Histoire : The serial tickler (Épisode 14)

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The Serial Tickler - Chapitre 14

14.



Fabien ne sut pas quoi dire, il était comme paralysé. Ce qu'il voyait là était la conséquence qu'il escomptait, mais il ne pensait pas que ça marcherait aussi bien. Le directeur le regardait et disait :
« -Vous voyez ? La machine est lancée je crois...
-... On peut dire ça, oui... à quelle moment a-t-on écrit cela ?...
-Le personnel m'a dit que ça ne peut dater de plus d'une heure. Ils sont passés ici pour nettoyer et n'ont rien vu.
-Ok... Ce week end, il faudrait que l'on installe la fameuse caméra dont je vous parlais – en disant cela, il gardait la tête immobile et continuait de fixer le mur.
-D'accord monsieur l'agent. Vous nous amènerez le matériel samedi matin alors.
-ça marche monsieur Pigon. Bon, je dois y aller, pourrez-vous envoyer les petites Sofia de Oliveira et Lauren Beck au commissariat demain matin ?
-Aucun problème pour Sofia. Par contre, je ne sais pas qui est cette Lauren Beck, mais ce n'est pas une élève de ce lycée.
-Comment ?! - S'exclama-t-il en tournant la tête avec un air presque effrayant, les yeux grands ouverts.
-Je vous assure – répondit-il - j'ai vérifié, aucune élève nommé Lauren Beck n'est ou a été élève ici.
-Alors nous ferons des recherches au commissariat. Je vous remercie en tout cas monsieur le directeur. Bonne soirée. »
Fabien retourna directement jusqu'à chez Matthieu, toujours plongé dans la lecture de ce dossier :
« -Alors ? Qu'est-ce qu'il avait ce très cher monsieur Pigon ?
-Ben apparemment une nouvelle élève s'est faite chatouillée cet aprem, le serial tickler a même pris le soin de barrer son nom sur le mur...
-Sans déconner ?! - Il releva la tête d'un coup, l'air aussi surpris que son collègue - Ça marche déjà aussi bien ?
-Manifestement oui. Et ce n'est pas tout, il y a une autre victime, du nom de Lauren Beck, mais ce n'est pas une élève du lycée.
-Ah ? - à cette annonce, Matthieu tourna la tête, intéressé par cette révélation – Qui est-ce alors ?
-Justement, c'est là tout le problème, il faudra faire des recherches de ce côté là. »
Hugo était chez lui, sur son ordinateur, il regardait des photos qu'il avait pris dans l'après-midi, il s'agissait des pieds d'Angélique, qu'il avait eu la chance chatouiller encore une fois. Une bonne centaine d'images étaient répertoriées dans un même dossier, ses pieds chaussés, puis nus, attachés. Il avait même eu l'autorisation de prendre des petites vidéos où il voyait sa main agiter un instrument, ou juste ses doigts, sous les petits pieds de son amie qui riait à chaque passage. La qualité de ces enregistrements était très bonne, si ce n'est les mouvements du caméraman qui bougeait plus ou moins selon les réactions de sa victime. Il passa une bonne vingtaine de minutes à faire un tri rapide et à tout ranger dans un dossier protégé par un mot de passe.



Samedi 21 avril



« Le serial tickler : Il s'agit d'une ou plusieurs personnes, voire une organisation, oeuvrant dans la région entourant les villes de Nissac et de Leglade, qui commet des crimes à la nature bien particulière dont le plus vieux témoignage date de 1963. Sa façon de procédé la plus connue est la suivante : Il s'attaque exclusivement à des femmes. Après avoir observé leur routine, et lorsque le moment est propice, il les attaque en appliquant un produit faisant office de somnifère sur leur visage. Puis, à l'aide d'une camionnette, il les kidnappe et les séquestre dans un lieu inconnu pour se livrer à un acte de torture bien particulier : Avec divers instruments dont les doigts, la langue, des plumes, des brosses et autres, le serial tickler chatouille les pieds de ses victimes durant une période variant de 2 à 6h. Après avoir torturé ses victimes, il les endort à nouveau et les ramène là où il les a enlevé, les victimes n'ont ainsi aucun souvenir du voyage, elles ne se souviennent que de ce qu'elles ont subi. Les plaintes de ces dernières années démontrent qu'il agit le mercredi et le samedi après-midi. Si tel est son mode opératoire depuis le début, alors le nombre de victime pourrait s'élever à 5 000, alors que le nombre de plaintes retrouvées jusqu'ici s'élève à 1 348.
La nature particulière de ces crimes fait que les plaintes sont relativement rares, et ont été le plus souvent ignorées par les agents de police les recevant. Ceux les recevant avec sérieux n'ont pas osé en faire part à leurs supérieurs, et ont tenté de résoudre cette affaire seule. C'est ainsi qu'un total de 21 agents de police ont enquêté depuis 1966, tous ont arrêté pour cause de départ en retraite, de mutation ou de promotion.
Contrairement à ce qu'on a pu pensé au début de notre enquête, il semblerait que les victimes du serial tickler aient changé avec le temps, il apparaît dans les archives qu'il s'attaquait surtout aux femmes d'un âge compris entre 35 et 60 ans, aujourd'hui ce sont des adolescentes entre 15 et 20 ans.
Le profil des criminels est difficile à établir, aucune trace d'une assemblée de « fétichistes des pieds » ou de « fans de chatouilles » n'a été découverte. On peut donc supposer que le serial tickler est un groupe d'amis d'enfance. Les plus vieilles traces retrouvées indiquent que les auteurs de ces crimes sont originaires de la région. Il s'agit surement d'hommes de classe moyenne, car les moyens utilisés ne sont pas onéreux, ils sont certainement à la retraite, non mariés au vu de leurs activités. Il est possible qu'ils fassent exécuter leurs crimes par une tierce personne fétichiste également.
Aucune trace n'a été découverte, le mystère reste entier jusqu'à présent, le serial tickler sévit en toute impunité, et c'est pourquoi nous, Fabien Jung et Matthieu Rousseau, demandons d'ouvrir cette affaire en tant qu'affaire officielle de la police de Leglade, et de disposer de ressources nécessaires, en plus des informations que nous avons déjà réuni, pour stopper ces criminels.
Cordialement,
Matthieu Rousseau et Fabien Jung »
« -Allez, signe ! - Insistait Matthieu en tendant un stylo.
-Je ne sais pas Matthieu – répondit Fabien, pas du tout convaincu – Franchement, je sais que le nombre de plaintes fait qu'on nous écouterait certainement, et que le nombre de victimes est tellement hallucinant que ça en fait peut-être le plus grand criminel de l'Histoire... Mais bon, c'est délicat de présenter cela devant un magistrat. La dernière fois, tu t'es pris un vent monumental. Et puis tu n'as pas encore tout présenté : Que comptes-tu dire à propos du tag sur les toilettes du lycée, des caméras installées ce matin, etc... ?
-Chaque chose en son temps ! On a tous les éléments du monde. Toutes ces coupures de presse, imagine, on pourrait déployer les grand moyens et mettre à jour un vaste réseau criminel ! - En disant cela, Matthieu était empli d'enthousiasme, et semblait voir en face de lui les gros titres de journaux parlant des deux héros de la région.
-Pourquoi les gens comme Abygaëlle n'en ont jamais parlé alors qu'ils avaient autant de pistes que nous ? Parce qu'ils avaient peur de se faire railler par toute la profession, de devenir des phénomènes de foire. Ce que tu vois comme devenant l'affaire du siècle, je le vois bien faire deux lignes dans une rubrique nécrologique : Une pour toi et une pour moi. Non, je ne pense pas que ce soit une bonne idée – Il repoussa le bras de Matthieu.
-Peut-être... Ou peut-être devrais-je être seul à exposer cette affaire... Nous n'avancerons pas tout seuls. L'interrogatoire de la petite De Oliveira n'a rien donné de plus. C'est toujours pareil, la méthode du serial tickler est bien rodée depuis le temps, nous avons besoin de plus de moyens.
-Tu seras tourné en ridicule Matthieu. Et je veux continuer d'enquêter là-dessus, mais si tu décides d'exposer tout ça au grand jour, je ne te suivrais pas, toi comme moi avons encore une carrière possible, je ne tiens pas à pourrir la mienne, fais ce que tu veux de la tienne.
-Très bien... »
Matthieu prit la feuille, la plia en quatre, puis attrapa un briquet, et mis le feu au papier, il le posa dans un cendrier et le laissa se consumer. Les deux hommes fixaient les flammes, et lorsque ce ne fut plus qu'un petit tas de cendres, ils ne levèrent pas les yeux, Matthieu reprit alors la parole :
« -Je vais exposer cette affaire avec ou sans toi. Je ne divulguerai rien de ce qu'on a fait de pas très légal. À toi de voir si tu veux effacer ce tag et enlever ces caméras de l'établissement, parce que si tu ne le fais pas, tu seras seul responsable, et plus ou moins hors-la-loi. Rassure toi, je ne compte pas parler de toi, mais si l'enquête nous mène au lycée, je laisserai mes collègues se faire leur propre idée, et ça risque d'être vite fait si jamais monsieur Pigon est interrogé... Que décides-tu ?
-Très bien... Je vais faire retirer tout ça, et continuer de mon côté... »
Sur ces mots, Fabien reprit son manteau et sortit. Matthieu tourna le regard vers le dossier du serial tickler. Il avait toutes les cartes en main. Il ne lui restait plus qu'à retaper sa lettre, et attendre lundi pour exposer son idée à Abygaëlle, afin de tenter de faire du Serial Tickler une affaire officielle.
Les vacances de Pâques avaient commencé pour les lycéens, Angélique était dans une voiture avec son petit ami en partance pour la plage et le soleil, elle portait de petites sandalettes en cuir, qu'elle enleva pour se poser en tailleur sur son siège. Son petit ami posa sa main sur son genou, et fit glisser ses doigts rapidement sous le pied de sa petite amie qui gigota immédiatement dans un petit rire...
Hugo restait chez lui, et regardait les vidéos prises mercredi, avec un certain plaisir, il commença à faire glisser sa main dans son pantalon...
Chloé se promenait dans un parc non loin de chez elle, comme à son habitude. Elle s'allongea tranquillement sur le sol et s'endormit à moitié sous la chaleur du soleil, c'est alors qu'elle sentit une odeur bizarre, et s'évanouit...
Fabien retourna au lycée et enlevait les caméras sous l'incompréhension de monsieur Pigon :
« -Mais enfin monsieur Jung, le serial tickler continue de frapper et vous vous lâchez l'affaire ?
-Pas tout à fait.
-... Oui ? C'est à dire ? »
Sans réponse, le policier grimpa sur le mur et repeignit en blanc tout ce qui était marqué par son pinceau. Il effaça également ce qui fut marqué par la suite sur le carrelage du mur, en gardant cependant le nom de Lauren Beck en tête, puis il repartit en disant :
« -Vous pourrez justifier aisément la disparition de l'inscription grâce aux vacances, des fonds trouvés quand des gens de l'éducation nationale sont venus constatés la dégradation, quelque chose comme ça. »...



Lundi 23 avril



Fabien arriva au commissariat comme d'habitude, il déposa ses affaires et s'apprêta à partir comme chaque matin pour coller des amendes aux contribuables, alors que Matthieu débarqua un peu plus tard et se dirigea directement jusqu'au bureau du commissaire Bauer, le porte-document d'Abygaëlle et sa fameuse lettre sous le bras. Il était nerveux, et craignait vraiment de subir un lourd refus ainsi que diverses moqueries, mais il garda quand même une marche régulière et décidée. Il tapa poliment à la porte et lorsqu'il entendit le traditionnel « Entrez ! » il tourna délicatement la poignée et présenta la raison de sa présence calmement :
« -Bonjour monsieur le commissaire et madame la future commissaire.
-Bonjour monsieur Rousseau, quel bon vent vous amène ? – Répondit Daniel
-Bonjour monsieur Rous... - Elle vit alors ce que Matthieu portait et resta figée une seconde avant de finir sa phrase - ...Seau.
-Vous avez le hoquet madame Phidias ? -Demanda gentiment le commissaire d'un air rieur.
-Non, c'est juste le lundi matin je crois... - Elle mitrailla le jeune agent du regard, ce qui ne le rassura pas énormément.
-Eh bien en fait j'aimerais vous parler d'un dossier que j'ai retrouvé aux archives, et que j'aimerais porter à votre attention, afin d'en faire une affaire officielle du bureau.
-D'accord, alors vous n'ignorez pas que même avec mon feu vert, dans le cadre d'une affaire classée, il faudra convaincre toute une commission de la légitimité de votre démarche ?
-Je le sais monsieur le commissaire, mais il s'agit d'une affaire très importante qui date de 1963 et est toujours d'actualité aujourd'hui...
-1963 ?! - Le commissaire fut très surpris par cette annonce, et regarda Abygaëlle qui fixait encore le porte documents, il rabaissa le regard vers son agent – Eh bien, Matthieu, vous ne venez pas souvent, mais quand vous venez, ça vaut le coup. Et cette affaire continue aujourd'hui encore vous dites... Je veux bien examiner cela, ça fera un peu de mouvement dans ce bureau... »
C'est alors qu'un appel retentit, le commissaire répondit immédiatement :
« -Oui, commissaire Bauer... - quelques minutes s'écoulèrent durant lesquelles Abygaëlle et Matthieu n'entendirent que les « hin hin », « d'accord », « oui » et « quoi !? » de Daniel. Lorsqu'il raccrocha, il enchaîna directement vers les deux personnes dans la même pièce :
« -L'adjoint du maire vient de se faire tirer dessus, c'est dans notre secteur, on y va ! Abygaëlle, prenez Matthieu avec vous et attendez-moi dans la voiture. Désolé mon garçon, je lirai votre dossier plus tard. Je vais appeler la patrouille située dans le secteur. Je crois que c'est celle où est affecté l'agent Jung aujourd'hui, justement. Allez, on se dépêche ! »
Fabien, avec ses collègues, était en train de marcher le long d'un trottoir, et de coller quelques prunes de ci, de là. Lorsque la voiture de leur patrouille déboula à toute vitesse avec la sirène et le conducteur qui cria :
« -On se grouille les mecs ! On a une tentative de meurtres à quelques pâtés de maisons d'ici !
À cette annonce, les trois hommes se regardèrent et eurent le même sourire avant de s'engouffrer dans la 307 de fonction :
« -Sérieux ? Il se passe vraiment quelque chose ?! Demanda l'un, tout excité
-Ouais ! - Répondit le conducteur – L'adjoint du maire s'est fait tirer dessus apparemment ! Et le tireur serait encore dans le coin !
-Ouh putain ! Enfin les choses sérieuses commencent ! - S'écria Fabien, jouasse comme un enfant devant ses cadeaux de Noël.
Pendant ce temps, au commissariat, Matthieu prit rapidement son arme de fonction et suivit Abygaëlle jusqu'à la voiture. Lorsque les deux furent installés, et que la voiture fut positionnée devant le poste de police, les deux agent virent le commissaire sortir, suivit de deux groupes de 4 unités qui prirent chacun une autre voiture. Ils prirent la route jusqu'à la maison de la victime, alors que Daniel expliquait la situation :
«-Marc Hardy, l'adjoint du maire, s'est fait tiré dessus ce matin, au moment de partir pour la mairie.
-Mais il n'est que 8h30 ? - Demanda Matthieu
-Oui, justement, il devait présenter quelque chose à son supérieur, lui aussi. Et c'est peut-être pour cela qu'on lui a tiré dessus.
-Quel genre de chose ?
-On le saura en arrivant ! »
La voiture de patrouille fut la première sur les lieux du crime, une ambulance arriva quelques secondes après. Il s'agissait d'un quartier résidentiel remplit de jolies maisons en pierre. Seules des familles aisées pouvaient vivre ici. Marc était étendu sur le dos, dans le gazon, devant chez lui, à quelques pas de sa voiture. Dans une mare de sang. Une balle était logée au niveau de son estomac. Les ambulanciers prirent son pouls, l'un d'eux déclara :
« Vite ! Il faut l'emmener au bloc, lui retirer la balle, préparez trois litres d'A+ ! »
Tout le voisinage était réuni et assistait à la scène, le groupe de policiers les écarta comme ils pouvaient et installèrent des piquets et des bandes plastique «Interdit au public » Une femme se tenait sur le palier de la porte avec ses deux enfants, deux garçons, dans les bras, les trois pleuraient, et tremblaient de toutes leurs membres. Un des quatre policiers s'approcha d'eux et dit :
« Agent Colas, rassurez-vous, ils vont bien s'occuper de lui. Rentrez s'il vous plaît, je sais que c'est difficile mais nous allons devoir vous poser des questions sur ce qui s'est passé, d'accord ? »
La femme acquiesça et rentra chez elle avec ses enfants, ils étaient tous les trois habillés et semblaient prêts à partir.
Peu de temps après, la voiture du commissaire arriva, suivit de deux autres véhicules. Les quatre premiers policiers présents sur la scène du crime avaient bien sécurisé le périmètre. Fabien lui fit un rapport rapide :
« -L'adjoint du maire a été transporté à l'hôpital en urgence pour se faire retirer la balle, il s'est fait tirer dessus en plein ventre, l'agent Colas interroge sa femme en ce moment. Le tireur est sensé être encore dans les parages avez-vous dit ?
-Selon la personne qui a appelé, aucun bruit de moteur n'a été entendu après les coups de feu, on conclut donc que celui qui a fait ça était à pied.
-C'est idiot, non ?
-Pas tant que ça, regardez autour de vous – Fabien fit un tour sur lui-même, il n'y avait qu'une seule voie qui passait par ici, c'était de plus un cul de sac qui s'arrêtait devant une des maisons voisines de la scène du crime. En revanche, une forêt se dressait derrière la lignée de maison qui comprenait celle de la victime – Ah, oui, j'avais pas fait gaffe à ça.
-Agent Hoffmann ! Vous gèrerez le flot de journalistes qui ne devrait plus tarder – Ordonna le commissaire – Agent Jaouen ! Appelez la section scientifique, qu'ils viennent analyser le gazon en plus de s'occuper de monsieur Hardy. Agents Jung, Rousseau, Magnin, Grosjean, Julien et Balhtazar, occupez-vous d'interroger les témoins et de veiller à ce que personne ne pollue la scène du crime. Commissaire Phidias, avec moi, nous allons voir la famille. Allez, au boulot ! »
Chacun prit ses fonctions, Matthieu et Fabien ne semblaient pas se tenir rigueur de leur petite friction, chacun se dirigea vers un témoin différent. Il y avait de tout, des gens choqués, d'autres en larmes, d'autres feignaient l'indifférence avec plus ou moins de succès. Une bonne vingtaine de personnes étaient rassemblées. Matthieu demanda à la foule :
« -Qui a prévenu la police ? »
-Moi ! – Répondit une femme aux yeux bleus, cheveux longs et bruns, habillée de façon élégante, décolleté, jupe, collants, talons hauts.
-Bien, suivez-moi madame, ou mademoiselle, je vais vous poser quelques questions. »
Ils s'éloignèrent un peu de la foule, Matthieu entama son interrogatoire, la jeune femme faisait partie des gens sous le choc, il mit sa main sur son épaule, et la regarda d'un air rassurant, avant de dire d'une voix suave :
« -Je sais que c'est une épreuve, mais nous avons besoin de vous pour coincer celui-ci qui a fait ça. Votre nom, prénom et profession, s'il vous plait.
-... Louise Pescali, je suis avocate.
-Très bien. Racontez-moi ce qui s'est passé...
-C'est flou... J'étais sur mon bureau en train de revoir mon plaidoyer pour ce matin, j'étais à mon bureau dont la fenêtre donne directement sur la rue... Mon regard fut attiré par monsieur Hardy qui sortait travailler plus tôt que d'habitude...C'est alors que, j'ai vu un individu arriver derrière lui et... Lui tirer une balle en pleine poitrine... J'ai immédiatement pris mon téléphone pour appeler la police, je n'ai rien vu d'autre... J'étais paniquée, j'avais peur que ce criminel ne me voit...
-Je comprends madame... Ou mademoiselle... - Matthieu prenait des notes consciencieusement sur son petit calepin.
-Mademoiselle...
-Merci. Vous n'avez donc pas vu dans quelle direction il est parti ?
-Non, je regrette...
-Et vous n'avez rien remarqué de particulier à part cela ? Vous ne saviez donc pas pourquoi l'adjoint du maire aurait pu aller au travail aussi matinalement ?
-Non, je n'en ai aucune idée. Il devait avoir quelque chose à faire au bureau.
-... D'accord, - Matthieu changea de regard à la suite de cette réponse, plus suspicieux - je vous remercie de votre témoignage mademoiselle Pescali, nous risquons d'avoir à nouveau besoin de vous dans le cadre de cette enquête, auriez-vous une carte que pourriez me confier au cas où ?
-Bien sûr monsieur l'agent, je vais vous la chercher tout de suite... »
Sur ces mots, elle retourna chez elle alors que Matthieu attendait. Il vit alors des camionnettes de journalistes arriver, d'abord juste une, puis d'autres assez vite, il préféra suivre Louise et avança jusqu'à l'entrée de sa maison en disant d'une voix un peu embarrassée :
« -Finalement, je vais vous suivre... »
Il entra et remarqua alors que la maison était complètement vide. Il n'y avait personne, et aucun meuble. Intrigué, il sortit son pistolet et commença à avancer prudemment dans la maison, il se disait « Elle m'a menti cette conne, elle n'habite pas du tout ici. Personne n'habite ici apparemment... Ah oui, en effet... »
Un panneau « à vendre » était posé contre un mur. Il arriva jusqu'à une grande salle aussi vide que le reste, dont la fenêtre était ouverte. Mais personne n'était en vue, il conclut qu'elle était partie en voiture, et couru vers l'entrée, il vérifia la porte et s'aperçut alors qu'elle était intacte, elle avait dû être crochetée. Ensuite, il regarda sur le gazon et trouva un petit carré d'herbe enfoncé et terreux, l'endroit où le panneau devait être posé à la base. Enfin, il regarda la boîte aux lettres et vit alors qu'aucun nom n'était inscrit dessus, il se sentit désemparé sur le coup, et rougit un peu, alors que les journalistes s'empressaient de poser des questions à quelques agents, et que la police scientifique arrivait, le soleil se levant derrière eux, une petite équipe de trois hommes. Il marcha vers eux et leur présenta vite fait la situation à sa sauce :
« -Bonjour messieurs.
-Bonjour agent Rousseau – répondirent-ils en choeur.
-Bon, voilà le topo : nous avons une mare de sang sur le gazon, et nous pensons que le tueur s'est enfui par la maison en face, la porte a surement été crocheté, et nous cherchons des traces sur la porte d'entrée, le sol, le panneau « à vendre » qui fut déplacé dans la demeure, ainsi que sur la fenêtre de la salle au fond. C'est simple, elle est encore ouverte.
-ça marche, nous allons voir tout ça, merci. Ça vous change, pas vrai ?
-Je ne vous le fais pas dire... »
Ensuite, Matthieu s'approcha du groupe de voisins encore présents, le nombre avait déjà réduit de moitié. La plupart se faisaient interroger par les différents agents présents. Il ne restait qu'un couple de personnes âgées, dont la femme tenait un mouchoir contre son visage alors que son mari passait son bras autour de son épaule, tout en regardant l'agitation autour d'eux. Il se dirigea vers eux et présenta sa carte :
« -Bonjour, Agent Rousseau, pourrais-je vous poser quelques questions sur ce qui s'est passé ?
-Bien sûr monsieur l'agent – répondit l'homme.
-Merci bien. Je vous promets que je n'en ai pas pour longtemps, vous retournerez vite à votre tranquillité. Tout d'abord, noms et prénoms s'il vous plait ?
-Je me nomme Stephen Vignerau, et voici ma femme Eugénie.
-Très bien. Connaissez-vous une certaine Louise Pescali ?
-Oui, très bien, c'est une avocate. Elle habitait dans la maison derrière vous, elle a déménagé il y a environ deux semaines. Une femme charmante, assez costaud, pour ne pas dire carrément grosse... Vous pensez que c'est elle qui a...
-Plus maintenant – Son air nerveux se faisait de plus en plus sentir alors qu'il continuait sa prise de notes – Vous n'avez rien remarqué de particulier ce matin ?
-à vrai dire, nous étions au lit quand le coup de feu a retenti, je n'ai pas la moindre idée de ce qui s'est passé.
-Du monde a visité la maison ces derniers jours ?
-Non. Cette demeure est très mignonne, mais le prix de l'immobilier dans ce quartier n'est pas donné... Il y a eu quelques visites, mais je ne saurais pas vous dire qui.
-Bien, je demanderai à l'agence qui vend cette maison. Merci beaucoup. Vous pouvez rentrer chez vous si vous le souhaitez.
-Très bien, bonne journée monsieur l'agent... Allez, viens Eugénie. »
Le couple rentra chez lui en restant dans les bras l'un de l'autre. Matthieu les regarda s'éloigner, il se retourna et s'aperçut alors qu'un membre de la police scientifique lui faisait signe, il s'approcha alors, intrigué :
« -Que se passe-t-il ?
-Eh bien vous avez eu le nez long, la serrure de cette maison a été crocheté, et pas par la moitié d'un trou de balle. Non, il n'y a pas une seule trace, c'est nickel. Tout le coup a été préparé apparemment. J'ai trouvé quelques brins d'herbes mais aussi de terre sur le sol, ce qui pourrait indiquer que le coupable est une femme. Les morceaux de terre ont été laissé par des talons haut. Elle en a semé de la porte d'entrée jusqu'à cette fameuse fenêtre ouverte dont vous nous parliez. En revanche, pas une seule trace d'empreinte digitale pour l'instant, donc nous pouvons supposer que cette femme a mis des gants. Elle avait bien prévu son coup.
-D'accord. Intéressant, on pourrait penser qu'il peut s'agir d'une personne engagée pour cela ?
-Tout à fait. Nous n'avons pas trouvé non plus de traces de pneus sur le bitume qui indiquerait un départ précipité, preuve que soit la meurtrière n'est pas partie en voiture, soit elle avait vraiment bien préparé son coup. Bref, nous continuons nos analyses mais j'ai bien peur que l'acte ait été prémédité et préparé avec soin. Le meilleur espoir reste la balle encore coincée dans la poitrine de la victime.
-Nous attendrons vos résultats. Je vais me concerter avec les collègues. Bonne chance à vous.
-ça marche, bonne chance agent Rousseau. »
Matthieu retourna jusqu'à ses collègues, le commissaire et Abygaëlle les avaient également rejoint. Alors que Daniel répondait aux questions des journalistes, la future commissaire s'approcha de Fabien, qui regardait tout cela de loin :
« -Je peux vous parler agent Jung ?
-Bien sûr madame la future commissaire.
-Saviez-vous que Matthieu avait l'intention de mettre l'affaire du serial tickler au grand jour ?
-Oui, je le sais.
-Et vous en pensez quoi ?
-Je pense que c'est une connerie de sa part, il risque vraiment gros. Mais bon, je souhaite qu'il réussisse, bien que je n'y crois pas trop.
-C'est exactement pareil pour moi. Du coup, vous ne travaillez plus avec lui ? Vous lâchez l'affaire ?
-... - Il soupira, avant de se tourner vers Abygaëlle dans un sourire – Je ne sais pas si je devrais vous dire ce que j'ai décidé.
-Allons, je vous soutiendrai dans cette tâche. Je pense sincèrement que si Matthieu fait cela, ce ne sera pas juste lui qui passera pour un demeuré, mais tout le commissariat risque de le sentir passer. Je ne peux pas le laisser faire.
-Ah, et alors ?
-Alors, je pense que je ne veux pas risquer de passer pour la reine des connes pour une affaire de chatouilles, c'est tout bonnement hors de question. Peut-être que le dossier du serial tickler pourrait passer dans votre bureau sans qu'on sache pourquoi, non ?
-C'est malhonnête, et si Matthieu le sait, il va penser que je veux l'empêcher d'avancer, et là c'est moi qui me coltinerais une réputation à la mord moi le nœud. Je n'y tiens pas.
-J'en conviens Fabien, mais je n'ai jamais parlé de vous laisser le choix... »

Ils aiment : CorvoAttano , MaxMod , Izuku_tickling