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- The serial tickler
- Épisode 15
Histoire ajoutée le
29/04/2012
Épisode ajouté le
09/02/2022
Mise-à-jour le
09/02/2022
15.
Un grand silence s'installa entre les deux policiers, Fabien perdit son sourire, il semblait maintenant juste calme, stoïque, mais pas loin de l'explosion, il regardait à nouveau le commissaire répondre aux questions, alors qu'Abygaëlle l'observait du coin de l'oeil :
« -Vous serez seul sur cette affaire, en tout cas vous ne serez pas avec Matthieu. Je ne veux pas prendre le risque qu'il se mette à nouveau en tête de faire de cette affaire quelque chose d'officiel. Donc vous travaillerez là-dessus si vous le souhaitez, mais quoi qu'il arrive, vous en gardez le dossier complet, chez vous. Si jamais j'entends parler de cette affaire de quelque manière que ce soit, de votre bouche ou d'une autre, je prendrai les mesures nécessaires à votre encontre.
-Le commissaire n'est pas d'accord avec vous, pour que vous me proposiez quelque chose comme ça ?
-Le commissaire est à la retraite dans moins de deux semaines, il en a rien à foutre maintenant. Cette affaire de tentative de meurtre va lui permettre de finir sa carrière de bien belle manière, il n'aura pas à s'occuper de tout cela. Moi, si.
-Oui, mais vous n'êtes pas encore commissaire madame Phidias. Je n'ai pas encore de comptes à vous rendre. – il commença à s'avancer vers ses collègues, l'air de rien, sûr de lui, alors qu'Abygaëlle semblait outrée par cette dernière phrase.
-... Pas encore, comme tu dis... »
Matthieu discutait avec l'agent Grosjean, il s'agissait d'une jeune femme de 25 ans très séduisante, les cheveux courts et noirs, un regard craquant, naturelle, très souriante :
« -Danaëlle, je crois vraiment que j'en ai fait une.
-Vraiment ? - Elle pris un ton rassurant - T'en fais pas, on est tous un peu paniqués, c'est tellement rare qu'il se passe quelque chose ici.
-Oui, mais là, j'en ai vraiment fait une, et j'aurais besoin que tu me réconfortes par des paroles sympas. Et comme à part toi, tous les autres agents ont une gueule à faire peur...
-Je te comprends, mis à part deux ou trois spécimens rares, notre commissariat est un vrai défilé d'épouvantails. Et tu as fait quoi ?
-En fait, j'ai bien peur d'avoir laissé s'échapper un suspect...
Surprise, elle le fixa :
-Sans déconner ? Ce matin ?
-Oui... Une femme qui m'a menti sur son identité, elle s'est enfuie sans que je m'en aperçoive.
-Attends, tu n'as pas demandé à voir sa carte d'identité ?
-Elle allait chercher une carte quand elle a filé à l'anglaise.
-D'accord, et tu n'as pas tout de suite prit ton talkie-w alkie pour avertir les unités à proximité ?
-Bon écoute, j'ai paniqué ! Je n'ai vu aucune voiture ni rien, je ne sais même pas si elle en avait une. Je compte bien faire un portrait robot pour qu'on lance un avis de recherche mais sinon je me sens très con. Mais je n'avais aucun moyen de m'en douter, c'est une bonne actrice...
-... Alors attends, que je trouve comment te rassurer après ta bévue... - Elle prit un air pensif pendant quelques secondes, alors que Matthieu gardait la tête baissée -... Non, franchement, je ne trouve pas, je te dirai dans la journée si j'ai une idée.
-D'accord... Sinon, peut-être qu'on pourrait boire un coup ensemble ce soir, et là si tu trouves tu me diras ?
-Oui, ça peut être une idée... - Elle le regarde du coin de l'oeil, il ne semble pas trop y croire, elle finit par poser sa main sur l'épaule de Matthieu – Je déconne Matthieu, ça serait avec plaisir.
-Cool – Il la regarda timidement et retrouva un semblant de sourire – On se rejoindra à la fin de la journée. »
Exceptés l'équipe scientifique et deux agents chargés de veiller à ce que personne ne pollue la scène de crime, tout le monde retourna au commissariat. Une fois arrivé, Matthieu alla directement au service informatique pour réaliser un portait robot. Une fois que ce fut fait, il se dirigea vers le bureau du commissaire avec une photocopie, ainsi que son rapport, lorsqu'il eut l'autorisation d'entrer, il déclara :
« -Monsieur le commissaire, voici mon rapport sur l'enquête.
-Justement, je vous cherchais Matthieu. Un des gars de la scientifique m'a dit que vous aviez conseillé de vérifier une maison à vendre ?
-Oui monsieur Bauer, il se trouve que monsieur Vignerau, que j'ai interrogé, a vu un individu suspect dans cette maison ce matin, après le coup de feu, lorsqu'il est sorti pour voir ce qui se passait.
-Ah, vraiment ? Intéressant.
-Ce même brave homme a accepté de venir pour faire un portait robot de la personne en question, constatez par vous-même – Tout en disant cela, il tend la feuille du portait robot au commissaire, qui regarde attentivement avec Abygaëlle.
-Il est sûr de lui ? Il l'a bien vu ?
-D'après lui, elle ressemble à peu près à cela. Moi, ce profil ne me dit rien, et vous ?
-Non, je l'avoue, et vous madame Phidias ?
-Non monsieur le commissaire.
-En tout cas c'est une piste ! J'imagine que vous avez fait faire d'autres photocopies pour que tout le monde la voit bien ?
-Bien sûr monsieur.
-Bien, béni soit ce cher monsieur Vignerau ! - La joie se lisait sans mal sur le visage de Daniel – Grâce à lui, nous allons pouvoir avancer, mais aussi grâce à vous. Matthieu, je sais que vous souhaitiez me présenter une affaire ce matin, mais voulez-vous prendre de l'importance sur cette enquête ?
-Avec grand plaisir monsieur Bauer – un grand sourire se dessinait sur le visage du jeune agent.
-Très bien, alors c'est fait. Vous êtes en charge de cette affaire, ne me le faites pas regretter. Je sais que vous êtes jeune et qu'on est pas habitués à ce genre de cas, mais si vous gérez de façon professionnelle la pression et les pièces en votre possession, vous ne le regretterez pas.
-Merci beaucoup monsieur le commissaire !
-Bien, sinon, pourriez-vous me rapporter aussi ce fameux porte-document et votre lettre sur cette fameuse affaire classée pour que je vois tout ça ?
-Oui bien sûr – Il se retourna pour partir et s'arrêta devant la porte – Je ne l'avais pas laissé dans votre bureau tout à l'heure ?
-En tout cas il n'y est pas.
-Ah, très bien, je vais chercher tout ça alors... »
Il partit sans se retourner, Abygaëlle ne le lâchait pas des yeux, elle ne laissait rien paraître. Hugo alla jusqu'à son bureau, et vit que le dossier n'y était pas. Il eu un petit temps de panique durant lequel il craignit que quelqu'un lui ai dérobé le dossier et la lettre. Il commença à chercher partout dans son bureau, sans grand espoir. Au bout de quelques minutes, il se dit :
« Non, je n'ai pas eu le temps de le ranger, j'ai juste pris mon arme, rien d'autre. Abygaëlle me l'a sûrement volé... Je dois la coincer... »
Il fit un mouvement en direction de la porte, fit quelques pas et s'arrêta, avec un air pensif :
« … Non. Je suis enfin sur une affaire intéressante et très importante, je ne vais pas risquer de la perdre pour ça quand même. Je ferais mieux de me concentrer sur « Louise Pescali », cette affaire pourrait me faire monter en grade... »
C'est alors que quelqu'un tapa à la porte, Matthieu répondit « Entrez ! » Un vieil homme ouvrit timidement la porte et dit :
«- Bonjour monsieur l'agent, je suis bien au bureau des plaintes ?
Le policier eut un sourire en coin, et se dit « Je ferais mieux de penser à ma carrière, le serial tickler n'est rien... » Il regarda le vieil homme en face et lui répondit fièrement :
-Non, monsieur, plus maintenant. Plus ici en tout cas, mon collègue à côté en revanche, s'occupera de vous, suivez-moi, je vais vous y conduire.
-Vous êtes bien aimable monsieur l'agent. »
Fabien était dans son bureau, le regard posé sur son écran d'ordinateur, il écrivait avec un grand sérieux, le dossier marqué d'un X blanc était posé à côté de lui. Après de multiples vérifications de l'orthographe et de la syntaxe, il imprima en double. Puis, il sortit de son bureau, et alla jusqu'au bureau du commissaire, alors qu'il était pratiquement midi. Il frappa à la porte, lorsque le commissaire lui dit d'entrer, il se présenta poliment, Abygaëlle le regardait en souriant, certaine que c'était lui qui avait emporté le dossier et qu'il avait fini par l'écouter :
-Ah, agent Jung, que puis-je pour vous ? Du nouveau sur l'affaire Hardy ?
-Non monsieur le commissaire, je suis juste venu pour poser ma démission.
La réaction de Daniel et d'Abygaëlle fut immédiate, ils le regardèrent, choqués par cette déclaration. Après quelques secondes, le commissaire demanda :
-Vraiment ? Aussi soudainement ? Que se passe-t-il ?
-Je ne me sens plus à ma place ici, je préfèrerais quitter l'uniforme un temps, me ressourcer.
-Vous ne préfèreriez pas des congés à la place, plutôt ?
-Non, merci monsieur le commissaire, j'ai besoin de quitter un peu tout ça, je suis désolé. Je vous souhaite une bonne journée. »
Il laissa sa lettre, sa plaque, son arme de fonction, et partit. Daniel et Abygaëlle se regardèrent brièvement, puis le commissaire rangea tout cela dans son tiroir.
Fabien se dirigea vers son casier, il se changea, prépara tout son paquetage, quelques collègues vinrent à sa rencontre pour lui demander ce qu'il faisait, et pourquoi, il ne répondit que « J'ai besoin de changer d'air ». il ne croisa pas Matthieu, il sortit directement, et repartit chez lui en voiture, le dossier du serial tickler dans un carton contenant toutes ses affaires.
Pendant ce temps, Hugo était sur son ordinateur, en train de discuter sur internet, sur un forum fétichiste. Un autre membre lui envoyait des messages privés auxquels il répondait, toute une discussion était enregistrée dans la boîte de réception de l'adolescent. Sur le dernier message reçu, on pouvait lire ceci :
« Envoyé par Stan à 11h47 :
Très jolies photos, j'ai pour ma part d'excellentes vidéos, cela t'intéresserait de les voir ? Je suis prêt à te les montrer, si tu me prouves que tu es prêt pour ça... »
Intrigué, Hugo répondit :
« Prêt ? Que veux-tu dire par là ? Je suis prêt à voir des vidéos de chatouilles amateurs oui, si c'est ça la question. »
Après quelques minutes, une réponse arriva, alors qu'on entendait une voix féminine crier :
«- Tu viens manger Hugo ?!
Il lut le message rapidement, un peu étonné de la réponse, il tapa vite fait :
« à voir. On en reparle une prochaine fois. »
Il éteignit l'ordinateur, et sortit de sa chambre.
L'après-midi, Matthieu était dans son bureau et attendait des nouvelles de l'équipe scientifique, il reçut alors un appel du bureau de Bauer :
« -Agent Rousseau, Marc Hardy est décédé... Outre le côté tragique que cela implique, vous ne pourrez pas savoir ce qu'il a vu. Il va falloir trouver autre chose...
-Ah... - La nouvelle attrista l'agent – Merci de me prévenir commissaire, j'espère que la police scientifique trouvera de quoi nous aider.
-Oui. Faites-moi un rapport quand vous en saurez plus. »
En milieu d'après-midi, il alla au labo après avoir reçu l'appel qu'il attendait. Il fut accueilli par un des agents qu'il avait rencontré le matin même, un homme noir, costaud, à l'air sérieux, il s'approcha du jeune homme en lui serrant la main :
« -Agent Rousseau, c'est ça ? Ainsi, vous êtes enquêteur sur cette affaire ? Belle promotion en vue, si je ne m'abuse ?
-En effet. Je me nomme Matthieu. Et vous ?
-Eh bien, si le terme « Rat de labo » ne vous suffit pas, vous pouvez m'appeler Marc.
-Ah, comme notre victime. À ce propos, vous m'avez appelé, pour ?
-... Suivez-moi. »
Les deux hommes passèrent deux énormes portes battante, et arrivèrent dans une grande salle remplie de microscopes, d'ordinateurs de matériel scientifique en tout genre. Les deux autres agents étaient là aussi, occupés à faire diverses analyses. Marc commença un résumé des faits, écouté attentivement par Matthieu :
« -En fait, nous n'avons pas trouvé grand chose sur la scène de crime, nous avons ici à faire à des professionnels, l'hypothèse du tueur à gages est même plus que plausible.
-Pas si pro que ça, nous avons un portrait robot en stock.
-Ah vraiment ? Autant pour moi alors. Cependant, vous avez intérêt à ne pas vous tromper, vu qu'il n'y a ici aucune preuve matériel pour l'instant, mis à part cette balle que le chirurgien a pu extraire de Marc Hardy en fin de matinée, avant qu'il ne nous lâche entre les doigts. Je suis venu après pour la reprendre au légiste. Il s'en est vu, cette saloperie s'était éparpillée partout dans le corps de monsieur Hardy. À vrai dire, il reste encore quelques morceaux plantés à l'heure qu'il est, mais je suppose qu'il s'en fiche à présent.
-Sûrement...
-J'espère pour lui en tout cas, sinon il risque de nous en vouloir. Bref, la balle en question ne provient ni plus ni moins que d'une arme réglementaire de la police.
-Vraiment ?! - Matthieu fut clairement choqué par cette annonce inattendue, il reprit ses esprit alors que Marc continuait ses révélations
-Il n'y a aucun doute. Après, est-ce juste le même modèle, ou un flic ripou, ou quelqu'un qui a volé ce flingue au policier en question, mystère et boule de gomme. Mais vous pouvez cibler davantage les recherches, en plus de votre portrait robot, et de savoir qui avait intérêt à ce que ce projet qu'avait monsieur Hardy dans les mains avant son meurtre reste secret.
-En effet... Le dossier a été volé, la famille ne sait pas de quoi il s'agit...
-Ouais, un beau merdier en somme. Je vous souhaite bonne chance pour vous en dépatouiller. Cependant, nos analyses ne sont pas finies, je vous tiens au courant si j'ai du nouveau.
-Bien, merci Marc...
-à la revoyure Matthieu. »
En sortant, Matthieu fit semblant de rien, mais mille questions de bousculaient dans sa tête. L'affaire du serial tickler avait complètement quitté son esprit pour ce meurtre qui pourrait bien avoir des proportions inattendues.
Nous revoici à Nissac, Nikola est en train de siroter un verre de grenadine tranquillement à la terrasse d'un café, profitant du bon air. Habillé en costard cravate, très élégant, avec des lunettes de soleil cachant complètement son regard, il ne semble pas accorder grand intérêt à ce qui se passe autour de lui, une ambiance très typique avec des clients de tous les âges l'entourent, la plupart ne s'occupent pas de la présence du jeune homme, exceptées trois jeune filles assises à une table un peu plus loin et l'admirant. Il reçoit tout à coup un sms, avec marqué « Marc Hardy est mort ». Il range son portable, finit de siroter son verre, et lorsqu'il paie son addition, il rajoute un gros billet en disant tout simplement « Pour payer les consommations de la table avec les trois jeunes filles. », il sort un autre gros billet et conclut « Pour le pourboire. ». Sans attendre le merci du serveur, il repart tranquillement. Tout en marchant, il ressort son portable.
Il roule dans une voiture luxueuse jusqu'à une grande maison située dans un quartier propre et chic. Puis disparaît derrière le portail électrique.
Pendant ce temps, Fabien, chez lui, est concentré sur la lecture des documents qu'il a en sa possession. Il a un regard un peu vide, il semble réfléchir aux choix qu'il a fait dans la journée, et à ce qui l'attend après cela. Peut-être a-t-il commis une erreur. Privilégier cette affaire dont personne ne veut entendre parler plutôt que se concentrer sur sa carrière pourrait lui être préjudiciable toute sa vie, surtout si il n'arrive pas à en voir le bout. Il doit à présent se mettre à fond dedans, et résoudre cette affaire le plus tôt possible. Il repense tout à coup à Hugo, à ce qu'il l'a vu faire. Brusquement, il se relève, range ses papiers dans son dossier, et sort précipitamment de chez lui après s'être quand même emparé de son manteau et de ses clés. Il roule jusqu'à la maison d'Hugo. Il est pratiquement 17h.
Hugo a passé l'après-midi sur son ordinateur, a écrire au fameux Stan. Il a un dossier complet rempli de vidéos où des jeunes filles se font chatouiller les pieds. Toutes d'une durée conséquentes, tournées dans des lieux différents. Il est choqué par ce qu'il voit, il parle en ce moment au serial tickler, celui qui lui a rendu la vie si compliquée depuis quelques temps. Stan lui propose d'être lui-même acteur de ces vidéos, en étant le bourreau d'une prochaine jeune fille. Bien qu'étant habité par une grande rancoeur à propos de son interlocuteur, l'excitation ressentie en voyant ces vidéos donne à l'offre un côté très tentant. Il réfléchit longuement. Il a vu une dizaine de vidéos, aucune ne montre une élève du lycée. Il se décide à écrire :
« Je veux bien essayer, mais je ne veux pas qu'on me voit dans la vidéo qui sera tournée, je ne veux pas devenir un criminel. »
La réponse ne se fait pas attendre :
« Tu en seras un de par ton acte, le fait qu'on ne te voit pas dépendra uniquement de ton talent à éviter d'être dans le cadre. Je peux juste te garantir que si tu fais comme je te le dis, jamais on ne te retrouvera, tu ne seras jamais inquiété. Tu seras un bourreau parmi d'autres. »
Hugo rétorque alors :
« Comment peux-tu être sûr que je ne vais pas te dénoncer à la police ? »
C'est alors qu'il entend qu'on sonne à la porte, il va ouvrir après avoir envoyé son message et pris soin d'éteindre son écran. Fabien se présente à lui :
« -Bonjour, Hugo Levy ?
-Oui, et vous qui êtes-vous ?
-Je me nomme Fabien Jung, je suis de la police de Leglade, j'aimerais te poser quelques questions à propos d'une enquête que je mène...
à ces mots, Hugo sentit de grandes sueurs froides à travers tout son corps, bien que n'étant pas encore sûr de ce dont il s'agit, la peur l'envahit. Il laisse quand même entrer Fabien, le dossier au X blanc sous le bras, qui reste très professionnel. Ils s'installent dans le salon. Fabien débute très calmement, Hugo n'ose pas trop le regarder dans les yeux, il est aussi intrigué par le dossier qu'il porte :
-Je peux entrer ?
-Bien sur monsieur l'agent, je vous en prie... »
Hugo ferme la porte derrière Fabien, et l'emmène dans un salon décoré très simplement, des rideaux, quelques tableaux au mur, des photos de famille, différents objets provenant de différents voyages, etc... Très classique, Fabien s'installe dans un grand canapé blanc, et pose son dossier sur la table basse en verre en face de lui. Hugo s'intalle en face de lui, dans un fauteuil en cuir, et regarde le policier qui prépare ses questions en silence. Des voitures passent régulièrement devant la maison, et créent un fond sonore constant :
-Bien, avant de débuter, je tiens à te dire que... - Il regarde alors autour de lui, un peu surpris – Au fait, tu es seul ? Tes parents ne sont pas là ?
-Ils travaillent – répond-il, les yeux baissés.
-Ah oui, autant pour moi, reprenons – Après un bref raclement de gorge – Donc, avant de commencer, je souhaiterais te dire que nous te connaissons, pour ne rien te cacher, je t'ai même surveillé à une époque...
En entendant cela, Hugo fait soudain de grand yeux en direction du policier, il se remémore immédiatement la voiture postée devant chez lui et le suivant le jour où il est parti avec Angélique au parc de Mengué. Il ne répond rien et laisse Fabien exposer tranquillement la raison de sa présence :
-... Je suis ici concernant une affaire qui te concerne indirectement, il s'agit du Serial Tickler. Il se trouve que cela fait plusieurs années qu'il torture des femmes de différents âges. Aujourd'hui, il semble se concentrer sur les adolescentes de ton âge. Connaissant ton fétichisme, nous...
-à ce propos monsieur l'agent – le coupe Hugo – Comment se fait-il que vous soyez si bien informé à mon sujet ?
-Eh bien, malheureusement, je n'ai pas le droit de te le dire... Et de toute façon, lors de ma filature, j'ai pu confirmer tes penchants.
-Oui, au parc de Mengué avec Angélique Vallet, n'est-ce pas ?
Pris de cours, le visage de Fabien prit une expression étonnée. Il lui demanda :
-Tu m'avais donc vu ?
-Entre nous – répondit Hugo dans un soudain regain de confiance – Entre le coup de la voiture ultra-voyante, le coup de l'annuaire, et le coup de se garer derrière un cabanon comme si cela vous cachait, je ne suis pas sûr que vous soyez un grand habitué de ce genre d'exercice.
Fabien eu un sourire un peu gêné, et répondit amusé :
-Disons qu'on a un peu fait tout ça à l'arrache...
-Franchement, je me demandais ce que vous me vouliez, tout ça c'est en rapport avec le serial tickler alors ?
-Oui, nous pataugeons pour l'instant, je m'étais dit que tu serais peut-être en mesure de nous aider.
-Je déteste ce type, ses pratiques, c'est pas ça le fétichisme pour moi.
-Vraiment ? Pourtant, il est... Comme toi.
-ça va pas ? - Répondit Hugo, vexé - Jamais de la vie ! Ce taré qui enlève des femmes pour les torturer comme ça ? J'avoue que j'ai des penchants équivalents et que ce qu'il fait a un côté tentant, mais jamais je ne m'abaisserais à faire ça, c'est là toute la différence ! On a rien en commun lui et moi.
-Donc, tu ne l'aimes pas ?
-Je vais vous dire, dans cette communauté, il y a différents types de personnes : Ceux qui se fondent dans la masse, et qui n'ont pas cédé à leurs bas instincts comme un piètre violeur ou autre criminel de bas étage. Jamais les gens comme ça ne feront ce qui leur plait contre l'avis de la personne qu'ils visent ; ensuite il y a ceux qui aiment bien se laisser un peu tenter, mais qui ne feront rien contre l'avis de la personne là encore. Ici, il s'agit de chatouilles, ce second type de personne aura plutôt tendance à être très insistant pour parvenir à leurs fins, voire même contre l'avis de la personne qui les intéresse, ils se feront un petit plaisir, mais rien de criminel jusque là, voyez-vous ?
-Oui, je te suis, continue...
-Enfin, il y a la troisième catégorie, remplie des pires tarés, qui ne vivent que pour ça parce qu'ils ne sont pas foutus de faire autre chose de leur vie, ils passent leur journée sur leur ordinateur à regarder des sites de fétichisme, un paquet de mouchoirs toujours à portée, et n'hésitent pas à fantasmer sur les pieds de femmes de leur âge ou de petites filles. Quand ils ont un boulot, ils passent leur journée à penser à cela. Et pour peu qu'ils aient une femme ou qu'ils soient membres d'un petit club sordide, la frustration d'être coincé au travail en journée fait qu'ils se montrent sans pitié quand ils ont l'occasion de céder à leurs pulsions primaires !
Tout en l'écoutant, et en notant quelques mots, Fabien sentait l'énervement profond et la franchise dans la voix du jeune homme, qui semblait bien connaître son sujet. Il laissa s'écouler quelques secondes, le temps de finir d'écrire, avant d'enchaîner :
-Tu as l'air de détester une bonne partie de la communauté dont tu fais partie.
-...
-Si tu veux, on peut faire une pause ?
-... Je vais me servir un jus de fruits, vous en voulez ? - demanda-t-il, la tête baissée, toujours assis.
-Volontiers Hugo.
-Je reviens. »
Alors qu'Hugo sortait de la pièce, Fabien continuait de prendre des notes :
« Le suspect semble vouer une haine sincère envers le Serial Tickler, sa culpabilité semble de moins en moins acquise, il pourrait peut-être même servir d'indic, tout comme Angélique Vallet. Son statut de fétichiste des pieds féminins pourrait lui permettre d'entrer en contact directement avec le Serial Tickler, et ainsi de disposer de nouvelles pistes à explorer. »
à peine eut-il fini qu'Hugo revenait avec deux verres remplis de jus de fruits. Chacun bu un peu de son côté. Quelques minutes s'écoulèrent sans qu'un seul des deux hommes ne prononce le moindre mot. Hugo finit par reprendre la discussion :
« -Ce genre de type me dégoûte. Ils transforment ce que je vois comme un plaisir en une perversion. C'est pas que j'ai jamais été tenté de chatouiller une fille vraiment beaucoup, mais quand elle me demande d'arrêter, j'arrête, je ne peux pas continuer si elle ne veut pas, tout simplement. Ça s'apparente trop à du viol pour moi. Il n'y a qu'avec Angélique que j'ai pu vraiment me faire plaisir, elle était entièrement d'accord pour tout. Il m'était arrivé avant de la taquiner, comme chacun a déjà fait dans sa vie. Mais jamais je n'étais allé plus loin. Pour moi, le fétichisme c'est ça, ce ne sont pas des histoires de domination, de money slave, de plaisir personnel au détriment de la liberté d'autrui.
-Oula, tu me parles de termes que je ne maitrise pas là. Qu'entends-tu par money slave ?
-C'est encore autre chose. En gros, c'est des soumis qui prennent du plaisir à être aux pieds d'une dominatrice, et de lui payer des trucs. Ici, le plaisir est partagé, mais ce n'est pas mon truc, pour moi c'est juste du BDSM tout ça.
-Du ?
-Euh, en gros du sado-masochisme.
-Ah oui.
-C'est comme toutes ces histoires de X, Y, hogtie, etc...
-Quoi ?
-Pardon, en fait il s'agit de différentes façons d'attacher une personne.
-Ah...
-Enfin bref, le serial tickler, sans le vouloir je pense, m'a pourri la vie. Donc je ne suis pas prêt de l'apprécier.
-Et, as-tu déjà été en contact avec lui ?
Hugo hésitait à en parler, pour en rester à son idée de début, il répondit simplement :
-Non.
-D'accord, parce que si il fréquentait un des sites dont tu es membre, tu pourrais peut-être te renseigner pour le trouver ?
-Vous me demandez quoi ? D'être une taupe ?
-Grosso modo, oui. Moi, je ne saurais pas être crédible dans ce rôle. Il y a trop de termes à la con. Les langages hermétiques, ce n'est pas mon truc.
-Ah...
-En gros, je te propose de nous aider à rétablir l'ordre, et à montrer aux gens que tu n'es pas comme ça.
-Vous savez, quand une idée est entrée dans les mœurs, c'est difficile de la faire sortir. Ma meilleure chance serait de changer de coin pour tomber sur des gens qui n'ont pas encore de préjugés, ou qui savent ne pas faire de généralité.
-Tu marques un point. Mais accepterais-tu de nous aider malgré tout ?
Hugo commença à réfléchir en silence, Fabien le laissait prendre son temps, en finissant son verre. Il avait noté les termes utilisés par le jeune homme. Il ne put s'empêcher de lui demander :
-Tu n'es pas obligé de me répondre mais, depuis quand es-tu comme ça ?
-C'est intéressant pour l'enquête ?
-Non, c'est juste... Pour savoir. Avant cette enquête, je ne savais vraiment pas grand chose sur le milieu fétichiste, je savais de quoi il s'agissait bien sûr mais c'est tout. Même les meurtriers fétichistes des pieds, c'est plutôt rare d'après ce que je sais, dans cette région en tout cas.
-Il y en a eu d'autres ?
-Oula, bien plus que tu ne le penses, et des bien plus méchants. Tu n'as jamais entendu parler de ce type qui découpait les pieds de ses victimes par exemple ? Il y a ceux qui déterrent les corps entiers, lui, il se contentait de garder les pieds dans des sacs, et les ressortait de temps en temps pour...
-Oui je vois ! - Le coupa Hugo. Alors que le silence s'installait à nouveau, il eu soudain une question – Au fait, j'y pense, vous avez votre plaque ? Vous ne me l'avez pas montré en entrant.
Fabien fut tout d'un coup très gêné, et chercha ses mots quelques secondes, le temps qu'Hugo commence à comprendre :
-C'est pour ça que vous me proposez de faire la taupe alors ? En fait, vous n'êtes même plus flic !
-Euh... - Tout en agitant ses jambes et ses bras – Déjà, je vais te reprendre sur ton langage, on dit plutôt policier, agent de police ou un truc du genre. Et ensuite, disons que je me suis lancé dans le privé.
-Hinhin, je vois. En fait je vous ai fait entrer mais j'aurais carrément pu vous claquer la porte au nez, ça n'aurait eu aucune conséquence ?
-Mise à part une profonde antipathie à ton égard...
-Vous savez, je suis bien sur déjà inscrit sur des sites fétichistes, si jamais le serial tickler est parmi les membres d'un de ces forums, je vous en ferais part immédiatement, et vous me direz quoi faire.
-Alors tu acceptes ?
-Oui, à cause de ce fumier, je suis comparé à un gros taré par les filles du bahut qui connaissent plus ou moins mon secret, et ça commence sérieusement à me gonfler.
-Je comprends, je vais te laisser mon numéro alors.
-ça me va. Vous pouvez m'en dire plus sur l'enquête ? Vous avez des pistes ?
-Malheureusement non. Tout ce que je sais, c'est qu'il agit en toute impunité encore aujourd'hui. Si on réussit à le coincer, tu n'imagines pas. Son nombre de victimes est de plusieurs milliers, et de tous les policiers qui ont pu enquêter dessus, personne ne l'a coincé, la conséquence de son arrestation serait vraiment le point culminant de ma carrière et pour toi ça serait d'être un héros, mais aussi de redorer le blason des fétichistes, ça serait cool, non ?
Hugo regarde Fabien avec un air désabusé, avant de répondre :
-J'en ai à peu près rien à faire des fétichistes moi, je veux juste qu'on ne me prenne plus pour un taré.
-... C'est cool aussi. Bon, merci pour ton aide en tout cas, je compte sur toi, tu es en vacances là je crois, essaie de faire quelques recherches sur ces forums, ça m'étonnerait qu'il poste ses vidéos sur le net mais bon, il peut en parler.
-Très bien, je vous appelle au besoin, merci monsieur l'agent.
-Appelle-moi Fabien, c'est plus simple. »
Après avoir donné son numéro à l'adolescent, Fabien sort de la maison plus motivé qu'en arrivant, persuadé que l'aide d'Hugo pourra être décisive dans la capture du Serial Tickler.
Hugo remonta dans sa chambre, ralluma son écran d'ordinateur, et vit un nouveau message reçu de « Stan », dans lequel il n'y avait marqué que :
« Je le sais, au fond, tu es comme moi. »
Le soir, Coralie reçut un appel :
« -Allô ?
-Coralie ? Dit une voix en pleurs
-Chloée ?! Mais qu'est-ce qui se passe ?
-Je me suis faite enlevée !
-Quoi ?
-C'est lui, le serial tickler, il m'a enlevé !
-Attends, mais où es-tu là ?
-Chez moi, c'était horrible, il m'ont attaché, et ils m'ont...
-Attends, tu veux venir dormir ? On en parlera mieux d'accord ?
-Oui, d'accord... Je fais mon sac, j'arrive... »
