Histoire : La justicière !

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Histoire
  • La justicière !


Histoire ajoutée le 17/10/2014
Épisode ajouté le 17/10/2014
Mise-à-jour le 03/07/2021

  • Coco Avatar
    Coco - il y a 11 ans

    Je le savais ! Enfin j'en étais presque sûr :moue:

    Très sympa ce chapitre, j'ai été triste pour Blaze pour la scène dans le lycée... Par contre il y a plusieurs mot qui se répète, enfin deux ^^

    Mais très sympa :lunettesnoires2:


  • Matoue75 Avatar
    Matoue75 - il y a 11 ans

    Je me suis mise à ce récit! Il est vraiment super très captivant!
    Merci :)


  • Chinow Avatar
    Chinow - il y a 11 ans

    Black... T'es un enfoiré. Je t'admire.

    Mais j'ai trop réfléchiiiiii, arg !!! Bon sang, c'était si évident que j'espérai un twist, moi ! Tu es un méchant ! Mais tu restes génial quand même :lol:

    Très bon chapitre, même si je me retiens de bouffer mon clavier de frustration, tient ! Ma belle théorie, sniff... ;(

    Toutes préoccupations personnelles mises à part, je reste très curieuse de savoir pourquoi Blaze est devenue qui elle est. La suite, la suite ! :D

    Et ce chapitre était génial ^^


  • Black Stingray Avatar
    Black Stingray - il y a 11 ans

    Ha ha, le chapitre suivant est déjà arrivé ! :D
    Faut dire que je l'ai écrit vite celui-là, j'étais très impatient de le sortir, c'est un des plus importants de l'histoire ! Par contre, il est affreusement long. Vous voilà prévenus :xp:

    Chapitre 11 : Le secret


    « Quoi ? Demanda Billy, totalement réveillé cette fois. Comment ça, c'est Cass ? T'en es sûre ? Comment tu le sais ?
    _ Je... en fait... je l'ai rêvé.
    _ Tu l'as rêvé ? Mais c'est pas du tout une preuve, ça, même pas un indice !
    _ Je sais, ça peut te paraître bizarre, mais... je sais pas comment l'expliquer, j'en suis persuadée. Et, il y a des choses qui me font dire que c'est bien elle. Des choses concrètes.
    _ Comme quoi ? »
    Elle prit une grande inspiration. Elle ne voulait pas lui en parler, mais elle n'avait pas le choix, il fallait le convaincre : « Bon, tu te souviens quand Cass m'a fait me mettre à genoux dans le couloir ? En fait, la veille, après qu'on se soit engueulées... elle m'a coincée dans les chiottes... et elle m'a torturée.
    _ Comment ça, torturée ?
    _ Elle m'a plaquée au sol, tordu le bras dans le dos, et elle m'a chatouillé les côtes. Ça a duré plusieurs minutes, c'était horrible ! Mais elle y prenait beaucoup de plaisir... comme le chatouilleur, en fait. C'est quand on en a reparlé aujourd'hui que j'ai commencé à faire le lien entre les deux. Et puis il y a autre chose : ce même jour, elle m'a piqué mon carnet. Dedans j'avais toutes mes notes sur ce que Deborah m'avait raconté, sur Miranda, tout le début de mon enquête.
    _ Ce qui veut dire ?
    _ Billy, réfléchis ! Elle bossait déjà pour le Klub à ce moment-là, elle m'a piqué mes notes pour essayer de me ralentir, ça tombe sous le sens !
    _ Il y a juste un truc qui coince, pourquoi elle bosserait pour le Klub ? Elle est loin de faire partie du comité d'excellence, et elle méprise les bourges tout autant que les autres.
    _ Tu sais, le Klub embauche des gros bras pour faire leur sale boulot, Blackie l'a dit, et on en a vu quelques uns. Cass vit dans les Projects, ce serait pas le genre à cracher sur de l'argent facile, même si elle méprise Thad et les autres. Et puis, elle a toujours aimé torturer les gens, elle est comme ça depuis qu'on la connaît. Alors tu penses bien, un mec arrive et propose de la payer pour assouvir son sadisme, elle va pas refuser. »

    Billy resta un moment silencieux avant de répondre dans un soupir : « Ouais... ouais, c'est parfaitement logique. On fait quoi du coup, on prévient Blaze ?
    _ Vu l'état dans lequel elle était quand elle est repartie tout à l'heure, j'ai l'impression qu'elle préférerait rester seule pour l'instant...
    _ Attends, là on a quand même un scoop à lui proposer, un truc qui nous fera sortir de l'impasse !
    _ Je sais mais, et si jamais je me trompais ? Vaut mieux attendre d'avoir la preuve irréfutable que c'est bien elle... et puis, j'ai envie qu'on règle ça nous-mêmes. On peut pas dépendre de Blaze tout le temps, hein ?
    _ OK, alors le plan, c'est de trouver la preuve que Cass est le chatouilleur, c'est ça ? Et comment on va s'y prendre ?
    _ Je crois que j'ai une idée, mais il va nous falloir un peu de matériel... »

    Ils se retrouvèrent comme convenu devant la salle info du lycée le lendemain, pendant une pause. Ils n'étaient pas nerveux à l'idée du truc complètement délirant qu'ils s'apprêtaient à faire, non : ils étaient au bord de la panique.
    « Bon, j'ai les cordes, dit Sally, et j'ai trouvé l'endroit. Et toi, t'as ce qu'il faut ?
    _ J'ai trouvé ça, dit-il en lui montrant discrètement la petite fiole jaune qu'il avait dans la poche. Ça devrait faire l'affaire.
    _ Du Valium ? Comment t'as réussi à choper ça, on en trouve que sur ordonnance ?
    _ Ben... je l'ai piqué à ma mère, avoua-t-il, honteux. Elle en prend de temps en temps, quand elle arrive pas à dormir... mon père est flic, tu sais, et elle a toujours peur qu'il rentre pas...
    _ Bon, alors on fait comme on a dit ?
    _ Après les cours, je t'attends au Seattle Café, c'est ça ? Et si tu me bipes, ça veut dire mission annulée.
    _ Exact. Et si je te bipe pas, ça veut dire que je vais venir avec Cass, on va se poser à une table assez loin du comptoir. Toi tu restes au comptoir, et t'attends que je vienne commander. Et surtout tu restes discret !
    _ Pas de problème.
    _ OK, c'est parti. »

    Ils se séparèrent et Sally se mit à arpenter les couloirs, seule, à la recherche de son bourreau. Introuvable. Cependant, après avoir scruté minutieusement tous les couloirs, la cafétéria, le CDI (comme si elle y passait beaucoup de temps d'habitude...), elle finit par aller chercher dans les endroits les plus improbables, et c'est comme ça qu'elle se retrouva finalement dans le gymnase. À peine eut-elle passé la porte, elle fut surprise d'entendre des bruits de respirations saccadées, entrecoupés des coups sourds du cuir contre le cuir.
    « Ta garde ! Entendit-elle crier Mademoiselle Kaczinski. Ta garde ! Ouais, c'est bien. Contre, contre, frappe ! »
    Curieuse, la jeune fille se hâta vers le terrain de basket, où elle assista à la scène la plus surprenante qu'elle ait jamais vue : des tapis de gym étaient disposés sur le terrain en forme de ring de lutte, et au milieu de ce ring se trouvaient la prof de sport et Cass, pieds nus, en tenues de lutte et gants rembourrés, s'échangeant coups de poing et de pied. Sally en resta bouche bée. Elle savait que la prof de sport était championne de lutte, mais là c'était un style très « freestyle », pour ne pas dire très peu réglementaire. La prof envoya un coup de poing à Cass, qui l'intercepta et tenta de la faire tomber en lui tordant le bras. Mais la prof était rusée, et elle profita de son déséquilibre pour entraîner son adversaire dans sa chute, et les deux femmes se retrouvèrent à lutter au sol jusqu'à ce que Mademoiselle Kaczinski force la brute à se soumettre par une clé de bras. C'est à ce moment que la prof leva les yeux et remarqua qu'ils avaient de la visite.
    « Pause ! Ordonna-t-elle à son élève en la relâchant. Cinquante pompes. »
    Puis tandis que Cass s'exécutait, la prof se releva et alla saluer la nouvelle arrivante.
    « Bonjour Sally ! Qu'est-ce que je peux faire pour toi ?
    _ Euh... vous, euh... vous donnez des cours particuliers à Cass ?
    _ Oh, ça c'est... une nouvelle idée que j'ai eue. Vu tous ses récents accès de violence, j'ai demandé au principal de me la confier pour l'ensemble de ses heures de colle. La discipline par le sport, c'est ma théorie !
    _ Donc, si je comprends bien, vous l'entraînez pour la rendre encore plus dangereuse ?
    _ Détrompe-toi, ça lui fait beaucoup de bien, au contraire ! Danielle a énormément d'agressivité à dépenser, je vois déjà des progrès sur son comportement grâce à ces séances d'entraînement. Alors, tu venais pour quoi ? »
    Sally ne parvint pas à répondre tout de suite, tant la situation lui parut tellement absurde qu'elle ne sut si elle devait rire ou pleurer. Blaze qui entraînait le chatouilleur, rien que ça ! Enfin, si la théorie de Billy était exacte, bien sûr. Le seul truc qui la dérangeait dans cette idée, c'était son visage... elle souriait tout le temps, alors que la justicière faisait tout le temps la gueule. Mais c'était peut-être un camouflage, justement... perdue dans ses pensées, elle entendit à peine la prof répéter sa question.
    « Hein ? Dit-elle. Ah, oui, euh... en fait, je voulais parler à Cass.
    _ Ah bon ? Tu en es sûre ?
    _ Oui.
    _ Bon, ben vas-y... je serai dans le vestiaire en cas de besoin. »

    Elle prit une grande inspiration, et s'avança. Chacun de ses pas sembla peser deux tonnes. Elle en avait tellement peur que son corps entier semblait se rebeller contre l'idée même de s'approcher d'elle. Elle était presque à son niveau et alla parler quand elle sursauta en entendant un tonnerre assourdissant de batterie et de guitare saturée. Elle comprit qu'il s'agissait de la sonnerie de portable de Cass quand la brute le prit sur le bord du ring et y répondit :
    « Ouais ? Ouais, c'est moi... OK, je te rappelle plus tard. »
    Elle raccrocha et se tourna vers Sally, se contentant de l'observer avec son regard de folle furieuse, sans dire un mot.
    « Euh, salut Cass, commença Sally avec hésitation. En fait je voulais...
    _ T'as pas oublié quelque chose ? Demanda la brute d'un ton tranchant.
    _ Oh, merde, j'oubliais... »
    À contrecœur, elle se mit à genoux devant son ennemie, comme elle avait promis de le faire.
    « C'est bon, je peux me relever maintenant ?
    _ Mouais, ça devrait aller, pour l'instant. Bon, tu veux quoi, Miss Parfaite ? Et t'as pas intérêt à me faire perdre mon temps.
    _ En fait je voulais, euh... genre, discuter un peu.
    _ Je t'écoute, t'as vingt secondes.
    _ C'est un peu court.
    _ Quinze.
    _ OK, d'accord, je pensais pas vraiment discuter ici, pour ce que j'ai à te dire c'est pas terrible. Tu veux pas qu'on se retrouve au Seattle Café après les cours ?
    _ Quoi, tu veux que moi j'aille boire un coup avec Miss Parfaite après les cours comme si on était copines ? Non mais t'es pas bien !
    _ Oh allez s'te plaît, c'est important pour moi !
    _ Va te faire mettre.
    _ Je te paierai !
    _ T'es trop mignonne, toi. Tu sais que si c'était ton argent que je voulais, je te l'aurais déjà pris, et de neuf manières différentes, dont cinq qui font mal et quatre qui font vraiment très mal.
    _ Oui, je sais, mais écoute, tout ce que je te demande, c'est une heure de ton temps après les cours pour boire un verre, que je t'offrirai en plus ! C'est tout, ça ne t'engage à rien !
    _ Ouais... mais je comprends toujours pas pourquoi la petite pimbêche de service est tout à coup super sympa et tient à me payer un verre, c'est quoi l'embrouille ?
    _ Il y a pas d'embrouille, Cass, promis ! Un verre, c'est tout ce que je demande. »
    La brute lui lança un regard suspicieux, puis finit par accepter, lui promettant au passage les plus terribles représailles si c'était pour une connerie. Sally poussa un soupir de soulagement, même si le plus délicat restait à faire...

    Autre part dans la ville, un homme attendait à un arrêt de bus, suçotant le cure-dents qu'il avait dans la bouche tout en jetant des regards nerveux autour de lui. L'homme était tout de noir vêtu, chaussé de bottes de combat, portait des cheveux noirs très courts et une barbe de deux jours, et avait un regard perçant, le regard d'un homme prêt à sortir une arme à tout moment. Ce regard, ainsi que sa carrure impressionnante et sa tête carrée posée sur un cou de taureau, en faisaient un homme que personne n'aimerait croiser la nuit dans une ruelle mal éclairée. Ce qui était précisément la raison pour laquelle il était si bon dans son job.

    Son véhicule arriva enfin, une BMW rutilante, et quand la voiture se fut arrêtée à sa hauteur, il prit place sur la banquette arrière. La voiture redémarra, et l'homme se tourna vers celui qui se tenait sur la banquette à ses côtés, un jeune homme élégant mais dont le beau visage était affublé d'un gros pansement qui en masquait une moitié.

    « Bonjour Mirko, dit le jeune homme au pansement d'un air sombre, sans même regarder son interlocuteur.
    _ Bonjour M'sieur Lambert, répondit Mirko. Qu'est-ce qui est arrivé à votre visage ?
    _ C'est Blaze qui m'a fait ça. Elle m'a attaqué en traître, et comme la petite pétasse qu'elle est, elle m'a défiguré quand elle a vu qu'elle ne pouvait pas me battre...
    _ Aïe... c'est moche, ça, M'sieur Lambert...
    _ Oui... les filles adoraient mon visage... tes hommes sont prêts, Mirko ?
    _ Blaze en a amoché quelques uns, mais dans l'ensemble, je peux avoir une douzaine d'hommes de prêts dans la journée. Quelle est la mission ?
    _ Sally Lomax, du lycée.
    _ La gamine de la dernière fois ?
    _ Oui. Je suis maintenant convaincu qu'elle est très proche de Blaze. Elle traîne souvent avec un autre élève, William Brewster. Je veux que toi et tes hommes vous preniez ces deux-là en filature, vous attendez qu'ils vous mènent jusqu'à Blaze. Et quand ce sera le cas, vous me la ramenez.
    _ Ramener... c'est à dire ?
    _ Je ne veux pas savoir comment, mais une chose est extrêmement importante : je la veux en bon état. Elle a osé s'en prendre à moi, elle a abîmé mon visage... je compte bien m'amuser au maximum avec elle.
    _ Euh... vous êtes sûr, patron ?
    _ Oui... ça te pose un problème ?
    _ Aucun, patron. »

    Le Seattle Café devait son nom au fait que son propriétaire venait de Seattle, et était un grand fan de Nirvana. En plus de faire un cappuccino à tomber par terre et l'un des meilleurs hot-dogs de la ville, le petit café distillait une ambiance de diner des années 90 avec ses murs d'un bleu pâle et ses banquettes en skaï, et son juke-box qui diffusait toujours un air de grunge, si bien qu'il était devenu un endroit très prisé des jeunes musiciens qui y descendaient depuis la fac, leurs bonnets sur la tête et leurs guitares sous le bras. Et par conséquent, l'endroit était aussi très prisé des lycéennes venues draguer les beaux étudiants. De ce fait, le Seattle Café était le café branché où se retrouver après les cours pour réviser (un peu) et se détendre (beaucoup), et il y régnait toujours une atmosphère légère... enfin, sauf pour Sally qui, assise seule à sa table, agonisait littéralement d'attendre son rendez-vous...

    Enfin, elle vit la blonde entrer, et lui fit un signe de la main pour l'inviter à la rejoindre. Cass vint se jeter sur la banquette en face d'elle et passa tout de suite aux choses sérieuses :
    « OK, Miss Parfaite, je suis là maintenant, alors déballe ce que t'as à me dire.
    _ D'abord, merci d'être venue... tu veux boire quelque chose ?
    _ T'y tiens vraiment à ce verre, on dirait ! Bon, un Coca alors.
    _ Je vais te le chercher. »
    Elle se leva d'un bond, luttant de toutes ses forces pour avoir l'air naturelle, et alla au comptoir commander un Coca et un cappuccino.
    « Tout se passe bien ? Demanda discrètement Billy, qui se tenait comme prévu au comptoir à-côté d'elle, la tête rentrée dans les épaules pour se faire le plus petit possible.
    _ Ouais, plus qu'à lui faire avaler, et le tour est joué. »
    Le jeune homme lui passa alors un papier de chewing-gum dans lequel il avait mis du Valium réduit en poudre. Sally en versa le contenu dans le verre de Coca et touilla avec la paille.
    « Ça me paraît beaucoup, dit-elle, t'en as mis combien ?
    _ Un cacheton et demi.
    _ Tout ça ?
    _ J'avais peur qu'un seul soit pas suffisant pour l'assommer. Elle est coriace, quand même.
    _ Oui mais l'idée c'est pas de la tuer, non plus. Bon, on verra bien. J'y retourne. »

    Elle se rassit à table avec Cass et lui servit son verre.
    « Bon alors accouche, dit la brute en buvant une grande gorgée.
    _ Voilà, dit Sally en tentant de contenir son excitation. C'est simple, je voudrais qu'on enterre la hache de guerre.
    _ La quoi ? »
    Elle soupira. C'est vrai que la blonde, les métaphores, c'était pas son truc. « Qu'on arrête ! Tout simplement qu'on arrête, nous deux je veux dire. J'en peux plus de cette situation !
    _ Nan, Miss Parfaite s'avoue vaincue ?
    _ Oui, si ça peut te faire plaisir, je veux bien le dire comme ça. Cass, tu crois pas qu'on va trop loin, sérieusement ? Je sais que je me suis moquée de toi, souvent, et j'en suis désolée. On pourrait peut-être...
    _ Attends, tu veux quand même pas qu'on devienne amie ? Qu'on aille faire les magasins, main dans la main et toutes ces conneries ? Parce que là je t'arrête tout de suite, c'est non !
    _ Non, je pensais pas à ça non plus... mais au moins qu'on arrête de se battre. Juste, qu'on puisse se croiser dans les couloirs du lycée le matin et juste se dire bonjour. Voir ne rien se dire du tout ! J'arrête de dire des trucs sur toi, et toi tu arrêtes de me frapper ou de me brutaliser, ça paraît honnête, non ?
    _ C'est pas aussi simple.
    _ Mais pourquoi tu m'aimes pas ? Je sais que t'aimes personne, mais pourquoi moi en particulier ?
    _ Attends, tu te doutes même pas de la raison ? Putain t'es encore plus égoïste que je pensais. Allez, c'est bon, j'ai assez perdu de temps. »

    Elle avala son verre d'un coup, se leva, et quitta le café. Sally fit un geste à Billy pour l'inviter à la suivre, et bientôt ils se retrouvèrent tous les deux à marcher le long de la rue, sur les talons de leur cible. Ils allaient bientôt arriver au niveau de la Ford de Sally, garée dans une petite ruelle peu fréquentée. Pourvu que ça fasse effet vite !
    « Mais pourquoi tu me suis ? Beugla Cass en se retournant, ayant remarqué qu'elle était filée. Et pourquoi t'as ramené ton copain avec toi ? Foutez-moi la paix, ou je vous promets que vous allez en chier ! »
    Puis d'un coup, elle se mit à vaciller. « Oh putain, déclara-t-elle, surprise, je me sens pas bien...
    _ C'est le moment, chopons-la ! » hurla Billy qui, pris dans la frénésie de l'action, se jeta sur elle. Mais même chancelante, elle était coriace, et après un bref moment à lutter, elle parvint à l'envoyer valdinguer contre une poubelle. Puis ce fut le tour de Sally, qui la ceintura à la taille et poussa pour tenter de l'amener au sol, mais la brute avait un appui solide et parvint à se dégager sans peine, saisissant la jeune fille à la gorge et brandissant son poing menaçant de l'autre main. Sally ferma les yeux, prête à encaisser. Ça allait faire mal. Mais la douleur ne vint pas. Elle se risqua à ouvrir les yeux et vit le poing en suspension, et dans les yeux de Cass... de l'hésitation ? Cela ne dura qu'un instant, très vite, ses yeux se vidèrent de toute expression, et elle se remit à chanceler de plus belle. Billy se releva et ensemble, ils l'agrippèrent et la traînèrent jusqu'à la ruelle où la voiture les attendait. Cass continua de se débattre, mais de plus en plus faiblement, et quand ils l'installèrent sur la banquette arrière, elle était déjà profondément endormie.

    Thad transpirait abondamment, il pouvait sentir la sueur, salée, couler sous son pansement, sur sa cicatrice, et ça lui faisait un mal de chien. Mais pas question d'arrêter maintenant. L'esprit est toujours plus fort que le corps. Alors il prit une grande inspiration et se hissa, jusqu'à ce que son menton touche la barre d'acier. Puis il se laissa descendre lentement, et recommença. Ses bras étaient en feu. Rien à faire. Il continua. Vingt-six. Vingt-sept. Vingt-huit.

    Son téléphone sonna alors qu'il finissait la vingt-neuvième traction. Zut. Il lâcha la barre, retombant au sol avec la souplesse d'un chat, et prit le temps d'essuyer la sueur de son torse nu avant de traverser sa salle de gym privée pour répondre. Il avait un corps parfait. Des muscles dessinés tel un mannequin Calvin Klein, pas une once de graisse, ses formes étaient à l'image de sa coupe de cheveux et de son attitude en général : témoignant d'une maîtrise absolue de lui-même et d'une force imposante. La force. La principale caractéristique des hommes de pouvoir. Toujours s'imposer. Dominer. Écraser. Conquérir. Les principes dans lesquels il avait été élevé. Les principes du Klub. Ce n'était pas pour rien que l'on appelait la boxe le noble art. Rien n'était plus noble aux yeux de Thad que d'écraser, d'humilier un inférieur, de lui faire comprendre où est sa place. Et cette fille, n'avait pas su où était sa place. Telle le chien enragé qui mord son maître, elle l'avait attaqué, et défiguré. C'était intolérable.
    « Allô ?
    _ M'sieur Lambert ? C'est Mirko. J'ai suivi les gamins, selon vos ordres. Ils sont rentrés dans une imprimerie abandonnée sur Abbott Street. Quels sont vos ordres ?
    _ Blaze était-elle avec eux ?
    _ Non, mais c'est bizarre... ils traînaient une fille avec eux, elle avait l'air... assommée, ou endormie... une blonde, cheveux au carré.
    _ Plutôt grande ?
    _ Ouais pas mal. Et des épaules assez mastoc aussi.
    _ Cass ? Mais qu'est-ce qu'ils fabriquent avec elle ? C'est pas normal, Mirko, ils préparent sûrement un truc avec Blaze. Soit elle est déjà dans l'immeuble, soit elle doit les y rejoindre plus tard. Dans tous les cas, elle doit forcément entrer ou sortir à un moment ou un autre.
    _ Donc je fais quoi ?
    _ Attends. S'il ne se passe rien après la tombée de la nuit, rassemble tes hommes et ramenez-moi Sally. Et son copain, aussi. Si ce sont bien des amis de Blaze, elle devra venir pour les sauver... et puis, j'ai bien envie de faire une petite fête avec cette chère Mademoiselle Lomax... »

    « Mais comment t'as appris à faire aussi bien les nœuds ? Demanda Billy, étonné, en contemplant la blonde endormie, solidement attachée à une chaise. Ils lui avaient retiré sa veste en jean qui traînait par terre, et l'avaient ligotée avec des cordes en nylon.
    _ Ben, en fait, j'ai une grande sœur, dit Sally. Elle est partie vivre à Phoenix avec son copain, mais quand on était petites, elle m'attachait souvent, dès que je l'embêtais un peu elle me ligotait et m'enfermait dans ma chambre. Avec le temps, j'ai fini par devenir douée avec les cordes...
    _ T'es sûre qu'on se fera pas griller, ici ? »
    Il regarda nerveusement autour de lui. Ils n'étaient éclairés que par une petite ampoule jaunâtre qui pendouillait tristement du plafond, et tout autour, dans la pénombre, ce n'était que machines à l'abandon, caisses, et piles de journaux jaunis, avec quelques outils et matériaux de construction dissimulés çà et là, témoins d'une rénovation qui avait dû être arrêtée brusquement, faute de moyens.
    « Oui, dit la jeune fille, c'est une ancienne imprimerie, abandonnée depuis des années. Un peu comme toutes les entreprises du voisinage, avec la crise, ils ont presque tous mis la clé sous la porte. La rue est pratiquement déserte, surtout le soir.
    _ Comment tu sais ça ? »
    Elle rougit tout à coup violemment. « Euh, ben... quand je sortais avec Tommy, c'est là qu'on se retrouvait, pour... enfin, tu vois, on était tranquilles... »
    Il ne répondit pas. La simple idée de l'imaginer embrasser un autre garçon le répugnait au plus haut point. Alors il reporta son attention sur leur prisonnière.
    « On devrait peut-être la réveiller, non ? Ça fait un moment qu'elle pionce, il commence déjà à faire nuit.
    _ Ouais, t'as raison. »
    Et sur ces mots, la jeune fille mit une grande claque à sa prisonnière. Mais Sally n'avait jamais frappé personne, et la baffe, qu'elle imaginait bien résonnante comme dans les films, se révéla plutôt faiblarde, comme si elle voulait chasser un moustique. Néanmoins, cela suffit à réveiller Cass qui ouvrit les yeux, secoua la tête, et après avoir retrouvé ses esprits, commença à se débattre de toutes ses forces en jurant. Mais Sally savait par contre très bien faire les nœuds.
    « Bordel de merde, qu'est-ce qui se passe ici ? Où est-ce que je suis ? Qu'est-ce que vous foutez, vous deux ? Détachez-moi !
    _ Oh, tu crois nous impressionner avec tes jurons, Cass ? Ricana Sally. Non, ma grande, c'est fini le temps où tu nous faisais peur, c'est nous qui avons les commandes maintenant ! Alors, t'as pas quelque chose à nous dire, Cass ?
    _ Putain mais t'as pété un fusible, Sally, ma parole. Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?
    _ Arrête de faire l'innocente ! On sait qui tu es vraiment, tu peux plus te cacher ! On sait que c'est toi le chatouilleur !
    _ Quoi ? Mais de quoi tu parles ?
    _ Le Klub... ils ont un spécialiste de la torture avec eux, un manteau marron, un chapeau, un masque... même avec ce déguisement, j'ai su que c'était une femme ! Et ça pouvait être qui d'autre à part toi, hein ? Après tout, tu y prenais tellement de plaisir quand tu m'as chatouillée dans les toilettes. Thad t'a offert des victimes, il t'a même payée pour ça je suis sûre. Alors, Thad est le numéro deux du Klub, qui est le numéro un ? »
    Pour toute réponse, Cass se mit à rire, d'un rire désabusé. « Sérieux, dit-elle, me dites pas que c'est pas vrai... »

    Sally répliqua en allumant une lampe-torche et en lui braquant le faisceau dans la figure, comme dans les films policiers. « Allez, Cass ! On sait que c'est toi, ça sert à rien de nier, on a tout compris ! Tout ce qu'il nous faut c'est un aveu, et que tu nous dises tout ce que tu sais sur le fonctionnement du Klub, avec des preuves sur l'identité des membres, et là, avec Blaze, on pourra vraiment leur faire mal ! Je vais même te dire, si tu coopères, on sera gentils avec toi, je serais même prête à te pardonner, tiens ! Mais si tu avoues pas...
    _ Sally, tu ferais une très mauvaise flic, tu sais, répondit Cass d'un ton étonnamment calme, tout en agitant la tête pour échapper à la lumière aveuglante. T'es en train de faire une bourde monumentale, je te conseille de me détacher maintenant avant que ça dégénère... »

    Sally éteignit la torche et se tourna vers son acolyte. « Bon, elle a pas l'air de vouloir parler... je crois qu'on va devoir employer les grands moyens.
    _ Attends, dit Billy, terrifié, on va quand même pas... la cogner, ou quelque chose comme ça ?
    _ Non, ce serait barbare. Mais j'ai une meilleure idée... »
    Elle s'approcha de sa prisonnière avec un sourire diabolique qui inquiéta Cass, et sans prévenir, elle lui enfonça ses doigts dans les côtes, faisant sursauter la blonde. « On va lui faire goûter à sa médecine ! »
    Et elle se mit à la chatouiller impitoyablement, pinçant ses côtes avec les deux mains tout en riant de joie, euphorique à la perspective de se venger contre son bourreau qui se tenait désormais sans défenses devant elle. Cass ne riait pas, mais se débattait, se contorsionnait comme un ver sur sa chaise, sifflant, grognant, insultant. Son visage devenait rouge, mais fidèle à elle-même, elle refusait de supplier. Après plusieurs minutes de ce supplice, Sally s'arrêta et contempla sa victime quelques instants en souriant avant de demander : « Alors, ça fait quoi de changer de rôle ? Tu vois ce que tes victimes ont enduré, maintenant ? Tu veux que je continue ? Et sous les bras, tu crains ? »
    Et sans attendre de réponse, elle plongea ses doigts sous les aisselles nues de Cass, qui immédiatement se cabra en grognant de plus belle, et poussa si fort que les cordes qui la maintenaient à la chaise finirent par lâcher, et elle repoussa son bourreau à coups de pieds avant de tomber de la chaise pour se retrouver à plat ventre par terre, les mains encore attachées dans le dos et les chevilles liées ensemble. Sally tomba durement sur ses fesses et lâcha un cri indigné. « Oh ! Alors ça, tu vas me le payer ma grande ! »

    Puis elle se jeta sur la jeune fille à terre et l'enfourcha comme un cheval, se rappelant soudainement de son supplice dans les toilettes et décidant de lui rendre la pareille. Délicatement, elle souleva le débardeur de la blonde et fit glisser le bout de ses doigts sur sa peau nue, au niveau des reins. Ces effleurements se révélèrent encore plus insupportables pour la brute qui se débattit si fort qu'elle parvint plusieurs fois à désarçonner son bourreau, et même à se retourner pour se mettre sur le côté, ce dont Sally profita pleinement pour lui titiller le ventre, sentant ses muscles abdominaux rouler sous sa peau à chaque passage comme pour tenter désespérément d'échapper à la torture. Elle avait des abdos comme des tablettes de chocolat !
    « Putain de merde ! Salope ! Arrête ça tout de suite ! Je te promets t'es en train de te planter comme tu t'es jamais plantée ! Libère-moi !
    _ Oh, tu veux toujours pas avouer ? Ben dis donc, à croire que t'aimes ça ! Très bien, dans ce cas, Billy, enlève-lui ses chaussures. »
    Hésitant, le garçon, qui avait assisté au supplice sans rien faire, s'approcha et s'agenouilla aux pieds de Cass. Il observa ses Converses. Elle avait de très grands pieds, pour une fille. Il approcha une main pour défaire les lacets, quand un bruit le fit sursauter. Les fit tous sursauter, en fait.
    « Merde, c'était quoi ? Demanda-t-il.
    _ J'en sais rien, je crois que ça venait de dehors. »
    Le bruit recommença. Un coup sourd. Qui venait de la porte d'entrée. Ils l'avaient bloquée pour être sûr de ne pas être interrompus, mais la force et la répétition des coups qu'ils entendaient ne laissait aucun doute : quelqu'un était en train d'enfoncer la porte !
    « Oh merde, qu'est-ce qu'on fait ? Demanda le jeune homme.
    _ On va se planquer, ordonna Sally. Aide-moi à prendre Cass, on va se mettre par là-bas. »
    Ensemble, ils soulevèrent leur prisonnière et allèrent s'accroupir derrière une pile de palettes, dans un coin sombre. Sally ordonna à Billy de garder une main sur la bouche de Cass, et prévint la brute que ça allait mal se passer si elle faisait le moindre bruit.

    La porte céda enfin et une douzaine d'hommes pénétra à l'intérieur. Sally risqua un œil au-dessus de sa cachette et en reconnut quelques uns. Des hommes de main du Klub. En les voyant, elle se mit à frémir, et fut prise d'une sérieuse envie de pisser. Ils se mirent à faire le tour de la pièce, restant dans la zone éclairée par l'ampoule.
    « Mirko ! Appela l'un d'eux. Viens voir ! »
    L'homme à la veste en cuir noir qui répondait au nom de Mirko, qui avait l'air d'être leur chef, s'avança vers le centre de la pièce, où son acolyte lui montra quelque chose qui gisait à terre. La veste de Cass ! Ils avaient oublié de la ramasser, quelles andouilles ! Ils la saisirent et commencèrent à la fouiller.
    « Oh merde oh merde oh merde, se mit à murmurer Sally.
    _ ...é...ach... oi... répondit Cass, chuchotant à travers la main qui la bâillonnait.
    _ Quoi ? » Demanda Sally. La blonde répéta et la jeune fille finit par comprendre : « Détache-moi.
    _ Pour que tu leur dises où on est ? Pas question ! »
    Frustrée, Cass finit par mordre la main de Billy pour se libérer la bouche. « Je suis pas avec eux, putain, chuchota-t-elle, énervée. Ça fait depuis tout à l'heure que j'essaie de te dire que tu te plantes ! Alors maintenant si tu veux avoir une chance de te tirer d'ici en un seul morceau, tu me détaches en vitesse ! »
    Sally observa son ennemie, prise d'un doute affreux. Il y avait quelque chose dans les yeux de Cass, qui lui fit penser qu'elle disait vrai. Mais si elle la manipulait ? Comment lui faire confiance ?
    « Non, dit-elle, non non, on va appeler Blaze, et elle va venir nous tirer de là.
    _ Elle viendra pas, répondit Cass.
    _ Qu'est-ce que tu racontes ? Elle vient toujours quand on a besoin d'aide ! Je l'appelle.
    _ Non, je te dis que Blaze ne viendra pas ! »
    Sally ne l'écouta pas, et avait déjà sorti son portable pour appeler la justicière. Ça sonnait. Quand tout à coup, un bruit fit sursauter tout le monde, même Mirko et ses hommes, un tonnerre assourdissant de batterie et de guitare saturée, qui provenait de la veste abandonnée. La... sonnerie de portable de Cass ? Paralysée par la surprise, Sally lâcha son téléphone qui tomba au sol dans un claquement sonore, et se tourna vers sa prisonnière, la bouche bée, les yeux ébahis.
    « Tu vas te décider à me détacher maintenant ? » demanda Cass, impatiente.

    Un bruit de pas la secoua de sa torpeur, et elle risqua un coup d’œil au-dessus de la pile de palettes pour voir avec horreur que l'un des hommes, celui qui était le plus près d'eux, venait dans leur direction, sûrement attiré par le bruit de la chute du portable. Pris de panique, elle et Billy commencèrent fébrilement à détacher leur prisonnière, leurs mains tremblantes peinant à défaire les nœuds.

    « Magnez-vous ! » chuchota Cass.

    L'homme se rapprochait de plus en plus.

    « Vite ! »

    L'homme était arrivé au niveau de leur cachette. Il se pencha légèrement, et les vit. Sally hurla de terreur en le voyant et recula, l'homme sourit, et avança le bras pour saisir la jeune fille.

    Son bras fut bloqué à mi-chemin par un étau d'une force incroyable qui lui enserrait le poignet. Cass, tout juste libérée, s'était immédiatement redressée comme un diable sortant de sa boîte pour intercepter le bras de l'homme, qu'elle cassa nettement d'un coup de coude bien placé. L'homme n'eut même pas le temps de crier qu'elle lui asséna un second coup de coude dans la mâchoire, avant de lui enfoncer le visage contre la première palette de la pile, qui se brisa à l'impact. Billy se sentit tout aussi assommé que l'homme après avoir assisté à cette scène. Ces coups, c'était pas des coups de bagarreuse de lycée. C'était des coups très précis, elle savait exactement comment provoquer le maximum de dégâts et mettre un homme hors combat en moins de deux. Ils étaient repérés maintenant, les autres hommes allaient leur fondre dessus. Cass regarda ses deux compagnons, et ils furent terrifiés par l'intensité de son regard, un regard de prédatrice.
    « Restez ici, leur dit-elle. Je vais revenir. »

    Et elle sauta par-dessus la cachette et s'élança dans la salle, poursuivie par la dizaine d'hommes lui hurlant de s'arrêter. L'un d'eux courait vite, et arriva presque à son niveau. Alors, dans un mouvement d'une grâce digne d'un film, la blonde prit appui contre une machine pour s'élancer en l'air, et se retourna au milieu de son saut vers son agresseur pour lui exploser le nez avec son genou. Les autres hommes s'arrêtèrent net, surpris. Elle en avait déjà étalés deux, il en restait dix. Dont neuf qui se tenaient, hésitants, prêts à se défendre, et le dixième, celui qu'ils appelaient Mirko, qui se tenait en arrière, mâchouillant son cure-dents, les bras croisés, calme comme un joueur d'échecs préparant son prochain coup.

    « C'était un joli coup, jeune fille, dit-il, mais ça s'arrête là. Nous sommes trop nombreux, tu ne peux rien faire.
    _ Vous voulez parier ? » répondit-elle avec insolence.
    En réponse, les hommes sortirent leurs armes de leurs manteaux. Des matraques, des couteaux, des poings américains. Derrière leur cachette, les deux jeunes retinrent leur souffle. Elle n'allait jamais y arriver ! Billy saisit son amie doucement par les épaules et l'invita à le suivre, il fallait sortir d'ici tant que Cass pouvait les retenir, mais la jeune fille refusa. Fascinée, elle voulait assister au spectacle.

    Cass jaugea ses agresseurs et jeta un rapide coup d’œil alentours à la recherche d'une arme. Elle jeta son dévolu sur une pelle qui gisait contre une caisse près d'elle. Elle se saisit de l'outil et dans un geste de défi, elle la fit tournoyer devant elle avec une maîtrise impressionnante, à la manière d'un maître du kung-fu. Et la mêlée commença.

    Sally ne put détourner le regard. Les cris fusaient, les coups pleuvaient, les corps tombaient, le sang giclait. Elle en fut malade de toute cette violence, mais en même temps, elle resta hypnotisée par Cass. Par sa façon de faire tournoyer sa pelle, de parer les coups, de riposter, de se retourner et de riposter encore, comme si elle avait fait ça toute sa vie. Coup de pelle dans la jambe d'un homme pour le déséquilibrer, second coup de pelle dans sa tête pour l'assommer, puis immédiatement, coup de pied retourné dans la tête de l'homme qui allait l'attaquer par derrière. C'était pas la façon de se battre d'une petite brute de dix-huit ans. Elle frappait avec une maîtrise exceptionnelle, chacun de ses mouvements démontrait qu'elle savait ce qu'elle faisait, et en même temps avec une extrême sauvagerie, une volonté de fer, de tous les étaler, jusqu'au dernier. Elle en prenait des coups, bien sûr. Des coups de matraques à la tête, aux côtes, au dos, elle tombait mais se relevait immédiatement, ignorant la douleur, et repartait au combat. Non, aucune brute de dix-huit ans ne pouvait avoir une telle force, une telle résistance, une telle maîtrise. Sauf une.

    Un homme, qui s'y connaissait en karaté, parvint finalement à lui briser sa pelle d'un coup de pied, et d'un autre, il la frappa en pleine poitrine pour l'envoyer voler contre une pile de caisses. Elle cria de douleur, peina à reprendre son souffle, mais quand l'homme fondit de nouveau sur elle, elle éviter le coup d'un pas chassé et répliqua à coups de poing dans son entrejambe, feulant de rage à chaque coup jusqu'à ce que l'homme s'évanouisse sous la douleur. Les survivants lui fondirent dessus. Ça tournait à la grosse baston de rue à mains nues, sale, chaotique, furieuse, tout le monde se fondait en une masse informe tremblante, hurlante. Et peu importe ce qu'elle se prenait, Cass continuait de frapper, encore, et encore, et encore, jusqu'à ce qu'au bout de plusieurs minutes agonisantes, elle se retrouve seule debout, haletante, épuisée. Elle tenait à peine sur ses jambes. Ses poings étaient écorchés, elle saignait du nez, de la bouche, elle avait une arcade ouverte et une coupure au bras. Elle était trempée de sueur et de sang. Mais la flamme dans ses yeux bleus n'avait pas vacillé. Et elle les avait battus. Tous, sauf leur chef, Mirko, qui s'était contenté de l'observer. Rassemblant ce qui lui restait d'énergie, la blonde leva les poings, et se dirigea lentement vers lui.

    « Arrête, petite, lui dit-il. C'est ridicule, tu tiens à peine debout ! Tu ne pourras pas me battre !
    _ C'est à moi d'en décider.
    _ Comme tu veux. J'attends. »
    Elle fondit sur lui. Mais l'homme était rapide, très rapide, et à peine eut-elle bougé qu'il lui asséna un coup de pied dans l'arrière du genou qui la coupa dans son élan, et elle gémit de douleur. Elle pleurait, elle était à l'agonie. Mais elle avait encore la force de se battre. Elle envoya son coup de poing, l'homme le para sans peine et répliqua d'un coup de coude brutal, suivi d'un coup de pied dans le ventre qui l'envoya s'écrasa lourdement au sol. Puis, alors qu'elle peinait à se relever, l'homme vint la saisir par les cheveux, elle hurla alors qu'il la relevait et enroula son bras autour de son cou. Bientôt, elle ne cria plus, ne bougea plus, et son visage prit une teinte violacée.

    « Cass ! » hurla Sally, et par pur instinct, elle s'élança contre l'homme, Billy à sa suite. Mais même avec toute leur volonté, ils ne pouvaient rien faire contre ce gros bras entraîné, et d'un coup de pied il les mit tous deux rapidement au tapis. Pliée en deux par la douleur du coup, luttant pour reprendre son souffle, elle regarda, impuissante, la blonde étouffer lentement, quand, dans un élan de survie, cette dernière leva le bras, saisit l'ampoule au-dessus d'elle, tira sur le fil pour la faire descendre, et appliqua le bulbe brûlant sur la main de son agresseur. L'homme grogna et retira sa main, et elle finit de se libérer d'un coup d'épaule. Puis elle tira de nouveau sur le fil de l'ampoule pour le rompre, et l'ampoule s'éteignit d'un coup, les plongeant tous dans le noir le plus total.

    Ils ne comprirent pas ce qu'il se passait alors. Ils ne pouvaient qu'entendre des grognements, à la fois féminins et masculins, puis des bruits de coups, sourds, répétés, et dans ce cas chaos, Billy se mit à tâtonner pour retrouver la lampe-torche. Quand enfin ses doigts se refermèrent sur le cylindre de plastique, les cris et les coups se turent. Ils n'entendaient plus qu'une respiration saccadée, sans savoir à qui elle appartenait. Il alluma la lampe, craignant de voir le visage du vainqueur. Il ressentit un soulagement indescriptible en voyant celui de la blonde.
    « Allez les jeunes, dit-elle d'une voix fatiguée, tirez-vous d'ici. »

    En boitant, elle se dirigea vers la sortie. Le temps de se remettre de leurs émotions, les deux jeunes lui emboîtèrent le pas, et ils se retrouvèrent dans la rue, toujours déserte mais éclairée par les lampadaires. Cass fit quelques pas sur le trottoir, et s'effondra contre un lampadaire. Ses deux compagnons accoururent pour l'aider, mais elle les repoussa et se redressa toute seule.
    « Cass, dit Sally, qu'est-ce que...
    _ Non ! Tais-toi ! Laissez-moi. Oubliez tout ça, oubliez... cette soirée...
    _ Tu crois pas qu'il faut qu'on parle de ce qui vient de se passer ? Ce que tu as fait, ça veut dire...
    _ Ça veut rien dire du tout ! J'ai rien à vous dire, OK ? Alors maintenant, foutez-moi la paix. »

    Elle les repoussa de nouveau et commença à s'éloigner d'un pas chancelant. Sally lança un regard désespéré à Billy, ne sachant trop comment réagir. Le jeune homme tremblait encore comme une feuille, choqué par ce qui était arrivé, et surtout, par ce qu'ils venaient d'apprendre. Il la regarda s'éloigner sans rien dire, et quand elle eut fait dix pas, il rassembla tout son courage et cria :

    « Blaze ! »

    Elle se figea. Elle tremblait encore sous le coup de l'adrénaline.

    « C'est toi, n'est-ce ? Continua le jeune homme. Depuis le début, c'était toi ? »

    Elle ne répondit pas. Elle se contenta de se tourner pour leur adresser un regard triste. Le même regard que Sally avait vu, dans la péniche à Coast Way Bay. Et cela ne fit plus aucun doute. Sans dire un mot, elle leur tourna à nouveau le dos, et trouva malgré la douleur la force de s'enfuir au pas de course.


  • Matoue75 Avatar
    Matoue75 - il y a 11 ans

    Oh mon dieu! c'est un truc de fou cette histoire!!!
    Je commence a avoir un doute sur l'identité du chatouilleur du coup...... :D


  • Hasana Avatar
    Hasana - il y a 11 ans
    Ouais je ne sais plus qui est gentil, qui est méchant, et j'adore ça ! J'ai hâte de comprendre les raisons de Blaze !

  • Black Stingray Avatar
    Black Stingray - il y a 11 ans

    Merci beaucoup tout le monde :rougis:


    Et j'adore la façon dont tu décris les bastons, mec, on se croirait dans un vieux film de kung fu!

    Grand Méchant Loup



    En fait, j'ai grandi avec les jeux vidéo de type "beat them all", tout ce qui est Streets Of Rage, Double Dragon, et j'y joue encore avec plaisir quand j'ai du temps à perdre, du coup les personnages et le déroulement des bagarres sont inspirés de ces jeux. D'ailleurs, Blaze est à l'origine le nom de l'héroïne de Streets Of Rage ;)


  • Sweety Avatar
    Sweety - il y a 11 ans

    Black Stingray, t'es un génie. Je te déteste ! :p


  • Black Stingray Avatar
    Black Stingray - il y a 11 ans

    Je te déteste ! :p

    Sweety



    J'en suis honoré :p


  • Sweety Avatar
    Sweety - il y a 11 ans

    Je te déteste ! :p

    Black Stingray


    J'en suis honoré :p
    "Sweety"



    Mais j'espère bien ! Ça venait du cœur ;)


  • Chinow Avatar
    Chinow - il y a 11 ans

    Mouahahahahahahahaha ! :D

    Je le savais, je le savais, je le savais !
    Je ne pouvais pas m'être trompée ! Avoue que toute ma théorie était juste, Black ! Avoue !

    Bon, cet éclat d'orgueil démesuré mis à part, c'est vraiment un très bon chapitre. Je ne sais pas comment tu fais pour aussi bien manier descriptions et actions, mais ça en jette. J'aime beaucoup, peut être encore plus que le précédent chapitre d'action.
    Je suis vraiment ultra-curieuse de lire la suite. Surtout que nous approchons maintenant du dénouement. :)

    Et si jamais j'avais raison depuis le début, tu auras le droit de dire que je suis un génie :lol:


  • Hasana Avatar
    Hasana - il y a 11 ans

    Ba oui mais si on ne sait pas ce que tu pensais au début... C'est un peu facile non ? :p mdr


  • Black Stingray Avatar
    Black Stingray - il y a 11 ans

    Ba oui mais si on ne sait pas ce que tu pensais au début... C'est un peu facile non ? :p mdr

    Roxane35



    Disons qu'elle m'avait envoyé toute sa théorie par mp, qui s'avérait être exact. Mais comme ça m'a un peu gonflé qu'elle ait tout deviné aussi vite, j'ai tout fait pour l'envoyer sur des fausses pistes :p

    Donc oui, bravo Chinow, toute ta théorie était juste ! Sur ce point-là, tout du moins...

    Je ne sais pas comment tu fais pour aussi bien manier descriptions et actions, mais ça en jette.

    Chinow



    Je vais te faire une confidence... je ne sais pas non plus :rougis:

    Je suis vraiment ultra-curieuse de lire la suite. Surtout que nous approchons maintenant du dénouement. :)

    Chinow



    Certainement pas ! Nos héros ont encore beaucoup à faire ! ;)


  • Hasana Avatar
    Hasana - il y a 11 ans
    J'ai hâte de voir le suite !

  • Coco Avatar
    Coco - il y a 11 ans

    ... :moue: C'est pas cool ça.

    Sinon très bon chapitre pour le coup ;)


  • Black Stingray Avatar
    Black Stingray - il y a 11 ans

    ... :moue: C'est pas cool ça.

    Coco



    De quoi, de faire marcher Chinow? Elle le mérite bien :xp:


  • Coco Avatar
    Coco - il y a 11 ans
    De nous faire tous croire qu'on avait trouvé ^^'

  • Black Stingray Avatar
    Black Stingray - il y a 11 ans

    Muahahahahahaha :D


  • Hasana Avatar
    Hasana - il y a 11 ans
    Mais pourquoi elle fait ça Cass ? Je comprends pas ses raisons...

  • Black Stingray Avatar
    Black Stingray - il y a 11 ans

    Ma chère, pour ça il faudra attendre les prochains chapitres :D


  • Hasana Avatar
    Hasana - il y a 11 ans
    La suite la suite la suite !!!!!!!

  • cootie Avatar
    cootie - il y a 11 ans
    Alors ça c'est du retournement de situation! J'étais persuadée que Blaze était Mlle Kaczinski! Bravo pour cette histoire, je suis impatiente de connaître la suite!!

  • Hasana Avatar
    Hasana - il y a 11 ans
    Moi aussi !

  • Black Stingray Avatar
    Black Stingray - il y a 11 ans

    Hé hé, vous êtes pas d'aussi bons détectives que Chinow :p

    Bon, j'en profite pour passer une annonce importante par rapport à cette histoire:

    D'abord, merci à tous de l'avoir suivie jusque là avec tant d'attention et d'intérêt :) Non, je ne l'abandonne pas, rassurez-vous, je veux juste prévenir celles et ceux qui sont impatients de voir le prochain chapitre qu'avec mon déménagement imminent et mon installation qui ne sera pas de tout repos dans une contrée lointaine, bref, ça risque de prendre un certain temps avant que je poste la suite (et il se pourrait aussi que je disparaisse du forum quelques temps, le temps de choper une bonne connexion internet et tout ça). Mais je ne vous oublie pas, et la suite arrivera, je ne sais pas quand, mais elle arrivera !


  • Hasana Avatar
    Hasana - il y a 11 ans

    D'accord ! Bon déménagement :)


  • Chinow Avatar
    Chinow - il y a 11 ans

    Ouaip, prends le temps de t'installer tranquillement, et bon déménagement ! :D

    Tant que tu finis un jour ton histoire, même si ça n'est pas de suite, je ne viendrai pas te harceler, pour ma part (je peux me retenir u.u).


  • Black Stingray Avatar
    Black Stingray - il y a 11 ans
    Et enfin le voilà, le nouveau chapitre ! Après les grosses bagarres des chapitres précédents, un chapitre posé, écrit exprès pour celles et ceux qui étaient impatient(e)s de connaître un peu mieux le personnage de Blaze et ses raisons. J'espère qu'il vous plaira ! [u:1xuci6jv] Chapitre 12 : La Blazecave[/u:1xuci6jv] « Hé, Sally, tu connais la dernière ? demanda Lucy, ses yeux pétillant d’excitation. Euh, non, répondit cette dernière à son amie. Il paraît que Cass s’est fait casser la gueule par des skinheads hier soir ! Quoi ? Oui, on l’a vue arriver ce matin, oh tu verrais sa tête, elle ressemble plus à rien ! Elle a rien voulu dire, bien sûr, mais on a entendu dire qu’il y avait une bande de skins qui traînaient dans les Projects et qu’ils lui sont tombés dessus ! Comme quoi, il y a une justice ! Moi tout ce que je me demande c’est pourquoi personne n’a pensé à lui régler son compte avant, à cette salope. Comme la justicière, là, elle aurait pu n’en faire qu’une bouchée ! » Sally eut envie de giffler la jeune fille pour avoir prononcé un tel blasphème, mais elle se retint. Après tout, Lucy ne savait pas. Personne n’était supposé savoir. Alors elle joua le jeu, rit un bon coup, et trouva un prétexte pour fausser compagnie à son amie au détour d’un couloir avant de partir à la recherche de Cass. Elle finit par la trouver, en train de boire à une fontaine, et mon Dieu qu’elle avait une sale gueule ! Elle avait un œil au beurre noir qui commençait à peine à se résorber, des bleus plein le cou, un gros pansement à l’arcade, et ses mains étaient bandées comme des mains de boxeur. « Cass ! Enfin je te trouve ! Oh mon Dieu, tu vas bien ? J’ai l’air d’aller bien, sérieux ? répondit la blonde avec son agressivité habituelle avant de s’éloigner. Hé, attends-moi ! s’écria Sally en s’élançant à sa suite. Qu’est-ce que tu me veux ? Tu crois pas qu’on devrait parler de ce qu’il s’est passé hier soir ? Y a rien à dire. Moi je veux en parler ! Parler de quoi ? Mais du fait que tu es Blaze ! » Sur ces mots, Cass se jeta immédiatement sur elle et la plaqua brutalement contre les casiers. « Ta gueule ! grogna-t-elle. Ta gueule, putain, ta gueule ! Tu veux pas le crier sur tous les toits non plus ? » Surprise par une telle violence, Sally demeura paralysée, jusqu’à ce que Mademoiselle Kaczinski passe par là et intervienne : « Du calme, Danielle, dit-elle d’un ton rassurant, à mille lieues de sa fermeté habituelle. Qu’est-ce qui se passe ? C’est rien, Mademoiselle, dit Cass en relâchant la jeune fille et en se calmant. C’est juste que… elle… et son copain, Billy… ils sont au courant. Oh, répondit la prof, devenant soudain blême. Mais… ça va aller ? Oui, je vais gérer le truc, faut juste qu’on discute un peu. D’accord. Et si t’as besoin d’aide, tu sais où me trouver. Oui, merci Mademoiselle. » La prof s’en alla, laissant les deux jeunes filles dans le couloir. « Attends, dit Sally, sur le point de devenir folle avec toutes ces révélations, elle est dans le coup elle aussi ? Bon écoute, soupira Cass, là tout de suite j’ai ni le temps ni l’envie de parler, c’est vraiment pas le moment. Passe-moi de quoi écrire. » La jeune fille lui tendit immédiatement un stylo et son agenda, sur lequel elle griffonna quelque chose avant de le lui rendre. « Rendez-vous à cette adresse ce soir, après la tombée de la nuit, et on pourra causer. Si je suis pas là, la clé est derrière l’extincteur. Attendez-moi à l’intérieur et soyez discrets. » Madame Cassidy avait préparé des spaghettis, ce soir-là. Spaghettis, sauce tomate, et boulettes de viande. Quand c'était pas ça, c'était une pizza, ou du Chinois à emporter. Honnêtement, elle passait beaucoup trop de temps au travail pour gagner de quoi payer le loyer de l'appartement miteux qu'elle occupait avec sa fille unique pour trouver le temps de faire de la vraie cuisine. Comme d'habitude, les deux femmes mangeaient en silence, devant les infos. Heureusement qu'il y avait la télé pour occuper l'espace sonore, d'ailleurs, car ça faisait longtemps qu'elles ne se parlaient plus entre elles. « C'était très bon, m'man, » dit Cass sans le penser en terminant son assiette en quatrième vitesse. Puis elle se leva, alla mettre son assiette dans l'évier, et sortit une fiole d'analgésiques d'un tiroir de la cuisine. Deux cachets, c'était son dessert. « Tu veux qu'on regarde un film ce soir ? Demanda sa mère, sa voix pleine d'espoir et d'inquiétude. Non, merci. J'ai déjà des plans pour la soirée. Tu sors encore ? Ouais. Danie, reste à la maison ce soir, s'il te plaît. J'aime pas quand tu fais tes sorties nocturnes. Regarde dans quel état tu es revenue hier soir ! Hé, si j'avais eu mon armure et mes armes, j'aurais pas été autant amochée ! Ton armure, ton armure, mais elle ne te rend pas invulnérable ! Qu'est-ce qui se passera quand ta chance va tourner ? Il se passera ce qu'il devra se passer, qu'est-ce que tu veux que je te dise ? On en a déjà parlé, m'man, t'aimes pas ça, mais c'est quelque chose que je dois faire ! Mais pourquoi ? Tu n'es pas flic, nom de Dieu ! Pourquoi tu t'es mis en tête de sauver tout le monde, d'où ça te vient cette idée ! Je me suis jamais mis en tête de sauver tout le monde, je me prends pas pour un héros de BD ! Et pourquoi on a encore cette conversation, d'abord ? Chaque fois que j'essaye, tu comprends pas. Non, en effet. Je comprends pas que ma fille sorte se faire tabasser chaque soir. En tant que mère, je peux pas comprendre que la vie de ma fille soit en danger comme ça, non, je ne comprendrai jamais. Et toi, tu ne peux pas comprendre que je veux juste te protéger ? Me protéger ? Et t'étais où quand j'avais vraiment besoin d'être protégée ? Hein, t'étais où à ce moment-là ? T'as dix ans de retard, maman, c'était avant que ton instinct maternel devait se réveiller. » Madame Cassidy se tut, et tourna vivement la tête, mais un peu trop tard, Cass eut le temps de voir les larmes couler. L'adolescente se sentit mal. Elle détestait faire ça, mais en même temps, à chacune de leurs conversations, toute la rancœur qu'elle éprouvait refaisait surface, et elle ne pouvait pas l'ignorer. « Très bien, murmura sa mère, la voix enrouée de sanglots. Je vais laisser une assiette de pâtes dans le frigo, si tu as faim en rentrant. Sois prudente ma chérie, et rentre en un seul morceau, c'est tout ce que je te demande. » Sally avait bien sûr prévenu Billy dès qu’elle l’eut croisé, et à la nuit tombée ils se rendirent ensemble à l’adresse indiquée. Ils frissonnèrent de peur. Les Projects étaient un quartier très particulier, une forêt de tours de béton qui se dressaient tout autour d’eux telles des remparts les prenant au piège. Dans cet entassement de logements miteux où se côtoyaient travailleurs pauvres, chômeurs, jeunes désœuvrés, drogués, dealers et trafiquants en tous genres, les nuits pouvaient soit être d’un silence glaçant, les oiseaux de nuit préférant s’entasser dans les rares bars encore ouverts dans le quartier, soit exploser en émeutes sanglantes au moindre prétexte, sans préavis. Tel était le sort des laissés pour compte, entassés dans leur quartier, oubliés, laissés à leur propre frustration jusqu’à ce que la pression fasse sauter le couvercle. Heureusement pour les deux jeunes, cette nuit était l’une des nuits silencieuses. Alors c’était ça, le domaine de Blaze. Pas étonnant, finalement. Quel autre quartier aurait pu créer un personnage pareil ? La misère, la frustration et le désespoir ne pouvaient engendrer qu’un héros, ou un criminel. L’adresse était celle d’un centre commercial désaffecté, l’un des rares endroits de divertissement des Projects, à l’époque, mais qui avait aussi souffert de la crise, et dont la carcasse gisait là, au milieu d’une place sombre, une rotonde de béton d’un seul étage qui évoquait une immense tortue échouée recouverte de tags. « Hé ben, déclara Billy, c’est plutôt pas mal comme repère secret. Ouais, ou comme palace du viol, » répondit son amie tout en jetant des regards nerveux autour d’elle. Elle voulait faire vite, et elle espérait que personne n’allait fracturer la voiture pendant qu’ils étaient à l’intérieur. Ils entrèrent dans la grande bâtisse et suivirent la longue galerie obscure, infestée de rats qui s’enfuirent au passage de la lampe-torche de Billy. Sally se tint très près de son ami, nerveuse. Elle n’aimait pas ça, c’était le genre d’endroit digne d’un film d’horreur, où tout pouvait arriver. Mais non, si Cass en avait fait son repère secret, c’était que c’était sûr. Enfin, elle l’espérait. « C’est là, » dit elle quand ils arrivèrent au niveau du magasin que Cass lui avait indiqué. La devanture portait le panneau ARMURERIE BENSON. La jeune fille tapa sur le rideau de fer pour annoncer leur présence, mais ne reçut aucune réponse. Elle n’était pas rentrée. Elle se mit alors à la recherche de l’extincteur derrière lequel devait se trouver la clé, le trouva, et parvint finalement à déverrouiller le rideau qu’elle releva entièrement avec l’aide de Billy. Il faisait très sombre à l’intérieur de la boutique, mais en tâtonnant, ils parvinrent à trouver un interrupteur qu’ils actionnèrent. « Ouah, » chuchotèrent les deux jeunes, béats devant le spectacle qui s’offrit à eux alors que les néons s’allumèrent un à un. Les présentoirs muraux accrochés des deux côtés, qui devaient à l’époque sûrement porter les fusils en exposition, avaient été conservés, sauf qu’ils ne contenaient désormais plus aucune arme à feu, présentant à la place une bien étrange collection de bâtons et matraques en tous genres, ainsi que des nunchakus, des couteaux de l’armée, des poignards, l’arbalète, et même un sabre de samouraï. Sous ces présentoirs se trouvaient deux comptoirs en bois qui devaient à l’époque contenir les pistolets et accessoires, mais qui exposaient aujourd’hui d’autres armes blanches, des plus évidentes au plus insolites, des couteaux à cran d’arrêt, des couteaux papillons, des couteaux de lancer, des carreaux d’arbalète, et même des étoiles de ninja. Un petit établi avait été ajouté dans un coin, avec des outils de mécanique et des bidons d’huile entassés en bazar dessus, et au milieu du local, des traces de pneus sur le carrelage et la tache brune d’une flaque d’huile mal nettoyée indiquaient que c’était là qu’elle garait la moto. Contre le mur du fond, sur un piédestal, se dressait un mannequin de femme grandeur nature en plastique blanc, comme ceux qu’on trouve dans les boutiques de vêtements. Les jeunes se demandèrent un instant pourquoi ce mannequin nu était posé là de cette manière, et comprirent vite qu’il devait servir à porter son costume. A côté de ce mannequin, dans l’angle, se trouvait le comptoir du vendeur, sur lequel se trouvaient un ordinateur portables, une pile de papiers en désordre, une pile de paquets de clopes, et une impressionnante quantité de canettes de Red Bull. « Voilà donc la Blazecave, murmura Billy, impressionné, en scrutant la panoplie d’armes. La Blazecave ? Ben ouais. Batman a bien une Batcave, alors pourquoi pas la Blazecave pour Blaze ? T’en as d’autres des noms ringards comme ça ? gloussa son amie. Tu parles comme si on était dans une bande-dessinée ! Dis, tu crois qu’elle utilise vraiment toutes ces armes ? J’ai jamais entendu dire qu’elle se servait d’un sabre avant, ou de trucs comme ça… Non, en fait je pense plutôt qu’elle collectionne toutes les armes qu’elle peut trouver, juste au cas où… Et ça, c’est quoi ? demanda la jeune fille en désignant une série de cylindres métalliques de la taille de canettes de soda alignées au bord de l’un des comptoirs. On dirait des… grenades ? Des fumigènes en fait, elle s’en est servie la dernière fois, dans le cabinet de dentiste… hé mais attends, ça par contre… » Il remarqua que certaines grenades n’avaient pas la même forme que les autres et en saisit une pour l’observer. « C’est quoi ? demanda Sally. Des grenades paralysantes. La police s’en sert pour arrêter des suspects sans les blesser. En explosant, ça fait tellement de bruit et de lumière que le suspect devient sourd et aveugle pendant quelques secondes. Waouh, ça a l’air puissant, » murmura Sally, admirative, avant d’en glisser une discrètement dans son sac. La justicière n’allait sans doute pas remarquer l’absence d’une seule grenade. Et puis, vu ce qu’il lui était arrivé, il lui fallait bien une arme pour se défendre à l’avenir.
    En continuant de fouiner, ils finirent par remarquer un détail un peu plus inquiétant, une photo de Thad, apparemment agrandie depuis une photo de classe, était collée à un mur entre deux présentoirs... avec un couteau planté dedans, pile au milieu du front. Euh... Sally alla s'approcher de la photo quand un grondement soudain la fit sursauter. Un bruit de moteur, qui se fit de plus en plus fort alors que la justicière remontait la galerie la lumière de son phare la précédant dans la boutique. Sans dire un mot, elle se gara au milieu du local, coupa le moteur, descendit de sa moto, et alla verrouiller le rideau de fer. Puis elle leur jeta un regard las à travers son masque, et toujours sans dire un mot, elle prit la batte de baseball qui était accrochée à sa moto, une batte en bois portant l'inscription DIPLOMATIE en lettres rouge sang, et l'accrocha au présentoir mural. Enfin, elle se dirigea vers le mannequin. En soupirant de fatigue, elle retira son masque qu'elle colla sur le visage en plastique. Était-ce bien elle ? Se demanda Sally. Ça paraissait tellement surréaliste, était-elle réellement... ses doutes se dissipèrent lorsque Blaze retira sa perruque, révélant une masse informe de cheveux blonds collés par la sueur, qu'elle ébouriffa pour leur redonner l'aspect d'un carré sauvage. Oui, plus aucun doute, et même si c'était complètement délirant... c'était bien Cass. La justicière finit d'enlever ses gants et sa veste, et alla s'asseoir sur le comptoir, ses pieds se balançant dans le vide. Elle s'alluma une cigarette, et la fuma sans rien dire, sans les regarder. Ce n'est qu'au bout de quelques minutes de silence pesant qu'elle daigna enfin lever les yeux vers ses invités et murmurer : « Ben... bienvenue. J'arrive pas à le croire, dit Sally, alors c'était vraiment toi ? Tout le long ? Et dire que je te prenais pour le chatouilleur ! Je sais, c'était le but. Quoi ? Pas que tu me prennes pour le chatouilleur, non... mais fallait que je te foute le doute un maximum. Comment ça ? Parce qu'elle savait que vous étiez toutes les deux intéressées par la même affaire, intervint soudain Billy, et que vous alliez devoir vous entraider pour la résoudre. Elle savait aussi que tu es très tenace quand tu veux résoudre un mystère et que tu allais forcément chercher à découvrir son identité. En devenant encore plus méchante que d'habitude avec toi, elle voulait te faire la détester au point que tu n'aies même pas l'idée qu'elle pouvait être Blaze... je me trompe, Cass ? Non. T'es doué, Brewster, tu sais ça ? » Sally en resta bouche bée. Bien sûr, Billy ne se sentait pas aussi proche de la justicière qu'elle, avec un peu de recul, c'était clair comme de l'eau de roche... et elle s'était sentie tellement impliquée que la vérité était sous ses yeux depuis le début et qu'elle n'avait rien vu ! « Mais ça aurait pas été plus simple de me dire que c'était toi, dès le début ? Genre quand t'as débarqué chez moi ? Non, certainement pas. T'étais pas supposée être au courant. Ni toi, Billy, ni personne d'autre. Personne devait savoir ce que je fais la nuit... mais je suis pas aussi douée que ça pour me cacher, en fait. Mademoiselle Kaczinski est au courant aussi, alors ? Depuis quand ? Depuis la baston dans les chiottes, avec Thad. J'ai dû m'enfuir, et je me suis réfugiée dans le gymnase. Elle m'a aidée à me cacher, puis après, on a discuté... je lui ai rien dit, mais elle a deviné tout de suite que c'était moi. Elle est forte. Du coup, elle a accepté de m'aider. Je comprends mieux maintenant, c'est pour ça qu'elle t'entraîne... et qui d'autre est au courant ? Ma mère... Tu l'as dit à ta mère ? Bien sûr que non. Mais... ta fille commence à se barrer la nuit sans dire où elle va et à revenir avec des bleus, et au même moment les journaux commencent à parler d'une nana qui tabasse les racailles des Projects... elle a pas mis beaucoup de temps à faire le lien. Et puis... Miranda. Miranda est au courant aussi ? Comment ça se fait ? Fallait absolument qu'elle me parle, et dans l'urgence j'ai pas trouvé d'autre moyen pour obtenir sa confiance. Mais... pourtant elle te déteste ? En tant que Cass, je veux dire. Ouais, mais... je sais pas, peut-être de voir que j'étais prête à lui révéler mon identité l'a poussée à me faire confiance... en tous cas, ça a marché. Alors... toutes les misères que tu nous faisais subir, c'était de la comédie ? Quand tu fais la grosse brute, c'est... un rôle ? Si ça peut te rassurer, Sally, j'ai pas eu à forcer beaucoup. Je ne t'aime pas des masses, ça c'est vrai. Oh mais c'est pas vrai, ça, pourquoi moi ? Qu'est-ce que je t'ai fait ? Sérieux ? Tu vois vraiment pas ? Mais non ! Tu m'as fait virer de l'équipe de basket ! Quoi... t'es sérieuse, là ? Cass, tu t'es fait virer de l'équipe parce que tu t'embrouillais avec tout le monde au moindre problème ! Peut-être, mais le fait est que ça me faisait du bien d'être dans l'équipe ! Enfin, c'est fait, c'est fait, je suppose... Comment t'en es arrivée là ? C'est tellement dingue, t'es juste... juste pas du tout la même quand t'es en costume, je croyais que je connaissais Cass la grosse brute sans cervelle, et je croyais que je commençais à connaître Blaze, et maintenant... je sais plus quoi penser ! » La blonde ne répondit pas. Elle descendit de son perchoir, et alla lentement jusqu'au mannequin. Elle semblait perdue dans ses pensées, triste, alors qu'elle caressa délicatement son masque collé sur le visage sans traits de la statue. Puis elle tira une grande bouffée de sa cigarette, l'écrasa par terre, et commença son récit d'un ton morne : « Tu veux savoir comment la sociopathe de service est devenue une justicière ? Je suppose qu'au point où on en est, je peux te le dire... le fait est que depuis le collège, on m'a toujours prise pour une tarée. Troubles de gestion de la colère, que disaient les psys. Ils ont dit à ma mère de m'inscrire à des sports, que ça allait me canaliser... ça marchait, mais que pendant un temps, avant que je me fasse virer à cause de mon comportement. Le truc, c'est que je ne me sentais vraiment bien que quand j'étais épuisée, en sueurs, tous mes muscles brûlants sous l'effort, il n'y avait que là que je ne ressentais plus cette... cette rage qui bouillonne en moi. Alors je faisais du sport, tout le temps, à chaque minute de libre fallait que je fasse des pompes, de la course, n'importe quoi. Puis je me suis mise à la boxe, et là ça avait été une révélation ! Taper sur les gens et en retirer de la gloire, c'était génial ! Enfin, ça a pas duré... vous vous souvenez, il y a un peu plus d'un an ? Thad ? Ouais. On devait faire un petit match amical. Il est très très fort, vous savez. Le premier round, il m'a totalement dominée. Alors j'ai voulu changer de tactique, je me suis dit que si je pouvais pas gagner à la norme, j'allais le battre aux points. Et ça a marché, le deuxième round j'avais égalisé le score. Mais au troisième... je crois qu'il pouvait pas supporter d'être battu par une fille, alors un moment où le coach regardait pas, il m'a mis un coup bas. Il savait que ça allait m'énerver, et il avait eu raison... je me suis jetée sur lui. La suite, vous la connaissez... Tu t'es fait virer du club de boxe ? Et il s'est passé quoi ensuite ? Virée, vous vous rendez compte ? Le seul truc qui me faisait me sentir bien, et j'en étais privée à cause de ce sale petit bourge... ça m'a mise dans une rage folle. Alors le soir même, je me suis habillée en noir, j'ai mis un bonnet... pour pas qu'on me reconnaisse. Puis j'ai chopé une batte de baseball, celle qui est accrochée là-bas... ma première arme. Et je suis sortie, je voulais aller chez Thad, le choper dans son lit, et l'exploser. J'étais dans une telle rage, que j'étais prête à le tuer. Mais... quelque chose s'est produit. Au détour d'une rue, j'ai vu un SDF se faire braquer par deux espèces de gorilles, des mecs à moitié bourrés. J'ai essayé de détourner le regard et de continuer mon chemin, mais j'entendais ses appels à l'aide... j'ai pas pu résister. Alors j'ai fait demi-tour, les deux mecs étaient trop occupés à rigoler pour m'entendre arriver. Je les ai chopés par derrière, et je leur ai défoncés leurs gueules à coups de batte. J'ai cogné, cogné, j'ai continué même après qu'ils soient par terre, en sang... le SDF m'a arrêtée au bout d'un moment, sinon je crois que j'aurais pu les tuer. Et là... j'ai vu, dans ses yeux... de la gratitude. Et ça m'a fait tout drôle, ça m'a fait... du bien. Alors je suis rentrée chez moi ce soir-là, je me suis mise dans mon lit. Et pour la première fois de ma vie, je me suis endormie en me sentant heureuse. Mais ça s'est pas arrêté là, il fallait que je recommence le lendemain, et le surlendemain, et le soir d'après... ça devenait comme une drogue, tous les jours il me fallait ma dose de méchants à tabasser. Et j'en voulais toujours plus, du simple connard bourré je voulais passer aux braqueurs, puis aux violeurs, puis aux dealers... alors j'ai commencé à m'entraîner comme une malade, à dévorer les manuels de karaté, à trouver des techniques de combat efficaces, à collectionner des armes... et à créer un déguisement pour masquer mon identité. Je pensais pas que ça allait un jour prendre une telle ampleur, je faisais juste ça pour me sentir bien, mais sans m'en rendre compte, j'avais fini par créer Blaze. Tu vois Sally, quand je te disais que je suis pas un héros... tout ça, c'est juste pour moi que je le fais. Non, je crois qu'il y a une autre raison, même si tu le sais pas encore. On ne décide pas de mettre sa vie en danger pour aider les autres du jour au lendemain juste pour mieux dormir la nuit. La preuve, t'as beau dire que tu me détestes, tu m'as quand même sauvé la vie ! Cette rage dont tu parles, quand t'es en costume, elle se ressent aussi. Elle fait peur, mais en même temps, elle est positive, il y a une volonté de bien faire derrière. T'as peut-être peur de te l'avouer, mais quelque part, il y a une vraie raison... qui fait de toi un héros. Et peut-être que c'est parce que t'arrives pas à te l'avouer que tu t'es créée ces deux personnalités. Peut-être... j'en sais rien... tout ce que je peux te dire, c'est que quand je mets ce masque, je ne suis plus la même. Toute ma haine, toute ma colère, elle... refroidit. Je mets le masque, et tout à coup tout devient simple, je sais exactement ce que j'ai à faire. Et c'est un travail pour lequel je deviens douée. Mais tu n'es pas obligée de porter un masque pour être comme ça, si tu as des gens qui peuvent comprendre ce que tu ressens. Des gens à qui te confier, des amis... comme nous. Arrête tes conneries, on est pas amis ! Ce que vous avez découvert, vous deviez pas le découvrir, on finit cette affaire, et après, vous ferez comme si de rien n'était, d'accord ? On ne reviendra plus jamais là-dessus. Si c'est vraiment ce que tu penses, pourquoi nous avoir ouvert les portes de ton repère ? Tu n'y étais pas obligée. Et cette matinée, dans la péniche, quand on a parlé, toutes les deux... c'était pas de la comédie, Cass, je le sais. À ce moment-là, tu m'as montré ton vrai visage, et t'as essayé de me repousser parce que tu as peur de te confier. Mais avec nous tu peux. Dis-nous, pourquoi cette peur ? Pourquoi cette colère ? » La blonde se retourna vers elle, son visage désormais totalement impassible. Raté, se dit Sally, déçue. Elle avait dû se montrer trop insistante, et la justicière s'était refermée comme une huître. Il n'y aurait plus d'autres confidences. « La seule chose qui importe maintenant, dit-elle, c'est de savoir où on va. On arrête Thad, on arrête le Klub, et je veux que tu te concentres là-dessus, d'accord ? D'accord, soupira la jeune fille. Bien. Pendant que vous m'attendiez je suis allée faire un tour dans le Quartier Rouge. Quelques unes des prostituées là-bas me devaient une petite faveur, je leur ai demandé pour les mecs dans l'imprimerie hier. Elles m'ont rencardé sur un, c'était un de leur clients réguliers. Alors j'ai trouvé le gars, et il avait beau faire le dur avec tous ses copains, tout seul, c'était pas pareil. J'ai juste eu à lui montrer ma diplomatie, et il s'est mis à chanter comme un canari. Il m'a tout avoué, ce mec qui a l'air d'être leur chef, ce Mirko ? Il s'appelle Mirko Slévine, ou Mirko la Machette comme on l'appelait en Europe. Un ancien de la mafia serbe, immigré aux États-Unis où il a trempé dans pas mal d'affaires louches avant de devenir consultant en sécurité chez Lambert Industries. Lambert Industries ? Attends, mais c'est... L'entreprise du père de Thad. C'est trop gros pour être une coïncidence, donc ça peut vouloir dire qu'une chose : le Grand Maître du Klub, c'est le père de Thad. On touche au but ! Alors... on fait quoi maintenant ? On fait comme Blackie a fait il y a six ans : on lâche une bombe médiatique. Sauf que nous on va faire ça bien pour qu'il ne reste plus rien du Klub : on récupère le maximum de preuves, et ensuite on fait chanter le père de Thad pour obtenir des aveux. S'il est Grand Maître du Klub, c'est qu'il a étudié dans notre lycée étant jeune, son dossier doit être quelque part. On va encore devoir s'infiltrer pour récupérer un dossier d'ancien élève ? Se lamenta Billy. Tu oublies qu'on a une alliée parmi les profs, maintenant. On demandera à Mademoiselle Kaczinski de nous trouver le dossier demain. Et, du coup pour ce soir, on fait quoi ? Rien, je suis fatiguée, je vais me coucher. J'ai pas encore bien récupéré de la raclée d'hier. Oh, vous êtes venus en caisse ? pouvez me déposer, au passage ? »

  • Chinow Avatar
    Chinow - il y a 11 ans

    Hmmm, je suis sûre qu'on ne sait pas tout, quand on passé de la jeune Cass ! Un rapport avec un certain jeune sur une certaine photo, peut être ? :p

    J'ai encore une fois beaucoup aimé. J'aime beaucoup la façon dont tu construis à nouveau ce personnage sans déconstruire pour autant ce que tu avais fait au départ. J'avoue que j'étais d'ailleurs un peu inquiète de la façon dont tu ferais ça, car c'est effectivement très délicat. Et tu t'en sors avec brio, sans faire passer Cass pour une sainte ! Elle est remplie de colère. J'aime d'ailleurs beaucoup son côté franc.

    Et je suis vraiment fan de Billy. Je crois que dans ton histoire, c'est mon personnage préféré. Il grandit à une vitesse folle ! :D


  • Hasana Avatar
    Hasana - il y a 11 ans

    Génial génial génial !!!!! J'aime toujours autant ton histoire :)
    le seul petit truc qui me bloque c'est que Cass, ou Blaze peut importe, veut que tout redevienne comme avant, sauf que c'est impossible !!!
    Elle ne pourra jamais redevenir la fille cruelle du lycée... Enfin, j'espère !


  • Coco Avatar
    Coco - il y a 11 ans

    Je suis d'accord avec chinow, c'est trop simple comme explication ^^ Et je veux savoir l'histoire avec sa mère aussi !

    Et une question me travail depuis 2 chapitres, ils ont jamais reconnus sa voix ?

    Enfin ^^ Un très bon chapitre encore une fois :)


  • Black Stingray Avatar
    Black Stingray - il y a 11 ans

    Je suis d'accord avec chinow, c'est trop simple comme explication ^^ Et je veux savoir l'histoire avec sa mère aussi !

    Coco



    Non mais vous croyez quand même pas que j'allais tout déballer d'un coup, si ? :p

    Et une question me travail depuis 2 chapitres, ils ont jamais reconnus sa voix ?

    Coco



    Ah meeeeeeerde, en plus j'avais une explication pour ça, j'ai oublié de la mettre :D Qu'à cela ne tienne, je la mettrai dans le prochain chapitre !


    le seul petit truc qui me bloque c'est que Cass, ou Blaze peut importe, veut que tout redevienne comme avant, sauf que c'est impossible !!!
    Elle ne pourra jamais redevenir la fille cruelle du lycée... Enfin, j'espère !

    Roxane35



    Effectivement, ça risque d'être dur, mais... je ne spoile pas, faudra attendre la suite :p


    Et je suis vraiment fan de Billy. Je crois que dans ton histoire, c'est mon personnage préféré. Il grandit à une vitesse folle ! :D

    Chinow



    C'est plutôt chouette que tu penses ça, parce que comme je te l'ai déjà dit, c'est pas le personnage sur lequel je m'intéresse le plus... mais j'ai déjà prévu qu'il aura un rôle plus présent par la suite ;)

    Et encore une fois merci pour vous commentaires ! :)


  • Hasana Avatar
    Hasana - il y a 11 ans

    C'est équitable, nous on fait des commentaires, et toi tu écris la suite !!
    :p


  • Sweety Avatar
    Sweety - il y a 11 ans
    Black, merci pour cette lecture du vendredi soir ! Un chapitre posé mais toujours aussi bien construit et captivant. J'ai hâte de lire la suite ! [emoji4]

  • Matoue75 Avatar
    Matoue75 - il y a 11 ans

    Toujours aussi fan ! Merci black :)


  • Mouche Avatar
    Mouche - il y a 11 ans
    Je viens de découvrir cette histoire, j'ai tout enchaîné d'un coup, et malgré ça, ça s'arrête beaucoup trop vite! Vraiment très bien écrite cette histoire! Ça faisait bien longtemps que je n'étais pas passé sur ce forum et ça aurait été vraiment dommage que je loupe ça. J'espère que tu vas continuer à écrire et poster la suite! Je crois que je vais revenir jeter un oeil sur le forum dans peu de temps pour la lire^^ Je me souviens avoir déjà lu quelques unes de tes histoires il y a longtemps, mais je ne suis pas certain que ton niveau était déjà aussi élevé. Ton style est vraiment bon (en plus, il n'y a pas de faute (ou presque) ce qui est assez rare pour être noté), le scénario est très bien construit, c'est très agréable à lire : Bravo! (et vivement la suite!^^)

  • Hasana Avatar
    Hasana - il y a 11 ans
    La suite la suite la suite !!!!!!!!!

  • Sweety Avatar
    Sweety - il y a 11 ans

    Non mais carrément : La suiiiite Black !!! (Sinon... :p)


  • Black Stingray Avatar
    Black Stingray - il y a 11 ans

    Tatata, pas de menaces, sinon, pas de suite ! :xp:

    Plus sérieusement, prenez votre mal en patience, je sais que je mets du temps, mais ça viendra ;)

    Et cher Monsieur Mouche, merci de ton commentaire et heureux de te revoir ! ça fait une paye :)


  • Sweety Avatar
    Sweety - il y a 11 ans

    C'est toi qui menaces du coup, là ^^

    On attendra le temps qu'il faudra, parce que je sais que personnellement je ne serai pas déçue, je ne l'ai jamais été dans cette histoire ;)

    Mais quand-même hein... La suiiiiite :p (ouais je sais je suis chiante XD)


  • maL Avatar
    maL - il y a 11 ans

    Bonsoir,

    J'ai lu toute l'histoire d'un coup. Autant le dire, au début je n'étais pas aussi enthousiaste que les commentaires, mais j'ai quand même été accrochée. Maintenant je dirais sans honte que le poisson est ferré ! :peche: J'ai eu l'impression que, plus j'avançais, plus cela s'améliorait. Les petites imperfections que je relevais - à tord ou à raison - se sont évanouis.
    L'intrigue m'a donc tenu en haleine. D'une manière général, les personnages principaux se développent progressivement ce qui contribue à maintenir l'intérêt. Évidemment, j'ai été surprise de découvrir que Cass était Cass le jour et Blaze la nuit. J'ai donc hate la surprise de découvrir qui est le chatouilleur (ou la chatouilleuse ?). :roll:

    Je le dis sans mentir : j'attends la suite ! :saut:


  • Black Stingray Avatar
    Black Stingray - il y a 11 ans

    Merci beaucoup trans, je suis heureux que ça te plaise ;)

    Bon, alors j'étais en pleine écriture du prochain chapitre quand je me suis rendu compte que j'atteignais un nombre de pages hallucinant :choque: du coup je l'ai coupé en deux et voici donc un nouveau chapitre maintenant, un autre d'ici peu ! Et bien sûr, j'ai pris soin de couper en plein suspense :p

    Chapitre 13 : Confrontation

    « C’est bon, dit Sally en rejoignant Cass à son casier, Mademoiselle Kaczinski viendra nous voir à la pause de midi.
    _ Bien, répondit simplement la jeune fille d’un air froid tout en continuant de prendre ses livres de cours dans son casier.
    _ J’ai quand même une question qui me trotte, demanda Billy, à propos de… tu sais, tes activités nocturnes.
    _ Demande toujours.
    _ Ben… »

    Le jeune homme n’eut pas le temps de poser sa question qu’elle changea brusquement d’attitude et l’attrapa par le col pour le plaquer sans ménagement contre la rangée de casier.
    « Hé, mais qu’est-ce qui te prend ? » demanda-t-il en se débattant. Sally, tout aussi choquée, vint à sa rescousse et tenta de faire lâcher prise à la blonde. Ils luttèrent comme ça pendant une trentaine de secondes, jusqu’à ce que Cass se détende et le relâche d’elle-même.
    « Désolée, » dit-elle en faisant un signe de tête vers le bout du couloir. En regardant dans la direction indiquée, les jeunes remarquèrent un groupe de jeunes garçons en blousons de football tourner à l’angle et disparaître. Dans la surprise, ils n’avaient pas remarqué que ces jeunes étaient passés très près d’eux, à peu près au moment où Cass était devenue brutale. Sally finit par comprendre.
    « C’est pas usant de devoir jouer un rôle, comme ça ? demanda-t-elle.
    _ Nan, j’ai l’habitude maintenant. Bon, c’était quoi ta question, Brewster ?
    _ Hein ? Euh… ah oui, je me demandais juste, comment tu fais pour… je veux dire ton costume, ta moto, tes armes, ça a dû te coûter un max, non ? Comment tu t’es payée tout ça ?
    _ La moto, non, je l’ai chourée.
    _ Quoi ? Tu… attends, tu te bats contre le crime et tu voles les gens ?
    _ Son propriétaire venait de se faire coffrer pour violences conjugales. Je l’ai un peu… encouragé, à se confesser à la police, en fait. Vous croyez qu’il aurait besoin de sa moto en taule ? Pour le reste c’est pareil, tu choppes un dealer qui a les poches pleines de liquide… faut bien que ça profite à quelqu’un, non ?
    _ Ah parce qu’en plus tu te sers dans la caisse des dealers que t’arrêtes ?
    _ Sois pas choqué, voler une ordure, c’est pas très grave. Et puis je le réinvestis dans un service public, tout ce fric, non ? Considère ça comme une sorte de taxe sur le crime.
    _ Et, demanda Sally, pour la voix, comment tu fais ? Sérieux t’as pas du tout la même voix quand tu es Bla… quand tu te promènes la nuit, je t’aurais jamais reconnue. »
    Pour toute réponse, la blonde pointa vers son t-shirt Lamb Of God.
    « Je comprends pas…
    _ C’est du death metal, non ? demanda Billy. Le genre de musique où ils gueulent comme des gorets ?
    _ C’est ça. J’adore, j’en écoute tout le temps. J’ai même essayé d’apprendre à chanter comme eux, résultat je me suis ruinée la gorge, extinction de voix pendant deux semaines. Mais après avoir guéri, je me suis rendue compte que je pouvais facilement passer d’un ton en-dessous, et c’était suffisant pour pas qu’on reconnaisse ma voix. Comme les chanteurs qui des fois ont pas la même voix quand ils parlent et quand ils chantent. »
    Elle avait fini son discours en prenant la voix de Blaze pour leur faire une démonstration en live, et ils constatèrent que l’effet était saisissant. La sonnerie du début des cours retentit à ce moment-là, mettant un terme à leur conversation.

    C'était en plein cours de maths que le drame frappa : alors que tout le monde commençait gentiment à s'endormir, vaincus par la puissance soporifique des équations à deux inconnues, le principal entra dans la classe sans frapper, réveillant tout le monde. Il semblait très gêné.

    « Je suis désolé de vous interrompre, balbutia-t-il, mais la situation est un peu délicate… Danielle Cassidy est-elle là ?
    _ Euh, oui, répondit la blonde en se levant de sa chaise, inquiète. Mais… qu’est-ce qui se passe ? »
    Ce n’était pas la première fois qu’elle était convoquée chez le principal comme ça. Et en général, celui-ci faisait irruption dans la classe, furax, pour lui gueuler dessus. Alors que là, c’était différent, il se faisait tout petit, il transpirait d’embarras. C’était pas une convocation pour une connerie de cour de récré, c’était beaucoup plus grave.
    « Veuillez me suivre s’il-vous-plaît, jeune fille, nous discuterons un peu mieux en privé.
    _ Non mais attendez, je voudrais quand même savoir si c’est rien de grave ? Vous m’inquiétez, là. »
    Le pauvre fonctionnaire n’eut pas le temps de lui répondre que les deux hommes qui l’accompagnaient, qui étaient restés dans le couloir, perdirent patience et pénétrèrent dans la classe. Des murmures d’angoisse s’élevèrent quand les ados virent que ces deux hommes étaient des policiers en uniformes. Cass devint livide.

    « Veuillez nous suivre sans faire d’histoires, ordonna l’un d’eux froidement en se plantant devant la jeune fille.
    _ Je veux pas faire d’histoire, répondit-elle en haussant la voix, je veux juste savoir pourquoi les poulets veulent me voir, c’est trop vous demander, crâne d’œuf ? »
    Elle n’aurait jamais dû céder à la panique et hausser le ton comme ça : la réponse du policier fut immédiate, il la saisit par les épaules et la plaqua sans ménagement contre son pupitre, suscitant les cris effrayés des ses camarades de classe.
    « Danielle Meredith Cassidy, récita le policier en lui passant les menottes, vous êtes en état d’arrestation pour violences avec arme et coups et blessures. Vous avez le droit de garder le silence. Si vous renoncez à ce droit, tout ce que vous direz pourra être et sera utilisé contre vous devant une cour de justice. Vous avez le droit à un avocat et d’avoir un avocat présent lors de l’interrogatoire. Si vous n’en avez pas les moyens, un avocat vous sera fourni gratuitement. Durant chaque interrogatoire, vous pourrez décider à n’importe quel moment d’exercer ces droits, de ne répondre à aucune question ou de ne faire aucune déposition. Avez-vous compris les droits que je viens de vous lire ?
    _ Vous avez vraiment intérêt à avoir un putain de bon motif, grogna-t-elle de peur et de colère mêlées.
    _ Je considère que vous les avez compris, » répondit l’officier en la relevant, et en la poussant vers la sortie.

    Immédiatement, Sally se leva et s’élança à leur suite, mais fut retenue à la porte par le principal qui, avec le prof de maths, eurent bien du mal à la convaincre de retourner à sa place et de ramener l’ordre dans une classe en proie à la confusion la plus totale. En revenant à son pupitre, elle entendit Lucy, assise près d’elle, murmurer : « Enfin ! Il était temps que quelqu’un se décide à porter plainte contre cette salope ! »
    Sally n’avait jamais éprouvé de telles envies de meurtre jusqu’alors.

    Quand Mademoiselle Kaczinski rejoignit les deux jeunes à la pause de midi, ils lui sautèrent littéralement dessus :
    « Mademoiselle ! Mademoiselle ! C’est horrible, Cass !
    _ Oui, je sais, dit-elle d’un ton qui se voulait rassurant mais qui trahissait tout autant d’inquiétude. On m’a mise au courant, mais je ne sais pas qui a porté plainte contre elle et pourquoi.
    _ Mais qu’est-ce qu’on peut faire ?
    _ Pour l’instant, rien pour elle. On ne peut pas intervenir sans trahir son identité. La seule chose affaire c’est de continuer l’enquête là où elle s’est arrêtée. Elle en était où ?
    _ Elle venait de découvrir que l’un des hommes de main du Klub est un employé du père de Thad. Elle voulait prouver que le père de Thad est bien le Grand Maître du Klub et ensuite lui mettre la pression avec toutes les preuves pour le faire avouer. Mais pour trouver ces preuves elle avait besoin que vous regardiez s’il a un dossier d’ancien élève. S’il est du Klub, c’est qu’il a étudié ici étant jeune !
    _ Très bien, je vais chercher ça. Vous, vous continuez la journée comme si de rien n’était. Je sais que ça ne va pas être facile, mais rappelez-vous que vous êtes supposés détester Danielle, si vous vous montrez trop concernés, ça va éveiller des soupçons. Retrouvez-moi au gymnase après les cours, faudra que vous m’expliquiez tous les détails que je ne sais pas encore, et on avisera d’un plan d’action. Allez, à tout à l’heure. »

    La nuit était tombée, et avec elle, une pluie battante, qui ne fut pas pour remonter le moral des deux lycéens terrifiés, entassés dans la Volvo de leur prof de sport toute aussi angoissée qu’eux, alors qu’ils faisaient route vers les beaux quartiers. Comme prévu, ils l’avaient retrouvée dans le gymnase après les courts, où ils lui racontèrent absolument tout depuis le début, incluant leur rencontre avec Blackie Harrington et les révélations de ce dernier. Puis au terme de cette longue explication, Mademoiselle Kaczinski avait répondu en partageant ce qu’elle avait découvert dans le dossier de Gregory Lambert, le père de Thad, qui était effectivement un ancien élève du lycée. Et c’est là qu’une excitation intense et un sentiment de victoire s’empara d’eux : il y avait quelque chose. Ils le tenaient, ils pouvaient le faire chanter. Alors la prof leur avait exposé son plan. Un plan terrifiant. Mais un plan.

    « Vous pensez vraiment que ça va marcher, Mademoiselle ?
    _ Sally, je pense qu’au point où on en est, tu peux m’appeler Helen. Et oui, je pense que ça va marcher. C’est pas comme si on avait le choix, de toutes façons, hein ? Et puis, Billy a son plan, lui aussi, hein ?
    _ Oui, répondit le jeune homme assis à l’arrière, mais quand même… je suis pas tranquille sans Blaze dans les parages.
    _ Je sais, soupira la prof, je sais. Mais si on veut l’aider à s’en sortir, c’est à nous d’agir maintenant, hein ? Vous inquiétez pas, allez. Tout va bien se passer. »

    Elle se gara de l’autre côté de la rue, pas loin de la villa des Lambert. Une luxueuse bâtisse de deux étages au milieu d’une immense propriété murée. Un vrai repère de méchant de bande-dessinée.
    « Bon, Billy, dit la prof, vas-y, fais-moi ton topo. »
    Le jeune homme lui tendit ce qui avait l’air d’une petit clé USB blanche.
    « Alors ça, dit-il, faudra le garder sur vous, c’est un dictaphone miniature. Il enregistrera toute votre conversation et la retransmettra simultanément sur mon iPhone par Bluetooth, où elle sera enregistrée une deuxième fois.
    _ Donc, s’il m’arrive un truc, vous gardez une copie des aveux, c’est ça ?
    _ Oui… enfin, en espérant qu’il vous arrive rien.
    _ Oh, ne vous inquiétez pas, je suis une prof, qu’est-ce qu’ils oseraient me faire, hein ? Bon allez, si tout est bien branché comme il faut, j’y vais. A tout de suite ! »
    Elle sortit de la voiture et se dirigea vers l’entrée de la propriété, les épaules rentrées pour se protéger de la pluie. Elle avait beau tenter de rassurer ses deux élèves, elle n’en menait pas large. C’était peut-être une prof, mais Thad n’était pas un élève ordinaire. Il était dangereux. Elle pouvait le sentir, elle avait une bonne intuition avec les gens. Et comme elle avait senti très vite que Cass n’était pas vraiment la brute qu’elle paraissait être, et sentait en Thad, en cet élève modèle que tout le monde admirait, une part sombre, une sorte de sadisme latent. Et si son père était comme lui, ça pourrait très vite tourner au vinaigre. Et sans Blaze pour les couvrir…
    Arrivée devant les hautes grilles en fer forgé du portail, elle put admirer les statues et les petites colonnes de style gréco-romain qui ornaient la cour menant à la porte d’entrée, et elle faillit flancher. Mais prenant son courage à deux mains, elle se décida à appuyer sur l’intercom.

    Cass commença à perdre sérieusement patience. Des heures qu’elle était enfermée dans cette minuscule pièce sans fenêtres, sous la lumière blanche agressive d’un néon, assise sur une chaise devant une table en métal à laquelle elle était menottée. Il n’y avait rien d’autre dans la pièce qu’une seconde chaise en face d’elle, et une caméra de surveillance à un angle. Quand elle était arrivée, on l’avait informée que plusieurs hommes avaient porté plainte contre elle pour agression à coups de pelle dans une imprimerie abandonnée. Elle n’en croyait pas ses oreilles. C’était tellement ridicule ! Alors elle avait répondu qu’elle avait agi en état de légitime défense. Le flic lui avait alors demandé ce qu’elle faisait dans cet endroit, pour commencer. Elle avait refusé de répondre. Alors on l’avait emmenée dans cette petite pièce et on l’avait laissée là des heures, ne la libérant que pour l’autoriser à aller aux toilettes et lui faire manger un sandwich dégueulasse. Elle ne pouvait voir ce qui se passait dehors, mais il faisait sûrement déjà nuit.

    Enfin, quelqu’un entra dans la pièce, un homme en costume, cheveux courts, la mâchoire carrée impeccablement rasée. Inutile de se demander si c’était un inspecteur : sa dégaine était l’archétype même de l’inspecteur de police. Il la salua, puis prit place sur la chaise en face d’elle. Il lui souriait. Elle n’aimait pas son sourire. Un sale petit sourire en coin, le genre qui a une idée derrière la tête.
    « Bien… comment allez-vous, Danielle ?
    _ Comment je vais ? Vous manquez pas d’air de me demander ça ! Vous me faites poireauter depuis des heures, et vos sandwichs sont franchement dégueus !
    _ Oh, on a un caractère bien trempé, à ce que je vois. Quoique je dois reconnaître que notre sélection en sandwicherie est… limitée. »
    Sa voix calme et son petit air narquois l’énervaient au plus haut point. Il continua :
    « Danielle, j’aimerais qu’on discute de ce qui vous amène ici, vous voulez bien ?
    _ Je veux voir ma mère ! Elle m’attend pour dîner, elle va s’inquiéter. Et je veux un avocat ! J’y ai droit, je le veux !
    _ Votre mère est déjà prévenue, en fait elle attend dans le hall. Quant à votre avocat, vous en avez bien sûr le droit, et vous avez tout-à-fait le droit de ne répondre à aucune question en son absence. Néanmoins, j’aurais espéré que nous puissions avoir une petite conversation en tête à tête avant. »
    Il se leva et, l’air de rien, alla débrancher la caméra de surveillance avant de revenir à sa place.
    « Disons… une discussion informelle. »
    Elle commença à baliser. C’était pas du bon-flic-méchant-flic, là c’était carrément hors des procédures. Quelque chose clochait, ce type avait une idée derrière la tête. Elle réalisa qu’elle était menottée à la table et ne pourrait rien faire si… s’il était l’un d’eux.

    « Vous voyez, Danielle, reprit-il après une petite pause, ces accusations contre vous, ça ne tient pas la route. Je sais que vous avez un dossier scolaire assez chargé, des problèmes de violences, mais tout de même, une jeune fille de dix-huit ans qui tabasse une dizaine de grands gaillards à coups de pelle, c’est plutôt ridicule. Que faisiez-vous dans cette imprimerie, pour commencer ?
    _ Et eux ? Ils y faisaient quoi ?
    _ Eh bien, ces homme sont des employés de Lambert Industries, l’entreprise qui vient de racheter ces locaux, et ils venaient en faire l’inventaire…
    _ En pleine nuit ? Pff, ça m’étonne pas que Lambert ait pu inventer un alibi aussi ridicule. Mais j’imagine que quand on a assez de pognon, on peut mentir en toute impunité…
    _ Vous semblez avoir une dent contre M. Lambert, Danielle, je me trompe ? Cela aurait-il un rapport avec son fils ?
    _ Je vous demande pardon ?
    _ Thad Lambert, c’est un de vos camarades de classe, je me trompe ?
    _ On est dans le même lycée, mais quel est le rapport ?
    _ Eh bien voyez-vous, c’est là que l’affaire devient étrange : il y a peu, le jeune Thad a porté plainte contre la prétendue justicière répondant au nom de Blaze, qui l’aurait agressé dans les toilettes du lycée. Hors, dès qu’il a appris ce qui était arrivé aux employés de son père, il nous a rappelés pour nous faire part de sa révélation.
    _ Révélation ?
    _ Voyez-vous, et c’est quand même assez délirant, il est persuadé qu’au vu de vos exploits en matière de combat de rue, vous êtes la justicière. »
    La jeune fille sentit comme si on lui passait un glaçon le long de la colonne vertébrale. Elle eut du mal à se reprendre et à sourire, l’air de rien, tant son cœur battait la chamade et ses aisselles étaient trempées de sueur froide.
    « N’importe quoi, ricana-t-elle. Moi, Blaze ? Pff, c’est ridicule.
    _ Ridicule, c’est le mot, oui. Je vous imagine mal vous promener dans les rues la nuit en tenue de dominatrice pour faire régner la justice…
    _ Hé ! C’est pas parce que c’est du cuir qu’il faut tout de suite y voir un truc dégueulasse, espèce de gros macho !
    _ Tiens ? Pourquoi une réaction aussi vive ? »
    Merde. Elle s’était grillée toute seule.

    « En fait, reprit-il après avoir observé quelques instants son silence gêné, quand on y regarde objectivement, pas mal d’éléments semblent conforter cette théorie : vous partagez toutes deux une certaine propension à la bagarre, un caractère, je dirais, farouche, et cela expliquerait que vous ayez la capacité d’étaler dix hommes plus grands que vous. Cependant, je ne crois pas que vous soyez Blaze.
    _ Ah non ?
    _ Non. Et je vais vous dire pourquoi, je me dispute souvent avec mon fils au sujet de la justicière. En tant que policier je ne peux qu’être mal à l’aise à l’idée qu’une déséquilibrée décide d’assurer sa propre forme de justice au mépris de toutes les lois, et mon fils quant à lui, est en admiration complète devant elle. Et je reconnais que, malgré tout, cette jeune femme présente certaines qualités qui peuvent susciter l’admiration des jeunes. Des qualités que je ne retrouve pas chez vous, car vous n’êtes qu’une petite brute sans cervelle, une gosse à problèmes dont la place toute trouvée est soit dans la rue, soit en prison.
    _ Et d’où vous me connaissez pour me juger comme ça ?
    _ Oh cela fait des années que je vous connais, Danielle. Des années que vous martyrisez mon fils ainsi que tous vos autres camarades.
    _ Attendez, je connais votre fils, alors ?
    _ Oh, pardonnez-moi, il semble que j’ai oublié de me présenter : inspecteur Jack Brewster.
    _ Brewster ? Mais alors vous êtes… vous êtes le père de Billy ?
    _ Oui. Vous lui en avez bien fait baver toutes ces années, et rien ne me ferait plus plaisir que de vous voir nettoyer des parcs en combinaison orange. Mais là n’est pas la question. Depuis quelques temps, je trouvais que mon fils avait un comportement bizarre, il rentrait tard le soir, voire disparaissait complètement le week-end, et semblait préoccupé. J’ai donc décidé de fouiller ses affaires. Je sais, parfois je suis meilleur flic que père. Bref, j’ai découvert que lui et sa meilleure amie, Sally Lomax, que vous devez connaître aussi, sont depuis quelques temps en étroite collaboration avec la justicière sur une enquête qui impliquerait Thad Lambert et d’autres jeunes du lycée dans une sorte de sombre affaire de bizutage. Et comme par hasard, vous vous retrouvez au milieu de bagarres qui impliquent des employés du père de Thad, j’ai l’impression que tout est lié.
    _ Je comprends pas, vous essayez de me faire avouer quelque chose, là ?
    _ Non, répondit-il en lui faisant un clin d’œil, vous n’êtes pas la justicière, c’est certain. Mais mon fils n’est pas rentré ce soir après les cours, j’ai téléphoné aux parents de Sally qui m’ont dit qu’elle n’était pas rentrée non plus. J’ai peur qu’ils ne tentent quelque chose de stupide et je veux que cette affaire sordide soit réglée au plus vite. Je vous demande donc, en tant que jeune fille partageant la même tendance à la violence que Blaze, de vous mettre à sa place un instant. Si vous étiez elle, auriez-vous une idée d’où ils auraient pu aller ? »

    Cass se mit à réfléchir. Ils allaient demander à Mademoiselle Kaczinski de chercher des infos dans les dossiers des anciens élèves, de les comparer avec ce qu’ils avaient déjà, avant… avant d’aller confronter le père de Thad. Oh merde. A tous les coups, ils avaient continué comme prévu, sans elle.
    « Oui, dit-elle calmement. Oui, je sais où ils sont allés. La villa des Lambert.
    _ Et est-ce qu’ils sont en danger ?
    _ Oui, c’est possible.
    _ Sans éléments concrets, il va me falloir du temps pour convaincre mes supérieurs d’y envoyer des hommes, mais peut-être que la justicière pourrait avoir une longueur d’avance ? Sauriez-vous comment… la contacter ?
    _ Oui.
    _ Si je vous relâchais maintenant, pouvez-vous me garantir que Blaze sera là-bas le plus vite possible ?
    _ Oui. »
    Sur ces mots, l’inspecteur se leva subitement et entreprit de lui défaire ses menottes. Libérée, elle se leva avec hésitation, ne sachant trop s’il était sérieux ou pas, puis elle se décida à se diriger vers la porte, mais l’inspecteur la retint par le bras avant qu’elle ne l’atteigne.
    « Rappelle-toi par contre, dit-il, que Blaze est toujours recherchée, et que je ne peux rien faire pour empêcher mes collègues de l’arrêter. Alors sois prudente, Danielle. Je compte sur toi. »
    Et il la lâcha, cette fois pour de bon, et elle quitta la pièce, et se hâta dans le hall du commissariat où l’attendait sa mère. Sous la pluie battante, elles se rendirent toutes les deux à la voiture et firent route vers les Projects.

    Helen fut accueillie à l’entrée par un type costaud au crâne rasé et à la mine patibulaire qui était loin d’avoir l’allure d’un majordome. L’homme la mena vers une grande pièce circulaire de marbre blanc, au fond de laquelle un grand escalier menait à l’étage supérieur, dont la mezzanine était soutenue par des colonnes de style gréco-romain. La pièce était très lumineuse et le centre était aménagé en un luxueux salon, avec des fauteuils en cuir d’aspect très confortable disposés autour d’une table basse en verre. Helen fut impressionnée et même gênée par tout ce déballage de richesse, elle qui vivait dans un quarante mètres carrés avec du mobilier de chez Ikéa. Un homme âgé, aux cheveux et à la barbe blanche impeccablement entretenus, portant une robe de chambre en soie par-dessus une chemise blanche et un pantalon de costume, vint à sa rencontre, l’air affable.
    « Bonsoir Mademoiselle, dit-il en lui tendant la main, Kaczinski, c’est bien ça ? Je suis Gregory Lambert, ravi de faire votre connaissance. Je vous en prie, asseyez-vous. »
    Hésitante, elle prit place dans un des fauteuils, et ne put s’empêcher de regarder le tapis sous ses pieds avec étonnement. Seigneur, ce tapis à lui tout seul devait coûter plus cher que son appartement !

    « Bien, dit le maître des lieux en prenant place à son tour. Que puis-je faire pour vous ?
    _ Tout d’abord, Monsieur, je tenais à vous remercier d’avoir accepté de me recevoir en soirée, et sans rendez-vous.
    _ Oh mais je vous en prie, c’est tout naturel. De quoi est-il question, alors ?
    _ En fait, de votre fils.
    _ Oui, je sais, Thad a manqué plusieurs jours d’école. Vous n’êtes pas sans savoir qu’il a été victime d’une agression particulièrement sauvage par celle que l’on appelle à tort la… justicière.
    _ Oui, j’en ai bien sûr entendu parler. Et à vrai dire je tenais à faire avec vous la lumière sur cette affaire, je connais les raisons qui ont poussé la justicière à agresser votre fils.
    _ Ah oui ? Je serais curieux de les entendre. »
    La prof marqua une petite pause, elle se rendit compte que ses mains tremblaient. Elle prit une grande inspiration avant de continuer :
    « Il y a une affaire assez particulière en ce moment au lycée. Des cas de bizutage plutôt extrêmes. Deux de nos élèves sont à l’hôpital, elles auraient été kidnappées et torturées.
    _ Seigneur ! Elles vont bien, j’espère ?
    _ Elles récupèrent doucement. Mais, d’après une enquête interne, tout semble être lié à un cercle d’étudiants, qu’ils appellent le Klub, qui se réunissent en secret pour humilier des jeunes filles.
    _ Excusez-moi, mais qu’est-ce que cette affaire sordide a à voir avec mon fils ?
    _ L’un de nos élèves, Daren Wilkes, a avoué faire partie de ce Klub. Nous avons recueilli plusieurs témoignages d’anciens élèves, d’anciens membres du Klub, et tous ont en commun de faire ou d’avoir fait partie du comité d’excellence. Votre fils, M. Lambert, est l’actuel président du comité d’excellence.
    _ Attendez une minute, Mademoiselle, êtes-vous en train d’insinuer que Thad est mêlé d’une façon ou d’une autre à cette histoire ?
    _ C’est effectivement la conclusion de l’enquête.
    _ Enquête qui repose sur des témoignages ou des aveux recueillis par cette… justicière, je suppose ?
    _ J’admets qu’elle a contribué à l’enquête.
    _ Je vois. Que je sois clair, Mademoiselle, je rejette en bloc toutes les accusations à l’encontre de mon fils, qui ne sont que diffamations perpétrées par une racaille des rues, une malade mentale en costume de cuir qui tente de se donner un semblant d’importance avec ses illusions de justice. Mon fils est un élève et un citoyen modèle, promis à un avenir des plus brillants, et je ne saurais tolérer que son avenir soit compromis par une jeune psychopathe et une enseignante qui la couvre au mépris de toute la déontologie qu’implique votre profession !
    _ Excusez-moi, qui la couvre ? Qu’entendez-vous par là ?
    _ Voyons, Mademoiselle, ne faites pas l’idiote. Mon fils est agressé par la justicière, et le lendemain, une de vos élèves, une certaine Cassidy, je crois, agresse mes employés. Il est évident qu’elles ne sont qu’une seule et même personne. Pouvez-vous imaginer le péril pour votre carrière si l’on apprenait que vous avez couvert une délinquante recherchée ? Réfléchissez-y. Maintenant, si vous vous voulez bien m’excuser, je pense que notre entretien est terminé. »

    Sur ces mots, il se leva et fit signe à son homme de main de s’approcher pour raccompagner la prof à la porte.
    « Attendez ! déclara-t-elle en se levant à son tour. Je ne sais pas où vous avez cherché une théorie aussi ridicule, mais vous n’avez aucune preuve pour l’étayer.
    _ Je pourrais dire la même chose à propos de vos théories farfelues sur ce… Klub. Maintenant…
    _ Savez-vous que votre fils et ses amis du comité d’excellence ont pour habitude de se réunir à la boîte de nuit Hellfire ? Boîte qui est la propriété de Lambert Industries.
    _ Je ne vois pas ce que ça prouve.
    _ Nous pouvons alors parler du docteur Willard, dentiste de son état, dont le cabinet a récemment été le théâtre d’un affrontement entre la justicière et les hommes de main du Klub. Vos hommes, j'en suis sûre. Comme par hasard, le docteur Willard fut dans sa jeunesse membre du comité d’excellence du lycée…
    _ Encore une fois, vous n’avez rien de concret qui lie mon fils à toute cette histoire. Admettez-le, très chère, vous ne pouvez pas gagner.
    _ Ah bon ? Et si nous parlions de Gerald Harrington ? »
    M. Lambert se figea tout à coup, comme s’il venait de recevoir un choc électrique.
    « Je vous demande pardon ?
    _ Je sais de source sûre que le Klub a été fondé par Gerald Harrington il y a environ trente ans. J’ai épluché les dossiers des anciens élèves et j’y ai fait une découverte intéressante : vous étiez vous-mêmes un élève du lycée, et vous avez été admis dans le comité d’excellence en seconde. Le président du comité d’excellence à l’époque était Gerald Harrington, qui était en terminale. Quand vous-même êtes entré en terminale, vous êtes devenu président du comité. On avance dans le temps jusqu’à il y a six ans, Gerald Harrington se retrouve impliqué dans un scandale de bizutage en bande organisée et quitte la ville. Le Klub a toujours un adulte qui fait office de Grand Maître. Harrington a démissionné de ce rôle en quittant la ville, il paraît naturel que la place revienne à l’un des plus anciens après lui, l’un dont le fils est aujourd’hui président du comité d’excellence. Admettez-le, vous avez été initié au Klub par Harrington et vous en êtes l’actuel Grand Maître ! »
    M. Lambert se tut un instant. Il baissa la tête, poussa un profond soupir. Puis il la regarda droit dans les yeux, le visage grave et dur.
    « Je vois qu’on ne peut rien vous cacher, Mademoiselle. Soit, je dois reconnaître que votre persévérance a payé, tout ceci est vrai. Cependant, il est une chose que j’aimerais vous faire comprendre avant que vous ne partiez. Thad !
    _ Oui, Papa ? répondit le jeune homme en descendant l’escalier, l’air aussi digne et grave que son père.
    _ Thad, mon garçon, veux-tu montrer à ta professeure ce que cette folle de justicière t’a fait ? »
    Obéissant à l’ordre, le jeune homme regarda la prof droit dans les yeux. Son regard lui glaça le sang. Il n’y avait rien d’humain derrière ses yeux. Puis il retira délicatement le pansement qu’il portait à la joue, et Helen fit instinctivement un pas en arrière en portant la main à sa bouche. Le jeune homme avait une hideuse balafre qui courait tout le long de sa joue jusqu’à passer très près de l’œil.
    « Oh mon Dieu !
    _ Oui… comme vous le voyez, mademoiselle, mon fils a beaucoup souffert des actes de la justicière et de cette enquête dans laquelle vous l’aidez. Le Klub a été fondé pour rassembler la future élite de la nation, et je ne saurai tolérer que mon fils ou un autre de ses membres soit menacé par des gamins en mal d’aventure et une fonctionnaire sous-payée. Fouillez-la ! »

    Sur son ordre, deux autres hommes aussi costauds que patibulaire firent irruption dans la pièce. Helen n’eut même pas le temps de réfléchir : des années à pratiquer la lutte lui avaient donné d’excellents réflexes de défense ainsi qu’une force de bœuf. Ni une ni deux, elle empoigna l’homme le plus proche à deux mains, le souleva de terre, et le lança contre son acolyte. Le troisième homme tenta de l’empoigner par derrière, mais par une technique de contre, elle parvint à retourner la prise contre lui et à l’amener au sol. C’est alors qu’un violent coup derrière la tête la fit chanceler. Thad ! Il l’avait frappée par derrière ! Elle n’eut pas le temps de reprendre : les trois hommes se relevèrent et la maîtrisèrent rapidement. Elle se débattit en vain, sentit des mains la palper à travers ses vêtements, fouiller dans ses poches… pour en ressortir le petit dictaphone, qui fut rapidement jeté au sol et écrasé.
    « Je vois que vous aviez prévu votre coup, dit M. Lambert, mais je ne suis pas homme à me laisser duper aussi facilement. Au fait, je ne vous ai pas présenté mon chef de la sécurité, Monsieur Slévine ? »
    Elle entendit des cris à travers la porte, provenant de l’entrée de la demeure. Des cris de jeunes, un garçon et une fille. Puis la porte s’ouvrit en grand et Sally et Billy apparurent, et furent jetés au sol comme des poupées de chiffon par l’homme qui les tenait, un type en manteau de cuir noir et au cou de taureau, qui toisa la prof d’un air mauvais en suçant son cure-dents.
    « Monsieur Slévine a surpris ces deux jeunes dans une voiture non loin de la propriété. Nul doute qu’ils sont avec vous, n’est-ce pas ? Fouillez-les ! »
    Les hommes s’exécutèrent, et trouvèrent les téléphones des deux jeunes, qui subirent bientôt le même sort que le dictaphone.

    « Salut Sally, dit Thad en se penchant vers la jeune fille, un sourire cruel aux lèvres. Je savais bien que t’allais finir par revenir pour continuer notre petite fête. »
    Malgré la peur, elle eut quand même la force de lui exprimer tout son mépris : elle lui cracha dessus. Le jeune homme se releva lentement, sans perdre son sourire. Puis il s’essuya lentement du revers de la main, et ricana.
    « On les emmène, Papa ? »
    Son père hocha la tête en signe d’approbation, et les trois prisonniers furent menés sans ménagement par une petite porte dans un couloir, puis une autre porte, un escalier menant au sous-sol. Et c’est en voyant où ils étaient arrivés qu’ils arrêtèrent de se débattre, paralysés par la terreur : la pièce n’avait pas de fenêtre, ce n’était qu’un espace aménagé dans les fondations de la villa, un plancher grinçant au sol, de grosses poutres en bois contre des murs de briques soutenant l’étage du dessus. Et dans cette pénombre, la seule source de lumière était un gros brasero métallique trônant au milieu de la pièce, dont les braises brûlantes diffusaient une lueur rouge et une chaleur difficilement supportable. Dans cette lueur, les prisonniers purent distinguer plusieurs paires de grosses menottes en fer accrochées par des chaînes sur les poutres, ainsi qu’un énorme chevalet médiéval en bois derrière le brasero. C’était une salle de torture.

    « Vous n’allez pas vous en tirer comme ça, Lambert ! rugit Helen.
    _ Mais que croyez-vous donc, que je n’ai pas les moyens de camoufler la disparition de trois personnes insignifiantes ? Mais je vous réserve un séjour très instruction. Vous allez comprendre beaucoup de choses dans cette pièce. Voyez-vous, j’ai toujours été fasciné par la torture. C’est la forme ultime de domination, pouvoir contrôler les moindres réactions, les moindres sensations de sa victime, réduire son monde à ce délicat équilibre de douleur et de répit, jusqu’à ce que son esprit… craque. Mais je n’aime pas me salir les mains, et puis j’ai quelques affaires importantes à terminer. Thad, je te laisse le soin de divertir tes invités. »


  • Sweety Avatar
    Sweety - il y a 11 ans

    Ok... Moi ce que j'en dis, c'est que je suis vraiment heureuse d'être très patiente dans ce genre de circonstances... Sinon, je crois que j'aurais fait une crise d'urticaire (ou de je ne sais quoi) causée par la frustration d'un arrêt aussi brutal de ton histoire (heureusement que tu avais prévenu en préambule, que ça serait coupé en plein suspens^^) :D


  • Coco Avatar
    Coco - il y a 11 ans

    Très bon chapitre comme à chaque fois :) tu aurais pus par contre couper un peu plus loin :p


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    Black Stingray - il y a 11 ans

    ça vous énerve, hein ? C'est fait exprès :p


  • Hasana Avatar
    Hasana - il y a 11 ans

    Mais Blaze va venir les sauver... :p
    j'aime toujours autant, j'ai hâte que tu mette la suite c'est sur !


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    Dark-Jigsaw - il y a 11 ans

    Je n'ai lu que le premier chapitre pour l'instant mais franchement c'est sympa :)

    Je suis à la base un fan d'Arrow aussi donc bon ... ça me plait bien forcément :hap: