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- The serial tickler
- Épisode 19
Histoire ajoutée le
29/04/2012
Épisode ajouté le
09/02/2022
Mise-à-jour le
09/02/2022
19.
Après une demi-heure à chatouiller les pieds de Chloé tout en léchant ceux de Coralie l'un après l'autre, les trois adolescents étaient chacun de leur côté, posés dans la chambre du jeune homme, dans laquelle la musique avait cessée depuis longtemps. On n'entendait plus que la respiration de la jeune fille encore attachée au lit, reprenant son souffle, se calmant petit à petit, tandis qu'Hugo et Coralie se regardaient intensément, en souriant.
Quelque chose venait de se débloquer entre eux, c'est comme si ils se redécouvraient. Chacun assis sur des chaises séparées de moins d'un mètre, aucun mouvement, aucun son ne sort de leur bouche. Les pieds de la jeune rousse sont posés sur leurs orteils, sous la chaise, les plantes encore brillante après les multiples coups de langue. Et ses mains sont à plat sur les côtés de ses cuisses.
Chloé profite de son répit pour bien observer la chambre d'Hugo, étant encore en mesure de se concentrer sur l'objectif qu'elles s'étaient fixée avec son amie en venant. Elle voit des posters des films « Reservoir Dogs », « 2001, l'odyssée de l'espace », « Drive », et « Argo » disposés sur les murs, entre lesquels s'immiscent d'autres affiches de jeux tels que « Bioshock » et « GTA V », ainsi que des groupes de musique « Nirvana », « Muse », et « Metallica ». Le mur est tapissé de jaune, sans aucun motif. Elle remarque que les posters tiennent avec de la pâte à fixe, et sont espacés de la même distance les uns par rapport aux autres. Cet alignement frôle le maladif. Le tout semble presque excessivement propre, dans la chambre flottait d'ailleurs une agréable odeur émanant du parfum d'Hugo « Only the brave de Diesel il me semble » pensait la captive. Depuis, bien sûr, se sont ajoutés les parfum parfum de Coralie, ainsi que le sien. Et la séance de chatouilles lui a, à n'en pas douté, fait émettre une légère odeur de transpiration.
En face d'elle, entre les corps d'Hugo et Coralie, elle observe que son bureau est rangé avec le même soin : Juste un calendrier sur lequel est posée la souris de l'ordinateur. Les enceintes dans les deux coins aux côtés d'un écran plat sur lequel il serait bien compliqué de trouver ne serait-ce qu'un grain de poussière. La fenêtre sur sa droite est toute aussi propre : Aucune trace de doigt sur les vitres. La lumière rentre bien à cette heure de la journée : 15h27 d'après le radio-réveil posé sur la table de chevet, à côté duquel est posé un exemplaire du livre « Le Prince » de Machiavel.
On sent aussi la fraîcheur qui prouve que le jeune homme a aéré sa chambre plus tôt dans la journée. Chloé se sent obligée de se dire que tout cela semble vraiment trop propre pour être honnête. Mais elle sait également qu'il ne s'agit pas d'une preuve.
Après quelques instants durant lesquels elle commence à se dire qu'elle aimerait bien qu'on la détache, on entend Hugo dire ces paroles :
« -Je ne suis pas le serial tickler. »
Cette déclaration fait place à un silence pesant. Chloé cherche Coralie du regard, mais cette dernière continue de fixer Hugo. Son sourire a maintenant laissé la place à une expression plus neutre, mais également plus gênée. Lorsque l'adolescent se lève pour détacher les poignets de Chloé, la jeune femme rousse le suit du regard. Hugo ne dit rien, il a également perdu le sourire, et semble maintenant triste, presque prêt à pleurer. Il ne dit rien de plus, mais il va sur son ordinateur. Tandis que l'ex chatouillée finit de détacher les chevilles, tout en étant intriguée par la suite des événements, Hugo se tourne vers les deux filles et leur dit :
« -Vous pensez que je suis bête à ce point ? »
C'est alors que le dossier contenant la vidéo de chatouilles est ouvert, devant elles, qui semblent médusées, ne sachant pas si il s'agit d'un coup de bluff, ou d'une vraie déduction de sa part. Alors qu'elles ne répondent rien, il s'écarte un peu de l'écran, tout en gardant la main sur la souris. Il ouvre l'onglet « démarrer », et va sur « mes documents récents », révélant le dossier que Coralie et Chloé avaient ouvert juste avant :
-C'est donc pour ça que vous êtes venues ? Toute cette mascarade, c'est parce que vous pensez vraiment que je pourrais faire ça...
Il les regarda l'une après l'autre. Elles étaient clairement embarrassées, mais aussi curieuses d'entendre sa version des faits :
« -Qu'est-ce que tu fais avec ces vidéos Hugo ? - Tenta Coralie.
-On me les a envoyé, tout simplement.
-Non, ce n'est pas si simple que ça. On devrait juste entendre que tu possèdes ces vidéos parce que « on te les a envoyé ? »
-Oui. Tout simplement parce la personne qui me les a transféré est le Serial Tickler, le vrai. Vous voulez une preuve ? Approchez... »
Les deux jeunes filles s'exécutèrent jusqu'à être juste à côté de lui, devant l'écran d'ordinateur. Chacune sur son siège. Hugo se connecta sur son site fétichiste, et ouvrit les messages qu'il a échangé avec le dénommé « Stan » :
«-ça fait des semaines qu'on a commencé à parler. Mais je ne sais strictement rien de lui. Il s'est présenté sous le prénom de Stanley, dont son pseudo serait le diminutif. Au début, c'était juste un gars sympa qui partageait ma passion... Puis, au fur et à mesure, il m'a demandé si cela m'intéresserait de voir des photos et des vidéos amatrices, qu'il a pris lui-même. Je n'ai pas voulu dire non. C'est toujours plus agréable les vidéos en amateur je trouve. D'ailleurs, j'aimerais bien en faire également... »
Tout en s'expliquant, il passe en revue tout la discussion qu'il a eu avec Stan, laissant le temps aux filles de lire. Elles semblent à moitié horrifiées, mais aussi fascinées par ce qu'elles lisent. Elles entrent au plus profond des envies d'Hugo, qui bien sûr, dans cette conversation, s'ouvre à son interlocuteur comme il ne l'a jamais fait avec quelqu'un du lycée :
« -Ce type est... Assez fascinant je dirais. Il comprend ce que je suis, mais en plus de comprendre, il semble voir plus loin. On sent qu'il a plus d'expérience que moi en la matière. Il m'a appris des choses sur les façons de chatouiller, mais aussi, dans un registre moins pratique, sur la façon avec laquelle je peux faire passer mon fétichisme dans une conversation, en douceur, en limitant les risques d'être pris pour un gros taré. On sent qu'il n'a pas autant de problème que moi à vivre avec ça. »
à ces mots, Coralie se sent un peu mal, car concernée, elle dit alors :
-Moi, je ne t'aurais pas rejeté tu sais ?
-Ouais, comme toutes ces filles qui m'ont dit exactement la même chose, mais qui me regardent avec mépris aujourd'hui – Une certaine haine est palpable dans ces propos.
-Non, sincèrement – Elle pose sa main sur celle de l'adolescent – Je ne trouve pas que ce soit détestable. C'est juste... Bizarre dans un premier temps. Mais en même temps, si tu n'en parles pas, comment veux-tu qu'on comprenne ? »
Alors qu'Hugo s'arrête net, sans rien dire, les yeux toujours rivés vers son ordinateur, Chloé fixe la main des deux jeunes gens, avant de tourner son regard vers son amie. Elle comprend un peu mieux les motivations de Coralie.
Hugo finit par regarder la rousse qui lui sourit, et se veut plus rassurante qu'avant. Il se penche vers elle, elle s'approche, et leurs lèvres entrent en contact. Ils s'embrassent.
Fabien arrive devant l'institut St Jean. Le bâtiment n'est pas très récent, tout en pierres blanches. Autour de chaque fenêtre, dont la moitié disposent également de barreaux, de petits ornements taillés dans la roche donnent au tout une certaine majesté. Une grande grille permet d'accéder au parking des employés. Un gigantesque tilleul est placé au centre, entouré de bancs, mais aussi de cendriers et de poubelles en fer. Tout autour de ce circuit en bitume que peuvent suivre les voitures, des buissons entretenus quotidiennement, des arbustes, d'autres bancs. Fabien voit quelques patients errer, tous entourés de médecins. Certains leur parlent, d'autres les promènent juste. Certains semblent être dans un état second, tenant à peine debout, d'autres marchent sans problème, et semblent être les personnes les plus paisibles qui puissent exister. D'autres encore sont assises sur des bancs, et enfin, certains malades sont en fauteuil roulant, poussés par du personnel médical, mais aussi de la famille.
Ce qui marqua tout de suite l'enquêteur en arrivant, ce sont ces deux patientes quinquagénaires assises à une petite table en pierre, et jouant aux échecs sans se soucier de ce qui les entourent. Elles ressemblent à n'importe quelles femmes se promenant dans un parc avec une amie, pour une petite partie quotidienne. Ce qui touche le jeune homme dans ce tableau, c'est le fait qu'il ne connaisse absolument par les règles des échecs, et qu'il serait bien incapable de rivaliser avec ces deux dames prétendument folles. Il n'ose imaginer les histoires que chacun peut garder en son esprit. Cet institut a la fonction bien précise de s'occuper des personnes ayant subies un traumatisme. Ainsi, ce ne sont que des personnes ayant vécu des événements dramatiques qui se retrouvent en cet endroit, pour ne plus jamais se retrouver seules, ou parce que personne ne peut plus s'occuper d'elles.
Après avoir observé quelques secondes, Fabien finit par avancer dans l'institut. Le style du hall d'entrée est bien sûr, très impersonnel:Des murs blanc, des portes vitrées sur les côtés pour accéder aux différents couloirs. Derrière lesquelles ont distingue des portes coup-feu bien plus lourdes, couleur rouge. Des alarmes incendies placées tous les 10 mètres, des néons blancs le long du plafond. Il s'adresse directement à l'agent d'accueil, une trentenaire aux cheveux blonds et descendant jusqu'aux épaules, habillée en tenue d'infirmière, en train d'écrire sur un papier, tout en regardant régulièrement son moniteur :
« -Bonjour. Je souhaiterais voir mademoiselle Christine Girard je vous prie.
-Vous êtes de la famille ? - Demanda l'employée.
-Non, j'enquête sur ce qui s'est passé.
-Ce qui s'est passé ?
-Eh bien, oui ! -Répondit Fabien, un peu surpris de cette question – Pour le meurtre de sa sœur.
-Attendez une seconde je vous prie – Elle regarda sur son ordinateur pour trouver la chambre de Christine, ainsi que son dossier – Ah, je comprends mieux.
-Euh, attendez, vous ne saviez pas qui c'était quand j'ai dit son nom ?
-Vous savez monsieur, cela fait des années que madame Gi...
-Mademoiselle.
-Pardon. Que mademoiselle Girard est internée ici. Moi, je ne suis ici que depuis quelques mois.
-Ah, je crois que je comprends. En fait, vous demandez à tous les visiteurs quels sont leur lien avec le malade qu'ils viennent voir, c'est ça ?
-C'est ça.
-Bon, eh bien maintenant que c'est fait, auriez-vous l'obligeance de m'indiquer sa chambre s'il vous plaît ?
-Si vous n'êtes pas de la famille, je ne pense pas pouvoir sans en parler à un supérieur.
-écoutez – Dit Fabien en posant les mains à plat sur le bureau, quelque peu excédé – Je connais son nom et son prénom,je ne risque pas de venir lui faire du mal puisque la seule personne à qui elle a peut-être fait du mal n'est autre que sa propre sœur, et que cela fait maintenant des années que ça s'est déroulé. Vous pensez que je suis venu la venger après tant de temps ? Je veux juste discuter avec Christine, lui poser quelques questions. Et de ce que j'en sais, je ne suis pas le premier agent de police à venir lui rendre visite. Donc, puis-je connaître son numéro de chambre sans perdre plus de temps ?
-... D'accord – L'agent d'accueil ne laissa transparaître son agacement, sans doute habituée à garder le contrôle, mais ne semblait pas moins froide et pressée d'en finir avec ce visiteur - Inscrivez juste votre nom sur le registre. C'est la chambre numéro 154, au deuxième étage. Je vais appeler un collègue pour vous accompagner, et vous ouvrir la porte... Bastien !
-Merci beaucoup – Dit-il en remplissant la feuille, alors qu'un jeune homme noir aux cheveux rasée, et portant des lunettes lui indique de le suivre. »
Après avoir monté deux étages, les deux hommes s'engagèrent dans un grand couloir semblable à ceux du rez-de-chaussée. Durant la marche, Fabien constata le silence glacial qui emplissait ce lieu. Soit les murs des chambres étaient capitonnés, soit les patients étaient tous sous calmant. Il n'osa regarder par les petites vitres en plexiglas qui donnent vue sur les chambres. Le duo croisa deux infirmières qui faisaient leur ronde. Bastien finit en déverrouillant la porte de la chambre 154.
Après un petit regard vers son accompagnateur, Fabien pénétra dans la chambre. Bastien resta derrière lui :
« -Excusez-moi, pouvez-vous rester dehors je vous prie ? Je dois parler avec cette demoiselle de choses personnelles. »
Bastien regarda alors le petit dossier accroché sur la porte, le feuilleta, puis releva la tête et répondit :
« -Apparemment, je peux. Je reste dans le couloir. Au moindre problème, ouvrez juste la porte, j'interviendrais immédiatement.
-Je vous remercie. »
Une fois la porte fermée, le silence s'installa dans la chambre. Fabien se retourna alors, et fit le tour des murs : rien. Tout était vide. En revanche, sur un bureau posé contre le mur, une pile de cahiers était disposée, ainsi que plusieurs stylos à bille. Un petit lavabo sur lequel il pouvait distinguer un peu de moisissures, et également quelques petites traces rouge sang, était installé à côté d'un siège de toilettes. Enfin, une douche était disposée dans le coin. Une armoire contenait très probablement les affaires de la patiente. Manifestement, on lui laissait une certaine part d'indépendance.
C'est alors qu'il constata que sa fenêtre était barrée, signe que cette liberté était quand même très relative. Il vit le lit installé dans un coin, qui n'est pratiquement pas visible lorsque la porte est ouverte. Et sur ce lit, il vit Christine : Assise, recroquevillée, adossée contre le mur. Elle fixe Fabien depuis son entrée. Les cheveux longs cachant en partie son visage. Ses yeux sont à peine distinguables entre deux mèches, son petit nez pincé, sa bouche fermée, comme si elle était scellée pour toujours. Elle porte un T-Shirt blanc, ainsi qu'un pantalon descendant jusqu'à recouvrir ses pieds en soquette. Deux pantoufles sont d'ailleurs disposées sous le lit. Et à côté de Christine est posé le livre « L'empire des anges » de Bernard Werber. Ouvert, avec un marque-pages situé environ au milieu de l'ouvrage. Fabien la regarde sans bouger, essayant d'éviter tout mouvement brusque, même si il n'a pas la moindre idée de l'impact que ça aurait. Il est comme face à un animal enragé. Pourtant, cette femme ne semble pas spécialement hostile, juste renfermée sur elle-même.
Ce qui frappa le jeune agent, ce sont les bandages autour de chacun de ses poignets, chacun marqué de rouge, montrant une tentative récente d'en finir. Après quelques instants, Fabien finit par engager la conversation :
« -Christine ?
-...
-Je me nomme Fabien Jung. Je suis détective privé. J'enquête à propos de... Ce qui s'est passé. Vous voulez bien en parler avec moi ?
-... - Elle ne change pas son regard, et cligne à peine des yeux, rendant Fabien mal à l'aise.
-écoutez, j'ai de bonnes raisons de croire que vous êtes innocente. Je veux juste vous aider à tout faire rentrer dans l'ordre.
-... Ahahahah ! »
Christine rit alors de bon cœur pendant plusieurs secondes, devant le regard interrogatif de Fabien, qui se demande ce qu'il a dit de si drôle. Il la laisse rire en paix jusqu'à ce qu'elle s'arrête. Elle passe alors ses mains sur son visage, le frotte, et relève ses cheveux, révélant ainsi un autre bandage sur son cou, dont la blessure semble plus ancienne. Elle respire encore en silence, avant de finalement poser ses mains sur ses genoux :
-Vous voulez dire que vous comptez ramener ma sœur à la vie ? - Son rythme d'élocution est rapide, mais elle articule chaque syllabe avec précision.
-Euh... - Désarçonné par cette question, Fabien n'arrive pas à répondre avant que Christine poursuive.
-Et le temps que j'ai perdu ici ? Vous comptez me le rendre ?
-Je peux juste vous éviter d'en passer davantage.
-Oui, je n'en doute pas, comme l'autre... - Elle regarde sur le côté, visiblement énervée par cette autre personne.
-Vous parlez de l'agent Davidson ?
-De quel autre pensez-vous que je parle à part lui ?! - Elle le fixe à nouveau, bien plus nerveuse. Devant le regard surpris de Fabien, elle recommence à rire aux éclats.
-Je ne sais pas ce qui lui est arrivé, mais je suis sûr qu'il avait une très bonne raison.
-Oh oui, une très, très bonne raison. -Elle acquiesce de la tête, puis se lève, et tout en regardant son interlocuteur, elle se dirige vers son bureau, et ouvre un de ses cahiers. Elle le feuillette, puis le jette sur le bureau, et en prend un autre, qu'elle feuillette à son tour, avant de chercher plus précisément. Puis, elle lit à haute voix à Fabien, qui la regarde faire – Papeete ! Vous savez ce que c'est ?
-Euh, je, non ?
-C'est une ville située en Polynésie française, à Tahiti. C'est ça, sa raison.
-Comment ça ?
-Ah oui, pardon, j'oublie que je m'adresse à un flic, il faut que je répète plusieurs fois les choses pour qu'il comprenne. Alors écoute bien : Agent Davidson, parti, à Tahiti, à Papeete. Toi comprendre moi ?
-Oui bon, ça va – répond Fabien, vexé, bien qu'il comprenne le mépris dont fait preuve cette femme – Mais comment savez-vous que...
-Tu peux me tutoyer aussi, j'ai pas besoin qu'on me rappelle que je vieillis dans cet asile de merde !
-Pardon... - Tout en étant à nouveau mal à l'aise, Fabien se met à penser que cette capacité à le déstabiliser est sans doute génétique, lui qui, généralement, sait garder son calme dans les situations assez délicates, se rend compte ici de son manque d'expérience dans le domaine du social – Comment sais-tu que l'agent Davidson est parti à Tahiti ?
-ça ? Oh, c'est simple, parce qu'il est repassé, tout bêtement. Il est venu, il m'a dit qu'il allait trouver le vrai assassin de ma sœur, il est parti, et il est revenu une semaine plus tard, pour me dire qu'il ne pouvait pas poursuivre, parce qu'il partait à Tahiti. Une mutation. Ahahahahah ! Je crois que j'aurais pu le tuer ! - Affirme-t-elle en souriant montrant au passage la blancheur de ses dents, prouvant qu'elle continue d'avoir une certaine hygiène, et ne se laisse pas aller malgré ses années d'internement.
-Je comprends. Il ne t'a rien dit d'autre ?
-Ooh, mais il n'a pas eu besoin. J'ai compris dans les mois qui ont suivi.
-Comm... Qu'as tu compris ?
-Hmmm, c'est très simple en fait. Ce qui explique absolument tout ne tient qu'en un mot – Christine se relève alors, retourne sur son lit, s'assoit comme lors de l'arrivée de Fabien, retire ses soquettes, révélant de jolis pieds de pointure 39, sans vernis, très fins et jolis naturellement. Elle lève les deux jambes, et tend ses pieds en direction de Fabien, révélant ses plantes de pieds en agitant ses orteils – C'est ça, la raison ! »
L'agent la regarde, intrigué comme jamais, attendant la suite de son explication. Christine ramène ses pieds vers elle, et remet ses soquettes, tout en le regardant :
« -Oh, il veut comprendre ? Réfléchis juste un peu pour changer : C'est pour nos PIEDS qu'on a été enlevé, moi et ma sœur ; pour nos PIEDS qu'elle est morte ; et c'est pour ne pas qu'on le découvre qu'il a payé Davidson.
-Payé ?
-... - Elle penche la tête sur le côté tout en continuant de regarder Fabien - Tu es sûr que tu réfléchis parfois ?
-Attends, je récapitule. Tu penses que la personne qui vous a enlevé avec ta sœur pour vous chatouiller, a payé cet agent pour qu'il arrête l'enquête ? Et qu'il a lâchement accepté, en prenant le premier avion pour Tahiti ? C'est... Incroyablement sensé – Fabien prend la chaise du bureau et s'assoit après l'avoir tourné en direction de Christine, et se laisse tomber dessus, comme s'il s'écroulait.
-C'est incroyablement simple surtout. Ça s'appelle le rasoir D'Ockham.
-Le rasoir de...
-L'explication la plus simple est parfois la bonne. Je pense que même toi, tu peux le comprendre.
-Et toi, tu sais qui pourrait être ton bourreau ?
-Je sais qui c'est. Il n'y a pas de « pourrait être ».
-Vraiment ? - Fabien est accroché aux lèvres de Christine – Tu veux dire que tu sais qui est ce type qui enlève des femmes depuis des décennies ? Tu te fous de moi.
-Oui, c'est ça, je suis dans un hôpital psychiatrique depuis des années, et j'adore me foutre de la gueule des gens qui viennent me voir quand ils prétendent vouloir m'aider, comme ça je suis sûre de rester nourrie et logée.
-Qui c'est alors ?
-Avant, comment puis-je être sûr que tu ne vas pas courir t'installer à Hawaï quand je t'aurai dévoilé son nom et qu'il tentera de t'acheter à ton tour ?
-Mais enfin, je... - Il regarde alors Christine qui a apparemment hâte de connaître son argument. Il sait cependant quoi lui répondre, la même chose qu'il a dit à son père – Je ne suis plus dans la police... J'ai quitté mon poste, et peut-être mis fin à ma carrière, tout ça pour pouvoir résoudre cette affaire... »
Christine le regarde fixement, un sourire se dessine sur son visage, une once d'espoir semble naître. Elle reprend alors :
« -On va peut-être pouvoir discuter dans ce cas. Je savais bien que tu n'étais pas si bête que tu en avais l'air. Enfin, si, tu l'es sûrement, mais tu sembles capable d'aller au bout de ce que tu entreprends. Je veux bien tenter de t'expliquer mon raisonnement dans ce cas. Mais je veux une chose : Tout comme Davidson, je ne veux pas que tu évoques mon nom si jamais tu retrouves cette personne. Je ne veux pas que mon bourreau puisse me retrouver. Ma prétendue folie est peut-être tout ce qui me sépare de la mort.
-Je vois... Je te le promets Christine – Il tend sa main vers elle, qui tend la sienne à son tour. Les deux se serrent la main – Mais j'ai tout de même une question : Si tu n'es pas folle, pourquoi as-tu tenté de te suicider ?
-Je n'ai pas tenté de me suicider, simplement... C'est soit ça, soit la prison...
-Ah, je vois. En tentant de te suicider, on te garde ici comme une dépressive chronique, et après, tu fais comme si tout allait bien jusqu'au moment où on parle de te faire sortir.
-Je préfère les médocs aux abus sexuels. Et je préfère avoir ma chambre individuelle. De plus, ils ne me donnent rien d'abrutissant, je n'ai jamais représenté un danger, je suis juste une « pauvre petite chose fragile ».
-Ton cynisme est... C'est incroyable...
-Disons qu'on m'a bien aidé.
-Ah oui ? »
Après de longues minutes, Fabien sort de la chambre de Christine. Bastien était en train de discuter avec une collègue dans le couloir, il revient pour fermer à clé :
« -ça a duré longtemps, ça s'est bien passé ?
-Mieux que je ne l'aurais pensé.
-ça ne m'étonne pas. Madame Girard n'a jamais été une source de problèmes... Elle a juste tendance à perdre l'envie de vivre. J'ai peur qu'elle reste avec nous jusqu'à la fin.
-Oui, peut-être, c'est bien possible... »
Fabien redescend au rez-de-chaussée, et sort de l'hôpital, en lançant « au revoir » à l'agent d'accueil, alors que quelqu'un d'autre signe la feuille de visite. Après qu'il soit sorti, la personne se redresse, il s'agit de Nikola, habillé d'un pull gris plutôt léger, d'un pantalon type habillé, mais plutôt humble, compte tenu de la richesse du jeune homme, préférant ne pas montrer trop ostensiblement son appartenance à une classe aisée de la population. L'agent d'accueil lui demande :
« -Je n'ai pas besoin de vous indiquer la chambre, j'imagine ?
-Non, ce n'est pas nécessaire. »
Bastien s'approche de lui, et lui serre la main :
« -Ah, bonjour Nikola. Comment allez-vous ?
-Je vais très bien et vous ?
-Très bien aussi, merci. C'est drôle, une autre personne vient de passer voir Christine, mais je ne l'avais jamais vue avant.
-Ah vraiment ? - Demande-t-il en souriant – Son père j'imagine ?
-Non, il est plus jeune que madame...
-Mademoiselle.
-Pardon... Plus jeune que mademoiselle Girard. Il vient de sortir d'ailleurs... »
Nikola regarde dehors, et voit Fabien, de dos, se dirigeant vers l'extérieur :
« -Vous le connaissez ? - Demande Bastien.
-... Non... - Il se tourne de nouveau vers Bastien en souriant - Bon, on y va ? »
Ils suit alors l'infirmier, en tenant un livre sous son bras.
Il est 16h, Matthieu ainsi que Danaëlle et l'agent Julien, sont dans le hall de l'aéroport. Le monde s'agite autour d'eux : Des centaines de personnes marchent à un rythme soutenu pour ne surtout pas arriver en retard afin d'embarquer, les commerçants s'activent pour ne pas retarder leurs clients, les panneaux d'information ne cessent d'annoncer des arrivées, des départs, des retards, une voix féminine relaie les informations en temps réel via les hauts parleurs situés dans toute cette immense salle animée telle une fourmilière.
Ils attendent. Après quelques instants à observer autour d'eux, ils voient qu'un avion en provenance de Londres s'apprête à atterrir sur la piste :
« -Allez, et on y va ! »
Le trio sort, affrontant des bourrasques assez violentes, les décoiffant instantanément. Un imposant Airbus A380 descend du ciel, comme s'il allait s'écraser au sol, sa vitesse est très difficile à évaluer. Après quelques minutes, l'appareil est immobilisé sur la piste, l'escalier mobile arrive, et se met en place. Lorsque la portière s'ouvre enfin, Pénélope Bradfield en sort, portant des lunettes de soleil aux verres opaques, vêtue d'un long manteau gris descendant jusqu'en-dessous de ses genoux, d'un pantalon noir et d'escarpins de la même couleur, révélant en passant une partie du dessus de ses pieds, couverts de collants transparents couleur chair. Elle porte également, pour seul bagage, un sac à main en cuir noir, aux reliures dorées, très chic. Du haut de l'escalier, elle baisse ses lunettes, révélant son regard. Entourée de deux policiers anglais. Il descendent les marches, et l'escortent jusqu'au petit groupe. Matthieu entame la discussion :
« -Alors, on pensait nous échapper madame Pescali ? Ou devrais-je dire : madame Bradfield ? »
Danaëlle se pencha discrètement afin de lui souffler à l'oreille :
-C'est ultra-ringard ça chéri...
-Pardon... – répond-il en tournant la tête vers elle – J'ai pas réussi à m'en empêcher. Cependant, ultra-ringard, c'est très ringard aussi mon cœur. »
Ils l'embarquent dans leur voiture, et la ramènent jusqu'au commissariat, où elle finit par être conduite en salle d'interrogatoire, avec le petit couple, qui compte bien la cuisiner. Il s'agit d'une pièce quasiment vide, peinte en blanc. Avec un miroir sans teint sur un côté pour les spectateurs, une table, une chaise d'un côté, deux de l'autre, une caméra placée dans le coin. Bref, une pièce d'interrogatoire basique. Matthieu prit son courage à deux mains, le dossier de l'assassinat de monsieur Hardy sous le bras. Il s'assit en face d'elle, guettant le moindre mouvement suspect, ou n'importe quelle petite indication de son état de stress. Sans surprise, elle était tranquillement assise, ses lunettes de soleil posées sur la table, son manteau accroché à sa chaise, révélant un pull beige et plutôt chic lui servant de haut. En bonne tueuse de sang froid, elle ne transpirait pas, elle semblait même habituée à ce genre de situation. Dernier signe montrant son état d'esprit détendu : Ses pieds se déchaussant sous sa chaise, posés du bout des orteils sur la pointe de ses escarpins, révélant une paire de pieds de taille 36, vernis de rouge, et prisonniers de ses collants :
« -Alors, êtes vous prête à passer aux..
-William Koch. - Répond-elle immédiatement.
-De quoi ?
-C'est William Koch qui m'a engagé pour tuer Marc Hardy. Vous êtes contents ? »
Un grand silence s'installa dans l'assistance
