahir ? Entre ceux qui t’abandonnent… » il fit un geste en direction de la route. « Et ceux qui te vendent… » et il fit un geste vers Harrington. « Attends, c’est toi qui leur as dit où on était ? demanda-t-elle à son ancien camarade. Espèce d’ordure, je vais te tuer ! » Elle se rua vers lui, mais les garçons la maîtrisèrent avant qu’elle ne l’atteigne et la repoussèrent vers le milieu du cercle. « Ne gaspille pas ton énergie contre lui, dit Thad en s’avançant lui-même dans le cercle. Après tout, c’est moi que tu détestes, non ? C’est moi que tu veux tuer ? Alors je suis bon joueur, je te laisse une seule chance. Ne la gâche pas. » C’était exactement ce qu’elle avait besoin d’entendre. Folle de rage, elle se redressa, hurla, et lui envoya son poing en pleine figure. Trop lente. Il l’esquiva sans peine et lui asséna un uppercut dans l’abdomen qui lui coupa le souffle. Elle chancela. Il lui décocha un crochet au visage. Elle en fut tellement sonnée qu’elle sentit à peine la douleur. Et un autre. Et tout ce qu’elle sentit, c’était le sable et la pierre la frappant de plein fouet alors qu’elle s’écroulait au sol. Il la frappa encore. Et encore. Elle n’eut même pas la force de se défendre, son corps ne répondait plus, elle était enfermée dans un univers de douleur d’où il n’y avait aucune échappatoire. Tout ce dont elle avait conscience à part la douleur, c’était son rire. Il riait tout le long, d’un horrible rire qui se délectait de sa souffrance. Elle ne savait pas exactement ce qui se passa ensuite, mais la dernière qu’elle sentit, c’était que les autres garçons la saisissaient, et la relevaient. Et elle perdit connaissance.

  • SweatyGirlySoles Avatar
    SweatyGirlySoles - il y a 11 ans

    super suite j'ai vraiment adorer le coup du massage des pieds proposer avec hesitation pas billy ^^ mais par contre le coup de la trahison de alistair sa fait un sacré choc et surtout se qui m'ennuy le plus dans l'histoire c'est le fait de couper l'histoire dans un tel suspens comme d'habitude lol ^^ franchement je suis impatient d'avoir la suite continue comme ca ;) et surtout... essaye de pas mettre autant de temps pour la suite mdr :lol:

    PS: ton histoire est de loin la meilleur histoire qui m'était donné de lire :) un peu longue mais superbe je me demande si blaze va se faire chatouiller les pieds mdr ^^

    continue comme ca black t'es le meilleur


  • Hasana Avatar
    Hasana - il y a 11 ans

    Et bien comme toujours j'ai pris un grand plaisir à te lire :)

    J'ai beaucoup aimé la partie où Billy et Sally son ensemble, mais je n'ai pas du tout apprécié la trahison de Blackie, même si on ne connaît pas ses raisons, il reste un *****.

    J'espère que Cass va s'en sortir, je commence à bien aimé ce personnage, même si au début je n'en étais pas sûre.

    J'espère aussi que Thad et les autres vont finir par payer, ce n'est pas juste que ça soit toujours les même qui payent !!! :p

    Je te laisse écrire la suite :) et c'est sur que je te lirais.


  • maL Avatar
    maL - il y a 11 ans

    Ah ! le grand retour de Black Stingray ! ça fait bien plaisir !

    L'épisode était plaisant. Facile et agréable à lire.

    Je m'attendais à un coup fourré de Blackie parce que... parce que... parce que je fais du délit de sale g***** quand ça m'arrange ! :D Bon, Hum ! non, en vérité, je le sentais venir, c'est tout ! :moue: Mais je m'attendais à un truc plus sournois que ça - mais c'est sans doute parce que j'ai mauvais fond, en ce moment.

    Sinon, j'ai trouvé que tu faisais une très bonne description du benêt avec Billy et... - Hum, décidément mon fiel déborde, il faut que fasse quelque-chose - Sally est trop gentille avec lui ! Mais bon, ça apporte un peu de délicatesse dans cette histoire pleine de brutes ! ;)


  • Coco Avatar
    Coco - il y a 11 ans

    J'ai trouvé des fautes au début :xp: enfin 2 ^^

    Très sympa la suite, bon on avait un peu oublié les passages d'avant ^^ mais c'est top comme a chaque fois.
    Je m'attendais a la trahison de blackie avec le coup de téléphone au pub ! Et j'ai bien rigolé avec le coup de la boite de chilly :p


  • Black Stingray Avatar
    Black Stingray - il y a 10 ans
    [u:1dp42dvx]Chapitre 18 : Assaut sur le Hellfire[/u:1dp42dvx] « Ouvre les yeux, petite Cass… ouvre les yeux… » La blonde entendit cette voix dans sa tête, d’abord diffuse, puis de plus en plus distinctement, et quand elle reprit enfin connaissance, elle ouvrit les yeux pour se trouver nez à nez avec l’horrible visage de Thad. Prise d’un réflexe de dégoût, elle sursauta, se débattit, mais se rendit vite compte qu’elle ne pouvait pas bouger. Elle était fermement ligotée sur un banc de musculation, les jambes liées ensemble et les bras étirés derrière la tête. Et elle sentit l’air froid sur ses pieds nus. Hein ? « Ah oui, dit Thad, on a dû t’enlever tes rangers, ça passait pas avec les sangles. Alors, tu aimes notre petit repaire ? » Elle observa son environnement : une grande pièce voûtée aux arches en pierre, chichement éclairée, une sorte de catacombe, probablement en sous-sol. Hormis Thad et son père, elle reconnut d’autres garçons du comité d’excellence, Rodney, Eugene, Paul, et Daren. Les pourris du Klub. Et elle comprit avec horreur qu’elle était leur prisonnière. « Alors, dit Thad, ça claque, hein ? Tu vois, ça c’était notre salle de réunion, et le cabinet de dentiste c’était notre salle de torture. Enfin, depuis que t’as compromis le cabinet, on a mélangé les deux ici. Je vois pas de quoi tu parles. Allons, arrête de faire la conne, Blaze. Je ne suis pas Blaze. Incroyable, ricana-t-il. Après le show que tu as fait chez moi, tu continues de nier ? T’es vraiment pas croyable comme nana. Alors t’as pas encore compris que ça y est, le jeu est terminé ? T’as perdu, Cass. Thad, tu connais la différence entre moi et Blaze ? Blaze ne tue pas. Jamais. Alors que moi, je te le promets, donne-moi une seule chance, et je te massacre, je t’arracherai les membres un par un et je te les ferai bouffer ! » Le jeune homme éclata de rire. « Alors ça, c’est un esprit que j’aime ! Tu sais ce qu’on va faire ? On va jouer à un jeu. Le jeu sera de voir si tu gardes le même esprit après des heures et des heures de torture. Tu vas me supplier à la fin, et je veux t’entendre me supplier, et m’avouer que tu es Blaze et que je t’ai battue ! Tu peux mourir. Alors commençons. Daren ! Oui ? Chatouille-lui les pieds. Euh, Thad ? Quoi ? Je sais pas, je le sens pas trop. Daren, ça commence à me gonfler cette attitude négative. Tu fais toujours partie des nôtres, oui ou merde ? Ouais, bien sûr, mais… Alors tu fermes ta gueule et tu fais ce que je te dis ! » hurla-t-il si fort qu’il fit sursauter son interlocuteur. Désemparé, le pauvre garçon s’approcha de sa victime et, avec réticence, commença à glisser ses doigts sous la plante de ses grands pieds. Passé le sursaut du premier contact, Cass se détendit vite. Elle n’était pas chatouilleuse sous les pieds, et les attouchements hésitants de Daren s’apparentaient plus à des caresses qu’autre chose. « Je sens que tu veux pas le faire, lui dit-elle, c’est bien. Tu vaux mieux que ça Daren, je le sais, t’as été un petit con mais tu peux te racheter. Arrête de lui obéir aveuglément, Thad est un malade. La ferme ! s’écria Thad. Et toi, ajouta-t-il en repoussant Daren sans ménagement, dégage, tu t’y prends vraiment n’importe comment. » Et il prit la place de son acolyte et commença à gratter les plantes de pieds de la jeune fille du bout des ongles, avec tous ses doigts en même temps, rapidement et sans ménagement. Cass serra les dents. Ça ne chatouillait toujours pas, mais la sensation de grattement était vraiment désagréable, ça faisait limite mal. Mais il ne fallait pas qu’elle montre le moindre inconfort, elle ne pouvait pas lui faire ce plaisir. « Thad, intervint son père au bout d’un moment, inutile de t’acharner, je crois qu’elle ne craint pas sous les pieds. Tu as raison, essayons d’autres endroits. » Il se déplaça alors, et lui pinça les genoux. La sensation lui procura comme un électrochoc, et elle fut prise d’un violent spasme. « Ha, pas mal, dit-il. Et là ? » Il promena ensuite ses doigts sur ses cuisses nues, elle qui était toujours en short, et elle dut faire un énorme effort de concentration pour ne pas réagir, car non seulement la sensation de démangeaison était insupportable, mais sentir ce type, ce monstre, la toucher à un endroit aussi intime la révulsait au plus haut point. « Hé mais tu sais que t’es pas mal roulée, dit-il, je m’amuserais bien un peu plus avec toi. » Et sur ces mots, il commença à passer les doigts sous son short. La réaction de la jeune fille ne se fit pas attendre, elle releva brusquement la tête et lui cracha au visage. « Je vois, dit-il en s’arrêtant et en s’essuyant, toujours aussi combative, hein ? Mais tu vas voir, ça va pas durer, je vais te briser, je te promets que je vais te briser ! » Et il arriva tout à coup au niveau de son torse, et plongea ses doigts dans ses côtes. Elle s’agita et se débattit de plus belle, alors qu’il lui pinçait les côtes et les flancs de manière frénétique, chaque contact provoquant sursaut sur sursaut, sans lui laisser le temps de reprendre son souffle. Les articulations du banc de musculation grinçaient sous ses mouvements, elle avait mal aux bras à force de tirer dessus, elle avait chaud, très chaud, et elle avait du mal à respirer. Très vite, elle ne put plus se retenir sous les assauts de son ennemi et de petits rires étouffés s’échappèrent de ses lèvres closes. Elle comprit avec effroi qu’elle pouvait faire la forte autant qu’elle voulait, elle allait finir par craquer, car elle n’avait aucun moyen de s’échapper. Elle était sa prisonnière, totalement soumise à son plaisir sadique, et pour elle qui avait toujours été du côté des combattants, cette situation était plus qu’insupportable. Elle était en débardeur, ses aisselles étaient donc totalement exposées, et quand les doigts du jeune homme entrèrent en contact avec la peau nue, elle fut agitée d’un spasme si violent que les sangles qui retenaient ses poignets cédèrent et elle se redressa d’un coup, et enroula ses bras libérés autour du coup de Thad. Les autres garçons accoururent pour aider leur chef, et tous ensemble, ils parvinrent avec beaucoup de mal à la maîtriser et à l’attacher de nouveau, cette fois-ci de manière encore plus solide. « Impressionnant, dit Thad et reprenant son souffle. Je pensais pas que t’allais réussir à briser tes liens, t’as vraiment de la force ! Alors, on dirait que j’ai découvert ton point sensible ? » Et il approcha de nouveau les doigts de ses aisselles. La jeune fille ne put réprimer un petit cri de terreur en le voyant approcher. C’était vraiment son point faible. Les doigts l’effleurèrent à peine qu’elle craqua : « Non pas ça, Thad je t’en supplie ! Tu vois, je savais bien que tu allais craquer ! Mais la fête ne fait que commencer… » Et il se mit à la chatouiller, si rapidement et si intensément qu’elle ne put que hurler de rire, et elle ne put plus penser à rien, la sensation horrible avait entièrement pris le contrôle de son corps et de son esprit. Elle avait mal à la gorge à force de crier, ses poumons étaient en feu à cause du manque d’air, et elle se sentit partir, partir… « Thad ! s’écria Daren. Arrête, elle ne respire plus ! Toi, rugit le bourreau, il serait vraiment temps que tu te reprennes ! T’es trop tendre, c’est à cause d’elle qu’on en est arrivés là ! T’en es sûr ? Bon, encore un commentaire et t’es le suivant sur la liste, pigé ? Et je déconne pas ! » Terrifié, Daren se tut. Bon, au moins ça avait offert à Cass un répit de courte durée. Thad décida alors de changer de supplice et sortit une sorte de tige métallique avec une poignée munie d’une mollette et d’un bouton. « Tu sais ce que c’est ? dit-il à sa victime. C’est une baguette électrique, c’est très marrant comme jouet. Si tu le règles sur la puissance minimale, ça fait un petit chatouillement, comme ça. » Et il fit sa démonstration en posant le bout de son instrument sur l’aisselle de Cass, qui sursauta sous la sensation. « Par contre, tu le mets en puissance maximale, et là… » Et il appliqua cette fois-ci son instrument sur le pied nu de la jeune fille, qui hurla tant la douleur qui traversa son pied et sa jambe étaient insupportables. « Alors, tu préfères quoi ? Les chatouilles, ou la douleur ? » Daren se dirigea vers la sortie à ce moment-là. « Hé, où tu vas ? l’interpella Thad. Prendre l’air, je reviens. Te bourre pas trop la gueule, on en a pas fini avec elle, et je veux que tout le monde en profite ! » Puis quand il fut parti, il se tourna de nouveau vers sa prisonnière : « Alors ma jolie, on continue ? » Mademoiselle Kaczinski finit de préparer les deux cafés qu’elle alla ensuite poser sur sa table basse, devant ses deux jeunes invités terrorisés recroquevillés sur son canapé. « Alors, dites-moi tout, dit-elle en prenant place sur un pouf en face d’eux. Qu’est-ce qui s’est passé dans le désert ? Ils nous ont retrouvés, dit Billy en caressant le dos de son amie pour la réconforter. Thad et les autres. Et Blackie Harrington nous a trahis. Trahis ? Mais pourquoi ? Aucune idée, mais il bosse avec eux maintenant. Cass a essayé de les retenir, mais ils étaient trop nombreux… On s’est enfuis, dit Sally sombrement. On l’a abandonnée, comme des lâches… Non, dit Billy, elle nous a dit de nous enfuir, on a fait que lui obéir. On n’aurait rien pu faire de plus… et comme on a pas été capturés, on va pouvoir trouver un moyen pour la sortir de là. Mais on sait même pas où elle est ! s’écria la jeune fille. Du calme, Sally, intervint la prof. Essayons de réfléchir posément, sinon on ne s’en sortira jamais. Donc, Danielle a été capturée et vous avez réussi à vous enfuir ? Et après ? On a fait quelques kilomètres puis on s’est arrêtés à l’entrée d’un village, où on a attendu un moment… juste pour être sûrs qu’on n’était pas suivis… on savait pas quoi faire, on était paumés… finalement, on a décidé de faire demi-tour, mais quand on est retournés au campement, il était complètement désert. Alors on est rentrés, on a fait tout le trajet, sans pause, et on est arrivés direct ici. On s’est dit que vous étiez la seule à pouvoir nous aider. OK, donc vous n’avez pas une idée d’où ils ont pu l’emmener ? Le cabinet de dentiste a déjà été compromis, ça m’étonnerait qu’ils s’en servent encore. La maison de Thad est partie en fumée… ne reste que… Le Hellfire ? suggéra Billy. J’y ai pensé, oui. Faites attention les jeunes, dit la prof, vous n’avez aucune certitude, ça pourrait très bien être la maison d’un autre membre du Klub. Mais faut bien commencer quelque part, non ? dit Sally. Si c’est pas le Hellfire, alors on cherchera un autre endroit… Mauvaise idée. Si vous vous attaquez au Hellfire et que ce n’est pas le bon endroit, Thad et les autres seront alertés, ils sauront que vous les cherchez. Et ce sera encore pire. Alors, comment on fait ? » Sally sursauta à ce moment-là en entendant son portable sonner. Un numéro inconnu. Hésitante, elle décrocha. « Sally ? dit une voix masculine. Salut, c’est… c’est Daren Wilkes. » Elle sentit son corps se raidir de dégoût. « Qu’est-ce que tu veux ? Non attends, je sais que tu me fais pas confiance, et t’as bien raison, mais crois-moi, je suis de ton côté sur ce coup-là. Ah oui ? Et pourquoi tu retournes ta veste comme ça ? C’est Thad, il a pété les plombs. Il va beaucoup trop loin, je peux plus supporter ça, faut que quelqu’un l’arrête… il est avec Cass, dans une pièce secrète sous le Hellfire. Pour y accéder, il faut aller dans la réserve, il y a une rangée de frigos en inox. Le troisième frigo en partant de la droite est un faux, la porte ouvre sur un escalier qui mène à la pièce secrète. Et comment je sais si c’est pas un piège ? Je sais bien, soupira-t-il, je sais que tu te méfies, et franchement j’ai aucun moyen de te prouver que c’en est pas un, là maintenant. Je te demande juste de me croire. Admettons… et comment on entre dans la boîte ? Nos têtes sont connues… Je peux faire entrer par la porte de derrière… mais après je m’en irai. C’est tout ce que je peux faire… Sally ? Oui ? Est-ce que Cass est vraiment Blaze ? Bien sûr que non. Donc… Blaze va venir la sauver ? » La jeune fille resta muette pendant un instant. Une idée venait de germer dans sa tête. Une idée tellement folle qu’elle pourrait marcher. « Oui, dit-elle enfin. Blaze va venir la sauver. » Elle raccrocha, et se tourna vers ses deux compagnons, qui la regardaient avec insistance, impatients de connaître les dernières nouvelles. Elle leur sourit et déclara : « J’ai un plan. » Cass était épuisée, à bout de souffle et moite de sueur. Dieu merci, le supplice fut de nouveau interrompu par l’arrivée de quelqu’un, car au point où elle en était, elle ne savait pas combien de temps encore elle pourrait l’endurer. Elle s’attendait à ce que ce soit Daren qui revenait, mais à la place, elle reconnut la chevelure hirsute et le blouson noir du traître. « Ha, Alistair ! déclara Monsieur Lambert. Comme c’est gentil de te joindre à nous ! » Blackie lui répondit d’un bref mouvement de tête. « Toi, espèce de sale traître ! pesta Cass. Qu’est-ce qui t’a pris, je croyais que tu te battais contre le Klub ? Contre le Klub ? répondit Monsieur Lambert. Oh, Alistair, qu’est-ce que tu leur as raconté au juste ? Ne me dis pas que tu as encore raconté cette histoire de jeune fille en détresse que tu as sauvée par un geste héroïque ? Quoi ? demanda la blonde. Blackie, c’était du flan cette histoire ? Désolé, murmura-t-il en évitant son regard et en s’allumant une cigarette. C’était juste… j’ai mes raisons. Cela n’a rien contre vous, jeune fille, continua le patriarche, le pauvre Alistair s’est juste inventé une réalité plus commode pour lui. Il avait déjà commencé à raconter cette histoire peu de temps après avoir été exclus du Klub, pour se donner le beau rôle. Exclus ? Je croyais que c’est toi qui étais parti ? Justement, dit Monsieur Lambert. La vérité est loin d’être héroïque, c’est une histoire de rivalité amoureuse d’une banalité affligeante, qui a dérapé à cause de sa fougue et de son irresponsabilité. Il se trouve qu’Alistair et un autre membre haut placé du Klub convoitaient la même fille. Leur rivalité commençait à poser problème, et a finalement dégénéré quand Alistair, dans un geste désespéré, a révélé l’existence du Klub et l’appartenance de son rival à ce dernier, pour l’évincer. Sauf que le scandale a pris de l’ampleur et a fini par atteindre le Grand Maître, le père d’Alistair, qui fut contraint de quitter la ville. Mais avant de partir, il prit soin d’exclure son fils du Klub, ainsi que de l’héritage familial. Blackie, c’est vrai tout ça ? Oui, répondit-il, toujours la tête basse. Mais pourquoi ? Pourquoi nous avoir menti ? Tu crois que ça me plaît cette vie, franchement ? Vivre dans un bateau rouillé dans le quartier le plus pourri de la ville, à me bourrer la gueule en permanence, tu crois que je l’ai choisi ? J’avais tout pour moi, tout, j’étais l’héritier d’une grande boîte de finance, j’avais le monde à mes pieds ! Et j’ai merdé, oui ça c’est vrai. Je vous ai pas mentis, j’ai juste… raconté une version de l’histoire plus commode à gérer pour moi. Sauf que t’as toujours été loyal au Klub, même en sachant les horreurs qu’ils commettent, et au point de trahir tes amis, qui te faisaient confiance ! Non. En fait, j’en ai rien à foutre du Klub. Sincèrement. Mais… mon père a retrouvé notre trace, dans le désert. C’est lui qui m’a appelé, au bar. Il m’a offert… il m’a offert de me léguer Harrington Financial si je les aidais. C’est ce que j’ai fait. Tout ça pour du fric, alors ? C’est plus que du fric, c’est la boîte familiale, c’est mon avenir auquel j’ai tourné le dos, et j’ai une chance de le reprendre en main ! Franchement, si t’avais le choix entre une vie de merde sans avenir et une vie de PDG dans une grosse boîte, t’hésiterais toi ? Non. Je ferais ce qui est juste. Moi j’ai pas d’avenir, tu sais. Je vis dans un HLM, j’ai des notes de merde, j’aurai jamais mon diplôme, tout le monde me déteste, mais pourtant j’arrive à me regarder dans une glace le matin, et tu sais pourquoi ? Parce que je cherche toujours à faire ce qui est juste. Ouais… ben moi j’ai choisi ce qui est bon pour moi. T’as vraiment aucun principe. T’es aussi pourri que Thad, en fait. Thad, mon garçon, intervint Monsieur Lambert, je trouve notre invitée un peu trop bavarde. T’as raison, Papa, on va la faire rire un peu, ça l’occupera ! Tu veux t’amuser un peu, Alistair ? Nan merci, c’est pas trop mon truc. » Cass prit une grande inspiration désespérée en voyant les doigts de Thad se rapprocher. Et la torture reprit de plus belle. L’ambiance était silencieuse, solennelle, dans la Volvo de Mademoiselle Kaczinski alors qu’elle emmenait les deux jeunes en direction du Hellfire. Les lampadaires qui défilaient alors que la voiture traversait les rues nocturnes éclairaient par intermittence des visages fermés, graves. Chacun savait ce qu’il avait à faire. Le plan était parfait. Ils allaient non seulement sauver Cass, mais également résoudre tous leurs problèmes, d’un seul coup. Un plan parfait. Mais totalement cinglé. « Mademoiselle ? demanda Sally. Je peux vous poser une question ? Oui, bien sûr, répondit la prof. À quel sujet ? Eh bien, quand on a découvert que Cass était Blaze, elle nous a dit que vous le saviez déjà, que vous l’aviez deviné… je me demandais, comment vous avez fait ? Oh, ça… je m’en souviendrai toujours de cette scène-là, j’étais dans la réserve du gymnase en train de faire du rangement, quand elle a déboulé tout à coup, en costume. Je dois admettre que sur le coup, elle m’avait fichue une trouille bleue. Puis elle m’a dit qu’elle avait des soucis, qu’elle devait absolument se cacher, alors je l’ai planquée dans le coffre des ballons. Je me souviens de la tête qu’elle a fait quand j’ai rouvert le coffre et que je lui ai dit, tu peux sortir Danielle, la voie est libre. Elle était tellement choquée que je l’aie grillée aussi rapidement qu’elle n’a même pas cherché à contester. Oui, mais comment ça se fait ? Tu sais, Danielle a toujours été un cas à part, pour moi… tout le monde la voyait comme une petite brute sans cervelle, une sociopathe, mais j’ai toujours su qu’il y avait autre chose, que c’était pas sa vraie nature, mais un rôle qu’elle s’était attribuée. Je l’ai vu dans ses yeux, plein de colère, mais aussi énormément de tristesse. J’ai compris dès que je l’ai connue que c’était une jeune fille tourmentée, qui jouait au caïd pour se protéger elle-même… quand elle a débarqué en costume dans la réserve, je l’ai regardée dans les yeux, et j’y ai vu les mêmes choses. J’ai tout de suite compris, cette colère et cette tristesse dissimulées, c’était Blaze. Vous êtes vraiment perspicace… Parce que je sais ce que c’est d’avoir une double identité. J’étais comme elle à son âge. Quoi, vous étiez une justicière ? Non, bien sûr que non. Pour tout te dire, je suis gay. Ah bon ? Je savais pas… Non, bien sûr. Disons que le comité éducatif n’encourage pas les profs à assumer leur orientation sexuelle, t’as dû entendre la devise : Ne demande pas, N’en parle pas. Surtout dans notre bon vieux Sud, où la tolérance n’est pas encore tout à fait au point… c’est un peu mieux aujourd’hui, mais il y a dix ans, quand j’étais lycéenne moi-même… en fait, j’étais dans un autre lycée, avant d’arriver ici, dans une toute petite ville, et en seconde j’ai rencontré ma première copine. On se voyait discrètement, au début, mais ça a fini par se savoir. C’est là que l’enfer a commencé. Les remarques, les quolibets, des autres élèves. Gougnotte, gouinasse, brouteuse, ou même une fois, sale pècheresse, soit on entendait ces mots-là, soit on les retrouvait tagués sur nos casiers, ou gravés au couteau sur nos pupitres. On se faisait même agresser physiquement parfois, et on a fini par recevoir des menaces de mort… et puis un jour, on a été convoquées chez le proviseur. On avait de l’espoir, on pensait qu’enfin, il allait faire quelque chose. Mais il était totalement soumis à l’association des parents d’élèves, qui comptait pas mal de bonnes vieilles familles sudistes, ultrareligieuses et intolérantes, alors c’est à nous qu’il a mis un blâme, pour comportement indécent, qu’il disait. Puis, et là c’était le pire, il nous a expliqué avec une petite voix toute gentille qu’il comprenait notre détresse et qu’il pouvait nous aider… avant de nous refiler un prospectus pour un centre de réhabilitation pour homos, du genre lavez-vous du péché et de la tentation et retrouvez la voie du Christ ! Peu de temps après, on a rompu, on pouvait plus supporter ça, et nos parents non plus. Alors on a déménagé dans des villes différentes, et je suis arrivée ici, au lycée Sud de New Havenport. Et là j’ai décidé que ça n’allait plus se reproduire, alors je me suis mise à la lutte pour pouvoir me défendre, et j’ai totalement refoulé qui j’étais, j’étais en colère contre le monde entier, pour nous avoir tant fait souffrir alors qu’on ne faisait rien de mal, j’étais constamment sur la défensive, je devenais agressive, et je ne laissais personne approcher… C’est horrible ! Je savais pas tout ça… je suis tellement désolée pour vous… Oh, ne t’inquiète pas, avec les années ça va mieux, je suis mieux dans ma peau maintenant. Mais quand tu dois cacher constamment ta nature profonde, tu apprends à lire dans les yeux des gens, et à voir leur nature cachée. C’est comme ça que j’ai su pour Danielle, et c’est aussi comme ça que je l’ai crue pour Thad. Parce que ce gosse a beau être admiré de tout le monde, j’avais vu dans ses yeux dès le début que c’était un sadique. C’est pour ça que je vous aide, et qu’ensemble on va l’arrêter. » Ils arrivèrent enfin à destination, et se garèrent dans une ruelle étroite derrière la boîte de nuit, tout près de l’escalier de secours. « Sally, demanda la prof, tu es sûre de toi ? J’admire ce que tu veux faire, sincèrement, mais… c’est plutôt à moi d’y aller. Je sais que vous êtes plus forte, Mademoiselle, mais Cass est mon amie, elle m’a sauvé la vie plus d’une fois, alors je dois le faire. Pour elle. Je comprends. Mais dis-toi qu’on ne sera pas loin, en cas de pépin. Merci, Mademoiselle. Et merci à toi, Billy. Je suis toujours là pour toi, dit le jeune homme en lui prenant la main. Mais fais attention, d’accord ? Ne t’inquiète pas, répondit-elle en lui rendant son étreinte. Tout va bien se passer, et dans une heure, tous nos problèmes seront de l’histoire ancienne ! » Conformément au plan, ils se séparèrent à cet endroit-là, et tandis que Sally alla se préparer pour la suite des événements, Billy et la prof se rendirent ensemble à la porte de derrière. Ils avaient dû s’habiller classe pour se fondre dans la masse, et si le jeune homme s’était contenté de mettre une chemise et un peu de gel dans les cheveux, Mademoiselle Kaczinski était méconnaissable dans son pantalon de cuir, son dos-nu noir, et ses escarpins. Elle était sublime, à tel point que Billy se sentit quelque peu intimidé de marcher à ses côtés. Ils frappèrent à la porte de derrière selon un code spécifique, et comme convenu, Daren vint leur ouvrir. Nerveux, le jeune homme se contenta d’un « Bonne chance » avant de quitter le club et de disparaître dans la nuit.
    Une fois à l’intérieur, dans l’obscurité d’une chaleur infernale, illuminée uniquement des alternances erratiques de spots bleus et rouges, et tonitruante de musique électronique, ils se séparèrent de nouveau. Discrètement, Billy se fraya un chemin dans la foule dense, s’approchant de la scène autant que ses oreilles pouvaient le supporter. Il trouva un coin sombre, sur le côté, et observa l’installation du DJ. Comme il s’en doutait, c’était une installation moderne, des platines électroniques reliées à un ordinateur. Le DJ choisissait son morceau directement sur son ordinateur et pouvait ensuite le mixer sur ses platines comme s’il s’agissait d’un vrai vinyle. Il pouvait également contrôler les effets de lumière, de fumée, directement sur son clavier. Impeccable, se dit le jeune homme en sortant son smartphone. Plus qu’à espérer qu’il était relié à Internet et que sa sécurité n’était pas en béton… De son côté, Mademoiselle Kaczinski s’approcha du bar et scruta les clients à la recherche d’un videur. Elle le trouva assez facilement, un type aux gros bras dans un costume noir, au crâne rasé, avec une oreillette Bluetooth, ça se remarquait assez vite. C’était le moment de passer à l’action. Prenant une grande inspiration, elle se força à sourire et à ouvrir les yeux en grand, prenant un air de parfaite conne, et s’approcha de sa proie. « Salut ! s’écria-t-elle d’un air enjoué. Comment tu vas ? Bien, merci, répondit le videur d’un ton professionnel. Et vous, mademoiselle ? Très bien… dis donc, je voulais juste te dire que j’adore les mecs baraqués… et ce costume noir, quelle classe ! Merci, répondit l’homme, semblant se détendre et visiblement charmé qu’une jolie fille lui prête attention. Mais je n’ai pas de mérite, ça fait partie de mon travail. Ah ? Quel travail ? En fait je travaille ici. C’est vrai ? Waow, quelle classe ! Tu bois un verre ? Ce serait avec plaisir, mais je suis en service. Oh allez, juste un ça va pas te tuer. Bon, pourquoi pas, après tout. Au fait, dit-elle après avoir commandé, moi c’est Helen. Brice. Enchantée, Brice. Dis-moi, je viens pas souvent ici, mais j’ai l’impression que l’ambiance est bizarre ce soir… tendue… Oui, je comprends. On a renforcé les effectifs de sécurité, et tout le monde est un peu à cran depuis les attaques de la justicière. La justicière ? Oui, Blaze. Elle a toujours été borderline, mais là elle a pété les plombs, d’abord elle attaque le club et envoie quatre hommes à l’hôpital, et quelques jours après elle met le feu à la maison du propriétaire. On craint tous qu’elle revienne et qu’elle fasse pire, c’est pour ça qu’on est nombreux depuis quelques jours. C’est vrai que vous avez l’air nombreux, vous êtes combien au juste ? Et en quoi ça t’intéresse, Helen ? demanda le videur d’un air amusé. Oh, tu sais, je veux juste être sûre d’être bien protégée, répondit-elle en jouant avec le col de sa chemise. Tu sais, au cas où elle reviendrait. Oh ne t’inquiète pas pour ça, il y a moi au bar, quatre à l’entrée, quatre près de la scène, un près des toilettes et deux près de la réserve, on est douze en tout, aucun risque qu’elle fasse quoi que ce soit si elle pointe le bout de son masque, on est prêts. Promis ? Promis. Tu m’excuseras une seconde, dit-elle en sortant son portable, j’ai un texto à envoyer. Ton petit copain ? Je suis célibataire, » répondit-elle avec un clin d’œil. Puis elle écrivit son texto qu’elle envoya à Sally : [i:1dp42dvx]Un au bar, un près des toilettes, deux autres près de la réserve, quatre près de la scène, quatre à l’entrée. Je m’occupe de celui du bar il sera facile, ensuite je vais gérer ceux de l’entrée, ça t’ouvrira le passage vers la réserve. Mais sois très prudente ![/i:1dp42dvx] De son côté, Billy était également en conversation par texto avec son amie : [i:1dp42dvx]C’est bon je suis rentré dans le PC du DJ, j’envoie la sauce quand tu veux.[/i:1dp42dvx] [i:1dp42dvx]OK[/i:1dp42dvx], répondit-elle, [i:1dp42dvx]je vais atterrir en plein milieu de la foule, prépare-toi ![/i:1dp42dvx] Le jeune homme leva des yeux inquiets vers le grand velux pyramidal aux vitres teintées qui se dressait sur le toit, loin au-dessus de la scène. [i:1dp42dvx] C’est pas un peu haut ?[/i:1dp42dvx] écrivit-il. [i:1dp42dvx]Nan tkt, j’ai une corde et une poulie, ça va amortir la chute.[/i:1dp42dvx] [i:1dp42dvx] T’es sûre ?[/i:1dp42dvx] [i:1dp42dvx]C’est plus le moment de douter, on est partis on le fait ! Envoie la sauce ![/i:1dp42dvx] Obéissant à l’ordre, le jeune homme se mit à pianoter sur son téléphone, et bientôt, tout le public commença à pousser des cris de douleur et d’incompréhension quand la musique se bloqua en un beat ultra-rapide et suraigu, une saturation sonore atroce à laquelle Billy ajouta du stroboscope poussé à la puissance maximale, la recette parfaite pour provoquer des malaises. Puis il déclencha tous les fumigènes d’un seul coup, et en quelques secondes, la pièce entière fut recouverte d’un épais brouillard artificiel. Douleur, confusion, début de panique… c’était le moment d’envoyer le plat de résistance. Il coupa la musique. À ce moment précis, le velux au-dessus de la scène explosa à grand fracas, faisant tomber une pluie de verre brisé sur le public, et au-milieu de cette pluie, une forme humaine qui tomba du toit et se réceptionna au-milieu de la piste avec la souplesse d’un chat. Les gens, terrifiés et incrédules, s’écartèrent quand ils reconnurent la femme qui venait d’atterrir parmi eux. Une combinaison de cuir noir avec des flammes sur les bras. Une chevelure de feu. Un regard féroce dissimulé sous un masque noir. Blaze se redressa et brandit sa batte de baseball, prête au combat. « Oh putain, s’écria Brice le videur, désolé mon chou, mais je dois y aller. _ Je comprends, répondit Helen doucement avant de le saisir par le col et de lui asséner un violent coup de boule qui le mit KO sur le coup. Désolée, Brice. » Sur la piste, la justicière scruta le brouillard autour d’elle, encore un peu trop secouée par sa cascade pour se souvenir de la direction du bar. À sa gauche ! Elle voulut s’y précipiter quand, dans la foule de gens qui accouraient autour d’elle, la fuyant, elle vit apparaître la silhouette menaçante d’un videur. Ni une ni deux, elle fit tournoyer sa batte et l’envoya au tapis. Voilà pourquoi de tout l’arsenal qu’elle avait à disposition, elle avait choisi cette arme : avec les cours de baseball au lycée, elle savait très bien la manier. Elle s’élança ensuite vers le bar, sentant tout le stress de la préparation céder soudainement place à l’euphorie. Sally adorait ce costume ! Hormis les bottes un poil trop grandes, il était parfaitement à sa taille, et surtout, quelle formidable sensation de puissance d’entendre le cuir craquer à chacun de ses mouvements, de sentir la lourdeur des plaques de kevlar, même le contact froid du masque en latex sur son visage lui procurait un plaisir immense. Elle était forte. Elle était invincible. Elle était Blaze.

  • Blast Avatar
    Blast - il y a 10 ans
    Salut, J'aime vraiment ton histoire, la profondeur des personnages et de l'univers m'impressionne. L'intrigue aussi, et tu as le chic de couper aux moments critiques ! En bref, vivement la suite !

  • maL Avatar
    maL - il y a 10 ans

    Bien bien bien... :chapeau2: c'est vrai que ça faisait longtemps qu'on attendait la suite, surtout après une coupure à un moment aussi critique.

    Ça commence plutôt bien. :oui: Mais, passée (on accorde avec quoi au juste, ici ?) la scène de torture de Cass, j'avoue de moins en moins adhérer. Je ne sais pas pourquoi mais le coming out de Mlle Kaszinski me paraît inutile et je m'interroge même sur son utilité. Quant au plan de Sally de se faire passer pour Blaze... hum ! où cela va-t-il nous mener ? :hum:

    Bref je suis moins convaincu que par les précédents épisodes mais j'attends de voir ce que cela va donner dans le(s) suivant(s). :grattementon:


  • SweatyGirlySoles Avatar
    SweatyGirlySoles - il y a 10 ans
    ahhh la suite tant attendu de l'histoire ^^ j'ai vraiment adorer cette suite ! un peu de mal a m'y retrouver au début de l'histoire, falai que je me rappel du précédent chapitre ^^ mais c'était vraiment un super chapitre, comme toujours black ! continue comme ça.

  • Hasana Avatar
    Hasana - il y a 10 ans
    j'ai bien aimé ce chapitre mais c'est vrai que bon... les scènes de tortures... Enfin, tu sais bien ce que j'en pense. Mais sinon c'est vrai que c'est toujours aussi agréable à lire, je cherche toujours à retrouver Blaze en Cass, mais c'est vrai que ça fait du bien aussi de voir un peu d'humanité en elle, enfin, plus qu'elle ne le laissait voir au début. Sinon j'ai bien aimé aussi l'autre gars, celui qui a permis à Sally et les autres de rentrer dans la boîte de nuit. C'était bien trouvé le coup de la musique à fond, mais c'est vrai que le fait que Sally prenne le costume de Blaze... Je sais pas, j'ai du mal à la voir dans ce rôle, ça ne lui correspond pas vraiment... Quoi qu'il arrive, je te fais confiance pour la suite, je suis sure que tu as une idée derrière la tête et que ça va être très bien, comme d'habitude. En tout cas bon courage, j'attends la suite avec impatience !!

  • Black Stingray Avatar
    Black Stingray - il y a 10 ans
    [u:1lpuns53]Chapitre 19 : Le combat final[/u:1lpuns53] Elle approchait du bar quand un autre videur fondit sur elle par le côté. Ses réflexes de basketteuse lui sauvèrent la vie, car après une magnifique esquive en demi-cercle, elle se retrouva derrière lui et put lui asséner un violent coup de batte dans la jambe qui le fit s’écrouler en hurlant. Mais elle n’eut pas le temps de se ressaisir qu’un autre arriva déjà sur elle et l’empoigna si fort que, surprise, elle lâcha son arme et se retrouva plaquée contre le comptoir. Terrifiée, elle vit l’homme brandir son point sur elle… et ça lui revint. Mouvement N° 1, la parade du coude : comme Cass le lui avait appris, elle leva le coude bien haut en direction de l’attaque, et le poing du videur s’écrasa sans effet contre son épaule. Elle était entrée dans sa garde. Deuxième phase du mouvement : elle déplia le bras pour saisir son adversaire à la nuque, puis avec son autre bras, elle lui mit un violent coup de coude dans la tempe. Et un autre. Et encore un autre. Cass lui avait bien dit, les coudes sont la meilleure attaque à mains nues pour un débutant. Et en plus, les plaques de protection au niveau des bras du costume atténuaient grandement le choc. Son adversaire bien étourdi, elle l’acheva avec le mouvement N° 2, le moins subtil de tous, et pourtant le plus efficace : le coup de genou dans les couilles. Elle ne put s’empêcher ensuite de contempler l’homme à terre, à la fois terrifiée et fière : c’était elle qui avait fait ça ? Mettre à terre un homme deux fois plus fort qu’elle, à mains nues ? Une violente douleur et la sensation de voir trente-six chandelles la tirèrent brusquement de son euphorie quand elle se prit un coup de poing dans la tempe, et rapidement, deux autres vigiles l’empoignèrent et la rouèrent de coups. Elle se recroquevilla, se protégeant la tête avec les bras, et encaissa, ne sachant que faire. Merde, elle avait pas été préparée à se dégager d’un truc comme ça ! Les plaques au niveau de ses bras, de son ventre, et de son dos atténuaient la majeure partie des chocs, mais à mesure que les coups pleuvaient, elle trouva de plus en plus difficile d’y résister et grinça des dents, cherchant une ouverture, une riposte, n’importe quoi. Un peu d’aide serait pas de refus ! Un bruit de verre brisé, et une sensation de liquide froid, fit soudainement s’arrêter les coups, et elle releva la tête pour voir l’un de ses assaillants, surpris, la tête ensanglantée et imbibée de champagne, se tourner vers Billy, qui l’avait attaqué par derrière. Eh merde, se dit le jeune homme, il était pourtant persuadé que ça l’assommerait. Le videur se jeta sur son nouvel adversaire, et Billy, pris de panique, eut un réflexe qu’il n’aurait jamais pensé avoir : il lâcha le goulot de la bouteille brisée, et serra sa main en un poing qu’il envoya voler vers le videur qui, ne s’y attendant pas du tout non plus, le reçut en plein menton et s’écroula. Étonné, il regarda Sally avec des yeux ronds, et son amie lui rendit le même regard. Ainsi que le second videur, qui dans la surprise avait oublié qu’il tenait toujours la justicière par la nuque. Pas de chance pour lui, elle revint à elle avant lui, et se souvint du mouvement N° 4, le coup du tranchant de la main dans la trachée. Un coup qui ne demandait que très peu de puissance et envoyait un adversaire au tapis instantanément. « C’était impressionnant, Billy, dit-elle une fois libérée. Merci, répondit-il en frottant sa main endolorie, mais qu’est-ce que ça fait mal ! Tu t’en remettras. Allez, je fonce. Attends ! » Et avant de partir, elle l’embrassa fougueusement. « Pour me porter chance, » dit-elle. « On fonce, les gars, on fonce ! hurla l’un des quatre vigiles de l’entrée à ses trois autres collègues tandis qu’ils se frayaient un chemin dans la foule compacte vers l’intérieur de l’établissement. C’est Blaze, elle est passée par le toit ! On va se la faire ! » Mais l’homme de tête eut à peine le temps de finir sa phrase qu’il se trouva subitement projeté en arrière avec une force inouïe, comme s’il avait été percuté par une locomotive. Médusés, ses trois collègues s’arrêtèrent nets et scrutèrent la foule à la recherche de ce qui avait bien pu provoquer ça. Et ils la virent. Droit devant eux, parmi tous les clients et serveurs qui se déplaçaient de façon chaotique, se tenait une femme en pantalon de cuir et dos-nu noir qui les toisait, immobile. « Si vous voulez atteindre Blaze, leur dit-elle en retirant ses escarpins d’un geste sec, il va d’abord falloir me passer dessus. OK les gars, pas de panique, c’est qu’une fillette. Je crois qu’on est de taille. Vous croyez ? dit Mademoiselle Kaczinski en souriant et en faisant craquer ses doigts. Alors que la fête commence ! » La porte de la réserve s’ouvrit avec fracas sur les corps d’un videur et de la justicière qui s’étalèrent au sol, accompagnés d’une batte de baseball ensanglantée. Blaze se releva avec difficulté, un peu chancelante, couverte de bleus et saignant de la lèvre. Au moins, l’autre était inconscient. C’était moins une quand même, elle avait vraiment eu de la chance. Elle récupéra son arme et se dirigea vers les frigos. Cass était tout près, elle touchait au but ! Troisième frigo en partant de la droite. Elle tendit la main. La porte s’ouvrit d’elle-même, violemment, et la percuta en plein front, la renvoyant en arrière se coucher contre une banque en inox. Mais qu’est-ce que ? Deux mains puissantes entourèrent ensuite son cou, et en levant les yeux elle reconnut Rodney, l’un des garçons du comité d’excellence. Le garçon la tenait bien fermement et commença à l’étrangler. Elle lui saisit les mains, et força pour lui faire lâcher prise, mais il était fort, très fort. Ça commençait à faire très mal… Mouvement N° 6, le truc parfait pour faire lâcher quelqu’un. Étirant ses bras bien loin de chaque côté, elle les rabattit d’un grand coup pour faire claquer ses paumes sur les oreilles de son agresseur. Il la relâcha immédiatement et recula en hurlant. Ce coup était non seulement très douloureux, il désorientait aussi l’adversaire. Elle se redressa. Comme les autres bourges, Rodney faisait de la boxe, il fallait s’en méfier. Fou de rage, il la chargea et lui envoya un crochet du droit. Mouvement N° 3, elle leva la jambe pour frapper son genou avec la plante du pied. Efficacité redoutable, ça le stoppa net. Il y avait quelque chose d’extrêmement satisfaisant à dominer ainsi l’un de ses bourreaux, et d’un coup elle sentit une rage folle bouillonner en elle, qu’elle laissa exploser en envoyant son poing dans la figure du garçon. Ses gants atténuèrent l’impact, mais n’ayant jamais donné un coup de poing de sa vie, elle ressentit une vive douleur se propager dans ses phalanges. Ce qui ne l’empêcha pas de lui asséner un autre coup de poing. Et un autre. Et encore un autre. Au diable la douleur, tant pis si elle se cassait les doigts, la satisfaction était juste trop grande. Lorsqu’il eut son compte, elle revint au faux frigo à la porte grande ouverte, et elle put contempler, effectivement, un escalier menant au sous-sol. Elle pouvait même entendre des éclats de voix provenant d’en-dessous. La voix de Thad, qui appelait Rodney. Le pauvre, il allait avoir une sacrée surprise. Elle saisit les quatre grenades incapacitantes accrochées à sa ceinture. Tout le reste du stock de la Blazecave, elle avait tout pris. « Cass ! hurla-t-elle en les dégoupillant. Ferme les yeux ! » Et elle les lança toutes en même temps. Le flash fut aveuglant et la déflagration assourdissante, comme si un énorme éclair s’était écrasé dans le sous-sol. Ils devaient tous être hors combat maintenant. Saisissant de nouveau sa batte, elle dévala l’escalier. Arrivant dans la pièce voûtée, elle se dirigea droit vers le chevalet improvisé, se frayant un chemin en faisant tournoyer son arme, sans même regarder sur qui elle cognait. Tout le monde était tellement étourdi par la grenade qu’elle atteignit son amie sans la moindre peine, et la blonde eut la plus grosse surprise de sa vie quand elle ouvrit les yeux : « Mais qu’est-ce que… Sally ? Quoi, tu croyais quand même pas que j’allais te laisser tomber ? » Elle entreprit immédiatement de défaire ses liens, et Cass se hâta ensuite de remettre ses rangers. Sally la contempla avec inquiétude : elle était rouge, couverte de sueur, exténuée. Elle avait dû subir un sacré châtiment. « Tu vas bien ? demanda la jeune fille. Ouais t’inquiète, répondit la blonde, il en faut plus que ça pour m’abattre. Tu sais, il te va vachement bien ce costume. Merci, répondit-elle en rougissant, j’avoue que c’est assez excitant de le porter… Non mais c’est quoi ce bordel ? » rugit une voix derrière elles, et en se tournant, elles virent que Thad s’était relevé, et les fixait avec des yeux ébahis. « Cass… et Blaze, en même temps ? Je te l’avais pourtant dit, Thad, répondit la blonde en se levant. Rends-toi, renchérit Sally, tu pourras pas nous battre toutes les deux ! » Le jeune homme observa la situation, se demandant bien comment elle avait pu être retournée aussi rapidement. Comment c’était possible, il était pourtant persuadé… devant lui, ses deux acolytes Eugene et Paul commençaient aussi à se relever. Une idée. Il saisit les deux garçons et les poussa sans ménagement en direction des deux filles. Cass avait beau être exténuée, elle avait encore de la rage à revendre, et elle attrapa sans effort les deux garçons au vol et les assomma. Mais la diversion avait fonctionné : Thad prenait déjà la fuite en montant l’escalier. Cass se tourna vers son amie. « Vas-y, lui dit Sally, il est à toi. Je m’occupe du père. Je te revaudrai ça, tu sais. On en reparlera plus tard, fonce. » Et la blonde s’élança à la poursuite de son ennemi. Sally, quant à elle, s’approcha du corps étendu au sol de Monsieur Lambert. Il avait l’air d’avoir très mal à la jambe, il avait dû se prendre un méchant coup de batte quand elle était entrée comme une furie. Il leva les yeux vers elle et ricana : « Ha, la justicière… comme on s’était trompés… mais je vois que vous n’avez pas changé, toujours prête à vous attaquer à plus faible que vous au nom de votre croisade ridicule. Alors, vous avez eu ce que vous voulez ? Me voilà à terre devant vous, n’est-ce pas satisfaisant, n’est-ce pas excitant, ce pouvoir ? Alors je vous en prie, finissez votre œuvre. Mais de quoi vous parlez ? répondit-elle avec un rire méprisant. Vous ne croyez quand même pas que je m’abaisserai à frapper un vieillard à terre ? Vous me prenez pour qui, pour vous ? » Et sur ces mots, elle le saisit et le coucha sur le ventre, avant de lui lier les mains dans le dos avec une menotte en serflex, encore un truc trouvé dans la Blazecave. « Non mon vieux, dit-elle, vous allez rester là, et quand la police enquêtera là-dessus, vous répondrez de tous vos actes ! Et je vous promets que cette fois, vous n’allez pas vous en tirer. » Elle se releva, satisfaite… et se prit un méchant coup par derrière qui la fit tomber. « Aïe ! cria-t-elle en se relevant et en frottant son crâne endolori. Mais qu’est-ce que… toi ? » Blackie Harrington se dressait devant elle, lui barrant la route vers la sortie. « Alors Blaze et Cass sont deux personnes différentes, finalement… ça change rien. Harrington, espèce de sale traître ! Pourquoi tu fais ça ? Je suis désolé, Blaze, je t’aimais bien dans le fond, mais c’est mon avenir qui est en jeu, et je ne peux pas te laisser le compromettre. » Elle chercha des yeux sa batte de baseball, et la trouva, juste au pied de Blackie. Ce dernier suivit son regard, et quand il vit ce qu’elle cherchait, il repoussa l’arme au loin d’un coup de pied. Merde ! « Bon, dit-elle en levant sa garde, je crois qu’on a pas le choix. » Ses poings serrés lui faisaient très mal. Elle savait qu’elle avait réussi à se débarrasser des vigiles là-haut par la chance et par la ruse, mais là il s’agissait d’un combat singulier contre un adversaire qui était prêt. Il était fort probable qu’elle n’arrive pas à le battre. Mais elle portait l’armure de Blaze, sentir le cuir sur elle lui donnait du courage. Elle fonça. Au-dessus, Thad sortit de la réserve comme une furie pour arriver dans la salle principale du club, où le brouillard s’était dissipé et le DJ avait repris le contrôle de son installation et remis la musique, dans un effort vain de faire comme si rien ne s’était passé. Cherchant la sortie, il tentait de se frayer un chemin dans la foule confuse et surexcitée par ce qui venait d’arriver, lorsqu’il entendit un bruit de bousculade derrière lui. Il tourna la tête juste à temps pour voir un missile aux cheveux blonds se jeter sur lui et le plaquer violemment au sol comme au SuperBowl. Les deux adversaires luttèrent un moment de manière chaotique, avant de se repousser mutuellement et de se faire face, à genoux. Ils étaient au milieu de la piste de danse, et tout autour d’eux, la foule s’était écartée pour former un grand cercle. Un vrai ring improvisé, se dit Cass. Et comme s’il avait eu la même pensée, le DJ changea la musique à ce moment-là, pour mettre quelque chose de tellement adapté à la situation qu’elle ne put s’empêcher de sourire : la musique de Mortal Kombat. Elle jeta un regard à Thad, qui sourit à son tour, et lui dit : « Qu’est-ce que t’en penses, Cass ? On reprend là où on s’était arrêtés l’année dernière ? Une bonne branlée aux poings ? » Elle acquiesça d’un mouvement de tête, et lentement, sans détacher le regard l’un de l’autre, ils se relevèrent. Elle se mit en garde de boxe. Lui, il retira sa chemise d’un mouvement sec, découvrant ses biceps hypertrophiés, ses abdos sculptés, son torse impressionnant. Non, se dit Cass, ce genre d’intimidation, ça n’allait pas marcher. Elle avait beau être épuisée, elle avait beau avoir été battue plusieurs fois par cet enfoiré, là elle allait taper dans toute la haine qu’elle ressentait envers lui, et elle n’allait pas faillir cette fois. Poussant un cri de guerre, elle fonça sur son adversaire et lui asséna une volée de coups de poings frénétiques, tapant autant au niveau de la tête que des côtes pour tenter de briser sa garde, mais Thad était doué et, se contentant de pivoter sur ses hanches à chacun de ses mouvements, il parvint à maintenir sa garde haute et à absorber chacun de ses coups. Elle vit sa contre-attaque arriver, son direct à la tête. Elle eut tout de suite le réflexe de se dégager par un pas chassé, et voyant une ouverture, elle envoya à son tour un direct à la tête de son adversaire. Celui-ci, vif comme l’éclair, baissa la tête, passa sous sa garde, et revint sur elle avec un coup à l’estomac qui lui coupa le souffle. Sa garde ! Voyant très vite le piège, elle remonta les bras juste à temps pour parer le crochet qui allait suivre, et l’autre, et elle riposta et parvint cette fois-ci à le toucher à l’arcade. Galvanisée par cette petite victoire, elle enchaîna en lui pilonnant l’estomac, et lui plaça un crochet au visage, et un second, encore plus fort, qui le fit reculer. Elle ne suivit pas, préférant profiter de la distance pour reprendre son souffle. Elle n’avait pas bien récupéré du coup qui avait vidé ses poumons, elle respirait très fort et avait une énorme pointe de côté. Au moins, elle avait réussi à placer quelques sacrés bons coups. « Pas mal, dit Thad en caressant sa mâchoire, t’as encore de la niaque à ce que je vois. Tu t’amuses bien ? Comme une folle. Alors viens, je t’attends. » Il n’en fallut pas plus à Cass pour qu’elle revienne à la charge, lui assénant les coups de poings les plus puissants qu’elle pouvait sortir. Quel bonheur de sentir la douleur de ses phalanges percutant le visage de cette ordure, d’entendre à chaque coup le bruit sourd de l’entrechoquement d’os et de tendons ! Elle frappa, encore, et encore, jusqu’à ce que de façon tout-à-fait inattendue, il esquiva l’un de ses coups et la cueillit de nouveau d’un uppercut à l’estomac. Elle lâcha une exclamation de surprise, paralysée par le choc, et il lui renvoya un crochet à la tête qui l’envoya s’écraser au sol. Elle se redressa vite sur ses coudes, releva la tête vers lui. Mais il était fait en quoi, bordel ? Elle lui avait balancé tout ce qu’elle avait, et il commençait juste à transpirer, il n’avait pas l’air affecté le moins du monde. Tandis qu’elle, elle avait toujours autant de mal à reprendre son souffle, et elle avait l’arcade pétée, elle pouvait sentir la goutte de sang s’écouler lentement le long de sa tempe et de sa joue. Il riait. Elle ne pouvait pas supporter ce putain de rire arrogant, il fallait qu’elle se relève, qu’elle le massacre. Elle serra les dents, se remit sur pieds, s’avança vers lui. Elle commença à lever la jambe, mais la rabaissa aussitôt. Non, pas de coups de pieds. Il ne s’agissait pas seulement de le battre, tout le monde les regardait autour, des cris, des encouragements. Pour tous ces gens, c’était un chouette spectacle. Il y en avait peut-être même qui commençaient à prendre des paris. Oui, le seul moyen d’en finir avec lui une fois pour toutes, c’était de l’humilier devant tous ces gens, en le battant dans sa propre discipline, à la boxe. Elle feinta, il tomba dans le panneau et baissa sa garde, juste assez pour qu’elle lui remette un bon crochet. Il riposta d’un coup à l’estomac, mais cette fois-ci, elle l’avait anticipé, et parvint à le parer. L’affrontement vira très vite en un échange de parades et de contre-attaques, chacun des combattants conservant un rythme soutenu. Mais Thad était en meilleure forme, il était plus rapide, et elle se prit un coup par-ci, un coup par-là, jusqu’à ce qu’elle comprenne qu’elle ne tiendrait pas, et elle fit un bond en arrière pour se dégager et répliquer d’un direct du droit fulgurant… qui finit sa course sans effort dans la paume de son adversaire. « T’es un peu lente, Cass, » ricana-t-il avant de tirer son bras pour la déstabiliser et lui envoyer un uppercut au flanc. La douleur irradia tout son abdomen, et elle poussa de nouveau un grognement, mais elle se ressaisit juste à temps pour esquiver le coup suivant et se retrouver derrière Thad pour le frapper dans le dos. Il encaissa le coup sans broncher et sa réplique envoya de nouveau la blonde au tapis. Elle n’en revenait pas. Sans effet ! Tous ses coups, toute sa puissance, ça ne le faisait même pas broncher ! « Ben alors ? nargua-t-il. Déjà fatiguée ? Quelle déception, moi qui croyais avoir une vraie adversaire ! » Elle frappa le sol de frustration, grogna, se remit debout et releva sa garde. Une garde faiblarde. Elle était fatiguée. Elle avait mal. Mais tant qu’elle tenait encore debout, il fallait continuer. En bas, dans la pièce voûtée, Sally envoyait coup de poing sur coup de poing, mais n’ayant aucune expérience, ses gestes étaient trop larges, trop lents. Blackie les évitait un par un, sans effort, et ne cherchait même pas à riposter. Frustrée, la jeune justicière rugit et tenta de lui envoyer un coup de pied sauté, comme elle avait vu dans les films d’action. Seulement voilà, quand on tente ce genre de coup pour la première fois, c’est rarement une réussite, et elle ne parvint à lever le pied qu’au niveau de la taille de son adversaire, et avec une telle lenteur qu’il lui saisit sans aucun mal la jambe au vol et la repousser en arrière, où elle tomba sur les fesses. « Je te croyais plus forte que ça, Blaze, dit Blackie, mais sans aucune raillerie dans la voix, plutôt de la surprise réelle. Tu sais, j’ai pas vraiment envie de me battre avec toi. » Il dit ça tout en s’avançant vers elle, alors qu’elle était encore à terre, et quand il fut à sa portée, elle lui asséna un coup de pied dans la jambe. Surpris, il lâcha une exclamation de douleur et recula, et elle se releva d’un coup et, prenant appui des deux mains sur le banc de musculation, elle se hissa en l’air et lui envoya un grand coup de pied en pleine tête. Il recula de nouveau, encore plus surpris. « Peut-être, dit-elle, mais après ce que t’as fait, moi j’ai qu’une envie, te faire manger tes dents ! » Et elle lui fonça de nouveau dessus, laissant libre cours à sa fureur. Mais la fureur sans connaissance du combat ne menait pas très loin, et elle eut beau cogner, et cogner de toutes ses forces, Blackie absorbait tout sans trop de mal, jusqu’à ce que, perdant patience, il décide de riposter et lui mit un coup de poing dans le nez. La jeune fille gémit et recula, portant les deux mains à son visage. Elle sentit couler le sang chaud sur ses paumes. Merde ! « Je t’avais prévenue, » soupira Blackie, avant de lui foncer dessus et de la plaquer au sol. Elle eut beau se débattre, il devait faire au moins deux fois son poids, et elle n’avait pas du tout la force pour se dégager. Il parvint à poser un genou sur son cou pour la bloquer. Dans cette position, elle ne pouvait même pas lui faire le coup des oreilles. Il la dominait totalement.
    Après un énième assaut, Cass s’écroula de nouveau au sol, toussa, et cracha du sang. Elle avait perdu pied avec la réalité, tout autour d’elle était flou. Elle sentit des mains la toucher, l’agripper sous les aisselles, la relever. Elle sentit un liquide froid couler sur sa tête, et quand il descendit sur ses lèvres, elle reconnut le goût de l’eau. On lui versait de l’eau sur la tête. Seigneur, tout le monde se croyait à un vrai match de boxe ici ou quoi ? Reprenant ses esprits, elle regarda tout autour d’elle, toute cette foule hurlante, applaudissante, et elle comprit que oui, pour eux ça avait tout du match de boxe à mains nues. Un spectacle sauvage, barbare, qu’ils prenaient le plus grand plaisir à regarder. Thad, au centre du cercle, faisait le beau, persuadé d’être le vainqueur. Oui, c’était un vrai match. Mais ce n’était que le premier round. Elle se souvint maintenant de leur match de l’année passée, celui qui lui avait valu d’être virée du club de boxe. Thad l’avait dominée au premier round, car elle avait essayé de rivaliser en force pure et en agressivité. Mais il était trop fort pour ça, alors elle avait changé de tactique, et elle avait égalisé le score. Comment avait-elle pu oublier ? Elle ferma les yeux un instant, prit une grande inspiration. Elle devait faire abstraction de la musique, du bruit, de son propre corps qui souffrait le martyre. Elle devait vider son esprit de toute colère. Elle rouvrit les yeux. Elle était calme. Quand elle avait commencé la boxe, c’était surtout une excuse pour taper sur les gens, elle était tellement concentrée sur la force de ses poings qu’elle n’avait prêté que peu d’attention aux règles fondamentales des bons boxeurs. Tout ça lui revint à l’esprit. Première règle : la colère et l’agressivité obscurcissent l’esprit, empêchent de penser de manière stratégique et d’anticiper les mouvements de l’adversaire. Un bon boxeur doit toujours avoir l’esprit clair. Seconde règle : la meilleure arme d’un boxeur, ce n’est pas ses poings. C’est ses jambes. Se souvenant de cette dernière, elle commença doucement à sautiller sur place. Elle devait garder des jambes souples, des pieds légers. Thad la vit sautiller vers le centre du cercle, et cela le fit bien rire. « Tu nous fais ta gym, maintenant ?
    Deuxième round, Thad. Je suis prête. » Son adversaire frappa. L’esprit clair, elle vit très clairement le pivotement du corps et put prédire la trajectoire du poing. Les jambes souples, elle put sans peine éviter l’attaque. Il réessaya encore, et rata encore. Il la regarda avec de grands yeux frustrés. Il ne comprenait pas ce qui se passait, alors il enchaîna ses attaques. Elle était plus petite et plus légère que lui, et donc beaucoup plus vive dans ses parades. Et en étudiant son jeu de jambes, elle parvint à anticiper ses pas et à se synchroniser. Quand il avançait, elle reculait, quand il reculait, elle avançait, maintenant toujours la même distance qui lui permettait de tout esquiver avec aise. Il s’acharna pendant plusieurs minutes, mais aucune de ses attaques ne toucha sa cible. Désemparé, il commença à se trouver à court de souffle, ayant gaspillé trop d’énergie dans ses coups, et pendant ce temps-là, Cass continuait à tourner autour de lui, le narguant avec ses petits pas de danse. Elle lui fit un grand sourire, et tout à coup, bim ! Un direct dans le nez, pas très fort, mais si rapide que Thad ne le vit même pas venir, et le jeune homme sentit une larme monter à son œil. Troisième règle : un coup rapide et précis est toujours mieux qu’un coup puissant. Vexé, Thad réattaqua avec encore plus de hargne, mais encore moins de précision, et cela lui valut une demi-douzaine de directs dans le nez. Il était éberlué. « Ben alors Lambert ? ricana Cass. On perd le rythme ? Tu veux un Kleenex ? » Le jeune homme ne comprit pas tout de suite le sens de sa question, mais très vite, il ressentit un liquide chaud couler sur ses lèvres, et reconnut le goût métallique du sang. Comment était-ce possible ? Il la dominait tout le long, et d’un seul coup, elle avait réussi sans effort à le faire saigner du nez ? Mais en quoi était-elle faite ? Sally était dans une situation critique. Elle avait bien réussi à se dégager un bras et avait tenté de frapper son adversaire, mais il avait vite fait de le lui bloquer avec son autre genou tandis que son premier genou était toujours appuyé contre sa gorge, et qu’il lui tenait l’autre bras avec une de ses mains. « Arrête de lutter Blaze, ça sert à rien ! Blackie, râla-t-elle, peux plus… respirer… ton genou… Si je te relâche, tu vas continuer à te battre, ou t’enfuir ! Je vais te retenir le temps que… des renforts arrivent, c’est ça, je sais pas qui, mais Thad a dû partir chercher quelqu’un, non ? Après, on va aviser, mais en attendant, tiens-toi tranquille. » Quel con ! se dit-elle. Il ne se rendait même pas compte qu’il avait le genou tellement appuyé contre sa gorge que le sang et l’air passaient plus, elle commençait déjà à se sentir étourdie. S’il attendait plus longtemps comme ça, il allait finir par la tuer ! En tournant le regard, elle aperçut une tige métallique avec une poignée, un bouton et une molette, elle en déduit vite qu’il devait s’agir d’une sorte d’arme électrique… si seulement elle pouvait l’attraper… mais il lui manquait quelques millimètres à peine, et il la maintenait trop fermement pour qu’elle puisse l’atteindre ! Elle commençait déjà à voir des ombres danser devant ses yeux. Un miracle, s’il vous plaît, un miracle… « Sa, je veux dire, Blaze, tout va bien ? » demanda Billy en arrivant en bas de l’escalier. Distrait par cette intervention inattendue, Blackie relâcha un peu son étreinte en se tournant vers le nouvel arrivant. Juste assez pour que Sally puisse se saisir de la baguette électrique. Puissance réglée sur maximale. Elle n’hésita pas un seul instant à la lui enfoncer dans les parties et à appuyer sur le bouton. L’épave poussa un hurlement inhumain et relâcha complètement la jeune fille en tombant sur le côté, se tordant de douleur. Sitôt redressée, elle laissa sortir tout son stress et passa ses nerfs en savatant l’homme à terre. « Voilà ! Ce qu’on ! Gagne ! À faire ! Le sale ! Traître ! » Elle ne s’arrêta que quand son ami vint la saisir gentiment par les épaules. « Je crois qu’il a eu son compte, dit-il, il est KO. Il a eu que ce qu’il méritait ! Tu vas bien ? Tu mettais du temps à remonter, je m’inquiétais… Oui, ça va… tu sais, jouer les justicières c’est quand même épuisant… Je veux bien te croire. Où est Cass ? Là-haut, sur la piste de danse. Elle est en train de mettre une raclée à Thad, faut que tu viennes voir ça ! » En effet, Thad n’en menait pas large sur la piste, tant il s’épuisait à envoyer ses poings dans le vide. Cass, de son côté, avait repris confiance et s’amusait comme une petite folle à le tourmenter. Ses coups n’étaient pas forts, mais par accumulation, Thad commença à sentir une fatigue et une intense douleur générale le gagner. Son nez sanguinolent gênait sa respiration, et avec les coups qu’il avait reçus au niveau des flancs, ses poumons étaient en feu. Son souffle était rauque, et ses gestes de plus en plus lents. Alors qu’elle, de son côté, semblait avoir récupéré et était toujours aussi légère et souriante. Elle avait bien calculé son coup, la garce. Voyons si elle calculait ça… Il fit une feinte, elle tomba bien dans le panneau, baissa sa garde une seconde, et il l’envoya au tapis d’un crochet bien senti dans la bouche. Elle se mit à quatre pattes, puis se redressa, un peu sonnée, une goutte de sang perlait de sa lèvre écorchée. Elle l’essuya d’un revers de la main, puis lécha le sang sur ses doigts. Et elle lui fit un grand sourire. Thad, découragé, la vit revenir vers lui, il l’attaqua, mais par des esquives gracieuses, elle passa sous ses poings jusqu’à arriver au niveau de ses flancs, auxquels elle asséna deux trois uppercuts avant de remonter et de lui bourrer la mâchoire de petits coups très rapides, qu’elle conclut par un grand crochet, et à sa plus grande satisfaction, il partit en arrière et s’étala de tout son long sur le sol. Elle l’avait fait ! Elle l’avait mis à terre ! Le jeune homme se releva avec difficulté, sonné, du sang coulait de sa bouche et il cracha. Il regarda le sol avec horreur quand il vit qu’il avait craché une de ses propres dents. Fou de rage, il hurla et se jeta de nouveau sur elle. Elle était prête. Il était à bout, plus qu’à l’achever. Mais à sa grande surprise, c’est un coup de pied qui partit et qui l’atteignit à la cuisse. Elle ressentit comme une brûlure qui irradia le long de sa jambe et perdit son équilibre, juste assez pour que Thad reprenne le dessus. Elle ne vit pas venir le coup de genou qui la frappa en pleine tête ensuite. Étourdie, elle sentit son corps partir et frapper le sol de la piste de danse. Quelle conne ! Penser qu’un type comme lui allait se battre à la loyale tout le long ! Il vint sur elle, elle tenta de se dégager, mais il la frappa de nouveau, et la retourna sur le ventre. Elle poussa un hurlement de douleur aigu quand il la saisit par les cheveux, et il lui frappa violemment la tête contre le sol. Elle arrêta de crier. Il la releva et la frappa encore. Et encore. Elle était au bord de l’inconscience. La douleur s’était emparée de tout son être, elle ne savait même plus où elle était. La seule sensation qui lui restait, c’était celle de son visage maculé de sang. Mais la voix, elle parvint quand même à entendre la voix de son ennemi : « Tu croyais vraiment que j’allais te laisser me battre, petite pute ? Jamais, tu m’entends, jamais je ne serai battu. Je suis né pour écraser, pour dominer, et je détruirai quiconque se mettra sur mon chemin, tu m’entends ? Que ça te serve de leçon, tu vas retourner à ta niche dans les Projects, et tu te souviendras, à partir de maintenant, de qui est ton vrai maître. » Il se releva ensuite, et lui mit un coup de pied si fort qu’elle partit rouler vers le bord du cercle. Elle reprit peu à peu conscience, et se mit à pleurer. Elle avait perdu. Malgré tous ses efforts, malgré toute sa volonté, elle était toujours perdante. Depuis qu’elle avait créé Blaze, son alter ego, elle n’avait fait que s’attirer des emmerdes. Et quel bien avait-elle fait ? Thad était devenu un psychopathe et ses amis, menacés, avaient dû se terrer dans le désert. Elle avait complètement merdé. Il avait raison, elle n’aurait jamais dû se mêler de tout ça, elle n’aurait jamais dû avoir la folie de croire qu’elle pouvait gagner contre des adversaires aussi puissants. Et tout ce combat, quelle blague ! Croire qu’elle pouvait l’humilier devant tout le monde ? C’était son club, son terrain, il était admiré de tous ici, alors qu’elle n’était que la petite brute de service, détestée du lycée entier. Pour tout le monde ici, ce n’était qu’un divertissement de voir le garçon le plus populaire du lycée filer une raclée à la terreur de service. Ça avait dû en réjouir plus d’un… « Relève-toi, Cass ! » hurla une voix de fille. Quoi ? Non, pas possible, elle avait dû mal entendre… « Tu peux le battre, Cass, courage ! » « Oui, pète-lui la gueule à ce salaud ! » Elle leva la tête et regarda tout autour d’elle. Elle ne pouvait en croire ses oreilles. Puis elle vit d’où provenait la voix. Lucy, une fille du lycée. Elle avait eu plusieurs problèmes avec elle, elle la détestait, comme tout le monde. Et là, elle était dans le public, et l’encourageait ? Et elle n’était pas la seule, elle en reconnut une autre, et encore une autre. Il y avait tout un groupe de gens du lycée qui l’encourageaient et scandaient son nom à tue-tête. Et c’est là qu’elle comprit. Thad se faisait passer pour un garçon charmant, mais personne n’était dupe. Tout le monde avait vu son côté sadique et tyrannique, tout le monde avait peur de lui. Trop peur pour s’opposer à lui publiquement. Son règne de terreur avait perduré dans la loi du silence, et il avait pu continuer ses petits jeux avec le Klub sans être inquiété. En fait, tout le monde attendait qu’un héros se lève pour lui filer la correction qu’il méritait. Peu de gens devaient s’attendre à ce que ce soit elle… Puis elle aperçut Mademoiselle Kaczinski dans le public. Et Billy. Et Sally, et elle ne put s’empêcher de se dire qu’elle était superbe dans le costume de Blaze. Sally… elle avait fait un bout de chemin… d’abord la Miss Parfaite qu’elle ne pouvait pas supporter, devenue une autre victime du Klub… qui était finalement devenue son amie, et qui était venue ce soir la sauver, à son tour, arborant le costume que Cass s’était fabriqué pour ne plus être une victime elle-même. Et la blonde se souvint alors de pourquoi elle se battait. Pour qu’il n’y ait plus de gens comme Thad qui se sentiraient libres de se laisser aller à leur perversion, en toute impunité. Pour qu’il n’y ait plus de victimes. Elle avait créé Blaze pour se sentir forte. Courageuse. Et en voyant Sally ce soir, elle se dit que Blaze avait effectivement ce pouvoir. Mais Blaze n’était pas qu’un costume. C’était elle. Pas besoin d’un masque et d’une perruque. S’il devait y avoir un héros pour démolir Thad, alors ce serait Danielle Cassidy, la bonne vieille racaille des Projects. Elle serra le poing, fort. Thad vit qu’elle commençait à se redresser, et revint sur elle pour la frapper de nouveau. Elle le vit arriver à sa hauteur. Elle l’observa sans rage, sans haine, seulement avec une détermination brûlante comme un brasier. Elle le vit lever le poing. Elle vit l’ouverture. Poussant un cri bestial, elle se redressa d’un coup, comme sur ressorts, et envoya son poing qui atteignit son ennemi sur le côté de la gorge. Surpris, Thad recula de trois pas et toussa très fort, luttant pour reprendre son souffle. Cass était maintenant de nouveau sur pieds, en garde. « Tu veux de battre à la déloyale, hein ? dit-elle. Alors allons-y, mais je te ferai pas de cadeaux. » Il se ressaisit, et le combat reprit. Elle avait déjà préparé son plan. Elle para son coup, et envoya son poing vers sa figure, prenant soin de sortir la phalange du majeur, pour la lui planter en plein dans l’œil. Il hurla d’agonie, mais elle n’en eut cure, elle était déjà partie sur sa seconde cible, et lui mit un grand crochet dans l’oreille. Puis un coup de la paume de la main dans le nez, si puissant qu’elle sentit les os craquer comme des allumettes. Et pour finir, un coup de poing dans le sternum, technique qu’elle avait apprise dans son manuel de karaté : il décolla littéralement du sol et retomba sur le dos. Il se releva avec difficulté. Il avait la vision à moitié brouillée, le coup dans l’oreille avait perturbé son sens de l’équilibre, il avait le nez complètement cassé, et tout le thorax en feu. Et en plus de tout ça, il commença à ressentir quelque chose, une sensation désagréable, froide, qui remontait le long de son estomac et lui donnait des frissons. La peur. Il regarda son adversaire, et il lui sembla tout à coup que la jeune fille était enveloppée de flammes, puis il la vit vêtue d’une combinaison en cuir et coiffée d’une chevelure rouge. Il cligna des yeux, et elle redevint normale. Qu’est-ce qui lui arrivait ? Il ne pouvait pas flancher maintenant, il devait la détruire, au plus vite, avant qu’elle ne le rende fou. Il revint à la charge. Cass avait commencé à étudier la méthode Keysi quelques temps auparavant, et les manœuvres présentées dans son DVD lui revinrent à l’esprit. La garde haute avec les coudes en avant. Les techniques de placement des coudes pour rentrer dans la garde de l’adversaire. Thad était fatigué, ses gestes étaient lents et mal assurés. Parade de coup de poing par un coup de coude sur le bras, riposte par coup de coude à la tête. Parade d’un second coup de la même manière, riposte par coup de coude à la gorge, enchaînement par coup de poing à la tempe, puis coup de tête dans le torse pour le repousser. Puis elle étendit le bras vers sa tête, il monta sa garde. Tombé dans le piège ! Elle se rétracta et, subitement, se baissa pour lui mettre un coup de poing dans le genou qui l’amena au sol, avant d’enchaîner sur un autre coup qui le remit au tapis. Elle alla se placer au centre du cercle tandis qu’il luttait pour se relever, et profita un instant des cris, des rires, des applaudissements qui redoublaient d’intensité. Tout le monde s’était mis à scander son nom. Cass. L’héroïne. C’était plutôt agréable. Son adversaire revint à la charge, en courant, ne relevant même plus sa garde. Il n’avait plus rien, il était fini. Sans aucun effort, elle fit un pas en demi-cercle, et se retourna en étendant son bras, en un coup de la corde à linge qu’il se prit en pleine tête. Le moment était venu d’en finir. Alors elle le saisit par les cheveux et le remit sur pieds de force. Il tenta une défense désespérée en l’agrippant à la nuque, mais il n’avait plus aucune force. Elle frappa ses côtes, frénétiquement, sans aucune relâche. Ses bras épuisés la brûlaient, ses poings écorchés étaient à l’agonie, et pourtant, telle qu’elle était là à le mitrailler sans pitié, à sentir ses côtes craquer une par une, elle ne s’était jamais sentie aussi bien. Deux nouveaux coups à la tête, mâchoire déboîtée. L’uppercut qu’elle envoya ensuite était parfait, le cueillant au menton avec une précision chirurgicale, et avec une violence qui l’envoya valser en arrière. Il ne restait désormais plus grand-chose du beau, riche et talentueux Thad Lambert, tant son visage était boursouflé et baigné de sueur et de sang. Il avait les bras ballants. Alors, faisant exploser toute sa rage, Cass bondit, s’élevant haut au-dessus de lui et retombant sur lui comme un aigle fondant sur un rat, son poing en avant l’atteignant en pleine face et l’envoyant voler si fort qu’il atteignit le bord du cercle et entraîna deux rangées de spectateurs dans sa chute. Elle reprit son souffle et s’avança vers lui, lentement, calmement. Les gens se relevèrent et s’écartèrent à son passage, mais Thad resta allongé, il ne bougeait plus. Elle se mit à califourchon sur lui, et le saisit sans ménagement par les cheveux, ses cheveux normalement si bien coiffés qui n’étaient alors qu’un bazar trempé de sueur. Il était si pathétique… « Vas-y, murmura-t-il faiblement. T’as gagné, t’es contente ? Je sais que t’en meurs d’envie, tue-moi maintenant. Allez… Te tuer ? Non mais tu rigoles ? Pour une ordure comme toi, ce serait trop gentil. Au contraire, je veux que tu vives. Je veux que tu continues ta vie et qu’à chaque instant, tu te souviennes de ce moment. Je veux qu’à chaque chose que tu entreprendras, tu gardes cette défaite imprimée en toi. Je veux qu’à chaque fois que tu regarderas ou penseras à une fille, et ce même dans tes moments les plus intimes, tu y voies mon visage. Le visage de la fille qui t’a battu ! » Il regarda son visage, il le regarda bien. Mais tout ce qu’il put voir, c’était des yeux brillants de fureur entourés d’un masque noir, et une chevelure de feu. Et il en ressentit une indescriptible terreur. « Mais qui es-tu ? gémit-il. Blaze ? Blaze n’est qu’un masque. Mon nom est Danielle Cassidy. Ne l’oublie jamais. » Elle le lâcha enfin et se releva. Et enfin, l’épuisement reprit ses droits sur son corps, et elle commença à chanceler. Quelqu’un la rattrapa, et passa son bras autour de ses épaules. C’était Sally. Elles se regardèrent, et s’échangèrent un sourire. Billy arriva de l’autre côté et passa son autre bras sur ses épaules. « On rentre à la maison ? demanda-t-il. _ Oui, répondit-elle. On rentre. »

  • Sweety Avatar
    Sweety - il y a 10 ans
    Black, tu sais ce que je pense de ton histoire... Mais sérieux, tu es drôlement bien renseigné en termes de "combat", tu pratiques ? ^^

  • SweatyGirlySoles Avatar
    SweatyGirlySoles - il y a 10 ans

    franchement j'adore vraiment trop cette histoire plus je lis et plus j'ai hate de lire la suite ^^ j'ai adorer le moment ou elle pulvérise chad mais franchement il ma énèrver alistair

    chui vraiment impatient de connaitre la suite ! continue comme ça black :)


  • Hasana Avatar
    Hasana - il y a 10 ans

    Bon... J'adore ton histoire !!!!

    hum hum... Tout d'abord, j'ai trouvé qu'on se retrouvait bien dans les émotions des personnages, on ressent la désespoir de Cass quand ça ne va plus, puis on la voit se relever de façon dingue, alors que tout semble perdu.

    la scène du combat est bien décrite, on dirait que tu y a longuement pensé... :p

    Je n'étais pas sûre, mais je déteste Blackie.
    J'espère en tout cas que Cass va pouvoir vivre telle qu'elle le devrait, sans avoir peur et sans être détestée des autres...
    Et que Billy et Sally vont pouvoir eux aussi, être cool et heureux.

    Je te lirais pour la suite, bon courage !! :)


  • maL Avatar
    maL - il y a 10 ans
    Ouf, ce que je craignais ne s'est pas réellement produit ! Mais j'ai du mal à croire que Sally puisse se débrouiller aussi bien en combat après juste une petite après-midi d'initiation... même si tu ne verses pas dans la transformation magique, je trouve cela peut-être encore trop "fort de café". Par ailleurs quelqu'un qui devient un as du combat juste en regardant des vidéos... c'est pareil je trouve ça un peu osé. À mon avis, il aurait mieux valu insister plus sur son expérience à lutter contre les malfrats (en général c'est en faisant que ça rentre, et ça marche rarement du premier coup). Sinon cet épisode reprend les codes du combat final. En même temps, si la victoire avait été plus rapide, ça en aurait frustré plus d'un ; et si Thad avait gagné... Hum ! Ça aurait dérangé. Par contre, une question reste en suspend : qui était ce mystérieux chatouilleur (ou mystérieuse chatouilleuse) ?