Histoire : The serial tickler (Épisode 21)

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The Serial Tickler - Chapitre 21 (FIN)

21.


Fabien était dans sa voiture, concentré, il songeait aux informations capitales qu'il venait de récolter. Garé en face de la demeure de monsieur Koch, il se demandait comment appréhender un tel homme, et quelles difficultés il risquait de rencontrer pour y parvenir. L'intérieur de sa voiture était négligé. Contrairement à Matthieu, Fabien avait ce côté relax, et se plaisait davantage à vivre dans un certain bordel, dans lequel il avait la sensation de s'y retrouver beaucoup plus simplement que si tout était parfaitement rangé. C'est ainsi que la moquette grise de son véhicule était parsemée de miettes, de petits emballages de sucreries, mais également de petites tâches de sodas bien difficiles à nettoyer.

Une odeur de fast food flottait, indiquant le passage au drive qu'avait fait Fabien avant de se rendre ici. Ses sièges, bien que globalement plus propres, n'étaient pas dénués de quelques traces de boissons et nourriture que l'agent avait négligemment consommé dans l'habitacle de sa voiture à diverses occasions. Paradoxalement, son costume était généralement impeccable et bien repassé, même si ses habitudes alimentaires le rendaient plus sujet aux petites tâches que Matthieu, bien plus maniaque. Sa veste était couchée sur les sièges arrière, avec un soin dénotant au milieu de tous ces déchets.

La raison est que Fabien était fier de pouvoir se vêtir ainsi, il avait travaillé dur pour cela. Et tout comme le cinéma l'avait fait rêvé en lui présentant des agents plus propres sur eux les uns que les autres, il avait cette image qui lui restait dans la tête, celle d'un professionnel dont l'apparence reflétait son sérieux. L'image, voilà quelque chose qui lui semblait primordial dans son métier, qu'il s'agisse d'être agent de police, ou détective privé. Il avait atteint ses objectifs, et bien que la réalité se soit révélée bien fade en comparaison du fantasme qui l'avait animé si longtemps, il était parvenu à devenir cet agent de l'ombre, enquêtant en marge des autres, d'une manière différente, sans les impératifs horaires, sans toute cette paperasserie qui n'en finissait jamais de se démultiplier pour un lacet défait. Son heure était venue. Bien qu'être un policier lambda lui ait ouvert la voie dans cette recherche, il pouvait se targuer d'avoir mené son investigation indépendamment du circuit officiel. Et il était là, en face de la maison d'une des plus grandes fortunes du pays, prêt à frapper un grand coup en se présentant devant un millionnaire connu de tous, un grand gérant d'entreprise qui était parti de peu, pour atteindre les sommets. Un homme accompli, mais dont les vices vont précipiter la chute...

Quelque part, un certain sentiment de culpabilité le gagnait. Peut-être cet homme avait-il, dans le fond, contre-balancé la plupart de ses crimes ? Non, ce n'est pas comme cela qu'il faut raisonner ! Il y a eu au moins une morte, mais peut-être plus. Des dizaines de femmes ont été traumatisées par ses mauvais traitements, des adolescentes ont été torturées, alors que lui-même est un senior. Il a peut-être fait de très bonnes choses, mais le prix qu'ont payé certaines est bien plus grave que tout ce qu'il a pu accomplir !

Au même moment , la voiture de fonction de Matthieu, accompagné de Danaëlle, arriva à l'entreprise de William. Une tour de plusieurs étages de haut, flambant neuve, bien que datant de quelques décennies, grâce à l'entretien irréprochable qu'exigeait son propriétaire, afin que son image de marque apparaisse évidente au moindre visiteur, au moindre passant, à toute personne qui ne connaîtrait pas encore son nom, et qui pourrait se dire que cette immeuble est celui d'un homme qui a réussi, un modèle pour les autres.

Ils arrivèrent assez rapidement jusqu'à l'étage occupé par le patron. C'est avec une certaine boule au ventre que Matthieu et Danaëlle se faufilaient le long des interminables couloirs de l'entreprise, s'orientant assez aisément grâce aux panneaux indicatifs disposés un peu partout. Ils croisèrent de nombreux cadres en costumes, en train de s'affairer dans tous les sens. N'étant jamais entrés dans pareil immeuble, ils n'auraient pas su dire si cette agitation était normale. Les bruits de pas sur le sol étaient innombrables, plus ou moins précipités. Personne ne prêtait attention à ces visiteurs. Il arrivèrent enfin devant le bureau de monsieur Koch. Son nom était bien sûr gravé sur sa porte, en or, souligné de l'appellation « PDG »pour ceux qui auraient eu l'outrecuidance de l'ignorer.

Derrière, on entendait le directeur parler. Matthieu finit par frapper à la porte. C'est sans attendre que William ouvrit celle-ci. Il portait une oreillette et discutait affaire. Il sourit aux deux agents, et leur fit signe d'entrer. Ceux-ci ne se firent pas prier, et pénétrèrent dans le bureau. Koch ferma la porte derrière eux, puis, tout en souriant, et en discutant fermement avec son interlocuteur, leur indiqua les sièges. Il prit même la peine de tenir la chaise de Danaëlle pour qu'elle s'installe. Il leur proposa un café, toujours avec des signes, alors que sa conversation n'en finissait pas. Ils acceptèrent poliment, assez décontenancés par l'aisance avec laquelle ce gérant de multinationale se rendait disponible pour eux, alors qu'il était au courant de leur métier - et donc des possibles raisons de leur venue - lorsqu'ils durent se présenter à l'accueil. Il entama un long monologue tout en remplissant trois tasses, demandant si les deux agents voulaient du sucre, du lait etc. Il leur servit le breuvage, tout en gardant le sien en main afin de le boire tranquillement entre deux phrases. Matthieu et Danaëlle avaient ainsi tout le loisir d'apprécier la disposition dans le bureau : Outre les meubles, la baie vitrée, et l'ordinateur dernier cri, plusieurs peintures sont disposées sur les murs, d'artistes contemporains. Elles sont assez variées dans leur style. Là encore, cela n'apprend pas grand chose sur le bonhomme, qui a sans doute acheté ses œuvres d'art parce qu'un homme de sa trempe se doit de posséder une sensibilité artistique, ou en tout cas, être capable de faire croire qu'il en a une.

C'est après quelques minutes qu'il finit par raccrocher, il s'installe immédiatement en face de ses visiteurs :

« -Excusez-moi, je suis vraiment navré pour l'attente. Un appel urgent. Bref, que me vaut le plaisir ?

-Eh bien – Commença Matthieu – à vrai dire, ce n'est pas un plaisir. Nous sommes ici pour vous arrêter.

-Ah vraiment ? - répondit le vieil homme sans sembler troublé par cette annonce – Pour quel motif je vous prie ?

-Le meurtre de Marc Hardy. – fit Danaëlle.

-Eh bien ! Le meurtre d'un élu. Et on m'envoie pour cela, n'y voyez aucune offense, deux jeunes agents sans doute assez peu expérimentés. Puis-je voir votre mandat ?

-Notre supérieur nous a dit de faire sans.

-Ah oui ? À ce propos, comment va Aby ?

Les deux agents ne purent cacher leur étonnement, surpris que William possède cette information. Un silence s'abattit dans la pièce. Koch regardait ses deux interlocuteurs tour à tour, la bouche entrouverte, excepté lorsqu'il reprenait une lampé de café  :

-Elle a bien progressé depuis la dernière fois - continua-t-il – Si jeune, déjà quasiment commissaire... Oh, bien sûr, elle a du talent. Mais elle a également eu un petit coup de pouce. Je ne pense pas vous apprendre grand chose, c'est ainsi que va le monde de nos jours. Mais je parle, je parle, je ne devrais pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué.

-Excusez-moi mais... Je ne comprends rien – Avoua Matthieu, avec la désagréable impression naissante d'être de nouveau déstabilisé.

-Je me doute, vous êtes un peu jeunes encore pour vous rendre compte à quel point l'argent fait tout dans ce monde. Vous commencez à en avoir bien conscience, mais croyez-moi, vous n'êtes pas au bout de vos surprises. Cependant, je vais vous aider à vous décider : Vos ambitions se résument à avoir une grande carrière ou un grand compte en banque ? »

20h, Fabien est toujours dans sa voiture, à guetter l'arrivée de sa proie, tout en remplissant quelques papiers administratifs qui lui serviront à devenir un détective privé officiel. Cela ne tarde pas. Il voit la grille de la demeure de William s'ouvrir, et une Lexus entrer, c'est sans attendre qu'il sort de son véhicule, et se glisse dans l'enceinte du bâtiment avant que le portail ait pu se refermer. Il marche le long de l'allée bitumée, menant au garage, il s'étonne au passage de ne croiser aucun garde du corps, la sécurité de son suspect ne semble pas être sa grande priorité - tant mieux, après tout ! - Il emprunte l'escalier en pierres menant à la porte d'entrée. Il espérait pouvoir appréhender par surprise monsieur Koch, il entrera finalement par la grande porte.

Il sonne. Et c'est quelques minutes plus tard que Nikola lui ouvre la porte. Le jeune homme l'accueille avec son sempiternel sourire, sa coiffure impeccable, son costume beige chic et chaleureux :

« -Ah, bonsoir ! Vous devez être l'ex agent Jung n'est-ce pas ? Je le prononce correctement ? Allez, entrez, vous allez prendre froid. »

Fabien, étonné par tant d'hospitalité, accepte l'invitation du jeune homme, mais tout en restant sur ses gardes. Nikola prit le soin d'ajouter, en ouvrant grand les yeux :

« - Oh excusez-moi, je ne me suis même pas présenté ! - Son visage s'adoucit de nouveau – Je m'appelle Nikola Koch, je suis le fils de William Koch. Mon père n'est pas ici pour le moment. Mais il m'a sommé d'être là pour vous accueillir. D'ailleurs, je m'excuse pour l'attente, mais, vous savez ce que c'est n'est-ce-pas ? Parfois on est occupés, on va voir une malade, dans un hôpital psychiatrique par exemple, on doit rester à discuter un peu de tout, de rien...

Fabien réalise alors l'avance qu'a William sur lui. Il n'avait pas prêté attention à ce jeune homme pourtant si fringant lorsqu'il a rendu visite à Christine. Il n'a pas non plus remarqué sa Lexus, pourtant, ce n'est pas un véhicule qu'il a vu tous les jours. Son observation avait été mauvaise. Mais, refusant de se laisser devancer ainsi, il ne montra aucunement son questionnement. En revanche, il mit la main dans son manteau, comme pour indiquer qu'il tenait une arme, et qu'il était prêt à se défendre si jamais on l'attaquait. Nikola ne baissa même pas les yeux pour le remarquer, il se contenta d'emboîter le pas, après que son invité ait pénétré dans sa demeure.

L'agent ne le quitte pas des yeux, alors que son hôte est bien plus détendu. Les deux hommes investissent la salle à manger, et s'installent l'un en face de l'autre. Le bruit d'une horloge se fait entendre régulièrement au loin, mais à part cela, un silence pesant règne dans cette pièce. Les multiples maquettes de bateaux disposées sur les murs semblent être les uniques témoins de cette rencontre. Malgré son manque de nervosité, c'est avec beaucoup d'intérêt que Nikola considère Fabien, laissant même entrevoir une pointe d'admiration dans son regard. Il ne peut s'empêcher d'attaquer la conversation franc-jeu :

« -Vous, on ne vous aura pas avec de l'argent, n'est-ce pas ? Vous êtes bien plus... Intègre que les autres. Votre parcours diffère complètement de la norme...

Fabien ne dit rien, ne sachant par trop si il devait répondre, il était en proie au doute. Après tout, bien qu'il soit désormais détective privé, c'est une appellation qu'il ne possède encore qu'officieusement. Il n'est pas reconnu comme tel aux yeux de la loi. C'est quelque chose qu'il comptait acquérir dés que possible, mais les événements dans lesquels il a été précipité, cette enquête dans laquelle il s'est investi, tout cela l'a fait remettre à plus tard les démarches administratives pourtant obligatoires pour mériter d'être officiellement appelé « détective ».

Du coup, peut-il bluffer ? Son interlocuteur possède déjà sans doute beaucoup d'informations sur son compte. Est-ce que son aisance n'est pas la preuve qu'il ne craint justement rien ? Ces informations remontaient dans l'esprit de Fabien, comme une ébullition qu'il ne savait contrôler. Son impuissance manifeste était palpable.

Le jeune homme, avant de continuer, proposa à boire à Fabien, qui ne prit rien, son hôte l'imita :

-C'est la première fois que vous alliez voir cette chère Christine à l'hôpital n'est-ce pas ? Elle connaît mon père, mais me concernant, je ne suis qu'un gentil bénévole qui lui apporte de la lecture, et lui fait la conversation... Peut-être nous prenez-vous pour des monstres ? Sachez tout de même qu'il ne se passe pas un jour sans que mon père regrette ce malencontreux incident... Sincèrement.

Après quelques secondes, Fabien eut le courage d'articuler :

-Qui est Lauren Beck ?

-Sa première petite amie, et sa première victime. Plutôt difficile à retrouver, n'est-ce pas?Franchement, ça n'était pas très sympa de notre part de faire ce choix-là, mais ça nous a beaucoup amusé d'imaginer vos recherches inutiles. Lauren n'a jamais porté plainte.

-... - Explosant d'un coup, Fabien tapa de son poing sur la table – Où est William Koch ?!

Le silence revint dans la salle, l'écho du coup de Fabien disparut rapidement. Nikola le regardait, l'air neutre. Il n'était pas agacé, il savait que lui et son père avaient fait tourner ce jeune agent en bourrique. C'est avec finalement beaucoup de condescendance que Nikola reprit cette discussion :

-Je vais être franc Fabien, il ne viendra pas. Et vous ne pourrez rien faire pour l'attraper. Depuis 18h, aujourd'hui même, William Koch n'est plus le dirigeant de Koch Industries. Et pour fêter sa retraite, il est en ce moment même à l'aéroport, afin de partir en vacances !

Fabien fut abasourdi par cette annonce. Il venait de se prendre un uppercut inattendu. Les coins des lèvres de Nikola s'élevèrent de quelques millimètres, suffisamment pour que ce soit perceptible. Fabien réplique tout de même :

« -Mais... D'où ?... Qui ?... Comment ?

-Pas trop de question à la fois je vous prie... – Dit le jeune homme en levant la main, paume tournée vers Fabien, effectuant un va et vient, comme pour lui indiquer de ralentir – Cette décision est parvenue dans l'urgence, lorsqu'il a compris son intérêt à laisser son entreprise à un jeune cadre dynamique, qui pourra donner un coup de jeune à sa boîte, tout en conservant ses principes. Modestement, je vous annonce que je suis ce successeur désigné... à 20 ans, ce n'est pas si mal, n'est-ce pas ? Oh bien sûr je vais avoir des conseillers pour ne pas prendre toutes les décisions tout seul mais, je suis le PDG de Koch Industries.

-... Je dois contacter quelqu'un... – Il sort son téléphone portable et commence à composer un numéro, Nikola lui dit avant qu'il n'ait pu lancer son appel.

-La police j'imagine ? Le commissaire peut-être ? Ah non, monsieur Bauer est quasiment parti en retraite. Je ne vais pas encore jouer avec vos nerfs, mais appeler Abygaëlle ne servira à rien non plus...

Fabien est désarmé. Il va tout de même dans son répertoire, pour chercher le numéro de Matthieu, Nikola ajoute, tout en faisant mine de chercher, avec les yeux tournées vers le plafond :

-Hmmm, il ne reste donc que Matthieu Rousseau, votre estimé ex-collègue, qui vous a permis de vous lancer dans cette affaire...

Fabien cesse ses recherches, et se tourne vers son interlocuteur, qui le fixe intensément, les yeux mi-clos, et qui reprend son monologue :

-Vous prenez conscience de toute la machinerie qui s'est déclenchée depuis le jour où Angélique Vallet a eu des contacts répétés avec un jeune agent de police en quête de gloire ?... Oh bien sûr, vous avez tous un sens aigu de la justice, pas vrai ? Mais qu'est-ce que quelques chatouilles, face à la possibilité d'avoir une carrière toute tracée et remplie de succès ? Bien sûr, ce fameux dossier « X » a connu bien des enquêteurs, et bien sûr, tous ont abandonné pour diverses raisons. Cela a pu nous coûter cher, mais il était nécessaire pour nous que chaque enquêteur ait accès à ce dossier. Après tout, quel meilleur moyen de garder le contrôle ? Une aide inattendue, tant d'éléments en votre possession, et tant de mystères... Qui pourrait résister à cela ? Eh bien, apparemment, nous avons enfin une réponse... Vous... - Nikola se lève, et parle avec puissance, comme s'il déclamait un discours à une assemblée en folie, effectuant des mouvements de bras devant Fabien, qui ne le quitte pas du regard, et qui le laisse dérouler toute son histoire – Fabien Jung ! L'agent qui n'était pas sensé être là ! L'agent le moins corruptible de cette ville ; en tout cas depuis la retraite du commissaire Bauer ; l'agent qui sacrifie sa CARRIERE pour ses nobles ambitions, pour sa quête de réponse, pour la possibilité d'échapper à toute cette mascarade qu'on appelle « Justice » !... - Il baisse les bras, et reprend un ton plus sombre – Et dont le cruel manque d'expérience lui a fait oublier que n'importe quel cinéphile en herbe a déjà vu quelqu'un enregistrer des aveux avec le moindre appareil pourvu de cette fonction... »

Fabien se relève alors d'un coup, son portable dans les mains, il arrête l'enregistrement de sa vidéo et commence à courir vers l'entrée tout en rangeant son téléphone dans sa poche. Il traverse un long couloir, puis il sort de la maison, et emprunte la même allée bitumée qu'à l'arrivée. Il s'attend à ce que des hommes armés le poursuivent, ou des chiens, ou juste Nikola, mais il n'en est rien. Refusant de s'arrêter, il escalade le portail, et tombe sur le trottoir de l'autre côté, non s'en avoir déchiré partiellement sa veste en passant au-dessus de la grille. Il reprend rapidement ses esprits, ses mains sont écorchées. Il regarde dans sa poche tout en marchant maladroitement, son portable est toujours là.

Il a réussi ! Il va pouvoir montrer cela à une figure d'autorité autre que celles de son commissariat et espérer enclencher le mécanisme de la justice. William Koch ne tombera peut-être pas pour toutes les tortures qu'il a proféré, mais la corruption permettra de lancer une enquête approfondie sur lui. Il n'a plus qu'à grimper dans sa voiture, trouver un ordinateur sur lequel il peut transférer sa vidéo, et en faire des copies par sécurité. Il ne doit pas retourner chez lui, trop évident. Ça y est, la voiture est ouverte, il n'y a plus qu'à la démarrer, il doit...

C'est dans un épouvantable vacarme qu'explosa la C3 garée de l'autre côté de la rue ce jour-là... Une déflagration qui noircit les bâtiments alentours, un incendie qui heureusement ne se propagea pas, et une fumée noire s'élevant jusqu'au ciel bleu sombre, dans lequel quelques timides étoiles commençaient à apparaître. Seul un autre véhicule fut touché par cette destruction : La Lexus de Nikola, étonnamment placée juste derrière la voiture de l'agent Jung.

Celui-ci est dans son salon, occupé à regarder un autre film. Un homme vêtu d'un costume vient poliment l'interrompre dans son activité :

« -Monsieur, nous avons fait tout ce que vous demandiez, nous avons récupéré le dossier que vous vouliez dans l'appartement de M. Jung. C'est bien celui-ci ?

Nikola se retourna, et vit le fameux porte document noir sur lequel un gros X blanc est inscrit :

-Bien, beau travail. Laissez-le sur la table, je le rangerai plus tard, mon père voudra sans doute le conserver.

-Bien monsieur.

L'homme se retira, laissant un Nikola neutre, seul sur son canapé.

Institut St Jean, Christine est assise sur son lit. Un médecin est installé en face d'elle, un quinquagénaire grisonnant, portant des lunettes sur le nez, un air grave, renforcé par ses rides. Une blouse blanche réglementaire, un stéthoscope autour du cou, des stylos dans la poche située au niveau de sa poitrine. Christine est effondrée :

« -Vous allez... Me renvoyer là-bas...

-Il le faut. Votre état a été jugé stable. Entre nous mademoiselle Girard, il l'a toujours été, mais vous aviez un bienfaiteur qui tenait à ce que vous restiez ici. Maintenant, il ne veut plus vous protéger.

-Non... - Elle se prend la tête entre les mains, les yeux emplis de larmes – Non ! Vous ne pouvez pas me renvoyer là-bas !

-Je sais bien que vous avez eu quelque problèmes avec vos co-détenues et les gardiennes. - Le médecin se lève, et sort tranquillement de la chambre de Christine, il s'adresse à elle tout en sortant - Que voulez-vous, ce pays est rempli de fétichistes... - Il s'adresse alors à l'infirmier avec lui - Sanglez-la pour éviter qu'elle ne fasse une bêtise en attendant son transfert. Elle partira dans deux jours...

Christine ne bouge pas, tout espoir semble disparu. Elle se laisse sangler au lit, différents liens la maintiennent en place. Elle ne lutte pas, elle sait que son destin est scellé.

Mercredi 9 mai



Nous suivons le reportage d'une grande chaîne nationale, via Internet, une rediffusion du reportage du jeudi 26 avril, soit le lendemain des événements :

« Nikola Koch, nouveau PDG de la Koch Industries, à seulement 20 ans, s'exprima sur ce qui semble être un attentat sur sa personne :

« -Je ne sais pas qui a fait ça, mais clairement il doit s'agir de personnes qui étaient contre mon élection au siège de PDG de la Koch Industries. »

La voix off d'une journaliste poursuit le récit, des images des deux carcasses de voitures carbonisées sont visibles à l'écran, ainsi que des photos des différents intéressés :

« Il est vrai que cette nomination fit grincer des dents lorsque William Koch décida précipitamment de prendre sa retraite, hier soir. Son successeur, qui est aussi son fils adoptif, Nikola Koch, 20 ans, précisa que cette décision était en fait prise de longue date, mais qu'elle resta en interne le temps de sa mise en place.

Une première enquête a révélé des traces ADN de monsieur Edward Sylvain, ancien chargé de communication qui fut renvoyé plus tôt dans la journée, après ce qui fut qualifié par de nombreux employés « de violentes altercations avec M. William Koch », et ce depuis plusieurs semaines.

Ce qui en fait le principal suspect de l'enquête en cours, notamment après que ces mêmes employés aient attestés que M. Sylvain était dans l'entourage proche de M. Koch, et était donc très certainement au courant de la nomination future du jeune PDG. Ce qui put, d'après les premières conclusions de l'enquête, le pousser à commettre l'irréparable. C'est un début de patronat compliqué qui s'annonce pour Nikola Koch, qui aura sans doute fort à faire pour montrer ses capacités de gestion d'une telle entreprise, même en ayant bénéficié de l'expérience d'un professeur aussi réputé que son père adoptif.

Devenant le plus jeune gérant d'une entreprise aussi importante de l'histoire de notre pays, celui qui est qualifié de « Prodige » au sein de son entourage professionnel, devra composer avec ses détracteurs...»

La vidéo s'arrête automatiquement, le signe du Replay apparaît en gros au milieu du lecteur vidéo.

L'homme qui regardait cette vidéo sur son PC portable n'est autre que William. Installé dans une suite de luxe. Le temps n'est pas excellent, mais rien ne semble pouvoir l'empêcher de sourire. C'est en restant assis à son bureau qu'il semble parler tout seul :

«-Je ne m'en fais pas pour Nikola ! Il a toujours eu un don, sinon je ne l'aurais pas nommé à un poste pareil. C'est dommage pour Fabien Jung, il avait sans doute un bel avenir devant lui, mais il a été trop gourmand... Et surtout il n'a pas su anticiper quoi que ce soit, trop jeune, trop inexpérimenté – Il prend un air plus neutre, un peu nostalgique – En même temps, pas facile de se battre contre un tel système... Surtout seul ! Il aurait dû prendre le temps de devenir un vrai détective, question de légitimité... - Il laisse planer le silence – Vous ne comprenez rien à ce que je dis n'est-ce pas ?

C'est alors qu'une jeune femme thaïlandaise relève la tête de sous le bureau, les yeux interrogatifs. Elle a juste compris qu'il lui parlait, et lui sourit par défaut, il lui sourit lui aussi, avant de dire dans un soupir :

« -C'est pour ça que j'aime la Thaïlande. Mais bon, je vais devoir repartir bientôt... - Il caresse la chevelure de la jeune femme et lui dit avec une prononciation très satisfaisante, en souriant – Can you show me your feet please ?

Plus tard dans la soirée, il est toujours sur son ordinateur, et se connecte sur Skype. Il lance un appel vidéo avec un certain Monsieur Dumortier. Lorsque celui-ci répond, et que la caméra s'allume, on voit un homme en costume dans un grand bureau manifestement très luxueux. Il ne semble pas plus heureux que cela de parler à William, mais reste courtois :

« -Bonsoir M. Koch.

-Monsieur le président – répondit-il en s'inclinant humblement – Comment allez-vous ?

-Tout va pour le mieux, je vous remercie. J'ai cru que vous ne sortiriez jamais de l'ombre.

-ça serait mal me connaître monsieur le président.

-J'imagine que vous m'appelez par rapport à votre grand projet de lois ?

-Eh bien, après la malheureuse disparition de Monsieur Hardy, mon principal détracteur dans ce projet, et maintenant que tout ce battage médiatique est tombé, je pense que le moment est opportun pour reprendre là où nous nous étions arrêtés.

-Vous savez, je ne vous soutiens pas dans cette entreprise, William.

-Je le sais, Erwan – répond-il avec un sourire narquois – Mais en même temps, vous savez que vous me le devez.

-Imaginez-vous seulement ce que ce projet va provoquer comme réactions populaires ?

-Le peuple le veut autant que moi ! Nous avons déjà discuté de tout cela, je n'ai pas envie qu'on se répète. Donc, je reviendrai de mon voyage d'ici un mois, et nous nous rencontrerons. Après quoi, ce projet de lois, déjà validé par la majorité de l'assemblée, passera. Et tout se passera très bien, vous verrez. Nous allons mettre au goût du jour, ce que beaucoup pensent avoir à garder pour eux. Donc ne me faites pas faux-bond, vous savez que, dans le fond, j'ai bien plus de pouvoir que vous, surtout maintenant que je n'ai plus autant à perdre. Et croyez-moi, femmes et hommes de tout âge vous remercierons bien plus qu'ils ne vous cracheront dessus pour cette décision. Alors, vous êtes avec moi ?

-... - Le président se terra dans le silence quelques secondes, avant de se résoudre à répondre – Très bien William, vous avez mon soutien. »

William sourit en entendant cette réponse. Il allait enfin voir son grand projet se concrétiser.

FIN

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