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- The serial tickler
- Épisode 12
Histoire ajoutée le
29/04/2012
Épisode ajouté le
09/02/2022
Mise-à-jour le
09/02/2022
12.
Il est 14h, nous sommes de retour au commissariat. La pluie ne s'est pas calmée, au contraire, elle tombe maintenant sans s'arrêter. Les rues sont remplies de flaques en cours de formation, de ruissellement qui se dirigent vers diverses bouches d'égouts, le bruit des moteurs de voitures est maintenant accompagné de celui des roues coupant l'eau en deux, et projetant des milliers de gouttes sur le trottoir et quelques passant malheureux. Le commissariat est victime lui aussi de ce temps, le sol est jonché de traces oscillant entre le marron et le noir, des traces laissées par les visiteurs, rendant le tout très glissant. Malgré les efforts des concierges, le lieu demeure très sale.
Un taxi s'arrête devant, et quelqu'un en sort avec un grand manteau noir, une femme à l'air sévère, brune, maquillée, élégante, bien qu'elle soit assez baraquée : 1m77, assez musclée, bien que ses vêtements du jour ne le laissent pas paraître. Elle avance d'un pas décidé jusqu'à la porte d'entrée, sans ouvrir son parapluie pour les dis pauvres mètres qui la séparent de l'entrée. Elle va jusqu'à l'accueil. Elle porte des bottines, un pantalon noir et un pull de même couleur, elle est tout simplement équipée pour le temps qu'il fait.
Lorsqu'elle arrive, elle se présente en montrant sa carte de policière :
« -Bonjour, pourriez-vous m'indiquer le bureau du commissaire Bauer s'il vous plait ? - Dit-elle avec sa voix douce en contradiction avec son air sérieux – Je suis le nouveau commissaire en place ici, Abygaëlle Phidias.
-Bien sûr madame – répondit la femme de l'accueil, intimidée. Elle prend le téléphone et compose un numéro à deux chiffres - … Commissaire Bauer ? Madame Phidias est arrivée, je l'envoie à votre bureau ? Très bien commissaire, au revoir. - Elle raccroche et relève la tête, Abygaëlle n'a pas bougé – Le commissaire peut vous recevoir, montez au deuxième étage, quand vous en sortez, droit devant vous, son bureau est au fond à droite.
-Je vous remercie. »
Sans plus de discours, Mme Phidias suit le trajet indiqué.
Pendant ce temps, Fabien est dans une voiture avec trois collègues, il regarde par la vitre les rues presque vides, et pousse de gros soupirs formant à chaque fois un nuage de buée sur le plexiglas, qui s'en va presque aussi tôt, alors qu'en fond, les trois autres discutent, l'air blasé très perceptible dans leur voix :
« - Belle invention que les PV électroniques...
-Ouais, grâce à ça, on peut mettre des prunes par jour de pluie... You-pi...
-En plus, pour la réputation du corps policier c'est sympa, les gens ne savent même pas quand ils ont eu une amende avant qu'on leur envoie, il va y avoir des problèmes à ce niveau là, du coup il y aura des plaintes du genre « On me dit que le prix a augmenté parce que ça fait des mois que j'ai eu ce PV, mais je ne l'ai reçu qu'il y a deux jours ! » Bref, le progrès en marche...
-Surtout que les gens n'étant pas au courant de ça n'hésitent pas à se garer n'importe comment par ce genre de temps, du coups ça va multiplier les amendes, nos « spécialistes de l'informatique », recrutés parce qu'ils savent faire un double clic sur leur souris, vont se planter encore plus que leur PC tout ça à cause de le pression due au nombre de courrier à imprimer. Bref, super.
-Ouais puis on va se mouiller en plus, c'est chiant... »
Fabien, lui, espérait que Matthieu ne se ferait pas avoir, le dossier sur le serial tickler étant encore dans son bureau. Il pensait bien sûr à la suite de l'enquête, et à plein d'autres choses en même temps. Ce n'est pas qu'il n'aimait pas ses collègues, loin de là. Il n'a juste jamais été très à l'aise dans un groupe. Il préfère avoir sa tranquillité quand cela est possible. Là encore, l'enquête sur le serial tickler lui permettait se sortir un peu de sa routine, mais aussi se croiser plein de gens différents sans passer leur vie avec.
Dans le commissariat, tous les agents s'étaient rassemblés dans une grande salle, un brouhaha se faisait entendre, un peu comme au lycée au moment du discours du principal. Une estrade était placée au fond, le commissaire Bauer était d'ores et déjà debout dessus. À côté de cette scène étaient placée deux chaises, avec sa femme sur l'une, et Abygaëlle droite comme un I, attendant son tour pour s'avancer. Après avoir pris une grande respiration et que le boucan se soit calmé, Daniel, commissaire en chef sur la fin de carrière, prit la parole de sa voix portante et autoritaire que chacun de ses subordonnés pouvait reconnaître entre mille. Le métier ne l'avait pas épargné, il n'avait plus que 8 doigts, il lui manquait l'auriculaire de chaque main. Il avait régulièrement mal au dos, et était sous analgésiques. Mais il avait gardé une forme olympique, et était encore une véritable armoire à glaces, son sourire, qui fait que son couple paraît, ou plutôt est si harmonieux, le rend très sympathique, mais dés que son air change, ou qu'il élève la voix, chacun sait où est sa place et évite de le contredire. Du haut de ses 2 mètres et 80 kg et quelques de muscles se relâchant petit à petit avec l'âge, il n'est plus un jeunot, mais se fait respecter de par son expérience, son parcours, et sa façon de diriger. Avec les années, il était quand même devenu plus détendu, notamment à cause, ou grâce (chacun se fait son idée) des antidouleurs. Il ne s'occupait plus trop des affaires de chacun, il s'arrangeait déjà pour que le commissariat tourne correctement et que personne ne soit lésé, ce qui est déjà assez difficile selon ses dires.
C'est donc dans un silence total et respectueux qu'il commença à énoncer son dernier discours :
« -Mes amis... Camarades... Subordonnés... Je ne sais pas comment je dois vous appeler au final. Cela fait 20 ans que je suis en poste ici. À 42 ans, j'ai pris mes fonctions de commissaire après une belle carrière en tant qu'inspecteur, agent de police, militaire, et même détective privé... je ne sais pas si beaucoup d'entre vous le savaient... Mais, oui, j'ai également été dans le privé, et j'ai été à deux doigts d'y rester... – En disant cela, il leva les mains, montrant bien les deux moignons qu'il avait à la place des petits doigts, des petits chuchotements se faisaient entendre, trahissant la surprise de la plupart des gens présents – Excusez-moi pour cette parenthèse, mon vrai discours de fin de carrière est pour la fin du mois. Si nous sommes réunis aujourd'hui, c'est pour vous présenter la remplaçante qui me succèdera à la direction de ce commissariat – Il tend la main en direction d'Abygaëlle, très souriante – Je vous prie de l'accueillir, Abygaëlle Phidias... Son nom n'est vraiment pas courant, je sais – Quelques rires se font entendre dans la salle – Mais je suis sûr que ce n'est qu'une seule de ses forces. En tout cas, je vous remercie d'avoir respecté mon autorité tout ce temps, j'ai connu ici des coéquipiers de valeur, des affaires étranges, palpitantes, certaines des meilleurs années de ma vie, mais il est temps pour moi de passer la main. Encore merci. »
Alors que de nombreux applaudissements retentissaient, la jeune femme montait sur l'estrade, et serra la main de son prédécesseur. Avant de regarder la foule en face d'elle, il s'agissait d'une quarantaine de policiers de différents grades. Bien sûr, tout le monde n'était pas là, à commencer par Fabien, toujours avec ses collègues. Ainsi que les agents qui s'occupent de l'accueil, et des civils présents dans le bâtiment. Matthieu s'était placé dans la foule, il regardait cela comme tout le monde, réagissant avec les autres. Abygaëlle commença son petit discours d'arrivée :
«-Bonjour à tous, moi aussi je ferai mon vrai discours en fin de mois. Je vais me contenter de me présenter, bien que monsieur Bauer s'en soit chargé, je m'appelle Abygaëlle Phidias. En effet ce n'est pas très courant comme nom. J'ai 39 ans, je suis dans la police depuis 17 ans, et c'est un vrai honneur d'avoir été choisie pour remplacer mon illustre collègue. Dans les jours qui viennent, rien ne changera, vous prendrez toujours vos ordres de monsieur le commissaire, mais bien sûr, si je viens transmettre, il est évident que vous devrez suivre. Je serai surtout là dans un premier temps pour reprendre les dossiers, voir où chacun en est. Je compte m'installer petit à petit dans mes fonctions. Je suis originaire de Nissac, et ai fait mes 17 années de carrière là-bas, je ne suis donc pas dépaysé à quelques kilomètres de là-bas. J'espère qu'il n'y aura pas de souci, il n'y a pas de raison... – Son sourire transcenda alors le peuple réunit dans cette salle, elle regarda absolument tout le monde dans les yeux, cela dura une bonne minute pour qu'elle fasse le tour de chaque visage, elle semblait photographier tout le monde pour savoir qui étaient ses agents, elle prit un petit temps avant de reprendre – Sur ce, je laisse chacun vaquer à ses occupations, sachez cependant que je passerai aussi dans chaque bureau dans la semaine pour savoir ce que chacun fait. N'ayez peur de rien, je regarde juste où est-ce que chacun en est, il ne s'agit pas d'un contrôle. De toute façon, je vous l'avoue, je n'ai jamais été pour que tout soit trop carré. Je me contenterai juste de jeter un coup d’œil.. Voilà, des questions ? - Elle regarda encore partout, aucun bruit ne se fit entendre, elle se tourna alors vers monsieur Bauer – Voulez-vous rajouter quelque chose commissaire ? - Il hocha la tête pour signaler que non – Très bien, alors, chacun peut retourner travailler, je vous remercie de votre attention. »
Matthieu s'empressa un peu de rejoindre la porte de sortie, entendant de petits commentaires de ci, de là « Elle est pas mal n'empêche », « Elle a l'air sympa », « Elle fait sévère n'empêche », « Elle a l'air baraque, j'irais pas la faire chier ». Bref, divers petits bilans sur cette première impression laissée par le futur chef de tout ce petit monde. D'un pas pressé, il rejoignit son bureau, et ouvrit le premier tiroir, dans lequel se trouvait le dossier « Serial Tickler », retourné. Il le prit, souleva tout ce qui se trouvait dessous, plaça le dossier au fond et reposa le tout dessus. Ce petit élan de panique se calma une fois qu'il eut refermé le tiroir et réfléchit au risque qu'il y avait qu'Abygaëlle ne fouille ce tiroir.
18h, la voiture de patrouille dans laquelle était Fabien était sur le chemin du retour, il pleuvait toujours à verse. Elle s'arrêta à un feu rouge, en plein milieu d'une longue file de véhicules. Des phares allumés de partout, se répercutant sur le sol couvert d'eau de pluie, et sur les vitres trempées de chaque voiture. Fabien voyait des élèves quittant leurs cours et des adultes sortant du travail en train de courir jusqu'à leur bus, automobile etc... Recouverts de capuches, de parapluies, de bonnets, ou de rien du tout. La plupart avaient la tête baissée pour éviter tant bien que mal d'avoir le visage mouillé. Au niveau de la voiture de fonction noire se trouvait une banque, Un homme en sortit, pressé, Il regardait partout, c'était Paul, l'ivrogne de Nissac, il avait un grand manteau noir à capuche, était bien rasé, et portait une mallette qu'il gardait avec beaucoup de soin. Fabien ne le connaissant pas, il ne fit pas plus attention que cela, claqué après avoir mis des pv tout l'après-midi, blasé, le silence régnant dans la voiture n'était brisé que par le bruit du moteur tournant au ralenti, presque inaudible, les essuie-glace qui avaient fonctionné pratiquement toute la journée, lors de leur passage en demi-cercle sur le pare-brise. Et la radio mise en fond à un volume très bas. Les hommes ne parlaient pas, tous trempés, et avec l'envie de rentrer chacun chez soi, de prendre une bonne douche et de ne plus contempler ces rues, déprimantes par ce temps là. Une centaine de pv avait été dressés en un après-midi, on aurait pu dire que la chasse avait été bonne mais ça n'était pas une surprise.
Mardi 17 avril
Matthieu arrive au bureau, ce matin là, il ne pleuvait plus, quelques nuages restaient, mais une éclaircie se faisait sentir dés 8h du matin, on voyait une lumière vive tentant de traverser la masse nuageuse, ce qui ne saurait tarder en cours de journée. Il fit comme d'habitude, dire bonjour à ceux qu'il croisait, puis aller directement dans son bureau, accrocher son manteau, vérifier que son bureau était bien comme hier, il arrêta son regard une seconde sur le tiroir qui contenait le dossier sur le serial tickler la veille. Comme prévu, il l'avait amené chez lui et ne l'avait pas rapporté. Il partit prendre un café, quand il revint, il s'arrêta net à sa porte, Fabien était dans son bureau, assis sur son siège, de dos, il se retourna d'un coup, et dit :
«-Le café le matin, moi j'aime pas trop... »
Pendant ce temps, au lycée, avant que la sonnerie ne retentisse, Hugo trouva Coralie qui l'évitait depuis son enlèvement :
« - Jade je sais plus quoi, c'est bien une amie à toi non ?
-...
-Coralie – Il mit ses mains sur ses épaules, elle repoussa, il prit un air encore plus grave, mais baissa le ton au cas où – Ce n'est pas moi, d'accord ? Je ne t'ai pas séquestré pour te chatouiller. Tu crois pas que ça serait trop facile de me retrouver si je raisonnais comme ça ?
-...
-...
-...
-... C'est dommage... - il commença à s'éloigner, et rajouta avant de lui tourner le dos – Je t'appréciais beaucoup, on devenait amis, c'était sympa... »
Elle le regarda s'éloigner, puis baissa la tête. Hugo fut silencieux toute la journée. Outre l'amitié qu'il éprouvait pour Coralie, d'autres sentiments avaient commencé à naître. Coralie ne fut pas plus loquace, elle aussi appréciait beaucoup Hugo. Leur rencontre était assez atypique, il avait tout simplement commencé à lui parler un jour, par hasard, en la croisant, il lui avait dit bonjour, elle fut surprise agréablement, les deux avaient déjà tendance à s'observer quand ils passaient l'un en face de l'autre dans un couloir ou autre. Il avait un jour décidé de se lancer, comme si ce fut un défi. À partir de là, tout commençait doucement à coller, ils se rapprochaient l'un de l'autre.
Coralie repensait aussi à la veille, chez elle, avec Chloé, quand les deux étaient dans la chambre de l'adolescente rousse. Sur le lit deux places de cette dernière, Chloé avait insisté pour que Coralie lui chatouille brièvement les pieds pour savoir si elle était très sensible. Coralie avait fini par accepter, Chloé avait posé ses petits pieds de taille 36 sur les cuisses de son amie, qui fit d'abord quelques guilis comme ça, du bout de ses longs doigts, Chloé avait fait son petit rire d'adolescente, enleva ses pieds, puis lui dit dans un grand sourire :
« -Non, comme ça ça peut pas le faire, je crains trop les chatouilles, il faudrait que tu me coinces les pieds pour faire durer un peu.
-...
-Allez ! S'il te plait, il faut que je sache avant qu'on m'enlève, hihihihi
Coralie ne riait pas du tout à cette blague, alors Chloé lui fit une grosse bise sur la joue et un câlin et lui dit :
-Mais ne t'en fais pas ! Ça ne m'arrivera pas. Arrête de faire la gueule... - Elle regarda alors les pieds nus de Coralie, bien blancs, comme le reste de sa peau, ses mignons petits pieds au vernis transparent – Il faut sourire un peu ! - Elle se jeta sur les pieds de Coralie qui ne put réagit à temps alors que Chloé était bien assise à genoux sur ses jambes, les plantes de pieds en évidence, et commença à faire glisser ses doigts à toute vitesse sous les pieds de sa copine – Guili guili guili ! »
Surprise de cette attaque et toujours aussi chatouille, Coralie commença à rire à gorge déployée, ses petits pieds s'agitaient mais Chloé appuyait de tout son poids pour l'empêcher de se dégager, elle grattouillait partout, à grande vitesse, avec ses dix petits doigts, Coralie n'en pouvait plus, elle devenait rouge, et ne vit qu'un seul moyen de s'en tirer, elle chatouilla les plantes de pieds de Chloé qui rit elle aussi. Une bataille se déclara ainsi, chacune chatouillant les plantes de pieds de l'autre avec tous ses doigts jusqu'à ce que l'une ou l'autre craque. Chloé, au bout d'un moment, se renversa sur le côté, et Coralie se jeta sur elle, la mettant sur le ventre, elle fit ensuite plier ses jambes, les entoura d'un bras et titilla les orteils de son amie de l'autre, Chloé était à son tour totalement victime et riait beaucoup, le tout étant étouffé par la couette contre laquelle était plaqué son visage. Cela, vu de dehors, serait passé pour un jeu anodin, tout simplement parce que ça l'était. Coralie retrouva tout de suite l'aspect jeu des chatouilles et souriait en faisant rire Chloé, le plaisir l'emportait sur les mauvais souvenirs. Ce sentiment de malaise qu'elle avait avec les pieds depuis sa mésaventure était ainsi reparti aussi vite qu'il était venu.
Durant quelques minutes, ces passages de doigts se multipliaient sans discontinuer, les petits rires étaient à peine audibles en dehors de la chambre. Après, Coralie relâcha les pieds de son amie qui resta dans la même position quelques secondes, respirant fort, rouge elle aussi, cela se voyait moins du fait que sa peau était mate. Le reste de la soirée se passa tranquillement. Finalement, Chloé persuada Coralie que ce n'étaient jamais que des chatouilles. À cet instant, ce n'était donc plus les chatouilles en général qui gênaient Coralie, mais bien le fait qu'Hugo puisse être un criminel.
Ce dernier réfléchissait, il en avait assez de cette image qui le collait directement à la peau. Il en avait marre du serial tickler qui était arrivé et lui avait pourri la vie en quelques jours. Le fait que la police le soupçonne le rendait nerveux, il lui en voulait personnellement. C'est alors qu'Angélique arriva devant lui, et lui dit :
«-Tu fais quoi demain après-midi ? »
Nous revoilà dans le bureau de Matthieu et Fabien, en pleine discussion :
« -... Bon ben si le dossier est chez toi, ça va, on est tranquilles. »
On toqua à la porte, Matthieu fit « Entrez ! » il s'agissait d'Abygaëlle. Fabien se leva :
« -Bonjour, je suis le nouveau commissaire, Abygaëlle Phidias – Elle regarda Fabien – Vous êtes l'agent Matthieu Rousseau ?
-Non, c'est l'autre – répondit-il en désignant son collègue du regard.
-Vous n'êtes pas à votre propre bureau ?
-J'étais parti chercher un café et mon « très estimé » collègue arriva entre-temps – en déclarant cela, il montrait son gobelet de café à Abygaëlle.
-Et qui est donc ce « très estimé collègue » ?
-Je suis l'agent Fabien Jung madame la commissaire.
-Je vois. Vous collaborez ?
-Oui madame la commissaire – répondirent les deux hommes en même temps.
-Très bien. Sur quoi ?
Un silence envahit la salle, Matthieu commençait à paniquer doucement, alors que Fabien cherchait juste ses mots, Abygaëlle se tourna donc vers ce dernier :
-... Oui ?
-... Il s'agit d'une affaire dont on s'occupe depuis ce matin. Le directeur du lycée Albert Einstein, monsieur Pigon, m'a appelé pour une affaire de dégradation, je proposais donc à mon très cher et estimé collègue de me suivre.
-Ah ! Je vois. Mais, sauf erreur de ma part, l'agent Rousseau est affecté au bureau des plaintes, sa place n'est donc pas sur le terrain sauf si moi ou le commissaire Bauer l'ordonne. Ce n'est pas à vous de choisir vos coéquipiers mais à nous. D'ailleurs, comment ça, il VOUS a appelé ?
-Eh bien.. ? Euh.... - Fabien s'était fait avoir, Matthieu commença à boire son café à grandes gorgées en faisant de grand yeux paniqués, Abygaëlle pencha un peu la tête en avant et fit mine de remettre un chapeau invisible en place, sous le regard incompréhensif de Fabien :
-élémentaire mon Cher Watson ! Tous les deux, vous m'avez l'air se sacrés petits cachotiers, puis-je savoir ce que vous fabriquez en réalité ?
-... Autant tout vous dire... Nous enquêtons réellement sur le lycée depuis plusieurs jours. La dégradation est réelle, il s'agit d'un tag faisant mention d'un être appelé « The serial Tickler », littéralement : Chatouilleur en série. Or, Mon très cher, estimé et précieux collègue Matthieu a reçu plusieurs plaintes d'adolescentes se plaignant d'avoir été séquestrées et chatouillées. Du coup, j'ai proposer une collaboration à mon très estimé, cher, précieux et irremplaçable...
-Chut ! - s'exclama Matthieu, en fixant le futur commissaire, Fabien fit de même et s'aperçut que celle-ci faisait de grands yeux comme si elle était tombée du ciel. Elle demeura en silence durant quelques secondes.
-... Euh, madame la commissaire ? - tenta Fabien – ça va aller ?
-Un être qui chatouille des femmes après les avoir séquestré et qui les relâche, c'est bien cela que vous avez dit ?!
-Oui madame Phidias, pourquoi v...
-Dans le bureau du commissaire à midi, pendant la pause déjeuner ! »
Sans plus de discours, elle quitta le bureau sous les regards médusés des deux policiers. Après quelques secondes de silence, Matthieu ne trouva que le courage d'ajouter :
« -Mais hier elle avait dit que ce n'était pas un contrôle... »
